Narcotrafic, COP 30, élection présidentielle… L’interview 4V de Marine Tondelier
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Marine Tondelet, merci d'être notre invitée ce matin pour les 4 vérités. L'actualité, c'est d'abord ce drame qui touche directement votre famille politique. Mehdi Kessassi, le petit frère de l'un de vos militants, a été assassiné à Marseille, sûrement en lien avec le narcotrafic. Votre collègue des écologistes, Amine Kessassi, est investie à Marseille, donc dans la lutte contre ce fléau. Je précise qu'il n'y a a priori aucun lien entre Mehdi Kessassi et le narcotrafic, mais selon le procureur, la thèse d'un règlement de compte en raison de l'engagement de son frère Amine Kessassi n'est pas exclue. Quelle est votre réaction ce matin ?
Il faut savoir qu'Amine Kessassi, c'est un jeune homme qui est incroyable. Moi, à chaque fois, il me bouleverse parce qu'il a une dignité absolue. Et en fait, il est aussi humble qu'il est courageux. Ça fait quelques années qu'on suit son combat contre le narcotrafic parce que son frère, il y a 5 ans, un premier frère avait été assassiné dans un règlement de compte. Et donc, ça fait 5 ans qu'il s'engage de manière extrêmement courageuse à tel point qu'il a été mis sous protection policière depuis des mois. Il ne pouvait plus venir à Marseille comme il le voulait. Il était caché, protégé 24 heures sur 24.
C'est quand même le raid hier qui l'attendait à Marseille pour qu'il puisse aller voir en sécurité la dépouille de son petit frère. Et donc, ce qui est terrible, c'est qu'on a là un jeune homme qui n'a rien à voir avec le narcotrafic, le frère d'Amine Kessassi. Il voulait même devenir policier. Il voulait devenir policier. Il avait travaillé tout l'été pour se payer sa première voiture. Et il allait commencer là un stage à la poste que Amine lui avait trouvé. Et donc, c'est une nouvelle étape qui est franchie puisqu'il y avait des règlements de compte. C'est terrible. On connaissait ça. Il y avait ensuite des victimes collatérales parce qu'il y avait des rafales à la sortie d'une école.
Et donc, un peu au hasard, on pouvait perdre la vie du fait du narcotrafic. Et là, c'est un assassinat ciblé d'intimidation, semble-t-il, pour intimider Amine et toute sa famille parce qu'il faudrait qu'il se taise. Moi, je vais vous dire, il m'avait envoyé son livre début octobre qui s'appelle « Marseille et suites et larmes, vivre ou mourir en terre de narcotrafic ». Je vais bouleverser rien qu'à reprononcer le mot de ce livre aujourd'hui. Et c'était une claque de lire ce livre. Parce qu'Amine commence en expliquant « Vous, vous regardez des séries Netflix, ça vous détend, vous regardez ça, c'est du suspense. Nous, c'est notre quotidien ».
Et donc, juste pour vous dire qu'aujourd'hui, pour parler du narcotrafic, on peut être menacé, intimidé et voir des gens tués dans sa famille. Donc, c'est la preuve que, finalement, c'est l'État de droit qui est menacé aujourd'hui.
Justement, vous êtes candidate à l'élection présidentielle, Marine Tondelier. Demain, vous, présidente, qu'est-ce que vous faites contre le narcotrafic ?
Je pense qu'il faut quand même se dire que la politique du tout répressif qui est mise en œuvre aujourd'hui n'a pas de résultat. Il n'y a jamais eu autant de consommation de drogue. Et donc, on ne peut pas, on doit combattre le narcotrafic avec un arsenal très, très précis. C'est des professionnels qui sont en face, qui ne reculeront devant rien. Et il y a des lois qui ont été votées de manière très large et transpartisane en ce sens. Mais si on oublie la prévention, si on combat les addictions aux drogues sans prendre en compte un volet sanitaire et de prévention, et Amine en parle beaucoup aussi dans son livre, avec beaucoup de justesse, alors on ne traite pas tout le sujet.
Et donc, vraiment, je suis très inquiète de ce qui se passe à Marseille. Et j'apporte mon soutien à tous les Marseillais qui doivent être bouleversés et effrayés. S'il y a une grande mobilisation qui se monte, j'y serai. J'ai encore discuté avec Amine ce matin. Evidemment, la famille, dans le moment du deuil, il faut respecter ça. On lui a réaffirmé une nouvelle fois le soutien de tout notre mouvement. Hier, aujourd'hui et tous les jours qui suivront, il est très courageux. On se tiendra jusqu'au bout. On n'a pas peur de ces gens. Mais par contre, voilà, on attend qu'il nous dise comment il souhaite commémorer son frère et on sera là.
On a bien compris votre message ce matin. L'actualité, c'est aussi à Belém, au Brésil, la COP30 qui continue, grand rassemblement international pour tenter de trouver des solutions aux changements climatiques. On est à mi-parcours. Est-ce que vous êtes quelqu'un d'optimiste, une écologiste optimiste ce matin ?
Je suis optimiste de base, mais je vous avoue que certains matins, j'ai du mal. Parce qu'il y a aujourd'hui un million d'espèces, de faunes, de flores dans le monde, qui sont menacées de disparition. Parce qu'on voit bien que le changement climatique, le réchauffement au niveau mondial qu'on voulait et qu'on devait contenir à 1,5 degré, c'était les accords de Paris il y a 10 ans. On nous explique qu'aujourd'hui, si tout va bien, on sera à 2,3 degrés. Quand on voit du mal qu'on a... Non, mais on sera aujourd'hui à 2,3 degrés ou 2,5 degrés et l'Europe se réchauffe deux fois plus que le reste du monde.
Est-ce que ça sert encore à quelque chose de faire des COP quand on voit qu'on n'arrive même pas à tenir les engagements de Paris ?
Soit on baisse tous les bras, c'est la résignation générale, et alors on aura vraiment tout perdu, soit on s'accroche à chaque événement. Je ne dis pas que les COP sont parfaites, je dis qu'aujourd'hui je n'ai pas d'autre outil pour avoir tous les pays du monde quasiment autour de la table et discuter. Par contre, quand je vois que la France, la France emmène Patrick Pouyanné dans ses valises, dans la délégation française, le PDG de Total, alors que Total émet autant de gaz à effet de serre que tous les Français réunis, j'ai du mal. C'est comme si M. Macron allait avec Bernard Arnault à un sommet sur la justice fiscale, ça n'a aucun sens.
Donc j'ai l'impression que ces enjeux ne sont pas assez pris au sérieux par les politiques, ne sont pas assez pris au sérieux par les médias parce qu'on en parle bien peu en réalité, alors que tellement se joue en ce moment. Et puis là, il y a un gros sujet, c'est la déforestation en ce moment, parce que c'est au Brésil, à Belém, donc évidemment c'est un gros sujet local. Mais vous dire quand même qu'en 2022, c'est le dernier chiffre qu'on a, 11 terrains de football par minute ont été supprimés en termes de forêt tropicale primaire. Et ça, évidemment, quand on supprime une forêt tropicale primaire, on ne la retrouve jamais.
C'est pour vous montrer à quel point chaque minute apporte sur le monde de mauvaises nouvelles, mais les Français sont très déterminés. 91% des Français voient quotidiennement les impacts du changement climatique, des phénomènes extrêmes. Et 89% sont très inquiets. Ils sont deux tiers, toute tendance politique confondue, à demander des gestes forts, en sachant qu'ils savent que ça coûtera de l'argent. Ils disent oui, il faut quand même intensifier la planification écologique. Donc vous voyez, les Français, contrairement à ce qu'on vous dit parfois, veulent plus d'écologie. Et je les en remercie.
Alors très rapidement, on va parler du budget, puisqu'il n'y aura pas d'examen du budget à l'Assemblée nationale ce week-end. C'est étonnant. Ça vous étonne, vous ?
Oui, je vois derrière ça beaucoup de lâcheté de certains qui ne veulent pas passer au vote. Et bien, je vous le dis, les écologistes n'ont pas peur du vote sur le budget. Ils auraient voté en leur âme et conscience. Et je précise d'ailleurs que les voix écologistes sont très déterminantes. Parce qu'aujourd'hui, même si les socialistes s'abstiennent, sans abstention au moins des écologistes, rien ne passe. Je pense que c'est l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement et les socialistes, j'ai cru comprendre, ne voulaient pas aller au vote.
Alors vous dites que les écologistes n'ont pas peur du vote. Mais est-ce que vous avez peur de l'élection présidentielle ? Je rappelle que vous êtes candidate. On a appris cette semaine que votre collègue Yannick Jadot n'excluait pas de se présenter. Hier soir, votre collègue...
Il a dit qu'il était disponible.
Hier soir, votre collègue Sandrine Rousseau a refusé de dire qu'elle vous soutenait. Estimant, je cite, le processus interne factice. Quand on n'arrive pas à rassembler son propre parti, est-ce qu'on peut rassembler son pays ?
Regardez de quoi on vient de parler. Tout ça est dérisoire aux enjeux mondiaux qui nous occupent. Le parti n'a jamais été aussi soudé. On a Yannick Jadot qui dit qu'il est disponible. J'espère bien qu'il est disponible. Et parce qu'on va avoir besoin de lui, de tout le monde. C'est quand même quand Mme Rousseau dit qu'il y a un processus factice. Le sujet, d'accord. J'ai arrêté de commenter ce genre de propos bien autant parce que c'est ce qu'elle cherche. Donc je ne le ferai pas. Vu les enjeux du moment, ce que je peux vous dire, c'est qu'hier, un sondage est sorti qui montre que 72% des électeurs du Nouveau Front Populaire souhaitent une candidature unique à la présidentielle.
La position que je porte depuis des années avec mon mouvement et sur laquelle on dit « Mais vous êtes très seul sur cette position ». Ben non, 72% des électeurs du Nouveau Front Populaire le souhaitent. Et donc ce qui m'intéresse, c'est comment on fait ça. On sera cet après-midi à Trappes pour une grande convention sur l'éducation avec les forces politiques, les socialistes, les ex-insoumis, donc Clémentine Autain, François Ruffin. On travaille ensemble sur le fond pour préparer 2027. Et on annoncera des petites précisions aussi sur le calendrier de cette primaire dont vous aurez toutes les modalités d'ici la fin de l'année. On tient nos promesses.
Et je le dis à celles et ceux qui s'inquiètent qu'on n'y arrive pas, on ne va pas vous lâcher. Voilà. Tenez bon, on arrive.
Merci beaucoup Marine Tourdelier d'avoir été notre invitée ce matin. Samuel, Mélanie, c'est à vous pour la suite de Télématin.
Marine Tondelier