Stéphane Travert : "Si on interdit de façon brutale le glyphosate, on remet en cause l'agroécologie"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:17OuverteRéponse directe
Quelle sera la position de la France ce matin ?
- 1:22OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui va se passer ce matin à Bruxelles ?
- 2:17RelanceRéponse partielle
Comment est-ce qu'on peut influencer la politique européenne quand même en France on n'arrive pas au sein du même gouvernement à parler d'une seule voix ?
- 3:47FerméeÉludée
Est-ce que le glyphosate aujourd'hui, oui ou non, est dangereux pour la santé ? Est-ce qu'il provoque des cancers ?
- 3:58FerméeRéponse partielle
Vous avez encore des doutes sur la question ?
- 5:23FerméeÉludée
Vous pouvez dire aujourd'hui à tous ceux qui nous écoutent qu'il n'y a pas de risque pour la santé à vivre, par exemple, à côté d'un champ où l'on met du glyphosate ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:19Invité politiquePromesse
« La France votera non comme elle s'y était engagée depuis le 20 juillet et comme elle l'avait fait déjà en 2016. »
- 0:27Invité politiqueFait
« La France votera non parce que nous considérons, le gouvernement considère aujourd'hui que de reconduire pour 10 ans le glyphosate sans nous permettre de regarder comment nous pouvons trouver des alternatives n'est pas la bonne solution. »
- 1:04Invité politiquePromesse
« nous allons travailler en France à l'élaboration d'un calendrier de sortie progressive du glyphosate. »
- 1:23Invité politiqueFait
« Si il y a une majorité pour le non, le produit au 31 décembre 2017 sera interdit, la licence tombera et il restera 18 mois pour écouler les stocks. »
- 2:50Invité politiqueFait
« des rapports contradictoires sur la question, il y en a quelques-uns. »
- 4:37Invité politiqueFait
« aujourd'hui, ce produit est utilisé par beaucoup d'agriculteurs. »
- 4:43Invité politiqueFait
« les usages de ce produit commencent à être, je dirais, en mode réduction. »
- 4:50Invité politiqueFait
« Il est déjà interdit aujourd'hui dans l'utilisation... Dans les jardins publics, notamment. »
- 6:24Invité politiqueFait
« Si on l'interdit de façon brutale, demain, on remet en cause tout ce qui a mis en place l'agroécologie. »
- 6:46Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui, on arrive à utiliser un litre de glyphosate par hectare. »
- 7:11Invité politiqueFait
« C'est ce que disait la semaine dernière l'EFC Que Choisir. »
Temps de parole
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- Présentateur17 %
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Bonjour Stéphane Travers, ministre de l'agriculture et de l'alimentation. L'Europe décide aujourd'hui de l'avenir du glyphosate, l'herbicide le plus vendu au monde que l'OMS considère comme un produit probablement cancérogène pour l'homme. Quelle sera la position de la France ce matin ?
La France votera non comme elle s'y était engagée depuis le 20 juillet et comme elle l'avait fait déjà en 2016. La France votera non parce que nous considérons, le gouvernement considère aujourd'hui que de reconduire pour 10 ans le glyphosate sans nous permettre de regarder comment nous pouvons trouver des alternatives n'est pas la bonne solution. Nous ne pouvons pas nous permettre aujourd'hui devant ce dont vous parlez, l'avis de l'OMS, que ce produit puisse être reconduit pour 10 ans et sans que nous ne fassions rien pendant ces 10 années. On ne peut pas se retrouver dans 10 ans en se disant il ne sera rien passé et nous n'aurons pas cherché d'alternative possible à ce type de produit.
Et donc aujourd'hui la France votera non et demain, et parce que le Premier ministre nous l'a demandé, nous allons travailler en France à l'élaboration d'un calendrier de sortie progressive du glyphosate.
La France votera non à une prolongation de 10 ans, il semble d'ailleurs qu'il n'y ait pas de majorité aujourd'hui en Europe pour cette prolongation. Qu'est-ce qui va se passer ce matin à Bruxelles ?
Qu'est-ce qui se passe ? Si il y a une majorité pour le non, le produit au 31 décembre 2017 sera interdit, la licence tombera et il restera 18 mois pour écouler les stocks. Donc si le vote est majoritaire sur le oui, ce que je ne crois pas, le glyphosate sera reconduit pour 10 ans.
Par contre s'il n'y a pas de majorité qualifiée, c'est-à-dire 65% de la population européenne et d'un certain nombre d'États membres, et bien là la commission pourra de nouveau remettre sur la table une proposition et vous avez entendu comme moi hier que le Parlement européen a fait une proposition de substitution de date si j'ose dire et peut-être que la commission aura envie là de remettre sur la table un nouveau vote, une nouvelle décision.
Et j'ai envie de dire c'est là que ça se complique Stéphane Travers, la commission européenne dit 7 ans, Nicolas Hulot dit 3 ans, vous dites 7 ans vous aussi, Matignon dit rien. Comment est-ce qu'on peut tout simplement aujourd'hui influencer la politique européenne quand même en France on n'arrive pas au sein du même gouvernement à parler d'une seule voix ? Si nous parlons d'une seule voix. 3 ans, 5 ans, 7 ans, c'est pas une seule voix.
Nous parlons d'une seule voix. Aujourd'hui il y a des analyses. Aujourd'hui moi je m'appuie comme ministre sur la science et le droit. Moi je ne sais pas quel est le bon délai.
Je vais vous dire quelle science et quel droit parce que des rapports contradictoires sur la question, il y en a quelques-uns.
Et c'est pour ça que nous avons saisi l'ANSES, nous avons saisi l'INRA, nous demandons à ce que la recherche publique soit complètement mobilisée pour trouver ces alternatives. Ça devient nécessaire aujourd'hui. Parce que si vous voulez, nous sommes dans une situation où aujourd'hui il m'est impossible de vous dire en combien de temps, à ce stade, nous pourrions sortir de l'utilisation du glyphosate. Et malgré les efforts que font les agriculteurs pour diminuer l'utilisation de ces pesticides. Mais pour autant, nous avons besoin d'avis scientifiques. L'INRA pourra répondre à la commande, les instituts techniques également.
Et donc nous allons fonder notre choix sur ce que nous dirons les instituts techniques et l'INRA. Et à partir de là, nous pourrons définir ce calendrier de sortie en tenant compte de la nécessaire transition à laquelle les agriculteurs auront besoin pour sortir de l'utilisation de ce produit. Stéphane Travers, est-ce que le glyphosate aujourd'hui, oui ou non, est dangereux pour la santé ? Est-ce qu'il provoque des cancers ? Mais aujourd'hui, moi, je ne suis pas un scientifique, monsieur. Moi, il ne m'appartient pas de vous dire aujourd'hui...
Vous avez encore des doutes sur la question ?
Il y a, mais il faut toujours douter. Et moi, de toute façon, je ne... Quand l'Organisation Mondiale de la Santé nous place parmi les cancérogènes probables, vous doutez des conclusions de l'OMS. Mais je ne doute pas des conclusions de l'OMS. Je les prends pour ce qu'elles sont. C'est un avis qu'il convient de prendre pour ce qu'il est. C'est un avis sérieux, bien évidemment. Mais ce que nous souhaitons... Mais ce n'est qu'un avis. Mais c'est un avis. Et ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est de nous appuyer sur un certain nombre de données qui doivent nous permettre... Parce que l'objectif que nous portons tous, il est commun. C'est de sortir de l'utilisation de ce produit.
Mais comme vous le savez, aujourd'hui, ce produit est utilisé par beaucoup d'agriculteurs. D'ailleurs, les usages de ce produit commencent à être, je dirais, en mode réduction. Puisque pour les particuliers, ce sera interdit à partir du 1er janvier 2019. Il est déjà interdit aujourd'hui dans l'utilisation... Dans les jardins publics, notamment. Dans les collectivités, les jardins publics, vous avez raison. Et aujourd'hui, nous devons accompagner les agriculteurs dans cette transition. Et aujourd'hui, il faut savoir que les agriculteurs, lorsqu'ils utilisent ce produit, ils l'utilisent avec un certificat phytosanitaire. Ça veut dire aussi qu'ils ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent.
Parce qu'on entend aussi beaucoup de choses. Moi, je suis ici pour défendre l'agriculteur. Mais défendre aussi la santé des agriculteurs. Et bien évidemment, la santé de nos concitoyens. Et les agriculteurs, lorsqu'ils utilisent ce produit, avec ce certificat phytosanitaire, on sait pertinemment quelles sont les doses qu'ils utilisent.
Vous pouvez dire aujourd'hui, Stéphane Travers, à tous ceux qui nous écoutent, qu'il n'y a pas de risque pour la santé à vivre, par exemple, à côté d'un champ où l'on met du glyphosate ?
Mais monsieur, moi, il ne m'appartient pas de vous dire ça parce que je ne suis pas un scientifique. Moi, je fais de la politique et je gère un très beau ministère. Et il m'appartient d'appuyer mes décisions.
Mais dans ce dossier, vous n'êtes que la voix des agriculteurs.
Il ne m'appartient de prendre des décisions que sur la science et sur le droit. Les agriculteurs vous disent, aujourd'hui, on ne peut pas s'en passer parce qu'il n'y a pas d'alternative au produit. Et bien, moi, ce que je dis, c'est parce qu'il y a un caractère de dangerosité qui a été mis en place, qui a été mis sur la table et que je ne conteste pas, bien évidemment, parce que la santé de nos concitoyens, elle m'importe énormément. Mais regardons comment nous pouvons accompagner les agriculteurs à diminuer l'utilisation de ce produit jusqu'à ce que nous ayons trouvé et résolu les impasses techniques auxquelles nous faisons face aujourd'hui.
Stéphane Traver, il se passe quoi si demain matin, on interdit le lyphosate en France ? L'agriculture s'effondre vraiment ? Il y a 15% des agriculteurs qui vivent sans ?
Aujourd'hui, si on l'interdit de façon brutale, demain, on remet en cause tout ce qui a mis en place l'agroécologie. Aujourd'hui, on travaille beaucoup sur ce qu'on appelle la couverture des sols. J'étais la semaine dernière dans l'Aube voir des producteurs qui travaillent sur la couverture des sols. Aujourd'hui, on arrive à utiliser un litre de glyphosate par hectare. Et c'est nécessaire aujourd'hui, quand on fait la couverture des sols, d'utiliser un peu de glyphosate pour, je dirais, finir de tuer les mauvaises herbes. Ça évite de retourner les sols, on fait travailler les vers de terre. Ça, c'est l'agroécologie qui a été mise en place dans le quinquennat précédent.
Et nous devons encourager ces pratiques. Et donc, nous devons continuer...
La consommation d'herbicides en France a augmenté de 18% en 5 ans.
C'est ce que disait la semaine dernière l'EFC Que Choisir. Mais regardons aujourd'hui...
Donc, on n'est pas dans un usage raisonnable, raisonné aujourd'hui des pesticides.
Mais essayons ensemble. Moi, je suis là pour faire en sorte que nous puissions trouver les moyens les plus simples pour faire en sorte que l'on se désengage progressivement de cette utilisation. L'objectif, il est commun pour tout le monde. Mais aujourd'hui, nous savons qu'il y a des agriculteurs, qu'il y a des entreprises qui utilisent ce type de produit. Faisons en sorte que l'on puisse réduire cette utilisation sans mettre en péril aussi un certain modèle économique. D'un mot, Stéphane Travers, quel est le poids des lobbies dans ce dossier ? Est-ce qu'ils sont chaque matin devant votre bureau ? Non, monsieur. J'ai déjà répondu à cette question. Les lobbies ne sont pas devant mon bureau.
Lorsque j'étais parlementaire pendant 5 ans, je ne les ai jamais reçus. Parce que ça ne m'intéresse pas. Je ne les reçois pas parce que je n'ai pas à le faire. Et ici, au ministère, je n'ai pas à le faire non plus. Je ne connais pas les gens qui travaillent et qui traitent de chez Monsanto. Je ne les connais pas. Je ne les vois pas et je ne les recevrai pas. Moi, je suis au ministère de l'Agriculture. Je gère aujourd'hui ce beau ministère. J'essaie de faire en sorte de monter l'agriculture française en gamme. J'essaie de faire en sorte que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail et qu'on soit aussi très précautionneux sur leur santé.
Et je mets tous les moyens en œuvre pour parvenir à ce résultat.
Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture, avec nous jusqu'à 9h sur France Inter. Vos questions, c'est juste après la revue de presse. Le standard de France Inter est ouvert 0145 24 7000. Merci.
Stéphane Travert