Redressement économique et lutte contre l'islamisme - Marine Le Pen est l'invitée du 26 juin 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Tout de suite, Les 4V, épisode 1 pour ce matin. Thomas, vous recevez Marine Le Pen.
Bonjour et bienvenue dans Les 4V, Marine Le Pen. Bonjour. L'actualité, on l'a vu dans le journal de 7h30, nous ramène une nouvelle fois en Nouvelle-Calédonie, qui s'enflamme à nouveau. Si vous arrivez au pouvoir dans 15 jours, comment vous ramenez le calme là-bas ?
La situation est terriblement préoccupante. Il y a des nouvelles flambées de violences, vous l'avez dit. Et là-bas, les forces de l'ordre, les soignants, les Calédoniens qui sont sur les barrages en permanence sont épuisés pour défendre leur famille, pour défendre leur domicile. Je pense que c'est aussi la conséquence de toute une série de maladresses qui ont eu lieu au cours des mois précédents. Et il faut retrouver justement le chemin d'un dialogue. Et il me semble que le gouvernement actuel n'est plus en capacité de le faire.
Et le transfert des indépendantistes dans une prison en France, en métropole, est-ce que c'est quelque chose qui vous paraît légitime ? C'est ça qui a remis le feu aux poudres ?
Si ça a remis le feu aux poudres, c'était peut-être quelque chose qu'il fallait réfléchir. Car, encore une fois, l'objectif, c'est essayer de remettre tout le monde autour de la table. Parce qu'on ne peut pas, en Nouvelle-Calédonie, envisager un avenir communauté contre communauté. Je pense que chacun le sait. Donc il m'apparaît qu'un nouveau gouvernement et un gouvernement Rassemblement national pourraient probablement tenter de renouer le lien, de remettre tout le monde, encore une fois, en dialogue.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que le gouvernement actuel n'a pas, à mon avis, compte tenu, encore une fois, des erreurs, des maladresses qui ont eu lieu, n'a pas la possibilité de le faire.
On est à 4 jours du premier tour des législatives. Cette campagne très courte ne laisse pas beaucoup de temps aux électeurs, Marine Le Pen, pour prendre connaissance des programmes des uns et des autres. Alors je voudrais, si vous êtes d'accord, qu'on clarifie brièvement à chaque fois certains points de votre programme. Si vous remportez les élections, vous annoncez une baisse de la TVA sur l'énergie, c'est-à-dire l'essence, le gaz, l'électricité, le fuel, de 20% à 5,5%. Ce serait pour quand ? Juillet. Moins de juillet. Est-ce que ça serait pérenne ou provisoire comme décision ?
Non, enfin, ce serait pérenne, sauf pour l'électricité, parce que l'électricité, enfin, c'est pas que ce sera pas pérenne, c'est que ce sera pérenne, mais parce que nous aurons entre-temps négocié de sortir du système de tarification européenne de l'électricité, qui fait qu'on paye l'électricité beaucoup trop cher par rapport à nos coûts de production. Donc à partir du moment où le prix de l'électricité sera revenu à un coût de production français, pour le coup, on retrouvera des règles normales.
Et on restera à 5,5% de TVA. Une mesure que vous avez chiffrée à 12 milliards d'euros en année pleine. Pour financer cette mesure, Rodan Bardella, il veut s'attaquer entre autres à la niche fiscale des armateurs. Et là, on se demande si ce serait le début des règlements de compte. Un coup de billère à trois bandes pour toucher le patron de CMA-CGM, qui est le leader mondial des armateurs du transport maritime, et qui est très proche d'Emmanuel Macron. Il y a de ça dans cette taxation ou pas du tout ?
Non, il n'est en aucun cas visé. Mais le fait qu'il soit proche d'Emmanuel Macron ne peut pas le protéger d'une forme de solidarité. Est-ce que je peux vous rappeler que c'est l'entreprise qui, l'année où les Français ont subi la plus grosse inflation, a fait le plus gros bénéfice historique de toute l'histoire des entreprises françaises ? Et qu'on lui a accordé cette année-là 5,5 milliards de niches fiscales. Je considère que c'est anormal. Et donc, il est parfaitement naturel que l'on s'attaque à des niches fiscales, c'est-à-dire à des cadeaux fiscaux qui ne sont pas justifiés.
Mais permettez-moi de vous dire que dans cette élection législative, on est vraiment dans la micro-mesure en permanence sur tous les plateaux de télévision, de radio. Je pense que les Français, ils ont du mal à voir du coup les grandes lignes, la grande vision en réalité qui est portée à leur choix. Est-ce qu'on veut autant d'immigration qu'aujourd'hui par exemple ? Dans ces cas-là, il faut choisir le gouvernement. Est-ce qu'on en veut 10 fois plus ? Dans ces cas-là, il faut choisir le Front populaire. Ou est-ce qu'on en veut beaucoup moins ? Et dans ces cas-là, il faut voter pour le rassemblement national.
Il y a les intentions et puis il y a les mesures qui mettent en musique ces intentions.
Oui, mais d'accord. Mais en l'occurrence, quand l'intention est d'augmenter l'immigration, si vous voulez, les Français peuvent aussi se dire « Tiens, il ne faut peut-être pas que j'aille dans cette voie-là ». Il en est de même pour la protection sociale. Est-ce qu'on veut détruire la protection sociale ? C'est ce qu'Emmanuel Macron a fait en limitant l'indemnisation du chômage, en s'attaquant aux retraites. Ou est-ce qu'on veut préserver, sacraliser notre système de protection sociale ?
Vous revenez sur la modification du régime de l'indemnisation du chômage ?
Oui, bien sûr. Et on y reviendra, là encore, extrêmement rapidement, parce qu'on considère que c'est une mesure profondément injuste.
Si vous arrivez au pouvoir, est-ce que vous exonérez ou non les moins de 30 ans de l'impôt sur le revenu ? Je vous pose la question, parce que vous avez sans doute vu le débat hier entre Jordan Bardella, Gabriel Attal et Emmanuel Bompard. Et le Premier ministre a pris un exemple. Il dit « Si vous exonérez un trader de 29 ans quand vous faites payer un ouvrier de 31 ans, ça n'a pas de sens. » Alors est-ce que cette mesure, vous la mettez en place, oui ou non, et à partir de quand ?
On la mettra en place. Encore une fois, on essaye de justifier qu'il faille faire en trois mois l'intégralité d'un projet que nous avons conçu pour cinq ans. Ça n'est pas possible de le faire en trois mois. Les Français le comprennent très bien. Donc nous le ferons lorsque nous en aurons la possibilité. Il faut que les gens comprennent pourquoi on veut faire ça. On veut faire ça pour que nos jeunes restent en France, pour qu'ils montent leur entreprise en France, aujourd'hui un des problèmes majeurs de la France et les parents qui m'entendent le savent, c'est que beaucoup d'enfants sont en train de partir de notre pays.
Ils vont faire leur vie ailleurs, dans d'autres pays et parfois sur d'autres continents. Or, cette richesse intellectuelle qui est la leur et cette capacité à produire, à créer de la richesse, elle doit rester en France. Et donc il faut mettre en place des mesures incitatives pour que nos jeunes restent en France, qu'ils produisent en France, qu'ils créent de l'emploi en France.
Sur l'immigration que vous évoquiez, qui est un des marqueurs du Rassemblement national, est-ce que vous remettez en cause, oui ou non, la binationalité ? Mais pas du tout. Pas du tout ? Mais pas du tout. Donc là, par rapport à 2022, vous avez quand même changé, par rapport au programme présidentiel.
– Non, monsieur, dès 2022, j'ai dit très clairement, on en a longtemps parlé, que nous n'entendions pas revenir sur la double nationalité.
– Donc ça, c'est clair. Autre mesure, vous avez dit vouloir attendre 2027 pour mettre en œuvre une de vos mesures phares, c'est l'interdiction du voile dans l'espace public.
Vous confirmez que ça ne sera pas pour ce coup-là ou pas ? – Mais encore une fois, vous prenez un micro-morceau…
– Marine Le Pen, on ne peut pas nous reprocher de ne pas parler des programmes. – Laissez-moi terminer ma phrase. – Et quand on va sur du concret, nous dire on prend des micro-morceaux.
– Non mais laissez-moi terminer ma phrase. – Allez-y. – Vous prenez un micro-sujet d'un problème beaucoup plus large qui est le problème de la lutte contre les idéologies islamistes. Nous avons rédigé une loi, qui est une loi qui va permettre de lutter contre les idéologies islamistes. Donc je pense que le voile est un des éléments, parce qu'il est poussé en quelque sorte. Ça ne veut pas dire que toutes les femmes qui portent le voile sont islamistes, ça veut dire qu'il est poussé par des mouvements islamistes, c'est vrai aujourd'hui en France, ça a été vrai hier dans d'autres pays, y compris des pays musulmans.
Et il faut lutter contre l'islamisme parce que l'islamisme est un immense danger pour notre société. Parce que l'islamisme veut imposer ses règles, parce qu'il contraint, parce qu'il menace, parce qu'il attend…
– Alors pourquoi renoncer à cette mesure qui est un de vos marqueurs forts ?
– On ne renonce pas à une mesure, elle fait partie d'une loi globale qui va s'attaquer partout où il se développe, au financement du fondamentalisme islamiste, à ses réseaux, à son influence, notamment dans un certain nombre d'associations sportives. Je crois qu'il faut voir les choses de manière, encore une fois, globale, et mener un combat contre l'islamisme qui est un combat efficace, pas en s'attaquant à des petits bouts, comme d'ailleurs.
– Donc cette loi globale, elle serait pour quand ?
– Mais elle sera pour, dans trois ans si on est encore là, peut-être après la présidentielle, certainement d'ailleurs après la présidentielle. Et je vais vous dire pourquoi, parce qu'un certain nombre de nos mesures vont nécessiter une réforme constitutionnelle. Nous l'avons toujours dit aux Français, nous avons été transparents avec eux. Or, je ne vois pas le président de la République actuelle accepter d'engager un référendum sur ces sujets. Il faudra donc qu'il y ait un président de la République ou une présidente issue du Rassemblement national pour mettre en œuvre ce référendum.
– Autre question qui préoccupe beaucoup de personnes concernées et leur famille, c'est la fin de vie, Marine Le Pen. La dissolution a mis un coup d'arrêt au projet de loi sur la fin de vie qui était en discussion à l'Assemblée. Est-ce que vous reprendrez ce projet de loi si vous remportez les élections ?
– Ça n'est pas l'urgence. Je vous le dis franchement. – Donc pas dans l'immédiat. – Non, ça n'est pas l'urgence. L'urgence, c'est de stabiliser nos finances publiques qui ont été totalement déstabilisées par Emmanuel Macron. Les 1 000 milliards d'euros de dettes supplémentaires qui ont été faites en sept ans mettent la France dans une situation qui est budgétairement catastrophique. Et ceux qui vont prendre la responsabilité du pays vont être obligés d'assumer les erreurs nombreuses et lourdes qui ont été celles d'Emmanuel Macron. Ça nécessite encore une fois de s'attaquer d'abord à des urgences.
Et l'urgence, c'est l'immigration, c'est l'insécurité et c'est évidemment en premier lieu le pouvoir d'achat.
– Si vous remportez ces élections législatives, est-ce que vous craignez des incidents, des émeutes et peut-être même la guerre civile qu'évoquait Emmanuel Macron avant-hier ?
Ça voudrait dire qu'il y a des gens dans notre pays qui n'accepteraient pas les résultats des élections ?
– Gérald Darmanin dit hier s'inquiétait des menaces dangereuses de l'ultra-droite et de l'ultra-gauche après le législateur.
– Non mais ça, c'est une manière de renvoyer encore une fois l'un l'autre. La réalité, c'est que l'extrême-gauche, depuis toujours, agit par la violence. Ils attaquent les meetings, ils attaquent les manifestations, ils pourrissent les manifestations sociales et maintenant ils se mettent à manifester contre les résultats des élections. Ils vont faire quoi demain ? Ils vont prendre le Capitole ? Comment ça va se passer exactement ? – Donc la réponse, ça sera la fermeté ?
– Eh bien je pense que le président de la République devrait plutôt appeler à respecter la démocratie, à respecter les Français, à respecter les élections, car vous le savez pertinemment, si pour notre plus grand malheur, l'extrême-gauche gagnait ses élections législatives, il n'y aurait pas une manifestation dans les rues. – Si nous gagnons les élections législatives, alors oui, probablement, il y aura des manifestations dans les rues. – Et quelle sera votre réponse ? – C'est donc l'extrême-gauche qui est responsable de ça. – Quelle sera votre réponse ? – Et moi j'aimerais que tout le monde, y compris vous, M.
Soto, appeliez le milieu politique, le milieu journalistique, que vous appeliez à respecter les règles républicaines, à respecter le peuple souverain, à respecter les élections.
– Je n'ai pas l'impression d'avoir jamais manqué de respect au peuple républicain.
– Non, je dis que ça devrait scandaliser tout le monde d'envisager qu'un mouvement politique puisse contester les résultats des élections.
– Rapidement, on sait que si vous remportez la majorité absolue, c'est Jordan Bardella qui sera votre Premier ministre à Matignon. Est-ce que vous vous excluez de participer à ce gouvernement ? – Oui. – Est-ce que vous envisagez éventuellement d'être présidente de l'Assemblée nationale ? – Non. – Non, ça c'est clair aussi. Est-ce que Éric Ciotti sera votre ministre de l'Intérieur ?
– Je serai la présidente du groupe majoritaire des députés à l'Assemblée nationale.
– Est-ce que ce monsieur qui vous a rejoint sera votre ministre de l'Intérieur ?
– Ça n'est pas à moi de vous répondre, c'est à Jordan Bardella, il va falloir que vous attendiez encore un peu, parce que nous n'avons pas encore gagné les élections. – En fait, j'emploie le conditionnel. – Et merci de me permettre d'appeler à la mobilisation de nos électeurs, on peut gagner, c'est vraiment le moment d'aller voter.
– On entend parler d'un nom qui circule, je ne sais pas si c'est une fake news ou pas, Hubert Védrine. Est-ce que vous avez des contacts avec Hubert Védrine pour les affaires étrangères ?
– Non, je n'ai pas de contacts avec Hubert Védrine, j'ai des contacts avec beaucoup de personnes dont je ne vous donnerai pas les noms, parce qu'il est évident que lorsqu'on travaille à la constitution d'un gouvernement, et au moment où on peut gagner ces élections, il y a des gens, des profils, qui sont des profils d'ailleurs extrêmement compétents, qui ont une grande expérience. – Oui, oui, je peux vous confirmer qu'il a déjà son gouvernement en tête, mais il y a beaucoup de gens qui nous contactent, car vous savez, il y a beaucoup d'endroits où on peut faire preuve de son expérience et de sa compétence.
– Le ministère de l'économie, il paraît que vous voulez un expert. – Écoutez, je vous en supplie. – C'est votre entourage qu'elle dit ça, je l'ai vu dans une dépêche AFP ce matin.
– Oui, il y aura au ministère de l'économie quelqu'un qui sait de quoi il parle et qui pourra remettre la France sur les rails, puisque le gouvernement d'Emmanuel Macron a fait très gravement dérailler notre pays.
– Merci beaucoup Marine Le Pen et bonne journée à vous.
– Merci à tous les deux, merci aussi à Fabrice Penaud pour la traduction en langue des signes.
– C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. – Sous-titrage ST' 501
Marine Le Pen