Procès de M. Le Pen : l’impartialité des juges remise en cause ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
A 20h, vous êtes à la maison jusqu'à 8h. - A.-E.Lemoine: Et les déplacements sont limités? - P.Cohen: Il faut demander aux juges à chaque fois. - N.Saint-Cricq: Et si, comme par hasard, c'est les 2 ans qui sont retenus...
C'est une condamnation qui lui permettrait quand même d'être à la présidentielle. Tout ça est à double tranchant. - A.-E.Lemoine: La stratégie est aussi de faire peser une responsabilité politique sur les juges.
Cet après-midi, dans ses voeux à la presse, J.Bardella a dénoncé une condamnation judiciaire qui empêcherait M.Le Pen de se présenter et serait "profondément inquiétante pour la démocratie". - N.Saint-Cricq: Il n'y est pas allé trop fort, par rapport au ton de la dernière fois et à ce qu'on a entendu place Vauban.
Par rapport à tous les sons qui ont été faits sur les radios et les plateaux télé de tout l'entourage, S.Chenu, Tanguy... - P.Cohen: Encore dans la tribune avec Philippe Durand... - N.Saint-Cricq: A la question de la tyrannie des juges rouges, qui lui a été posée, J.Bardella ne jette pas d'huile sur le feu. - A.-E.Lemoine: On lui demande de faire profil bas? - N.Saint-Cricq: Si ça devient de la politique...
Les magistrats ne sont pas les mêmes. Ca ne veut pas dire que ça changera fondamentalement les choses. Mais si on recommence à viser les magistrats, ce n'est pas pas très habile.
Ca montre qu'ils n'ont rien compris et ne gagneront probablement rien, ni J.Bardella ni elle. Comme la décision sera prise cet été ou juste avant, M.Le Pen a intérêt à se tenir dignement pour l'après, qu'elle calcule beaucoup, même s'il n'est pas à son avantage. - A.-E.Lemoine: Que sait-on des nouveaux magistrats? - L.Valdiguié: Ils sont 3.
C'est la cour d'appel. Ils vont sortir des salles habituelles, qui sont des petites salles boisées, pour aller dans la grande salle. Il y a eu beaucoup de discussions.
La grande salle du vieux palais de justice de l'île de la Cité, c'est la première chambre de justice. C'est l'ancienne Cour de cassation de la monarchie. C'est là que Pétain a été jugé.
Il y a eu d'autres procès depuis, évidemment. C'est une grande salle très chargée d'histoire. C'est une ambiance un peu plus feutrée.
C'est un débat juridique, car il y a déjà eu jugement. Le problème d'entrée pour M.Le Pen et les 11 autres, c'est qu'ils ont soulevé en première instance tout un tas de nullités de procédure.
Ils ont demandé le renvoi devant un juge d'instruction. S'ils le font demain et que ça marche, c'est une catastrophe. - A.-E.Lemoine: Ca reporte d'autant. - L.Valdiguié: Ca reporterait tout, l'inéligibilité perdurerait, et ce serait une victoire à la Pirus.
On risque d'éviter la première étape, qui dure généralement 2 jours et entre directement dans le procès. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen a dit à "La Tribune Dimanche": "J.Bardella peut gagner à ma place." C'est du réalisme?
De la résignation? - N.Saint-Cricq: Un mélange.
Elle a été 2 fois au 2e tour et s'est présentée 3 fois. Dans la famille Le Pen, on n'a pas trop le choix sur le travail qu'on veut faire quand on sera grand. Elle porte une croix et quelque chose qu'elle a considéré comme un avantage au bout d'un moment.
Elle avait vocation à être présidente. Elle pensait que c'était son tour. Les logiciels ont changé depuis l'époque où il fallait essayer 2 fois pour que la 3e soit la bonne.
Elle a un côté responsable de dire: "On va pas attendre le dernier moment." Même s'il y a une accélération de la cour d'appel et une accélération promise par la Cour de cassation, on ne va pas commencer une campagne électorale 2 mois avant le scrutin. Les rôles risquent de changer.
Elle sera devant le fait accompli. Faire campagne avec bracelet...
Risquer un cirque sans arène, aller en meeting et avoir, comme F.Fillon, les casseroles...
La dernière étape de la dédiabolisation du RN, c'est de dire que c'est un parti qui n'a plus aucun rapport avec ce qu'était J.-M.Le Pen.
Entre la mort du père, le fait de le tuer en l'excluant et la fille qui fait gober un matricide en prenant la place de sa mère...
Peut-être que je psychologise, mais c'est un cas de figure assez rare, psychologiquement. - L.Valdiguié: C'est un poison en termes de calendrier.
S'ils font exactement la même défense...
Le dossier est le même. Le parquet va réclamer les mêmes peines. Il y aura une mise en délibéré, donc une longue période.
Patrick disait juin, mais ça peut être septembre. - P.Cohen: Bah, j'ai entendu des magistrats dire que c'était le début de l'été. - L.Valdiguié: Il y aura en tout cas une longue période pendant laquelle personne ne saura rien.
La pièce sera en l'air. Ils auront plaidé la relaxe. Il y aura les réquisitions, une condamnation de première instance...
S'ils ne font rien de différent pendant toute cette procédure d'appel, l'attente sera longue. - A.-E.Lemoine: Dans la tête des électeurs, on sait déjà un peu ce qui se passe en lisant le dernier baromètre annuel du "Monde" sur le RN. 1 personne sur 2 interrogée considère que J.Bardella a plus de chances de remporter l'élection présidentielle que M.Le Pen.
Ca veut dire que dans la tête des électeurs, le plan B a déjà été imaginé et remplace déjà le plan A. - N.Saint-Cricq: Ca peut être un pronostic.
C'est pas "je considère que je voudrais que". Dans les enquêtes d'opinion, on a déjà l'impression qu'il la double. Tout ce qu'on croyait avant, l'expérience, le savoir, l'âge, n'ont pas l'air d'être aussi déterminants...
Quand on disait cet après-midi encore à J.Bardella qu'il n'avait pas fait d'études, il répond: "OK, mais vous avez vu les énarques à la tête de l'Etat?" "Ils ont plein d'expérience mais je suis frais.
Je sais comment les gens vivent." Il est en train de faire sauter cette admiration qu'on avait pour l'expérience. Il fait écho chez les jeunes qui ne fonctionnent pas de la même manière.
Quand on fait un discours tout seul, on n'est pas contrarié. S'il y a un débat technique, on peut avoir des catastrophes. Il peut ne pas être capable de savoir ce que c'est que la TVA ou combien on a de porte-avions.
Mais pour l'instant, le côté "il n'a même pas 30 ans", ça marche pas. - A.-E.Lemoine: L.Valdiguié, un mot?
Sinon, on passe à Pierre. C'était mal présenté, mille excuses. - P.Cohen: Le plateau n'est plus tenu... - L.Valdiguié: Une campagne présidentielle, c'est un moment où le mode des campagnes change.
On l'a vu avec F.Fillon, plein de fois. Des enquêtes se lancent.
C'est un temps très différent. J.Bardella est bien moins armé que M.Le Pen pour affronter une campagne présidentielle. - P.Lescure: La même étude du "Monde" révèle que 40 % des sondés, un record, se disent en accord avec les idées du RN.
Ils étaient 29 % avant l'élection présidentielle de 2022. Le bilan a bougé, notamment sur l'immigration? - N.Saint-Cricq: Manifestement.
Même dans l'électorat de LFI, qui est censé être hostile à l'idée qu'il faut mettre un frein à l'immigration...
L'enquête à laquelle je fais référence est plus ancienne, mais plus de la moitié considérait qu'il fallait faire une pause. Ce n'est plus comme dans le temps, avec la gauche qui dit que le ressenti n'est pas la réalité ou que l'immigration n'est pas un problème, et la droite qui dit que c'est horrible...
Il y a un tronc commun de prise de conscience qui a évolué. Quand on dit que la société s'est droitisée, c'est un raccourci, mais il est relativement vrai. - E.Tran Nguyen: Une autre question s'est invitée dans l'actualité politique ce week-end: va-t-on connaître une nouvelle dissolution? - N.Saint-Cricq: Je peux sortir ma boule de cristal. - E.Tran Nguyen: S.Lecornu aurait demandé au ministre de l'Intérieur, L.Nunez, d'étudier l'organisation de législatives anticipées aux dates des élections municipales.
Ca a tout de suite fait réagir M.Barnier, nommé après la première dissolution à Matignon, et complètement opposé à cette possibilité. - Des législatives vont paralyser et gâcher les municipales? - M.Barnier: On ne peut pas prendre en otage les municipales.
Les Français sont capables de s'entendre au niveau local. On ne va pas les empêcher d'exprimer ce scrutin important de la proximité à cause de divisions nationales. - E.Tran Nguyen: Les maires se sentent menacés et ont peur que des législatives les 15 et 22 mars les excitent totalement.
Il y a aussi une question logistique. - On peut avoir un candidat dans une ville et à l'échelle de la circonscription. Devant les écoles, il y aura des panneaux pour les municipales et d'autres.
Si les gens voient les mêmes noms, ça va créer une confusion dingue. - E.Tran Nguyen: Confusion et inquiétude aussi de nos téléspectateurs.
On les a sentis fatigués, découragés et inquiets. - P.Cohen: De toute façon, c'est toujours la faute de Macron. - E.Tran Nguyen: En tout cas, l'annonce de S.Lecornu survient après la menace de motion de censure du RN et de LFI, 2 partis qui appellent toujours à la démission du président.
Ils voient un coup de bluff du président et le défi d'aller au bout. - Y.Jadot: Ce coup de pression n'était pas nécessaire, du Premier ministre. - E.Coquerel: C'est peut-être plus une menace et un chantage pour que le PS ne vote pas la censure. - F.Hollande: Il a peut-être voulu, sous la pression du président de la République, donner un coup d'alerte.
Non, c'est pas comme ça qu'il faut procéder. - E.Coquerel: S'il y a dissolution, je dis "chiche". - J.-P.Tanguy: Que l'on retourne devant les urnes et que les Français choisissent. - E.Tran Nguyen: Coup de bluff ou vraie menace? - N.Saint-Cricq: Coup de bluff et menace.
C'est fait pour calmer...
Le RN, c'est simple, ils veulent que ça saute. LFI aussi. On va éviter d'analyser des gens qui ont dit clairement les choses.
Pour le reste...
Je dis pas que tout est de la faute de Macron, loin de là...
Mais toutes les allées et venues...
A chaque coup, on nous dit "la semaine prochaine" ou "dans 3 jours". Là, c'est mardi, l'échéance? - P.Cohen: Demain, le budget revient.
Mercredi, 2 motions de censure peuvent faire tomber potentiellement le gouvernement. il y aura des élections anticipées. - N.Saint-Cricq: Tout en sachant Qu'il n'y aura pas de motion de censure votée, puisqu'il n'y a que le RN et LFI, et qu'ils feront campagne sur le fait que le Mercosur doit se concentrer en Europe, et qu'il faut parler du budget.
A force de nous dire qu'il faut qu'on soit stable et qu'il faut qu'on ait un budget, il va peut-être falloir prendre les bonnes décisions au lieu de se cramponner au compromis qui n'a pour l'instant pas l'air de marcher. C'est d'ailleurs pour ça qu'E.Lombard a dit que c'était n'importe quoi.
Marine Le Pen