Faut-il avoir peur de l'intelligence artificielle ?
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France Inter Bonjour à tous, l'heure du débat de midi est arrivée sur France Inter, installez-vous confortablement, l'époque s'invite à table, nous sommes gourmands et pendant une heure nous allons tailler le bout de gras, comme on dit avec élégance, et discuter avec une passion chambée, comme dit ma grand-mère, persuadée d'être toujours dans le coup, je crois qu'on parle grand-mère quand même.
Alors c'est une médaille d'or, d'argent ou de bronze qui sera remise après les JO, au moment du bilan, celle pour l'intelligence artificielle en effet, l'IA sera partout durant cette quinzaine olympique, pour la sécurité, avec les caméras de vidéosurveillance, pour les juges, les épreuves, dans l'entraînement des sportifs, vous n'y échapperez pas sans le savoir. Mais au fait, est-ce qu'on sait vraiment ce que c'est que l'IA ?
Parce que selon une récente étude, 19% des français ont testé l'IA et avoir affirmé, avoir testé les outils de l'intelligence artificielle générative, type chat GPT, 57% pensent même qu'avec l'IA nous vivons une nouvelle révolution industrielle, mais alors en même temps, selon une étude réalisée sur 21 pays par Boston Consulting Group, les français seraient les plus pessimistes au monde concernant l'usage de l'intelligence artificielle.
Alors d'où vient cette inquiétude à propos de cette technologie, augmentation des arnaques, fausses informations, et je ne vous parle même pas de l'idée que l'IA pourrait amener une conscience au robot, on est en plein doute, par exemple, suis-je Jean-Mathieu Pernin ou Jean-Mathieu Pernin TX325, le robot du débat de midi sur France Inter ? On ne sait plus ! Et vous, êtes-vous confiant ? Pensez-vous que l'avenir sera meilleur avec l'intelligence artificielle ? L'utilisez-vous au quotidien ? Les questions sont nombreuses et on vous attend avec vos messages et notes vocales via WhatsApp au 01 45 24 7000, le débat de midi, ça commence tout de suite.
Jean-Mathieu Pernin, le débat de midi sur France Inter. Et pour en parler autour de la table du débat de midi, nous avons invité Asma Mala, bonjour à vous. Bonjour. Vous êtes politologue, essayiste, spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la tech. Absolument. C'est la tech, voilà. Michael Stora, bonjour. Bonjour. Vous êtes psychologue, auteur du livre Réseaux sociaux, Réseaux asociaux également, voilà, c'est sociaux et asociaux. Voilà, c'est publié chez Gallimard. Et Jean-Michel Bénier, bonjour. Bonjour. Vous êtes agrégé de philosophie, docteur en sciences politiques, professeur émérite de philosophie à Sorbonne Université.
Alors, au début, forcément, Asma Mala, comme je disais dans mon introduction, est-ce que d'après vous, on sait vraiment, d'un côté un peu généraliste, mais est-ce qu'on sait ce que c'est que l'intelligence artificielle aujourd'hui ? On en parle beaucoup, mais est-ce que c'est ce qu'on sait ?
En fait, ce qu'il faut peut-être commencer par dire, c'est que l'IA comme concept, c'est-à-dire posé comme ça, en effet, ne veut pas dire grand-chose. Il faudrait déjà définir à quoi elle renvoie ou de quels outils on parle. Et vous avez une multitude d'outils. Alors, ce qui a vraiment mis le feu aux poudres depuis deux ans et demi, c'est le chat GPT, donc c'est les IA génératifs. Donc, ce sont des outils à partir de consignes qu'on appelle des prompts qui vont vous générer du contenu, de l'audio, de la vidéo, du code, etc. Mais en réalité, vous avez une multitude d'autres outils et qui étaient tout à fait préexistants au chat GPT.
Et ce qui est très intéressant, alors, très rapidement, ça peut être les outils sécuritaires. Vous avez parlé des JO en introduction, mais qui ne sont pas forcément des IA génératifs ou pas du tout, d'ailleurs. Ça peut être de la domotique à la maison, ça peut être tout ce qu'on a sur le smartphone. Vous avez aussi de l'IA qui est vraiment, disons, en bac d'autres systèmes, les algorithmes de modération, mais aussi dans les IA militaires, sur aujourd'hui les théâtres ou des opérations qu'on peut retrouver en Ukraine, à Gaza, etc. Donc, en fait, il faut absolument, et vous avez raison de commencer par ça, commencer par définir ce dont on parle.
Et on n'aura pas le même débat et les mêmes questions éthiques, juridiques, légales, si on parle d'IA génératifs ou d'armes autonomes, par exemple.
C'est ça aussi, Mickaël Stora, c'est qu'on va parler dans un instant de la peur que ça a pu générer, mais d'un coup, c'est parce qu'on ne connaît pas, on ne sait pas forcément de quoi on parle, quand on a peur aussi. Oui, et alors d'autant plus que l'être humain ne peut pas s'empêcher de projeter sur ses machines toutes sortes de choses. Et cette tendance-là, elle est assez intéressante à observer, puisqu'au fond, les êtres humains vont finalement dialoguer avec une machine, tout en pensant qu'à un moment, cette machine, il faut bien lui donner une sorte d'apparence humaine. Et d'ailleurs, si vous avez fait l'expérience de parler avec Tchad GPT, elle est incroyablement polie.
Elle est très polie, voire même, on se pose la question si elle n'est pas un peu hypocrite, alors que non. Finalement, donc petit à petit, à force de lui donner une dimension humaine, eh bien, on se demande finalement à qui on a affaire. Et je crois que cette dimension un peu mystérieuse va évidemment provoquer toute forme de fantasme. Et je dirais que les arts, les cinémas et autres ont énormément nourri cette peur autour de l'IA. On va en parler au départ, mais au départ, Jean-Michel Bénier, est-ce que ça vous a étonné quand on voit des chiffres ?
En effet, par exemple, quand je l'ai noté un chiffre, c'est dans l'IA dans la vie professionnelle, par exemple, l'IA générative, quand on parle de Tchad GPT, par exemple, 48%, c'est une étude, de ceux qui utilisent les IA génératives dans leur travail considèrent que leur entreprise les encourage à cet usage et sont de plus en plus nombreux à l'apprécier. Ça veut dire qu'au départ, on faisait ça pour s'amuser et on se rend compte que ça peut véritablement avoir un impact dans notre quotidien ?
Ah bah oui, ce serait intéressant de découvrir que l'intelligence artificielle sert à quelque chose. Non, j'observe pour ma part que l'intelligence artificielle a été, dès le départ, quelque chose d'assez simple. Il s'agissait de réaliser des systèmes experts, on posait des questions à l'ordinateur en introduisant des informations et puis on obtenait quelque chose. C'était des machines à jouer aussi, c'était des machines à traduire. Bon, alors pourquoi est-ce que tout à coup c'est monté en puissance ?
Il y a effectivement bien des raisons, mais l'une des raisons, c'est qu'il y a de plus en plus de concepteurs de machines fonctionnant à l'intelligence artificielle qui avouent qu'ils ne savent plus exactement comment et ce que peuvent faire les machines qu'ils fabriquent. C'est-à-dire arrêter le progrès, en fait ? Ah non, ce n'est pas tellement ça, mais on fait des machines qui fonctionnent de manière de plus en plus autonome et leurs concepteurs perdent même ce qu'ils font.
Et ça, ça commence à pénétrer les esprits de nos contemporains, de se dire que ça y est, jusqu'à présent on avait des machines qui devaient nous aider à vivre et puis on s'aperçoit que ces machines, elles nous ont progressivement asservi et on est dans une situation d'hétéronomie pour employer un... Qu'est-ce que c'est que l'hétéronomie ? C'est le contraire de l'autonomie. L'autonomie, on est décideur, l'hétéronomie, on est l'objet de la décision de quelque chose.
Oui, c'est embêtant, en effet. Alors, à ce moment-là, juste pour qu'on continue dans le côté un peu pédagogique avant vraiment de rentrer dans le fond, aujourd'hui sur l'intelligence artificielle, est-ce qu'on sait où on en est ? Est-ce qu'il y a un point route presque qui a été fait autour de l'intelligence artificielle ? Dans le progrès et dans le quotidien aujourd'hui, par exemple, chat GPT, il est, si je vais télécharger ce logiciel, c'est beaucoup plus performant que celui d'il y a six mois ? On progresse, on continue à progresser là-dessus ?
Alors, il y a beaucoup d'éléments de réponse à apporter. D'une part, il y a une discussion, une conversation dans le monde académique. Et en fonction de la personne ou du chief data scientist que vous allez interroger, si vous interrogez Altman ou Yann Lequin...
Alors, qu'est-ce que c'est qu'un data scientist ?
Ou les grands directeurs scientifiques, un peu stars sur ces sujets-là, qui sont très présents aujourd'hui dans le débat public. Et c'est très intéressant de voir les différences de vision. Il y a plusieurs choses à vraiment avoir en tête. C'est faire le tri, j'insiste vraiment, entre les vrais sujets et les faux problèmes. Les vrais sujets, c'est toutes les questions, si vous voulez, que vous avez évoquées, qui sont pratiquement hors de notre contrôle direct, mais qui ne sont pas du tout fantasmatiques. Ce sont les menaces géopolitiques, c'est la question de la désinformation, c'est la question de la cybermalveillance, etc.
Donc, toutes les techniques de déstabilisation de régime politique est d'abord nos démocraties. Donc ça, c'est quelque chose qui est fondamental. Après, il y a ce que j'appelle moi les faux sujets qui sont de l'ordre de la politique publique. Ça veut dire qu'ils sont à la main de nos politiques. C'est la question du travail. Vous évoquiez la question du travail. C'est la question de l'éducation. Et là, il est faux de dire que ça appartient à des urlues berlues de la Silicon Valley. On a la main sur ça. L'intelligence artificielle comme infrastructure, et c'est important de le dire, ce sont des infras, en fait, sont ultra rationalisables. Donc, il y a la question de la productivité.
Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, Tchadjpd a à ce point, si vous voulez, généré une vague de hype ? Il y a tout le narratif qui vient de la Silicon Valley sur la révolution. Et d'ailleurs, vous utilisez le terme de progrès. Mais de quelle nature serait ce progrès exactement ? Est-ce qu'on parle de progrès technique, auquel cas ce serait une innovation, ou de progrès social, ou de progrès de la connaissance ? De quoi parle-t-on ? C'est-à-dire que ce sont des outils qui sont au service de quoi ? Et là, la question reste absolument ouverte, parce que le politique ne s'en est pas emparé. Le politique n'a fait que suivre les récits provenant des Etats-Unis.
Et donc, de ce point de vue-là, c'est cette question de se dire, ce sont des outils qui sont absolument faillibles, qui sont faillibles, qui ne sont absolument pas magiques. Ils ne sont pas le sujet des phrases. Ils doivent rester l'objet des phrases. Elles ne pensent pas. Elles sont normalement au service de quelque chose d'autre, et à nous de définir cet autre. Et simplement pour la question du travail, c'est très intéressant. Vous avez compris que je suis incapable de répondre à votre question.
Je vois ça, c'est pour ça que je me demande si vous n'êtes pas une intelligence artificielle.
Pourquoi je suis incapable, et je vous le dis très franchement ? Parce qu'en fait, vous avez absolument autant de rapports, de notes, qui viennent vous dire que c'est la destruction de tous les jobs, ou 50% des jobs dans les 5 ans à venir, comme des rapports beaucoup plus récents, là il y a quelques semaines, du MIT, qui vous explique qu'en fait pas du tout, ça va être des hausses de productivité, mais qui vont automatiser certaines tâches à l'auteur de 5%.
Alors si je peux reprendre, le FMI a dit, en effet, ça va créer des millions d'emplois, et en même temps, à la base, ça va en détruire énormément, aussi parce qu'on le sait, on parle des emplois de service, on parle des emplois justement aussi autour de l'informatique, qui pourraient être faits par... On le voit même dans le métier de la communication, des journalistes, vous avez certaines agences de presse aujourd'hui, qui vont bien laisser ChatGPT ou d'autres, ou OpenAI, écrire des choses, des brèves, pour Internet.
Oui, mais ce serait assez grave, d'ailleurs c'est assez grave. Donc après, intervient non pas l'outil, mais la question de la déontologie, de l'encadrement. C'est pour ça que je vous dis, c'est une question de politique publique, et aussi qu'est-ce qu'on fait de ces outils-là, et à quelle place on les met et on les laisse. Et donc, si tout d'un coup, on participe à cette hype de dire, c'est un outil magique qui va remplacer tout le monde parce qu'on va faire des économies, ce serait une très grave faute, je crois. Donc, tout dépend de ce que nous, nous en ferons.
Alors, je vous en prie, Niquel Sorin. Non, c'est intéressant, parce que vous avez donné l'exemple du journalisme qui, normalement, se positionne avec une forme d'objectivité. Et finalement, ChatGPT nous apparaît comme un outil objectif. Mais la réalité, c'est qu'au fond, si on réfléchit à ce qu'est l'intelligence, du point de vue, je dirais, des psychologues, elle a été définie par quelqu'un qui s'appelle Binet, qui dit, ce que calcule Montes, le fameux QI, c'est l'intelligence. Mais c'est une intelligence qui est, justement, cognitive. C'est-à-dire un processus, finalement, de pensée qui ne doit pas déborder. Alors, moi, je suis psychanalyste, je ne fais que déborder.
C'est mon travail, c'est que ça déborde, c'est l'ambivalence. Et c'est ça, le problème. C'est que, déjà, l'utilisation même du terme d'intelligence pose question, comme la question de l'objectivité, puisque, finalement, même un journaliste, d'ailleurs vous-même, vous n'arrêtez pas de déborder. C'est vrai, c'est ça qui... Mais non, mais c'est plutôt intéressant. Vous diriez, le problème, aujourd'hui, de l'intelligence artificielle, une nouvelle fois, comme vous avez rappelé tout à l'heure, générative, parce que le système d'intelligence artificielle qu'on a sur notre portable, c'est autre chose, mais générative, c'est qu'elle est trop cadrée, en fait.
Oui, moi, je trouve qu'elle est trop parfaite, même si on peut imaginer...
Elle ne l'est absolument pas parfaite.
Oui, mais elle nous donne l'illusion. C'est ça, la problématique, c'est qu'elle nous donne l'illusion d'être parfaite. Et, finalement, moi-même, ayant utilisé Tch-GPT, ces réponses m'ennuient terriblement. Par exemple, je finis juste une chose, mais est-ce que ce que vous disiez à ce moment-là aussi sur le contrôle, entre guillemets, américain, c'est vrai, quand on lui parle de religion, quand on lui parle de politique, Tch-GPT ne s'engage jamais. Par exemple, vous lui posez la question « Dieu, existe-t-il ? » Il dit « Ah, selon certains, c'est pas le cas, etc. » Voilà, c'est jamais l'intelligence artificielle elle-même qui s'engage.
Alors, ce qui m'amène à une autre réflexion...
Oui, après, je vous donne la parole. Allez-y, finissez. J'y vais, rapidement ?
Sur la question de la position de filtres éthiques, moraux, etc. En effet, ce qui amène à une question que vous ne posez pas, mais donc j'en profite, c'est qu'en fait, l'IA, celle dont on parle aujourd'hui, ce n'est pas, encore une fois, cette outil magique, vous avez de l'humain partout. Sur toute la chaîne de valeur, il n'y a que des hommes et des femmes, mais d'ailleurs surtout des hommes, hommes au sens petit H. C'est-à-dire que vous avez les concepteurs idéologues, les Musk, les Altman, les Big Tech, les géants technologiques, avec tous leurs chercheurs. Et puis ensuite, vous avez, qui vont donc fabriquer, concevoir, le socle technologique, les modèles.
Et puis après, vous allez avoir toute l'armée de modérateurs sous-payés dans les pays du Sud, qui sont en fait dans des conditions de travail psychologiques et financières absolument délétères, et qui sont chargés de la modération et de l'entraînement de la modération. Les travailleurs du clic, comme on les appelle. Exactement, les travailleurs du clic. Et en bout de chaîne, c'est nous. Donc en fait, il y a de l'humain partout.
Oui, c'est ça, oui. Jean-Michel Bigny.
Oui, je pense que, je rebondis sur ce que Michael Stora a évoqué à l'instant. Cette intelligence artificielle dont on parle tant aujourd'hui, c'est un abus de langage à plus d'un titre. Vous avez raison d'évoquer Binet disant, qu'est-ce que l'intelligence ? L'intelligence, c'est ce que mesure mes tests, disait-il. Donc c'est la représentation d'une intelligence qui est toujours mise sous le signe du calcul, de la prédiction, etc. Or, on sait très bien que l'intelligence, ça n'est pas ça. Ça n'est pas que ça, dans le sens commun. L'intelligence que je privilégie, c'est celle qui résiste à l'instinct, qui résiste aux automatismes, qui résiste aux machines.
C'est aussi être intelligent que de résister aux machines. Et ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, on a parlé tout à l'heure de débordement, nous débordons les uns et les autres. Mais oui, mais pourquoi ? Parce que précisément, l'intelligence artificielle a rendu évident que l'humain, c'est le bug. C'est la possibilité du bug qui permet de caractériser l'humain. L'intelligence artificielle rêve de supprimer absolument toute indécidabilité, de supprimer l'ambiguïté, de supprimer tout ce qui fait que nous sommes des humains. Et nous, sous-repticement, nous sommes à l'affût du débordement ou de l'erreur et du bug à la machine.
Je voudrais vous faire part aussi de quelques réflexions de la part de nos auditeurs qui nous ont contactés via le 01 45 24 7000 en nous laissant leur message. Alors, il y a Daniel qui nous dit l'intelligence artificielle aura comme toute invention des côtés positifs et négatifs le tout et de ne pas s'en remettre totalement à cette innovation. Gardez vigilance et réflexions. Dominique, comme toute invention, ce n'est pas l'IA qui fait peur mais les idiots qui la développent et l'utilisent pour rester poli. Et puis, il y a Grégoire.
Alors, Grégoire qui nous dit et qui a une réflexion intéressante puisqu'il nous dit j'ai entendu que l'intelligence artificielle était une émulation de l'intelligence humaine et que, donc, elle était forcément moins importante. Il y a l'exemple du GPS. Une fois qu'on a fait deux ou trois fois le trajet, on n'a plus du tout besoin de l'IA pour nous diriger. L'intelligence artificielle ne viendrait-elle pas un peu réduire notre intelligence humaine plutôt que d'améliorer ? Oui, c'est intéressant l'idée du GPS. Finalement, le GPS, paradoxalement, alors j'ai peut-être mal saisi, mais a entraîné une perte de mémoire. C'est ça, c'est ce qu'il nous dit. C'est ce qu'il nous dit, en fait.
Ça joue sur notre capacité de mémorisation et j'ai l'occasion de manière très empirique d'avoir quelques amis qui utilisent énormément ChatGPT et je me rends compte, étrangement, qu'il y a une perte aussi d'élaboration, de capacité de recherche à force de faire appel à un tiers. Il y a quelque chose d'un peu, alors c'est très empirique ce que je dis, mais l'utilisation excessive vous empêche à un moment de faire appel à nouveau à quelque chose d'irrationnel, c'est l'imaginaire. Même celui du chercheur qui à un moment se retrouve à un moment à faire des choix.
Et les choix sont déjà pré-mâchés par l'IA et donc à un moment reposent la question du libre arbitre d'une certaine manière dans notre capacité à pouvoir même nous tromper. J'ai parlé de débordement, je trouve que se tromper c'est pas mal aussi puisque c'est comme ça qu'on apprend, paraît-il. Alors on va écouter juste une note vocale qui nous a été laissée au 45, 24, 7000 par Lovis. Lovis et lui justement il travaille déjà dans ce qu'on appelle l'intelligence artificielle là au niveau créatif, on va l'écouter.
Je pense réellement on va dire que 95% aujourd'hui des métiers qui sont faits sur ordinateur pourraient être remplacés ou pourraient être améliorés grâce à l'intelligence artificielle et c'est pas quelque chose qui est compliqué aujourd'hui. Je pense plus que c'est un souci de curiosité que les gens n'ont pas forcément quand ils font la même taille sur l'ordinateur ils vont se dire qu'ils vont toujours faire la même chose alors qu'aujourd'hui on peut automatiser ça en très peu de temps.
Voilà, on le voit en effet à ce moment-là c'était plutôt aller dans votre sens aussi sur le fait que l'intelligence artificielle a pu faire peur à un moment parce qu'on a dit ça va nous remplacer.
Et parce que ça c'est des narratifs à déconstruire à démystifier qui viennent de la Silicon Valley pour deux raisons. Pour une raison idéologique il y a vraiment une croyance de certains technologues type Altman, Musk sur ce qu'on appelle le X-Risk. Altman donc qui est-il ?
Altman c'est le patron d'OpenAI qui a développé Chagipity entre autres choses et tout un tas d'autres ambitions et d'autres projets qui sont extrêmement graves d'ailleurs en termes démocratiques puisqu'il parle lui de nouveaux contrats sociaux de revenus universels de base où tout d'un coup la création de valeurs se ferait entre disons les grands technologues qui ont eux la manne financière et puis leurs outils les IA et puis tout d'un coup qu'est-ce qu'on ferait de nous ? Nous la plèbe et bien on nous distribuerait des revenus pour assurer un minimum de paix sociale pendant qu'eux vont à la conquête de leurs divers projets démiurgiques parfois.
C'est l'idée de Salvatman ?
Ce n'est pas l'idée c'est même dire le projet Oui oui c'est le projet et plus récemment il y a quelques semaines de ça deux mois de ça il parlait lui d'un nouveau contrat social donc c'est très intéressant de voir que ce n'est pas simplement une question d'outils mais ce sont des infras qui génèrent un discours idéologique d'une part et d'autre part qui génèrent de la manne financière des levées de fonds et donc la hype nous maintenir dans un effet de sidération permet derrière de créer aussi du marché donc de l'argent et des levées de fonds pour développer leurs outils j'ai envie de réagir aux trois remarques des auditeurs très rapidement il ne faut vraiment pas que j'oublie de le dire la première chose c'est un des angles morts qu'on a assez systématiquement dans tous nos débats et donc puisqu'on en a un j'en profite c'est la question très pragmatique de la consommation énergétique
il y en avait une autre c'est également de Alan qui nous disait j'imagine qu'il faut des super big data très énergivores pour que ça fonctionne
des data centers et en fait on en se rend compte que c'est absolument intenable et insoutenable à terme là récemment Google qui est un peu un des champions de la neutralité carbone en tout cas dans le discours et dans les projets qu'ils mettent en place vient d'expliquer qu'en fait ça les dépasse ils n'y arrivent pas ils n'arrivent pas à tenir les objectifs on a un certain nombre de rapports qui sont en train de sortir en expliquant qu'en fait on est en train de mettre sous tension les réseaux électriques qu'on risque d'avoir des vraies ruptures d'approvisionnement et donc en fait ce ne sont pas du tout des outils virtuels qui seraient dans ce fameux nuage ce sont des infras extrêmement solides hyper industrielles et qui consomment énormément et qui risquent réellement d'avoir des enjeux déjà climatiques et puis ensuite géopolitiques la question des semi-conducteurs des puces avec toute la question de Taïwan par exemple les élections américaines qui arrivent ne sont absolument pas neutres en fonction de qui on aura à la tête des Etats-Unis dépendra aussi la question de l'approvisionnement de ces chaînes-là donc il se passe énormément de choses qui sont très pragmatiques de la réelle politique autour du lien qui est d'abord et avant tout une infra
et bien c'est justement de ça dont nous allons parler dans un instant justement cette peur autour et le côté politique et à un moment comment on peut s'en sortir sans se prendre se croire forcément dans un film de science-fiction on revient dans un instant avec une musique qui n'est pas du tout virtuelle celle de Super Jazz Club avec Off
Le débat de midi
et ce midi nous parlons intelligence artificielle et oui encore on en parle parce que définitivement et bien cette intelligence artificielle technologie ou pas est rentrée dans nos vies alors parfois c'est bien parfois on en a peur et on continue à en discuter avec ce midi Asma Mala politologue et CI spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la TEX Mickaël Stora psychologue et Jean-Michel Beigny agrégé de philosophie docteur en sciences politiques et professeur émérite de philosophie à Sorbonne Université alors nous avons beaucoup de questions au 01 45 24 7000 et notamment une question qui revient souvent alors Mickaël Stora peut-être vous allez vous y coller un côté très pratique c'est qu'est la différence entre intelligence artificielle et algorithme ?
alors j'avoue que peut-être vous préférez ? dans mon de ce que j'ai pu comprendre c'est un test donc l'intelligence artificielle fonctionne avec des algorithmes voilà c'est ça je crois non c'est ça à se m'emmèler on peut dire ça à se m'emmèler quelle est la différence ?
non mais l'algorithme c'est vraiment le mot un peu rapide pour expliquer les modèles qu'il y a derrière c'est les arbres de décision c'est l'ensemble des paramètres des méta-paramètres qu'on va injecter pour arriver à tel ou tel résultat ça c'est la première chose sur la question de l'intelligence artificielle ça reboucle avec la première question que vous posez de quoi on parle et peut-être que j'ai oublié de le dire dans mon propos donc introductif mais l'intelligence artificielle c'est d'abord un domaine scientifique et qui n'a rien de récent qui date des années 50 en réalité ou même on a les premières traces des articles scientifiques qui essayent de modéliser sous équation mathématique le fonctionnement disons d'un cerveau à partir de 1900 je crois de mémoire 43 c'est McCulloch & Pitt après les années 50 c'est Alan Turing qui va arriver et qui va non pas encore parler d'intelligence artificielle mais qui va avoir cette première obsession dite anthropomorphe justement de dire est-ce qu'on va pouvoir avoir à un moment donné une machine qui va être capable de simuler ou d'imiter l'intelligence humaine avec le grand doute la grande question fondamentale pour nous qu'est-ce que l'intelligence artificielle qu'est-ce que l'intelligence biologique je vais vite et dans 1956 la conférence de Dartmouth et j'arrive à la question de la différence les différences conceptuelles 1956 conférence de Dartmouth c'est là où va se coiner va se décider va s'officialiser le terme d'intelligence artificielle pour parler de ce domaine de recherche fondamentale d'abord qui va devenir ensuite par la DARPA qui est l'agence d'innovation du Pentagone qui va devenir une agence de recherche appliquée et d'abord financée entre autres par cette agence pour les usages militaires parce qu'ils envoient l'opportunité et dernière chose donc l'intelligence artificielle si vous voulez c'est le grand domaine un peu disons générique dans lequel on va mettre toutes ces applications et toutes ces recherches aussi bien fondamentales qu'appliquées il faut évoquer la cybernétique alors bien sûr après il y a toutes les questions la cybernétique qui est cette espèce d'interdiscipline où des scientifiques venant d'horizons totalement différents se posent tous la question qu'est-ce que c'est qu'être intelligent à quoi reconnaît-on l'intelligence peut-on trouver de l'intelligence chez les animaux ou chez les végétaux pourra-t-on faire simuler de l'intelligence par des machines c'est ces questions que très concrètes très très concrètes oui mais c'est intéressant
parce que l'intelligence entre autres beaucoup de psychologues ont tenté comme le fameux concept de la conscience de soi c'est-à-dire quoi avoir conscience de soi c'est Zazo et qui dit à partir de l'âge de 3-4 ans normalement on commence à avoir conscience de soi mais ce qui est vrai c'est que moi j'aimerais revenir sur l'idée que l'algorithme qui est un langage finalement de codage qui permet d'établir des programmes on dit mais c'est qu'un outil c'est l'humain derrière qui est finalement responsable et bien moi j'ai un peu envie de dire que quand même l'algorithme fonctionne avec une base qui est 0 et 1 et 0 et 1 d'une certaine manière c'est définir l'être humain d'une manière globale de manière binaire donc je ne crois pas que l'outil en lui-même soit simplement si innocent que cela après avec les algorithmes il est vrai le problème c'est qu'on a l'impression de ne plus du tout s'appartenir parce que ça fait des choix de temps en temps on regarde 3 vidéos n'importe quoi d'avion et puis on va avoir que des vidéos d'avion ensuite c'est ça mais donc ces algorithmes piégeants pour certains en tout cas pour les réseaux sociaux entre autres on le sait bien mais ce que je veux dire c'est qu'en amont cette forme de pensée logico-mathématique de base permet d'ordonner le monde et je dis ça parce que je me suis un peu spécialisé à un moment chez des jeunes au potentiel intellectuel trouble du spectre autistique et comme vous le savez peut-être la plupart des grands dirigeants du GAFAM ont eux-mêmes fait un coming out en disant qu'ils avaient des problématiques alors c'est trouble du spectre autistique au potentiel et justement cette question d'une pensée algorithmique parce que moi j'ai repéré chez ces gens qui est une manière d'éviter l'empathie c'est aussi un modèle de société voire philosophique que parfois véhiculent d'une certaine manière ces grandes entreprises alors je rappelle GAFAM Google, Apple, Facebook, Amazon Microsoft voilà ce sont les Mark Zuckerberg Bill Gates et toutes ces personnes ont eux-mêmes Bill Gates vous lisez sa biographie il évoque ouvertement ces problématiques alors je voudrais au 01 45 24 7000 Johan nous a laissé ce message quand on demande à Lya de créer un poème une image une musique les paroles d'une chanson à la manière d'eux elle sait faire preuve de créativité nous dit Johan voir d'humour et donner des résultats excellents donc vous voyez finalement on peut aussi satisfaire de ça rappel donc sur l'algorithme alors certains on va y venir justement il y a Mab alors qu'il nous dit carrément on va se faire supprimer lui voilà il est voilà quand l'artificiel sera vraiment intelligent ne détruira-t-il pas froidement l'espèce humaine car elle est néfaste à la biosphère hashtag Matrix alors on va essayer de revenir dans le monde réel maintenant mais même si Matrix c'est très bien alors il faut je voudrais vous faire écouter le son d'une personne qu'on connait bien le premier sommet mondial d'intelligence artificielle s'est tenu le 2 novembre près de Londres à Betchley Park et donc c'était sur les dangers que pouvait représenter l'intelligence artificielle et à ce sommet il y avait des chefs d'état il y avait également des chefs d'entreprise et parmi eux on l'a déjà évoqué Elon Musk qui lui aussi et bien figurez-vous c'est assez étonnant s'inquiète en effet du développement de l'intelligence artificielle
je pense que l'intelligence artificielle est l'une des plus grandes menaces à laquelle nous sommes confrontés pour la première fois dans l'histoire de l'humanité nous serons face à quelque chose qui sera bien plus intelligent que nous il n'est donc pas bien certain que nous puissions contrôler cette chose mais nous pouvons aspirer à la guider dans une direction bénéfique pour l'humanité Alors il est vrai
quand on entend ça Asma Amala d'à part notamment d'Elon Musk on est assez étonné parce que lui-même développe une intelligence artificielle pour contrer celle en effet de OpenAI en même temps c'est un homme qui n'hésite pas à faire introduire des climato-sceptiques sur son réseau social X mais il semble vraiment très très inquiet lui du développement de l'intelligence artificielle
Il est très inquiet du développement malveillant c'est-à-dire hors de contrôle c'est-à-dire peut-être hors de son contrôle
Oui c'est ça
Je dirais et donc une fois que j'ai répondu ça je crois que j'ai l'effort de répondre à la question
Vous pensez que en fait il a demandé lui-même une pause parce qu'il n'était pas tout seul il n'y avait pas
le fameux moratoire
qui demandait une pause de 6 mois de 6 mois on ne voyait pas trop l'intérêt vu le développement rapide vous pensez que c'est des intérêts personnels en fait ? C'est toujours
des mille feuilles de raisons il y a toujours la question c'est ce que j'appelle le triptyque des big tech c'est-à-dire que vous avez toujours la question de la conception du cycle technologique avec l'ensemble des biais des choix qu'on va injecter dans les modèles la question des filtres on en a parlé éthique, moraux, etc qu'est-ce qu'on met qu'est-ce qu'on met pas où est-ce qu'on s'arrête comment est-ce qu'on modère ces outils-là d'une certaine façon il y a évidemment la question économique quand il sort son moratoire il se fait en fait prendre de court par son ancien poulain qui était Altman parce qu'il faut comprendre aussi que ce milieu est un tout petit milieu ils se connaissent tous donc il se fait prendre de court moratoire et puis il y a une dimension idéologique fondamentale chez Musk en tout cas qui est la question de se dire et qui fait partie des débats aujourd'hui au sein de la Silicon Valley qui est ce fameux risque X le X-Risk
qu'est-ce que c'est alors ?
et en fait vous avez une partie des gens qui vous expliquent là-bas que si on continue à accélérer le développement de ces outils de l'intelligence artificielle en fait à un moment donné on va arriver à un moment où on ne sait pas quand exactement on va arriver à une forme de d'intelligence artificielle générale voire de super-intelligence qui aurait justement une capacité de pseudo-conscience d'elle-même et qui aurait donc un agenda qui serait complètement autonomisé de notre contrôle à nous humains et que de ce point de vue-là et c'est là où intervient la question de la démystification de ces récits de ces narratifs en revanche il y a de vrais risques existentiels directs qui sont la question cyber qui est la question de la désinformation qui est la question des inégalités au sein d'une société mais aussi entre le nord et le sud et ça ce sont des problématiques géopolitiques et politiques immédiates
avant le côté géopolitique justement Jean-Michel Bénier c'est ça en fait cette crainte à un moment on l'a vu tout de suite avec l'intelligence artificielle de voir des machines un jour nous dépasser alors pour s'amuser tout le monde on parlait de Matrix on parlait de Terminator aussi mais cette crainte elle existe dans la science-fiction véritablement dans les ouvrages les films de science-fiction de voir des machines on a 2001 au lycée de l'espace forcément cette machine qui va enfermer cette intelligence qui va laisser l'astronaute dans l'espace aujourd'hui il y a une vraie crainte de ça pour chez beaucoup de gens de se voir dépasser
oui c'est pas nouveau mais là c'est concret Norbert Wiener disait Norbert Wiener c'est le fondateur de la cybernétique donc vraiment il est à la clé de pratiquement tout ce dont nous parlons et Norbert Wiener comparait le développement de la cybernétique et de l'intelligence artificielle à la bombe atomique il disait c'est aussi c'est aussi redoutable que cela et là vous avez parlé d'Elon Musk mais Stephen Hawking le musicien ou Bill Gates ou Noah Michomsky avaient signé il y a une petite dizaine d'années déjà une lettre en disant l'intelligence artificielle va tuer l'espèce humaine alors il y a plusieurs
dans ces termes là oui
tuer l'espèce humaine c'est l'expression qu'ils employaient alors on peut on peut évidemment songer à à une mort rédhibitoire et rapide ou alors c'est transformer l'espèce humaine de telle sorte qu'elle ne soit plus humaine et que nous ne soyons plus que les chimpanzés du futur comme disent certains transhumanistes aujourd'hui mais je voudrais revenir sur Elon Musk parce que nous en parlons là comme si nous pouvions minimiser la dimension apocalyptique qu'il y a dans le personnage Elon Musk est quelqu'un qui envisage notamment la migration spatiale parce que selon lui la planète c'est foutu c'est foutu il faut il faut immigrer donc il faut bien comprendre qu'il y a évidemment beaucoup d'ambiguïté dans le personnage puisque effectivement il fait son beurre avec l'intelligence artificielle et en même temps il dit la redoutée mais il est quand même il fait partie de ces gens qui considèrent que l'humanité a fait son temps il faut trouver une solution de rechange la singularité dont on a parlé tout à l'heure c'est-à-dire ce point de rupture qu'on associe à l'apparition d'une intelligence artificielle qui serait consciente d'elle-même et qui par conséquent secondariserait complètement l'intelligence biologique ce point de rupture il est considéré comme l'occasion pour l'humanité de céder la place à quelque chose qu'on appelle quelquefois le post-humain d'ailleurs qui commence d'ailleurs à augmenter avec Nora Link
oui bien sûr alors Nora Link je vais vous expliquer c'est une entreprise en effet d'Elon Musk où c'est des implants dans les cerveaux les interfaces cerveau-machines dans les cerveaux en effet alors ça fait un peu peur quand on est comme ça mais c'est une réalité c'est notre époque Mickaël Stora vous êtes psychologue en effet cette peur cette crainte d'être dépassé par des machines de se dire que oh là là cette machine moi j'ai mon mixeur de me dire qu'un jour mon mixeur il va être plus intelligent que moi ça existe ?
alors là c'est intéressant comme exemple parce que ce matin j'ai eu un problème avec mon mixeur ce qui est vrai c'est qu'on voit bien le plaisir de contrôler la machine ça nous arrive tous et évidemment elle nous obéit au doigt et à l'oeil on le voit même avec notre fameux smartphone lorsqu'on l'achète il nous obéit d'abord et puis très rapidement on se rend compte qu'il nous domine totalement et que finalement c'est devenu une sorte de doudou sans fil fil à la patte tout ce que vous voulez et donc on voit bien comment on va à un moment se dire c'est mon espace à moi alors l'idée après que finalement comme dans la science-fiction depuis bien longtemps les auteurs et d'ailleurs on sait que certaines cellules de recherche même du gouvernement sont faites aussi avec des auteurs de science-fiction parce que justement ils ont des capacités à se projeter ils écrivent des scénarios c'est un peu comme dans l'armée en fait dans l'armée on écrit aussi des scénarios complètement mais tout en sachant qu'ils ont normalement une approche dystopique qui permet de montrer le danger potentiel de ce que ça amène tout en étant excessif heureusement par des narrations très riches et c'est vrai que il a cette question que la machine nous dominerait et d'ailleurs c'est intéressant puisque tuning a été son premier test j'aimerais dire là-dessus c'est que c'était une machine c'était une machine qui devait remplacer un psy et les gens ont pensé que c'était un vrai psy alors que c'était une machine tout simplement le psychanisme qui reprend le dernier mot et qui finalement continue et donc ça c'est intéressant parce que nous en tant que psy les chatbots psy ça existe déjà et donc c'est assez flippant et ce sont des IA derrière qui finalement nous rappellent que finalement nous sommes qu'est-ce que c'est la relation humaine comment est-ce que s'établit la relation à l'autre alors à ce moment-là je voulais parler avec vous aussi vous l'aviez dit sur le côté géopolitique tout à l'heure j'évoquais le sommet de Bletchley Park qui était le jeudi 2 novembre ou alors là c'était à l'initiative du premier ministre britannique de l'époque Richie Sunak de réunir un petit peu essayer de faire le premier sommet pour essayer de contrer les menaces qui pourraient être nombreux avec l'IA on parle de risques terroristes de trafic cyberviolence des représentants des entreprises de 28 pays dont les Etats-Unis et la Chine ainsi que l'UE ont signé donc un pacte qui vise à lutter contre les risques liés au modèle d'IA des pionniers alors c'est très bien tout le monde l'a signé mais on ne sait absolument pas comment ça va s'appliquer en fait
c'est bien d'avoir pris conscience
mais on a l'impression qu'en fait personne ne sait pour l'instant on n'a impressionné que de la forme
parce que c'est des guidelines c'est des grands principes et ça comptait ça comptait de se dire on va faire un grand moment on va se réunir et puis on va en parler le problème que j'ai avec le sommet de Londres c'est que Richie Sunak qui vous l'avez dit était à la manette à l'époque était très très disons dans le discours justement des risques existentiels un peu biberonés au narratif de la Silicon Valley ça c'est d'une part donc en fait tout tourner autour de choses d'une vision très apocalyptique de l'IA là au moins j'essaie toujours de ramener nos discours et nos débats sur des choses très pragmatiques elle est déjà là elle pose déjà d'énormes questions d'énormes dilemmes de politique publique ou même de diplomatie et c'est à ça qu'il faut s'atteler plutôt que la projection dans 150 ans de trucs qui sont hypothétiques encore en l'état donc c'est la question de la gestion de la temporalité politique qui va compter à partir de là donc le sommet de Londres était un moment si vous voulez un peu disons politique pour la Grande-Bretagne d'être un des hubs aussi et le centre disons de la réflexion mondiale de l'IA ou autour de l'IA ce qui m'amène à une autre réflexion quand je parlais d'infra et de réelle politique technologique plus récemment il y a eu le sommet de Chose France en mai 2024 alors ça n'a pas été relayé beaucoup mais il faudrait quand même le noter donc j'en profite Microsoft IBM et Amazon ont annoncé un investissement en France de 6 milliards d'euros sur les data centers sur des centres de recherche sur les micropuces etc.
ce qui nous amène à l'autre question ce qui est celle de la souveraineté c'est-à-dire quelles sont ces nouvelles formes de pouvoir qui s'articulent autour de cette infrasystémique entre les états et les géants technologiques ce que je vous propose c'est qu'on va en parler
justement de ça dans un instant mais avant on va juste écouter un petit peu de musique vous savez ici à France à toi on aime bien mélanger discussion et musique ça tombe bien il paraît que vous aimez beaucoup la musique en effet allez on va s'écouter tout de suite Yoa avec Matcha Queen le débat de midi le débat de midi nous parlons intelligence artificielle est-ce qu'on en a encore peur malgré le fait que ce soit totalement intégré dans nos vies et parfois on ne le sait même pas figurez-vous on va en parler avec on en parle d'ailleurs avec Asma Mala politologue et essaye spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la tech Michael Stora psychologue Jean-Michel Beignet agrégé de philosophie docteur en sciences politiques et professeur émérite de philosophie à Sorbonne Université et vous bien sûr au 01 45 24 7000 pour vos notes vocales et vos messages alors il y a Benoît qui nous dit alors c'est assez concret Benoît autant vous dire l'IA ne peut pas fonctionner sans électricité les humains contrôlent l'électricité via les centrales pas de jus pas d'IA Jean-Michel Beignet
oui effectivement est-ce que c'est notre dernière arme
en fait est-ce que c'est ça on débranche c'est ça on débranche
c'est pour ça que les futurologues sont très inquiets par exemple qu'un orage solaire puisse tout à coup débrancher l'ensemble de la planète et c'est une catastrophe c'est intéressant bon on a eu le problème il n'y a pas très très longtemps c'est intéressant de mettre en évidence qu'un monde intégralement technologisé est un monde infiniment fragile beaucoup plus fragile qu'un monde naturel et ça ça il faut le répéter bien sûr
un mot tout de même aussi Jean-Michel Beignet on en parlait à l'instant avec Asma Mala sur le côté géopolitique politique d'après vous est-ce que les politiques ont pris la mesure de ce qui se passait actuellement alors que les français on le voit eux semblent l'avoir pris ils parlent de nouvelle ère de révolution technologique on a l'impression que de nouveau dès qu'il y a quelque chose qui arrive le politique ne s'en saisit pas
ben oui je crois que les politiques surtout en France peut-être sont très incultes scientifiquement technologiquement ils sont d'une inculture absolument affligeante il y a un office parlementaire des choix scientifiques et techniques à l'Assemblée nationale qui réunit une douzaine de personnes mais c'est complètement minable et de fait aujourd'hui les politiques viennent manger dans la main des technologues reçus comme des chefs d'état d'ailleurs qui sont reçus comme des chefs d'état bien entendu bien entendu donc le pouvoir oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui donc ça c'est profondément affligeant et bon il y a aussi des questions de temporalité est-ce que des hommes politiques qui fonctionnent au mandat limités peuvent se projeter et être des visionnaires on avait supprimé le commissariat au plan on l'a remis en place mais bon il ne s'y passe rien du tout c'est dérisoire donc pour vous répondre effectivement les politiques sont complètement à côté de la plaque il faudrait qu'ils prennent quelques leçons de technoscience
Asma Mela une question aujourd'hui qui dirige l'IA dirige le monde on va dire ça ou pas
ça c'était une phrase de Poutine donc il faut lui attribuer cette phrase là donc il l'avait dit en 2017 c'est beaucoup plus compliqué que ça je ne souscris pas à ça en fait on va avoir une fragmentation on va avoir beaucoup d'acteurs dans l'IA ce n'est pas un acteur qui va dominer le monde en tout cas je ne crois pas ce n'est pas le pari que je prends vous allez avoir les technologues de la Silicon Valley et encore là il y a des guerres commerciales et idéologiques imbriquées encore une fois entre eux mais il y a aussi les états qui sont des acteurs ce n'est pas vrai de dire que les états l'appareil politique sont à côté de la plaque sur les questions de technosurveillance regardez le modèle chinois regardez ce qu'on est en train d'installer pour les JO en termes de je prends des guillemets et des précautions d'expérimentation la question de tous les logiciels de police prédictive qui a fait un énorme scandale au moment de Black Lives Matter aux Etats-Unis donc en réalité l'état aussi sur les questions régaliennes on a parlé tout à l'heure rapidement de la question de la guerre et des guerres algorithmiques donc se pose aussi la question ce que je voulais vous dire
c'est est-ce que finalement ce n'est foncièrement qu'américain aujourd'hui est-ce que les Etats-Unis ont une domination mondiale sur l'intelligence artificielle du fait qu'il y a une intelligence artificielle générative comme Chagipiti OpenAI ou par exemple la Chine aujourd'hui peut concurrencer
la rivalité géostratégique actuellement entre les Etats-Unis et la Chine se joue notamment beaucoup énormément sur la question technologique en général sur la question de l'intelligence artificielle en particulier et plus précisément sur la question des IA militaires parce que c'est la question du leadership qui est en train de se jouer autour de ces questions-là donc évidemment que les deux épicentres et la rivalité se jouent entre ces deux-là sur la question des IA génératives c'est plutôt le leadership américain aujourd'hui par la vague qu'a été Chagipiti et puis tout l'écosystème qui a été créé autour de ça mais ça ne veut pas dire que la Chine de ce point de vue-là a dit son dernier mot bien au contraire après sur la question de la place de la France et de l'Europe
c'est ça je rappelle juste Emmanuel Macron a déclaré qu'il souhaitait faire de la France un des pays champions de l'IA c'est ce qu'il a déclaré en tout cas
on déclare beaucoup beaucoup de choses on fait beaucoup de comme Paul la vérité c'est qu'à la fin on a accouché de deux choses de Mistral qui est intéressant qu'on peut vraiment discuter comme on a dit Mistral c'est la start-up française qui est censée être la contre-proposition française de Chagipiti donc un outil français avec une promesse initiale qui était la promesse de la souveraineté mais qui n'était à mon avis pas la bonne promesse parce que les capitaux n'étaient pas nécessairement toujours très français et puis les corpus finalement sont anglo-saxons avec des data scientists donc des concepteurs qui ont été biberonnés aussi aux laboratoires de recherche américains notamment celui de Meta Meta c'est Facebook Meta c'est Facebook mais c'est quand même intéressant c'est-à-dire le bashing peut avoir aussi très vite ses limites donc je n'ai pas du tout envie de sombrer là-dedans Mistral est aussi intéressant parce qu'il fallait quand même aussi un outil domestique à la maison qui si vous voulez reflète aussi nos valeurs
bien sûr
quand on travaille par exemple sur les questions de justice algorithmique c'est très important de se dire que par exemple notre appréhension de l'état de droit ne peut pas être soluble dans en fait ce que vont donner les outils américains qui sont davantage jurisprudentiel par exemple donc c'est très important aussi de continuer à développer et de ne pas lâcher l'affaire
alors ne pas lâcher l'affaire aussi on va l'entendre là on l'a vu sur les points de vue géopolitique technologique la peur mais qu'est-ce que ça peut nous apporter au quotidien et bien vous allez l'entendre il y a une question très pratique sur l'intelligence artificielle ça ne fait pas que peur l'intelligence artificielle il y a Mouna qui nous a joint au 01 45 24 7000 elle nous a laissé cette note vocale et vous allez l'entendre c'est très concret
concernant mon cas comme je suis déficiente visuelle je trouve que l'intelligence artificielle m'aide énormément sur pas mal de choses concernant notamment l'autonomie sur par exemple la description des objets la description des couleurs la description même allez même pour faire du sport par exemple la description des postures comment faut-il faire tel exercice l'avantage c'est que ça peut faciliter grandement les choses quand on est porteur de handicap
voilà c'était une note laissée par Mouna au 01 45 24 7000 on le voit Mickaël Stora c'est vrai qu'on parle toujours d'innovation spectaculaire notamment quand on parle de la médecine quand on parle de la surveillance mais là on le voit avec Mouna c'est très concret en fait pour certaines personnes oui évidemment ça donne des horizons très intéressants en termes d'accompagnement thérapeutiques pour des personnes ayant un déficit visuel et d'autres et c'est vrai que nous-mêmes en ce moment dans le cadre de la pédopsychiatrie on travaille avec l'IA pour jouer avec l'IA c'est assez intéressant c'est-à-dire quand c'est-à-dire qu'avec des enfants qui ont des problématiques on leur demande de prompter d'imaginer des histoires et puis finalement ça va servir de support pour pouvoir travailler autrement les choses et je dirais c'est une manière de jouer avec l'IA c'est ça c'est là où ça devient intéressant maintenant oui je pense qu'il y a des manières intéressantes de l'utiliser que surtout justement c'est un peu cette idée c'est-à-dire à quel point elle ne va pas venir nous utiliser mais néanmoins oui et dans le domaine de la médecine on avait un peu évoqué ça évidemment qu'il y a des études épidémiologiques qui sont heureusement qui sont faites heureusement par des IA qui permettent mais tout en sachant que c'est un peu aussi inquiétant parce que moi qui suis parallèlement psychosomaticien il y a des choses très irrationnelles parfois sur le corps et que lorsqu'on fait tel examen selon l'IA elle va nous définir par rapport à une frange de la population pour dire vous êtes quand même sacrément à risque mais c'est pas toujours si vrai que cela et c'est ça qui échappe c'est l'humain échappe aussi parfois aux prédictions Jean-Claude Béni là-dessus sur le côté concret aussi et que finalement ça peut on peut travailler ensemble parce que c'est nous qui l'avons créé
en écoutant cette dame qui bénéficie effectivement de l'intelligence artificielle pour compenser son handicap je me posais quand même la question de savoir si on n'aurait pas pu imaginer aussi qu'un humain puisse lui rendre le service que la machine lui rend qu'est-ce que ça ferait si c'était un humain qu'on préposait à ce genre de handicap la question de savoir si l'intelligence artificielle va nous remplacer ou pas je pense que c'est relativement une fausse question moi je crois surtout que l'intelligence artificielle va nous soumettre de plus en plus à ces formats et c'est ça qui m'inquiète le plus on ne sera pas remplacé par l'intelligence artificielle nous allons devenir nous-mêmes de plus en plus asservis à l'intelligence artificielle nous allons parler comme les machines nous allons nous comporter comme les machines nous allons rêver comme les machines nous allons former des idéaux comme les machines alors ce que je vous propose
c'est qu'on va se retrouver dans un an et on verra si on se voit encore ou si on se parlera justement par des machines interpellées mes patients commencent à me parler parfois comme s'ils avaient ce fonctionnement-là bon très bien alors je ne sais pas si c'est rassurant en tout cas merci à vous trois d'être venus au débat de midi sur France Inter Asma Mala Michael Stora et Jean-Michel Beignet d'être passés justement au débat de midi une émission préparée par Lison Chambre Cyril Ben-Younès et Caroline Prota merci également à Alexandre Bigot Raphaël Beauduret Ibanez à la réalisation forcément tienne Bertin à la programmation musicale Valentin Chez de Bois à la technique aujourd'hui Maxime Goudard à suivre après le journal de 13h rendez-vous avec X oui et oui ça revient pour les vacances de Patrick Penneau aujourd'hui l'affaire Missili allez le débat de midi on renferme ses portes et on revient bien sûr demain dès midi Sous-titrage ST' 501