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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 28 mai 2025 7 min

Fin de vie : "Je fais l'éloge de la lenteur sur ce sujet", indique la sénatrice Anne Souyris

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 6h21 et maintenant direction le Sénat pour les deux propositions de loi sur la fin de vie. Elles ont été adoptées à l'Assemblée hier soir. Le texte sur les soins palliatifs et celui qui légalise l'aide à mourir. Une réforme sociétale majeure que vous défendez, Anne Souiris. Bonjour. Bonjour. Vous êtes sénatrice écologiste de Paris, porte-parole du groupe écologiste au Sénat et membre de la Commission des Affaires Sociales. D'abord, qu'avez-vous ressenti hier soir au moment du vote ?

0:32
Anne Souyris

Un immense soulagement de se dire qu'enfin, cette loi qu'on attend quand même depuis des années, qui fait qu'en attendant la France est en retard, que les droits des personnes, le fait que jusqu'à la fin de sa vie, on a le droit de disposer de son corps et de sa santé, n'était pas respecté jusque-là et qu'enfin on passe ce cap-là, en régulant des choses qui existent déjà dans un silence et puis aux mains des médecins. En réalité, aux mains des médecins, de la famille, sans en parler. Enfin, c'est quelque chose qui va pouvoir être dit, assumer et retrouver, enfin, cette dernière liberté, c'était essentiel. Alors, les débats ont été plutôt apaisés à l'Assemblée.

Ce sera plus compliqué au Sénat, vous pensez ? Écoutez, vous le savez comme moi, le Sénat est plus à droite que l'Assemblée nationale. À la fois, en général, c'est comme une instance qui arrive à parler de manière assez posée et plus tranquille qu'à l'Assemblée.

1:31
Présentateur

On se chamaille moins qu'à l'Assemblée.

1:32
Anne Souyris

Ça ne veut pas dire qu'on ne dit pas des choses très dures, quand même. Mais néanmoins, je pense que ça augure d'une discussion et de débats plus sereins que s'il y avait eu une foire d'empoigne, comme parfois ça arrive. Et j'ai trouvé, y compris dans les explications de vote hier soir à l'Assemblée nationale, que même quand il restait des débats, pour certains groupes ou certaines personnes qui n'étaient pas d'accord avec la loi, ça n'était pas insultant. Ça peut peut-être permettre de trouver des situations d'équilibre un tout petit peu différentes au Sénat, mais qui seront positivement constructives et pas pour détruire la loi.

Et le fait qu'il n'y ait plus Bruno Retailleau au Sénat, ça change quelque chose aussi ou pas ? À mon avis, pas grand-chose. La réalité, c'est que M. Retailleau, il était là pendant assez longtemps et qu'il est toujours là, en vérité. Maintenant, il est ministre, donc il n'est pas très loin du Sénat. Mais juste pour dire une chose, il y a eu une loi qui était arrivée en 2021 au Sénat, qui a été discutée, qui était une loi, je crois, d'initiative socialiste, et qui n'a pas été adoptée à 20 voix près, même pas 20 voix près. Donc vous voyez, on peut arriver à quelque chose et elle était aussi disante que celle-ci.

2:46
Présentateur

Alors quand on regarde le vote d'hier soir, on se rend bien compte qu'il y a des divisions au sein même des partis. Le sujet dépasse les clivages politiques. Est-ce que c'est le cas aussi chez les écologistes ? Vous êtes 16 dans votre groupe. Les 16 sont pour. Les deux textes. Alors j'imagine, les soins palliatifs, là, il n'y a pas de sujet, puisque le vote est passé à l'unanimité hier. Celui sur l'aide à mourir.

3:05
Anne Souyris

Écoutez, je pense que sur ces questions-là, on est plutôt d'accord. Vous avez vu que pour l'Assemblée nationale, je crois qu'il y a eu un écologiste qui n'a pas voté pour. C'est une question d'éthique. On ne peut pas obliger chacun à voter une option. Il n'y a pas de consigne de vote. Il n'y a pas de consigne de vote, en plus, à l'Assemblée. Je ne sais pas. Vous savez, en tout cas, nous, on va regarder précisément ce qui se passe. Jusqu'à présent, parce qu'on avait commencé à discuter la loi l'année dernière, et enfin, à discuter en tout cas en commission et entre nous, il n'y avait pas d'opposition.

Mais je pense qu'il faut regarder tous les termes de la loi, comment ça va se passer, et c'est comme ça que chacun se déterminera. C'est plutôt, c'est un groupe qui est favorable, en tout cas, à une régulation. Ensuite, le diable est en détail. Je pense qu'il faut regarder de près. Il y a un certain nombre de sujets qui sont encore sur la table. Regardons-la. Et si, nous, on n'arrive pas à trouver un modus 20, alors, ça m'étonnerait que le scénario aille. Mais, a priori, on est plutôt d'accord, oui.

4:07
Présentateur

Et parmi les sujets, justement, qui ont fait débat à l'Assemblée, qui font encore débat aujourd'hui, on entend et on lit encore pas mal de témoignages de médecins, c'est la frontière qui est parfois mince entre la clause de conscience et le délit d'entrave. Est-ce que, dans le texte de loi, vous trouvez que les choses sont bien définies ?

4:25
Anne Souyris

Écoutez, pour le moment, elles sont, en tout cas, elles sont définies. C'est vraiment, ce qui est clair dans le texte de loi, c'est de dire, le délit d'entrave, c'est quand on n'a pas accès à une information, qu'on vous empêche de l'avoir et que, voire même, on essaye de vous intimider pour ne pas faire quelque chose. Par exemple, si, au patient, on lui dit, si vous continuez à vouloir aller dans ce sens-là, on arrête les antidouleurs et les antalgiques. Bon, évidemment, à ce moment-là, c'est vraiment quelque chose de problématique. Donc, il faut bien le définir, il faut vérifier qu'on ne puisse pas contourner, donc on regardera très précisément ce que ça veut dire.

Il ne s'agit pas d'enlever la clause de conscience du médecin. Un médecin doit dire non. Absolument, aux soignants. L'important, au contraire, c'est d'ouvrir le droit. C'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus d'omerta sur cette question et que le patient ait un droit de choix jusqu'à la fin et qu'il ait pour ça accès à toutes les informations et toutes les possibilités. Les soins palliatifs, les soins curatifs, ce n'est pas seulement le droit à mourir plus vite, c'est aussi le droit à vivre autrement ces derniers moments. Donc ça, c'est très important. Anne Suiris, la suite, c'est pour quand exactement ? À l'automne, c'est sûr ?

Alors oui, a priori, on commence nous à regarder le texte très rapidement en commission, là, ces jours-ci. On va faire une série d'auditions. Les rapporteurs vont être nommés là, peut-être aujourd'hui, peut-être la semaine prochaine. En tout cas, c'est vraiment extrêmement rapide. Et ensuite, on commencera le travail en séance, soit en session extraordinaire en septembre, soit plutôt octobre, pour la première lecture au Sénat. Et puis ensuite, deuxième lecture.

6:04
Présentateur

Et donc, ça peut nous mener jusqu'à quand ? La ministre de la Santé, Catherine Vautrin, dit 2027. Ça paraît tellement loin, 2027 ?

6:10
Anne Souyris

Écoutez, ça peut être 2026. Tout dépend comment les deux chambres arrivent à trouver un équilibre entre elles. On peut arriver à 2026. Mais la lenteur n'est pas une mauvaise chose sur ce sujet. Vous savez, l'important, c'est de trouver un vrai consensus sur ce texte, d'arriver à... L'objectif n'est pas de faire de la posture politique. Si on avait été rapide, ce serait devenu juste un objet politicien. Et c'est exactement le contrat de ce qu'il faut faire. Donc oui, pour une fois, c'est bien. Je fais l'éloge de la lenteur sur ce sujet, oui.

6:39
Présentateur

Merci, Anne Soueris, porte-parole du groupe écologiste au Sénat. Vous étiez l'invité du 5-7.

Fin de vie : "Je fais l'éloge de la lenteur sur ce sujet", indique la sénatrice Anne Souyris — Anne Souyris · Pourquijevote