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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 11 janvier 2026 22 minContradictoireMixte

Jean Viard : "Le monde d'hier était appuyé sur la domination des femmes, de la nature et des immigrés"

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Présentateur

La France de 2026 dans le grand entretien. Ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons l'un de nos grands intellectuels. Il est sociologue, directeur de recherche associé au Cevipof CNRS. On lui doit de nombreux ouvrages qui sont devenus des références et nous voulions l'entendre en ce début d'année sur les grands enjeux qui travaillent notre société. Il publie « La France bousculée », un recueil de ses chroniques tenues pendant cinq ans chez nos amis de France Info. Depuis la pandémie de Covid-19 jusqu'à notre monde, secoué par Trump et l'intelligence artificielle, un livre massif, un véritable objet énorme, un tour de force et une radiographie de notre société. Bonjour Jean Viard. Bonjour.

Et bienvenue. C'est un grand livre sur la France que vous publiez et nos auditeurs peuvent vous interroger, réagir à votre analyse de notre société au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. On va rentrer dans le détail et dans un certain nombre de ces enjeux dont vous vous emparez dans ce sujet. On a parfois l'impression que c'est l'éternel retour du même janvier qui secoue la France ou qui caractérise l'évolution de la France. Mais allez, admettons qu'il y a quelque chose comme du neuf, comme de la nouveauté en un début d'année comme celui-ci, début d'année en 2026.

Si vous deviez pratiquer l'analyse à chaud, comment est-ce que vous qualifieriez l'ère du temps, l'ère du temps en France, ce 11 janvier 2026 janvier ?

1:48
Invité politique

Mais si vous voulez, c'est une société qui ne supporte plus la crise du politique. C'est la première revendication des gens. Avant, il y a été l'immigration ou l'inflation, il y a d'autres sujets. La première question en ce moment, c'est la scène que nous offre le politique. Mais alors on peut dire, ils sont nuls, le président Macron, etc. Mais on peut dire aussi, c'est pas ça, on peut dire, le monde a bifurqué. La culture politique était construite sur un affrontement de classe depuis la fin 19e, parce qu'avant les classes sociales, ça n'existait pas. Et on était dans une dynamique des classes sociales, parce qu'il y avait des classes sociales.

On est passé dans une société d'individus extrêmement autonomes. Au fond, on va dire, le peuple est devenu foule, pour prendre une image. Et on ne sait pas gouverner la foule.

2:29
Présentateur

Le peuple est devenu foule, qu'est-ce que ça veut dire ?

2:30
Invité politique

Le peuple a une mémoire. Les luttes ouvrières, la guerre, la résistance. La foule, c'est une immense masse de gens qui sont heureux. 89% des Français vous disent, moi ça va. Mais les autres, et alors ceux d'à côté, ça va encore, mais ceux au bout de la rue, ça ne va plus du tout. C'est-à-dire que, moi j'appelle ça une société du double proche. C'est-à-dire, vous avez ce que vous connaissez bien, et ce que vous voyez au poste. Et plus c'est différent, plus vous avez peur.

2:52
Présentateur

Avant d'entrer dans la différence entre les secteurs en crise, agriculture, médecine, et j'en passe, on va y venir. Un mot quand même sur la politique, puisqu'on démarre cette année avec la campagne des municipales, avec une crise politique majeure à la tête de l'exécutif. On a fait une petite musique qui est celle du déclinisme. C'était mieux avant. D'où ça vient ça, Jean Viard ? Est-ce que c'est nouveau ? Et comment l'expliquez-vous ? Pourquoi ça s'impose ?

3:19
Invité politique

On est le pays où, depuis presque 50 ans, vous avez un discours tenu par une extrême droite qui fait écho dans les oreilles. Je vous rappelle que le Front National, je crois que c'était créé en 1974. Et c'est devenu, bon, ça a changé de nom, mais c'est le même mouvement. C'est-à-dire l'idée quoi ? L'idée que le monde de hier, qui était appuyé sur quoi ? Qui était appuyé sur la domination des femmes, la domination de la nature, et la domination des colonies ou des immigrés, on a fait venir les coloniaux chez nous, mais c'est la même domination, c'est Donald Trump. Donald Trump en 1910, tout le monde dit la même chose. Le problème, c'est qu'on est en 2025, 26, mais dans le monde entier.

La question, elle est la même. Et on est face, effectivement, à cette transformation qui est bâtie sur deux ruptures anthropologiques gigantesques. La nature fait l'histoire, et c'est plus la politique. Et le masculin et le féminin sont en train d'exploser dans le rapport patriarcal. Les femmes sont beaucoup plus autonomes, elles font des études, elles gagnent leur vie, elles font l'amour si elles ont envie, etc. Attention, c'est pareil, c'est vrai que c'est une femme sur deux, quand vous regardez les études sur la vie intime. Il faut faire toujours très attention, ne pas... Résultat quoi ? Vous avez une contre-attaque populiste, d'extrême droite, il faut dire ce qu'elle est.

Je veux dire, masculiniste, qui veut effectivement remettre les femmes, ce à l'aider, sous la couette, qui veut remettre les immigrés, on va plutôt les faire travailler chez eux, et qui veut effectivement considérer qu'on peut forer, forer, forer toute la journée. Donc, il y a un combat qui est en train de se mettre en place, et si vous voulez, c'est passionnant, parce que moi, ce monde me passionne. Passionnant, pas désespérant. Mais pas du tout, le monde change. Vous savez, la vie, ça tourne.

Moi, j'étais jeune, mes grands-pères parlaient de Verdun, ils avaient tous les deux, sur la cheminée, ils avaient, vous savez, les culots, ils étaient dans l'artillerie, donc ils avaient gardé les culots. Mon père était dans l'artillerie en 1939. J'ai vu ces étudiants qui rentraient de l'Algérie, où ils étaient allés pacifier un pays, où ils n'avaient aucune envie de faire la guerre. Donc, moi, les discours sur aujourd'hui, ça ne va pas. Vous savez, quand je suis de mauvaise humeur, j'ai dit, écoutez, il y a eu 170 000 morts dans les guerres, dans les 64 guerres qu'il y a en ce moment sur le monde. C'est le double d'il y a 20 ans. À peu près, c'est les chiffres qu'on trouve sur Internet.

C'est une journée de la guerre de 14. La pire. La pire, la pire. Alors, d'accord, c'était des Anglais, donc on ne va pas pleurer autant, mais quand même, il y a eu 158 000 morts dans la même journée. Donc, ce n'est pas pour dire que ça va mieux, mais faisons attention au fait que l'écume du monde bouge. Donc, ça va dans tous les sens. Et on est tous paumés. Donc, le problème, c'est qu'on n'a pas de direction. Et le problème, c'est qu'il n'y a plus de récits politiques. Avant, on appartenait à une classe sociale. On était nombreux. Quand on faisait une manif, on était 3 millions, on n'était peut-être pas riches, mais on était ensemble.

Bon, aujourd'hui, quand il y a 10 000 mecs dans la rue, même 1 000, regardez les tracteurs. Hier, il y avait 670 agriculteurs. Parce que j'ai lu, peut-être qu'il y en avait un peu plus. Il y avait 42 tracteurs, je crois. Ça fait la une de toute l'actualité. Prochaine fois, je vais venir avec mon bilette. On est là, sur ces bouleversements. Mais en même temps, il faut les respecter. Parce que si les gens sont égarés, s'ils sont perdus, vous avez des nouveaux conflits. Vous avez le conflit masculin-féminin qui explose dans la question politique.

Il y a presque 20 points d'écart entre le vote des dames, plus à gauche, plus écolo, et le vote des messieurs, plus conservateur, voire carrément réactionnaire. Il y a une deuxième rupture qui naît. C'est la ville et la non-ville. Il y a 30% des gens qui habitent dans les métropoles. 70% qui n'y habitent pas. Moi, je dis tout, n'oubliez pas. 63% des enfants sont à jardin. 63% des bébés naissent hors mariage. On est sortis des institutions. Ça a légèrement baissé. On est à 58% cette année. Il y a un léger progrès du mariage, 58%. Donc, ça veut dire quoi ? On est sortis des cadres de la société industrielle précédente.

On est dans une nouvelle société numérique qui a besoin de nouvelles matières premières, qui a besoin d'énergie différente, d'énormément d'électricité, qui a énormément besoin du cerveau des femmes. Et c'est pour ça qu'elles travaillent de plus en plus et elles contribuent énormément à la recherche. Pour ça, il n'y a jamais autant de Français qui ont travaillé. Il faut toujours voir ça.

6:53
Invité

Alors, justement, vous parlez d'un monde qui est en plein bouleversement, d'une France bousculée, mais il y a des thèmes récurrents quand même dans ces 5 ans de chroniques d'actualité qu'on retrouve dans votre livre. Il y a le pouvoir d'achat, par exemple. Ça va de la hausse du prix du pétrole à la suite de la hausse du prix du chocolat. Il y a l'immigration. Il y a l'écologie. Est-ce que ça dessine une carte de nos obsessions, ou en tout cas de nos préoccupations françaises ? Je pense à l'héritage aussi, par exemple.

7:18
Invité politique

Oui, mais pas que française. Regardez, Donald Trump, sans l'inflation, il n'aurait sans doute pas été élu. Et l'erreur qu'ont fait les démocrates de faire toute leur campagne sur l'avortement, la défense de Donald Trump, qui est un droit important. Mais est-ce que c'est le cœur, dans le contexte actuel, d'une politique de gauche alors que les milieux populaires sont assaillis par l'inflation ? C'est le pouvoir d'achat. Bien sûr. C'est un sujet majeur. Des économies stupides, comme on dit. Oui, mais bien sûr. Mais si vous voulez, les prix alimentaires ont augmenté de 20%. Or, dans les milieux populaires, et c'est reste, l'inflation est terminée.

7:47
Invité

L'inflation a atterri.

7:48
Invité politique

Oui, mais 20%. Or, dans les milieux populaires, c'est 30% de la consommation des gens. Donc, si vous voulez, du coup, vous avez un bouleversement des modes de consommation, etc. Mais vous n'avez pas que ça. Si vous voulez, on est entré dans la société du numérique. Les gens commandent, et 30% des gens sont en télétravail. La culture de la jeunesse passe par Internet et les gens se font livrer. Donc, c'est un bouleversement du monde du commerce. On a vu Casino se casser la gueule. Enfin, disons, excusez-moi d'être un peu familier, mais en grande difficulté. Donc, ce monde est en plein changement et le modèle social de l'après-guerre est périmé. Il faut dire les choses simplement.

On a construit un modèle social sur le travail parce qu'il y avait énormément de travailleurs et les charges sociales portaient sur le travail. Il faut porter les charges sociales sur la consommation. Ce passage, ce que dit Antoine Fouché, ce que disent l'autre, ce qu'on fait le Danemark, c'est vers ça qu'il faut aller. Parce qu'il faut que les salaires augmentent et après, les prix vont augmenter, bien sûr. C'est un modèle de celui-là et à l'extérieur, il est clair que l'ONU de l'après-guerre, c'est-à-dire les gagnants de l'après-guerre, est périmé.

8:44
Invité

Mais ça explique aussi qu'on reste encore sur des thèmes comme celui des retraites, de cette réforme qui a eu lieu il y a maintenant un petit moment et que ça revienne en permanence dans le débat et dans les préoccupations de certains partis. Parce que le problème

8:56
Invité politique

que n'a pas compris, excusez-moi, le président Macron sur les retraites, moi je l'avais dit à l'époque, donc je le répète tranquillement si vous voulez, c'est qu'on ne veut plus, on n'a pas tous la même vie, on n'a pas tous la même durée de vie, on a des espérances différentes. Par exemple, les Français héritent en moyenne à 63 ans. Or 65%, 70% des Français font un petit héritage, etc. Il ne fallait pas mettre de limites d'âge, il fallait mettre de la durée. Si vous avez commencé à travailler à 16 ans, bon, etc. Et puis si vous voulez travailler plus longtemps, vous allez avoir une plus grosse retraite. Cette idée qu'à 64 ans tout le monde s'arrête, c'est une idée absurde.

Et c'est faux, puisqu'un tiers des gens s'arrêtent avant, de toute façon, parce qu'ils ont travaillé très jeune, un tiers continue après parce qu'ils ont fait des études. Donc c'était l'idée de mettre un chiffon rouge. Ça nous redonnait une limite, comme si la vie avait une limite. La vie n'a pas de limite.

9:41
Présentateur

La vie n'a pas de limite. On va parler de certains grands dossiers qui font l'actualité. Partons donc de la colère des agriculteurs. Vous avez longtemps travaillé sur le sujet depuis la campagne inventée en passant juste au bonheur des campagnes. Le bonheur des campagnes se môle. Cette expression paraît étonnante en ce moment quand on voit la colère des agriculteurs. Qu'est-ce que vous pensez de la mobilisation de ceux qui sont venus à Paris ou pas ? Et quoi de commun entre un paysan qui a une ferme où il élève des animaux à taille humaine et un immense céréalier qui bénéficie de la PAC et qu'on appelle non pas paysan mais exploitant agricole ?

Tous les agriculteurs ne sont pas défavorables au traité du Mercosur qui cristallise les oppositions. Vous pourtant, vous qui connaissez bien les campagnes vous y êtes favorable ?

10:33
Invité politique

Oui, si vous voulez je pense que d'un point de géostratégique politique il est indispensable on a fait un accord avec le Canada qu'on fasse un accord avec l'Amérique du Sud on ne peut pas laisser Donald Trump considérer qu'il a un précaré et ça je pense que c'est essentiel dans les équilibres internationaux parce que d'ici que le traité s'applique etc. en réalité il a peu de conséquences. Après, c'est vrai que les paysans les agriculteurs moi j'ai toujours habité à la campagne donc mes voisins c'est des fermiers je discute avec eux au bout du champ etc.

Donc je ne prétends pas être spécialiste j'ai même eu une petite ferme donc vous voyez ce n'est pas un monde qui m'est complètement étranger mais après je comprends leur souffrance parce que je veux dire cette société n'a plus de projet pour son agriculture vous savez l'agriculture ça sert d'abord à faire la guerre rappelez-vous les égyptiens mais bien sûr qu'est-ce qu'a fait De Gaulle on a déjà on va pas rendre l'histoire entière mais repartons que du gaullisme de Pisani c'était un homme remarquable que j'aimais beaucoup si vous voulez il a dit on doit garantir notre protection c'est le nucléaire et notre indépendance alimentaire la nourriture c'est d'abord l'alimentation l'alimentation c'est la guerre si vous ne pouvez pas vous nourrir regardez ce qui s'est passé pendant la dernière guerre les anglais regardez le nombre de bateaux qui ont été coulés parce qu'il fallait continuer à nourrir l'Angleterre etc etc donc on est là-dedans quelque part disons-nous on revient dans un monde de guerre de pandémie la pandémie on l'a vécu la guerre donc est-ce que l'Europe est indépendante en matière alimentaire en cas de guerre première question essentielle deuxième question si l'Europe explose est-ce que la France pourrait assurer une subsistance minimum moi c'est les deux questions que je me pose et à partir de là ça entraîne des politiques publiques or il n'y a pas de politique publique je ne critique pas la ministre elle est très bien mais ce que je veux dire c'est une politique c'est-à-dire quel est le contrat que la société propose à ses agriculteurs c'est pas aux paysans de faire la politique

12:10
Présentateur

mais parce que c'était 1978 la campagne inventée Jean Viard votre livre et en l'occurrence près de 50 ans plus tard vous dites que la campagne n'a toujours pas été inventée on n'a toujours pas fait la quatrième révolution agricole

12:23
Invité politique

parce que ça passe mais ça m'énerve chaque fois que j'ai l'occasion de parler à des présidents de la république ou des gens comme ça je leur dis mais il faut faire un quatrième pourquoi

12:30
Présentateur

et ils vous consultent

12:31
Invité politique

ça arrive disons les choses simplement n'oublions pas que la majorité des français sont allés habiter dans les campagnes 63% des français ont un jardin 4 millions à peu près 3,7 millions des bourgeoisies urbaines ont deux maisons donc c'est ça la vraie France c'est pas la France des immeubles et puis il y a les gens exclus qui n'ont ni un jardin ni une deuxième maison c'est les gens qui habitent près du périphérique essentiellement les immigrés donc la campagne aujourd'hui c'est d'abord des périurbains ensuite des résidences secondaires et 380 000 fermes au milieu qui touchent à tous ces gens là donc des problèmes de voisinage d'odeur etc et en plus les gens qui vont à la campagne ont une culture beaucoup plus écolo ils comprennent n'oublions jamais que les 63% de français qui ont un jardin ils plantent moi quand je vois un politique je lui demande toujours qu'est-ce qu'il pense de la taille des tomates j'ai encore fait ça l'autre jour avec le président du groupe socialiste au Sénat

13:19
Présentateur

vous auriez pu le faire avec Alain Baraton mais il n'est pas politique non mais je l'ai vu je l'ai vu en sortant on se connait

13:22
Invité politique

on a présidé ensemble un festival des jardins donc si vous voulez il faut bien se dire ça et donc la France est en train nos parents et nos grands-parents sont montés vers la ville et nous qu'est-ce qu'on fait massivement on se réinstalle autour de la ville pour avoir des animaux des jardins etc donc les paysans sont au milieu de tout ça et la question c'est comment on construit un modèle effectivement avec une autonomie alimentaire dans certains domaines l'Europe ne peut pas avoir des règles différentes il n'est pas admissible que les cerises qui viennent de l'étranger soit avec des produits on interdit en France et le paysan ne peut plus produire c'est absurde mais c'est le parlement qui fait ça

13:55
Invité

donc il faut des règles miroirs en tout cas c'est ce qu'avait déjà à l'intérieur de l'Europe mais vous dites que vous entendez la colère des agriculteurs il n'y a pas que le marco sourd il y a aussi la dermatose bovine la baisse des budgets de la pâte la baisse des budgets de la politique agricole commune il y a beaucoup de choses qui bouleversent ce monde là vous entendez quand même que du coup politiquement Emmanuel Macron il ne peut pas se permettre de dire je vais signer face à cette colère là face à la mise en concurrence

14:19
Invité politique

je ne suis pas président de la République et j'ai tendance à penser que le président de la République s'il n'y avait pas eu le contexte agricole il aurait sans doute fait signer le traité dans le contexte je comprends qu'il ne le fasse pas mais quand même ça donne un image de la France à l'intérieur de l'Union Européenne qui n'est plus leader des projets bon mais après je comprends l'angoisse des agriculteurs c'est pour ça que je dis la question c'est qu'on n'a pas de grandes politiques pour leur donner un avenir ils se sentent méprisés les agriculteurs

14:41
Invité

et comment vous le voyez par rapport à la FNSEA

14:47
Invité politique

vous ne découvrez pas l'importance de l'extrême droite dans notre pays était plutôt

14:51
Invité

la de droite classique on va dire et qui était le plus présent

14:54
Invité politique

je vous signale que le populisme est un phénomène périurbain l'essentiel des votes populistes dans le monde entier c'est l'immense périurbain des maisons qu'on a fait partout c'est 63% des gens qui ont un jardin ils ne votent pas tous populistes mais bon dans les villes très peu Paris est-ce que le Front National peut prendre Paris la réponse est non donc on est bien là dans une opposition très profonde et donc à l'intérieur de ça les paysans n'étaient pas les plus Front National mais il y a une partie oui y compris parce qu'ils ont l'impression qu'on ne leur donne pas d'avenir qu'on leur ferme des portes et qu'effectivement il n'y a pas de solution mais les crises sont aussi en interne on mange moins de viande les dames n'ont plus envie d'aller vivre sur des exploitations où on travaille tous les jours sur les animaux donc il y a aussi des problèmes de vie privée etc et puis il y a des problèmes de revenus donc il vaut bien sûr donc il ne faut pas se cacher de tous ces sujets là

15:37
Présentateur

Autre dossier Jean Vierre la grève des médecins qui a marqué cette semaine les médecins généralistes qui se mobilisaient notamment contre les dépassements d'honoraires et leurs limitations mais elle est symptomatique cette grève selon vous de ce que vous appelez la grande déprime française pourquoi ? Il en était déjà question en 2022 et vous aviez déjà pris position sur le sujet en écrivant que ces grèves montrent qu'il ne peut pas y avoir de société sans nos médecins les problèmes demeurent on y est sourd malgré tout les français ils se mobilisent et ils soutiennent cette révolte des médecins libéraux qu'est-ce que ça dit pour le sociologue que vous êtes ?

16:18
Invité politique

D'abord on soutient ces médecins parce qu'on n'a pas envie qu'ils arrêtent de nous soigner et c'est la première préoccupation des gens la médecine et l'alimentation donc c'est aussi pour ça qu'on soutient les agriculteurs bon après moi je n'aime pas trop le grève de médecins spontanément personnellement si vous voulez parce qu'on est dans une société mais là c'est la même chose c'est d'abord il y a un grand désarroi quand vous avez écouté depuis deux mois les débats à la chambre vous savez vous ce qu'il y a vraiment dans la loi et ce qui n'a pas été pris personne ne sait alors après est-ce qu'effectivement il faut réduire réguler davantage les congés de maladie on est dans une époque où les budgets ça existe donc comment on se pose la question de la médecine libérale et de l'autre côté de l'équilibre des budgets quand on voit l'explosion des congés de maladie excusez-moi l'explosion dans certains métiers alors c'est quand même curieux qu'il y ait des métiers où les gens sont aussi malades et c'est fragile et ils doivent engager des gens très très malades je ne donnerai pas de nom parce que je suis gentil sur le type d'emploi mais tout le monde peut les trouver sur internet

17:07
Présentateur

mais il faut imposer aux médecins d'exercer dans les déserts médicaux comme on le dit et comme vous avez longtemps analysé le sujet

17:14
Invité politique

mais il y a beaucoup d'endroits où les collectivités locales salarient les médecins créent des maisons médicales la médecine de demain c'est une médecine de groupe avec des infirmières vous avez des endroits où vous allez d'abord voir une infirmière vous lui expliquez votre problème c'est toujours la même c'est votre infirmière et ensuite quand le médecin arrive elle dit voilà que le médecin il va réduire sa consommation sa consultation et tout il faut modifier nos rapports mais évidemment qu'il faut respecter la médecine telle qu'elle est dans sa liberté mais on ne peut pas renvoyer tous les gens notamment sur les urgences des hôpitaux parce que sinon ils sont complètement saturés donc tout ça doit faire débat mais c'est surtout une inquiétude pour moi je mets le même dossier que la paysannerie la société politique est en crise les gens ne savent pas où on va parce qu'on est passé d'une société qui allait vers le progrès et la lutte des classes à une société qui va vers la guerre écologique et effectivement un nouveau rapport en matière première donc une nouvelle géographie et c'est ça qui fait Trump quand il veut aller au Groenland il n'aurait pas voulu aller au Groenland il y a un siècle donc si vous voulez ça veut bien dire que la géographie politique se refait en fonction des matières premières en fonction des voies de la communication vous savez pendant la pandémie on a tous vu que l'idée d'avoir un fournisseur à l'autre bout de la planète ça posait problème et donc on repense la guerre et la pandémie donc on repense la géographie du monde le problème c'est de le faire de manière démocratique et de ne pas laisser mais la logique par exemple de Trump au Groenland elle est compréhensible après il peut le faire autrement qu'en disant je vais prendre le Groenland mais qu'effectivement ils dealent avec eux bien sûr

18:38
Présentateur

alors il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur l'application Radio France il y a plusieurs questions qui concernent la politique Dominique qui vous dit il y a une solution pour calmer le peuple c'est l'exemplarité il y a des solutions d'autres qui suggèrent par exemple de refaire passer le peuple devant les urnes ou aux urnes en tout cas organiser des élections législatives anticipées c'est une idée qui est dans l'air du temps qu'est-ce que vous en pensez est-ce qu'il y a une fatalité finalement à ce désenchantement politique que nous traversons

19:13
Invité politique

il n'y a pas une fatalité mais si vous voulez en gros la moitié

19:16
Présentateur

vous restez optimiste

19:17
Invité politique

ben oui mais attendez le monde n'est pas totalement tragique même s'il y a des enfoirés aux Etats-Unis qui suppriment les recherches sur les vaccins et qui jettent les livres des librairies et des bibliothèques et qui font partir leurs meilleurs savants récupérons les savants américains la vie c'est ça la vie c'est changement on a un programme pour ça

19:34
Invité

d'ailleurs

19:34
Invité politique

mais on est là pour ça très bien non mais je veux dire après si vous voulez quand le monde tourne la société a bifurqué dit Pierre Vels le monde a bifurqué donc quand c'est comme en voiture quand vous tournez avec du gravillon vous dérapez bon et après vous retrouvez votre axe on est dans le moment où on dérape le problème c'est que le rôle des politiques c'est qu'ils ne le racontent pas ils ne mettent pas en récit cette histoire il faut leur qu'ils donnent le sentiment qu'ils savent qu'on est en train de tourner et que le virage est un peu difficile or ils s'engueulent entre eux comme si on était il y a 30 ans c'est totalement ridicule je vous rappelle une chose 90% des accords sont signés par tous les syndicats dans les entreprises le conflit capital-travail n'est plus central je ne dis pas qu'il existe plus il est secondaire et les politiques ils s'entretuent comme si on était encore en 40

20:13
Invité

et la méthode ça peut être aussi de faire planer une menace de dissolution comme ça a été le cas par le premier ministre ces derniers jours on apprend dans la tribune dimanche que le résultat de la convention citoyenne sur les temps de l'enfant ne va pas être mis en oeuvre avant 2027 il y a aussi ceux sur la convention sur la fin de vie qui sont bloqués à l'Assemblée nationale c'est vrai que consulter les français consulter cette foule que vous décrivez ça avait été fixé comme un objectif par Emmanuel Macron l'année dernière lors de ses voeux et pour l'instant on n'entend pas on ne voit pas les résultats comment ça peut être perçu en fait par les citoyens

20:46
Invité politique

les gens disent on nous prend pour des cons excusez-moi parce qu'il y a des gens qui bossent ce qu'ils font est vachement bien d'ailleurs la première convention sur l'écologie aussi le président Macron a eu des idées à ce niveau-là original après il a fait l'erreur de dire je vais prendre tout ce que vous proposez non il y a des choses qui ne rentrent pas dans le cadre légal etc mais c'est tellement la fin de vie travail magnifique l'école travail magnifique juste une chose de l'école remettons les travaux manuels à l'école moi j'ai fait du bois du fer de la cuisine et du coup j'ai construit ma maison j'ai réparé ma voiture il faut donner l'autoproduction domestique comme revenu complémentaire au milieu où ils peuvent le redonner

21:18
Présentateur

alors il y a de nombreuses questions et on n'aura pas le temps de les aborder puisque c'est la fin de cet entretien janvier mais qui concerne l'écologie des auditeurs et des auditrices qui se demandent pourquoi l'écologie n'est pas une priorité vous aviez écrit un livre l'individu écologique pour montrer le triomphe de l'individu et je renvoie donc à ce livre que vous publiez une France bousculée et c'est intéressant aussi de voir le sociologue s'affronter à des questions comme l'intelligence artificielle justement et à ce monde qui n'est plus fait de chair et de sang et d'émotion mais de quelque chose qui toucherait plutôt aux algorithmes et aux calculs une France bousculée c'est illustré par Pascal Lemaitre Jean Viard c'est publié aux éditions de l'Aube excellente journée et bonne année merci d'avoir été l'invite merci

22:00
Invité politique

bonne année à vous