La santé mentale a-t-elle quitté le divan ?
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Si vous tapez hashtag dépression sur Instagram, par exemple, vous tombez sur presque 24 millions de publications. Ces réseaux sociaux ont sûrement libéré la parole autour de la santé mentale, tout comme la pop culture, des séries en thérapie sur Arte ou 13 Reason Why, mais aussi ces stars de la musique ou du sport, Maria Carey ou Kanye West qui évoquent leur bipolarité, la joueuse de tennis Naomi Osaka qui dit souffrir d'anxiété, ou l'athlète Simone Biles qui s'est retirée des JO pour, dit-elle, se concentrer sur sa santé mentale. Tout ça fait sauter des verrous, pour autant, le tabou persiste.
Les réticences à en parler avec sa famille sont encore nombreuses et jusqu'à présent, les réseaux sociaux n'ont jamais guéri personne. Psy 2.0, est-ce qu'un écran, c'est mieux qu'un divan ? C'est la question qu'on se pose aujourd'hui.
Thomas Chauvino, le débat de midi sur France Inter.
Et bien sûr, on attend vos questions, vos réactions, vos expériences aussi sur l'appli ou sur le site de France Inter, mais comme tous les jours, on ouvre l'émission en feuilletant le journal et ses philosophies magazines qu'on feuillette aujourd'hui avec vous. Martin Legro, rédacteur en chef du journal, bonjour. Bonjour Thomas Chauvino. D'ailleurs, je dis feuilletant, mais en fait, c'est même sur Internet qu'on va trouver aujourd'hui ce dont on va parler. Vous consacrez un article à Georges Orwell, antidote, écrivez-vous, à tous les délires idéologiques.
Oui, on vient, d'ailleurs, c'est dans le fil d'un hors-série qu'on avait consacré à Orwell, parce qu'il nous est apparu dans le moment présent. Il y avait une nouvelle tension, un nouveau climat idéologique, où de plus en plus, que ce soit à gauche ou à droite, chacun se renvoie la balle et classe l'autre, n'écoute plus ce qu'il dit. Les uns sont supposés des islamo-gauchistes, les autres des néo-réactionnaires, les autres des woke, les autres des... Tout le monde accuse l'autre pour des accusations, n'écoute plus ce qu'il dit, mais d'où il parle.
Or, c'est un climat idéologique que Orwell avait très, très bien décrit, pour lequel il fournit des armes, des armes précieuses, à travers des histoires, de très belles histoires, de très beaux romans, d'hommage à la Catalogne jusqu'à son chef-d'oeuvre de 1984. Ce sont des récits, des histoires qui nous permettent, en quelque sorte, de guérir ou de trouver des remèdes à cette situation idéologique tendue, où on ne s'écoute plus parler, et où, comme le disait Orwell, dans ce climat-là, le seul fait de dire la vérité devient un acte révolutionnaire. Ce que vous racontez aussi, c'est qu'il fait partie de ces écrivains qui ont, on peut le dire, eu raison avant tout le monde.
Oui, Orwell a vu beaucoup de choses. Ça tient aussi à son expérience. Il est né en Inde, dans l'Inde coloniale, occupée par l'Angleterre. Il a occupé un petit poste dans la police britannique. Ça l'a totalement, je dirais, guéri de la vérité d'occuper toute position de pouvoir, et de l'idée même d'occuper, de chercher le pouvoir. Et il est revenu en France, et puis en Angleterre, où il a vécu un peu dans la dèche, il a vécu la vie de clochard, il a rencontré ça dans la dèche à Paris. Et puis après, il est parti, c'est sa grande aventure, il est parti en Espagne avec sa femme, au moment de la guerre d'Espagne, pour essayer de défendre la République naissante, contre le coup d'État de Franco.
Et là, il a fait à la fois l'expérience d'un ébrouissement, l'ébrouissement de Barcelone, qu'il a vu, cette ville pauvre, mais en état de révolution, où tout le monde était à l'égalité, où personne disait, ne léchez les bottes à quelqu'un d'autre. Et en même temps, le climat de terreur que les Staliniens commençaient à faire régner sur le camp républicain. Et à partir de là, sa conscience politique s'est forgée, il est revenu en Angleterre après avoir été blessé sur le front d'Espagne. Et là, il s'est engagé contre le nazisme à la BBC, comme journaliste engagé, où il écrivait des textes qui sont encore à relire, qui sont vraiment encore d'une grande actualité aujourd'hui.
Mais ces deux chefs-d'oeuvre restent, La ferme des animaux et 1984, deux grands romans qu'il faut absolument relire, si on veut un peu comprendre, se forger une conscience politique neuve. Ce que vous racontez aussi, c'est son aptitude épicurienne, une facette du personnage d'Orwell qu'on connaît moins, mais il est parti vivre sur une île, qui est une île assez désolée, mais au bon sens du terme, c'est-à-dire où il n'y a pas grand-chose. Il y a des cerfs sauvages, une petite centaine d'habitants, 200 ou 300 habitants, je crois, c'est l'île de Jura en Écosse, où d'ailleurs il a écrit une partie de 1984, me semble-t-il. Oui, tout à fait.
Il a eu besoin de prendre le large par rapport à une société, à une Angleterre qui était très, très politisée, où il y avait des camps en bataille, etc. Il a eu le sentiment qu'il devait prendre un peu de hauteur. Donc il est parti, il avait par ailleurs la tuberculose, et il est parti, après la guerre, vers 1947, écrire là, sur l'île de Jura, où il vivait avec des moutons, où il cultivait.
Il avait aussi l'idée, Orwell, c'était un socialiste anarchiste un petit peu, et il avait l'idée que les autodidactes ont quelque chose de précieux, c'est-à-dire celui qui apprend à être jardinier, celui qui apprend à cultiver des bêtes, et que c'est beaucoup mieux d'être autodidacte, apprendre par soi-même, plutôt que d'appliquer des recettes d'expertise que ceux qui sont censés, que les sachants doivent nous transmettre.
Et c'est dans cette atmosphère-là qu'il a écrit cette grande épopée de 1984, qui est très intéressante, parce qu'elle est à la fois, évidemment une description d'une société totalitaire, modelée sur la société soviétique de l'époque, la société stalinienne, on n'a pas voulu le savoir, ce n'était pas une société du futur, c'était quand même le modèle, c'était l'Union soviétique, mais l'intrigue, l'intrigue se passe aussi à Londres.
Et il voulait dire par là, ce qui est très intéressant, c'est que les sociétés modernes, démocratiques, capitalistes, sont elles aussi parcourues par des tentations totalitaires, que ce soit la surveillance, surveillance des corps, mais aussi, de plus en plus aujourd'hui, on le voit, surveillance des esprits, où on anticipe aujourd'hui, avec les modèles de surveillance sociale, on entend aussi jusqu'au désir de chacun, et bien il a eu cette intuition qu'il y avait dans la société moderne, une aspiration, un désir même de chacun, à essayer d'avoir un point de vue sur les autres, et à surveiller tout le monde, et c'est cela qu'il décrit dans un roman qui plus est, qui est en réalité une histoire d'amour, une très belle histoire d'amour, de Winston, dans ce climat tendu entre le communisme et cette aspiration à vivre avec les petits.
Il avait l'idée que la vie ordinaire des petits gens était la ressource pour laquelle on pouvait tabler, ce qu'il appelle la décence ordinaire, et donc, malgré sa désillusion, il n'a jamais perdu l'espoir qu'il y avait chez les petits, dans le peuple, l'idée d'une décence ordinaire, c'est là-dessus qu'il fallait retremper la possibilité du socialisme.
Et ce qui explique encore sa popularité aujourd'hui, parce que c'est un auteur qui plaît aussi bien aux personnes âgées qu'aux plus jeunes, aux gens de gauche comme aux gens de droite, et vous vous rappelez cette phrase que je trouve très belle, et on va conclure là-dessus, Martin Legros, « En conservant, écrit Orwell, en conservant notre amour enfantin pour les arbres, les poissons, les papillons ou les crapauds, on rend un peu plus probable la possibilité d'un avenir pacifique et décent. » C'est une phrase qui fait du bien, on devrait la lire tous les matins. Merci, Martin Legros, d'avoir été en direct avec nous aujourd'hui. Merci à vous, Thomas Chivineau.
Et donc ce papier sur Orwell à retrouver sur le site de Philomag. Merci, bonne journée. Bonne journée, au revoir. J'ai déclaré vouloir mettre la santé mentale d'abord et avant.
Parce que si ce n'est pas la priorité,
votre sport va vous déplaire et le succès ne sera pas au rendez-vous. Je pense qu'il vaut mieux se retirer de quelques compétitions, même importantes, et se recentrer sur soi. Ça montre à quel point vous êtes une compétitrice forte. Simone Biles, c'était en juillet dernier, qui évoque son retrait de la compétition des JO et puis sa santé mentale. Bonjour, Jean-Victor Blanc. Bonjour. Vous êtes psychiatre à la PHP, auteur du livre Pop et Psy. Bonjour, Cyrine Amiri. Bonjour. Vous êtes présidente de Nightlight Paris, c'est une association d'écoute et d'entraide. Bonjour, Angelo Follet. Bonjour. Vous êtes psychothérapeute et Sophie Cadalen, bonjour. Bonjour.
Psychanalyste, quatre invités pour parler aujourd'hui de la santé mentale et aussi de la santé mentale des jeunes qui fera une partie importante, j'imagine, de l'émission. Victor Blanc, Jean-Victor Blanc, osait parler de ces problèmes-ci quand on est sportif de haut niveau, comme Simone Biles, et même considéré comme l'une des meilleures sportives de son temps. Est-ce que c'est nouveau ? C'est tout à fait nouveau. C'est le premier moment dans, on va dire, l'histoire contemporaine où on a autant de figures médiatiques, autant de grands sportifs, autant également de célébrités, d'acteurs, de chanteurs et de chanteuses, surtout, qui prennent la parole sur la santé mentale.
Et ça, c'est tout à fait fascinant. Et c'est vraiment un changement de paradigme autour de la santé mentale puisque c'est la première fois que des personnes très en vue, extrêmement suivies, et notamment sur les réseaux sociaux, parlent de la santé mentale, en parlent en leur nom propre, en parlent eux-mêmes et en parlent d'une manière apaisée et très positive.
Si on compare effectivement le Simon Biles dont vous avez parlé avec Notresque il y a quelques années, la manière dont Marie-Jopérec, par exemple, avait été complètement lynchée et où la santé mentale était uniquement vue comme finalement un phénomène de foire, de divertissement, où on lui reprochait carrément de ne pas être allé à cette compétition, on voit qu'on a évolué en quelques années de manière extrêmement forte et c'est très positif. Pourquoi ? Je pense qu'il y a une conjonction de facteurs. Le fait que de plus en plus de personnes en parlent fait qu'effectivement il y a un effet un peu d'entraînement. Le fait aussi que les soins en santé mentale et en psychiatrie se sont améliorés.
Les traitements qu'on utilise en psychiatrie ont une trentaine, une quarantaine d'années. Donc finalement le fait qu'aujourd'hui on puisse aller bien avec un trouble psychique, c'est aussi un facteur qui fait que les gens arrivent à en parler plus facilement. Mais est-ce que le fait que Maria Carré ou Kenny Wetz par exemple évoquent leur bipolarité pousse des jeunes gens ou des gens moins jeunes d'ailleurs à pousser la porte de votre cabinet par exemple, Sophie Cadalen ? Est-ce que quelqu'un est venu vous dire voilà j'ose venir parce que j'ai entendu qu'une athlète de haut niveau ou un chanteur, un rappeur très connu avait aussi déclaré ses problèmes de santé mentale ?
Alors en tout cas la question se pose effectivement autrement. Ça va être tiens, et pourquoi est-ce que moi je n'aurai pas aussi ce symptôme-là, cette pathologie-là ? Ce qui donne aussi des effets un peu suspects comme une propension, une aspiration à se définir quelque part dans forcément un trouble comme si on avait tous à être étiqueté ce contre quoi aussi on lutte quand on est soignant. Voilà, il ne s'agit pas d'être forcément malade, il s'agit de reconnaître une souffrance qui n'est pas forcément une maladie, qui n'est pas forcément une pathologie.
Mais ce gap est intéressant qui est je dirais comblé aujourd'hui entre effectivement cette idée de santé mentale mais un peu un peu comme dire un peu lointaine, ça concernait ou le bas-peuple pourrais-je dire, mais il y avait cette idée comme ça des surhommes, les sportifs par excellence, les vedettes, les stars, ils étaient ailleurs. Donc c'est ça qui est intéressant.
On savait intellectuellement que la santé mentale ça concerne absolument tout le monde, c'est même le moteur essentiel pour arriver où que ce soit, au succès évidemment, dans des championnats incontournablement, mais comme si voilà, on n'osait pas encore faire ce lien entre la réalité de ces champions et puis leur humanité tout simplement.
Et pourtant, ils sont nombreux les sportifs de haut niveau à être victimes de troubles mentaux. Alors à plusieurs, des échelles variées évidemment, mais une étude disait qu'ils étaient autour des 30% voire 35%. Effectivement, on sait que dans le milieu, tout ce qui va être milieu créatif et les sportifs en font partie, mais aussi c'est vrai qu'on en a beaucoup plus parlé de le monde de la musique ou du cinéma, on sait qu'il y a un certain nombre de personnes atteintes de troubles psychiques. Finalement, quand on est soignant, on se rend compte que ce n'est pas tellement surprenant. La santé mentale, ça concerne une personne sur quatre à un trouble psychique dans le monde.
Donc finalement, que parmi les idoles et parmi les gens très suivis il y a finalement beaucoup de personnes qui en parlent, ce n'est pas uniquement un phénomène qu'on pourrait qualifier de marketing ou de récupération commerciale. C'est finalement le reflet de l'importance des troubles psychiques dans notre société. Ce qui est nouveau effectivement, c'est qu'ils en parlent. Angelo Follet, est-ce que vous avez des patients qui viennent vous voir, qui prennent contact avec vous parce que justement ils ont pu entendre un de leurs idoles ou pas forcément idoles mais en tout cas une personnalité parler de ces problèmes de santé mentale ?
Oui, je crois que je dirais la chose positive qu'il y a dans le fait de voir de plus en plus de personnes publiques s'exprimer sur leur santé mentale permet à ces jeunes gens en tout cas les personnes qui viennent me consulter déjà de s'identifier d'une autre manière c'est-à-dire vraiment de voir que la personne finalement qu'elles admirent elle est humaine et qu'elle a aussi ses propres souffrances ses propres douleurs ses propres difficultés après effectivement je rejoins je ne sais plus le prénom je crois que c'est Maria je rejoins en tout cas cette idée-là qu'il peut y avoir aussi une identification tellement forte qu'on a parlé de Maria Carré alors je ne savais pas de quelle Maria vous parlez c'est Sophie Cadalen Sophie Cadalen qui est psycanaliste je ne sais pas pourquoi j'ai dit Maria j'ai un l'artiste que peut-être Sophie Cadalen pourra vous expliquer mais on fera ça hors antenne peut-être qu'il y a une carrière à faire dans la chanson peut-être en tout cas je rejoins ce discours-là dans la mesure où il peut y avoir aussi une forme d'autodiagnostic et un étiquetage qui fait que certaines personnes vont arriver avec déjà toute une liste de symptômes et puis de diagnostics qui fait que peut-être que la première étape ça va être de voir qu'on peut avoir un peu de souplesse dans ce diagnostic qui parfois est très finalement violent envers eux-mêmes et déjà ça, ça peut être une première étape de soulagement de voir que finalement il n'y a pas quelque chose de pathologique et que ça va être possible pour la personne de le gérer mais en tout cas pour répondre à votre question il y a une identification qui est intéressante pour au moins avoir quelqu'un d'autre que ce soit pour mettre des mots sur quelque chose dans lequel on se reconnaît qui peut faire effectivement passer la porte d'un cabinet ou d'un travail thérapeutique ou de prendre son téléphone et d'appeler une plateforme d'écoute comme la vôtre Cyrine Amiri vous êtes présidente de Natlight Paris donc une plateforme d'écoute qui vous appelle ?
Est-ce qu'il y a un profil ?
Non pas forcément le seul profil c'est étudiant parce que c'est un service d'écoute fait par des étudiants pour des étudiants mais à part le fait qu'ils sont étudiants il y a vraiment de tout parce que l'idée c'est de pouvoir prendre son téléphone ou même son ordi parce qu'il y a aussi le chat et de discuter d'avoir quelqu'un avec qui on pourra vider son sac une épaule sur laquelle on pourra s'appuyer et on peut parler de tout donc parfois il y a des gens qui vont juste nous raconter ce qu'ils ont pensé du dernier film qu'ils sont allés voir au cinéma et puis il y en a d'autres qui vont nous parler de leurs problèmes relationnels du stress qu'ils ont par rapport au cours etc.
c'est vraiment très large Et comment vous faites le tri parce que quand on vient de raconter l'histoire le dernier film qu'on a vu au cinéma c'est une chose mais les problèmes plus graves plus conséquents qui peuvent là devenir important vous avez une formation ? Alors on est formé mais je tiens quand même à dire qu'on ne fait pas du tout de tri c'est à dire qu'on prend ce qui vient et on essaye de prendre tous les appels Vous pouvez orienter ensuite ?
Alors en fait on oriente à la demande de la personne mais on n'est pas du tout des soignants on n'est pas du tout professionnels à ce niveau là donc on ne va pas faire de diagnostic on ne va pas du tout dire il faudrait que tu fasses ci, il faudrait que tu fasses ça au contraire on est vraiment dans l'écoute active et dans l'accompagnement dans le soutien et on ne va pas du tout donner de conseils par contre si la personne nous demande où se diriger comment y aller on va l'aider et d'ailleurs on a mis en place un annuaire sur notre site internet où en rentrant nos informations ça nous dit où est-ce qu'on peut aller voir des psys gratuitement Ça fait 4 ans que cette association existe est-ce que vous avez la sensation qu'aujourd'hui la parole s'est plus libérée que quand vous avez commencé il y a 4 ans ?
Le nombre d'appels augmente et plus ça va plus il y a de la demande que ce soit pour ouvrir des antennes dans d'autres villes en France parce qu'il y a beaucoup de personnes qui veulent aider sur ce sujet là ou parce que justement les appels augmentent donc c'est-à-dire que les gens sont au courant les gens osent prendre leur téléphone osent sortir leur ordinateur et je pense qu'effectivement c'est parce qu'il y a une déstigmatisation pardon du sujet de la santé mentale Alors je le disais en préambule à peu près 4 millions 24 millions d'occurrences dépression avec le hashtag dépression sur Instagram et les réseaux sociaux décomptapent ce mot comme décomptapent le mot suicide mettent tout de suite une mise en garde avez-vous besoin de parler à un ami avez-vous besoin de parler d'être mis en contact avec des spécialistes c'est assez récent et c'est important j'imagine Jean-Victor Blanc Effectivement c'est très important parce que bien sûr il faut en parler mais il faut savoir que ça peut aussi être fragilisant pour certaines personnes et c'est vrai qu'on le sait notamment pour tout ce qui est passage à l'acte suicidaire il peut y avoir un effet de contagion on l'a vu notamment avec un certain nombre de suicides de célébrités de Marilyn Monroe à Kirk Cobain où il y a eu une augmentation du nombre de suicides on l'a vu aussi avec des séries plus récentes comme Certain Reason Why dont vous parliez en introduction donc c'est sûr qu'il faut en parler c'est une série justement consacrée au suicide d'une adolescente et on comprend pourquoi au fur et à mesure exactement et donc c'est sûr qu'il faut en parler mais il faut que derrière il y ait aussi justement une écoute et que ça puisse déboucher sur des soins parce que bien évidemment pour reprendre la question initiale c'est vrai que c'est pas juste un people qui va pas de la santé mentale qui va faire que quelqu'un consulte je pense que c'est vraiment un ensemble d'éléments mais que le fait que justement ce soit possible et que ça puisse faire son chemin c'est sûr que ça c'est un élément qui peut aider en tout cas que ces personnalités médiatiques le déclarent publiquement est-ce que c'est le signe Sophie Cadalen qu'on se cache moins disons
oui alors effectivement ça participe je dirais d'une époque de possibilités aujourd'hui ça fait longtemps enfin ça fait quelque temps maintenant que la psy vraiment est au coeur de nos vies de nos sociétés de nos réflexions qu'elle se banalise même quelquefois cellule de crise par exemple ce mot qu'on entend dès qu'il y a un événement une catastrophe c'est devenu tout à fait banal ordinaire incontournable je dirais même mais je crois que profondément ça vient interroger et c'est peut-être là que c'est un petit peu plus dérangeant qu'est-ce que c'est la santé mentale en fait qu'il y ait des vedettes des sportifs considérés comme des demi-dieux voilà ils sont extraordinaires c'est-à-dire qu'ils sortent de notre ordinaire avec un mental d'acier donc indestructible avec un mental d'acier mais voilà il y a des grands créateurs qui surfent sur une hypersensibilité sur des fragilités sur ce qu'on pourrait appeler des névroses mais qu'ils ont transformé en création des sportifs aussi qu'est-ce qui les motive qu'est-ce qu'ils font qu'ils s'infligent tout ce qu'ils s'infligent parce qu'on sait que c'est pas si joyeux que ça la vie d'un sportif en tout cas c'est une sacrée lutte en tout cas ça vient questionner mais qu'est-ce que c'est être en bonne santé mentale est-ce que vous entendez que c'est devenu une sorte de fourre-tout en tout cas il me semble que il y a ce côté fourre-tout mais en même temps cette répugnance encore à questionner mais qu'est-ce que ce serait être en bonne santé la norme c'est quelque chose de très difficile à déranger à déloger et on a tous c'est pour ça que vous parliez effectivement de cette espèce de propagation on parle de suicide hop et en tout cas quelques-uns qui s'engouffrent derrière ce terme et hélas derrière l'acte on veut savoir où on est on veut savoir on veut être s'il le faut bipolaire plutôt que de ne pas savoir qui on est plutôt que de ne pas avoir de définition donc c'est ça qui serait intéressant aujourd'hui cette santé mentale elle est là elle est au coeur de tout la pandémie a évidemment encore accentué ça qu'est-ce que c'est la bonne santé mentale qu'est-ce que c'est être humain au fond
je vous pose la question Jean-Victor Blanc autant on sait quand on est malade on a de la fièvre on a des ganglions voilà quand on a un problème de santé mentale c'est beaucoup plus difficile à discerner bien sûr c'est une excellente question alors si on prend la définition de l'OMS la santé c'est un bien-être complet psychique social et physique donc c'est sûr que c'est une définition qui est vaste et qui est très très ambitieuse donc si on l'applique à la sphère de la santé mentale il faut bien voir qu'il y a en fait un continuum qui va des troubles psychiques donc qui sont les maladies de l'esprit à la santé mentale où là on est plus sur finalement des émotions et finalement quelque chose de plus universel ce qui est important et moi ce que j'essaie vraiment de faire à travers le livre à travers les conférences c'est de bien définir justement ce que sont les troubles psychiques à partir du moment où on a la définition justement d'un trouble bipolaire avec ces variations d'humeur à la hausse et à la baisse et que finalement on voit de quoi on parle au niveau médical déjà il y a moins de on va dire mésusages et il y a moins de gens qui vont forcément s'attribuer un diagnostic à tort et à travers l'autre chose qui est essentielle c'est que bien évidemment si les célébrités peuvent favoriser l'accès aux soins ensuite il y a une démarche médicale poser un diagnostic c'est une démarche médicale et là pour le coup peu importe pourquoi vient la personne on fait un peu le tri et justement on explicite oui ça ça ressemble à ce que vous pensez être le trouble bipolaire ça par contre ça ne l'est pas du tout et finalement c'est pas différent de quelqu'un qui va consulter sur Google j'ai de la fièvre et qui va arriver en disant je pense avoir un lymphome et en fait on lui dit bah non c'est une angine et c'est tout et après on l'explicite mais c'est sûr qu'il y a vraiment cette nécessité d'être assez carré justement sur savoir de quoi on parle la santé mentale à l'heure d'internet c'est le thème aujourd'hui dans le débat de midi et on attend toujours vos commentaires vos réactions sur le site de France Inter et bel été à vous nous sommes ensemble jusqu'à 13h il s'appelle Jacques il vient de Strasbourg et vous c'est le titre de sa chanson il est midi 28
le débat de midi à retrouver pendant tout l'été à midi sur France Inter et en podcast sur franceinter.fr
4 invités aujourd'hui pour parler de la santé mentale Cyrine Amiri qui est présidente d'une plateforme d'écoute Nightlight Paris Jean-Victor Blanc qui est psychiatre Angelo Follet psychothérapeute et Sophie Cadalen psychanalyste et puis ces messages qui nous arrivent Aurélien nous dit les réseaux sociaux m'ont aidé à trouver des personnes avec des vécus similaires aux miens même s'ils peuvent être anxiogènes à long terme ils sont une ouverture aux autres et Aurélie dit tout le contraire je souffre de dépression et j'ai fini par supprimer tous mes réseaux sociaux car ils génèrent chez moi de l'anxiété même lorsque je les utilise pour me documenter le bénéfice est moins élevé que les inconvénients Angelo Follet qui est psychothérapeute mais aussi instagrammeur quel rapport vous entretenez avec ces réseaux sociaux ?
Je crois que les deux témoignages parlent vraiment de ce paradoxe des réseaux sociaux c'est-à-dire qu'évidemment chaque personne chaque public a le choix de consulter ou non et puis du contenu qu'il ou elle va consulter évidemment moi ma pratique se fait complètement en dehors des réseaux sociaux c'est-à-dire que je ne fais pas de thérapie sur les réseaux sociaux il faut bien rappeler ça c'est qu'une thérapie il y a vraiment un cadre spécifique et puis une expertise spécifique moi le rapport que j'ai c'est qu'en fait je ne fais que recevoir finalement des témoignages de gens qui vont parler de leurs angoisses de leur peur de leur anxiété de leur souffrance de leur difficulté relationnelle de leur sexualité etc et je simplement je questionne en fait je questionne j'essaie de créer un espace dans lequel voilà des questions que les personnes dans leur quotidien ne se posent pas forcément vont permettre d'ouvrir d'ouvrir un autre angle et j'aime beaucoup la dernière phrase de la chanson de Jacques qui dit justement malgré tout ce que j'ai pu croire il y a des choses qui sont bien je ne sais plus exactement quelles sont les paroles je crois que c'est ça un petit peu le travail au niveau de la santé mentale c'est aussi de travailler accompagner quelqu'un à peut-être ouvrir des espaces pour percevoir sa vie et puis elle-même d'une autre manière et le réseau social quel qu'il soit n'est qu'un outil alors finalement pour vous oui pour moi c'est ce que je dis souvent c'est une coquille vide c'est à dire qu'après on fait ce qu'on veut dedans c'est un outil donc tout dépend de la manière dont on l'utilise je reçois autant de témoignages de gens qui me disent c'est anxiogène pour moi de voir autant de gens souffrir parce que je repose les témoignages et en même temps des gens qui disent ça me fait du bien de l'avoir exprimé et déjà de l'avoir écrit ou d'autres témoignages encore qui disent ça me fait du bien d'avoir des regards différents ou encore de me reconnaître chez certaines personnes c'est vrai que c'est pas comme ça que je l'aurais perçu au départ donc en fait vraiment c'est un outil qui va permettre à chacun d'y mettre ce qu'il veut dedans Cyril Namiri comment est née votre plateforme d'écoute pour les étudiants c'est quand Patrick Skian maintenant qui est directeur général de l'association il était étudiant il y a 4 ans et quand il est arrivé en France donc il était irlandais et s'est rendu compte qu'en fait il n'y avait rien pour les étudiants à ce niveau là et en Irlande ça faisait des années qu'une nightline existait donc un service d'écoute pour les étudiants du coup il l'a créé parce que ça en manquait cruellement et vu qu'on a plein d'appels ça prouve qu'il a eu raison vous avez fait une petite étude que vous aviez publiée en novembre dernier et vous avez comptabilisé le nombre de psychologues qu'il y a en France versus le nombre de psychologues qui existent à dispo des étudiants aux Etats-Unis c'est 30 000 pardon un psychologue pour 30 000 étudiants en France un psychologue pour 1500 étudiants aux Etats-Unis c'est ça et donc du coup c'est des équivalents de temps plein parce qu'il n'y a pas forcément tout le temps mais oui donc vous considérez qu'il n'y en a pas assez ?
il n'y en a pas assez effectivement d'ailleurs c'est 20 fois moins que les recommandations internationales alors après là ça a augmenté récemment avec les mesures du gouvernement mais c'est que pour cette année donc il faut regarder de façon plus pérenne et dans le long terme Sophie Cadalen
oui oui on avait jusqu'à peut-être ce Covid une vision des étudiants de la jeunesse mais totalement je veux dire aplati ils sont jeunes donc ils vont bien oui ils n'ont pas d'argent on est tous passés par là enfin des choses terribles souvent d'ailleurs un refus de les écouter tout simplement ces jeunes là dans ce qu'ils ont à dire dans ce qu'ils vivent dans ce qu'ils font mal dans ce qu'ils souffrent comme si voilà c'était une espèce d'étape de toute façon incontournable formidable forcément formidable alors que je pense que si on interroge nos 20 ans on n'y retourne pas forcément tous enfin moi j'y retourne pas personnellement donc si au moins quelque chose a bougé ces derniers mois c'est ça c'est de réaliser qu'il y a une vraie population une vraie population active elle n'est pas active sans avoir des fiches de salaire mais elle est active dans une vie qu'elle commence qu'elle démarre et puis surtout totalement totalement démunis enfin ils n'ont rien ils n'ont pas d'argent ils n'ont pas d'aide ils n'ont pas de secours ils n'ont même pas le droit d'aller mal ils sont jeunes alors maintenant voilà maintenant ça commence maintenant ça commence et il était temps oui grand temps Jean-Victor Blanc
effectivement c'est sûr que c'est aussi la force des réseaux sociaux c'est que ça a permis à toute cette jeunesse finalement de s'exprimer de trouver des pères et de créer des communautés même si ça reste et notamment en France encore assez mal vu le fait de se regrouper avec des semblables et même si c'est juste et en l'occurrence des personnes jeunes ou des personnes étudiantes ou des personnes qui vont mal pourtant c'est une vraie force pour eux il y a un vrai soutien qu'on constate c'est vrai que ça a été l'ACME a peut-être été atteint pendant le confinement ou pour le coup c'était un des seuls moyens de socialisation pour toute une frange de la population c'est là qu'on a vu la force aussi de ces réseaux sociaux même s'il ne s'agit pas bien sûr d'être complètement angélique parce qu'il y a aussi des effets secondaires et on pourra en parler mais il y a quand même cette force là et je pense que ça a été un peu le détonateur et ce qui est vraiment fascinant c'est de voir qu'il y a un parallèle entre finalement le fait que tous les jeunes aujourd'hui peuvent s'exprimer sur les réseaux sociaux et que ça permet une libération de la parole mais c'est un peu la même chose finalement si on regarde encore une fois les idoles les stars etc à une époque où tout était extrêmement verrouillé ils ne pouvaient pas s'exprimer et si on regarde l'histoire par exemple de Britney Spears qui n'avait aucun accès à cette parole ne pouvait pas dire justement quand elle est mal etc on a vu comment ça s'est passé et finalement aujourd'hui il y a une espèce de rattrape un peu les wagons puisqu'elle a enfin accès à justement en l'occurrence son compte Instagram pour pouvoir s'exprimer donc je trouve que cette question de pop culture elle est toujours pertinente pour interroger ça parler des réseaux sociaux alors on imagine bien ça peut soulager comme nous disent les auditeurs de France Inter mais c'est pas en communiquant sur les réseaux sociaux qu'on va aller mieux alors c'est pas en communiquant sur les réseaux qu'on va aller mieux mais par contre en pouvant partager son expérience et puis en pouvant aussi s'instruire des expériences des autres et notamment des parcours de rétablissement quelqu'un qui va dire bah moi il y a un an j'avais des idées suicidaires je pensais que ma vie était finie j'étais dans une situation compliquée précaire étudiante ou pas d'ailleurs et finalement j'ai réussi à trouver les ressources et aujourd'hui ça va mieux c'est des récits qui sont extrêmement structurants et pour le coup dont on sait des études ont montré qui permettent de diminuer la détresse suicidaire par exemple Angelo Follet oui bah c'est vrai que c'est ce que je disais c'est qu'il peut y avoir effectivement beaucoup de moi dans mon expérience de témoignages de personnes qui qui se sentent soulagées en tout cas évidemment que ça ce n'est pas une thérapie et que ça ne ça ne soigne pas si effectivement il y a de la pathologie mais le fait de effectivement comme disait Jean-Victor Blanc de se relier de se reconnaître de s'identifier que ce soit des stars ou pas des stars de voir effectivement des parcours des parcours atypiques ou des parcours de résilience ou de guérison ou d'amélioration c'est toujours c'est toujours inspirant pour ces personnes-là après effectivement les réseaux sociaux et surtout si on parle d'Instagram sont très très limités ne serait-ce que parce que c'est un média sur lequel finalement on ne peut pas tant s'exprimer que ça ou être en relation directe c'est-à-dire que ça passe par un format écrit dont le contenu est très très limité ou une image moi je pense que ça peut être un pont ça peut être quelque chose qui fait un pont avec effectivement un travail qui peut être plus approfondi soit plus individuel soit plus collectif je sais que moi je travaille aussi beaucoup en groupe et ce que je fais moi par exemple c'est que les choses qui émergent les sujets qui émergent dans lesquels les gens peuvent se reconnaître sur le compte en général j'ouvre des espaces de parole sur lesquels on va se retrouver en ligne par exemple sur Zoom parce que c'est ce que j'avais développé pendant le confinement et là effectivement il y a une autre dimension c'est-à-dire que là on rentre en relation le jeu de miroir se fait et puis surtout il y a une parole qui est orale qui est non verbale aussi on se voit et pour moi elle est là la clé en fait elle est vraiment dans ce qui va se passer dans l'expérience dans la relation et pour moi la santé mentale englobe aussi voilà cet aspect relationnel physique émotionnel corporel de l'être humain en général Sophie Cadalen puis Cyril Amiri
oui alors évidemment s'exprimer seulement sur les réseaux sociaux ne va pas être la panacée ni la solution miracle mais une chose que l'on sait tous c'est que ne pas s'exprimer du tout c'est le pire voilà donc c'est effectivement comme votre interlocuteur vient de le dire c'est déjà une première marche c'est déjà une possibilité une porte qu'on en trouve après qu'est-ce qu'on en fait ça appartient à chacun on sait évidemment que les réseaux sociaux mais comme dans la vie c'est finalement la vie augmentée les réseaux sociaux ça peut aussi servir à justement finalement s'exposer avec un peu de complaisance avec une espèce de satisfaction sans que rien ne change mais c'est ce qu'on vit tous voilà qu'est-ce qu'on fait de ce qui se passe qu'est-ce qu'on fait de nos souffrances est-ce qu'on entame un dérangement ou est-ce qu'on s'y fait une petite place qui peut être un peu confortable même si le terme peut sembler étrange voilà ça ça nous appartient Cyrine Amiri
je rebondis sur tout ce qu'ils ont dit parce que je suis très d'accord mais c'est aussi que je pense que la communication ça permet de franchir le pas évidemment ça ne va pas soigner une pathologie mais c'est de la prévention en fait et si on fait le parallèle santé mentale santé physique autant si on a un bobo qu'on ne peut pas régler tout seul on va chez le médecin en santé mentale c'est pareil s'il y a un bobo ou une maladie qu'on ne peut pas régler tout seul on va chez le psy quel qu'il soit psychanalyse etc pour autant on peut faire de la prévention pour autant on peut avoir une sorte d'hygiène psychique et pour moi parler de santé mentale c'est déjà en prendre soin de la sienne et de celle des autres parce que on va s'entraider on va se dire qu'on n'est pas tout seul et c'est ça qui peut nous permettre de faire un plus grand pas ensuite et d'aller consulter s'il faut sur franceinter.fr Anne-Cécile nous écrit je recommande chaudement la série Crazy Ex-Girlfriend sur Netflix en trois saisons le sujet de la santé mentale de ses conséquences des soins qui existent sont abordés de manière accessible souvent drôle toujours musical la série m'a beaucoup aidé à faire comprendre à mon entourage ce que je vivais et à me sentir moins seul quand la pop culture aide pourquoi s'en priver c'est vrai que il y a eu le succès de En Thérapie par exemple comment vous l'expliquez vous Sophie Cadalen ce succès de cette série En Thérapie de ces séries qui parlent de votre métier en l'occurrence la psychanalyse
d'abord je trouvais qu'elle était extrêmement bien jouée je crois que ça participe au succès parce que c'est assez extraordinaire de tenir le temps d'une séance
ce que je veux dire c'est qu'avant les séries c'était Starsky et Hutch avec des policiers qui se courent après au volant de voiture qui se castagnent et là vous avez un psy assis dans un fauteuil son patient allongé sur le divan et ça fait une série et un succès
parce que je crois qu'il y a aussi en tout cas pour ceux qui s'y intéressent et finalement beaucoup de gens aujourd'hui s'y intéressent mais qu'est-ce qui se passe en thérapie justement qu'est-ce qui se passe dans le huis clos d'un cabinet d'une séance alors évidemment en thérapie c'était quand même voilà du feuilleton c'était quand même des épisodes de la série plutôt feuilleton c'est un peu vieil c'était quand même de la série donc c'était très condensé j'avais des patients très complexés en regardant en thérapie mais moi-même je disais ah non mais je ne parle pas aussi bien que lui il ne va pas se me dire mais je ne vais pas aussi vite ah mais non mais voilà une séance finalement regroupée des semaines des mois quelques fois même des années mais oui on a tous la curiosité comment on fonctionne au fond quels sont ses ressorts et c'était pas mal fait parce que ça parlait d'inconscient ça parlait d'actes manqués ça parlait de ta chose mais voilà en très concentré en très efficace on est quand même à la télé
Jean-Victor Blanc Effectivement ces séries ces films ils sont extrêmement inspirants nous à l'hôpital Saint-Antoine on utilise justement des films par exemple avec des personnages qui ont un trouble bipolaire pour dans un programme de psychoéducation sur la maladie donc on va au cours d'une des séances du cycle par exemple regarder happiness therapy et ensuite on décortique les patients s'identifient sur certains aspects moins sur d'autres etc c'est un bon médium pour justement en parler donner une autre image c'est sûr que c'est l'autre versant fascinant de la pop culture on a beaucoup parlé des célébrités mais aussi de la création artistique c'est vrai qu'on a jamais eu autant d'oeuvres grand public d'oeuvres à succès et d'oeuvres très différentes ça peut aller d'un film comme Mélancolia de Lars von Trier à un film oscarisé comme happiness therapy ou effectivement en thérapie ou encore euphoria une série américaine extrêmement inventive et assez révolutionnaire sur la manière dont elle montre justement les thématiques de santé mentale des adolescents c'est sûr que c'est autant de je trouve que c'est autant de manières de parler autant de décomplexer et autant de manières aussi de faire de la pédagogie autour de la santé mentale mais ça signifie que la série ne fait pas que libérer la parole vous vous en servez comme d'un soin presque bien sûr exactement alors c'est sûr que c'est dans un arsenal de soins mais on peut s'en servir comme un soin et je pense qu'il y a aussi un effet qui est encore plus intéressant qui est un peu de l'ordre du constructivisme social où en fait en voyant quelqu'un qui a un trouble bipolaire et qui va bien ça permet aussi de se dire si jamais je dois embaucher quelqu'un qui a un trouble bipolaire ou si j'ai quelqu'un qui a un trouble bipolaire dans ma famille peut-être qu'il ira bien peut-être que finalement ce ne sera pas le fou comme on l'a longtemps extrêmement stigmatisé sans aucun espoir et en se disant bon bah il faut ça suscite une réaction de rejet Sophie Cadalen
oui et c'est peut-être aussi le pendant en tout cas cet appétit que nous avons pour ces séries pour ces histoires là pour ces mal-être là à raconter de façon souvent très très finalement joyeuse intéressante c'est aussi cette pression que l'on a très augmentée depuis quelque temps alors peut-être justement c'est le contrepoint de devoir aller bien d'être heureux à tout prix que les réseaux aussi ont augmenté mais c'est une propension là encore une fois ça fait partie de nos codes de notre culture de notre demande les uns les autres de se montrer voilà vaillant et assurant comme on dit mais c'est trop voilà il y a je crois ces deux mouvements c'est aller bien à tout prix alors éventuellement avec des tas de thérapies très souples très soft pas trop invasives pas trop intériorisées et puis justement cet autre pan où on va dire ah non non mais c'est pas si simple que ça on est très compliqués nous les humains
est-ce qu'il n'y a pas le danger de la vulgarisation justement Angélo Follet à force de voir toutes ces séries qui parlent de psychanalyse ou psychothérapeute ou psychiatre pour prendre l'ensemble des psys en général on peut tous devenir psy finalement comme quand il y a la coupe du monde de football tout le monde devient entraîneur sélectionneur de l'équipe de France je pense que la vulgarisation par la pop culture elle est intrinsèque c'est-à-dire que effectivement ça peut si ça inspire des personnes à vouloir effectivement pourquoi pas se lancer dans une carrière dans une formation d'accompagnement quel qu'il soit je trouve ça super après je pense que ça fait appel aussi à notre intelligence et notre cyberabite c'est-à-dire que ça a été rappelé très souvent dans les discours des différents intervenants c'est que ça reste parfois il faut se rendre compte que ça reste de la fiction que l'écueil pour moi l'écueil effectivement de la thérapie c'était que c'était à la fois très réaliste parce que très bien joué et très bien documenté et en même temps il est réalisé dans la mesure où effectivement le temps était vraiment condensé donc je pense qu'il y a la prise de recul que ce soit des séries que ce soit les réseaux sociaux que ce soit n'importe quoi finalement qui fait partie de la pop culture je pense qu'elle appelle à son propre libre-arbitre à faire des distinctions à discerner voilà ce qui est finalement réaliste ou pas ce qui est faisable ou pas ce que j'ai envie ou ce dont j'ai besoin ou pas donc moi je m'efforce en tout cas dans mes communications de vraiment rappeler que les choses ne doivent pas être prises pour acquis ou comme une vérité que ça reste des points de vue ça reste une interprétation en revanche la pop culture pour moi elle a un rôle essentiel dans la stimulation de la créativité la stimulation du cerveau droit la stimulation de finalement comment on crée du neuf avec ce qui existe déjà pour moi ça fait partie des traitements ou en tout cas de la thérapie que de réhabiliter la créativité de réhabiliter notre capacité à changer de point de vue à changer de perception et donc à mettre du neuf dans des boucles ou des schémas qui pourraient être répétitifs et du coup pathologiques Jean-Victor Blanc oui puis je pense qu'il ne faut pas non plus s'y tromper sur cet effet un peu qu'il pourrait y avoir de contagion en se disant bah oui c'est génial Simon Balsh parle de la santé mentale mara carré bipolaire ça suscite des envies il faut quand même rappeler que c'est des pathologies qui restent encore aujourd'hui extrêmement stigmatisées qui sont quasiment indicibles notamment dans le milieu du travail moi la plupart de mes patients ne peuvent pas dire sur le lieu de travail qu'ils ont un trouble ou qu'ils ont été hospitalisés en psychiatrie parce que tout de suite on imaginerait des images archaïques comme Voluzerninukuku alors que c'est vraiment des personnes où justement c'est tout l'endualence personne de leur entourage ne pourrait penser qu'ils ont été hospitalisés pendant des semaines en psychiatrie donc c'est quand même ça la réalité je pense qu'il ne faut pas non plus on est loin de se dire que ce serait extrêmement facile que ça deviendra même désirable et ce qu'on constate aussi c'est que la plupart des exemples dont on a cité sont quand même des exemples américains en France on a encore cette culture on va dire du secret ou en tout cas cette gêne à parler de la santé mentale donc on n'en est pas à se dire bon panique tout le monde veut devenir bipolaire c'est devenir le nouveau chic d'ailleurs il y a un récent sondage du Centre National des Ressources et de Résilience qui avait interviewé quasiment 30 000 étudiants qui souffrent tous d'au moins un trouble de la santé mentale sur ces 30 000 étudiants seuls 12% ont poussé la porte d'un spécialiste d'un professionnel de santé Cyrine Amiri oui tout à fait en fait c'est comme si c'était hyper difficile de parler j'ai envie de dire à des adultes alors effectivement quand on est étudiant on est aussi adulte mais il y a quand même cette vision de l'adulte un peu autoritaire qui est plus adulte que nous entre guillemets et je pense que c'est pour ça aussi que bon ça peut passer par les réseaux sociaux mais ça peut passer par plein de choses par Nightline par exemple se rapprocher en fait des personnes ça fait partie de la déstigmatisation et par exemple le soutien par les pères fait partie aussi de ça c'est comme donner du courage pour passer la porte et aussi désacraliser un peu comme en thérapie comme vous disiez tout à l'heure Sophie désacraliser ce qui se passe dans ce huis clos parce que forcément on n'a pas envie de passer la porte de quelque chose qui paraît effrayant ou qui a toujours été dépeint comme ça l'écran peut-il remplacer le divan c'est la question qu'on se pose aujourd'hui comment les réseaux sociaux modifient le rapport à la santé mentale on attend toujours vos réactions vos commentaires sur le site ou l'appli vous êtes bien sur France Inter et il est midi 48 on aimerait bien que l'été arrive avant l'hiver quand même ou le winter comes de Paul McCartney qui s'adjoint les services du batteur Anderson Pack la playlist vous la retrouverez sur le site de l'émission
le débat de midi sur France Inter
4 invités aujourd'hui dans le débat de midi pour s'intéresser à la santé mentale Jean-Victor Blanc qui est psychiatre Cyrine Amiri qui est présidente d'une association d'écoute Angelo Follet psychothérapeute et Sophie Cadalen qui est psychanalyste on avait commencé à le dire avant le disque mais c'est difficile d'en parler vous nous l'avez dit Cyrine Amiri et il y a un sondage dont je voulais vous faire part celui mené par la plateforme Care qui est une plateforme de téléconsultation en ligne qui disait 87% des personnes interrogées n'osaient pas parler de leurs problèmes de santé mentale avec leur famille Jean-Victor Blanc ça reste un tabou énorme ça reste un tabou énorme et souvent ce qu'on constate moi je fais beaucoup de garde à l'hôpital c'est vrai que les situations arrivent à un moment où elles sont déjà extrêmement compliquées il y a eu énormément d'attentes il y a eu parfois justement une pathologie qui s'est décompensée qui s'est aggravée et qu'on arrive en situation de crise et comme pour toute maladie plus on arrive au moment de la crise et plus c'est compliqué d'agir et plus du coup il peut y avoir besoin de soins on va dire forts ou en tout cas long donc c'est sûr qu'il y a encore ce délai qui est encore trop long d'accès à la consultation et je pense que les explications elles sont multiples il y a la stigmatisation des maladies il y a aussi la stigmatisation et le manque de connaissances envers les soins et rien qu'on voit la confusion autant des termes psy qu'on utilise depuis le début de l'émission où tout un chacun ne sait pas encore bien exactement ce qu'est la différence entre un psychologue un psychiatre et un psychanalyste c'est sûr qu'il y a vraiment un manque d'éducation sur la santé mentale en l'occurrence alors allons-y rapidement parce que on ne peut pas y passer toute l'émission mais la différence entre le psychiatre le psychanalyste et le psychologue bien sûr de manière très synthétique au risque de procéder des confrères donc le psychiatre c'est un médecin qui se spécialise sur la santé mentale donc il se spécialise sur le soin de la maladie psychique qui va de la dépression à la schizophrénie le psychologue ça va être quelqu'un qui se spécialise qui fait des études de psychologie donc il va étudier le fonctionnement psychique il peut ensuite devenir clinicien donc exercer auprès de patients mais qui peut aussi faire totalement autre chose le psychanalyste ça va être quelqu'un qui est formé à une on peut dire une forme de psychothérapie même si je sais que ça ne fait pas forcément référence pour tout le monde mais un type de manière d'aider les personnes avec la parole mais je voulais
mettre mot pour la psychanalyste c'est l'inconscient en fait et une autre répartition possible on va souvent mettre la psychothérapie psychologique du côté du conscient la psychanalyste du côté de l'inconscient effectivement la psychiatrie du côté du corps au sens de la pathologie des dysfonctionnements des troubles mais tout ça se croise évidemment il n'y a pas de comment dire il n'y a pas de concurrence
psy au pluriel Maud nous écrit sur l'appli de France Inter la forte présence de ces sujets sur les réseaux est aussi un signe de la difficulté d'être pris en charge correctement en ce qui concerne la santé mentale j'ajoute que ce terme me heurte la santé mentale c'est de la santé tout court j'ai 29 ans j'ai été diagnostiqué correctement il y a seulement quelques mois après des années d'errance et parler suivre certains comptes sur les réseaux m'ont aidé bien avant d'être prise au sérieux par mes proches ou par des professionnels est-ce que c'est ce type de témoignage que vous avez souvent ?
je ne dirais pas que c'est le type de témoignage qu'on a souvent pour autant il est vrai que les systèmes de santé mentale désolé d'utiliser ce terme effectivement c'est de la santé en général sont saturés très vite en tout cas au niveau universitaire on le rappelait tout à l'heure un équivalent temps plein psychologue pour 30 000 étudiants vous vous doutez bien que si les 30 000 étudiants ne vont pas très bien même si que 1000 étudiants ne vont pas bien ça ne marche pas parce que c'est très vite saturé donc effectivement c'est difficile d'avoir accès aux soins Jean-Claude nous dit également peut-on évoquer les difficultés qu'éprouve la province à trouver un soignant et être prise en charge en milieu hospitalier alors c'est vrai qu'il y a une différence à ce niveau-là Jean-Victor Blanc vous qui êtes psychiatre à la PHP donc à Paris entre la province et ce qui se passe plutôt dans les grandes villes bien sûr malheureusement l'évolution démographique elle suit celle de l'évolution démographique globale des soins et c'est vrai que c'est plus difficile de trouver un spécialiste en province et notamment dans certaines régions que dans le centre de Paris et malheureusement c'est plutôt Paris a tendance à rejoindre la province dans le sens où on avance vers un désert médical on va dire que le désert médical continue d'avancer et notamment en psychiatrie où la situation est encore plus on peut dire un peu désespérée en tout cas préoccupante puisqu'on sait que justement la psychiatrie reste aussi assez stigmatisée parmi les médecins et qu'on manque de jeunes étudiants qui vont faire cette spécialité ça n'intéresse pas les jeunes praticiens disons que ça fascine mais il y a beaucoup d'idées reçues sur les psychiatres comme quoi il faudrait être fou pour être psychiatre ou qu'il faudrait d'ailleurs être vieux pour être psychiatre puisque très souvent on me fait remarquer que je suis très jeune et qu'on ne s'attend pas à ce qu'un psychiatre soit aussi jeune comme s'il faudrait attendre 60 ou 70 ans pour commencer à vivre avoir un peu bavé pour pouvoir comprendre le fonctionnement de la souffrance psychique Angelo Follet depuis la pandémie vous ne faites plus que de la téléconsultation qu'est-ce que ça change dans votre façon de travailler ?
Alors je fais encore quelques consultations au cabinet mais c'est vrai que en plus moi j'ai déménagé pendant la pandémie donc ça a augmenté la volonté de faire ça à distance il y a des points positifs et il y a des points négatifs évidemment le plus gros point négatif c'est que nous ne sommes pas dans un espace un espace temps commun je dirais physiquement donc il y a pas mal d'éléments qui peuvent qui peuvent être concircutés par la qualité de la connexion par la qualité du son par l'écran par le fait que la personne n'a pas forcément un espace chez elle ou là où elle est pour être isolée et être tranquille pour pouvoir faire sa séance donc ça évidemment ce sont des contraintes comment dire géographiques et physiques en revanche ce qui est intéressant d'observer en tout cas moi dans la clinique que j'ai c'est qu'on a parfois accès à son univers c'est-à-dire que j'ai des ados par exemple qui finalement décident de faire leur séance dans leur chambre ils disent à leurs parents de partir pendant une heure pour être tranquille et puis en fait finalement on peut interroger un élément qui est sur le mur une photo un dessin un poster une plante n'importe quoi et en fait ça permet aussi je trouve d'avoir accès à une partie de l'univers de la personne auquel on n'a pas toujours accès quand on pose la question et qu'on est en cabinet donc ça a ses avantages et ses inconvénients mais je dirais que moi l'avantage que je pourrais avoir en tirer par rapport à ça c'est que du coup il n'y a pas besoin d'être là où j'habite ou là où je travaille pour pouvoir me consulter Sophie Cadelen est-ce que ça peut être la même chose en psychanalyse où il y a quand même ce rituel pour certains c'est s'allonger sur le divan retirer ses chaussures ça participe d'un rituel les chaussures
ne sont pas retirées souvent écoutez j'allais dire je dois avouer mais il n'y a pas d'aveu là-dedans mais jusqu'ici je ne l'avouais pas justement à mes confrères qui me regardaient sinon d'un air un petit peu pincé je faisais déjà de l'analyse par téléphone parce que des patients étaient partis à l'étranger parce que certains étaient justement en province c'est qu'ils n'avaient pas possibilité de venir mais par téléphone pas en visio comme vient de le dire le principe de la psychanalyse c'est justement de parler c'est la cure par la parole c'est le divan on coupe justement du face à face pour laisser libre la parole les associations pour aussi que mon écoute soit d'ailleurs plus libre donc finalement l'écran n'était absolument pas indispensable alors ceux qui l'a justement ça s'est accéléré il n'y a plus que du téléphone certains voulaient de la visio j'ai accepté et de même d'ailleurs ils disaient que ce n'était pas la peine et finalement c'est encore une fois une possibilité différente que chacun dise différemment c'est pas mieux c'est pas moins bien c'est du plus
c'est utile et bien merci à tous les quatre d'avoir été en direct avec nous le débat de midi c'est fini pour aujourd'hui on se retrouve lundi pour se demander s'il faut quitter les grandes villes on attend déjà vos commentaires et vos réactions sur l'appli de France Inter c'est parti
c'est parti