25/11 - Interview d'Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, sur France Info.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tout de suite, Agathe Lambret reçoit Olivier Faure. France Info Soir, l'invité, Agathe Lambret.
Bonsoir Olivier Faure.
Bonsoir Agathe Lambret.
Vous êtes premier secrétaire du Parti Socialiste. Marine Le Pen l'a redit ce matin en sortant de son rendez-vous avec le Premier ministre à Matignon. Si le budget reste en l'État, l'ERN votera la censure. Votre censure, donc celle déposée par la gauche, est-ce que vous vous en félicitez ?
Mais moi je ne me félicite jamais de ce que peut dire ou pas l'ERN. Je les vois virevolter. La réalité de ce gouvernement, c'est qu'il ne doit en réalité son existence qu'à la bienveillance du Rassemblement National. Que pendant le débat parlementaire, quand les députés du bloc libéral étaient absents, c'était les députés du Rassemblement National qui faisaient le boulot à leur place pour repousser un certain nombre de mesures, notamment fiscales, sur les plus riches. Et donc je découvre cette nouvelle position du Rassemblement National qui est certainement liée au déboire judiciaire de Marine Le Pen. Et donc je sais que ce qu'elle dit un jour ne peut pas être vrai le lendemain.
Vous doutez qu'elle aille au bout ?
Je ne sais pas si elle aille jusqu'au bout. Je ne commande pas en fait ces décisions parce que je les sais en réalité incertaines. Et je vois que depuis le début, elle était celle qui a favorisé à chaque instant l'existence de ce gouvernement. Je vous rappelle que la raison pour laquelle le Front Populaire n'a pas été appelé à Matignon, c'était parce qu'elle avait annoncé ainsi que les macronistes qu'ils censuraient d'entrée de jeu un gouvernement qui serait dirigé par un membre du Front Populaire.
Les responsabilités sont partagées, on peut le dire. Mais juste, vous seriez parfaitement à l'aise, vous le Parti Socialiste, vous qui avez une culture de parti de gouvernement, si jamais le RN joignait ses voix au vôtre. Est-ce que vous seriez à l'aise ?
Marguerite Lombré, qu'est-ce que je viens de vous dire ?
Je viens de vous dire que depuis trois mois,
qu'est-ce qu'ils font les députés d'extrême droite ? Ils ne cessent de mêler leur voix à celle de la Macronie. Est-ce que ça a gêné quelqu'un ? Est-ce que vous avez le sentiment que ces gens qui se sont prétendus barrage pendant le temps... Il ne s'agit pas de faire comme eux, il s'agit de dire que moi je sais ce que je crois et quand je vote par exemple la censure, je le fais pour des raisons qui me sont propres. Et j'en attends de personne qu'ils me rejoignent.
Mais vous savez que le PS est divisé ? Je ne crois pas, non. Sur le fait que le RN vote avec le PS ?
Mais pas du tout. Il n'est pas divisé. Nous avons, s'il y a un 49-3 qui est déposé par Michel Barnier, si l'adoption ne se fait pas dans les règles qui devraient être celles qu'il devrait s'imposer à lui-même puisqu'il est un gouvernement minoritaire, et bien effectivement nous déposerons ensemble une censure.
Et ensuite, parce que vous voulez faire tomber Michel Barnier, vous avez publié une tribune pour dire que vous le censuriez avec le NFP, mais vous ne dites pas ce que vous ferez ensuite. Est-ce que vous êtes prêt à déclencher une crise politique majeure, voire une crise financière ? C'est ce sur quoi alertait Edouard Philippe, l'ancien Premier ministre, l'autre jour.
Vous ne croyez pas qu'on a un peu le dos large là ?
Il y a de la dramatisation et l'exagération ?
Mais ce n'est pas seulement de l'exagération, c'est qui nous a mis dans cette situation-là ? Qui a dissous ? Qui a refusé la tradition républicaine ? Qui ensuite a refusé toute forme de compromis à l'Assemblée ? C'est nous ou c'est eux ? C'est eux.
Mais alors, c'est une raison pour provoquer le chaos ? Vous n'avez pas de plan ?
Vous ne pouvez pas avoir cette façon... Le gouvernement ne peut pas procéder ainsi, il ne peut pas dire, au fond, c'est tout mon programme, rien que mon programme, alors que c'est un gouvernement minoritaire. Il est composé de qui ? Il est composé de gens qui ont été sanctionnés à trois reprises par les Français, et on a mis à la tête de ce gouvernement un Premier ministre qui lui-même est issu de la formation politique, qui a fait le plus mauvais score aux élections législatives. Et on voudrait nous dire à nous que nous sommes responsables quand nous ne le suivons pas.
Eh bien non, je le dis, quand j'ai été élu, ou plutôt réélu par mes concitoyens, je l'ai fait sur la base d'un projet, je l'ai fait sur la base d'une conviction. Et donc, quand ces convictions sont blessées par ce que le gouvernement entend faire, effectivement, la seule arme dont je dispose, c'est la censure.
Mais quel est votre projet derrière, Olivier Faure ? Parce qu'au sein du nouveau programme, vous n'êtes même pas d'accord sur ce que vous feriez. Ensuite, Boris Ballot, par exemple, président du groupe PS à l'Assemblée, voudrait, en cas de censure, proposer à tous les présidents de groupe de l'arc républicain, donc hors rassemblement national, de poser la question des conditions d'une non-censure de celui ou celle qui succéderait à Michel Barnier. Qu'est-ce que ça signifie exactement ?
Mais d'abord, ce n'est pas nouveau. J'ai ramené pour vous un courrier que je ne vais pas lire, mais qui date du 12 août. Le 12 août, les quatre présidents de groupe du Front populaire, avec Lucie Casté, ont adressé un courrier à l'ensemble des présidents de groupe de l'arc républicain. En leur disant quoi ? En leur disant, nous savons que nous avons été placés en tête par les Français, mais que nous ne sommes pas majoritaires absolus. Et c'est la raison pour laquelle nous chercherons forcément des compromis texte par texte. Le 22 août, Olivier. Le 12 août. Le 22 août.
C'est-à-dire un moment après les élections, vous avez commencé par dire le programme, rien que le programme.
Non, Jean-Luc Mélenchon avait dit tout le programme, rien que le programme.
Il se trouve que vous étiez dans la même alliance que Jean-Luc Mélenchon.
Dans la même alliance, ça ne veut pas dire que... Enfin, le rassemblement, ce n'est pas l'alignement. Et donc, moi, ce que j'ai dit, et ce que nous avons répété ensuite, c'est que nous étions prêts et disposés au compromis. J'ai un autre courrier qui est la tenue du 22 août, qui est signé cette fois-ci par tous les chefs de partis, et qui dit très explicitement que nous souhaitons rompre avec la logique d'un camp contre un autre et travaillerons ensemble pour construire l'avenir du pays et financer les services publics. Quoi de plus clair ?
Nous avons toujours... Et pourtant, vous ne souteniez pas Bernard Cazeneuve qui avait cette ligne-là d'élargir au centre et de discuter avec d'autres groupes et d'autres partis.
Nous n'avons ni soutenu ni empêché Bernard Cazeneuve. Nous avons simplement dit que notre question n'était pas de savoir qui, mais pourquoi faire. Et à ma connaissance, peut-être que vous avez plus de renseignements que moi, moi, je ne sais toujours pas quelle est la base du projet que Bernard Cazeneuve mettrait en œuvre si il était Premier ministre. Il ne s'est jamais adressé ni au Front populaire, ni aux Français pour leur dire quel était son projet personnel.
Mais alors, aujourd'hui, concrètement, ce que propose Boris Vallaud, c'est quoi exactement ? C'est créer un nouveau socle social-démocrate, élargir, parler avec les macronistes, par exemple ?
Que viens-je de vous dire ? Je viens de vous dire que nous avons...
Non, mais concrètement, vous êtes prêts à discuter avec les macronistes.
Mais concrètement, quand nous sommes... Si nous étions demain matin au gouvernement, que se passerait-il ? Aurions-nous une majorité absolue à l'Assemblée ? La réponse est non. Et donc, pour tous les textes que nous voudrions faire passer, il faudrait forcément que nous cherchions le compromis. Et c'est ce que nous avons dit dès le départ. Nous sommes évidemment favorables à l'idée de trouver des convergences. Et donc, si c'est additionné aux 193 voix du NFP, X voix qui viendraient de la majorité précédente et donc de l'arc républicain, nous y sommes évidemment favorables. Nous sommes prêts. Et d'ailleurs, ce ne serait pas complètement un événement.
Pendant le débat budgétaire, vous avez un certain nombre d'amendements qui ont été adoptés avec les voix de certains membres de la droite. Je prends l'exemple des superdividendes. C'est un sujet qui a été porté. Vous parlez de sujet très ponctuel,
mais se mettre d'accord sur un projet de gouvernement pour gouverner dans les mois à venir, comme l'évoque Boris Ballot, c'est un peu différent. Jean-Luc Mélenchon accuse le PS d'être en train d'organiser un nouveau socle commun.
Oui, mais Jean-Luc Mélenchon, il dit ça parce qu'il a une autre visée. C'est que lui, il cherche une élection présidentielle anticipée et cherche à faire porter la responsabilité d'un échec du NFP sur ses partenaires. Ce n'est pas ce que je fais. Moi, je suis favorable au rassemblement de la gauche.
Il joue l'explosion du NFP. Jean-Luc Mélenchon, c'est dans son intérêt ?
C'est ce que je crois aujourd'hui. Je le vois jour après jour monter au créneau contre ses partenaires en expliquant qu'il serait responsable d'un rassemblement d'alliance ou je ne sais quoi. Moi, ce que je dis, c'est que je suis prêt à ce que les 193 voix des députés du nouveau Front populaire se voient adjoindre d'autres voix pour permettre d'avancer. Quel était le sens du courrier du 12 juillet, signé par les présidents du groupe ? C'était de prendre 5 points seulement sur lesquels nous étions prêts à avancer avec tout le monde. Sur les services publics, l'hôpital, l'éducation, la sécurité du quotidien.
Faire en sorte aussi que nous puissions avancer sur le pouvoir d'achat des Français et sur la réforme des retraites. Voilà, ces sujets-là, ils sont sur la table.
Vous pouvez vous mettre autour de la table avec les macronistes, les LR aussi, tous les partis de l'arc républicain et discuter de cette feuille de route.
Ils sont prêts à avancer vers plus de justice sociale, écologique, parce qu'il faudra aussi s'engager sur la voie du combat, de la lutte déterminée contre le réchauffement climatique. Sur tous ces points-là, tous ceux qui sont prêts à nous rejoindre sont les bienvenus. Et si c'est comme ça que nous arrivons à faire avancer le pays, nous le ferons. Moi, ce que je veux...
En proposant Lucie Casté à Matignon comme vous aviez fait la dernière fois, c'est ce que je veux dire avec lui.
Je ne veux pas rejouer à ce jeu-là. Si Lucie Casté est nommée à Matignon, je dirais bravo au président de la République. Mais je sais aussi qu'en France, il y a une seule personne qui nomme le Premier ministre et c'est le président de la République. Donc, je ne vais pas jouer pendant un mois, un mois et demi, deux mois et faire comme si c'était de nous que venait cette responsabilité-là. On a essayé de le faire, ça n'a pas fonctionné. Donc maintenant, c'est au chef de l'État lui-même de s'exprimer. C'est à lui de dire comment il va faire parce que celui qui nous a mis quand même dans cette situation-là, c'est le chef de l'État.
Par la dissolution, par son déni démocratique et maintenant, par le refus du compromis. Donc, à lui maintenant de s'exprimer, à lui de dire ce qu'il entend faire, à lui de dire comment il sort les Français de cette situation de crise dans laquelle il nous a fait rentrer collectivement.
Avant d'en arriver là, Olivier Faure, il n'y a plus aucune chance pour éviter la censure de la part du Parti Socialiste. Les socialistes sont reçus mercredi par Michel Barnier. Est-ce que s'ils faisaient telle ou telle concession, vous pourriez revoir votre volonté de voter la censure ?
Si le Premier ministre accepte l'idée qu'il n'est pas majoritaire absolu et qu'il y a des votes au Parlement, et qu'il y a eu des votes nombreux au Parlement, et qu'il y a même des amendements nombreux des socialistes, mais aussi du Fonds populaire, mais aussi du MoDem, même de LR, qui ont été adoptés sur l'exitac, sur les superdividendes, sur un certain nombre de sujets qui ont permis de renflouer les caisses de l'État, et non pas, comme je l'entends souvent dire, c'est pas 35 milliards de plus, c'est 35 milliards de moins dans les poches des Français, et 35 milliards qui sont effectivement pris dans les poches de ceux qui ont les moyens de payer.
Eh bien, s'il est prêt à avancer sur ces questions-là, moi je suis prêt à regarder.
Donc vous écouterez, il y a peut-être un ou deux sujets sur lesquels, si vous obteniez des gages...
Il faut que ce soit significatif, il faut qu'ils entendent qu'il y a eu un vote le 7 juillet. Moi je ne comprends pas comment, à chaque fois, on ne revient pas à ce qui est l'essentiel dans une démocratie. La souveraineté populaire exprimée très directement par les Français. Ce qui m'exaspère au plus haut point aujourd'hui, c'est d'être... Quand je rentre dans la circonscription, quand je vais n'importe où en France, les gens me disent, ça sert à quoi de voter, si on n'est jamais entendu ? On a voté. On a voté. Et donc il y a eu un résultat net. Et donc maintenant, il faut tenir compte.
Les insoumis ont déposé une proposition de loi visant à abroger le délit d'apologie du terrorisme, du code pénal. Cette loi, c'est la gauche qu'il avait votée en 2014. Au moment où on vient de commémorer les attentats du 13 novembre, où les actes antisémites explosent en plein procès de l'assassinat terroriste de Samuel Paty, est-ce qu'une limite a été franchie ? Une de plus ?
Cette abrogation est absurde. Bien sûr que, évidemment, les insoumis nous disent, mais vous vous rendez compte que ce chef d'inculpation, comme on le disait autrefois, a permis de sanctionner des gens qui étaient simplement dans le débat public et qui n'avaient pas l'apologie du terrorisme. Et donc, s'ils avaient dit qu'il faut mieux définir, mieux circonscrire ce qu'est l'apologie du terrorisme, alors, ils auraient pu être entendus. Ce n'est pas ce qu'ils ont fait.
Ils ont simplement décidé d'abroger cette incrimination et ils n'ont même pas réintroduit, alors qu'ils le disent verbalement, ils n'ont même pas réintroduit dans leur proposition de loi, cette incrimination dans la loi sur la presse. Et donc, il y a là une erreur politique, une faute politique majeure, qui fait que, bien sûr, que nous ne soutiendrons jamais cette proposition de loi qui n'aurait jamais dû intervenir à ce stade. Cette provocation est parfaitement inutile.
Provocation inutile, mais c'est tout, ça n'ira pas au-delà, parce que Jérôme Gage, le socialiste, sur X écrit à propos des insoumis, ils se sont donc perdus dans l'ambiguïté, douze euphémismes de leur rapport au terrorisme, qui commencent par le communiqué indigne le 7 octobre, puis l'incapacité délibérée à le dénoncer comme tel, et aujourd'hui, la proposition des pénalisations de l'apologie du terrorisme, naufrage. On parle de valeurs, là, peut-être plus encore que d'erreurs politiques. Est-ce que, au lieu de dire oui, mais... Ce n'est pas oui, mais... Enfin, jusqu'à quand vous allez accepter les provocations comme ça ?
Tout à l'heure, vous disiez vous-même que Jean-Luc Mélenchon jouait l'explosion du NFP.
Oui, mais précisément... Est-ce que les patentes s'émancipent ? Mais moi, je suis précisément favorable, depuis toujours, au rassemblement de la gauche. Le rassemblement de la gauche, ce n'est pas forcément être aligné sur Jean-Luc Mélenchon. C'est parler aux Françaises et aux Français qui ont besoin d'une gauche rassemblée pour pouvoir l'emporter, et pour pouvoir, enfin, mettre un terme à la politique qui conduit depuis 7 ans.
Mais avec cette gauche-là, vous voulez vous rassembler ?
Mais je ne cherche pas. Vous, le socialiste ? Mais je viens de vous dire, à l'instant, que je ne voterai jamais cette proposition de loi. Simplement, moi, je cherche à me rassembler avec ces femmes et ces hommes de gauche qui, partout en France, nous interpellent et nous demandent de gagner pour pouvoir, enfin, réformer ce pays. Voilà ce que je cherche.
Donc, avec les insoumis ?
Mais ça dépend avec qui vous parlez. Moi, ce que je vous dis, c'est que cette proposition, je ne la voterai pas. Je considère que c'est une erreur, que c'est même une faute contre l'esprit, que c'est une idiotie, et que ça n'a pas besoin de figurer parmi les propositions du NFP. Ça n'est d'ailleurs pas une proposition du NFP. Et donc, pour moi, c'est simple. Le programme, il a été défini. Ce n'est pas dans le programme. Et c'est une erreur que de l'avoir proposée.
Merci beaucoup, Olivier Faure, d'avoir répondu aux questions de France Info.
Olivier Faure