Aides sociales : les contradictions du RN ?- L’édito de Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Pour amener un peu de piment, on a un condiment abricots-piments. - B.Chameroy: Merci d'avance, chef. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'édito de Patrick.
La France du travail est-elle trop généreuse avec celle qui ne travaille pas ou qui travaille moins? - P.Cohen: C'est Ce que vous célébrez dans votre livre, qui dresse le portrait et liste les attentes d'une vingtaine de Français travailleurs, ouvriers et entrepreneurs qui se lèvent tôt et ne comptent pas leurs heures et leurs efforts.
La question des aides sociales est posée dès l'ouverture du livre à votre premier témoin, Bernard, un marin pêcheur de Sète qui travaille 95 heures par semaine et constate que travailler rapporte à peine plus que de ne rien faire. - A.-E.Lemoine: Est-ce que c'est vrai? - P.Cohen: Non.
D'autant que les règles de l'assurance-chômage ont été revues. C'est vrai qu'il y a des exceptions quand la reprise d'emploi avec des bas salaires entraîne des frais importants. Le montant de nos dépenses sociales est au coeur du débat public.
Je cite un autre livre très instructif, "La Dette sociale de la France", par N.Dufourcq, le directeur de la BPI, qui rappelle que les deux tiers de la dette publique française financent des prestations sociales et que la moitié de la population, 18 millions de retraités, 4 millions d'allocataires de minima sociaux, 2,5 millions de chômeurs, est dépendante de la dépense publique et financée par ce que vous appelez "la France du travail", même si les fonctionnaires et agents de la fonction publique travaillent, évidemment. - A.-E.Lemoine: La France du travail que notre invité avait déjà célébrée ici même il y a 9 mois. - P.Cohen: Il n'y a pas de hasard.
Vous étiez déjà dans l'écriture de votre livre. En février dernier, sur notre plateau... - J.Bardella: Soutenir la France du travail.
Il y a la nécessité de revaloriser les salaires et revaloriser le travail, l'effort et le mérite. Il y a aussi l'idée de ne pas défendre une France de la paresse, du combat mené en permanence à ceux qui veulent entreprendre et à l'assistanat. - P.Cohen: Pourquoi je marque un temps d'arrêt sur l'assistanat?
C'est un mot très répandu à droite, chez LR notamment, et que le RN emploie très peu. M.Le Pen ne l'emploie jamais, sauf pour ce qui concerne les étrangers.
Les Français que vous avez rencontrés s'en plaignent. Un exemple précis vient percuter vos positions: François, agriculteur du Loiret. "Je connais des types qui passent leur vie au RSA et nous, on se crève à la tâche pour des clopinettes." Il est question de conditionner le RSA.
Il y a 2 points de vue contradictoires. - On prévoit la mise en place d'une activité pour toucher le RSA. 15 moins minimum d'activité.
Voudrez-vous cette loi? - M.Le Pen: Non.
On a déjà voté contre. L'idée qui sous-tend cette loi, c'est que ceux qui sont au RSA ne veulent pas travailler. L'idée générale qui consiste à dire que tous ceux qui sont au RSA sont des gens qui en profitent...
On ne vit pas, avec le RSA. On ne vit pas, avec le RSA. L'idée que ce sont des profiteurs qui ne veulent pas travailler, c'est faux.
C'est la constitution de la guerre des pauvres contre les pauvres. - Est-ce que le RSA contre 15 heures d'activité, c'est une mesure de bon sens? - J.Bardella: Je pense qu'il faut des contreparties aux prestations sociales de ce type qui sont versées.
Sur le fond, je suis d'accord. - P.Cohen: Est-ce qu'il y a ou non un combat à mener contre l'assistanat ou est-ce la mise en place d'une guerre des pauvres contre les pauvres? - J.Bardella: D'abord, vous avez raison de rappeler qu'une grande partie de la dépense publique...
Une grande partie de la dépense publique est consacrée à la dépense sociale. Face à des accidents de la vie, il faut que les gens puissent être protégés par le modèle social français. On ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas, dans le pays...
Dans ces témoignages que je rapporte dans le livre, on voit qu'il y a beaucoup de Français qui travaillent ou ont travaillé qui ont le sentiment que le travail ne paye pas assez, qu'une grande partie de la fiscalité qui s'applique sur le travail est confiscatoire...
Beaucoup de gens ont le sentiment de redonner une trop grande partie de ce qu'ils gagnent à l'Etat. Le différentiel entre celui qui travaille et qui bénéficie de son salaire net après paiement des charges et de l'impôt et celui qui ne travaille pas et qui a la protection sociale...
Cet écart est trop faible dans notre pays. L'un des grands enjeux de la prochaine élection présidentielle sera de remettre de l'ordre dans les comptes de l'Etat. On souhaite notamment réserver cette générosité du modèle social français, la limiter aux seuls nationaux.
Les aides sociales non contributives aux étrangers, c'est, au bas mot, 15 milliards d'euros par an. C'est 12, selon l'Institut Montaigne, mais nous, nous la chiffrons à 15. C'est la raison pour laquelle je reprends cette idée portée par M.Le Pen en 2022 qui consiste à dire aux chefs d'entreprise: "Vous augmentez de 10 % les salaires de votre entreprise.
Ces 10 % sont exonérés de cotisations patronales." Je vois beaucoup de patrons qui aimeraient faire un geste pour leurs salariés, mais qui ne le peuvent pas. - P.Cohen: RSA, assurance-chômage...
Faut-il réduire le périmètre de ces aides et en limiter l'octroi, comme un certain nombre de réformes le proposent? - J.Bardella: En tout cas, il faut des contreparties.
Pourquoi nous avions voté contre? - P.Cohen: Contrairement à ce que dit M.Le Pen? - J.Bardella: M.Le Pen répondait chez votre confrère au vote que nous avions fait sur la proposition qui consistait à proposer du travail en échange du RSA.
Le bémol, c'est qu'il ne faut pas que les gens qui sont au RSA et qui travaillent soient utilisés ensuite comme des contrats et subissent une précarisation du travail. Au lieu de faire des contrats, vous recourez aux gens qui sont au RSA. Evidemment qu'il y a des abus.
Les gens qui travaillent dans notre pays ont le sentiment qu'ils portent sur leurs épaules les efforts de toute la société. Je crois qu'il n'y a pas assez de gens qui, en quantité, travaillent, dans notre pays. Le premier emploi stable, le premier emploi significatif est atteint à l'âge de 27 ans, dans notre pays.
Ca veut dire que pendant plus de 3 ans...
En Allemagne, c'est 23 ans. Je pense que les jeunes rentrent trop tard dans le marché du travail. Ce sont des points de PIB en moins.
C'est aussi des cotisations en moins dans le système des retraites. C'est là le coeur du déficit sur les retraites. C'est l'incapacité dans ce modèle à répartition à avoir plus d'actifs pour cotiser. - A.-E.Lemoine: Vous avez d'ores et déjà averti que, quoi qu'il arrive, le RN votera contre les budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale, même si ce dernier suspend la réforme des retraites.
Pourtant, vous citez votre mère, qui a compté les jours et les heures avant de pouvoir prendre sa retraite à 62 ans et 6 mois, contrainte par la réforme de travailler un peu plus. Vous ne pensez pas à tous ceux qui seront déçus si cette suspension n'est pas adoptée? Ca aurait pu soulager votre mère, en l'occurrence, si ça avait été dans le bon timing pour elle. - J.Bardella: Je ne suis pas socialiste.
Ca ne vous aura pas échappé. Je n'ai pas le goût de la négociation perdue avec les macronistes. La proposition qui a été faite par le gouvernement en échange de la non-censure... - P.Cohen: Vous parliez de la retraite à 62 ans... - J.Bardella: En échange d'une non-censure, ils ont fait gagner quelques mois à la génération 64.
Je n'appelle pas à une abrogation de la réforme d'E.Borne, que je combats. Non seulement cette réforme était injuste socialement parce qu'elle faisait en sorte que des gens qui avaient commencé à travailler très tôt et contribué travaillent plus longtemps...
Je pense que ceux qui doivent travailler plus longtemps sont ceux qui ont commencé à travailler plus tard. Nous avons défendu une réforme progressive.
Jordan Bardella