Confinement : Macron a-t-il encore le choix ? - Reportage #cdanslair 29.03.2021
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Les prochaines 48 heures seront décisives, comme chaque semaine, et le président tranchera au dernier moment. Plus que jamais sous pression, Emmanuel Macron s'est confié ce week-end au JDD. Il assume sa stratégie de ne pas confiner le pays et assure que rien n'est encore décidé, malgré les mises en garde du monde hospitalier.
L'unanimité scientifique n'a jamais été au rendez-vous. Et parfois, les faits du lendemain viennent contrecarrer les certitudes de la veille. « Certains nous disaient, en février, vous allez prendre le mur. On ne s'est pas pris le mur. »
Pas de mur, mais une vague, une troisième. L'autodincidence augmente dans tout le pays et dépasse partout le seuil d'alerte. En Ile-de-France, le nombre de patients en réanimation est supérieur à celui de novembre dernier, et les médecins sont dépassés. Dans une tribune, 41 d'entre eux disent n'avoir jamais connu une telle situation d'urgence. Ils seront bientôt contraints de trier les patients.
« Vous avez quelqu'un de 85 ans qui a des comorbidités et qu'on sait qu'il va passer un mois en réanimation extrêmement difficile pour malheureusement, probablement, au bout, décéder. Et que de l'autre côté, vous avez quelqu'un de 30 ans qui a un accident d'abat public, qui a besoin d'une chirurgie orthopédique en urgence, de tout un tas d'autres complications qui nécessitent d'être en réanimation. Le choix à la vie va être fait. Et ça, c'est extrêmement difficile. »
L'inquiétude monte, mais n'empêche pas l'exécutif de maintenir son cap. Après un an de Covid, l'attention est à son comble entre les scientifiques et le gouvernement. Dans l'entourage du président, on le répète, c'est le politique qui décide. Emmanuel Macron n'en démord pas et défend son pari.
« Je peux vous affirmer là, cette fois-ci, que je n'ai aucun mea culpa à faire, ni aucun remords, ni aucun constat d'échec. »
Pas de mea culpa présidentielle et l'opposition voix rouge. Éric Ciotti dénonce l'arrogance d'Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon, lui, ironise. « Bilan, tout était parfait, écrit-il. » Pour la sénatrice écologiste Esther Benbassa, Macron est l'homme qui ne doute jamais. Le candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle, Xavier Bertrand, dénonce lui aussi la stratégie d'Emmanuel Macron.
« Dans la vie publique, dans la vie politique, je pense qu'il ne faut pas hésiter à reconnaître ses erreurs. Mais il y a pire que de ne pas vouloir reconnaître ses erreurs. C'est de ne rien apprendre de ses erreurs. De ne rien apprendre. Comment voulez-vous qu'il y ait ensuite la confiance avec le peuple français ? Ils ont le sentiment que quand il y a eu des échecs de stratégie, que dans ces cas-là, on ne veuille pas le reconnaître. »
Pression de l'opposition, côté gauche aussi, tous unis, contre la stratégie du président.
« Le président de la République décide seul et il décide toujours en retard. » « Le président de la République a fait un pari, un pari solitaire en janvier, celui de s'affranchir de la science. » « Pour moi, c'est une gestion déshumanisée, froide de cette crise où il a privilégié l'économie sur la vie. »
Faux, répond la majorité qu'il assure. Le gouvernement adapte ses mesures pour conjuguer économie sociale et sanitaire.
« Il n'y a pas un camp contre l'autre. Il n'y a pas l'économie contre la santé. D'abord, ce serait stupide et ce serait irresponsable. Quand je fais des recommandations comme ministre de l'Économie et des Finances au Premier ministre, au Président de la République, c'est en tenant compte aussi de la sécurité sanitaire des Français. »
Le président pourrait s'exprimer cette semaine et annoncer peut-être un changement de cap. Tout dépendra des derniers chiffres et de l'opinion, déjà très sévère contre l'exécutif. Les trois quarts des Français estiment que les dernières mesures prises n'auront pas d'effet sur l'épidémie.
Emmanuel Macron