Barnier proche de la censure : L'interview de la n°3 du gouvernement
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et ma première invitée dans la matinale c'est vous, Catherine Vautrin. Bonjour, vous êtes ministre, ministre de la décentralisation et des territoires, numéro 3 du gouvernement, proche parmi les proches de Michel Barnier. Est-ce qu'il y a encore une toute petite fenêtre de tir pour que demain à la même heure vous soyez encore ministre ?
Vous savez, c'est la responsabilité de chacun des députés. Parce qu'en fait, ce qu'ils devront choisir demain, c'est effectivement, est-ce qu'ils veulent précipiter les Français vers des difficultés ? Je pense aux agriculteurs qui, s'il n'y a pas de budget, n'auront pas les améliorations promis. Je pense aux contribuables qui verront mécaniquement 17 millions de contribuables qui verront mécaniquement leur impôt augmenter. 380 000 Français qui entreront dans l'impôt parce que le budget n'aurait pas été voté. Évidemment, les petites et moyennes entreprises qui elles-mêmes disent depuis hier soir, attention à l'économie.
Mais ce discours-là que vous tenez depuis une semaine tous, en disant attention, voilà les conséquences si le gouvernement tombe, si le budget n'est pas voté, ça n'a pas découragé Marine Le Pen de faire monter les enchères en quelque sorte et à la fin de dire « on va vous censurer ». Est-ce qu'il reste, je vous repose quand même la question, est-ce qu'il reste encore, on sait que Michel Barnier répondra aux questions des journalistes ce soir, est-ce qu'il reste encore une chose à dire qui puisse éviter que Marine Le Pen, malgré ses annonces de censure, il renonce à la dernière fois ?
Vous savez, je crois que quand on est engagé politiquement, on a avant tout la France au cœur. Quand on a la France au cœur, on doit peser au moment de son vote « quel est le risque que je fais prendre au pays ? » Et quelque part, Mme Le Pen, demain, il faut quand même le dire, demande à ses députés d'aller voter une motion de censure qui est celle du nouveau Front populaire, qui par exemple demande le maintien de l'aide médicale d'urgence. Juste, l'exact opposé de ce que Mme Le Pen explique à longueur de journée. Donc je crois qu'il y a un moment où il y a, un, l'intérêt suprême du pays, deux, de la cohérence politique, et trois, le respect que l'on doit aux Français.
C'est-à-dire que ce qui est le plus important, c'est comment on maintient le pays et comment on a capacité à entendre les efforts qui ont été faits. Parce que l'effort sur l'électricité est là, le non-remboursement des médicaments a été supprimé, ce qui veut dire qu'il y a eu des engagements faits par ce gouvernement, et n'oublions surtout pas, il y a eu, ça ne s'était jamais produit depuis 14 ans, ce qu'on appelle une commission mixte paritaire, députés et sénateurs qui ont voté le texte qui était soumis hier.
Là, il y a eu une forme de compromis et de consensus. Mais effectivement, il y a eu beaucoup de points accordés à Marine Le Pen dans les dernières 48 heures. Elle estime notamment que sur la désindexation des retraites, sur l'inflation, c'est un des points qui restait à ses yeux une ligne rouge. Est-ce qu'il y a encore une négociation ? C'est-à-dire, est-ce que 7h44 ce matin vous disent, il y a encore dans les 24 heures qui nous restent des négociations, ou est-ce que maintenant ça suit ?
Jusqu'au moment où le vote est annoncé, il y a possibilité de discuter. Il y a surtout possibilité pour que chacun des députés, parce qu'évidemment il y a Mme Le Pen, mais il y a 576 autres députés. Et l'important, c'est que chaque député, chacun pèse une voix, que chaque député mesure la responsabilité qui est la sienne. Les députés, ce week-end, ils étaient dans leur circonscription. Moi, j'étais sur le terrain en région rémoise. Qu'est-ce que j'ai entendu ? Des concitoyens qui sont inquiets. Quand ils sont inquiets, évidemment, qu'est-ce qu'ils font ? Ils ne consomment pas. Ce qui veut dire que derrière, les conséquences pour les entreprises françaises sont extrêmement inquiétantes.
Certains de nos concitoyens pensent que l'Assemblée va en quelque sorte tomber, qu'il va y avoir de nouveau des élections. Ça n'est pas le cas. Je crois qu'il faut vraiment... C'est le gouvernement qui tombe, mais il n'y a pas de nouvelles élections législatives.
Et d'ailleurs, il ne peut pas techniquement y en avoir avant juillet prochain.
Exactement. Mais c'est important de le préciser à nos concitoyens, parce que ce qui change, c'est le gouvernement. Et surtout, ce qui est immédiat, c'est qu'il n'y a pas de budget pour le pays.
Mais je l'entends ce matin, vous dites quand même, jusqu'à la dernière seconde, il y a des discussions possibles. Alors le texte lui-même du budget ne peut plus changer, il est figé désormais. Mais il peut y avoir, malgré tout, des discussions avec des engagements pris. Mais il y a surtout, vous savez, la responsabilité... Est-ce que sur cette question des retraites, Catherine Vautrin, on le sent bien, c'est le tout dernier. Alors après, on peut se dire que la ligne rouge, elle bouge en permanence. Et à chaque fois que vous donnez une concession, on vous dit, ah oui, mais il y a encore celle-ci ou celle-là.
Mais enfin, officiellement, celle qui reste, c'est la question de l'indexation ou non des retraites sur l'inflation. Est-ce que là-dessus, sur ce point-là, vous pourriez vous dire...
Allez, vous venez de résumer vous-même la situation. Vous avez bien vu, ce week-end, c'était les non-remboursements. On enlève le non-remboursement des médicaments, on a l'électricité et on s'arrête là. Où c'est les retraites ? Finalement, les médicaments ont été faits, maintenant on demande les retraites. Et après-demain, on demandera je ne sais quoi. Mais sur les retraites, est-ce que vous pourriez encore en discuter ? Mais vous savez, il faut avoir une responsabilité en tête qui est celle de la situation économique du pays. Je rappelle que nous sommes, vis-à-vis de l'Europe, dans une procédure de déficit excessif.
Tout le budget tel qu'il a été construit a été construit également pour faire un effort. L'idée a été que cet effort repose le moins possible sur les Français les plus faibles. Ce que propose Mme Le Pen en l'état actuel des choses, c'est que le résultat de la censure, c'est que les Français les plus faibles seront les moins protégés et ce sont finalement les plus essais qui s'en sortiront le mieux. Est-ce que c'est ça ce qu'elle cherchait à faire ? Je ne le crois pas. Et c'est bien la raison pour laquelle il est important, et pour moi aujourd'hui, c'est une responsabilité individuelle de chaque député, de se dire avec mon vote, je choisis le chaos ou la protection des Français.
Et bien je crois que quand on est responsable, on choisit la protection des Français. Catherine Vautrin, ils sont où ?
Laurent Wauquiez, Gabriel Attal, Gérald de Darmanin, même François Bayrou, ils sont où ? Vous les avez entendus depuis 48 heures ?
Mais moi j'ai vu le communiqué du socle commun soutenant Michel Barnier.
Ce socle commun, en effet, ce sont donc tous ceux dont je viens de parler. Honnêtement, ils ne sont pas vraiment montés à la tribune pour vous défendre.
Ce sont celles et ceux qui, pas plus tard qu'hier, ont fait un communiqué commun pour accompagner Michel Barnier dans la démarche qui est celle d'appeler à la responsabilité pour qu'effectivement la France soit dotée d'un budget. Parce qu'économiquement, notre pays ne peut pas se permettre de ne pas avoir de budget d'ici la fin de l'année.
Il y a évidemment une situation assez ubuesque où on voit cette crise aiguë ici en France. Et pendant ce temps-là, le président de la République, lui, est en voyage d'État dans une forme de faste de l'Arabie Saoudite. Il paraît très loin de tout cela. Est-ce que vous n'avez pas aussi payé cela, cette division à ce point, cette cohabitation qui ne dit pas son nom ?
Mais vous savez, nous sommes dans le respect des institutions de la Ve République. Le Premier ministre conduit la politique du gouvernement. Le président de la République est dans la mission internationale qui est la sienne. Il y a des enjeux extrêmement importants, notamment en matière de commerce extérieur. On sait que c'est l'un des sujets du pays. Le président de la République effectue les missions qui sont les siennes, accompagnées d'ailleurs de plusieurs membres du gouvernement. Donc quelque part, est-ce qu'il faut déjà figer le pays ? Ou est-ce qu'il faut essayer de continuer avec, je le répète, des enjeux économiques majeurs ?
C'est le choix qui a été fait par le président de la République. Je vous trouve entre or très combattante ce matin, Catherine Votrin.
Vous n'êtes pas KO en fait.
Mais vous savez, quand on est passionné par le pays, jusqu'au bout, on s'engage et on va au bout. Et ce que j'espère, c'est que chacun des 577 députés aura justement cette volonté qui est une volonté de préserver l'intérêt de l'économie française et des Français par définition.
Vous aviez fait partie, vous Catherine Votrin, de ceux qui étaient évoqués et qui l'ont été vraiment très sérieusement pour être vous-même Première Ministre. C'était il y a encore un an et demi. Quand vous voyez en effet cette déliquescence, malgré tout, de la situation politique, démocratique, est-ce que vous vous dites, mais c'est bien dommage, tant aurait pu être fait ?
Vous savez, nous sommes dans une situation que nous n'avons jamais connue sous la Ve République, qui est une Assemblée nationale dans laquelle il n'y a pas de majorité. À partir de là, Michel Barnier, avec l'engagement qui est le sien depuis deux mois et demi, conduit la politique de la nation, s'est engagé à travailler sur un budget dans un contexte financier compliqué, avec chevillé au corps la volonté, un, de réduire les déficits, deux, d'accompagner les Français. Et c'est ça l'enjeu de demain, c'est comment nous protégeons les Français. Et c'est pour cela que chaque député doit mesurer l'importance de son vote.
Cet appel à la responsabilité que vous adressez à chaque député. Catherine Vautrin, merci d'être venue ce matin sur RMC, ministre de la Décentralisation et des Territoires. Et l'on retient que jusqu'à la dernière seconde, vous dites que la discussion est toujours possible. Il est 7h50 sur RMC.
Catherine Vautrin