Le grand jury d'Élisabeth Borne
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de Gabriel Attal. Pour 2027, vous préférez pour l'instant amener des idées, rappeler aussi deux grands principes et vous revendiquer un droit d'inventaire sur le macronisme. Nous allons en parler. Bienvenue dans ce Grand Jury, Elisabeth Borne. À mes côtés pour vous interroger, Steve Jourdin de Public Sénat et Jim Jarassé du Figaro. Dans ce Grand Jury, Elisabeth Borne, nous aurons une séquence 2027, bien sûr, et une séquence dédiée au Parlement. Vous répondrez aussi à nos questions express.
Le Grand Jury, l'actualité de la semaine.
Mais tout d'abord, l'actualité, il s'agit de faire face encore une fois au prix du carburant. Le gouvernement doit annoncer de nouvelles mesures, de nouvelles aides. Demain, changer d'échelle, a dit le Premier ministre Sébastien Lecornu. Redoutez-vous, Elisabeth Borne, une nouvelle spirale d'aides aux énergies carbonées.
Je pense que le gouvernement est très attentif à ne pas rentrer, comme vous dites, dans une spirale. Mais moi, je suis élu d'une circonscription rurale. Et je peux vous dire que c'est très difficile pour tous les Français qui doivent notamment faire des trajets longs pour se rendre au travail. Donc, je pense que des aides sont importantes pour les citoyens. Elles sont aussi importantes pour beaucoup de secteurs économiques, finalement, qui sont affectés par cette flambée des prix des carburants. Et puis, au-delà, par la flambée de certains produits, les engrais, les plastiques. Donc, il faut aller plus loin sur les aides.
Je pense qu'il faut, effectivement, protéger notre économie en ayant des aides ciblées. Évidemment, compte tenu de l'état de nos finances publiques, on ne va pas rentrer dans un nouveau quoi qu'il en coûte. Mais c'est important d'accompagner des secteurs économiques et puis d'accompagner les Françaises et les Français qui ont besoin de leur voiture.
Les caisses, actuellement, sont vides. La gauche propose de taxer, par exemple, Total Energy pour, justement, renflouer ces caisses, en tout cas, entretenir toutes ces nouvelles aides ciblées. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu'il faut taxer Total Energy aujourd'hui ? Alors, c'est un débat récurrent. C'est un débat récurrent. Des bénéfices exceptionnels réalisés ces dernières semaines, ces derniers mois.
C'est un débat récurrent. Je pense qu'il serait temps que chacun comprenne que Total fait des bénéfices en dehors de France, que ses activités en France sont à peine à l'équilibre. Et donc, c'est une voie qui ne fonctionne pas. Et je pense que la solution qui...
La voie de la taxation, pour être...
La voie de la taxation ne fonctionne pas. Par contre, plafonner, encourager Total à poursuivre le plafonnement de ces prix à la pompe,
ça, c'est concret pour les Français et c'est une aide réelle. On ne sera pas rattrapé par cette histoire de taxation, puisqu'on l'évoque au niveau européen, d'aller taxer des super profits pour récupérer de l'argent. Oui, enfin, je pense qu'on l'avait fait.
Je vous rappelle, au moment de la crise inflationniste... Ça n'a pas été très efficace pour le coup. ... de vouloir taxer ceux qui profitaient, effectivement, de cette flambée inflationniste pour faire des bénéfices. On a vu que ça n'était pas extrêmement... Enfin, que le rendement n'avait pas été tout à fait à la hauteur des espérances. Et c'est notamment parce que, quand on fait des bénéfices ailleurs, on est déjà taxé dans le pays conservé.
Vous utilisez le mot profiter. Marine Todelier parle de profiteur de crise en parlant de M. Pouyanné. Vous reprendriez ce mot ?
Je pense que, voilà, c'est des postures dont il faut peut-être sortir pour se préoccuper de proposer des solutions qui fonctionnent. Les solutions qui fonctionnent, c'est notamment, par exemple, le plafonnement des prix à la pompe. Ensuite, je vous dis, sur la fiscalité, il y a des règles internationales. Quand on a des profits qui sont déjà taxés dans un pays, ils ne peuvent pas être retaxés en France.
Justement, sur le plafonnement des prix, Patrick Pouyanné, le patron de Total, dit que si l'État s'attaque aux profits de Total Énergie, il cessera de plafonner ces prix. Comment vous interprétez cette position ? Est-ce que c'est une forme de chantage de sa part ?
Je ne crois pas que ce soit un chantage. Et puis, je pense... Évitons de rentrer dans des débats. À la fin, ce qu'on souhaite, c'est des réponses pour les Français. Des réponses pour les Français, elles ne passent pas par une remise en cause des règles fiscales internationales. Sinon, ce n'est pas demain matin qu'on répondra aux préoccupations et aux difficultés de nos concitoyens. Elles peuvent passer, en effet, par un plafonnement des prix à la pompe. Et je pense que c'est la bonne méthode.
Elisabeth Borne, vous parliez de votre circonscription. On n'entend pas d'expression de ras-le-bol à la hausse de ces prix. Comment vous l'expliquez ?
Je pense que ça n'est pas forcément extrêmement rassurant, parce qu'on a des gens qui vivent dans la difficulté, qui sont un peu désabusés, peut-être, qui mesurent aussi que le gouvernement ne peut pas grand-chose, la cause étant le blocage du détroit d'Hormuz. Après, il faut qu'on soit très vigilants sur le fait que ça ne se retrouve pas dans les urnes, par un vote, effectivement, protestataire, au moment des prochaines élections.
C'est-à-dire que les gens ne râlent pas contre le prix du pétrole, mais finalement vont aller mettre un bulletin ?
Les gens vivent des difficultés dans leur vie quotidienne, auxquelles il faut qu'on soit attentif, parce que ça peut nourrir du désarroi, de la rancœur, et parfois de la colère. Et donc, je pense qu'il faut qu'on soit très attentif et à l'écoute des difficultés de nos concitoyens.
Alors, l'une des solutions pour se passer du pétrole, c'est l'électrification. Pour faire baisser les prix de l'électricité, Bruno Retailleau, de LR, propose de prolonger la vie des centrales nucléaires de 40 à 80 ans et de supprimer ce que l'on appelle les certificats d'économie d'énergie qui financent aujourd'hui les énergies renouvelables. Est-ce que tout ça, c'est des bonnes idées ?
Alors, vous savez, les centrales nucléaires, on a décidé de les prolonger aussi longtemps que la sécurité, la sûreté nucléaire est assurée. Donc, ça n'est pas une nouveauté. Non, on ne va pas arrêter des centrales nucléaires. Pour le plaisir, on les arrête si on ne sait plus en assurer la sûreté. Donc, c'est déjà pris en compte. Ensuite, les certificats d'économie d'énergie, il faut que chacun ait en tête que ça finance beaucoup de dispositifs, précisément, pour accompagner les Français, notamment dans les économies d'énergie et donc baisser le poids de l'énergie, la façon dont l'énergie pèse sur le pouvoir d'achat des Français.
Sur la question des énergies renouvelables, le Rassemblement National dit qu'il faut limiter, voire supprimer, les aides publiques aux énergies renouvelables. Environ 3 milliards d'euros par an. Quelle est votre position sur le sujet ?
Là aussi, si on peut sortir des postures et revenir dans la réalité, je pense qu'on a tous intérêt à sortir de notre dépendance aux hydrocarbures. Depuis le premier choc pétrolier, ça fait maintenant 50 ans que régulièrement, notre économie, le pouvoir d'achat des Français est déstabilisé par des chocs qui viennent de crises géopolitiques qui se passent ailleurs. Donc, sortir de notre dépendance aux hydrocarbures, aux énergies fossiles, je pense que c'est une priorité. Ça suppose qu'on puisse électrifier les usages. Donc, il faut produire plus d'électricité.
Je pense que chacun a en tête, ou peut-être si chacun n'a pas en tête, je le précise, le prochain EPR, le PR2, sera mis en service en 2038. C'est la date annoncée aujourd'hui. On a vu que parfois, ces dates pouvaient glisser. Donc, d'ici là, la seule solution, si on veut produire plus d'électricité, c'est de produire de l'électricité renouvelable.
On entend un nouvel argument sur le sujet contre les énergies renouvelables, c'est qu'il provoque des prix négatifs de l'électricité à cause de surproduction à des moments donnés. Est-ce que ça, c'est un argument recevable contre les énergies renouvelables ?
On n'a pas le choix. On n'a pas le choix, vous savez. Moi, je défends un mix électrique équilibré entre le nucléaire qui doit pouvoir prendre toute sa part, qui a effectivement l'intérêt d'être une énergie qui est pilotable, mais on ne peut pas se passer des énergies renouvelables. En effet, ça veut dire qu'il y a des moments où on produit trop d'énergie, enfin, trop d'électricité. Donc, ça veut dire qu'il faut avancer sur le stockage et c'est plutôt se projeter dans des technologies qui permettent de gérer l'ensemble des sources d'électricité
qui permettra d'avancer. Ce qui fait flamber les prix du carburant actuellement, Elisabeth Bond, c'est le blocage du détroit d'Hormuz. Le porte-avions Charles de Gaulle est en route pour pouvoir opérer dans la zone. Déjà, première question, est-ce qu'il faut que le Parlement soit consulté ou pas sur le sujet ?
Vous avez compris que ce que la France propose, c'est de permettre la reprise du trafic dans ce détroit dont le blocage pénalise l'économie de tous les pays sur la planète. Oui, mais vous débattez seulement sont bombardés. On est dans une posture où on n'est pas engagé dans cette guerre qui n'est pas la nôtre, mais on est prêt à participer à une sécurisation de ce détroit d'Hormuz et à permettre la reprise du trafic, le respect du droit international dans ce domaine.
C'est la nôtre guerre, mais quand vous voyez, on parle, on a fait dix minutes sur le prix des carburants, etc. C'est un peu notre guerre aussi. Non, je dis que ce n'est pas notre guerre
au sens où on ne s'engage pas dans cette guerre pour laquelle aucun pays européen n'a été consulté avant l'initiative prise par les États-Unis et Israël. Et on ne souhaite pas rentrer dans cette guerre, évidemment. La France appelle à retrouver la voie de la diplomatie et se préoccupe depuis le départ. La diplomatie ne fonctionne pas vraiment. On voit que la voie de la force ne fonctionne pas non plus et que le retour au droit international me semble quelque chose de très important.
Mais donc voilà, la France est préoccupée par la reprise du trafic dans le détroit d'Hormuz, par la sécurisation de ce trafic maritime, appelle l'Iran à permettre cette reprise et à s'engager dans des négociations avec les États-Unis.
C'est déjà le cas, mais si l'Iran demande un droit de passage justement dans ce détroit d'Hormuz, est-ce que la France doit céder ?
Un droit de passage, pardon.
Un droit de passage des navires dans le détroit d'Hormuz ?
Je pense que le trafic doit pouvoir reprendre dans le détroit d'Hormuz, comme dans tous les détroits au monde, en vertu du droit international maritime.
Donc on ne paye pas. Si le détroit d'Hormuz continue d'être bloqué, on va vers une crise économique d'ampleur ? Je crois qu'on constate tous
que plus le blocage dure, plus les conséquences se font sentir sur notre économie, sur la capacité à produire de certains secteurs, sur l'inflation qui a été très contenue en France et qui malheureusement peut repartir. Donc je pense que plus on arrive à mettre un terme rapidement à ce blocage du détroit, et mieux ce sera pour tout le monde.
Dans l'actualité de cette semaine également, il y a l'antavirus. Il y a six cas confirmés, trois morts, cinq ressortissants français. Vous l'entendez, vont être rapatriés aujourd'hui d'une aver de croisière. Vous étiez ministre, Elisabeth Bande, pendant le Covid. Est-ce que l'antavirus réveille chez vous des craintes ?
Je pense que naturellement, ça réveille des craintes chez tout le monde. Le démarrage d'un foyer infectieux sur un bateau, ça rappelle tristement ce qui a pu se passer au moment du Covid. Moi, je crois qu'il faut s'en remettre aux autorités sanitaires pour savoir quelles sont les bonnes mesures à prendre. Et pour l'instant, ce sont quelques cas et naturellement, les plus grandes précautions seront prises pour l'accueil des Français qui étaient sur ce bateau.
Le Grand Jury, 2027, c'est demain.
2027, c'est demain. Et dans l'actualité politique de la semaine, il y avait cette décision de votre part. Elisabeth Bande quittait les instances du parti Renaissance. C'est une rupture avec Gabriel Attal. Que lui reprochez-vous ?
Moi, je l'ai dit, ce n'est pas un sujet personnel. Vous savez, j'avais une vie avant la politique et je me suis engagée sur un projet, sur des valeurs. Et moi, ce que je constate aujourd'hui, c'est que je ne suis pas en accord avec la méthode et que je ne suis pas en accord avec la ligne. Donc, j'ai décidé de me mettre en retrait et de me consacrer à Bâtisseau Ensemble, la structure que j'ai créée.
La méthode et la ligne du parti ou de Gabriel Attal ? De la direction du parti. Donc, de Gabriel Attal.
Donc, de son secrétaire général. Mais vous voyez, ce n'est pas un sujet personnel. Moi, je m'engage pour des idées. Je fais partie d'une génération dans laquelle on s'engageait pour des idées. Moins pour des postes
et davantage pour des idées. Est-ce que vous confirmez cette information de RTL ? Vous n'étiez pas au courant de la convocation du Conseil national mardi prochain, conseil que vous présidiez en théorie. Je vous confirme. Je vous confirme
que je l'ai découvert comme tout le monde sur table lors d'un bureau exécutif auquel je ne participais pas. Est-ce que ça a précipité votre départ ? Non, pas du tout. Vous savez, c'est une décision qui est mûrement réfléchie. Dans les sujets, vraiment, qui pour moi sont fondamentaux, il y a, par exemple, le fait qu'on peut protéger notre pays dans le respect du droit international et la conviction profonde qu'on peut protéger les Français dans le respect de l'état de droit. Et pour moi, c'est fondamental. c'est fondamental. Pour moi, c'est fondamental. Voilà. Donc, du coup, c'est quelque chose qui a été mûri.
Je n'ai pas souhaité, effectivement, donner un signal avant les municipales, mais c'est quelque chose d'important pour moi de m'engager et de mettre mon énergie pour produire des idées, pour créer un espace ouvert, pour rassembler, au-delà des partis, de la gauche réformiste à la droite modérée, parce que j'y crois profondément.
On va en parler, Elisabeth Borne, mais quel est le bilan de ce Conseil national de renaissance que vous présidiez ? Certains disent que vous n'avez pas fait grand-chose.
Oui, non, mais franchement, on ne va pas rentrer dans des sujets comme ça. Il se trouve que le Conseil national, il dispose des moyens que le parti veut bien lui donner et il a produit, par exemple, quand le parti veut bien le convoquer, des contributions. Je crois qu'on en avait plus d'une vingtaine au dernier Conseil national. Ensuite, voilà. Mais franchement, ça n'intéresse pas les Français.
Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'on soit capable de mettre dans le débat des propositions qu'on dise aux Français qu'il y a un chemin qui n'est pas celui proposé par les extrêmes et qu'on peut se rassembler pour travailler à des réponses concrètes face aux défis du pays et face aux difficultés des Français. On va venir.
parler de la question toujours du parti Renaissance. Est-ce que vous dites que Gabriel Attal, dans un sens, a verrouillé le parti pour une forme de profit personnel politique ? Je ne vais pas employer.
Vous savez, mes adversaires, ce sont les extrêmes. Donc, je ne vais pas commencer à critiquer les responsables politiques de ma famille politique. Oui, mais je vous dis simplement que pour moi, il n'y a pas un débat démocratique. Pour moi, un parti politique, c'est un collectif qui a vocation à produire des idées, des propositions, mais c'est un collectif.
Mais je constate que ça n'est pas le cas. Il y a des histoires des affaires de personnes en politique. Il y a aussi des histoires un peu plus personnelles. On dit par exemple qu'il n'a pas répondu à un SMS d'anniversaire que vous lui avez envoyé. Il vous qualifie en privé de Madame 49-3. Toutes ces petites phrases, j'imagine que ça joue aussi
dans les décisions. Mais ça ne m'intéresse absolument pas. Mais vraiment absolument pas. Moi, je vous dis, pour moi, la politique, c'est des idées, des propositions pour répondre aux défis du pays et aux difficultés des Français. Alors, sur les idées
sur le fond, Gabriel Attal, c'est aussi l'interdiction du voile pour les mineurs ou la suppression de l'excuse de minorité. Tout ça, c'est des idées qui sont trop à droite pour vous ?
Non, c'est des idées inefficaces. Vous voyez, la suppression de l'excuse de minorité, il faut que chacun ait en tête que c'est un principe fondamental reconnu. L'atténuation des peines pour les mineurs, c'est un principe fondamental reconnu par les lois de la République. Donc, ce n'est pas un petit alinéa de la Constitution qu'il s'agirait de corriger. C'est un principe fondamental. Et moi, je pense qu'en effet, la montée de la violence chez les mineurs, c'est un sujet de préoccupation pour nous tous. Il se trouve que j'ai été ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et j'ai pu voir à quel point il peut y avoir de la violence chez nos jeunes.
Il faut s'y attaquer. Ce sont des idées démagogiques, selon vous. Il faut s'y attaquer en agissant très tôt. Vous savez que on sait qu'on a des problèmes de santé mentale chez les jeunes. Il faut s'attaquer à ces sujets-là. Évidemment, il faut réagir très vite dès qu'on voit qu'un jeune est en train de franchir
des idées pas efficaces. Vous diriez aussi idées démagogiques, populistes. Je pense que
ce sont des idées qui sont inefficaces et qui sont des réponses peut-être trop simples à des problèmes compliqués.
Je ne vous dis pas que c'est la dernière question sur Gabriel Attal, mais sur la forme, est-ce que vous êtes gêné par la stratégie, on va dire, people de Gabriel Attal avec le récit de son enfance, notamment, la vie de son couple, etc. Non, mais c'est son choix. C'est son choix.
Franchement, chacun fait les choix qu'il veut. Moi, j'ai choisi d'écrire un livre avec à la fois un diagnostic avec des propositions d'action et une invitation à y travailler ensemble. Donc, chacun fait les choix.
C'est ses choix, pardon. Vous créez un parti qui s'appelle Bâtissons Ensemble. Quel est son but ? Déjà, est-ce que c'est un vrai parti ? C'est-à-dire, est-ce que, par exemple, il pourrait présenter des candidats ?
Non, mais c'est un parti au sens où je l'ai dit, c'est-à-dire un collectif qui travaille sur des idées, mais ce n'est pas un think tank, parce que cette structure a vocation à porter ses idées dans le débat politique. Et donc, voilà. Et je pense qu'on a besoin, face à des défis considérables, je pense qu'il faut qu'on se dise tous qu'on a des défis considérables. Vous voyez la situation géopolitique qu'on évoquait, la remise en cause de l'ordre international qui prévaut depuis 1945, la multiplication des crises, le dérèglement climatique qui est toujours là, la révolution de l'IA, mais tout ça suppose qu'on prenne le temps de construire ensemble des solutions pour les Français.
Construire ensemble, justement,
est-ce que le fait de créer un nouveau parti ne participe pas à l'éparpillement d'un bloc central qui est déjà très fragmenté, balkanisé ?
Non, c'est une démarche de rassemblement. Je dis que c'est un espace ouvert dans lequel peuvent venir réfléchir, travailler, faire des propositions, celles et ceux qui sont dans d'autres partis, voire qui n'ont jamais été engagés en politique ou qui n'y sont plus. Donc, pour moi, c'est un espace de rassemblement et je pense que c'est important qu'il y ait des idées, qu'elles circulent
et qu'elles rassemblent. Quel est l'objectif de ce parti ? C'est soutenir un candidat à la présidentielle ou présenter un candidat à la présidentielle ? Je l'évoque dans le livre.
Moi, je ne crois pas à l'homme providentiel et je fais des propositions pour que nos institutions retombent sur leurs pieds, si je peux dire, reviennent dans l'esprit de la Constitution de 1958 où on a un président qui incarne l'unité nationale, qui est le garant de nos institutions. Vous allez revenir, mais Mme Borne, vous n'avez pas répondu
Je vous dis que pour moi,
arrêtons d'être tout le temps dans les jeux d'égo et revenons un peu plus sur le fond, sur les propositions. Et vous savez, ma conviction, c'est aussi que quoi qu'il arrive, on aura besoin d'une majorité dans la future Assemblée nationale et qu'il faut aussi se préoccuper d'avoir un projet, un programme qui puisse rassembler une majorité demain à l'Assemblée nationale. Et ma conviction est que pour ça, il faut rassembler de la gauche réformiste à la droite modérée.
Vous dites, vous ne croyez pas à l'homme providentiel, mais le principe même... Ou à la femme providentielle. Oui, ou à la femme providentielle. Je vous laisse le dire. C'est le principe même de l'élection présidentielle. Mais vous savez, je pense que... Bien sûr,
bien sûr, mais ensuite, qu'est-ce qu'on présente aux Français ? Est-ce qu'on dit aux Français, est-ce qu'on veut laisser croire que tout seul, on pourrait apporter des réponses à toutes les difficultés que rencontrent notre pays et nos concitoyens ? Moi, je note que les quinquennats, ils se terminent souvent et ça intervient tôt, en rejet. Certains présidents n'ont pas pu se représenter. Donc, je crois qu'on a intérêt à changer la vision qu'on peut avoir du rôle du président de la République et à revenir à nos institutions.
Toujours sur votre parti, vous avez tout à l'heure évoqué le rassemblement de la gauche modérée au modem. Au modem ? Non, je n'ai pas dit ça.
J'ai dit à la droite modérée.
À la droite modérée,
je pensais avoir entendu... À la droite modérée, vous savez, c'est des gens comme Xavier Bertrand, Valérie Técresse... Est-ce que ça a un peu Édouard Philippe,
notamment ?
Enfin, naturellement, je pense qu'Édouard Philippe fait partie de notre famille. Valérie Pécresse et Xavier Bertrand aussi me semblent pouvoir être dans ce que j'appelle la droite modérée.
Par exemple, est-ce que vous pourriez... Est-ce que ça pourrait aboutir à votre démarche à un soutien à Édouard Philippe pour la présidence ? C'est pas...
Enfin, franchement, ce n'est pas pour moi le débat d'aujourd'hui et je pense que si on ne se préoccupe pas d'apporter des réponses aux défis gigantesques qu'on a devant nous, j'ai évoqué la situation internationale, je pourrais parler aussi des fragilités propres à notre pays avec un modèle social qui s'essouffle, qu'on finance depuis des décennies par la dette. Donc, si on ne se préoccupe pas de travailler sur le fond, je pense que c'est inquiétant
pour nos concitoyens. Quand même, vous posez la question autrement, Elisabeth Borne, vous quittez la direction de Renaissance pour des divergences sur le fond et sur la forme avec Gabriel Attal. Est-ce que vous avez des divergences sur le fond et sur la forme avec Édouard Philippe ? Moi, je ne suis pas dans son parti, vous aurez noté.
Oui, mais ça ne répond pas. Non, non, mais franchement, j'apprécie beaucoup Édouard Philippe et j'attends qu'il présente son programme et voilà, je n'ai pas de critique à faire. Vous comprenez qu'aujourd'hui,
il se montre discret, qu'il a tendance à temporiser ce début de campagne présidentielle ?
Enfin, moi, je ne vais pas commenter la stratégie de chacun. Ce que je trouve, c'est que cette course à la présidentielle a démarré très tôt et je regrette qu'elle démarre sur des aventures personnelles, qu'on soit plus dans des jeux tactiques que dans des propositions de fond. Voilà, et c'est le sens de l'initiative que j'ai lancée.
Ça veut dire qu'on ne vous verra à aucun meeting ni de Gabriel Attal ni d'Édouard Philippe qui, par exemple, vient d'annoncer qu'il allait faire mille réunions d'appartements le 25 juin. On ne vous verra pas à tous ces événements-là ?
Je ne pense pas m'impliquer dans des aventures, je vous dis, personnelles. Je pense qu'on a besoin de rassembler, de travailler sur le fond. Et le moment venu, évidemment, moi, je ferai tout pour empêcher une victoire des extrêmes à la présidentielle de 2027.
Est-ce que vous ne vous dites pas jusqu'à quand Édouard Philippe et Gabriel Attal peuvent-ils être tous les deux candidats ? Est-ce que c'est une question que vous vous posez ? Je regrette,
je regrette évidemment le fractionnement de notre arc politique. On peut parler du centre, on peut parler de la droite, on peut parler de la gauche. On voit qu'on est dans une multiplication d'aventures individuelles. Moi, je pense qu'on ferait bien de commencer par s'occuper d'abord... Comment les départager ? Écoutez, c'est pas... Manifestement, personne ne veut de primaire. Je dis simplement que ma conviction, là aussi, c'est que les égaux divisent, les idées, les propositions peuvent rassembler.
Vous dites, par exemple, de façon très claire, en janvier 2027, il faudra que le bloc central n'ait qu'un seul candidat. Je pense que, vous voyez, ça va de soi. C'est-à-dire, soit on veut exploser...
Non, mais bien évidemment qu'il faudra qu'il y ait un seul candidat. Et dans ces cas-là,
comment les partager ? Est-ce que c'est les sondages ? Est-ce que c'est le mieux placé qui doit finalement se maintenir ? Écoutez,
manifestement, il y a un comité de liaison qui est supposé régler tout ça.
Non, c'est pas Gabriel Attal. Et si c'est Gabriel Attal, vous serez derrière lui ? Attendez,
soyons clairs. Moi, je soutiendrai tout candidat qui représente notre famille politique, qui rassemble et qui permet déjà d'éviter un deuxième tour entre les extrêmes et qui permet d'éviter une victoire du Rassemblement National.
Justement, dans votre livre, vous écrivez que l'hypothèse d'un choix impossible entre le RN et l'FI au second tour ne peut être écartée. Choix impossible, ça veut dire que vous ne feriez pas de choix dans cette hypothèse-là ?
Je pense en effet que moi, je suis incapable de voter pour un candidat LFI et évidemment pour un candidat RN. Je pense que LFI ne fait que faire monter le Rassemblement National. Voilà. Et je pense que par ailleurs, sa conception... Vous savez, quand on propose une nouvelle France où on fait un grand remplacement si on veut achever d'inquiéter les Français, on ne s'y prend pas autrement. Le concept de nouvelle France vous déplaît ? Moi, ce qui me déplaît, c'est la remise en cause de l'universalisme auquel je suis très attaché, c'est-à-dire que vous n'êtes pas jugé en fonction de votre couleur de peau, en fonction de votre religion.
Et cette remise en cause, elle est le fait à la fois de LFI qui prône un communautarisme et du Rassemblement National qui plaide pour un repli identitaire. Moi, je suis pour
cet universalisme. le Parti Socialiste que vous connaissez se déchire lui sur sa stratégie. Boris Vallaud vient de quitter la direction du PS avec son courant en dénonçant la volonté d'Olivier Faure de s'accrocher à la primaire. Il a bien fait ?
Je ne vais pas commenter les choix de Boris Vallaud. Moi, je connais trop mal l'état des discussions au sein du Parti Socialiste et je dois vous dire que ça ne m'intéresse pas plus que ça.
Que pensez-vous de la candidature éventuelle de M. Glucksmann ? Est-ce que c'est quelqu'un avec lequel vous pourriez travailler ?
Je vous dis que je propose de travailler de la gauche réformiste à la droite modérée. Je pense qu'on peut dire que Raphaël Glucksmann comme Bernard Cazeneuve comme François Hollande incarne une gauche réformiste qui croit à l'Europe qui pense qu'il faut produire de la richesse avant de la redistribuer. J'espère qu'elle défende évidemment l'égalité des chances. Je pense que Bernard Cazeneuve a montré qu'il fait partie d'une gauche qui propose des réponses fermes sur les sujets de sécurité d'immigration. Vous incluez François Hollande
également dans ce périmètre ?
Je pense que François Hollande vous savez il a proposé une politique de l'offre à la fin de son quinquennat. Je crois qu'avec son premier ministre et son ministre de l'intérieur de l'époque il a porté des mesures très fermes des mesures d'urgence face au terrorisme donc je pense qu'on peut effectivement avoir une gauche réformiste qui est ferme sur les sujets de sécurité quand il s'agit de protéger les français.
Ces sujets-là la sécurité les retraites l'immigration on va en parler juste après la pause avec vous Elisabeth Borne à tout de suite pour la seconde partie de ce Grand Jury.
Le Grand Jury RTL Public Sénat Le Figaro M6 Puis du Grand Jury présenté par Olivier Bost
Elisabeth Borne ancienne première ministre et députée du Calvado c'est notre invité Steve Jourdain de Public Sénat et Jim Jarassé du Figaro sont à mes côtés pour vous interroger
Le Grand Jury tout est politique
Elisabeth Borne vous avez mené la dernière réforme des retraites en date qui a été mise en pause d'ailleurs depuis un candidat à l'élection présidentielle doit-il assumer une nouvelle réforme des retraites ?
Alors je pense qu'un candidat à la présidentielle doit se préoccuper de la pérennité de notre modèle social de la pérennité de notre système de retraite par répartition et donc devra faire des propositions
aux français pour assurer cette pérennité ce qui veut dire un nouvel âge de départ 64, 65, 67 ans ?
Alors vous savez qu'il y a des propositions diverses sur la table moi je pense que compte tenu du côté épidermique d'une réforme des retraites portée par quelques gouvernements que ce soit quand on regarde l'histoire de notre pays je pense que l'objectif d'équilibre il doit être clair à moyen terme et à long terme et que par contre si on peut confier aux partenaires sociaux le choix des modalités pour assurer cet équilibre je pense qu'on pourra vous les dire de façon générale parce que finalement vous savez qu'il y a sur la table
pardon ? Est-ce que c'est pas une manière de se défausser en disant c'est les partenaires sociaux qui vont gérer et puis moi en tant que politique je laisse faire le débat
je me défauve pas je dis que on doit créer plus de richesses je note qu'on travaille moins chaque année que la plupart de nos partenaires et qu'on travaille moins longtemps que la plupart de nos partenaires donc il n'y a pas de doute si on veut pouvoir avoir un modèle social
généreux
je pense qu'on doit être plus nombreux à travailler et que ceux
qui le peuvent doivent travailler plus longtemps et vous renvoyez aux partenaires sociaux chez les partenaires sociaux les syndicats ont mis un certain nombre de gens dans la rue vous l'avez vécu et on peut pas dire que le patronat était franchement en soutien du gouvernement est-ce que ça peut être une piste
moi je note que les partenaires sociaux ont été à deux doigts de trouver un accord dans le conclave qui avait été réuni au printemps 2025 sur un sujet qui me paraît important qui aujourd'hui n'est pas suffisamment pris en compte je reviendrai pas sur le fait qu'il y avait un article qui le traitait mais qui a été censuré par le conseil constitutionnel puisqu'il n'emportait pas de dépenses à l'époque mais je pense que cette question de prendre en compte la situation de ceux qui ont des métiers difficiles est un des enjeux majeurs et que ceux qui ont effectivement des métiers difficiles ne doivent pas
travailler aussi longtemps que ceux qui ne l'ont pas vous n'avez pas répondu sur l'âge de départ à la retraite c'est 64, 65, 67 ans comme le proposerait Edouard Philippe par exemple vous savez je pense
que c'est là où on a besoin de prendre le temps et c'est pour ça que ça me tient à coeur qu'on n'attende pas les dernières semaines de la campagne présidentielle pour évoquer ces sujets c'est qu'il y a aussi des choix à faire dans la façon dont on répartit l'effort entre les actifs travailler plus longtemps un peu plus longtemps pour ceux qui le peuvent et les retraités ça renvoie par exemple à la question de l'indexation de nos pensions ce serait acceptable pour les français vous avez vu ce que 64 ans a donné donc voilà mais je pense que tout ça doit se regarder dans une vision d'ensemble sur le financement de notre modèle social qui ne peut pas continuer à être financé comme il est depuis des décennies par la dette et dans ce modèle social il y a à la fois qu'est-ce qu'on pense raisonnable comme croissance des dépenses de santé vous savez qu'aujourd'hui je crois qu'elles augmentent deux fois plus vite que la création de richesses au niveau national il y a la question des retraites et tous ces sujets on doit pouvoir en débattre avec les français on va parler
de la sécu mais parmi les idées qui circulent sur les retraites il y a l'idée de supprimer l'âge de départ ça vous en pensez quoi ?
ce que je pense c'est que vous savez on peut parler de façon très détendue d'un système de retraite qui peut être par exemple ce qu'on avait porté et qui est une possibilité d'un système par points qui à mon sens ne peut pas être universel parce qu'on sait que les fonctionnaires les salariés et les indépendants n'ont pas les mêmes systèmes de rémunération mais peut-être trois systèmes par points et en fait on peut en parler de façon très détendue jusqu'au moment où on dit mais comment assure-t-on l'équilibre ?
et à ce moment-là c'est là en général où la crispation commence alors moi j'entends qu'il faut peut-être de la liberté sur l'âge de départ mais on a besoin d'équilibrer le système il y a deux façons de le faire la durée de cotisation et l'âge de départ si on supprime tout âge de départ alors on doit allonger la durée de cotisation et ça pénalise tous ceux et surtout toutes celles qui ont eu des carrières hachées donc toutes les femmes qui ont eu des carrières hachées et qui déjà aujourd'hui doivent souvent travailler jusqu'à 67 ans pour avoir le nombre de trimestres nécessaires il faut s'interroger sur les niveaux de pension ça va faire partie de la réflexion ?
en tout cas sur l'indexation des pensions sur l'abattement de 10% on a essayé d'en débattre dans l'examen du budget pour 2026 donc voilà je pense que c'est des questions qui méritent d'être mises sur la table comment on répartit l'effort entre les actifs
et les retraités et faire de la question des retraites un des thèmes de la campagne présidentielle de 2027 est-ce que c'est pas donner du carburant aux populistes puisque celui qui promet 62 60 ans
je pense qu'on peut avoir
quelque part mieux disant
oui mais je pense c'est pour ça que je pense important que ce soit pas un débat précipité dans lequel personne ne mesure les conséquences de propositions populistes qui pourraient être mises sur la table et au-delà de la question de l'équilibre de notre système de retraite il y a finalement une question fondamentale qui est quelle part de la richesse de notre pays on veut consacrer au financement de notre modèle social est-ce qu'on est prêt à y consacrer une part qui augmente sans cesse sans parler de la dette qu'on laisse aux générations futures ou est-ce qu'on veut garder des marges de manœuvre pour investir pour préparer l'avenir pour investir dans la recherche dans l'innovation dans l'éducation dans la formation dans la transition écologique
je pense que le débat
il est là oui mais pour répondre à votre question Elisabeth Borne vous faites des économies où ? je pense que ça passe par travailler davantage ça peut être quand je dis travailler davantage continuer à agir pour que les jeunes rentrent plutôt dans la vie professionnelle et que ce ne soit pas un parcours du combattant
il n'y a pas dans votre idée l'idée de faire baisser les dépenses sociales
vous savez les dépenses sociales elles augmenteront de toute façon sur la santé je pense qu'avec le vieillissement de la population il n'y a aucun doute je pense que le débat qu'on doit avoir au niveau national c'est de savoir comment on contient l'augmentation de nos dépenses de santé comment on garde des marges de manœuvre pour pouvoir financer l'avenir et penser à notre jeunesse
vous écrivez la pérennité de notre modèle social est menacée et il absorbe désormais l'essentiel de nos dépenses vous estimez qu'il faut cesser de faire peser l'essentiel du financement de la protection sociale sur les salaires ça veut dire que vous êtes donc favorable à la TVA sociale ? ça veut dire
mais je pense qu'il y a un large accord sur le fait que c'est très atypique dans notre pays de faire financer une part très importante de la protection sociale par des cotisations sociales et donc de les faire financer par les actifs je crois qu'on est le seul pays au monde qui par exemple finance sa politique familiale par des cotisations sur les salaires donc en effet jusque là tout le monde est d'accord et ensuite là où ça devient plus compliqué c'est si ce ne sont pas des cotisations qu'est-ce que c'est ?
ça peut être de la CSG qui n'est pas assise nécessairement sur les salaires ça peut être en effet de la TVA je pense que ce débat mérite d'être mené évidemment pas sur les taux réduits de TVA
la TVA elle va toucher tout le monde c'est-à-dire que là vous ne faites pas de différence entre les foyers les plus modestes et les plus aisés alors c'est le reproche
qui est systématiquement fait effectivement quand on vient sur ce champ-là je pense qu'on peut aussi réfléchir à préserver les taux réduits de TVA et par exemple regarder le taux le taux à 20%
aujourd'hui l'arrivée de nouveaux médicaments ou de nouveaux traitements innovants en France est ralenti sans ralenti pour limiter le déficit de la Sécu comment on peut endiguer la dérive des dépenses de la Sécurité sociale ?
vous avez raison de souligner qu'en effet on retarde l'arrivée de molécules efficaces et néanmoins on dépense 80 milliards d'euros de plus qu'en 2017 dans la santé donc je pense qu'on a un énorme enjeu d'efficacité de notre dépense et que c'est à ça qu'il faut s'attaquer on sait qu'on a notamment des fraudes et on vient de voter un projet de loi sur le sujet mais donc l'efficacité de la dépense c'est quelque chose de fondamental parce que je vous dis quand vous avez 80 milliards d'euros de dépenses supplémentaires et qu'on a des français qui continuent à avoir du mal à accéder à un médecin a fortiori un spécialiste quand on est dans un territoire rural on se dit qu'on doit pouvoir être plus efficace votre réponse principale c'est la fraude ?
non je pense que c'est aussi des choix qui sont faits par exemple dans la dérive aujourd'hui le reste à charge pour les français a baissé il est moins élevé qu'en 2019 parce qu'on a les affections de longue durée qui augmentent très vite je pense qu'on a aussi voulu ouvrir ce débat dans le dernier budget donc on a à regarder aussi ces enjeux de reste à charge voyez moi à titre personnel ça ne me choquerait pas d'avoir un reste à charge plus important sur mes médicaments donc c'est des débats aussi qu'il faut qu'on ait
dans votre livre vous insistez sur l'importance de parler à la jeunesse vous trouvez aussi que nous sommes dans une gérontocratie pour reprendre l'expression du gouverneur de la banque de France François Villeroy de Gallo je ne sais pas si je reprends son terme
ce qui est clair c'est qu'aujourd'hui on ne demande pas de participer à l'effort collectif on n'a pas demandé aux retraités de participer à l'effort collectif et à contrario on est en train de réduire les financements par exemple pour l'insertion professionnelle des jeunes et on ne prépare pas l'avenir et sans doute on devrait mettre plus d'argent pour soutenir la recherche et l'innovation c'est ça qui nous permettra demain d'avoir une économie plus compétitive de créer des emplois de qualité et je pense que
c'est indispensable qu'on n'a pas demandé aux retraités de participer à l'effort collectif pourquoi selon vous ?
vous voyez on s'est retrouvé dans un hémicycle avec 11 groupes parlementaires dans lesquels personne n'avait envie d'assumer la non-indexation même des pensions les plus élevées je le regrette ça se paye dans les urnes demander aux retraités de participer et bien je ne le pense pas vous voyez je pense que peut-être les représentants de nos concitoyens sont moins lucides ou en tout cas peut-être plus frileux que nos concitoyens moi je suis convaincu que les retraités qui ont des pensions les pensions les plus élevées étaient prêts à entendre qu'on pouvait ne pas indexer
il y a eu l'expérience de l'augmentation de la CSG au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron ça n'a pas été un
donc tout ça montre que c'est important de pouvoir avoir des débats avec nos concitoyens sur les enjeux les choix qui sont devant nous et leurs conséquences si on continue à consacrer une part toujours plus importante de la richesse que crée notre pays à financer notre modèle social et notamment nos retraites on n'a pas la capacité pour financer pour préparer l'avenir voilà
sur le dossier de l'immigration vous proposez de créer un ministère de l'immigration et de l'intégration ça nous rappelle quelque chose je n'ai pas dit de l'identité nationale mais est-ce que c'est pour répondre aux deux tiers de français selon les sondages qui considèrent qu'il y a trop d'immigrés aujourd'hui en France
alors moi je cite ce chiffre dans mon livre parce que je pense que ça veut dire que c'est un sujet de préoccupation pour les français et qu'on ne peut pas laisser le sujet aux extrêmes et qu'il faut avoir des réponses moi je dis il faut un cap clair qui est de dire qu'on doit choisir qui on accueille et à quelles conditions qu'on doit être plus efficace pour éloigner ceux qui n'ont pas à être présents sur notre sol et que par ailleurs on doit se préoccuper d'intégration et je pense que notre pays est défaillant sur ça il n'a pas de politique d'intégration de créer un ministère pour cela je pense que il faut que ce soit une politique pilotée notamment sur l'immigration de travail vous savez moi je regarde autour de nous on a des pays où les branches professionnelles discutent des besoins en main d'oeuvre peuvent ensuite aller dans les pays d'origine pour former les futurs salariés à leur métier de demain pour leur apprendre la langue pour leur apprendre les règles qu'on doit respecter dans le pays d'accueil ça c'est sur l'aspect effectivement immigration de travail comment on l'organise et par ailleurs sur l'intégration sur l'intégration je suis désolé mais vous savez quand j'étais ministre du travail moi il m'est arrivé d'aller dans des séances de pôle emploi pour des personnes très éloignées de l'emploi et découvrir avec stupéfaction que vous aviez une pharmacienne libanaise qui était dans ces séquences d'intégration pour des gens très éloignés de l'emploi on ne lui avait pas appris la langue on ne savait pas reconnaître son diplôme je pourrais vous parler des ingénieurs vous dites il faut durcir encore notre politique migratoire je suis en train de dire qu'il faut avoir une politique migratoire qui est pilotée dans laquelle on a une immigration de travail que l'on détermine que l'on prépare que l'on organise et dans laquelle on a aussi une vraie politique d'intégration ce qui n'est pas le cas aujourd'hui une politique d'intégration qui doit aussi naturellement se mener avec les collectivités locales il y a quelques collectivités qui s'engagent sur des contrats d'accueil et d'intégration mais je pense que ce sujet de l'intégration
est fondamental je peux vous répondre madame Morde c'est que vous étiez au pouvoir vous étiez aux affaires et que ça n'a pas été fait quand vous étiez à Matignon par exemple je pense qu'on a avancé
dans cette logique dans une loi qui a été difficile sur l'immigration qui partait de l'idée qu'il fallait être plus efficace et plus stricte sur la suppression de titres de séjour pour ceux qui ne respectent pas nos règles et qu'il fallait par contre pouvoir régulariser des personnes qui étaient dans notre pays depuis longtemps qui étaient bien intégrées qui respectaient nos lois et qui travaillaient
Elisabeth Brand vous avez été ministre de la transition écologique les ZFE contre les voitures polluantes dans les centres-villes le ZAN pour arrêter de bétonner les campagnes la réautorisation des passoires thermiques autant d'échecs des gouvernements Macron pourquoi l'écologie est autant rejetée ?
alors vous savez je pense que les trois mesures que vous citez il est intéressant de se souvenir qu'elles sont issues de la convention citoyenne pour le climat
ça nous amène
à réfléchir au bon usage des conventions citoyennes mais je pense que vous ne pouvez pas
est-ce que vous pouvez préciser
ce que je veux dire vous voyez c'est que je pense que les conventions citoyennes moi j'en ai suivi une qui a je pense bien marché sur la fin de vie mais que la question qui a été posée aux citoyens était beaucoup trop large comment baisser de 40% nos émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030 et puis l'engagement de reprendre sans filtre les propositions je pense que cette convention citoyenne a produit trois sujets qui sont manifestement des sujets de crispation donc voilà ça nous appelle
pour les français
je pense que j'ai pas de doute sur le fait qu'on doit absolument se préoccuper de la qualité de l'air dans les métropoles c'est ce que font les ZFE qui ont été assouplis aménagés je pense que certains choisissent de continuer à en faire un sujet politique plutôt que de dire les collectivités doivent pouvoir choisir sur le zéro artificialisation net je pense que les mesures de départ étaient sans doute trop restrictives moi je vois des collectivités qui s'en sont emparées et aujourd'hui vouloir remettre en cause ce zéro artificialisation net tel qu'il existe je pense que là aussi c'est une position populiste et voilà et purement politique qui ne correspond pas à ce que demandent les collectivités
Elisabeth Borne vous revendiquez alors comme Lionel Jospin avec François Mitterrand à une autre époque un droit d'inventaire sur les deux quinquennats d'Emmanuel Macron quelles ont été les erreurs du macronisme est-ce que c'est d'abord de laisser une dette colossale ?
évidemment le sujet de la situation de nos finances publiques est un sujet de préoccupation sur lequel on doit comprendre ce qui s'est passé et je pense qu'on peut aussi se rappeler qu'on a fait face à des crises que finalement notre déficit a augmenté à peu près comme nos voisins mais qu'on a un trou de recette qui apparaît fin 23 qu'on n'arrive pas à corriger en 2024
dans le droit d'inventaire qu'est-ce que vous mettez d'autre dans ce droit d'inventaire du macronisme la façon de gouverner mais vous savez honnêtement je ne suis pas là uniquement
pour critiquer oui il y a une pratique du pouvoir il y a un positionnement vis-à-vis des corps intermédiaires
vous dites un sentiment de mépris qui alimente la défiance et donc le vote populiste et c'est dans votre livre est-ce que Emmanuel Macron a une responsabilité selon vous dans ce je dis
que dans un pays dans lequel beaucoup de gens se sentent peu considérés il faut être très attentif aux mots qu'on emploie mais voilà donc je pense
c'est pour Emmanuel Macron
je pense que enfin je pense qu'on doit faire autrement
sur l'exercice du pouvoir vous prenez aussi vous avez une responsabilité vous aussi dans l'exercice du pouvoir on a beaucoup parlé de l'utilisation de l'article 49.3 vous endossez aussi un peu la responsabilité des échecs le 49.3
vous savez moi je l'ai utilisé je pense qu'on a vu sur les enfin sauf sur les retraites et c'était vraiment je pense quelque chose de difficile mais on pourra voilà on peut détailler ce qui s'est passé sur cette réforme des retraites qui devait être soutenue par les républicains et je pense que c'était essentiel de faire une réforme des retraites les autres 49.3 c'est pour faire passer des budgets je note qu'aucun de mes successeurs n'a réussi à faire passer un budget sans recourir au 49.3 mais je pense qu'il faut donc on a des enjeux sur la pratique du pouvoir sur l'association des partenaires sociaux sur la relation avec les collectivités locales mais ce droit d'inventaire c'est aussi pour comprendre ce qui n'a pas marché vous voyez par exemple quand je dis qu'on a consacré 80 milliards d'euros de plus à la santé et qu'on n'a pas réglé les problèmes d'accès à un médecin ou à un spécialiste je pourrais aussi dire qu'on a créé d'ores et déjà plus de 15 000 postes de policiers et gendarmes supplémentaires et on n'a pas réussi à endiguer le narcotrafic donc il y a une loi qui a été récemment votée qui donne de nouveaux outils mais ça veut dire qu'il ne s'agit pas simplement de mettre des moyens supplémentaires qu'on a un vrai enjeu sur l'efficacité de notre action et que l'exercice du pouvoir permet d'identifier les blocages permet aussi d'identifier les leviers donc ça ça me semble important et peut-être un point qui me semble fondamental c'est aussi la constance et la continuité dans l'action donc c'est pour ça on ne peut obtenir aucun résultat sans constance et sans continuité dans l'action c'est vrai que la situation actuelle fait qu'on est amené à revenir sur des politiques qui ont été lancées et je dis moi je pense que c'est essentiel de montrer que les démocraties peuvent être efficaces mais pour avoir de la continuité dans l'action il faut aussi trouver des compromis comme nos voisins peuvent le faire et c'est pour ça que je propose notamment d'avoir une dose de proportionnelle qui facilite
la recherche de compromis est-ce que c'est pas contradictoire avec le fait de prôner un septennat unique pour le président de la république à propos de continuité non je pense que
je parlais de l'action du gouvernement et je continue à penser moi je suis pour un septennat unique et je suis pour que le premier ministre préside le conseil des ministres ce qui revient à l'esprit de nos institutions ce qui est fondamental parce que le premier ministre il est responsable devant le parlement donc c'est aussi une question d'équilibre des pouvoirs mais ça veut dire qu'il faut savoir
vous avez mal vécu
les conseils des ministres pour que le président ne s'est plus non je pense que ça alors ça crée de la confusion sur le rôle des deux têtes de l'exécutif ça conduit les français à rechercher ce fameux homme providentiel auquel finalement on finit par tout reprocher et donc je pense que ça vaut la peine de remettre de l'ordre dans le fonctionnement de nos institutions mais voilà je pense que cette continuité dans l'action elle suppose aussi de développer une culture du compromis et vous n'avez pas rappelé mais vous voyez quand moi j'étais en majorité relative on a voté plus de 60 textes en trouvant des compromis le plus souvent avec la droite mais aussi parfois avec la gauche et je pense que si on veut répondre aux défis de notre pays il faut trouver des compromis sur des sujets essentiels par exemple comme le logement la santé l'éducation qui sont des défis très importants pour notre pays
le grand jury question express
on arrive à la fin de ce grand jury des questions express donc c'est des réponses par oui ou par non pour ou contre tout d'abord faut-il faire une fanzone à Paris pour la finale de la ligue des champions PSG Arsenal pour éviter de nouveaux débordements
je pense que ça peut être une bonne idée oui pour bien l'organiser Emmanuel Moulin l'ancien secrétaire général de l'Elysée à la Banque de France bonne ou mauvaise idée il sera auditionné au parlement le 20 mai Joker ah non vous avez pas pensé oui ou non ? ça veut dire non ?
non je pense qu'il a les compétences je pense qu'il a les compétences mais c'est tout
vous êtes plutôt du côté de Master Poulet ou plutôt du côté de Karim Buenbran le maire de Saint-Ouen qui veut interdire cette mode du poulet frit pas cher
je sais pas si c'est tout à fait des débats
à la hauteur des sujets c'est une question sanitaire d'alimentation
je pense qu'on a aussi à apprendre à éduquer à l'alimentation plutôt que de mettre des interdictions
c'est la grande nostalgie du moment notamment au cinéma est-ce que vous avez vous une nostalgie des années 80 ou pas du tout ?
je pense que c'est important de relire les années 80 pour se dire que non ça n'allait pas forcément mieux à cette époque là et moi je suis toujours assez surprise quand on nous vend un passé idéalisé qui n'a jamais existé vous savez quand moi je discutais avec des élus de ma circonscription quand vous habitiez à la campagne que vous aviez les toilettes au fond du jardin qui faisait 14 degrés l'hiver voilà donc je pense qu'il faut se tourner vers l'avenir et préparer le meilleur avenir possible pour notre pays et pour les français et pour nos jeunes
merci beaucoup Elisabeth Borne pour ce grand jury bon dimanche à tous on se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau grand jury
le grand jury RTL public sénat le Figaro M6
on se retrouve on se retrouve la semaine prochaine
Élisabeth Borne