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interviewFrance Inter — Le téléphone sonne· 15 juillet 2025 41 min

Budget 2026 : que retenir des annonces de François Bayrou ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter. Bonsoir à tous. France Inter. Le téléphone sonne. Charlotte Pirret. Des lettres bleues sur fond blanc, juste au-dessus du pupitre, elles disent le slogan du jour, le moment de vérité, répété trois fois au moins par le Premier ministre, du moins si mes comptes sont bons, devant un parterre de personnalités, membres du gouvernement au premier rang, et François Bayrou qui déclame ton grave, voix légèrement enrouée. Et il est des moments dans l'histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes. Ce moment est un de ceux-là. Voici donc le chef du gouvernement qui égrène son plan d'action à 40 milliards d'économies.

44 milliards même, a-t-on découvert aujourd'hui cet objectif d'un déficit ramené à 2,8% à l'horizon 2029 ? Alors, il y a des mesures auxquelles on s'attendait. Réduction des dépenses publiques, années blanches et fort de notre système de santé. Celles qu'on a peut-être moins vu venir, encore que nos invités nous le diront. Suppression de deux jours fériés, 3000 fonctionnaires de moins. Celles qui peuvent sembler anecdotiques, taxes sur les petits colis, mutualisation des équipements médicaux, quoi qu'il en soit. Cette fois, on y est donc après des semaines, des mois de tergiversation. Tout est sur la table désormais et nous l'examinons avec vous ce soir. Que pensez-vous de ces mesures ?

Quelles conséquences concrètes dans la vie de chacun d'entre nous faut-il les craindre ? Sont-elles salutaires, efficaces, suffisantes ? Et puis, politiquement, comment interpréter ce plan d'économie ? Cette année blanche que Rassemblement National et France Insoumise avaient d'ores et déjà désigné comme une ligne rouge. Cette contribution de solidarité pour les plus hauts revenus qui pourrait plaire à la gauche, faire grimacer ailleurs. Bref, ce projet a-t-il une chance de voir le jour où le gouvernement vient-il de signer sa chute inévitable à l'automne prochain lors de l'examen du budget 2026 ? Ce sont toutes ces questions que nous allons examiner avec vous et nos invités.

Le numéro, vous le connaissez, 0145 24 7000, même chemin via WhatsApp. C'est le téléphone sonne et vous êtes les bienvenus.

1:58
Invité

Le téléphone sonne, 0145 24 7000.

2:02
Présentateur

Et pour débuter, on accueille tout de suite Martine qui nous appelle de Montpellier. Bonsoir Martine. Bonsoir. Bienvenue à vous. Je crois que vous vouliez nous confier votre sentiment sur ces annonces du Premier ministre aujourd'hui. Ma grande colère.

2:16
Auditeur

Je peux confier ma grande colère parce que j'aurais entendu, je n'aime pas les leçons de morale quand elles sont injustes. Et là, je trouve que c'est très, très injuste. On pénalise les malades, on pénalise les travailleuses et les travailleurs, on pénalise les retraités. Et quelque part, si j'avais entendu en même temps, ça c'est à la mode, si j'avais entendu en même temps qu'on faisait une taxe comme le demande aux femmes sur les super profits, une taxe sur les, enfin des choses sur l'évasion fiscale et des aides aux plus pauvres. Quand même, j'aurais pensé que là, oui, on pouvait donner peut-être un petit peu quelque chose.

Et puis, je suis aussi pacifiste et je trouve qu'honnêtement, le lendemain du jour où on dit qu'on met tellement d'argent dans l'armée, dans les armes, au lieu de rechercher la paix tout le temps, eh bien c'est indécent le lendemain de demander des efforts aux gens. Je répète, le 15 du mois, on commence à avoir des sueurs froides quand même. Ce n'est pas possible de dire, ah ben non, on ne peut pas, on a enlevé de l'argent aux étudiants, on enlève de l'argent aux retraités. C'est d'une injustice et vraiment, si on faisait un effort sur les plus riches, sur les milliardaires, je ne parle pas des plus riches qui travaillent. Ce serait plus acceptable pour vous ?

Ce serait beaucoup plus acceptable. Et puis quelque part, si on écoutait aussi, moi je veux bien qu'on demande aux gens des efforts, mais quand on a voté, on ne nous a pas écoutés non plus. Donc, il y a tout un climat qui fait qu'on a, ça paraît indécent d'entendre ça. Voilà, les leçons qu'on a de ces gens, c'est quand même très désagréable.

3:58
Présentateur

Merci beaucoup Martine de nous avoir confié votre colère, puisque c'est comme ça que vous le qualifiez. Pour répondre à votre question et à celle de tous nos interlocuteurs et nos auditeurs, on a Mathieu Plannes avec nous en studio, bonsoir.

4:10
Invité

Bonsoir.

4:11
Présentateur

Vous êtes économiste, directeur adjoint de l'OFCE, l'Observatoire français des conjectures économiques. Nous sommes également en ligne avec Bruno Couterez, bonsoir. Bonsoir. Bonsoir, chercheur au CNRS et enseignant à Sciences Po. Et puis également avec nous, Julien Néni, bonsoir. Bonsoir. Journaliste au service politique de France Inter. Alors peut-être, effectivement, un premier mot sur l'esprit de ces mesures annoncées, Mathieu Plannes. Est-ce que c'est un plan d'économie injuste et qui, comme le suscite la colère de Martine ?

4:39
Invité

C'est une vraie question. Alors c'est vrai que faire 43,8 milliards, on regardera peut-être le détail un peu plus tard, c'est beaucoup, beaucoup d'économies budgétaires, même si on n'a pas tous les éléments. Et forcément, ça va mettre à contribution beaucoup de personnes, beaucoup de ménages, des actifs, des retraités, ceux qui bénéficient des minima sociaux. Et c'est vrai que le volet fiscal est très faible, en fait, dans cette partie-là. Et ça avait été annoncé, la volonté du gouvernement, c'était de réduire la dépense publique. Or, la dépense publique, elle va plutôt, quand vous la réduisez, affecter la classe moyenne ou les ménages les plus modestes.

Et c'est vrai que pour rééquilibrer les choses, il aurait fallu peut-être envisager une fiscalité plus particulière sur les hauts revenus. Alors, il y a quelques éléments. Mais c'est clair, c'est cette contribution de solidarité évoquée par le Premier ministre. Voilà, mais on n'a pas de taxes sur le patrimoine, par exemple, ou sur les revenus financiers spécifiquement. Et il n'y a pas de mise à contribution des entreprises ou des grandes entreprises. Je rappelle, pour 2025, c'était une taxe exceptionnelle, mais qui rapportait qu'à 8 milliards sur les plus grands groupes, qui réalisaient plus de 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Là, effectivement, c'est complètement écarté.

Donc, c'est vraiment des économies qui portent sur la sphère sociale, l'État, sur les ménages, en particulier les prestations sociales, en partie aussi des fonctionnaires. Et donc, c'est vrai que le plan n'est pas totalement équilibré de ce point de vue-là, parce que s'il y avait eu des éléments, il aurait fallu à ce moment-là avoir des éléments fiscaux qui ciblent plus les hauts revenus, d'une part, mais il y a quelque chose, mais surtout les hauts patrimoines ou les grandes entreprises.

6:11
Présentateur

Bruno Cotteres, sur cette dimension injuste de ce plan d'économie, les mots du Premier ministre, il a parlé d'un effort collectif qui concerne toutes les catégories de Français. Quand on entend Martine et quand on entend déjà les nombreux appels que nous avons au standard, ce n'est pas la perception, forcément, qu'en ont les Français. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Qu'en pensez-vous ?

6:31
Invité

Oui, sans doute, ce sera la perception qui va dominer. Alors, c'est vrai que le Premier ministre avait multiplié, au fond, la communication sur le thème. Les efforts seront demandés à tout le monde. Ils seront proportionnels à ce que peut faire chacun. On demandera peu à ceux qui n'ont pas beaucoup, on demandera beaucoup à ceux qui peuvent beaucoup plus. Le Premier ministre a insisté sur cette idée, d'ailleurs, cet après-midi, mais ce n'est sans doute pas l'impression qui va dominer dans l'opinion. Il y a un certain nombre de marqueurs qui vont marquer l'opinion. Il y a évidemment la question des deux jours fériés. Oui, on va y revenir, évidemment.

Il y a aussi la question de la franchise, de la franchise médicale à 100 euros, qui, elle aussi, va beaucoup marquer l'opinion. Et tout ça, bien évidemment, en ayant en toile de fond un grand problème, qui est d'abord une perception globale par les Françaises et les Français, de vivre dans une société marquée par de grandes inégalités, un sentiment d'injustice qui est quand même très présent dans l'opinion et qui ne peut que, effectivement, ça ne peut qu'agir sur la perception des annonces du Premier ministre. Et aussi, il y a une autre dimension qui explique les débats, la réaction de Martine à notre antenne.

Eh bien, c'est qu'aussi, le Premier ministre est en difficulté pour prendre appui sur, au fond, un mandat qui lui aurait été donné par le suffrage universel. C'est sa difficulté principale. Et on voit que là, ça va sans doute beaucoup lui manquer.

7:55
Présentateur

Julien Nenni, effectivement, Bruno Cotteres parlait de cet effort de communication qui a commencé il y a déjà longtemps, plusieurs jours de la part du gouvernement. Et finalement, le message ne passe pas comme il voudrait qu'il passe. Est-ce qu'on peut le résumer comme ça ?

8:06
François Bayrou

Oui, plusieurs jours, on pourrait même remonter à plusieurs semaines, même plusieurs mois. On se souvient, par exemple, de la conférence de presse de François Bayrou le 15 avril, dans les mêmes locaux, d'ailleurs, que cet après-midi, où il avait commencé à préparer les esprits. Il avait parlé, non pas d'un moment de vérité, mais du moment où, ça y est, on fait le diagnostic de l'état désastreux, avait-il dit, de nos finances publiques. Et ça avait commencé, voilà, dès le 15 avril, donc, pour préparer l'opinion publique à l'espèce de purge. Le mot n'était pas assumé, mais c'était quand même ça que ça voulait dire, qu'il allait annoncer d'ici le 14 juillet, avait-il dit.

Finalement, c'était pour aujourd'hui le 15. Et effectivement, l'élément de communication qui avait été mis en avant le plus ces derniers jours par le gouvernement et par le Premier ministre, c'était cette idée, voilà, que tout le monde devait contribuer. Pour que ça soit accepté socialement et électoralement aussi, nous avait-on dit, il faut que tout le monde soit mis à contribution. Alors, on peut débattre du fait de savoir si les plus riches sont suffisamment mis à contribution ou non. Il y a quand même cette contribution solidaire, comme l'a appelé le Premier ministre, qui va exister. On ne connaît pas encore tous les contours.

9:01
Présentateur

Les contours sont encore très flous.

9:03
François Bayrou

Ils sont encore très flous, volontairement, de la part de François Bayrou, pour laisser de la place à la négociation. Il y a aussi, évidemment, donc ça, c'était pour la gauche. Pour la droite, il y a notamment ce que réclamait Bruno Retailleau, le patron des LR, ministre de l'Intérieur. Cette allocation sociale unique qui fera l'objet d'un nouveau projet de loi à la fin de l'année. Et puis, il y a cette volonté de travailler plus, voilà. Il y a des marqueurs qu'il essaye, des signaux qu'il essaye d'envoyer à la droite comme à la gauche. Maintenant, la négociation va commencer. Les premières réactions sont très négatives. Chez Marine Le Pen, comme chez Jean-Luc Mélenchon, c'était attendu.

Mais aussi, en partie, on n'a pas encore tous les détails au sein du bloc central et chez les syndicats. Tout ça ne fait que commencer. On va avoir rendez-vous à la rentrée pour savoir comment tout ça atterrit.

9:39
Présentateur

Alors, puisque vous commencez, et c'est bien normal à rentrer un peu plus dans le détail de ces mesures, effectivement, parmi les réductions des dépenses publiques annoncées, il y a ces 3000 postes en moins de fonctionnaires. Je vous propose qu'on accueille Sophie. Bonjour Sophie. Bonjour. Je crois que c'est une mesure en particulier qui vous inquiète.

9:55
Auditeur

Je me posais justement la question de savoir quels étaient les 3000 postes de fonctionnaires qui seraient supprimés, puisqu'il me semble qu'on n'arrive déjà pas à recruter assez de professeurs pour toutes les écoles, collèges, lycées. Je crois qu'on veut aussi recruter des policiers, des militaires supplémentaires. Donc, du coup, quels seraient les fonctionnaires qui sont payés par l'État, puisque c'est l'État qui veut faire des économies ? Quels seraient ces fonctionnaires dont les postes seraient supprimés ?

10:24
Présentateur

Merci beaucoup pour votre question, Sophie. Mathieu Plannes, on n'a pas encore le détail exact. Malgré tout, effectivement, il y a également ce non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui part à la retraite. On va toucher inévitablement à la fonction publique.

10:35
Invité

Oui, inévitablement. Effectivement, quand on cherche à faire des économies du côté des dépenses de l'État, une partie est liée à la masse salariale. Ça a été dit aussi qu'il n'y aurait pas de revalorisation de l'indice fonction publique. Bon, ça, c'était assez attendu. Et du coup, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois. Alors, est-ce que ça sera purement mécanique, ministère par ministère, hors ministère de la Défense, qui, à mon avis, est complètement écarté de cette histoire ? Ce qu'il faut savoir, c'est que oui, ça va être difficile pour un certain nombre de ministères.

Et quand on gèle la dépense en valeur d'un certain nombre de ministères, ça nécessite de faire des économies assez substantielles, dont le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois ne suffira pas. Je vous donne juste un chiffre. L'économie attendue sur la dépense de l'État hors défense, c'est autour de 10 milliards. Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois, chaque année, apporte entre 400 et 500 millions d'euros. Donc, c'est 4 à 5% du problème. Donc, ça veut dire, où sont les 95% d'ajustement budgétaire du côté de la dépense de l'État ? Est-ce que c'est sur les dépenses d'intervention ? Donc, sur l'investissement, sur certaines aides aux entreprises ?

Est-ce que c'est sur les politiques de l'emploi ? Est-ce que c'est sur l'apprentissage ? J'allais dire, là, pour le moment, on reste quand même dans des grandes masses. Effectivement, on va cibler, on va dire, 3 000, c'est beaucoup. Mais, en réalité, 3 000, c'est toujours assez effrayant de dire, on va réduire les effectifs. Mais ça reste assez peu au regard des enjeux budgétaires. Donc, la question, c'est où est-ce qu'en fait, les grosses mesures vont être prises et qui ça va affecter ? Est-ce que c'est plutôt les entreprises ? Est-ce que c'est plutôt d'autres types d'investissements ? Est-ce que ça peut être le fonds vert ? Est-ce que ça peut être l'apprentissage ?

Est-ce que ça peut être France 2030 et les politiques industrielles ? Donc, j'allais dire, la réalité va se cacher plutôt dans les détails et, pour le moment, on reste quand même sur des grandes masses.

12:14
Présentateur

Julien Nenni, je crois que vous avez quelques éléments là-dessus, notamment sur les fonctionnaires.

12:18
François Bayrou

Oui, pour répondre à l'interrogation de Sophie. Juste, François Bayrou a fait juste une précision tout à l'heure pendant sa conférence de presse sur la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires. C'est que ça ne toucherait pas les enseignants dans le cadre de la réforme de la formation de ces enseignants. Voilà, c'est une première précision qu'il a apportée. Maintenant, ça en réclame évidemment beaucoup d'autres, mais c'est un élément de réponse pour Sophie.

12:37
Présentateur

Bruno Cotteres, politiquement, ce choix de suppression de fonctionnaires, ça colore forcément aussi un plan d'économie ?

12:45
Invité

Oui, forcément, ça colore, d'autant que le Premier ministre, dans son discours, n'a eu finalement assez peu de mots pour la fonction publique, pour les fonctionnaires, par exemple, pour mettre en avant les efforts de la fonction publique déjà faits, déjà consentis. Il dit à un moment donné que ce sont les entreprises qui sont le principal atout du pays pour redresser l'économie et nos finances publiques. Donc c'est vrai qu'on aurait pu s'attendre que le chef du gouvernement, au titre de, au fond, celui qui a autorité sur l'ensemble de la fonction publique, ait peut-être des propos déjà plus encourageants pour les fonctionnaires.

Il a modéré l'idée de ne pas revaloriser, au fond, les rémunérations en disant que les possibilités de promotion interne, telles qu'attendues, seraient préservées. Mais là encore, le diable va sans doute se cacher dans les détails.

13:38
Présentateur

– Puisque vous parlez de ce ton, un peu, finalement, du Premier ministre dans ce discours, est-ce que, selon vous, vous diriez qu'il a manqué d'empathie ? C'est ce que j'ai l'impression de lire entre les lignes de ce que vous dites. Effectivement, il y avait beaucoup de gravité, beaucoup de rappel à l'urgence, avec des mots très graves sur la malédiction qui n'a pas d'issue, etc. Enfin, la situation d'urgence dans laquelle on se trouve. Peut-être que ça a manqué de rondeur ? Est-ce que c'est comme ça que vous le diriez ?

14:02
Invité

– Oui, en tout cas, ça a manqué, sans aucun doute, en particulier, je trouve, par rapport à l'ensemble des fonctions publiques et des efforts très importants qui ont déjà été faits, puisque ce n'est pas la première fois que les fonctions publiques sont mises à contribution au titre du redressement des financeurs publics. Sans doute aurait-il pu être un peu plus à l'écoute de ce point de vue-là, ou en tout cas avoir des paroles un peu plus encourageantes. Alors, c'est vrai que le discours du Premier ministre a commencé par 20 ou 25 minutes à la tonalité extrêmement sombre. On avait le sentiment d'être un petit peu au bord de l'apocalypse.

14:36
Présentateur

– Au bord de la falaise, ça a été les termes qu'il a utilisés.

14:39
Invité

– Exactement, donc il lui était peut-être après très difficile d'embrayer sur des propos un peu plus optimistes.

14:45
Présentateur

– Mathieu Plannes, là-dessus, sur ce constat, déjà, aussi, de cette urgence-là, est-ce qu'il est réel ? Le trait a-t-il été un peu forcé, justement, pour faire passer ce plan d'économie ? Comment vous l'analysez ?

14:58
Invité

– Effectivement, il y a une forme de communication, un peu, on va dire, qui a tendance à aggraver la situation, parler de falaise. On a même eu un petit comparatif avec la Grèce, ce qui n'est quand même pas rien. Alors qu'on aurait plutôt tendance à se comparer à l'Italie, en réalité. L'Italie n'est pas forcément en situation de défaut. Non, la situation budgétaire est grave. Mais effectivement, il faut prendre des décisions, il faut prendre des mesures. Ça, c'est important. Effectivement, le redressement aussi des comptes publics, il a dit, il serait sur plusieurs années.

Et ce qui est vrai, c'est qu'avant de stabiliser la dette publique, il va falloir faire des efforts pendant plusieurs années. Ça sera des efforts qui vont être chiffrés, globalement, à plus de 110 milliards d'euros en cumul sur 4 ans. Donc ça veut dire que c'est aussi la première marche. Il a déjà dit aussi à la fin de sa Convérience au presse, que 2027, il y aurait aussi des mesures à prendre. Et donc oui, la situation est grave. Après, j'allais dire, elle est grave, pas que budgétairement. S'il y avait une assise politique forte et une majorité, vous pouvez prendre des mesures impopulaires et faire des choix politiques.

Là, aujourd'hui, c'est que vous avez une crise budgétaire et une crise politique. Et à la sortie de ça, on ne sait pas du tout, en réalité, ce qui va en ressortir dans une loi de finances. Qu'est-ce qui va être voté ? On voit qu'il y a certainement un jeu, peut-être, à gonfler les chiffres et puis après, à mener des négociations pour aboutir à un budget. La réalité, c'est qui peut savoir ce qui va sortir en septembre du projet de loi de finances suite à cette annonce ? Donc effectivement, c'est une façon de débunker les questions budgétaires et de commencer à entamer des négociations politiques. Mais on voit que des lignes rouges, elles sont partout.

Elles sont sur un certain nombre d'endroits, ce qui va sembler quand même très difficile. Donc il n'est pas, pour le moins, accepté, ce budget.

16:31
Présentateur

Alors, si on parle de lignes rouges, il y en a une qui fait particulièrement réagir depuis qu'elle a été annoncée, c'est la suppression de deux jours fériés. Je vous propose qu'on accueille Olivier. Bonsoir.

16:43
Auditeur

Oui, bonsoir. Vous nous appelez de... Oui, je vous appelle de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. Bonjour, merci d'avoir retenu ma question.

16:51
Présentateur

Avec plaisir, on vous écoute.

16:53
Auditeur

Vous avez excusé mon discours à la Fidèle Castro. Voilà, bon, comment dire, mon intervention est en quatre points. Et d'abord, rappelez ça à tous les gens, c'est que le déficit de l'État a commencé en 73, c'est-à-dire avant le septennat de Giscard d'Estaing. C'est-à-dire que chaque année, des députés de droite comme de gauche ont voté des déficits de 3%. Donc ça, ça fait 50 ans que ça dure.

17:17
Présentateur

Ce qui a été rappelé par le Premier ministre dans son discours, 50 ans qu'on n'a pas eu un budget à l'équilibre.

17:22
Auditeur

Oui, donc lui est aussi responsable. Enfin, que ce soit Bérou, la gauche, droite, enfin je m'en fous. Mais bon, ça c'est un état de fait et je veux dire, c'est une attitude un peu criminelle de la part des politiques d'avoir cautionné ce genre de truc. Maintenant, quant à supprimer deux jours fériés, je pense que c'est une mesure inégalitaire parce que la suppression de ces deux jours fériés, j'imagine, n'a pas le même poids pour certaines catégories de salariés. Je pense à des salariés qui ont des travaux pénibles, etc. Donc je ne suis pas sûr que ce soit une mesure très égalitaire. Maintenant, il y a aussi une autre chose, c'est comment la commission des finances peut vérifier.

Enfin, imaginons qu'on dit maintenant, vous allez travailler le 1er janvier et le 25 décembre. Et comment la commission des finances peut s'assurer que les sommes qui correspondent aux cotisations du 1er janvier et du 25 décembre vont bien être affectées, transférées vers un compte particulier qui est destiné uniquement à la résorption des déficits. Et enfin, dernier point, c'est pourquoi ne pas augmenter les impôts et que le gouvernement, celui-là, signe une espèce de contrat moral avec la population, un peu à la main des frances, mais bon, les politiques d'eau de volée, il n'y en a plus, et disent, voilà, on a besoin d'augmenter les impôts pendant, mettons, 15 ou 20 ans.

Voilà le contrat que l'on passe. Et les gouvernements successifs sont tenus par ce contrat. Et ensuite, quand le problème est résolu, dire, voilà, ces impôts, quand vous avez demandé de payer, on les supprime et on repart sur nouvelle base. Enfin, c'est tout ce que j'avais à vous dire. Bon, excusez-moi de m'appeler Fidel Castro.

19:00
Présentateur

Merci beaucoup, en tout cas. Je vous propose qu'on fasse point par point. On va débuter avec les jours fériés parce qu'effectivement, cela fait beaucoup réagir, notamment, et de tous bords. Jordan Bardella, pardon, la suppression de deux jours fériés, aussi chargée de sens que le lundi de Pâques et le 8 mai est une attaque directe contre notre histoire. Marine Tondelier, des écologistes, qui rappelle que le 8 mai, c'est la victoire contre le nazisme. Comment doit-on comprendre cette suppression des jours fériés ? Bruno Cotteres, effectivement, ça semble être possiblement la mesure la plus impopulaire de ces annonces de cet après-midi.

19:34
Invité

Eh bien, c'est effectivement, en termes de communication, une des annonces qui va le plus retenir l'attention, le plus être débattue, bien évidemment, parce qu'elle a une très forte portée symbolique. Alors, si on essaie d'aller un petit peu là, qu'est-ce que ça nous raconte ? Ça nous raconte, au fond, que le sentiment diffus dans l'opinion, ça va être que c'est un peu de notre faute. On ne travaille pas assez, on coûte trop cher. Et donc, ça, c'est une des grandes difficultés de l'exercice de communication de François Bayrou cet après-midi. Il a essayé de redresser en disant qu'il y aura aussi la création d'une taxe pour les très hauts revenus, etc.

Mais il est à craindre, effectivement, pour lui, que ce qui va dominer, c'est le sentiment qu'au fond, un pays qui travaille, qui cotise, qui est taxé, au bout du compte, on lui dit que c'est quand même un peu de sa faute et qu'il ne travaille pas assez. C'est ça qui va sans doute être pas mal retenu.

20:30
Présentateur

Oui, et puis c'est très concret, finalement, pour chacun d'entre nous. La suppression de deux jours fériés, ça se voit tout de suite.

20:34
Invité

Oui, voilà, c'est très concret. C'est quelque chose qui parle absolument à tout le monde et qui va être, évidemment, très retenu comme mesure.

20:45
Présentateur

Julien Nenni, vous aviez quelque chose à dire sur ce sujet ?

20:47
François Bayrou

Oui, au sein du gouvernement, ces derniers jours, on sentait venir un peu cette annonce sur la suppression des deux jours fériés. Beaucoup de ministres sont persuadés que la stratégie de François Bayrou est en fait la suivante. Il charge la barque au maximum. Vous savez, c'est cette vieille technique très répandue en politique comme dans le monde du travail où, quand vous voulez négocier votre salaire à la hausse avec votre patron, vous réclamez 150 pour obtenir 100, vous voyez ? C'est un petit peu ça. Il charge la barque en disant bon, finalement, on va supprimer deux jours fériés, le 8 mai et le deuxième, c'était... Le lundi de Pâques, en tout cas, c'est l'idée.

C'était le lundi de Pâques, il a évoqué, merci. D'ailleurs, on rentre en négociation à la rentrée de septembre avec les groupes parlementaires, les partenaires sociaux et puis à la fin, peut-être qu'on aboutira à un jour férié supprimé ce qui permettra au Premier ministre de présenter ça comme concession. Dire, vous voyez, je vous ai entendu et je suis prêt à réduire un peu la voilure. C'est l'une des interprétations qu'on peut faire de cette annonce. On verra si ça se vérifie à la rentrée une fois que les travaux parlementaires aussi auront repris.

Mais voilà, on peut comparer cette négociation à venir avec ce qui peut se passer dans les négociations, non seulement sur les deux jours fériés, mais aussi, vous voyez, sur l'effort qui est porté à 44 milliards. Peut-être qu'à la fin, l'addition sera un peu moins salée et que ça permettra à François Bayrou de sauver la face.

21:56
Présentateur

Mathieu Plannes, sur ces jours fériés, il y a la question de savoir comment ils seront affectés, notamment ? Et de fait, est-ce que c'est vraiment efficace de supprimer des jours fériés, économiquement parlant ?

22:04
Invité

Alors, en fait, ce qu'il faut savoir, si on prend l'exemple du lundi de Pentecôte, de mémoire...

22:08
Présentateur

C'est celui qu'on a tous en tête.

22:09
Invité

Voilà. Effectivement, vous supprimez un jour férié, donc un jour férié n'est plus un jour férié, et donc vous le travaillez, mais il n'est pas rémunéré plus. Donc, c'est le travailler plus pour gagner pareil, en fait. Donc, vous n'avez pas le travailler plus pour gagner plus. Donc, c'est vrai que c'est le salarié qui, donc, va contribuer à cet effort. Par contre, d'un point de vue économique, mais par contre, d'un point de vue budgétaire, le lundi de Pentecôte était assorti d'une cotisation exceptionnelle sur la masse salariale de 0,3% qui était payée par les entreprises.

Donc, en fait, c'était un peu un jeu de vaste communiquant, c'est-à-dire que le salarié travaillait un jour de plus, qui faisait plus d'activités pour la boîte, qui pouvait, du coup, financer le supplément de cotisation. Par contre, si la boîte fait cadeau de ce jour férié, ce qui est arrivé pour le lundi de Pentecôte, c'est l'entreprise qui le prend à sa charge. Donc, c'est comme ça qu'il y a ce jeu d'affectation. Ce n'est pas le supplément d'activité qui va être récupéré dans des cotisations globales qui vont être réaffectées. Moi, il me semble que c'était qu'il y avait une hausse de fiscalité qui était quand même attribuée avec ça, mais ça n'a pas été précisé par le Premier ministre.

23:07
Présentateur

Et cette idée du jour férié comme catalyseur, finalement, ça vous semble crédible ?

23:12
Invité

Comme catalyseur, oui. On voit que ça pose un problème. C'est qu'aujourd'hui, on dit qu'il faut revaloriser le travail. En fait, là, vous travaillez plus, pas pour gagner plus.

23:20
Présentateur

On n'a plus que la moitié du slogan, effectivement.

23:22
Invité

Voilà. Donc, ça, c'est quand même assez embêtant. Ça vient aussi percuter, déjà, la réforme des retraites qui augmente les durées de cotisation et donc le fait de travailler plus longtemps tout au long de la vie. D'ailleurs, si vous faites le calcul, deux jours fériés sur l'ensemble d'une carrière, ça fait à peu près entre 80 et 90 jours de travailler en plus. C'est quasiment quatre mois. C'est comme si on avait une petite mini réforme des retraites supplémentaire. Après, est-ce que les entreprises vont l'appliquer ou pas ? Et donc, c'est plutôt sur la question de qui contribue à cet effort de redressement et comment on valorise le travail.

Effectivement, vous n'avez pas de gains à ce travail supplémentaire. France Inter, le téléphone sonne.

23:59
Présentateur

Vous êtes effectivement bien au téléphone sonne. Nous sommes avec Mathieu Plannes de l'OFCE, Bruno Cotteres, chercheur au CNRS au Cevipov, Julien Nenni du service politique de France Inter. On décrypte avec vous les annonces qui viennent, qui ont quelques heures à peine de François Bayrou sur le plan à 44 milliards d'euros d'économie désormais. Et on accueille John. Bonsoir. Bonsoir. On vous écoute, vous êtes le bienvenu. Merci. Premièrement, merci pour la qualité de vos émissions. C'est toujours un plaisir de vous écouter. Merci à vous.

Et donc, moi, je voudrais réagir, non pas sur un volet politique, mais de dire, en étant pragmatique aujourd'hui, je suis déçu qu'on ne parle pas d'efficience. Qu'on nous prélève, je ne parle pas seulement du particulier, mais d'entreprise. Qu'on prélève les sources de revenus nécessaires pour le fonctionnement de l'État, c'est une chose absolument normale. La question que je me pose, c'est quelle est l'efficience de ce prélèvement. Ça veut dire, pour un euro prélevé, qu'est-ce qui est restitué réellement en service ? Aujourd'hui, on voit que la santé, c'est un sujet qui est compliqué. La justice est très longue, parce qu'elle est engorgée.

Donc, il y a tout un tas de services publics qui dysfonctionnent. On n'a jamais eu un taux de prélèvement. En tous les cas, on nous annonce des taux de prélèvement qui vont monter. On nous annonce du service qui va baisser. Et à aucun moment, on ne parle d'efficience, du prélèvement et du service rendu. Moi, c'est une opinion personnelle, mais qu'on nous prélève beaucoup, si on a un super service à côté, pourquoi pas ? Mais qu'on nous prélève beaucoup avec un service médiocre. Là, on a un vrai problème. Et cette question-là, on ne la soulève jamais. On parle seulement d'économie, on parle seulement de restrictions, de moins de services.

Et j'aimerais bien écouter vos experts sur le sujet de l'efficience de l'État. Merci beaucoup. Écoutons nos experts, Mathieu Plannes, sur ce sujet.

25:50
Invité

C'est un vaste sujet, effectivement. L'évaluation des politiques publiques, c'est un vaste sujet. Et regarder l'efficience de la dépense, c'est quelque chose qui est bien sûr primordial, qui est quand même regardé en partie. Mais ce qu'on observe, on a fait une étude à l'OFCE récemment, en réalité, sur la trajectoire récente du déficit, au fond, c'est surtout des mesures qui ont été prises depuis 2017, qui sont cumulées et qui sont importantes. On l'a vu avec le tournant d'ailleurs des Gilets jaunes, mais après, il y a eu les crises, la crise Covid, la crise énergétique, il y a eu des mesures permanentes, il y a eu aussi le Ségur de la santé.

Et en fait, si vous cumulez tout ça, vous avez une baisse, en réalité, de la fiscalité qui n'est pas négligeable. Ça représente 2,5 points de PIB. Depuis 2017, ça fait à peu près 75 milliards de baisse de prélèvement. Donc, ce n'est pas négligeable. Alors, les gens ne le ressentent pas forcément, mais les statistiques montrent ça. Mais qui n'ont pas été financés, en réalité. Et donc, vous avez un trou dans la raquette. Et donc, les gens ont l'impression, effectivement, de ne pas avoir une amélioration de la qualité des services publics. Mais en même temps, les prélèvements, certains ont de prélèvements baissés. Et donc, vous avez un trou qui s'appelle le déficit. Donc, vous avez deux choix.

Soit vous rationalisez plus la dépense, mais faire des gains d'efficacité, ça prend du temps. Ce qu'on appelle des réformes structurelles. Mais c'est des choses qui s'étalent sur plusieurs années. Et donc, tout le monde appelle à ça depuis longtemps. Il faut une majorité à l'Assemblée pour ça. Il faut une majorité. On parle du mille feuille territoriale, la suradministration, des choses comme ça. En réalité, des fois, c'est un peu gonflé, tout ça. Enfin, ce que je vais dire, ce n'est pas toujours une réalité. Et puis, surtout, ou les agences de l'État, mais ça nécessite de prendre du temps pour dégager des économies substantielles là-dessus.

Et donc, on est un peu dans cette course-là à des baisses de fiscalité pour, soit améliorer la compétition des entreprises, soit pour essayer de redonner un peu de pouvoir d'achat aux ménages par une suppression de taxes d'habitation, ou on renonce à la hausse de la taxe carbone, un certain nombre de choses qui ont pu être faites, ou des suppressions de fiscalité sur les hauts revenus et le patrimoine. Mais au bout d'un moment, vous avez la facture, parce qu'aujourd'hui, on est sorti d'une période de crise. Et là, on s'aperçoit que la France, en fait, finalement, a eu des mesures qui n'ont pas été financées et elle n'a pas les moyens aujourd'hui. Aujourd'hui, il faut qu'elle fasse des choix.

Soit elle remonte un peu sa fiscalité, soit elle doit faire des économies substantielles. Mais on se retrouve presque dans un virage, j'allais dire presque un petit choix de société.

27:59
Présentateur

Bruno Cotteres, derrière la question de John, il y a aussi, finalement, celle de la compréhension pour le tout-un-chacun entre une mesure et un effort qu'on lui demande, et finalement, un rendu en termes de services ou un impact sur sa vie quotidienne. Est-ce que cette compréhension, elle est au rendez-vous ? Vous trouvez des annonces d'aujourd'hui. Est-ce que ce sont des annonces lisibles pour le citoyen français ?

28:22
Invité

Oui, c'est une excellente question qu'a posée John. Nous, dans les enquêtes que nous réalisons, au Cevipof en particulier, sur la manière dont les Françaises, les Françaises perçoivent la situation du pays, perçoivent tout ça, ce point, il est absolument central. La question de l'efficacité de l'action publique, le sentiment qu'au fond, on ne voit pas très bien où ça part.

On paye des taxes, on paye des impôts, les gens ont le sentiment que c'est une sorte de tonneau sans fond de problèmes qui ne sont jamais réglés, qui ne sont jamais résolus, qu'ils ont toujours entendu parler qu'il y a des soucis, qu'il y a des problèmes, qu'il y a des dettes, qu'il y a des déficits, qu'il y a des réformes structurelles à faire. Et puis, on ne voit pas très très bien au fond l'ensemble des réformes, qu'est-ce qu'elles ont données ? Est-ce qu'un jour un ministre, un chef de gouvernement peut dire « Ben voilà, il y avait telle réforme, vous avez fait tant d'efforts, eh ben on a réglé le problème. » Ça a eu l'effet qui était attendu.

On n'entend pratiquement jamais aucune personnalité politique dire ça, pratiquement jamais. Telle réforme a-t-elle eu l'effet qui était attendu. Et donc ça génère ce sentiment d'une sorte d'incompréhension, de sidération, de déception permanente avec le discours politique. Et c'est sans aucun doute un des points les plus importants à améliorer sur le fonctionnement de notre démocratie en France.

29:40
Présentateur

Mathieu Plannes, vous vouliez rajouter quelque chose ?

29:41
Invité

Oui, il y a un point important aussi, peut-être plus macroéconomique, mais qui est important à comprendre, c'est que structurellement, la dépense a tendance à augmenter. Aussi avec le vieillissement de la population, les besoins de la défense, on l'a vu, un certain nombre d'innovations aussi sur les produits de santé, on traite mieux, plus longtemps, des cancers, mais ça a un coût. Il y a des besoins d'éducation qui sont de plus en plus forts, il y a la transition écologique, vous avez une dépense publique, en fait vous avez des besoins qui sont vraiment structurellement de plus en plus forts.

Et de l'autre côté, ce qu'on voit, c'est qu'en gros, depuis la crise financière de 2008, on a une croissance qui est très peu dynamique. Et la croissance, c'est vos recettes fiscales. Et en fait, quand vous n'avez pas de croissance, vous avez moins de recettes fiscales, et par contre, vous avez des besoins qui continuent à augmenter. Et la question, c'est comment on réconcilie ces deux choses, ces besoins de dépenses qui sont de plus en plus forts structurellement, pour plein de raisons, et cette croissance qui va être modeste et qui va être modeste dans les années à venir.

Et donc, c'est la question comment on finance notre modèle social, comment on finance notre armée, on est face à ce défi-là aujourd'hui.

30:36
Présentateur

Sur cet enjeu de compréhension et de transparence d'une certaine forme, on a Mathieu qui nous écrit via WhatsApp, pouvez-vous m'expliquer d'où vient ce chiffre de 40 milliards d'euros, 44 désormais ? Effectivement, c'est un point sur lequel c'est assez flou de la part du gouvernement, ça n'a pas été spécifiquement éclairci par François Bayrou cet après-midi. Qu'en est-il Mathieu Plannes ?

30:56
Invité

Oui, j'espère que vous avez quelques minutes. Non, je vais essayer d'être bref. C'est pédagogique si possible. Non, non, non, c'est assez technique. Alors, le problème, c'est qu'on n'a pas effectivement l'ensemble du détail. Déjà, 43,8, c'est qu'on rajoute les efforts de défense. Avant, on était à 40, le président a parlé de 3 milliards et demi supplémentaires pour l'année prochaine sur la défense. Donc, on passe à 43,8, 43,5, voilà. Il faut savoir que vous avez des mesures aussi qui vont devoir être compensées dans les 40, c'est-à-dire que la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises rapportée normalement 8 milliards pour 2025, vous devez la compenser.

Et puis après, ce qu'il faut avoir en tête, et ça, c'est très compliqué, c'est que mesurer des économies du côté de la dépense publique, c'est tout sauf trivial. Ça ne veut pas dire qu'on baisse la dépense publique en valeur. C'est-à-dire que c'est par rapport à une trajectoire des dépenses publiques qu'elle aurait pu avoir...

31:43
Présentateur

Ils connaissent le point de départ de la trajectoire.

31:44
Invité

Exactement. C'est qu'est-ce que vous mettez derrière le spontané, ce qu'on appelle. Et des fois, il peut y avoir un petit jeu comme ça, d'avoir tendance à gonfler un peu la note en disant, regardez si je ne fais rien, la dépense augmenterait de temps ou les déficits seraient de temps. Et donc, moi, en faisant du rétablissement, je fais des économies et donc, je réduis ça. C'est vrai sur la santé. C'est-à-dire que le Premier ministre a dit la dépense santé, si on ne fait rien, va augmenter de 10 milliards. Quel est son calcul derrière, en fait ? Mais en fait, si jamais ce n'est pas 10, le spontané, mais 8, et ramener de 8 à 5, c'est plus que 3 milliards d'économies.

Donc ça, c'est un débat très technique. Mais effectivement, il faut bien regarder ce que contient cette enveloppe de 40 milliards. C'est loin d'être simple, en réalité.

32:26
Présentateur

Catherine nous appelle de Saint-Nazaire. Bonsoir, Catherine.

32:29
Auditeur

Oui, bonsoir.

32:30
Présentateur

On vous écoute.

32:32
Auditeur

Ma question, la voilà. C'est plutôt que de toucher aux besoins fondamentaux du quotidien des Français, comme la santé, l'énergie et autres. Pourquoi est-ce qu'on ne va pas sur des taxes vers des secteurs qui marchent très bien, qui ont fait, par exemple, 300 milliards, je crois, de profits pendant le Covid, comme le luxe, l'industrie du luxe ? Pourquoi on ne taxe pas la high-tech, qui ne répond pas à un besoin fondamental au quotidien et qui ne va pas grever le budget des Français sur des choses essentielles, c'est-à-dire la santé ? Voilà, c'est ma question.

33:09
Présentateur

Merci beaucoup, Catherine. Effectivement, on a beaucoup de questions et de témoignages en ce sens. Pourquoi ce ne sont pas les plus riches qui payent la facture, finalement, pour la faire un peu courte ? On a Christophe également qui nous écrit « Y a-t-il des mesures concernant la baisse des indemnités des sénateurs ou des députés ? » Bayrou a parlé de diminuer le train de vie de l'État. Bruno Cotteres, on tourne toujours autour de cette idée, finalement, d'injustice ou de sentiment d'injustice, en tout cas ?

33:32
Invité

Oui, clairement. On tourne toujours autour de cette idée. Au fond, toutes les mesures d'opinion que l'on a vont dans ce sens-là. Les Français perçoivent au fond, à la fois, la situation du pays comme très confuse, avec plein d'injustice, plein d'inégalités, et avec un peu toujours le sentiment qu'on leur présente toujours l'addition à la fin et qu'on leur explique toujours que c'est de leur faute à eux, au fond. Et donc, effectivement, ça risque d'être le sentiment qui va être dominant dans les semaines qui arrivent, même si l'exécutif s'engageait dans une série de négociations avec les formations politiques, etc.

Ça, ça va très largement, au fond, ça ne risque pas d'impacter fortement ce sentiment d'injustice qui est là. Je ne suis pas surpris que vous ayez beaucoup de réactions d'auditrices et d'auditeurs qui vont dans ce sens-là.

34:20
Présentateur

Effectivement, vous parliez des semaines à venir. On a tous, en point de mire, l'examen du budget à l'automne et la question de savoir comment ça va se passer et ce que ça donnera. Christophe nous écrit sur WhatsApp si l'extrême gauche, l'extrême droite, la gauche, la droite et le centre sont très mécontents des annonces, n'est-ce pas la preuve qu'en fait, c'est du coup relativement équilibré ? Julien Nenni, effectivement, a-t-il une chance de passer, en fait, ce projet ? Ou est-ce, d'ores et déjà, la fin du gouvernement qui a été signée cet après-midi ?

34:46
François Bayrou

C'est une très bonne question. Si on en croit les premières réactions à chaud, effectivement, de tous les groupes politiques, on a l'impression que les carottes sont cuites. Vous permettez l'expression que la censure est au bout du chemin finalement à l'automne. Elle a été brandie par tout le monde dans les minutes qui ont suivi. C'est aussi un objet de négociation, encore une fois. Ce n'est que la première mouture de ce projet de loi de finances 2026. François Bayrou va remettre ça sur l'établi à partir de la rentrée. Il va recevoir tout le monde. Il va mettre en scène ses concertations, mettre en scène les quelques concessions qu'il sera prêt à faire.

On verra si ça concernera les jours fériés notamment ou d'autres mesures annoncées aujourd'hui. Mais voilà, il ne faut pas sous-estimer l'habileté politique non plus de ce vieux loup de mer qui est François Bayrou. Il est là depuis 40 ans presque sur la scène politique. Il sait y faire. François Bayrou, il a beaucoup de défauts mais ça, il sait y faire. Et donc, encore une fois, ce n'est que la première mouture. Maintenant, tout va beaucoup dépendre aussi de l'attitude du Parti Socialiste parce qu'à la limite que la France Insoumise, que les écologistes, que le Rassemblement National râle et brandisse dès maintenant la menace de la censure, ça ne s'en prie en personne.

Ceux qui ont les clés, ceux qui sont arbitres maintenant de ce qui va se passer pour François Bayrou, c'est le Parti Socialiste. On a vu, on a lu Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, faire part de sa liste de course entre guillemets, son mécontentement sur tout un tas de mesures. Il n'a pas employé le mot de censure, lui. Ça veut dire, ça peut être interprété par le gouvernement comme un début de porte ouverte à un début de négociation. On verra encore une fois ce qu'il en sera. L'habileté de François Bayrou, c'est aussi de faire cette conférence de presse un 15 juillet, quelques jours après le début des vacances parlementaires.

Ça veut dire que là, formellement, personne ne peut censurer son gouvernement avant la reprise des travaux au début de l'automne, au début du mois d'octobre.

36:17
Présentateur

Il y a un petit sursis,

36:18
François Bayrou

disons. Il y a un petit sursis. Les vacances vont passer par là. Mécontentement sera peut-être un petit peu moindre à la rentrée quand les gens auront fait un mois de vacances pour ceux qui ont la chance de partir en vacances. Et donc, voilà, il y aura un deuxième, un troisième round de négociations à la rentrée et c'est là que ça se jouera. Mais pour l'instant, oui, on a l'impression que la censure est au bout du chemin et que finalement, François Bayrou a joué son vatou aujourd'hui.

36:37
Présentateur

Mathieu Plannes, y a-t-il, malgré tout, des marges, finalement, de négociations ? Parce que ce n'est pas non plus si évident, eu égard, si l'on en croit le Premier ministre, à l'urgence en tout cas. Est-ce qu'il y a des zones de négociations qui semblent évidentes là aujourd'hui ?

36:51
Invité

Évidentes, non. Ça, c'est sûr. Il faut espérer qu'il y ait des marges de négociations. Je crois que c'était le but du jeu. Ça a bien été dit là. Les montants annoncés, d'abord, les mesures, elles sont quand même assez puissantes d'un point de vue global, pas puissantes en termes de qualité forcément. C'est-à-dire qu'on a quand même un package de mesures assez importantes et massives dans le débat. Effectivement, il y aura énormément de frottements. Je ne vois pas comment tout ça va passer. Il va falloir mener des négociations. Je pense que certains vont demander un rééquilibrage.

c'est sûr, vers plus de fiscalité, peut-être vers plus de justice fiscale ou sociale, notamment le Parti Socialiste, s'il est central. Est-ce que pour autant, ils vont accepter une année blanche qui gèle les minimas sociaux, par exemple, qui fait qu'on réduit le nombre de postes de fonctionnaires et qui ont des effets très anti-redistributifs ? Ce n'est pas gagné. Donc, à la fin, je ne sais pas trop sur quel budget on va accoucher.

37:47
Présentateur

Bruno Cotteret, sur ce sujet et notamment sur cette année blanche pour rebondir sur ce que disait Mathieu Plagne qui avait été d'ores et déjà annoncé comme une ligne rouge pour nombre de partis d'opposition. Est-ce que ça va être le point de friction centrale ? Est-ce qu'il y en aura d'autres ? Et même question que Julien Nenni, est-ce qu'il a une chance d'aboutir finalement ce projet ?

38:04
Invité

Ça devient très compliqué parce qu'au fond, le Premier ministre, il est dans une double contrainte. Première contrainte, si la situation est apocalyptique telle qu'il l'a décrite pendant les 25 premières minutes cet après-midi, alors à ce moment-là, il faut aller jusqu'au bout de ses idées. C'est-à-dire ? Appliquer son plan avant qu'il ne soit trop tard et que la France soit dans le précipice si on écoute le Premier ministre cet après-midi.

Deuxième contrainte, négociation, mais avec des acteurs politiques qui ont tous en ligne de mire la présidentielle de 2027 et à qui il devient de plus en plus difficile de soutenir ou d'aider François Bayrou à passer le cap de cet automne parce que quelques mois après, ils vont se présenter à l'élection présidentielle en disant que François Bayrou faisait fausse route. Donc il devient peut-être très difficile à tous les acteurs politiques de négocier avec François Bayrou pour dire après qu'au fond, il n'allait pas dans la bonne direction.

Ça devient très compliqué comme jeu et donc c'est une contrainte qui pèse de plus en plus lourd sur l'ensemble des acteurs politiques, celles qui vont devoir au fond se présenter sur leur couleur à l'élection présidentielle d'ici un an. Ils seront en ordre de bataille pour la présidentielle.

39:17
Présentateur

Quoi qu'il en soit, on vous sent très pessimiste là, tout de suite.

39:21
Invité

Voilà, pas très optimiste on va dire mais effectivement une période de négociation va s'ouvrir et on verra.

39:27
Présentateur

Julien Nenni, sur le calendrier notamment sur la manière dont vont se dérouler les prochaines semaines et la rentrée prochaine ?

39:32
François Bayrou

Alors, sauf surprise de dernière minute, il va y avoir un nouveau round de ce qu'on appelle la session extraordinaire à l'Assemblée qui va s'ouvrir à partir de la fin du mois de septembre pour faire passer un maximum de textes à l'Assemblée. C'est à ce moment-là que le danger reviendra au-dessus de la tête du gouvernement et singulièrement de François Bayrou et donc à partir du début de l'automne c'est là que traditionnellement ce projet de loi de finances et aussi celui de la sécurité sociale reviennent au Parlement. C'est là que les négociations vont recommencer. On se rapprochera aussi de plus en plus des élections municipales.

On n'en a pas parlé mais ça aussi dans la perspective d'alliance au sien du bloc central et peut-être avec une partie de la gauche ça pourra rentrer en compte dans les petits calculs politiciens de chaque groupe parlementaire au moment de parler de ce budget.

Les élections municipales arrivent au mois de mars donc juste après en 2026 et puis ensuite ce sera le moment du coup prêt au début du mois de décembre je crois que c'était le 4 décembre que la censure était tombée sur la tête de Michel Barnier l'an dernier on arrivera a priori à peu près dans ce calendrier là aussi d'Emmanuel Macron je finis là-dessus tout à l'heure avant le début de cette émission qui lui avait une interprétation assez différente il voyait dans le vatou que je décrivais de François Bayrou aujourd'hui une façon de préparer sa sortie une façon de montrer en termes de communication qu'il a été courageux que lui il est prêt à imposer massivement cette purge de 44 milliards d'euros d'économies qui même me suivent entre guillemets et si ça ne plaît pas aux différentes oppositions et même au sein du bloc central il prépare sa sortie il pourrait même démissionner avant d'être censuré un peu à la façon d'un Jacques Chirac en 1976 en conflit alors avec Valéry Giscard d'Estaing et ça pourrait là encore nourrir ses ambitions François Bayrou pourquoi pas à la présidentielle il n'y a jamais renoncé

41:03
Présentateur

Merci beaucoup Julien Nenni journaliste au service politique de France Inter merci à nos invités Bruno Cotteres CNRS au Cevipof Mathieu Plannes l'OFCE c'était le téléphone sonne