Philippe Etienne, ex-ambassadeur français à Washington
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- C.Roux: Les autres pays n'ont pas d'autre choix que faire avec ce discours imprévisible de D.Trump.
Le président de la 1re puissance mondiale porte une parole qui doit être écoutée, malgré tout. P.Etienne était ambassadeur de France à Washington.
Il a assisté à la toute 1re rencontre entre D.Trump et E.Macron.
Il se souvient. - Il a été pendant 2 ans le sherpa d'E.Macron.
Principal conseiller diplomatique de l'Elysée, P.Etienne est de tous les sommets entre 2017 et 2019, seul à rester dans la pièce lors des réunions entre chefs d'Etat. Un poste d'observation privilégié qui l'a amené à côtoyer de près le président américain. - P.Etienne: Ma toute 1re rencontre avec le président Trump aux côtés du président Macron, c'est à un sommet de l'Otan à Bruxelles.
Pour notre président E.Macron, qui vient d'être élu...
Je crois même que c'est le 1er sommet international...
Evidemment, c'est la 1re impression, là où il y a cette poignée de main un peu virile. C'est l'occasion de se mesurer, de se jauger. Je suis derrière, bien sûr.
J'ai cette impression d'un président physiquement assez imposant. - Un D.Trump qui impose aussi très vite à ses homologues un rapport de force quasi permanent. - P.Etienne: Sa personnalité est un peu hors normes.
On voit qu'il est très attaché à marquer des succès. On sent qu'il y a quand même une volonté, un savoir-faire, un métier médiatique, du côté de D.Trump.
D'ailleurs, à la fin de cette horrible séance dans le bureau Ovale avec Zelensky...
A la fin, ses dernières paroles... "Finalement, ça fait des bons moments pour la télévision." ... - Un président aussi très imprévisible, déjà porté par son propre instinct. - P.Etienne: Ses collaborateurs, qui étaient très accessibles...
Ils disaient qu'ils pouvaient pas parler...
Ce qui a changé, avec le 2e mandat, c'est qu'aujourd'hui, le président Trump est entouré pour l'essentiel de gens qui lui sont absolument loyaux et qu'il a pu choisir. Il ne s'attendait pas forcément à être élu comme ça...
Il a donc pris ses collaborateurs dans l'establishment, comme on dit en bon français, washingtonien. - Donc il était un peu cadré, ce qu'il n'est plus aujourd'hui. - P.Etienne: Il était sans doute un peu contraint dans certains de ses choix.
Il a préféré avoir plus de liberté. - Une liberté de ton désormais synonyme de nombreux revirements. Pour autant, dès le départ, il a fallu apprendre à composer avec un D.Trump capable d'attaquer, y compris ses propres alliés. - P.Etienne: Notre président a eu un choix très clair.
Il a dit: "C'est le président des Etats-Unis, je veux traiter des sujets avec lui pour verbaliser ses désaccords et voir comment on va travailler." Je crois que c'était la bonne attitude. Ca a permis aux 2 présidents, et ça continue, d'être dans un échange très fluide, malgré toutes les divergences et les oppositions. - Des oppositions qui ne manquent pas aujourd'hui.
Groenland, droits de douane, UE...
L'UE que D.Trump méprise ouvertement. - D.Trump: L'UE a été conçue pour emmerder les Etats-Unis.
C'était le but. - P.Etienne: C'est faux, historiquement.
Les Etats-Unis, en 1950, dans le contexte d'une guerre froide qui commence, soutiennent la réconciliation franco-allemande et la réinsertion de l'Allemagne de l'Ouest à l'époque. Mais c'est vrai qu'ensuite, le président Trump a vu l'Europe assez forte avec la politique commerciale unique et aussi avec les amendes pour la politique de concurrence contre les géants de la tech américaine. En même temps, il y a aussi ce facteur idéologique d'incompréhension à partir de son idéologie à lui, sa façon de voir le concept de souveraineté, par exemple...
Comment des pays peuvent aller si loin, comme partager une même monnaie...
Et qu'ils se mettent ensemble? Il appartient aux Européens, encore une fois, de prendre acte de cette évolution et d'en tirer toutes les conséquences en termes d'autonomie stratégique. - C.Roux: C'est aux Européens de se réveiller, dit P.Etienne. ... - N.Bacharan: Il est considéré comme un homme à poigne qui vous punit durement si vous le contrariez.
Il écarte les gens qui le gênent un peu. Il a éliminé plusieurs sénateurs républicains comme ça, dont celui du Texas, qui était ultra solide, ultra fidèle. J'ai regardé sa liste de vote en faveur des projets de D.Trump.
A plus de 90 %, il a approuvé. Ca n'a pas suffi. Il ne faut pas négliger le fait que les gens ont peur de lui. - C.Roux: Les gens de son administration ont peur de lui, mais est-ce que le reste du monde a encore peur de D.Trump?
Une étude de CNN a été publiée. Elle a fait un calcul. Il a menacé 15 pays dans le monde, 1 personne sur 11 dans le monde...
Il a menacé 4 continents et promis d'ajouter 5 pays aux Etats-Unis...
Est-ce qu'il fait encore peur, à force de menacer l'ensemble de la planète? - G.Lagane: Je pense que oui.
Je pense qu'Oman ne va pas faire d'accord avec l'Iran pour se partager le détroit d'Ormuz. Les Américains ont un 2e objectif derrière. Quand les Iraniens ont commencé à dire qu'ils allaient facturer le passage du détroit d'Ormuz, ils ne l'ont pas fait en dollars.
Ils l'ont fait en cryptos. - C.Roux: Sa puissance fait peur, son armée fait peur?
On sait qu'il est capable de faire ce qu'il dit? - J.André: C'est l'armée la plus puissante.
Les Cubains aujourd'hui...
Je pense que R.Castro a peur, et à juste titre. A la question "est-ce qu'il va bouger sur Cuba?", mon avis est: oui, bien sûr, et dans pas longtemps.
Est-ce qu'il fait peur? Oui. Je pense qu'il terrorise tout le monde.
Il a aussi des lignes directrices. On a bien compris qu'il veut réduire la participation des Américains à l'Otan. Il veut que les Européens prennent plus de responsabilités.
Il laisse entendre qu'il ne garantit pas qu'il interviendrait dans le cadre d'une attaque contre l'Otan. Ca, c'est gravissime. C'est détruire l'alliance.
Mais sa trajectoire est claire. Il y aura du bruit. Il va dire des trucs.
Mais la ligne directrice, on l'a. Il veut le Groenland. Il n'a pas changé d'avis.
Pour le détroit d'Ormuz, il est possible...
D.Trump a besoin de parler tous les jours. Il faut qu'il parle de l'Iran tous les jours. - C.Roux: Pourquoi il a besoin? - J.André: Parce qu'il veut rassurer les marchés, occuper le terrain...
C'est sa stratégie. "Flood the zone." La ligne directrice, si on prend ses dernières déclarations, c'est qu'il attend.
Pour l'instant, il laisse pourrir sur place. On négocie, on ne négocie plus, on est d'accord, pas d'accord...
Pour l'instant, les Américains n'ont pas ce qu'ils veulent. Ils ont la plus grosse armée du monde. Potentiellement, ils jouent la montre.
Mais ils jouent la montre à la D.Trump! Lundi, on va signer.
Mardi, on ne signe plus. Mercredi, on frappe. Les Iraniens répondent.
Mais ils sont aussi très patients. Ils ont démontré une capacité de nuisance menaçante. - C.Roux: M.Khadra? - M.Khadra: Sur l'étude de CNN, il faut un peu nuancer.
Il y a des menaces et des attaques. Il y a plus de 7 pays qui ont été attaqués. Ca a été listé par CNN. 1 citoyen sur 11 dans le monde serait menacé par D.Trump.
Il y a eu des attaques qui auraient dû avoir lieu, comme l'élimination du chef de l'EI. Il y a encore Quelques jours, des frappes contre des milices pro-iraniennes en Irak, la frappe contre les Houthis, celle conjointement menée par les Américains et les Britanniques sur le port d'Hodeïda...
C'est des frappes massives qui ont neutralisé les Houthis et qui ont permis à ce que le trafic maritime reprenne en mer Rouge. Il y a frappes et frappes, et menaces et menaces. Il y a des menaces qu'il faudrait prendre au sérieux, notamment celles à l'encontre du Groenland, et donc à l'encontre des Européens...
Il a retiré 5000 soldats d'Allemagne. Mais il en a redéployé 4000 en Pologne aussi. Les menaces à l'égard du Canada, il ne faut pas les prendre au sérieux.
Emmanuel Macron