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interviewLe Média (sur YouTube)· 17 septembre 2018 36 min

L'AUTRE 20H - RECAP DE L'ACTU, BENALLA AU SÉNAT, LOI SCHIAPPA

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] Bonsoir à toutes et à tous et merci de regarder la première de "l'Autre 20h", la tranche d'information quotidienne de la WebTV le Média saison 2. Bien entendu c'est avec beaucoup d'émotion que je vous la présente. L'Autre 20h, ce sont des modules d'information que nous voulons costauds, consistants, mais tout de même digestes et viraux.

N'hésitez pas à les partager sur vos réseaux sociaux, sur Facebook, sur Twitter, sur Mastodon, sur tous les nouveaux réseaux sociaux c ollaboratifs et par e-mail, le bon vieux courriel. Mais sans attendre, regardons le Récap de l'actu. – Travailler plus pour gagner plus, le retour.

Jean-Michel Blanquer annonce la suppression de 1 800 postes dans l'Éducation Nationale. Selon lui, le volume d'enseignement restera inchangé à travers le recours aux heures supplémentaires. Le gouvernement met en avant une hausse de revenu pour les enseignants moins nombreux, mais mieux payés.

La dernière émission des terriens du dimanche déclenche une grosse polémique. La chroniqueuse Hapsatou Sy a annoncé son intention de porter plainte. Elle dit s'être sentie insultée par le polémiste Eric Zemmour.

À l'antenne il lui a notamment reproché son prénom qui ne serait pas français. Le producteur Thierry Ardisson reconnaît des propos répréhensibles coupés au montage, mais ne se solidarise pas de sa chroniqueuse. "Si elle veut quitter l'émission, qu'elle le fasse savoir ! " dit-il en substance dans un communiqué.

Miguel Díaz-Canel, le président cubain, s'est prononcé en faveur du mariage homosexuel. Interrogé par la chaîne de télévision Telesur, il a évoqué la nécessité d'éliminer tout type de discrimination dans la société. Ses propos s'inscrivent dans un contexte, la communauté LGBT longtemps ostracisée, commence à être entendue à Cuba : une de ses porte-paroles est Mariela Castro, la fille de l'ancien président président, Raúl Castro. – Je vous invite maintenant à regarder un de nos nouveaux modules d'actualité.

C'est la chronique parlementaire de Serge Faubert, elle est intitulée "Un petit coup de Bourbon". Serge nous raconte aujourd'hui les coulisses de la guerre sans merci que se livrent deux institutions, l a présidence de la République et le Sénat, avec en toile de fond l'affaire Benalla. Regardons. – Bonjour, je suis ravi de vous retrouver pour cette saison 2 du Média, et cette année je vais vous parler de l'actualité parlementaire dans "Un petit coup de Bourbon".

C'est le nom de cette émission qui va traiter de l'actualité du Sénat, de l'actualité de l'Assemblée Nationale d'une manière un petit peu différente, à la façon du Média. Et tout de suite on va parler du Sénat parce qu'entre le Sénat et Emmanuel Macron, c'est la guerre ! La semaine dernière, le chef de l'État s'est même fendu d'un coup de fil au président du Sénat, Gérard Larcher.

Il était fort mécontent de la commission d'enquête sur l'organisation de la sécurité à l'Élysée, la commission qui s'occupe de l'affaire Benalla. Quelques jours auparavant, la garde des Sceaux Nicole Belloubet avait expliqué qu'Alexandre Benalla ne pouvait être entendu par les sénateurs puisqu'il devait s'expliquer devant les juges. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, estime que tout a été dit sur l'affaire et il regrette que la commission ne soit pas présidée par un élu de La République En Marche.

Et Christophe Castaner, le patron de La République En Marche est allé au canon. "Si certains pensent qu'ils peuvent s'arroger un pouvoir de destitution du Président de la République, ils sont eux-mêmes une menace pour la République". Alors, ce mercredi, mercredi qui vient, Alexandre Benalla et son compère, le gendarme de réserve Vincent Crase, seront entendus par la commission d'enquête du Sénat, une commission grâce à laquelle on commence à voir un peu plus clair sur le rôle que jouait Alexandre Benalla auprès d'Emmanuel Macron.

Mercredi dernier, la commission sénatoriale avait déjà repris ses travaux et elle a entendu François-Xavier Lauch, le chef de cabinet du Président de la République. Alors il est venu raconter une aimable fable, celle d'Alexandre Benalla affecté à des tâches d'intendance. Organisait-il les déplacements du Président de la République ?

Non, pas vraiment, il se rendait sur place quelques heures avant afin de s'assurer que tout était en place, une sorte d'inspecteur des travaux finis. Assurait-il la coordination des services de protection du Président, le GSPR, et le commandement militaire ? C'est bien exagéré tout ça, on va l'écouter. – En quoi consistait cette coordination ?

Parce que vous allez me poser la question. Très simplement, nous avons vu en arrivant au palais de l'Élysée que deux services de sécurité se côtoyaient, que sur des sujets qui n'ont rien à voir avec l'exercice de prérogative de sécurité, il y avait une meilleure coexistence à organiser entre eux, notamment sur les questions, je suis désolé, ce n'est sans doute pas ce que vous attendez, mais en tous les cas sur des choses très prosaïques telles que le parc automobile. Savoir comment faire en sorte, par exemple, pour que le parc automobile du GSPR soit rénové et rehaussé, organiser la coexistence de ces deux services par rapport aux résidences du Président de la République, donc des choses très administratives. – Bref, selon François Xavier Lauch, Benalla était juste le gardien du parking de l'Élysée et surtout il n'exerçait aucune mission de police.

Le chef de cabinet est formel. – Il n'a pas exercé de missions de police et je puis vous dire que si j'avais constaté cela, il se serait fait là aussi fermement sermonner. – Mais voilà, cette explication ne colle pas avec les faits.

On écoute le sénateur Philippe Bas, le Président de la commission d'enquête, qui pose une question au représentant de l'Élysée, au chef de cabinet du Président de la République. – Il y a des éléments contradictoires et j'entends bien ce que vous dites et j'entends aussi votre sincérité. Mais, le préfet de police, quand il délivre le permis de port d'arme, il le fait bien sur la base des informations qui lui ont été données par l'Élysée.

Et qu'est-ce qu'il écrit ? Il relève un certain nombre de "considérant", parmi lesquels je lis ceci : "Considérant que Monsieur Benalla est chargé d'une mission de police dans le cadre de son action de coordination de la sécurité de la Présidence de la République avec les forces militaires et le GSPR." Donc peut-être que nous nous entendons mal sur les mots, mais en tout les cas il a bien fallu que l'Élysée dise au préfet de police "Il a une mission de police", sinon il n'aurait pas eu de port d'arme, mais également on peut se dire : pourquoi a-t-on demandé à trois reprises avant de l'obtenir, un permis de port d'arme pour M.

Benalla s'il n'a strictement aucune fonction de sécurité ? Alors je vous fais grâce de la réponse embarrassée du chef de cabinet. Argument central ? "Ce n'est pas moi qui ai rédigé la fameuse demande de permis, mais c'est mon directeur de cabinet.

C'est ce qui s'appelle, en langage politique, en langage diplomatique "Sortir le parapluie". C'est en fin de compte le second témoin entendu par les sénateurs qui a vendu la mèche : le général de gendarmerie Éric Bio-Farina. Écoutez attentivement ce qu'il a déclaré : Alexandre Benalla était au cœur du dispositif de sécurité du président.

On écoute le général. On a besoin d'avoir des renseignements extrêmement précis d'ambiance sur ce qui se passe là où le président va se projeter, ça c'est pour le départ, et sur ce qui se passe quand le président va revenir. Ces éléments d'ambiance sont dans cette zone sensible qui était couverte assez souvent par Alexandre Benalla.

Et bien couverte, d'ailleurs, par Alexandre Benalla. Il faisait ce travail avec beaucoup de conscience professionnelle, avec un grand sens de l'anticipation et cela nous a toujours rendu d'excellents services professionnels, si je puis dire. Mais il y a plus fort encore : depuis le mois de janvier, un groupe de travail à l'Élysée planche sur la refonte de la sécurité du Président de la République.

Et dans ce groupe de travail, il y a les chefs du GSPR, le Groupement de Sécurité de la Présidence de la République, le commandement militaire et Alexandre Benalla. Et qui exprimait au sein de ce groupe de travail la volonté du Président ? Et bien Alexandre Benalla.

On écoute à nouveau le général nous raconter le fonctionnement de ce groupe de travail : Alexandre Benalla participait à certains de ces travaux en tant que représentant de la chefferie de cabinet. Alexandre Benalla avait suivi de près Emmanuel Macron lorsqu'il était candidat, il s'était occupé de sa sécurité, donc il avait l'approche humaine de ce que souhaitait le président pour sa sécurité. En France, en tout cas, on ne peut pas imposer totalement un carcan de sécurité au Président de la République, donc il faut connaitre également sa sensibilité plus que ses attendus.

Je parle de sensibilité sa manière de concevoir sa protection rapprochée. D'un coté il y a donc les patrons des services de sécurité, le GSPR, le commandement militaire, et de l'autre celui qui relaie la parole du Président dans ce domaine, Benalla. Il n'est pas difficile de deviner quel est celui qui avait le dernier mot dans ces réunions.

Quand on a à ce niveau-là, la confiance du chef de l'État, tout est permis, y compris donner des instructions à la police. C'est un troisième témoin, le commissaire Maxence Creusat de la direction de l'ordre public et de la circulation, qui l'a révélé. On écoute ce que ce fonctionnaire, qui est aujourd'hui poursuivi pour avoir communiqué les bandes vidéo des caméras de la place de la contrescarpe à Benalla afin que celui-ci assure sa défense, on écoute ce qu'il nous raconte : Monsieur Benalla, ou monsieur Lauch, en tant qu'adjoint ou en tant que chef du cabinet du Président de la République représente une autorité, et donc quand ils expriment une demande, on se met en mesure d'exécuter cette demande, selon le schéma que je vous ai précisé.

Parfois, les déplacements du Président de la République peuvent être un petit peu sensibles, on peut avoir des troubles à l'ordre public, on peut avoir des gens qui sont là pour manifester leur désaccord par rapport au Président de la République. Donc parfois, la différence entre une instruction et une demande, ça peut être le ton qui est employé dans la voix. Personne là-dessus, enfin tout le monde là-dessus, on est d'accord, quand il y a une situation stressante, quand il y a une situation qui est un petit peu difficile, on peut, avoir des propos un peu directs Par la seule volonté du prince, Alexandre Benalla est devenu un des personnages les plus puissants de l'Élysée.

Un personnage qui s'affranchissait de l'État de droit, convaincu que le service du Président de la République autorisait tous les comportements et toutes les entorses à la loi. Reste à déterminer maintenant pourquoi le Président accordait une telle confiance à ce personnage, et c'est bien ce que veulent découvrir les sénateurs, notamment mercredi prochain. Et c'est bien ce qu'Emmanuel Macron veut absolument empêcher. – Retour sur le plateau, devrais-je dire dans la rédac'.

Virginie tu es là et nous allons parler ensemble de l'interview qui va être diffusée tout de suite. Tu as fait parler Mié Kohiyama qui est la présidente de l'association Moi Aussi Amnésie. Avec elle, vous avez parlé notamment des fake news incroyables qui ont entouré les discussions autour de la loi sur les violences sexuelles et sexistes.

Et nous avons diffusé un petit teaser de cet entretien et juste ce petit teaser a créé une sorte de levée de boucliers sur Internet et nous voulions que tu le racontes. – Oui alors, Mié Kohiyama subit énormément d'attaques, des injures sexistes, homophobes, de la diffamation, de la délation, des appels aux sanctions… Toute l'équipe du Média, bien entendu, condamne ce harcèlement et ces injures et apporte son soutien à Mié Kohiyama. Et je voudrais tout de même rappeler, puisque nous sommes sur Internet que l'injure publique à caractère sexiste, raciste ou homophobe est punie d'une peine d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende, hein, Théo ? – Absolument, c'est quelque chose qu'il faut rappeler en ces temps où la parole se libère au-delà des lois.

Regardons tout de suite cette interview qui a déchaîné autant de passion. – Mié Kohiyama, bonjour. – Bonjour. – Vous êtes journaliste, auteure du livre "Le Petit Vélo Blanc" paru en 2015 chez Calmann-Lévy et qui est le premier témoignage sur l'amnésie traumatique en France, et vous êtes la présidente et co-fondatrice de l'association "Moi Aussi Amnésie".

Aujourd'hui on va parler de la grande campagne de désinformation qui a eu lieu sur les réseaux sociaux cet été, concernant la loi Schiappa qui concerne les violences sexistes et sexuelles. Pour récapituler, le 19 août dernier, vous avez co-signé une tribune avec une centaine de co-signataires dans le Journal du Dimanche, tribune intitulée "Loi Schiappa, la Protection de l'Enfance en berne". Vous dénoncez le vide de la loi contre les violences sexistes et sexuelles, mais aussi la propagande et les attaques du Secrétariat d’État de Marlène Schiappa, et vous commencez par cette phrase que je vais vous demander de commenter : " de mémoire de militante, c'est du jamais vu en France". – Oui, absolument, on a tous souhaité marquer le coup parce parce qu'il faut faire un petit retour en arrière.

Il y avait de grands espoirs, voilà. Les associations, les professionnels de l'enfance portaient de grands espoirs dans cette loi, notamment pour une meilleure protection des mineurs. Il faut se rappeler que tout démarre avec l'affaire de Sarah, la petite fille de 11 ans, qui est violée par un homme de 28 ans et l'opinion publique découvre en France qu'il n'y a pas de seuil d'âge strict.

C'est-à-dire qu'en-dessous d'un certain âge, un enfant n'est pas totalement protégé, c'est-à-dire qu'un acte sexuel commis par un adulte n'est pas automatiquement considéré comme un viol. Et ce qui s'est passé après le vote de la loi qui a déçu… déjà, il faut faire une parenthèse en disant que cette loi n'a pas fixé de seuil d'âge et ce qui nous a énormément choqués au lendemain de ce vote, c'est que les soutiens de cette loi, et en particulier les soutiens de la Secrétaire d’État, ont fait une campagne de désinformation totale en disant que la loi avait fixé un seuil d'âge à 15 ans, ce qui était totalement faux et en attaquant, et les experts, et les militants, qui soutenaient le contraire. Et donc, pourquoi on a écrit "de mémoire de militants, on avait jamais vu ça" ? c'est qu'on a dû finalement se battre une bonne partie de l'été pour rétablir simplement les faits face à une communication qui était extrêmement virulente, parfois même des attaques ad hominem et alors même que nous émettions des critiques légitimes de professionnels de la Protection de l'Enfance, de militants de la Lutte contre les violences sexuelles et franchement on n'a pas compris ce qui s'est passé.

C'était complètement indécent. Il y avait du dénigrement, il y avait du mépris, voilà, ça nous a extrêmement choqués. – On peut récapituler, là : l'âge de consentement en-dessous de 15 ans n'est pas fixé dans la loi du 1er août, mais sur les réseaux sociaux, le Secrétariat d’État fait croire à l'opinion publique qu'il y a un âge de fixé. – Il y a eu une infographie précise du Secrétariat d’État disant que la loi avait fixé un seuil d'âge, le tout avec une image d'une femme portant la balance de la Justice et ça, c'est totalement mensonger : la loi, dans son article 2 n'a pas fixé un seuil d'âge à 15 ans au sens où nous l'entendions, c'est-à-dire de dire qu'en-dessous de 15 ans tout acte sexuel d'un adulte commis sur un enfant est un viol, donc c'est faux et il n'y a pas de seuil d'âge, c'est juste une barrière en-dessous de laquelle la définition de la contrainte est précisée.

Mais c'est extrêmement compliqué et alambiqué. Je pense qu'il n'y a pas grand monde qui comprend ce que cette loi fait. Cette loi dit simplement : "en-dessous de 15 ans, la contrainte est définie par l'abus de vulnérabilité d'un enfant incapable de discernement".

C'est-à-dire que non seulement il faudra déterminer si l'enfant est capable de discernement, s'il l'est alors il n'y aura pas viol et s'il ne l'est pas, à ce moment-là il faudra que le juge détermine qu'il y a abus de vulnérabilité. Donc je veux dire, il y a deux obstacles majeurs qui font que c'est juste lié à la contrainte mais ce n'est en aucun cas un seuil d'âge qui protège les enfants de façon claire et nette. Donc c'est un mensonge de dire que la loi a fixé un seuil d'âge à 15 ans, c'est un mensonge total. – Alors pour faire naître ce mensonge, le Secrétariat d’État, donc le service communication a utilisé les réseaux sociaux et il a même créé un compte "fan" qui était géré par le conseiller en communication de Marlène Schiappa et qui a fait vraiment de la désinformation publique.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ? – Il y a eu énormément d'attaques de ce compte "fan" avec souvent des contre-vérités. Par exemple ils s'en sont pris à la docteure Muriel Salmona qui est quand même la grande spécialiste du psycho-traumatisme, qui lutte contre les violences sexuelles depuis 27 ans.

On a pu lire sur ce compte fan que c'est la Secrétaire d’État qui avait décoré de la Légion d'Honneur Muriel Salmona, ce qui est un mensonge parce que c'est une décoration qui a été décidée par la Ministre de la Justice. Donc voilà, entre autre contre-information, désinformation, et le tout toujours avec énormément d'arrogance, d'aplomb d'irrespect, enfin je veux dire vraiment… Le ton de la communication était vraiment terrible. Il n'y avait aucune place à un débat démocratique construit d'un avis s'opposant à un autre, c'était un ton, une manière de faire qui étaient vraiment extrêmement désagréable. – Est-ce que vous avez des exemples de messages que vous avez reçus, que vous avez pu lire ? – Les attaques… on a eu des insultes, voilà, des noms d'oiseaux.

Alors ça c'était les soutiens, c'était pas ce compte fan. On a eu les masculinistes qui s'en sont mêlés. On a eu aussi une arrogance totale de ceux qui soutenaient la loi en disant qu'eux-mêmes étaient militants alors que ça fait deux ans qu'ils militent.

Et puis même, d'attaques en disant que c'est nous qui propagions des fausses nouvelles, etc, ce qui était totalement faux. C'est-à-dire qu'il y a eu une confusion à un moment donné, je pense que c'est très important à dire, parce que le gouvernement a beaucoup communiqué sur le fait que des complotistes et des extrémistes avaient dit que la loi Schiappa légalisait la pédophilie, ce qui est évidemment un mensonge total. Ou alors récemment, il y a eu un débat sur le fait qu'il y avait une question de sexualité à l'école qui est complètement fausse aussi.

Nous on n'est pas du tout rentrés là-dedans évidemment et on est restés sur les critiques légitimes de la loi Schiappa mais ce qui s'est passé, c'est que les soutiens de cette loi nous ont englobés dans ces espèces de fausses informations complotistes, etc. ce qui fait qu'on était muselés même sur les critiques légitimes. C'est-à-dire que même quand on rentrait dans un débat juridique en leur disant "Vous n'avez pas fixé de seuil d'âge, c'est un mensonge", on se retrouvait mêlés dans le même sac que les complotistes en disant qu'on diffusait de fausses informations, que si, c'était une loi de progrès, qu'on faisait le jeu des agresseurs, on a eu le droit à tout. – Alors, pour illustrer cela, il y a un exemple très probant, c'est un contenu vidéo qui a été détourné par le compte Twitter du Secrétariat d'État de Marlène Schiappa, un visuel qu'avait créé Muriel Salmona, présidente de l'association "Mémoire traumatique et victimologie".

Alors pour ceux qui ne connaîtraient pas Muriel Salmona, c'est une grande psychiatre qui lutte depuis plus d'une vingtaine d'années en faveur des victimes, qui a eu la Légion d'Honneur, comme vous l'avez rappelé, cet été et qui a vu tout son travail complètement discrédité par le Secrétariat d'État lui-même. – Oui alors ça, ça nous a énormément choqués, alors non seulement sur le compte Twitter officiel, sur le compte Facebook officiel, tous les comptes officiels du Secrétariat d'État. Tout part d'une infographie de la docteure Salmona qui est totalement exacte, cette infographie qui a été réalisée d'ailleurs avant le vote de la loi début juillet, en lien avec un sondage IPSOS qu'elle avait commandé pour savoir si les Français souhaitaient un seuil d'âge.

À une très, très large majorité, évidemment, les Français le souhaitaient. Donc cette infographie décrit le fait qu'en Europe plusieurs pays dont le Danemark, l'Espagne, ont fixé un seuil d'âge précis et le dernier tableau de cette infographie montre simplement, de façon factuelle, en disant qu'en France seule une jurisprudence protège totalement un enfant de 0 à 5 ans et au-delà la France n'a pas fixé de seuil d'âge. Donc factuellement c'est totalement exact.

Effectivement, ce qu'ont fait les équipes du Secrétaire d'État, c'est de prendre cette infographie, de créer une vidéo avec la même police, les mêmes couleurs et en barrant d'un énorme panneau, en disant que c'est une fake news, et ça nous a profondément choqués. Je pense que c'est une affaire très grave parce que non seulement factuellement c'est faux, mais en plus de ça, la docteure Salmona comme vous l'avez rappelé lutte depuis 27 ans pour les victimes. Elle défend les victimes dans des situations extrêmement complexes, parfois juridiquement complexes, etc. donc elle a un rôle par rapport aux victimes qui est essentiel, et décrédibiliser officiellement son travail, si vous voulez, c'est potentiellement gravissime pour des victimes qui se retrouveraient éventuellement face à la justice, face à des avocats de la défense qui pourraient utiliser cette contrefaçon, ce détournement, pour décrédibiliser la docteure Salmona, mais à travers elle toutes les victimes.

Donc on est vraiment montés au créneau, on a fait une campagne de 21 jours, 21 jours pendant lesquels chaque jour sur les réseaux sociaux on a interpellé le Secrétariat d'État pour qu'il retire cette infographie et au bout de 21 jours ils l'ont fait, heureusement, en catimini, sans nous prévenir évidemment, mais nous ça nous a énormément choqués. Et au-delà de la docteure Salmona, au-delà de son travail, au-delà de l'impact que ça a eu sur elle, sur ses proches, ça a eu un impact sur l'ensemble des victimes et ça a contribué au climat dont je vous parlais, c'est-à-dire vraiment un climat extrêmement défavorable. On s'est retrouvés finalement en situation d'être attaqués alors qu'à la base on exprimait simplement une déception totale et une inquiétude énorme par rapport à la protection des enfants en France.

Ça a été un retournement total, il y a énormément de gens qui n'ont pas compris ce qui leur arrivait. – Est-ce que vous avez eu des retours assez concrets de victimes, d'associations par rapport à ce qui s'est passé cet été et qui a été très mal relayé dans la presse et qui a été très violent ? Comment est-ce qu'ils ont vécu ça ? – L'ensemble des victimes et des professionnels de l'enfance, des associations, ont tous été extrêmement secoués voire interloqués par rapport à tout ce débat.

C'est vrai que ce qui s'est passé c'est que ça nous a énormément soudés, c'est-à-dire que jamais en France les associations de protection de l'enfance, de lutte contre les violences sexuelles ne se sont autant rassemblées parce que tout le monde a été extrêmement surpris, choqué, bousculé par toutes ces méthodes, par tous ces mensonges, etc. Alors après comme la confusion a continué à régner avec cette histoire de toutes ces déformations d'information autour de l’éducation sexuelle à l'école, cela a semé un peu la confusion mais grosso modo l'ensemble des associations s'est vraiment soudé et il continue à être soudé parce que je pense que le but vraiment c'est de parvenir à fixer un seuil d'âge en France de façon fixe, ferme et on va continuer à se battre pour ça et on va continuer aussi à se battre parce que finalement la conclusion de tout ça c'est qu'il manque un interlocuteur spécialisé de ces questions, de la protection de l'enfance et nous, notre combat c'est de demander soit un ministre soit un Secrétaire d’État à l'Enfance. – On a l'impression quand même que dans cette histoire, le Secrétariat d'État vous a traités comme un opposant politique alors que vous êtes des associations de protection de l'enfance, de terrain, qui avez ciblé des points précis de la loi.

Est-ce que c'est le sentiment que les associations ont eu ? – Alors c'est très intéressant ce que vous dites parce que c'est vrai qu'on s'est retrouvés mis en accusation, comme si nous étions des opposants à la politique globale du gouvernement, alors que non, ce n'est pas du tout le cas donc c'est assez compliqué à vivre comme situation parce que finalement la loi a été votée le 1er août, ça personne ne le conteste, dans des conditions, je veux dire, il n'y avait que 92 députés sur 577, déjà ça, les associations l'ont vécu comme une sorte de mépris, une sorte de désintérêt. Et après on a eu le sentiment que le fait de rétablir les faits juridiques, on n'était pas du tout dans un combat politique, nous a valu une levée de boucliers totale, comme si le débat démocratique n'avait pas de place et que même en tant qu'experts, associations, militants, etc. toute voix critique qui ne correspond pas aux informations officielles qui étaient données est considérée comme une opposition politique, alors que nous nous étions uniquement sur le combat sociétal et sur la vérité juridique.

Et on pensait que c'était extrêmement important de monter au créneau parce qu'à titre associatif, je me disais que si par exemple certains Français s'informent sur les réseaux sociaux et certaines fois dans les médias officiels puisque cette idée que la loi avait fixé un seuil à 15 ans a été aussi relayée dans les médias officiels par certains responsables, moi je me disais que c'était extrêmement grave parce que, potentiellement, certains Français regardant la télévision ou s'informant sur les réseaux sociaux pouvaient croire que leur enfant était mieux protégé ou de façon très ferme par cette loi, ce qui n'est pas le cas. – Alors, en parallèle de cette loi, il y a une autre loi qui a fait débat, c'est la loi anti fake news. Donc le Sénat s'est opposé à cette loi mais ça paraît un petit peu étrange.

Le gouvernement veut lutter contre les fausses nouvelles, mais crée lui-même des fausses nouvelles. – Je pense que c'est vraiment un contexte général. L'information, les réseaux sociaux deviennent un enjeu de pouvoir énorme et je pense que ce sont eux qui font l'erreur.

Les réseaux sociaux deviennent un enjeu de pouvoir politique alors que nous ce n'est pas notre problème. Nous on est vraiment dans un combat sociétal, donc je pense qu'il y a une confusion des genres totale sur l'enjeu de communication et l'enjeu de communication souvent de contre-vérités soutenu par un combat politique, alors que nous on n'est pas du tout là-dedans. On est dans un combat sociétal, dans un combat pour la protection des enfants, on est dans un combat pour une meilleure justice pour les victimes.

Je rappelle qu'il y a une impunité majeure en France sur les viols. Et on se retrouve malgré nous en état de quasi-opposants par un pouvoir qui effectivement veut contrôler et l'information officielle et les réseaux sociaux. C'est un peu ubuesque. – En fait la plupart des médias sont montés au créneau pour défendre Marlène Schiappa concernant cette histoire d'éducation sexuelle à l'école comme dès qu'on en parle ça fait polémique.

Et vous vous avez été assez seule dans ce combat que vous avez mené cet été. Les médias ne sont pas montés au créneau vous défendre contre les fausses nouvelles, pourtant on sait que les grands médias s'alarment pour essayer de repérer toutes les fausses nouvelles et là non, rien. – En fait ce qui s'est passé c'est que la communication du Secrétariat d'État était extrêmement habile parce qu'effectivement dès que sont sorties ces fausses informations totales sur "la loi Schiappa légalise la pédophilie" et sur cette fameuse idée de masturbation dès la classe maternelle, des bêtises comme ça, comme elle était extrêmement présente dans tous les médias, elle a fait une sorte de surenchère sur ces questions-là, Et du coup les médias officiels ont relayé, sont montés au créneau pour, à juste titre, démonter ces fausses informations, mais ils n'ont pas utilisé la même énergie ou la même vigueur pour dénoncer aussi les contre-vérités qui étaient distillées de façon officielle.

Donc je trouve qu'effectivement, il y a eu deux poids deux mesures. Alors les médias qui ont décortiqués les fake news de la loi Schiappa ont surtout parlé de l'allégation de la pédophilie et de la masturbation à la maternelle, mais ils ont juste dit, par exemple, que les associations étaient déçues de pas avoir un seuil d'âge. Mais on n'a pas eu droit au même traitement, c'est à dire de dire qu'effectivement les équipes du Secrétariat d'État soutenaient dans tous les médias officiels qu'il y avait bien un seuil d'âge.

On n'a pas eu droit au même traitement. – D'un point de vue politique, vous qui êtes associatifs, pour récapituler, vous alertez le Secrétariat d'État sur cet article 2, sur un point juridique qui vous pose problème, et au lieu de vous écouter, en tant qu'experts de la protection de l'enfance, le gouvernement fait une bataille de communication sur les réseaux sociaux pour vous discréditer au lieu de vous écouter. – En fait, on exprimait au départ une déception.

Après le vote du 1er août, on était sur le mode de la déception. Et donc peu à peu, c'est dans les jours qui ont suivi le vote de la loi, on est montés au créneau en disant "non, ce n'est pas une loi de progrès". On peut considérer ça comme une loi de quasi statu quo.

On s'est retrouvés pris dans des enjeux de pouvoir et politiques qui ne nous concernaient absolument pas. Mais on a été obligés de tenir la barre parce qu'il y avait de fausses informations, parce que c'était grave pour les victimes, parce que c'était grave par rapport à ces dossiers, parce que les experts, les professionnels en France comme la docteure Salmona étaient méprisés. Pourquoi c'est grave ?

Parce que la protection de l'enfance en France est dans une situation terrible. Donc on pouvait pas ne pas réagir à cette situation, mais effectivement, à la base, on aurait jamais dû être dans une situation pareille. – Donc cet été, les associations de protection de l'enfance ont mis toute leur énergie à rétablir la vérité face au gouvernement. – Absolument, la vérité juridique, factuelle. – Pour conclure, comment est-ce que vous vous sentez en tant qu'associatifs ?

Est-ce que ça vous a fait peur ce qui s'est passé cet été ? Est-ce que vous vous sentez confiants pour continuer à militer pour la reconnaissance de ce seuil d'âge ? Est-ce que vous vous sentez toujours aussi écoutés du gouvernement ? – Ben, écoutez, tout le travail autour de cette loi, il y a eu énormément d'auditions, il y a eu des rapports, le Secrétariat d'État a reçu les associations, donc officiellement on nous a écoutés, mais au final on n'a pas du tout écouté.

Je pense que cet été a été extrêmement difficile pour tout le monde. On est extrêmement déterminés à continuer à se battre pour obtenir ce seuil d'âge. Je pense que là il est urgemment nécessaire de rétablir un dialogue de fond réel, si dialogue il y a eu un jour, parce que là on parle encore une fois de professionnels, de bénévoles, qui sont sur le terrain dans un secteur où la situation est catastrophique.

Ce sont les vrais problèmes, la protection des enfants, l'impunité des viols, ce sont de vrais problèmes. Et il est urgent de rétablir un dialogue sain autour des problèmes de fond et non pas de communication. C'est un mépris, on en revient au début de notre tribune qui de mémoire de militants n'avait jamais été vu en France de la part des autorités au pouvoir. – Merci beaucoup, Mié Kohiyama, à bientôt et bon courage. – Merci à vous. + Au revoir. – Alors là je retrouve notre camarade Julien.

Julien va nous parler de son film "Glasgow contre Glasgow" qui va être diffusé juste après l'Autre 20h, dans la continuité, donc restez sur le Média. Pitche nous un peu ce film, Julien. – C'est un documentaire photographique que j'ai réalisé en 2010 suite à un article que j'avais écrit pour le Monde Diplomatique et qui s'appelait "Vivre riche dans une ville de pauvres".

C'est un film que j'aurais pu tourner à Sarcelles, à Perpignan, à Roubaix, à Vénissieux, … – Parce que Glasgow a une particularité. – Glasgow est une des grandes villes de la révolution industrielle dans le Nord, en Écosse, dans cette région du Nord de la Grande-Bretagne, et ce sont des endroits qui ont été fortement désindustrialisés, et l'OMS a publié un rapport en 2010 expliquant que la différence d'espérance de vie entre les plus riches et les plus pauvres à l'intérieur de la même ville de Glasgow atteignait 28 ans. C'est-à-dire que les hommes meurent à 54 ans quand ils sont dans les quartiers pauvres, et ils meurent à 82 ans en moyenne quand ils sont dans les quartiers riches.

Et je me suis servi de cette étude comme base pour aller questionner les habitants de Glasgow et plus particulièrement ceux qui sont en haut de la pyramide sociale, c'est-à-dire les "philanthropes", les grands patrons, pour leur demander comment ils expliquent cette différence abyssale d'espérance de vie. – C'est très intéressant et c'est sur le Média. Nous remercions la société CP Production qui distribue ce film et qui a bien voulu nous permettre de le diffuser.

Vous pouvez aller sur leur site internet, sur leur toute nouvelle boutique en ligne faire votre marché, si vous pouvez. Voilà, la première de l'Autre 20h c'est presque terminé. Si vous n'êtes pas encore Socio vous pouvez le devenir.

Vous pouvez vous servir des liens qui s'affichent en commentaires sur Youtube ou sur Facebook si vous regardez par ces biais. Si vous regardez sur lemediatv vous pouvez nous envoyer un mail à contact@lemediatv.fr et nous vous dirons quoi faire.

Merci et à demain. contact@lemediatv.fr