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interviewBFMTV· 21 mars 2025 17 min

Défense, retraites, gouvernement... La prise de parole en intégralité de François Bayrou

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Est-ce qu'il est important à quelques jours avant un sommet à Paris ? Vous êtes venu aussi mettre la pression sur l'industrie pour faire encore plus au niveau de l'armement ?

0:06
François Bayrou

Vous voyez bien le moment qu'on est en train de vivre. C'est un moment de basculement qui est très impressionnant. De basculement parce que les risques deviennent de plus en plus évidents et aussi parce que l'ensemble de la défense européenne, dont une grande partie, celle de nos partenaires, s'équipait aux États-Unis, se trouve évidemment déséquilibrée par le changement d'attitude du président américain et des autorités américaines.

Et donc on se trouve devant une responsabilité qui est une responsabilité impressionnante, qui est de pouvoir, avec l'industrie française et on espère des partenaires, ici industrie franco-allemande, fournir des équipements, des armes, des équipements de sécurité et d'armement, comme ici, pour des risques plus importants et des quantités beaucoup plus importantes. Le travail qui avait été fait pendant des décennies avec l'industrie d'armement française, et ici une tradition qui a 250 ans, ce travail avait été fait sur la qualité des armes, l'originalité des armes. Et maintenant, il faut trouver la capacité de produire, c'est-à-dire des quantités beaucoup plus importantes.

Ça nécessite des remises à niveau des entreprises. C'est exactement ce qui est en train de se faire ici chez KNDS, de manière qu'on puisse faire face aux demandes, aux besoins, aux exigences de la défense et de la sécurité française et européenne. Vous voyez, c'est un basculement. On avait un travail de recherche, un travail de production de pointe et on se trouve maintenant devant la nécessité de produire aussi bien avec des qualités équivalentes, une précision équivalente et qu'on puisse fournir suffisamment de matériel pour qu'on fasse face aux besoins.

2:21
Présentateur

Comment évoquez-vous, M. le Premier ministre, les affaires de défense avec le président de la République qui est chef des armées ?

2:29
François Bayrou

Le plus naturellement possible. Le président de la République, c'est le chef et le responsable de la défense nationale du pays et le gouvernement est là pour suivre les orientations et participer au grand choix avec une très grande facilité. C'est absolument naturel. Le ministre de la Défense était déjà ministre de la Défense dans les gouvernements précédents. Non, le ministre des armées s'appelle comme ça maintenant. Le ministre des armées était déjà ministre des armées dans le gouvernement précédent.

Et quant à moi, je me suis toujours intéressé aux questions de défense, pas comme un responsable gouvernemental, mais comme quelqu'un, comme un citoyen qui essaie de suivre les grands enjeux du pays. Et donc je suis très intéressé par tout ce qu'on a vu ici d'armement, d'industrie, de précision, de fourniture de matériel. L'armement qui est développé ici, c'est parmi les meilleurs du monde. Le canon à 2500 coups minutes, c'est le plus rapide du monde. Et le César, c'est un des canons, un des armements les plus réputés sur la planète. Et donc je me suis toujours intéressé à ça. Et c'est fascinant de voir cet incroyable moment de bascule, le moment où ce qu'on craignait se réalise.

Les raisons pour lesquelles, depuis le général de Gaulle, la France a bâti son indépendance en matière de sécurité et d'armée. Ces raisons-là, c'était le général de Gaulle, disait tout le temps, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et donc on ne peut pas compter sur des alliés dont on sait que jamais ils n'auront d'accident. Eh bien si, des accidents arrivent. Et c'est ce qui met la totalité de l'industrie de défense sous pression aujourd'hui.

4:32
Présentateur

Concrètement, qu'est-ce que vous attendez d'entreprises comme KNDS, mais comme MBDA dans cette région ?

4:36
François Bayrou

Ce que j'attends, on en parlait avec M. Chamussy, ce que j'attends, c'est une qualité équivalente et une capacité de produire plus, plus vite, avec un rythme qui sera différent. Et aussi, il ne faut jamais oublier ça, il pense aussi aux armements du futur. Il ne s'arrête pas. Il ne s'arrête pas à la production actuelle. Il pense aux armements du futur. Vous avez confiance, justement, par rapport à ce que vous avez dit ? J'ai absolument confiance sur la capacité. Après, il reste une question à traiter. C'est le financement de cet immense effort, immense effort européen, et dont évidemment chacun de nos pays, et la France en particulier, devra prendre sa part.

Mais vous avez vu, l'Allemagne vient d'annoncer un effort colossal pour participer à ce réarmement. Et la France va évidemment y participer. Mais nous, ça fait des décennies qu'on y participe. Si j'ose dire, la France a un avantage. Je dis ça avec prudence. Un avantage, c'est qu'elle a préfinancé une très grande partie de cet effort.

5:49
Locuteur non identifié

— Il y aura-t-il des économies en contrepartie, des économies budgétaires ? On en parle depuis si on est au Sénat.

5:55
François Bayrou

— J'ai eu beaucoup de prédécesseurs. Mais aucun qui s'est trouvé devant une situation budgétaire aussi difficile que la nôtre. Alors je vais pas vous dire ni que c'est facile ni que c'est accessible. Je peux simplement vous dire qu'on y travaille beaucoup et que c'est notre responsabilité. Mais il y a pas un Français, j'imagine, qui ne sait pas ce que je suis en train de vous dire, c'est-à-dire la difficulté incroyable, extrême de ce que représente à la fois le déséquilibre qui, au cours des décennies précédentes, a constitué une dérive. On a laissé glisser la situation budgétaire du pays, ses déficits et sa dette.

— Et s'il y a un homme politique en France qui s'est, sur ce sujet, engagé un peu de manière, j'allais dire, presque obsessionnelle, c'est moi. — On parle de neuf ni un. — Oh Dieu, je veux pas vous dire de chiffres. D'abord parce qu'on est en train de les mettre au point. Et ensuite parce que tout le monde voit bien ce que ces chiffres pourraient signifier. Mais on n'a pas le choix. L'Allemagne a décidé de mettre 500 milliards. 500 milliards. Et donc ça veut dire 500 000 millions d'euros. 500 milliards pour ce réarmement-là.

Nous devrons faire face à la même obligation dans des proportions différentes, puisque, par exemple, pour ne prendre que nos armes de dissuasion nucléaire, on les a financées au travers des décennies. C'est un effort national que la France a fait. Peut-être pourra-t-elle le partager avec ses voisins qui allégeront un peu notre charge. Mais tout ceci, c'est des discussions avec les gouvernements.

7:51
Présentateur

— M. Bayrou, Bruno Rotaillot vient de fêter ses 6 mois à Beauvau. Il se fait plus discret sur le sujet de l'Algérie. Est-ce que vous l'avez demandé ? Est-ce que vous êtes satisfait de son action ?

8:00
François Bayrou

— Non, pas du tout. Moi, j'ai constitué un gouvernement qui est un gouvernement avec des personnalités que j'estimais et dont je savais qu'elles étaient différentes entre elles, mais qu'on pourrait constituer, construire une ligne directrice pour le gouvernement. Et chacun des ministres qui sont au gouvernement, je suis satisfait de son travail. Et Bruno Rotaillot, au ministère de l'Intérieur, évidemment aussi au premier chef, parce que vous voyez à quel point les positions qu'il défend sont des positions qu'un grand nombre de Français soutiennent. Et moi, je suis là pour assurer la cohésion du gouvernement, la solidarité gouvernementale.

Il n'y a pas de gouvernement s'il n'y a pas de solidarité gouvernementale. Et ces sensibilités-là que j'apprécie chacune d'entre elles... Vous savez que c'est la première fois qu'il y a un Premier ministre qui a dit à chacun des ministres qu'il ne relierait pas ses interviews. Je fais confiance à ceux qui sont autour de moi. Et honnêtement, si je n'avais pas fait confiance, il ne serait pas au gouvernement. Donc, sur le dossier algérien, chacun s'exprime avec sa manière de parler. Mais le dossier algérien, il est très simple. Je l'ai exprimé moi-même. C'est que lorsqu'on a des accords privilégiés avec un pays, il faut que ces accords soient respectés.

Et que même, ça crée une ambiance de respect mutuel.

9:22
Locuteur non identifié

— Et aux 100 jours ? Ça correspond aux 100 jours à un matin. Vous en faites, mais ça ? Quel point positif ?

9:28
François Bayrou

— On a réussi quelque chose d'extrêmement difficile, c'est-à-dire de doter la France d'un budget. Je vous rappelle qu'il y a 3 mois, il n'y avait pas de budget pour le pays, pour la première fois depuis 60 ans. Il n'y avait pas de budget pour l'action publique. Il n'y avait pas de budget pour la sécurité sociale, pour le financement de la sécurité sociale, santé et retraite. On a réussi ça. Deuxièmement, on a fait adopter un certain nombre de lois pour Mayotte, par exemple. On a fait adopter, ce qui était très difficile, la loi d'orientation agricole. Et j'adresserai cet après-midi à tous les présidents de commissions et de groupes de l'Assemblée nationale et du Sénat.

Je leur adresserai le programme du gouvernement pour les semaines qui viennent. Et vous allez voir, c'est un programme extrêmement chargé parce que la ligne que j'ai arrêtée, c'est... On va affronter tous les problèmes dont on identifie, dont on sait qui sont pour le pays des problèmes cruciaux. On n'en laissera aucun de côté. Et on va prendre des problèmes aussi différents que l'école, que la santé, les déserts médicaux. On va prendre les questions qui touchent à la simplification pour chacun d'entre nous. On va prendre évidemment les questions de financement. Et tout ça sur le fond de l'effort exceptionnel de défense que nous devons rencontrer. Et on ne laissera aucune question de côté.

11:01
Locuteur non identifié

Avec une méthode ?

11:02
François Bayrou

Vous voyez bien la méthode de ce qu'elle est. C'est-à-dire qu'on associe le plus largement possible, mais on évite, on n'élude aucun sujet.

11:13
Locuteur non identifié

Au risque qu'il y ait des partenaires qui sont à table des négociations parfois ?

11:17
François Bayrou

Vous voulez parler des retraites ? Bon, écoutez, je le crois. Et les organisations syndicales et les représentants des entreprises se sont réunies hier. Alors maintenant, il y a une différence. C'est qu'avant, on savait qu'il y avait un certain nombre d'organisations qui avaient envie de quitter la table. Elles ont donc saisi, on va dire, une raison ou un prétexte pour le faire. Et maintenant, il ne reste que les organisations qui avaient envie de déboucher. Et elles vont elles-mêmes définir leur programme de travail. Et elles le font sans que le gouvernement intervienne. Si elles trouvent un accord, ce que j'espère prendra en compte cet accord.

Si elles ne le trouvent pas, c'est la loi antérieure qui s'appliquera. Mais je suis sûr qu'il y a des améliorations possibles. En tout cas, je le crois. Pour une raison profonde, et spécialement dans les temps difficiles qu'on vit, cette raison profonde, c'est qu'il faut que toute la société prenne sa part. Je n'aime pas l'idée selon laquelle. C'est les politiques qui décident et les autres sont condamnés soit à obéir, soit à organiser des manifestations et refuser les accords.

Je trouve que la démocratie sociale, ce qu'on appelle la démocratie sociale, c'est-à-dire les salariés, les entreprises, les familles, les associations, tout cela ont leur place dans un moment aussi difficile que le nôtre. Et croyez-moi, je connais la difficulté.

12:50
Locuteur non identifié

Il peut y avoir un impact sur l'âge de départ ?

12:51
François Bayrou

— Mais le travail a été fait pour qu'il puisse y avoir des adaptations. Et je suis tout à fait... À condition, une seule condition, que tout le monde a acceptée, enfin tous ceux qui sont autour de la table à accepter, c'est que financièrement, ça soit équilibré. Parce qu'il ne peut pas y avoir une retraite par répartition, c'est-à-dire payée par les cotisants, si le système n'est pas financièrement équilibré. Sans ça, on se trouve devant quelque chose qui est pour moi insupportable, qui est immoral, qui est, j'allais dire, horrible humainement. C'est que ceux qui bénéficient des avantages font payer les avantages par les jeunes qui arrivent.

Les gens qui sont au travail, comme vous, et puis ceux qui vont arriver, les générations plus jeunes et les enfants à naître. Et on dit « c'est vous qui paierez ». Ceci, pour moi, est humainement impossible. J'ai dit souvent que lorsque vous recevez un héritage de vos parents, et que cet héritage est criblé de dettes, vous avez le droit de refuser l'héritage. Mais si vous êtes une nation, vous ne pouvez pas refuser l'héritage. Si vous êtes une nation, vous êtes bien obligés de prendre ce que la génération précédente vous laisse.

Et encore une fois, j'ai passé des décennies dans ma vie à essayer d'alerter sur le risque que représentait une dette qu'on allait laisser aux enfants ou aux plus jeunes. Ceci, pour moi, est une obligation de résultat.

14:32
Présentateur

Vous avez été concentré ?

14:33
François Bayrou

Ah ben, un peu plus que ça. Vous voyez bien, on est à un moment de basculement qui a deux caractéristiques. La première, c'est qu'on est devant des chantiers de centrales nucléaires nouvelles, qui sont des chantiers très exigeants, qui coûtent très cher, sur lesquels il y a un certain nombre de difficultés qui se rencontrent. Et puis, il y a une deuxième question. C'est quelle est la place et le prix de l'électricité pour les usagers et surtout pour les entreprises ? Et donc, on a de ce point de vue-là des débats. Et M. Fontana, qui va être le nouveau président de DDF, c'est le patron de Framatome, c'est-à-dire ceux qui ont joué un rôle dans la filière nucléaire très importante.

C'est un industriel, c'est-à-dire qu'il a l'habitude de diriger des équipes, d'accélérer des chantiers. Et donc, le choix qui a été fait, c'est un choix pour projeter EDF vers l'avenir. Et naturellement, le président d'EDF sortant, M. Raymond, a eu aussi sa part de responsabilité pour moderniser l'entreprise. Et c'est dans cette ambiance et dans ce climat que ce changement a lieu. Ce changement, il est dirigé vers la place de l'électricité dans l'économie et dans la société française. — Non, je pense pas que ce soit d'une minute à l'autre. La protestation des industriels, elle est d'hier et encore de ce matin, peut-être. Et cette réflexion a été conduite.

Mais vous voyez qu'il y a là un symptôme de ce qu'est la place de l'électricité pour les foyers et pour les entreprises. Il n'y a pas de développement. L'énergie dans l'économie moderne, c'est vital, j'allais même dire. C'est crucial. Et donc, le choix que le gouvernement soutient depuis longtemps, c'est une électricité abondante, propre et pas trop chère. Et c'est sur ce choix-là que s'est fait la nomination de Bernard Fontana.