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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 27 juin 2021 27 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalInstitutions & électionsImmigration & asile

Élection d'Ebrahim Raïssi en Iran / fin de l'ère Netanyahou en Israël : nouvelle donne au Moyen-Orient ?

Au micro : Émilie AubrySource d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 2:13OuverteÉludée

    Est-ce que vous voulez rencontrer le président des Etats-Unis afin de régler les problèmes entre vos deux pays ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:27InvitéFait
    « Ebrahim Raisi, vêtu d'une cape et d'un turban noir, comme il se doit pour un mollah chiite descendant du prophète Mahomet, est sorti vainqueur de ce qui n'était pas tant une élection présidentielle qu'une désignation par le guide suprême Khamenei »
  • 4:31InvitéFait
    « il y a un consensus fort entre réformateurs et conservateurs sur l'idée que le problème numéro un, l'enjeu numéro un qui réunit tout le monde, parmi les dirigeants, et parmi la classe politique iranienne, c'est de sauver la République islamique »
  • 9:29InvitéFait
    « c'est tout à fait frappant de voir ce qu'un pays est prêt à infliger à sa propre population pour se doter de l'arme nucléaire »

Temps de parole

  • Invité26 %
  • Invité 224 %
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0:04
Présentateur

France Culture, l'esprit public, Émilie Aubry

0:07
Invité

Ce n'était pas du tout une surprise en Iran le week-end dernier, Ebrahim Raisi, vêtu d'une cape et d'un turban noir, comme il se doit pour un mollah chiite descendant du prophète Mahomet, est sorti vainqueur de ce qui n'était pas tant une élection présidentielle qu'une désignation par le guide suprême Khamenei, qui avait verrouillé les candidatures à l'avance pour garantir l'absence de modérés et la victoire de son supputé dauphin ultra-conservateur, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour une population déjà passablement privée de liberté.

En revanche, en ce qui concerne l'allègement des sanctions qui pèsent sur la population, notamment depuis les années Trump, les indicateurs ne seraient pas forcément au rouge, tant le pouvoir iranien sait que pour acheter la paix sociale, il lui faut améliorer avec l'Occident la situation économique d'un Iran, par ailleurs durement touché par la pandémie de Covid.

Sauf qu'on se demandera ce matin quel genre d'accord durable pourraient trouver Téhéran et Washington, dès lors que les conservateurs de la République islamique entretiennent la détestation de l'Amérique et n'entendraient, selon les experts, ni renoncer à soutenir différents groupes armés dans la région, Syrie, Liban, Yémen, Irak, ni cesser le développement du programme de missiles. Pendant ce temps en Israël, une page importante s'est tournée ces dernières semaines, la fin de l'ère Netanyahou, un règne de 12 ans, marqué par une politique populiste, belliqueuse et corrompue.

Son successeur, Naftali Bennett, n'est pas lui-même franchement ouvert sur la question palestinienne, c'est le moins que l'on puisse dire, mais il dirige une coalition très large, plus large, où sont présents la gauche et les Palestiniens, tandis qu'une alternance est prévue pour le poste de Premier ministre. Le centriste Yair Lapid, actuel ministre des Affaires étrangères, devant prendre la relève à mi-mandat. Singulier paysage politique, donc, dont nul n'attend à ce jour de miracle ou de changement majeur dans la gestion de la crise israélo-palestinienne, redevenu conflit de première intensité en mai dernier.

Reste maintenant à observer ce curieux duo israélo-iranien, Bennett Raisi, acteur clé d'une équation moyenne orientale, qui reste comme toujours pleine d'inconnus.

2:13
Présentateur

Est-ce que vous voulez rencontrer le président des Etats-Unis afin de régler les problèmes entre vos deux pays ?

2:18
Locuteur non identifié

Non. Toute négociation qui garantit les intérêts nationaux sera certainement soutenue. Mais nous ne lirons pas les moyens de subsistance de notre peuple à toutes ces discussions. Et nous ne permettrons pas que les négociations se fassent pour le plaisir de négocier.

2:40
Invité

Ebrahim Raisi, le nouveau président iranien, Bertrand Badi, lirant ce pays que vous connaissez particulièrement bien, puisque vous êtes franco-iranien, comment voyez-vous les choses pour les jours et les semaines à venir ? Comment un accord pourrait survenir ou une reprise de dialogue, puisque c'est l'expression diplomatique, dès lors qu'on entend à l'instant les propos d'Ebrahim Raisi, et que l'on sait que les Etats-Unis et la France ont averti Téhéran vendredi dernier que le temps pressait pour sauver l'accord. Ils ne voudront pas tergiverser.

Alors, comme toujours, on simplifie de manière abusive en essayant de projeter des catégories qui nous sont familières ici en Occident sur la complexité de la situation propre à l'Iran, en particulier du Moyen-Orient en général. Et notamment, ça fait maintenant 40 ans que l'on essaye de décrypter la complexité du sujet iranien en opposant conservateurs et réformateurs. C'est trompeur. C'est trompeur pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il y a plusieurs variants, pour employer un terme à la mode, de conservateurs. Et il y a plusieurs variants de réformateurs.

Parce que, d'autre part, comme souvent dans les régimes autoritaires, les logiques de clan l'emportent sur les alignements idéologiques. Mais surtout pour deux raisons absolument fondamentales qui ne sont pas véritablement décryptées, surtout la seconde, par les observateurs occidentaux. La première, c'est qu'il y a un consensus fort entre réformateurs et conservateurs sur l'idée que le problème numéro un, l'enjeu numéro un qui réunit tout le monde, parmi les dirigeants, et parmi la classe politique iranienne, c'est de sauver la République islamique. Et là, il y a un consensus qui va de M. Zarif jusqu'à M. Laissi ou l'Ayatollah Khamenei.

Et surtout, une chose que nous ne voulons pas voir parce que ça nous gêne, nous autres occidentaux, c'est que l'Iran a pour projet stratégique, dirait certains, d'être reconnu comme puissance régionale. C'est, je dirais, la restauration du vieux nationalisme iranien. Un nationalisme qui est très ancien en Iran, les fameux 2500 ans d'existence de l'Iran, qui étaient vantés déjà à l'époque du Shah, qui s'est transformé aujourd'hui sur une face plus, je dirais, adaptée au contexte international actuel, c'est-à-dire dans ce grand Moyen-Orient qui est un peu le cratère du monde.

L'Iran est, avec la Turquie, peut-être, mais de façon moins nette, avec l'Arabie saoudite, l'une des puissances régionales. Donc, appelée à accomplir une fonction de régulation. Et là aussi, il y a un consensus qui va d'un point extrême à l'autre. Alors, à partir de là, et c'est peut-être une autre erreur qui a été commise, on a considéré que pour avoir un accord style celui du 14 juillet 2015, il fallait s'appuyer de toutes ses forces sur les réformateurs, il fallait encourager les réformateurs, et se méfier, contenir, endiguer les conservateurs. Mais c'est une erreur, c'est une illusion.

C'est une illusion parce que si le guide que l'on taxe de conservateurs n'avait pas voulu de cet accord en 2015, il n'aurait pas eu lieu, cet accord. Donc, il y a eu un consensus. Et avec cette idée que, finalement, l'ouverture à l'Occident est un moyen de pérenniser, d'un certain point de vue, la République islamique, d'abord sur le plan économique, et puis aussi sur le plan de sa banalisation. Et peut-être aussi, en se faisant enfin reconnaître, et ce droit à la reconnaissance, je crois, est tout à fait légitime, comme puissance régionale. Et donc, quand les Occidentaux, et notamment M.

Trump, en son temps, voulait rajouter la question des missiles et la question de, entre guillemets, l'intervention de l'Iran dans les champs conflictuels Moyen-Orientaux, évidemment, il faisait tout capoter. Parce qu'une puissance régionale, vous n'allez pas lui dire restez à l'intérieur de vos frontières. Et dit l'Iran, très logiquement, que celui qui n'a pas péché jette la première pierre. Est-ce que l'Arabie Saoudite n'intervient pas ? Est-ce que la Turquie n'intervient pas ? Est-ce que, en son temps, la Syrie et l'Irak n'intervenaient pas ? Est-ce que l'Égypte n'intervient pas ? Est-ce que le Qatar n'intervient pas ?

Donc, effectivement, il y a là tout un problème de mise en ordre qui sera réglé sur le mode pragmatique. Moi, je pense que cet accord va avoir lieu parce que les deux parties, États-Unis et Iran, en ont absolument besoin. On est tout simplement dans la phase finale que l'on connaît bien dans les logiques de tractation autant occidentale qu'orientale, c'est-à-dire faire monter au maximum la pression pour avoir l'accord le plus favorable. Alors, comment il peut réellement se passer cet accord, Thomas Gomart ?

Dès lors qu'on a entendu Ebrahim Raisi dire un nom clair et net à la possibilité de rencontrer le président américain, et dès lors qu'on a le sentiment qu'il y a des lignes rouges de part et d'autre qui sont absolument et parfaitement incompatibles, Bertrand nous rappelait à l'instant cette ligne rouge des missiles et des ingérences étrangères, comment il peut sortir quelque chose de ces lignes rouges-là absolument incompatibles ? D'abord, deux remarques. La première, dans le prolongement de ce que vient d'exprimer Bertrand Badi, le sujet, c'est la construction d'un système régional de sécurité incluant l'Iran, l'Arabie Saoudite, la Turquie.

Et c'est au fond ce qui semble impossible à réaliser et ce qui doit nous conduire, à mon avis, très vite, à éviter le face-à-face Israël compte tenu de la nature du nouveau gouvernement avec une coalition, à mon avis, aussi très fragile et également l'élection de Raisi en Iran. C'est-à-dire que tout est quand même en place pour la continuation d'une guerre qui ne dit pas son nom entre l'Iran et Israël avec des sabotages extrêmement réguliers, avec le rôle du Hamas, etc. Donc moi, ça c'est le premier point. Je pense que le vrai sujet, c'est la construction d'un système régional de sécurité sur un principe d'équilibre des puissances, au fond.

Alors ça me conduit à la deuxième remarque, c'est que pour moi, l'Iran est quand même l'archétype du retour du stratégique. Pourquoi ? C'est tout à fait frappant de voir ce qu'un pays est prêt à infliger à sa propre population pour se doter de l'arme nucléaire et à quel point c'est le fil rouge, même antérieur à 1979. Précisément pour pouvoir se sentir en sécurité dans un environnement qui ne l'est pas. Et au nom du nucléaire, nous avons, à mon avis, une très forte convergence entre les différents courants et les variants qu'évoquait Bertrand, mais c'est le fil rouge du régime iranien. Et ce projet nucléaire me semble être, au fond, la colonne vertébrale.

Et y renoncer serait, d'une certaine manière aussi, à mon avis, très dangereux pour le régime iranien. Donc ça, ça me paraît très important de le rappeler parce que nous sommes, à mon sens, rentrés dans ce que certains appellent le troisième âge nucléaire. Le premier âge, c'était la guerre froide, et le deuxième âge, c'était le désarmement nucléaire post-chute du mur de Berlin. Et puis le troisième âge, c'est le fait qu'il y a des régimes qui continuent à investir et qui, en fait, se construisent là-dessus. Et ce qui montre bien, à mon avis, le caractère tout à fait central, ce que les Européens ne doivent pas, à mon sens, oublier. Alors, qu'est-ce que ça peut donner en termes d'accords ?

Effectivement, la configuration, de manière peut-être contre-intuitive, est plutôt bonne. C'est-à-dire que ça ne peut être qu'un dur qui arrive à obtenir l'accord côté iranien. Et côté américain, il y a aussi un investissement, une allocation des ressources qui rendent les choses possibles. Qu'est-ce que ça veut dire ensuite, à proprement parler, je pense que l'Iran, et ça bute visiblement là-dessus, pour ce que j'ai pu dire dans la presse, sur des questions, en fait, de centrifuges très sophistiqués. C'est-à-dire que la question, les négociateurs disent aux Iraniens, ça, il ne faut pas que ça reste chez vous, mais que ça soit mis dans un pays tiers.

Et évidemment, pour les Iraniens, c'est l'aboutissement d'années d'investissement, de guerres secrètes, etc. C'est ce qui est le plus sensible. Et donc, la question, c'est de savoir jusqu'à quel point les choses sont présentées comme faisant de l'Iran une sorte de puissance juste sous le seuil. Je pense que c'est ça qui peut être en train de se discuter. Alors, il y a le retour du stratégique, et puis il y a la réalité de ce que vont vivre les populations iraniennes. Est-ce qu'en effet, il y a un distinguo subtil ou qui n'existerait plus, Bertrand Baddy, entre les réformateurs et les conservateurs ?

Écoutons ces propos recueillis de jeunes Iraniens par la rédaction de France Culture, il y a quelques jours.

11:56
Locuteur non identifié

Les choses qui sont interdites, on les fait. Par exemple, on n'a pas le droit de fumer de l'herbe, mais ici, tous les jeunes le font. En ce moment même, je suis en train de vous parler et je ne suis pas à l'aise. Je ne peux pas tout dire. Nous n'avons pas la liberté de parler ici. Pas du tout. La situation économique est très difficile depuis quelques années. Les jeunes autour de moi n'ont aucun espoir.

12:29
Invité

Voilà, des propos recueillis par la rédaction de France Culture il y a quelques mois et non quelques semaines, Christine O'Krent. Est-ce qu'on mesure vraiment ce que signifie, Christine, être jeune et vivre en Iran aujourd'hui, à l'été 2021 ? Sûrement pas. Sûrement pas, d'autant que nous venons de parler à propos de la Hongrie, des droits LGBT. Je crois que ce que l'on ne comprend pas et qui est absolument effroyable pour qui connaît l'extraordinaire richesse de cette culture et de cette société, c'est que le pays est pantelant, la société est exsangue. La moitié de la population iranienne serait sous le seuil de pauvreté.

Il n'y a pas seulement la Covid qui frappe là encore plus durement qu'ailleurs dans la région. Il y a l'impact des sanctions et la corruption. La corruption qui joue entièrement au bénéfice des factions au pouvoir, des gardiens de la révolution. Ce monsieur Raïssi qui ne prendra ses fonctions, je crois, qu'en août et dont le gouvernement ne sera nommé qu'à l'automne, ce qui donnerait un calendrier relativement élargi pour les négociations, même si Bertrand Baddy le rappelait à juste titre, le vrai patron des négociations, c'est le guide suprême. Le président lui-même, quel qu'il soit, n'a pas la main sur ce genre de choses. Mais donc, c'est véritablement un régime qui pousse son peuple.

Il y a eu des manifestations violentes, des tirs à balles réels à l'automne 2019. Donc, la société iranienne semble véritablement à bout. En ce qui concerne les ambitions et la réalité de la puissance régionale exercée par Téhéran, il y a, me semble-t-il, en ce qui concerne les relations avec Israël, deux éléments absolument saisissants. D'abord, le fait que ce gouvernement israélien, dont on souligne la fragilité, eh bien, il a pu être constitué grâce à Téhéran, d'une certaine manière, puisque le parti islamiste, qui ne fait pas partie du gouvernement, mais qu'il soutient, c'est ce parti islamiste, sa participation qui a permis cette coalition.

Et bien évidemment, ce parti islamiste n'aurait pas bougé un cil sans l'approbation de Téhéran. Et l'autre élément, me semble-t-il, intéressant à rappeler, c'est que le Hezbollah, donc le bras armé tout-puissant de Téhéran au Liban, et qui joue d'ailleurs au Liban un rôle national, indépendamment de sa suggestion à Téhéran, le Hezbollah n'a pas tiré un seul missile pendant la guerre de Gaza au mois de mai. Ce qui était évidemment un signal de la part de Téhéran de sa volonté de maintenir les négociations à Vienne. Donc, la subtilité, il ne faut pas oublier que les Iraniens, enfin les Perses, ont inventé le jeu d'échecs. Et donc, c'est une culture d'une sophistication extrême.

Mais la nature même de la République islamique, pour sa propre survie, est en fait l'oppression de son peuple, d'abord. Et l'enjeu véritable, c'est évidemment la succession du guide suprême, qui a 82 ans, et c'est là où Ebrahim Raisi, qui a été son élève, et qui serait donc son élu, si j'ose dire, est probablement un personnage auquel il va falloir se familiariser. S'habituer et compter durablement.

Vous vouliez réagir, Bertrand Badier, à ces propos de jeunes Iraniens qu'on entendait tout à l'heure, qui expliquent au fond que dans cet Iran-là, il n'y a plus que deux solutions, la transgression au péril de leur vie, tellement il y a d'interdits, ou l'exil, parce qu'il n'y a aucune perspective. Oui, vous avez bien fait d'introduire cette séquence, parce que, bon, c'est un peu mon refrain sur tous les sujets, le social va plus vite que le politique. Surclasse le politique, et effectivement, cette transgression, elle est devenue presque la règle, même si ça a une connotation d'oxymore.

C'est-à-dire que le compromis entre le politique et le social, il se trouve dans cette acceptation tacite de la transgression. C'est quelque chose d'extrêmement important, qu'on ne trouve pas spécialement en Iran, qu'on trouve un peu partout. dans le monde. Mais, il y a un élément, aussi, de transaction entre le social et le politique, qui est extrêmement important en Iran, qui est la force symbolique de la reconnaissance. C'est un peuple nationaliste, c'est un peuple très ancien dans l'histoire, et c'est un peuple qui souffre d'avoir été relégué et marginalisé pendant des siècles et des siècles, le 19e et le 20e siècle, étant le moment paroxystique de la chose.

Et donc, ce besoin d'être reconnu, il crée les bases d'une alliance permanente entre le politique et le social, même si, par ailleurs, la tension est très forte. Et donc, en jouant de cet argument très simple, mais pourquoi Israël a le droit à la bombe, et pas nous, le pouvoir fait l'unanimité, y compris dans les oppositions, qui ont tous soutenu cette idée. Et je voudrais quand même ajouter quelque chose, c'est qu'on est entré, Thomas Gomart a raison de dire qu'on est entré dans un troisième âge, on est entré dans l'âge, en ce qui concerne, en tous les cas, la région, de la contre-dissuasion.

Du style, nous savons très bien que nous n'aurons pas un usage stratégique de l'arme atomique, mais si vous ne nous reconnaissez pas, si vous ne nous admettez pas comme puissance régionale, et bien, pour vous embêter, nous allons construire cette arme atomique. Vous connaissez bien cette population iranienne, Bertrand Baddy, qu'est-ce qui compte le plus, qu'est-ce qui prime, est-ce que c'est cette rancœur vis-à-vis d'un pouvoir qui a tué toute liberté, ou est-ce que c'est ce sentiment de ne pas être reconnu comme une grande puissance ?

Mais je crois que les deux éléments se croisent, et que justement, le pouvoir s'est très habilement joué sur ce que d'aucuns appelleraient un argument nationaliste, mais ce n'est même pas ça, c'est l'argument de la reconnaissance, du grand effacement d'un passé de dominé et d'humilier, c'est ça qui est la seule possibilité d'union entre la base et le sommet, si je puis m'exprimer ainsi, top-down, et c'est la seule possibilité pour ce régime de survivre. Donc il y a une bataille symbolique qui est énorme, et quand le président Macron dit en tous les cas, nous sommes tous d'accord pour que l'Iran n'ait pas la bombe, mais qu'est-ce que ça veut dire ?

Qui a le droit de décider qu'Israël peut l'avoir et que l'Iran ne peut pas l'avoir ? Ça, 99,5% des Iraniens le disent. Même si la nature du régime intervient sans doute dans ce genre de propos. Je vous fais remarquer que le seul usage de l'arme atomique, ça a été par une démocratie. On a aussi envie de comprendre ce matin avec vous, Thomas Gomart, où en est l'influence iranienne dans la région, Syrie, Liban, dont parlait Christine tout à l'heure, Irak, et pourquoi a-t-on aussi le sentiment d'un apaisement ? En tout cas, il est mis en scène avec le royaume saoudien.

Alors, il y a eu un moment très important à mon sens pour l'évolution du régime iranien, c'est l'assassinat de Gérald Soleimani sur le territoire irakien, pardon, janvier 2020 par les Etats-Unis. Ça, ça renvoie à l'élément, à la matrice du régime qui est l'hostilité que vous mentionniez, j'allais dire fondamentale avec les Etats-Unis. Personne n'a oublié le début, la prise d'otage de l'ambassade des Etats-Unis. Et donc, on a un contentieux qui est en fait la matrice du régime. Et côté américain, les rares tentatives pour le lever, on les doit à Barack Obama qui avait eu cet entretien avec le président Rouhani. Et puis, tout cela a été évidemment démonté par l'administration Trump.

Alors, sur l'aspect ensuite de... Pourquoi je mentionne Soleimani ? Parce que c'était l'homme, c'était vraiment une des personnalités les plus fortes, très auditaires et qui était, je dirais, même avait une popularité extrêmement forte qui peut-être lui donnait aussi un destin... Proche de celle d'un dirigeant. Un destin politique national. Et c'est l'homme qui, au fond, a construit cette influence régionale. Évidemment, au Liban, via le Hezbollah, on l'a dit. C'est quoi le Liban ? Ça veut dire que l'Iran veut être une puissance présente en Méditerranée orientale et l'est à la fois par le Hezbollah et l'est également en termes navals.

C'est-à-dire que les Iraniens sont présents en Méditerranée orientale via la Syrie et donc tout le soutien apporté au régime de Bachar el-Assad avec toute la complexité de la relation dans ce soutien avec Moscou. En Irak, au fond, la grande conséquence de l'intervention anglo-américaine, c'est le fait que l'Iran exerce une influence en Irak dont l'Iran n'aurait jamais espéré pour pouvoir la retrouver ou l'exercer. Et puis, on ne l'a pas mentionné, mais le Yémen également qui est le terrain d'affrontements indirects entre l'Iran et l'Arabie Saoudite.

Alors, pour répondre à cette question pourquoi il y a ces signes de reprise, je ne dirais pas de dialogue encore, mais de reprise de contact entre l'Arabie Saoudite et Téhéran avec probablement la réouverture des ambassades, c'est que l'Arabie Saoudite se retrouve elle-même dans une situation critique sur le plan économique, a besoin d'ouverture et bénéficie je dirais aussi d'une capacité à mon sens à participer directement à cette construction d'un système de sécurité régional. Donc, ça c'est plutôt source de, comment dirais-je, ça montre à mon sens que le jeu est en train d'évoluer.

En guise de conclusion, Christine O'Krent, on a beaucoup dit ces dernières années que le conflit israélo-palestinien était retombé au rang de ce qu'on appelle en géopolitique un conflit de basse intensité ou de second rang et que ce qui primait désormais, c'était dans la région la rivalité entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. Est-ce que cette nouvelle donne politique à la fois en Iran et en Israël change la donne inverse cette priorité ou non ? Je ne parlerai pas d'une nouvelle donne politique en Iran. Je veux dire, le régime perdure. Il change, enfin, un bonnet noir va succéder à un bonnet blanc mais c'est l'homme du guide suprême. Donc ça, ça ne change pas.

Il faut d'ailleurs rappeler en écho de ce que vient de dire Thomas que la figure du général Soleimani a été brandie à hauteur d'affiches de 5 mètres. On voyait Soleimani embrassant sur le front Ébrahim Raisi. Donc cela reste effectivement une figure tutélaire. Donc là, non. Mais il me semble qu'il y a un nom propre qui n'a pas été prononcé bizarrement au cours de ces dernières minutes. C'est Joe Biden. Ce qui change évidemment et en particulier les relations entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, c'est le fait que M. Trump, comme dirait notre ami Bertrand, n'est plus là. Il n'est plus là. Il n'est plus là.

Et s'agissant de l'Irak, c'est tout à fait intéressant ce qui se passe en Irak avec d'ailleurs des attentats menés contre des forces américaines qui restent stationnées. Enfin, les quelques bases où il y a encore des forces américaines. Au moment où les États-Unis se retirent de l'Afghanistan, ce qui sera aussi la grande affaire de l'été, je crois, c'est qu'en fait le Premier ministre irakien semble être une personnalité qui a une autre envergure et une autre marge d'action par rapport à Téhéran. Donc oui, ce théâtre régional conserve, je crois, une importance stratégique immense et notamment pour nous en Europe. et il ne faut pas oublier et on voit le timide retour en grâce de M.

Erdogan à l'occasion du sommet de l'OTAN et des négociations sur la Libye récemment. On voit à quel point tout ce jeu reste étroitement imbriqué et à quel point il faut que nous-mêmes le surveillons avec l'attention qu'il mérite. Complexe jeu d'échecs bien résumé. Merci beaucoup Christine O'Krent, Bertrand Baddy et Thomas Gomart d'avoir été nos visiteurs du dimanche cette semaine. Merci à Marine Beccarelli qui comme toujours a préparé avec moi cette émission. Luc Jean-Rénaud qui l'a réalisé à la technique aujourd'hui. Merci beaucoup à Marie-Claire Ouma Baddy.

Ce soir, attention, deuxième tour des élections régionales et la grande soirée électorale de nouveau animée par Gérard Courtois avec la rédaction de France Culture et certains membres du Club de l'Esprit Public en l'occurrence Daniel Cohen, Philippe Manière, Thierry Pech et Dominique Schnapper. Et puis bien sûr, allons voter ce dimanche si ce n'est déjà fait à 11h57 parce que les régions et les départements décident de nos collèges, lycées, routes, aides sociales, investissements dans les entreprises, transports, politiques culturelles.

Alors allons voter parce que notamment dans un certain nombre de pays du monde dont nous avons parlé aujourd'hui, il y a des millions de personnes qui rêvent de démocratie. Et tout de suite, c'est l'heure de vous retrouver chère Caroline Brouet dans le studio d'à côté,

26:44
Locuteur non identifié

je crois. On peut même aller voter avec un bon petit fruit dans sa poche ou dans son sac puisqu'en espérant qu'il y aura un peu de queue dans ces bureaux de vote aujourd'hui. S'il faut attendre, autant attendre avec un bon fruit à croquer. C'est évidemment le sujet du jour dans Les Bonnes Choses. Nous allons parler des fruits de cet été. Est-ce que nous aurons des fruits à manger cet été ? C'est la question après l'épisode de gel que nous avons connu en ce printemps.

27:10
Invité

Les Bonnes Choses de Caroline Brouet, c'est tout de suite sur l'antenne de France Culture. Bon dimanche à tous et à la semaine prochaine.

27:19
Locuteur non identifié

France Culture L'esprit d'ouverture

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