Services publics : Les incroyables mensonges de Macron et Pécresse
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Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porchet. Je suis ravie de vous retrouver chaque semaine, comme d'habitude, pour fouiller, analyser, décrypter l'actualité avec Thomas Porchet, surtout pendant cette période présidentielle où nous avons tant besoin de comprendre les discours qui gravitent autour de nous. Au programme aujourd'hui, devons-nous limiter nos dépenses publiques et supprimer 120 000, 200 000 postes de fonctionnaires comme le souhaitent Valérie Pécresse ou encore Emmanuel Macron.
Également le dernier rapport du Laboratoire des inégalités mondiales qui montre que la crise profite aux plus riches et que les inégalités de richesse entre individus s'accroissent de plus en plus. Et enfin, quel bilan pour l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel après 16 ans au pouvoir ? Le secteur public coûte trop d'argent. Est-il le bouc émissaire de la crise ? La grande période de campagne présidentielle est lancée et Valérie Pécresse, gagnante de la primaire Les Républicains, en fait une mesure phare de son programme, le redressement des comptes publics et la suppression de 200 000 postes de fonctionnaires administratifs.
C'était aussi une promesse de campagne d'Emmanuel Macron en 2017. Y a-t-il trop de fonctionnaires en France ? On analyse tout ça avec Thomas. Autre grand sujet à décrypter, les inégalités entre individus ne font qu'augmenter. Le dernier rapport sur les inégalités publié le mardi 7 décembre par le Laboratoire des inégalités mondiales montre que la crise profite aux plus riches. Actuellement, les 10% les plus riches de la planète captent 52% du revenu mondial, tandis que la moitié la plus pauvre n'en gagne que 8%, pratiquement dépourvue de patrimoine, puisqu'elle ne possède que 2% au total. A l'inverse, les 10% les plus riches en détiennent 76%.
Les chercheurs affirment, je cite, « l'inégalité n'est pas une fatalité, mais bien un choix politique ». Ils évoquent aussi les questions de genre et de climat, on va vite en savoir plus. Enfin, après 16 ans au pouvoir, l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel laisse sa place au social-démocrate Olaf Scholz et sa coalition avec les libéraux et les verts. La chrétienne démocrate a traversé la crise de 2008, puis plus récemment la crise migratoire et le Covid-19. Quel bilan peut-on en tirer pour l'Allemagne et pour l'Europe ? On va découvrir et analyser tout cela tout de suite, c'est l'instant porché.
Avant de commencer cet épisode de l'instant porché, je voulais vous parler d'un sujet très important. Le Média TV entre dans une phase cruciale qui conditionne sa survie, une campagne de dons de fin d'année. Nous avons besoin de notre audience pour ne pas crouler sous le déficit structurel qui est le lot des médias indépendants qui font le choix de ne pas dépendre des mécènes milliardaires ou de la publicité. Il s'agit pour vous de nous faire un don sur la plateforme Oképal, un don défiscalisé à 66% pour ceux qui paient des impôts sur le revenu. Ce qui signifie que si vous nous donnez 100 euros, il vous en coûte seulement 34. Rejoignez notre QG de campagne. Voici notre clip.
Bonsoir Eric Zemmour. Bonsoir. Marine Le Pen, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes candidate à l'élection présidentielle.
Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants. Donc beaucoup sont potentiellement dangereux. On les laisse mourir de froid derrière les barbelés. Bien sûr que oui.
Mais bien sûr que oui. Il faut que la police tire à balles réelles. Ça rigole plus là. Reculez, reculez.
Salut à vous les matinaux qui nous regardez en direct.
Bonjour à toutes et tous. Quel plaisir de vous retrouver.
Nous sommes sur le Média TV et c'est l'heure de la contre-matinale. Avant d'attaquer notre programme du jour, on va faire un petit crochet avec une actualité. Anne Hidalgo propose une primaire à gauche pour une candidature unique. Thomas, qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Moi, ça me fait un peu rire parce qu'on voit en fait que la gauche, bon, parfois elle veut faire une alliance, parfois elle veut aller toute seule. Et puis quand ça va mal, on préfère faire une alliance. Moi qui ai défendu pendant très longtemps, c'est-à-dire à la dernière campagne en 2016-2017, l'alliance des gauches, puisque j'avais signé les appels à la primaire des gauches. Puis j'avais signé ensuite tous les appels à l'alliance Hamon, Jadot, Mélenchon. J'ai tiré les conclusions de ces aventures et j'ai vu que ça ne fonctionnait pas. Donc là, aujourd'hui, ça commence à être... Enfin, ça nous fait rire. C'est-à-dire qu'il y a trois mois, il fallait faire une grande alliance.
Puis après, il fallait que chacun y aille de son côté. On ne voulait plus faire d'alliance. Alors là, il y avait notamment le PS, qui ne voulait plus faire d'alliance avec Mélenchon. On l'a vu avec un certain nombre de candidats au régional, qui voulaient faire vraiment la cassure entre une gauche sociale-démocrate et la gauche de Mélenchon. Et puis maintenant, on veut faire une grosse alliance des gauches parce que l'on voit finalement... Et avec une grande primaire, parce que l'on voit que Valérie Pécresse est sortie, renforcée de cette primaire avec un haut score. Mais c'était aussi le cas de Benoît Hamon en 2017. Il est sorti, il était à 17%. Il a fini à 6%.
Donc il faut se méfier des dynamiques comme ça, je veux dire, des montagnes russes. Une campagne présidentielle, c'est une dynamique de long terme. Je pense que c'est un cap à tenir et à suivre. Des discours cohérents qui doivent rester les mêmes pour arriver à convaincre. Ce n'est pas être une girouette et bouger en fonction des sondages et des scores que l'on fait. Donc je trouve ça plutôt ridicule. Même si elle est à 2 ou à 3%, il ferait mieux de continuer sa campagne sur sa ligne et voir ce qu'il en restera à la fin.
Dépensons-nous trop d'argent dans la fonction publique en France ? Ça y est, la grande période de campagne présidentielle est bel et bien lancée et les propositions fusent. Valérie Pécresse sort gagnant de la primaire des Républicains et elle ne déroge pas à sa famille politique. La candidate promet un redressement des comptes publics et met en avant qu'il y a trop de fonctionnaires administratifs. On l'écoute.
Je complète, effectivement, je prévois dans mon projet la suppression de 200 000 postes de fonctionnaires mais aussi la création de 50 000 postes supplémentaires. 50 000 postes supplémentaires dans les 3 missions que vous venez de citer, protéger, éduquer, soigner. Donc il y aura 50 000 postes dans les fonctions que je viens de signaler, protéger, éduquer, soigner. Celles que vous venez de citer, cher monsieur. Et donc j'y créerai des postes supplémentaires. En revanche, là aussi, c'est pas que dans la fonction publique d'État que je souhaite supprimer des postes. Je souhaite supprimer des postes administratifs dans les 3 fonctions publiques. Et je le maintiens.
Quand on voit qu'il y a 53 000 agents à la mairie de Paris qui refusent aujourd'hui de passer aux 35 heures parce que c'est un acquis social de ne pas travailler 35 heures à la mairie de Paris et qu'on voit en plus la propreté des rues, on se dit qu'il y a quand même aujourd'hui trop de fonctions administratives et pas assez de fonctionnaires de terrain.
C'était d'ailleurs aussi une promesse de campagne d'Emmanuel Macron que de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires bien que cela n'ait pas été tenu. Alors Thomas, est-ce qu'il y a vraiment trop de fonctionnaires en France comme le prétend Macron et des think tanks libéraux ?
Non, pas du tout. Alors il faut regarder la part de la dépense publique qui finance les administrations, c'est-à-dire le salaire des fonctionnaires et les consommations intermédiaires des administrations. Cette part-là, elle est stable depuis 1978. On est à 18% du PIB. C'est stable. Ensuite, il y a un autre indicateur. Il faut regarder l'emploi dans les administrations sur l'emploi total. On n'est pas les plus élevés en Europe. Par exemple, la Suède est au-dessus. Le Danemark est au-dessus. Donc ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup plus de fonctionnaires et qu'on était une spécificité. Donc ce qu'ils disent est faux.
Ensuite, sur la suppression des postes, Valérie Pécresse, elle veut augmenter des postes dans la police ou dans l'hôpital, mais elle veut supprimer au total tous les postes de fonctionnaires. C'était un peu ce que voulait faire Macron. Macron voulait supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. Il y en avait, je crois, 50 000 sur la fonction d'État. Et l'autre, c'était sur les fonctionnaires des collectivités territoriales. Mais très vite, il y a eu une impasse. Donc qu'est-ce qu'il a fait Macron ? Il a supprimé beaucoup de postes à Bercy, en premier lieu. Alors on veut lutter contre l'évasion fiscale, mais on supprime des postes à Bercy.
Ce qui fait qu'aujourd'hui, l'évasion fiscale, ceux qui lèvent les grosses affaires, ce sont des journalistes et pas des agents de l'État. Ce qui est quand même un vrai problème. Et puis après, il a supprimé des postes au ministère de l'Écologie. Donc on veut faire la transition écologique, mais on ne veut plus qu'il y ait de postes dans les ministères. Donc il s'est trouvé... Et il a supprimé beaucoup de postes dans les collectivités locales. Et là, dans les collectivités locales, on a vu dans la crise du Covid que les collectivités locales étaient quand même au premier rang. Et puis après, il faut quand même dire une chose.
C'est que ceux qui se retrouvent dans la masse salariale des collectivités locales en termes de fonctionnaires, si on supprime ces postes, à qui on donne ces activités ? Au secteur privé, pour le nettoyage, pour la petite enfance, au secteur privé. Et donc ils se retrouvent quand même dans les comptes des mairies, mais cette fois-ci en consommation intermédiaire. Alors l'avantage qu'il y a à être un fonctionnaire dans les collectivités locales, je tiens à le dire, c'est que dans la majorité des cas, les trois quarts, vous êtes des catégories C, c'est-à-dire le bas de l'échelle, et les catégories C sont légèrement mieux payées que des emplois d'ouvriers, par exemple.
Alors est-ce qu'on ne doit pas se réjouir de ça ? Qu'en bas de l'échelle, à l'heure où on parle beaucoup de pouvoir d'achat, etc., les gens aient un peu plus de sécurité sur leur emploi et soient un peu mieux payés ? Moi, je pense que oui. Et puis surtout, rien n'assure globalement que l'enveloppe globale qu'il coûtera à la mairie, même si les fonctionnaires sont mieux payés, soit plus faible. Parce que dans le secteur privé, même si vous payez moins bien les gens, dans le secteur privé, vous devez payer les actionnaires. Vous devez faire parfois des prêts où vous avez des taux qui sont moins intéressants quand vous êtes dans le public.
Donc rien n'assure que l'enveloppe globale, en plus, soit moins chère pour les mairies. Donc supprimer des postes, c'est plutôt de la démagogie quand on regarde les chiffres que quelque chose de réel. Et en plus, je tiens à donner un dernier chiffre, le lien entre la part des fonctionnaires dans l'emploi total et la dette n'a absolument rien à voir. Vous avez des pays qui ont très peu de fonctionnaires, comme le Japon, et des dettes énormes, ou comme les États-Unis, qui en ont moins que chez nous, mais une dette plus élevée que la nôtre. Et puis vous avez des pays, comme le Danemark, qui ont une part de fonctionnaires dans l'emploi total plus élevé avec une dette un peu plus faible.
Donc il n'y a pas de lien entre les deux. Donc c'est une attaque contre le service public plus qu'une proposition pour redresser les comptes publics.
Mais pourquoi cette volonté de réduire toujours le nombre de fonctionnaires, de s'attaquer au secteur public ? On l'a dit, Emmanuel Macron voulait, dans son programme de 2017, supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et baisser de 60 milliards la dépense publique.
Il y a cette idée que quand on maîtrise la dépense publique, on va réduire la dette. On a une dépense publique plus élevée que les États-Unis, clairement, plus élevée que le Japon, clairement, et nous avons une dette plus faible. Notre dette, ces dix dernières années, elle a augmenté moins vite qu'au Royaume-Uni, moins vite qu'aux États-Unis, moins vite qu'au Japon. Donc il n'y a pas de lien entre dépense publique et dette publique. Ça, c'est la première des choses. Il faudrait que ça rentre dans la tête des politiques. Ça n'a pas l'air de rentrer dans la tête des politiques. Ensuite, les baisses de la dépense publique ont un effet sur l'économie réelle.
Parce que vous savez, dans la dépense publique, vous avez 50% qui sont des prestations. Les prestations que vous donnez aux chômeurs, que vous donnez aux jeunes, que vous donnez aux plus pauvres, elles finissent dans l'économie. Elles soutiennent le secteur privé. Donc quand on coupe la dépense publique, souvent, on a un impact très fort sur le PIB. Et c'est l'expérience qu'a vécue la Grèce. Et aujourd'hui, même ceux qui ont soutenu ce qui a été fait en Grèce, comme l'économiste en chef du FMI, M. Blanchard, ont montré qu'il y avait des effets multiplicateurs et qu'il fallait en tenir compte. Et je ne comprends pas pourquoi cette histoire se répète depuis 2017, enfin depuis même 30 ans.
Mais elle continue à se répéter alors qu'on a vu les effets négatifs qu'il y avait de coupes de la dépense publique. Donc il y a une attaque en règle qui sont dues à un ensemble de préjugés. Le fonctionnaire est improductif. C'est faux. Il contribue au PIB. Le fonctionnaire contribue à la dette que nos petits-enfants vont récupérer. C'est parfaitement faux. On se rend bien compte que des pays qui ont peu de fonctionnaires ont une dette très élevée. Une fois qu'on aura, on va dire, délié ces idées reçues, on pourra avoir une vraie politique publique. Et il y a plein de secteurs où on a besoin de fonctionnaires.
Quand on vit dans la vie réelle, que demande l'hôpital depuis très longtemps avant la crise ? Plus de personnel. La petite enfance, aujourd'hui, il n'y a pas de place en crèche pour tout le monde. Ce qui fait que ce sont les femmes souvent qui sacrifient leur emploi pour s'occuper de leur enfant. Dans la culture, dans le loisir, vous manquez de personnel. Donc allons-y. Allons-y. On se rend compte que nos profs sont moins bien payés. Allons-y. Mais on ne veut pas le faire parce qu'il y a des idées reçues et des questions dogmatiques qui plaisent à un certain électorat.
Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, on a les moyens de créer plus de postes de fonctionnaires en France ?
Bien sûr. Vous savez, ce qu'on a perdu avec la réforme de l'ISF qui concerne 1% des Français, 1% des Français, ces Français-là, il faut le répéter toujours, ont 25% du patrimoine français. C'est-à-dire 25% de tout ce qu'il y a dans les comptes en banque et tout ce qu'il y a en immobilier. Donc c'est une petite élite extrêmement riche. C'est 1%, on leur a fait des baisses des cadeaux fiscaux de l'ordre de 4 milliards. 4 milliards, si on y rajoute en plus la flat tax, on est à 5 milliards. Avec ces 5 milliards, on peut créer 100 000 postes de fonctionnaires. Donc tout est une question de choix en réalité.
100 000 postes de fonctionnaires dans l'hôpital, dans l'éducation, dans la petite enfance, ailleurs, qui profiteraient à tous parce que le service public, c'est le patrimoine du pauvre et on a préféré faire un cadeau à 1% les plus riches. Donc oui, c'est une question de choix politique.
La crise profite aux plus riches et les inégalités de richesse entre individus s'accroissent. C'est le triste constat du dernier rapport sur les inégalités publié le mardi 7 décembre par le Laboratoire des inégalités mondiales et piloté par Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zuckman. Les inégalités mondiales semblent aussi fortes aujourd'hui qu'au début du XXe siècle, les 10% les plus riches de la planète captent 52% du revenu mondial, tandis que la moitié la plus pauvre n'en gagne que 8%. Depuis les années 1980, les inégalités de revenu et de patrimoine sont en augmentation presque partout.
La moitié la plus pauvre de la population mondiale est pratiquement dépourvue de patrimoine puisqu'elle ne possède que 2% du total. A l'inverse, les 10% les plus riches en détiennent 76%. La part de patrimoine détenue par des acteurs publics est proche de zéro ou négative dans les pays riches, ce qui signifie en fait que la totalité de la richesse se trouve aux mains du privé. Cette tendance a été amplifiée par la crise du Covid qui a vu les États emprunter l'équivalent de 10% à 20% du PIB essentiellement au secteur privé. On parle également de genre. En 1990, la part des revenus du travail perçus par les femmes avoisinait 30%. Elle se situe aujourd'hui à moins de 35%.
Et de climat, les 10% des plus gros émetteurs sont responsables de près de 50% des émissions, tandis que les 50% du bas de la distribution n'en produisent que 12%. Le rapport affirme ce n'est pas simplement une affaire qui opposerait pays riches et pays pauvres. L'inégalité n'est pas une fatalité, mais bien un choix politique. Thomas, les inégalités touchent-elles la France comme les États-Unis ou le Royaume-Uni par exemple ?
En fait, la France a été un peu plus préservée. Les inégalités ont augmenté en France très fortement ces 30 dernières années. Et ça s'est accéléré sous la présidence d'Emmanuel Macron qui a fait, encore une fois, on le répète, des cadeaux aux 1-10% les plus riches parce que la flat tax qui est la taxe sur les revenus financiers. Plus vous êtes riche, plus vous avez des revenus financiers. Quand vous êtes un smicard, vous n'avez pas beaucoup d'actions en bourse. Et la réforme de l'ISF concerne les 1% les plus riches.
Donc Macron a accéléré ce processus de baisse de fiscalité sur les plus riches qui avait été fait aux États-Unis, au Royaume-Uni dès les années 80 et dont on connaissait les résultats. Parce que là, on nous disait qu'il faut tenter, il faut baisser la fiscalité sur l'ISF, ça va permettre l'investissement. On s'est rendu compte après trois rapports que ça n'a pas permis et l'investissement, ça a juste enrichi les plus riches. Il n'y a pas de ruissellement. Si vous baissez la fiscalité sur les plus riches, vous enrichissez les plus riches, pas les plus pauvres. C'est plutôt simple, mais il a fallu trois rapports pour s'en rendre compte.
Donc les États-Unis et le Royaume-Uni, à partir des années 80, avec l'arrivée du couple Reagan-Thatcher, ont fait des baisses de fiscalité comme a fait Macron, ce qui fait que les inégalités ont augmenté très fortement. Chez nous, elles ont augmenté, mais moins fortement, parce que nous avons un État social qui avait été beaucoup plus développé que dans ces pays-là, mais qui est en phase de rattrapage, disons-le. Et l'État social, c'est quoi ? C'est toutes les prestations. Vous voyez, quand vous nous dites les écarts de revenus, que le rapport nous dit, les grosses écarts de revenus, les 10% qui auraient plus de 50% du revenu, c'est avant redistribution.
Ensuite, quand vous avez la redistribution, les transferts de richesses, etc., que nous avons en France, il y a les cotisations, etc., l'assurance chômage, les retraites, et ainsi de suite, ces écarts, en fait, diminuent. Et c'est une bonne chose. Donc pourquoi attaquer cet État social comme ça a été fait sous Macron et comme ça va l'être fait si Macron gagne puisque, finalement, les réformes entamées à partir de 2022 se concentrent uniquement sur l'État social ?
Mais du coup, c'est quoi les politiques à mettre en œuvre pour réduire les inégalités, alors ?
Il y en a plusieurs, en fait. La première chose, c'est, et là, c'est ce que préconise Thomas Piketty, Lucas Chancel, etc., c'est la taxation des plus riches. Ça, c'est vrai. Quand vous taxez les plus riches, vous avez plus d'argent pour les finances publiques et l'impôt finance les services publics, l'administration, les fonctionnaires, et ça, c'est une bonne chose.
Ensuite, ce qu'il faut, c'est surtout pas casser l'autre partie de la dépense publique qui sont l'État social, les prestations sociales, c'est-à-dire l'assurance chômage, ce que Macron est en train de casser, les retraites, ce que Macron est en train de casser, les aides sociales, ce que Macron avait pour volonté, parce qu'il disait qu'il y avait un peu de dingue, de casser, l'assurance maladie, vous voyez, tout ça, et pourtant, dans le programme de Macron, on voulait faire 10 milliards d'économies sur l'assurance maladie, donc c'est 15 milliards, pardon, d'économies sur l'assurance maladie, donc il y a tout un tas de, on va dire, de transferts qui fait qu'on ne paye pas les médicaments, qu'on est remboursé de ces médicaments, de prestations, chômage, d'aides d'allocations familiales, etc., qui soutiennent les plus pauvres.
Vous savez, aujourd'hui, dans les 10% les plus pauvres, dans les 10% les plus pauvres, 70% du revenu, c'est des prestations sociales. Donc si vous coupez ces prestations-là, vous vous attaquez aux 10% les plus pauvres. Donc ça, c'est de préserver ça, la première chose. La deuxième chose, c'est d'augmenter les bas salaires. Les salaires en haut se sont envolés. Alors là, il n'y avait pas de problème pour la compétitivité et tout, là, on n'en parlait pas. Par contre, les salaires du bas, là, sur le SMIC, quand il a fallu les augmenter, oulala, on ne voulait pas les augmenter. Il ne fallait pas donner de coup de pouce.
Il y avait un comité d'experts du SMIC qui faisait des négociations pour savoir s'il devait augmenter le SMIC de 7 centimes par heure. On en était là aujourd'hui pour les plus pauvres. Un SMIC qui n'est plus un salaire minimum puisque personne ne peut vivre avec. Donc peut-être revaloriser les bas salaires. Et puis après, éviter de passer un certain nombre de lois qui frappent majoritairement les femmes, sans le dire, qui sont par exemple la loi travail. Quand vous avez les femmes qui sont exposées aux emplois précaires deux fois plus que les hommes et que vous précarisez l'emploi, vous touchez qui ? Les femmes. Vous voyez ?
Quand vous voyez que la majorité des femmes sont au SMIC et que vous voulez baisser le SMIC dans certaines régions, vous touchez les femmes. Donc après, il ne faut pas s'étonner qu'une grosse partie des revenus soit captée par les hommes et par les femmes. Donc il faut arrêter de passer des réformes que l'on veut neutres qui en fait frappent soit les plus précaires ou soit les femmes. Ça sera déjà une bonne chose et là, on réduira potentiellement les inégalités. Si on n'avait pas touché notre système fiscal, le système fiscal qu'on avait avant les années 70, si on ne l'avait pas touché, les inégalités seraient beaucoup plus faibles, 40% plus faibles aujourd'hui qu'elles ne le sont.
Et là, on est en période présidentielle et on le disait, les inégalités s'accroissent. Donc là, tu nous l'as dit aussi, mais les discours égalitaires, j'ai l'impression que ce n'est pas ceux qui attirent le plus en ce moment si on s'en tient au sondage.
Tout à fait. C'est assez impressionnant parce qu'en fait, je crois qu'aujourd'hui, on a réussi à faire croire que la question des inégalités, c'était une question de lutte entre pauvres plutôt que de lutte entre pauvres et riches. En fait, la question des inégalités, c'est un problème vertical. C'est-à-dire qu'il y a une partie en haut, et là, ce rapport le montre très bien, qui capte une trop grosse partie des revenus. Il faut absolument rééquilibrer ça. Or, on a l'impression aujourd'hui que le débat, en fait, c'est un débat plutôt entre pauvres. Pourquoi je travaille pour payer le chômage d'un autre qui ne travaille pas, un autre précaire qui ne travaille pas ?
Pourquoi moi, je dois travailler et gagner 1300 ou 1400 euros net si un smicard ne gagne que 1000 ? Voilà, il y a toutes ces questions-là. Et je pense que c'est ça la grande victoire du capital ou des plus riches et d'avoir fait en sorte aujourd'hui que le débat, ce soit un débat de lutte entre pauvres, instrumentalisé par toute l'extrême droite, entre les pauvres, les bons pauvres qui travaillent et les bons pauvres qui ne travaillent pas.
Ça y est, c'est fait. Depuis le mercredi 8 décembre, l'ère Angela Merkel s'est terminée. C'est le social-démocrate Olaf Scholz, élu par le Bundestag qui lui succède avec sa coalition sociodémocrate vers libéraux. L'ancienne chancelière allemande a dirigé le pays pendant 16 ans avec l'Union chrétienne-démocrate. Elle a traversé la crise de 2008, puis plus récemment la crise migratoire et le Covid-19. Thomas, quel est le bilan économique de Merkel en Allemagne ?
Ce qui est assez impressionnant, c'est que les Allemands ont toujours eu très confiance en Angela Merkel. C'est pour ça qu'elle est restée très longtemps au pouvoir. Mais quand on regarde les statistiques, ça a été assez dur pour eux. Par exemple, le pays où les inégalités ont le plus augmenté entre 2000 et 2010, c'est l'Allemagne. Vous voyez ? Le taux de pauvreté a augmenté de 54%. C'est énorme. Le taux de travailleurs pauvres a été multiplié par 2. Le nombre de personnes cumulant 2 emplois a augmenté de 80%. Et le nombre de retraités pauvres a augmenté de 30%. Donc tous les indicateurs montrent que socialement, ça a été très difficile pour une grosse partie de la population.
On pourrait même dire que l'Allemagne est un pays riche avec beaucoup de pauvres. Vous voyez ? Avec une austérité salariale qui était très forte pour favoriser les exportations. Et malgré tout, malgré ces inégalités qui ont fortement augmenté, les Allemands ont fait confiance à Angela Merkel, ce qui est assez surprenant.
Et au niveau européen, du coup ?
Alors au niveau européen, on s'est rendu compte qu'il y a eu, surtout avec la crise grecque, qu'on est passé en fait d'une Allemagne qui était dans l'Europe à une Europe qui était complètement allemande. Aujourd'hui, vous avez tous les pays qui font un certain... du Sud notamment, qui ont fait un certain nombre de réformes qui ont été imposées d'une main de fer par l'Allemagne. Et vous avez un certain nombre d'institutions dont l'Allemagne a pris le contrôle, la BCE par exemple, qui ne servent quasiment que l'Allemagne. Je veux dire, aujourd'hui, s'il n'y avait pas l'euro, le marque allemand serait surévalué au-dessus.
Donc là, en fait, l'euro sert la politique monétaire allemande, mais elle ne sert pas la politique monétaire grecque, encore moins française. Il faudrait un peu plus d'évaluer l'euro pour la France et ainsi de suite. Et on se rend compte même que nos élites, nos élites aujourd'hui, ils veulent faire des efforts pour satisfaire l'Allemagne. C'est-à-dire qu'il n'y a plus un rapport de force où on dit voilà, cette politique est mauvaise, etc. Il y a un rapport où on se dit il faut être le bon élève devant l'Allemagne. Donc c'est un vrai problème.
Et ça, même des politiques, Arnaud Montebourg dans son livre l'explique, Jean-Luc Mélenchon l'avait dit, et puis d'autres, même économistes, l'ont dit. En fait, aujourd'hui, l'Allemagne a pris vraiment le pouvoir en Europe et a mené une politique, on l'a vu avec la crise grecque, qui n'était pas extrêmement favorable à la zone euro dans son ensemble. Donc, pour résumer, je dirais moi qu'Angela Merkel, elle a souhaité ses intérêts dans la zone euro et elle a fait en sorte que la zone euro serve l'Allemagne plus que les autres pays.
Merci Thomas. Avant de conclure cet épisode de l'Instant Porchet, je vous rappelle donc que le Média TV entre dans sa campagne de dons de fin d'année qui conditionne sa survie. Nous avons besoin de notre audience pour assurer une information indépendante sans pub ni actionnaire. Vous pouvez donc nous faire un don sur la plateforme OkPAL. Merci à vous. On attend vos partages, vos petits pouces en l'air sous la vidéo. Merci à vous d'avoir suivi cet instant Porchet pour toujours mieux comprendre ce qui se passe autour de nous. Spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada
Valérie Pécresse