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interviewLe Média — Podcasts· 19 février 2025 28 min

"Ils veulent diviser les français" : la droite a abandonné l'économie pour la question identitaire

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

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1:09
Invité

Salut Lisa.

1:10
Présentateur

Avec toi aujourd'hui au programme, la droite se lance dans la campagne présidentielle et marche sur les plates-bandes du RN. Et on part aux Etats-Unis où Musk et Trump déclarent la guerre aux services publics, ce qui inspire la France. C'est parti. Le combat de coq est lancé entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. Les deux membres du parti des Républicains annoncent vouloir être le candidat LR pour la présidentielle en 2027. Nous ici, vous le savez, on parle d'économie. Alors on aurait aimé vous décrypter les premières propositions avancées par le patron des Républicains et le ministre de l'Intérieur.

Mais leur campagne tourne à la question identitaire, l'immigration, l'ordre, allant chercher l'électorat d'extrême droite aussi. Thomas, comment tu analyses cette dérive-là ? Alors il faut vraiment avoir en tête une chose qui est très importante. C'est qu'en fait, les questions économiques ont été complètement abandonnées. En fait, que nous dit la droite ? Mais même quelque part, finalement, en partie Trump et l'extrême droite. Ils nous disent, bon, sur l'économie, on ne va pas pouvoir faire grand-chose. L'augmentation du SMIC, ça va être compliqué. La question, on va dire, de la relance des services publics, ça va être compliqué, puisque maintenant, ils sont sur les dogmes bruxellois.

Les retraites, on va faire en sorte d'aller mettre quelques aménagements pour les longues carrières, mais pour le reste, ça va être compliqué. Donc là-dessus, on ne vous offre aucune garantie. N'y croyez plus. Par contre, ce qu'on peut vous offrir comme garantie, c'est de préserver votre identité. Et donc, en fait, tout ce qu'ils ne peuvent pas faire sur l'économie se reportent, en fait, sur la question identitaire. C'est-à-dire, bon, tu vas rester pauvre, mais tu vas conserver ton identité. Tu vas pouvoir continuer à consommer de la viande, rouler en diesel, enfin, tout un tas de choses comme ça qui cristallent.

On va être contre l'immigration, on va protéger la civilisation européenne, même si, encore une fois, tu demandes à un italien ce qu'est la civilisation européenne, à un français ou à un allemand, à part de dire que nous sommes chrétiens, ou nous sommes ci, ou nous sommes ça, ou nous sommes blancs. Ils vont dire que ces choses-là, parce que, de fait, ces pays ont des cultures culinaires, des modes de fonctionnement même de leurs sociétés différentes. Donc, on est vraiment sur la question de l'identité, de l'immigration, enfin, des thèmes qui sont normalement propres à l'extrême droite. Parce qu'en réalité, la droite a déjà appliqué un programme. Ça fait longtemps qu'elle l'applique.

Sarkozy avait commencé, Chirac avait commencé un peu timidement, puis Sarkozy a été un peu plus loin, puis Hollande a été encore plus loin, le PS, et puis Macron a été vraiment très loin. Et en fait, l'adaptation de ce programme a fait quoi ? Il a fait monter tout simplement la question de l'extrême droite, et il a rendu une partie des Français très pauvres et affaiblis avec la mise en place de ces programmes. Donc, aujourd'hui, on passe sur la question identitaire et sur le reste, ça ne changera pas. Puis, c'est très pratique, la question identitaire. Ça permet de mettre un masque, de changer de sujet sur les pauvres s'appauvrissent et les riches s'enrichissent.

Parce que l'argent, il ne va pas nulle part. Les pauvres, ils ne s'appauvrissent pas comme par magie. Tout à fait. Il y a des volontés de diviser, ce qu'on a déjà dit plusieurs fois ici, de diviser toute la base. En réalité, ces 30 dernières années, il n'y a qu'une petite partie des gens qui ont profité du mode de fonctionnement de l'économie. La plupart des gens, que l'on soit cadre, que l'on soit ouvrier, que l'on soit employé, que l'on soit agriculteur, tout le monde a vu ces conditions de vie se dégrader ou être rendues de plus en plus difficiles.

Donc, normalement, le but d'une politique, si on veut toucher le plus grand nombre, c'est de faire en sorte que cette base remette en cause ce qui se passe en haut et les règles économiques pour qu'on puisse tous un peu plus en profiter et qu'on soit dans un système où la base voit ses droits sociaux et ses revenus progresser plus vite que la tranche la plus riche, qui est déjà très riche et qui va continuer, certes, à progresser, mais moins vite que les autres. Mais aujourd'hui, la politique, elle ne se présente pas de cette façon-là. On essaie plutôt de diviser ce qui est en bas.

Alors, Macron avait divisé la France qui travaille, Sarkozy, Macron divisait la France qui travaille et celle qui toucherait les allocations sociales, on s'en souvient. Et puis aujourd'hui, comme ça n'a pas suffi, on va aller plus loin en divisant encore les Français avec d'autres d'origine étrangère ou Français d'origine étrangère ou immigrés en faisant des divisions sur la base du sociétal et du culturel. Justement, à ce sujet, Laurent Wauquiez a un tout petit peu parlé d'économie quand même sur le plateau de BFM.

5:32
Laurent Wauquiez

Je veux une droite populaire qui parle sur tous les sujets. Je considère que pour que la droite soit réentendue par les Français, elle doit s'exprimer sur le régalien, sur l'immigration. Elle doit aussi traiter un sujet sur lequel je me suis toujours battu, qui est à mes yeux fondamental. C'est aujourd'hui l'injustice d'un système de protection sociale qui ne reconnaît plus les gens qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie. Pour moi, c'est le deuxième problème majeur de la France. Il y a trop d'assistanat, notre système social a dérivé.

6:00
Présentateur

Il y a trop d'assistanat, notre système social a dérivé, c'est ce que vient d'affirmer Laurent Wauquiez, en partant ensuite sur les comparaisons entre le salaire brut et le net. Thomas, est-ce que tu vas passer toute ta vie à démonter cette idée reçue-là ? Je pense qu'elle a été démontée maintes fois. Elle a été démontée maintes fois. En fait, elle s'appuie sur des choses que les gens au quotidien ressentent vraiment. Oui, mais ils le ressentent vraiment parce qu'on leur a fait un matraquage. On leur a matraqué le cerveau avec cette idée depuis 20, 30 ans.

Et je veux dire, aujourd'hui, sur la question du modèle social qui serait trop lourd, qui favoriserait ceux qui ne travaillent pas, qui encouragerait à la fainéantise, vous reprenez toutes les sorties du patronat des éditorialistes économiques de ces 30 dernières années, ils vous diront la même chose. La même chose. Vous prenez vraiment, je mets au défi n'importe qui, de taper le nom dans un journal, Figaro, même un journal de gauche, Libération, vous tapez le nom d'économistes qu'ils ont interviewés. Par exemple, il y avait un économiste appelé Godet en son temps, qui intervenait tout le temps sur ces questions-là.

Vous regardez en 90, vous regardez en 2000, vous regardez en 2010, en 2015, les économistes sont interchangeables, mais la pensée est la même. C'est-à-dire qu'on a un modèle social trop lourd, qui pèse sur l'impôt et qui encourage les gens à ne pas travailler. Je veux dire, ce qui est parfaitement faux, qui a été prouvé par maintes économistes à plusieurs reprises, il y a eu des débats là-dessus dans la science économique, et finalement, il a été très difficile de trancher sur ces questions-là.

Par exemple, l'OCDE appelait dans les années 90 à flexibiliser son marché du travail en disant que ça allait lutter contre le chômage, puis il est revenu là-dessus dans les années 2000 en disant qu'en fait, il n'y avait pas de preuves empiriques sur le fait qu'il y avait un lien avec le chômage. Mais, comment vous dire, les fake news restent et elles se poursuivent. Et derrière, je pense, les gens ont tellement été préparés à recevoir ce type de discours qu'ils partent du principe que c'est une vérité, alors que c'est beaucoup plus compliqué que ça.

Et puis là, quand il dit oui, il faut récompenser les gens qui ont travaillé toute leur vie quand ils partent à la retraite, bon bah allons-y, qu'est-ce qu'ils proposent ? Non mais c'est vrai. En plus, c'est les pro-retraite à 65-67 ans. Ils proposent de décaler l'âge de départ à la retraite, donc c'est l'inverse. C'est l'inverse qui a été fait sous Sarkozy, mais c'est aussi l'inverse qui a été fait sous Hollande, avec Mme Touraine, mais c'est l'inverse qui a été fait sous Macron. Il n'encourage jamais l'augmentation des salaires. Voilà. Sur l'augmentation des salaires, pareil. En fait, ce qu'ils veulent, grosso modo, c'est dire, bon, les salaires ont tellement mal payé, tellement mal payé.

C'est vrai qu'il y a eu, demandé par le patronat, des aides ciblées, des aides fiscales ciblées sur les bas salaires, ce qui fait que ça a fait une trappe à bas salaire. Les gens sont plutôt incités à embaucher dans des bas salaires. Donc, les salaires ont tellement peu augmenté qu'il est vrai, il est vrai que dans certains cas, vous pouvez avoir dans certains cas une assurance chômage qui soit quand même légèrement plus faible que ce salaire-là, tellement ils ont été bas. Après, il faut avoir travaillé avant et ça ne dure qu'un an et demi. Il faut avoir travaillé avant, ça ne dure qu'une heure et demie.

Et puis là, on parle vraiment de, je veux dire, on l'a dit mille fois, il y a 5 millions de chômeurs, la moitié n'ont rien. Oui, voilà. Donc, il y a des gens qui n'ont rien. L'autre moitié, ils ont autour de 1 000 euros, d'accord ? Et c'est des gens parfois qui ont gagné, voilà, ça ne fait pas rêver, qui ont gagné bien. Ils pourraient être plus larges si les salaires étaient mieux payés et qui, parfois, vont être à 300 euros près et qui peuvent, dans la tête des gens, peut-être créer quelques incitations.

Surtout, en fait, c'est surtout des cas où vous avez une femme qui vient d'avoir un enfant, qui n'a pas accès, par exemple, à un système de garde, etc., et qui peut faire à un moment un arbitrage entre une garde privée et son travail dans des conditions qui peuvent être parfois précaires. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est-à-dire que plutôt que de retrouver un emploi à mi-temps dans un centre commercial et toucher un salaire qui est un mi-smic, et mettre son enfant, parce qu'elle n'a pas eu de place en crèche publique, dans une garde partagée, où là, finalement, elle va se dire tout ce que je travaille est remis quasiment dans la garde de mon enfant.

Il peut y avoir des arbitrages très négatifs pour les femmes qui vont dire je reste au foyer, je me sacrifie et l'homme va aller travailler. Donc là, la vraie question de fond, ce n'est pas une question d'assurance chômage qui serait plus avantageuse ou de rester au foyer qui serait plus avantageuse que de travailler. C'est le fait de remettre du service public pour que les femmes puissent aller travailler si elles le désirent et s'épanouir. Mais en réalité, les salaires ont été tellement mis bas ces dernières années, il y a une telle austérité salariale que dans des situations, comme je l'ai dit, qui ne concernent même pas l'assurance chômage, la question peut parfois se poser.

Il y a eu tellement de précarité dans le travail, il y a tellement de gens qui désirent travailler plus que ce qu'on leur offre parce qu'on te dit toujours qu'ils veulent travailler peu. Mais non, en fait, la plupart des gens veulent travailler plus que le travail précaire qu'on leur offre. Donc, la question de fond, ce serait les salaires et comment on fait pour être plus nombreux à travailler dans des bonnes conditions. Et là, il n'y a rien là-dessus. Il n'y a absolument rien là-dessus. Donc, on va aller taper toujours sur les mêmes en disant, regarde, tu travailles, tu souffres.

Mais comme tu souffres, on va faire en sorte que celui qui touche l'assurance chômage et qui est en dessous de toi à 200, 300 euros, il souffre encore plus et tu seras bien content de ce que tu gagnes. Alors qu'en fait, ça ne changera rien. Alors qu'en fait, pour lui, ce qu'il mettra dans son frigo, ça ne changera rien. C'est un peu provocateur, mais quand on parle d'assistanat ou de gagner sa vie tout en ne travaillant pas, on ne parle jamais des plus riches, alors qu'il y a une grosse partie des riches qui vivent aujourd'hui dans des rentes de situation. Vous ne pouvez absolument rien gagner, avoir un patrimoine immobilier et bien en vivre.

Vous avez des gens aujourd'hui qui ne vivent qu'en plaçant un patrimoine. Donc, non, non. Toutes les études ont montré, il faut le rappeler, que quand l'économie repart, le chômage diminue et qu'inversement, quand l'économie va mal, pendant les grandes crises, nous l'avons dit plusieurs fois ici, le chômage augmente. Mais c'est la stratégie de la division qu'on a expliqué juste avant. C'est au lieu de se dire, la droite n'affrontera jamais le capital. Ils n'affronteront jamais le patronat et ils le savent très bien. Donc, demander une hausse de salaire au patronat, c'est impossible. Je veux dire, Bruno Le Maire a dit qu'il allait le faire, il ne l'a jamais fait.

Et là, la droite dure sait qu'elle ne le fera jamais. Donc, il faut se trouver un ennemi qui est la cause de tous les problèmes. Et la cause de tous les problèmes, l'ennemi, on l'a bien vu, c'est le chômeur, c'est le français d'origine étrangère, le français d'origine étrangère. Alors maintenant, on va même chercher plus loin sur ses arrière-grands-parents. Oui, la troisième génération. Voilà. Et c'est sur l'immigration. Alors qu'en réalité, nous l'avons dit, les grandes crises que nous avons vécues ces dernières années ne sont absolument pas dues aux trois choses. La crise de 2008, ce n'est pas due à ça. La crise du Covid, ce n'est pas due à ça.

Les services publics qui ne fonctionnent pas, ce n'est pas due à ça. L'inflation, ce n'est pas due à ça. Le fait que les pensions de retraite diminuent, ce n'est pas dû à ça. Et au contraire, même si on prend ce chapitre des retraites, l'immigration permettrait de rééquilibrer en partie. Je n'aime pas cette utilisation utilisée à risque de l'immigration. Mais si on va jusqu'au bout de la logique purement économique, de la logique purement économique, le fait qu'il y ait une main d'œuvre immigrée permettrait notamment de rééquilibrer en partie le système des retraites.

Donc on voit bien que c'est de la politique, donc il faut trouver un ennemi commun, mais qu'après, la question économique, elle ne sera jamais traitée. Oui, parce que ce qui est le plus mis en avant aujourd'hui dans le débat par la droite, ce n'est plus du tout ces questions-là. On l'a un peu dit, mais là, par exemple, on a vu passer que Bruno Retailleau était favorable à interdire le mariage entre un Français et une personne étrangère en situation irrégulière. Est-ce qu'on n'essaie pas toujours de plus pousser la fenêtre de Verton vers l'extrême-droite ? Alors là, complètement.

Parce que ça, ça aurait été une proposition de Le Pen il y a 20 ans où tout le monde aurait été extrêmement choqué. Là, ce n'est même plus l'extrême-droite qui le dit. Retailleau, officiellement, n'est pas à l'extrême-droite, il n'est pas au Rassemblement National. Ce que je veux dire, c'est que tout se bascule. Moi, je pense qu'on ne va avoir que ça. On ne va avoir droit à que ça. Parce que leur budget, c'est vraiment un budget, on l'a vu, très mauvais. C'est un budget mauvais dans le sens où il y a des coupes sévères qui vont avoir un impact sur la croissance. Mais pour eux, ça pourrait être un budget plutôt positif parce qu'il y a des économies qui sont fortes. C'est ça que je veux dire.

Mais on ne va avoir que ça. Mais regardez tout ce qu'ils ont testé. Ils nous ont promis avec le Travailler pour gagner plus de Sarkozy que ça irait mieux. Ça n'a pas été mieux. Ils nous ont dit avec le CICE que ça allait relancer l'emploi. Sous Hollande, ça n'a pas été mieux. Ils nous ont dit qu'avec l'ubérisation, ça irait mieux. Ça n'a pas été mieux. Pendant cette quinzaine d'années où il y a eu ces trois présidents, les Français ont vu les inégalités augmentées, ont senti qu'autour d'eux, c'était le grand effondrement des services publics et ont vu leur niveau de vie finalement diminuer. Et ces dernières années, encore plus avec l'inflation.

Mais comme ils n'ont aucune réponse avec ça, il faut faire des stratégies de diversion et aller là-dessus. Et moi, ce qui me fait peur, c'est que la fusion de ça, de ces discours xénophobes, de sortir le droit du sol qui n'est pas un problème et de le mettre au goût du... Enfin, de parler de débat sur l'immigration, de mettre toutes ces choses-là. Ça, au bout d'un moment, ça alimente la fusion future d'un espèce de candidat qui porterait ces valeurs-là et puis qui dirait, allez, je vais en finir avec l'État social et je vais tout passer à la tronçonneuse, un peu comme Trump et Emmanuel. C'est ce que j'allais dire, tu me trouves la transition pour le prochain sujet.

Le duo Trump-Musk, qui dirige les États-Unis, s'en prend aux fonctionnaires. Des milliers d'Américains en période d'essai pourraient voir leur aventure tourner court à cause de la guerre anti-bureaucratie lancée par le duo Trump-Musk, écrit les Echos. C'est Bloomberg qui révèle que le Bureau de la gestion du personnel, l'organe qui supervise les ressources humaines de la fonction publique aux États-Unis, a rencontré les agences fédérales pour la demander de se séparer des salariés en période d'essai.

Aux États-Unis, les périodes d'essai d'un an sont la norme et les Echos précisent qu'environ 10% du personnel civil fédéral affiche moins d'un an de service selon des données gouvernementales datant de mars dernier. Le journal ajoute que dans le département de l'énergie, la direction a expliqué à ses nouveaux employés que 90% d'entre eux seraient renvoyés chez eux. L'Agence de protection de l'environnement de son côté a mis un terme au contrat de 388 salariés en accord avec les ordres de Donald Trump, je les cite.

Le Washington Post a avancé que l'administration Trump pourrait mettre un terme au contrat de près de 9000 employés travaillant spécifiquement sur la collecte de l'impôt par exemple. La guerre aux fonctionnaires ne s'arrête pas là. Elon Musk dirige la Commission pour l'efficacité du gouvernement américain, le DOGE, et par cet outil, il a promis de rationaliser à marche forcée au programme déjà Télétravail interdit et plan de départ volontaire où 75 000 agents sont partis, soit 3% des 2,4 millions de fonctionnaires fédéraux. Elon Musk a promis de lancer un programme massif de licenciements contraints si la masse salariale ne réduit pas assez.

Et par cette commission, le patron de Tesla d'extrême droite pourrait accéder aux outils du fisc américain selon plusieurs médias américains. Vu de la France, c'est parfois apprécié, voire admiré. En novembre, Valérie Pécresse était enjouée à l'idée de Musk à la tête du DOGE. J'en ai rêvé, Elon Musk va le faire. Guillaume Casbarian, ancien ministre macroniste, avait également posté « Je me réjouis à l'idée de partager avec vous les meilleures pratiques pour lutter contre l'excès de bureaucratie, réduire les loaders administratives et repenser les organisations publiques au bénéfice de l'efficacité des agents publics ». Thomas, c'est quoi le projet ?

Est-ce qu'on est dans une guerre menée par Musk aux agences publiques ? Oui, complètement. Là, on est dans une guerre. Ce qui est assez marrant, c'est que, vous savez, il y a beaucoup de gens qui pensent toujours que les aides, c'est de l'argent qu'on donne gratuit et que ça profite à… En fait, finalement, alors que ça profiterait à d'autres gens que les Américains. Par exemple, l'aide au développement, qui a été coupée aussi en France, soit dit en passant, c'est le premier poste de coupe, a été arrêté aux États-Unis. Donc, vous avez des programmes alimentaires qui sont stoppés.

Vous avez des programmes de médicaments, de vaccins, de traitements, notamment contre le HIV, qui vont être stoppés. des financements, ce qui va mettre en cause vraiment la vie de centaines de millions de personnes. Il y a un milliard de gens qui vivent sous le seuil de pauvreté dans le monde. Donc, ce n'était pas le grand soir, cette aide, mais il y avait quand même quelque chose qui permettait de drainer des fonds. Alors, ce qui est assez marrant, c'est qu'on a quand même l'homme le plus riche du monde qui s'attaque aux personnes les plus pauvres du monde. Ce qui veut dire que là, il y a quand même quelque chose à dire.

Mais vous voyez, derrière ces aides-là, il y avait quand même des gens, par exemple des agriculteurs américains, qui profitaient indirectement de l'aide parce qu'ils produisaient pour les débouchés que cette aide allait leur offrir. Et là, ils sont un petit peu fâchés parce qu'ils disaient, s'il n'y a plus d'aide, il n'y a plus une partie de la production que je fais ne va plus partir pour ces aides-là. Donc, vous voyez, on voit bien en fait que le système d'aide, ce n'est pas toujours je donne gratuitement à quelqu'un qui en profite, c'est tout un circuit souvent qui en profite. Donc, non, non, il veut vraiment s'en prendre.

Et c'est assez, s'en prendre fonctionnaire et c'est assez intéressant. Il coupe cette aide-là. La deuxième agence à laquelle il va s'attaquer, c'est l'agence en fait qui régulait les produits financiers adressés aux consommateurs qui a été créée après la crise de 2008 parce que la crise de 2008, on a offert des subprimes à des consommateurs qui n'y comprenaient pas grand-chose en réalité parce que c'était assez compliqué. D'ailleurs, il n'y a rien de méprisant parce que les agents d'adoptation n'y comprenaient rien parce qu'ils ont mis des AAA. Donc, c'était un subprime qu'on vendait, un crédit avec des taux d'intérêt qui allaient augmenter.

Et puis, quand ça ne marchait pas, on saisissait la maison. Et comme la maison avait augmenté, la banque faisait une plus-value. Bon, après cette crise qui a été américaine très forte et mondiale ensuite, il y a une agence qui a été créée pour faire attention aux dérives du système financier. Là, elle va être supprimée. Deuxième chose, le système financier est hyper content. Le système financier, ce n'est pas les PME. C'est les grandes banques de gens très très riches. On ne parle pas des petites entreprises.

Là, ils sont très contents parce qu'ils vont pouvoir encore faire des produits sans qu'il n'y ait aucune agence de contrôle et aller berner les Américains comme ils l'ont fait avec le subprime. Et puis après, il va s'attaquer à d'autres agences. Par exemple, il y a des agences qui délivrent des repas gratuits. Il y a des agences qui faisaient des centres de soins gratuits. Il y a des agences qui s'occupaient des gens les plus fragiles. Et il va les enlever les unes après les autres. Parce qu'il faut vraiment dire aux Etats-Unis, ils ont un service public quand même.

Ils ont un service public légèrement en dessous d'une autre, mais pas tant que ça quand on voit la part de la dépense publique qui est au service public. Ce qu'ils n'ont pas, par contre, c'est toutes les prestations sociales que nous, nous avons. Donc, il y a des gens qui se retrouvent sans aucun revenu. Et quand il n'y a pas de revenu, c'est des agences qui s'assurent de leur santé, d'une partie des repas, enfin vraiment du strict minimum. Et lui, il va s'attaquer à ça. Donc, les classes les plus pauvres américaines vont souffrir. Là, je pense qu'il y a des centres de soins qui vont fermer.

Et quand tu vis dans un désert médical et qu'il n'y a qu'un seul centre de soins, tu laisses les plus pauvres dans le plus grand dénuement. Pourquoi les entrepreneurs se croient tout permis comme ça ? Parce qu'ils ont la possibilité de le faire ? Je pense que ça fait des années qu'on donne trop de place aux entrepreneurs. Un entrepreneur, comme Musk, qui a eu un certain succès, ou comme d'autres en France, parce que vous savez, il y a eu beaucoup d'entrepreneurs qui ont soutenu Macron. On leur donne trop de place dans le discours public. On a dit pendant des années, il faut gérer l'État comme une entreprise. On s'en souvient de ça.

Oui, si l'État était géré comme une entreprise, il n'aurait pas cette dette-là. L'État n'est pas suffisamment efficace, donc il faut que le secteur privé mette son nez là-dedans, il faut privatiser. Ça fait des années qu'on nous dit ça. Et aujourd'hui, je pense que l'apothéose de ça, c'est Musk, que l'on met à un ministère. Alors Musk, il sait faire des voitures, très bien. Il sait faire des choses. Il a fait des grandes choses, mais ce n'est pas pour ça qu'il y comprend quelque chose au fonctionnement de l'État et à la géopolitique, puisqu'il accompagne Trump partout dans ses déplacements. Il y avait quelque chose qui m'avait choqué à l'époque de Macron.

C'est que Thomas Piketty, économiste célèbre, personne ne peut remettre en cause que c'est un économiste, qui a publié dans les meilleures revues, qui a fait Le Capital, un des meilleurs économistes au monde. Quoi qu'on en pense, je veux dire, dans le fond, qu'on soit d'accord ou non, c'est un des meilleurs économistes au monde. Comme il y a d'autres économistes qui peuvent être libéraux et qui font partie des meilleurs au monde. Il a écrit une tribune dans Le Monde, parce qu'il a une chronique au Monde, où il a critiqué la réforme de l'ISF de Macron, en disant que c'était une faute historique.

Il y a 4-5 entrepreneurs qui lui ont répondu, notamment Marc Simoncini, qui a inventé mythique, qui est dans une émission aujourd'hui sur M6, qui leur a répondu et qui a dit Thomas Piketty n'est pas un économiste, il n'y comprend rien. C'était ça, grosso modo. Alors, commencer par retirer le titre à quelqu'un en disant il n'est pas économiste, il n'y comprend rien, vous voyez, il se croit tout permis. Et que Le Monde accepte de publier ça, c'est qu'il leur offre une tribune, ils ont le droit de dire ça. On ne peut pas dire des choses comme ça. On est vraiment dans une ère de post-vérité.

Voilà, on est dans une ère où des gens, parce qu'ils ont réussi, parce qu'ils ont de l'argent, ils se croient tout permis. On est vraiment dans l'ère aujourd'hui, un dollar qu'on a dit souvent ici, un dollar une voix. Tu as un million de dollars, tu vaux un million de voix. Tu as un milliard de dollars, tu vaux un milliard de voix. Tu as un dollar, tu vaux une voix seulement. Et donc, plus tu es riche, plus tu as de l'influence et plus tu peux te croire tout permis, comme c'est le cas de Musk aujourd'hui. Et en France, ça plaît, voire ça inspire. Ça plaît énormément. Quand on voit les réactions de Valérie Pécresse, d'un ministre de la fonction publique.

Mais même quand on voit, la réaction, l'autre fois, j'entendais Mme de Montchalin sur France Inter. Elle dit, qui est la ministre du budget, me semble-t-il, qui est en charge du budget et de tout ce qui est relatif au budget. Oui, pas n'importe quoi. Voilà. Donc, elle dit, je reçois tous les jours les grands patrons. Alors, j'ai dit, ah bon ? Il faut les rassurer. C'est grosso modo ce qu'elle dit. C'est ce que disait Stiglitz dans un de ses livres. Regardez les agendas des ministres des Finances, de l'économie, du budget. Vous verrez tout de suite pour qui ils travaillent. Là, on a eu la réponse. Elle l'a dit elle-même.

C'est-à-dire qu'elle pourrait rencontrer les syndicats, je ne sais pas moi, de profs qui soient inquiets par rapport à la réforme qui était en cours, des hospitaliers, je ne sais pas, les avis associatifs qui vont avoir des coupes. Elle dit, non, on rencontre les grands entrepreneurs. On doit les rassurer. Voilà. Et puis, on a vu aussi toutes les sorties qu'il y a eues de Bernard Arnault, du Medef, qui dit aux entrepreneurs « C'était la France, ils ont raison ». Les gens se croient tout permis. On leur a donné beaucoup trop d'importance. C'est des entrepreneurs, c'est très bien, on a besoin d'entrepreneurs en France, je ne dis pas ça.

Mais après, voilà, ce n'est pas eux qui doivent décider de tout et de rien. C'est une partie prenante parmi d'autres dans l'économie française. C'est quoi ? C'est le libéralisme exacerbé, main dans la main avec l'extrême droite, beaucoup en rêvé. Eux, ils l'ont fait. Ah oui, ils l'ont fait complètement. Et moi, je pense que... J'essaie de voir les transformations qu'il y a en France. Mais je pense que les États-Unis ayant une influence énorme, je pense que Trump a déjà eu une influence sur la manière dont il faut faire de la politique. C'est-à-dire cette façon de... Cette violence, en fait. Je pense qu'elle a fait aussi son chemin chez nous.

Et puis après, là, cette espèce de clarification qu'il y a, qui a toujours en réalité existé, mais avant, le libéralisme a avancé maquillé. Voilà. C'est-à-dire qu'il était très utilitariste sur l'immigration quand ça l'arrangeait, et puis parfois, voilà, sur les questions économiques, il disait que ça allait profiter à tous, mais c'est à lui profiter surtout à lui, c'est ce qu'on a vu. Il avançait maquillé. Maintenant, il avance sans phare, avec une forme de violence et c'est l'alliance, voilà, des deux. Et la tech qu'on nous a vendue comme, souvenons-nous, comme progressiste, comme ouverte sur le monde, ceux qui n'utilisaient pas la tech, c'était ceux qui n'étaient pas dans le futur.

Enfin, vraiment, on nous a montré, regardez ce qu'elle est devenue, la tech. Elle est devenue d'extrême-droite, libérale d'extrême-droite. Et la fameuse liberté d'expression vantée par l'extrême-droite et par Trump, c'était son argument de campagne, fait qu'aujourd'hui, par exemple, dans les textes scientifiques, il interdit des mots, dont climat, par exemple. Oui, tout à fait. Mais en fait, les réseaux sociaux, souvenons-nous, comment ils nous ont, ce qui a fait qu'on y a tous été et comment on nous a vendu la chose. Moi, je me souviens, au moment des révoltes arabes, il était même question, à moins que, pour certains, que Facebook ait le prix Nobel de la paix.

Parce que, face aux dirigeants qui contrôlent les médias, les réseaux sociaux apparaissaient comme quelque chose où il pouvait y avoir de la liberté d'expression. Et c'était ce qu'ils nous avaient dit au début. Et dès qu'il y avait très peu de modération, même dans les pires des cas, mais aujourd'hui, c'est fini. La liberté d'expression, elle est finie. Il y a une volonté de changer nos comportements et de nous orienter vers des prises de position. Et moi, un journaliste, un jour, m'a dit une chose. Il m'a dit, tu sais, parfois, il n'y a pas besoin de fake news, même s'il y en a énormément aujourd'hui. Mais le choix d'une information est en soi déjà un choix politique.

Ce qu'on va mettre en avant est un choix politique. Et on voit bien, en fait, que quand on prend la somme, par exemple, ce que font des chaînes comme CNews, ils prennent la somme de faits divers qu'ils mettent, mais la somme de faits divers ne fait pas une statistique globale. C'est ça, la différence entre... Et là, il y a un choix spécifique pour influencer et changer les comportements. Alors que quand on pose des questions de manière un peu plus claire, parce que c'est toujours très simple de mettre à l'actu un thème, je ne sais pas moi, des agressions, etc. Et puis, au bout d'une semaine, vous avez bien bourré le crâne de pondre un vieux sondage en vous disant qu'est-ce que vous pensez ?

Est-ce qu'il y a un lien entre immigration et délinquance ? Et là, les gens... 80% des Français sont pour... Alors qu'il y a des études quand même, au lieu de passer par un sondage. Et il faut traiter la chose. Ils vont dire ça. Donc, ils vous bourrent le crâne et après, ils vous font... Mais quand on fait des sondages un peu plus larges sur, par exemple, des questions importantes, ils choisissent parfois de ne pas les traiter. Par exemple, même récemment, sur la question de qui devait payer dans le budget, c'était souvent les plus riches qui sortaient. Sur les retraites, on était très, très loin.

Ils ont quand même mis en avant la question des retraites et de la dépense publique et de la dépense sociale. Et c'est pareil, quand on demande... Les Français sont-ils attachés au service public ? Ils sont très attachés au service public. Mais on va dire non, non, les services publics fonctionnent mal, on dépense trop, on dépense trop pour les étrangers, donc il faut les réformer. Donc il y a toujours une volonté d'influencer finalement l'opinion dans certains médias, mais aujourd'hui aussi sur les réseaux sociaux. Merci Thomas. Merci. Et merci à vous, chez vous, d'avoir suivi cet épisode de l'Instant pourcher. J'attire une dernière fois votre attention avant de se quitter.

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