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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 30 novembre 2021 25 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesTravail & emploiRetraitesSanté

Ciotti, Macron... Thomas Porcher démasque leurs manips

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:34OuverteRéponse directe

    Que penser de l'affirmation selon laquelle les Français travailleraient pour l'État jusqu'au 19 juillet ?

  • 5:21OuverteRéponse directe

    Que peux-tu nous dire à propos de l'Institut Molinari ?

  • 8:20OuverteRéponse directe

    Quels sont les chiffres de la désindustrialisation en France ?

  • 9:16OuverteRéponse directe

    Quels sont les chiffres de la désindustrialisation en France ?

  • 10:23OuverteRéponse directe

    Comment expliquer ce phénomène de désindustrialisation ?

  • 15:32OuverteRéponse directe

    Quelles sont les réformes évoquées par ce rapport de l'OCDE ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:29Invité politiqueChiffre
    « Parce que nous détenons de ce fait le triste record d'être le pays au monde où les Français payent le plus d'impôts et de charges. »
  • 1:40Invité politiqueFait
    « Le 19 juillet, c'est le jour de libération fiscale des Français. Ça veut dire que du 1er janvier jusqu'au 19 juillet, les Français travaillent pour l'État. »
  • 2:41InvitéFait
    « C'est une affirmation qui ne veut rien dire. Ça ne veut rien dire du tout. »
  • 9:23InvitéChiffre
    « Quand on regarde même depuis 2008, depuis 2008, on a plus de 900 usines de plus de 50 salariés qui ont fermé. »
  • 10:30InvitéFait
    « La première chose, c'est un tournant que tous les pays finalement ont connu, y compris les États-Unis, y compris des pays européens. C'est le tournant libéral des années 80, qui a mis en avant la valeur actionnariale de l'entreprise. »
  • 16:00InvitéChiffre
    « Si nous n'avions pas dépensé autant d'argent public pour protéger les salariés avec l'activité partielle, protéger les entreprises avec le fonds de solidarité et le prêt garanti par l'État, non seulement nous aurions eu une crise économique plus grave, non seulement nous aurions eu une crise sociale, et même probablement une crise politique, mais en plus, nous aurions eu 11 points de dette supplémentaires. »
  • 16:54InvitéFait
    « La première, c'est l'augmentation de l'âge de départ à la retraite. »
  • 18:34InvitéFait
    « Non, ces réformes sont injustifiées. »
  • 20:24InvitéChiffre
    « Les prestations sociales, c'est 70% du revenu des 10% les plus pauvres. »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur17 %
  • Invité 23 %

1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous, et merci de nous retrouver dans ce nouveau numéro de l'Instant Porchet. Au programme aujourd'hui, les propos d'Éric Ciotti selon lesquels les Français travailleraient pour l'État jusqu'au 19 juillet, la question de la désindustrialisation française et le rapport de l'OCDE affirmant que la France doit reprendre son programme de réforme pour relancer son économie. Les Français travailleraient pour l'État jusqu'au 19 juillet. C'est ce qu'a affirmé Éric Ciotti, le candidat à l'investiture des Républicains, pour évoquer la pression fiscale et sociale qui pèse sur les salariés français. Alors est-ce vraiment le cas ? C'est ce que l'on va voir dans ce numéro.

C'est l'un des dossiers marquants du quinquennat d'Emmanuel Macron. En déplacement à Amiens, le président de la République est allé à la rencontre des anciens salariés de l'usine Whirlpool. Ces salariés qui, malgré les promesses du président de la République, ont connu des plans de licenciement successifs et ont vu leur usine fermée. Alors ce dossier n'est-il finalement pas le reflet d'un échec industriel ? Quels sont les chiffres de la désindustrialisation en France ? Thomas Porchet nous livrera son analyse. La France doit reprendre son programme de réforme engagé en 2017 pour relancer son économie.

C'est en tout cas le constat d'un rapport de l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économique, qui pointe les faiblesses de l'État. Alors que penser des recommandations de l'OCDE ? C'est ce que l'on va voir tout de suite dans l'instant porché. Les salariés français travailleraient pour l'État jusqu'au 19 juillet. C'est en tout cas une affirmation d'Éric Ciotti, le candidat à l'investiture des Républicains, lors d'un débat à droite.

1:29
Éric Ciotti

Parce que nous détenons de ce fait le triste record d'être le pays au monde où les Français payent le plus d'impôts et de charges. Il y a une date qui est importante dans le calendrier civil de l'année. C'est le 19 juillet. Le 14 juillet, c'est notre fête nationale. Mais le 19 juillet, c'est le jour de libération fiscale des Français. Ça veut dire que du 1er janvier jusqu'au 19 juillet, les Français travaillent pour l'État.

1:55
Présentateur

Ce dernier se base notamment sur une étude de l'Institut Molinari sur le jour de la libération fiscale. Selon cette étude, les salariés français paieraient des charges et autres cotisations sociales jusqu'au 19 juillet. Et c'est seulement après cette date fatidique que les Français récolteraient vraiment le prix de leur travail. Toujours selon cette étude, la France serait d'ailleurs la championne d'Europe de la pression sociale et fiscale, puisque les salariés français feraient figure de dernier à être libérés fiscalement aux côtés de l'Autriche.

En première position, on retrouverait notamment Chypre et Malz, avec un jour de libération fiscale fixé respectivement au 14 et au 23 avril, ou encore au 11 mai pour le Royaume-Uni. Bonjour Thomas.

2:33
Invité

Bonjour Tania.

2:34
Présentateur

Alors que penser de cette affirmation selon laquelle les Français travailleraient pour l'État jusqu'au 19 juillet ?

2:39
Invité

C'est une affirmation qui ne veut rien dire. Ça ne veut rien dire du tout. Parce qu'effectivement, peut-être que les Français payent plus d'impôts que d'autres pays, là c'est quasiment sûr, la pression fiscale est plus forte. Mais où va cet argent ? Je veux dire, où vont tous ces prélèvements ? Cet argent, il va où ? Il ne tombe pas dans un trou noir. Quand on dit qu'on travaille pour l'État, ce n'est pas l'État qui raquette et qui fait autre chose, ça ne tombe pas dans un trou noir. Ça finance des services publics, des prestations sociales, les retraites, l'éducation, le transport, tout un tas de services publics en fait, qui sont gratuits.

Quand vous allez à l'hôpital aujourd'hui, on sort d'une crise sanitaire. Les gens ont été hospitalisés en urgence. Quand ils arrivent, qu'est-ce qu'ils sortent ? Ils sortent leur carte vitale. C'est gratuit. Dans d'autres pays, vous sortez votre carte bleue. Donc ne pas comprendre aujourd'hui que l'argent que l'on paye en impôts ou les cotisations que l'on paye finance un service public ou des revenus de substitution, c'est idiot. Donc là, dire qu'on travaille pour l'État sans mettre à côté ce qu'apporte l'État et donc toutes les consommations de services publics qui sont gratuites, mais financées par l'impôt, mais gratuites à la consommation, c'est idiot. Ça ne veut rien dire.

Donc quand on fait des comparaisons, c'est bien de mettre en face ce que financent ces impôts, ce qui n'est pas fait dans l'étude. Et puis après, alors dire que les pays en tête sont Malte et Chypre, je ne sais pas si c'est des exemples de modèles économiques à suivre. Encore une fois, voilà, ce qui prouve en fait que tout n'est pas regardé avec ce biais de la fiscalité aujourd'hui dans le développement d'un pays. C'est un élément à prendre en compte. Cet élément finance un certain nombre de services publics. Il faut voir ce qu'on a en face. Aux États-Unis, par exemple, les dépenses de santé sont privées. Vous voyez, si vous êtes malade, vous dépensez, vous sortez votre carte bleue.

Il y a 2 millions d'Américains qui font faillite à cause d'une maladie. 2 millions d'Américains. L'espérance de vie est plus faible aux États-Unis qu'en France. Et les dépenses, qu'elles soient privées au public, elles sont plus élevées aux États-Unis qu'en France. Donc voilà. Alors si vous voulez avoir un beau chiffre et avoir des baisses d'impôts, on fait le modèle américain, sauf que les dépenses de santé coûtent plus cher qu'il y a une partie des Américains qui n'arrivent pas à soigner et que vous avez une espérance de vie qui est plus faible. Donc c'est un choix à faire. Donc ce chiffre, on ne veut absolument rien dire.

Comme ils se demandent à quoi ça sert et qu'ils disent que ça touche l'État, vous regardez par exemple la proportion d'enfants vivant dans des familles pauvres avant et après redistribution. Avant redistribution, c'est 24%. C'est-à-dire sur la distribution des revenus purs, sans impôts, etc. On a 24% d'enfants qui vivent dans des familles pauvres. Après redistribution, ça descend à 7%. Donc voilà un des effets de cet argent qui est prélevé et qui tombe dans l'État et qui se reverse en termes de prestations sociales. C'est que ça permet de baisser drastiquement la proportion d'enfants vivant dans des familles pauvres. Et donc c'est quelque chose d'utile. Et ça, ce rapport ne le dit pas.

5:21
Présentateur

Cette affirmation d'Éric Ciutti est tirée d'un rapport de l'Institut Molinari. Alors que peux-tu nous dire à propos de cet institut ?

5:28
Invité

Ce qui est marrant, c'est qu'aujourd'hui, vous savez, vous vous réunissez à 10. Vous prenez 10 personnes dont on ne connaît pas les compétences, en fait. Certains vont peut-être avoir des compétences d'économiste, mais d'autres vont peut-être avoir fait juste une école de commerce et certains même peut-être rien. Et vous vous réunissez, puis vous appelez ça un institut, quoi. C'est ça. Et puis vous faites des rapports. Vous faites des rapports, mais vous défendez en fait un point de vue. Vous faites un peu du... Vous êtes finalement une forme de lobby, quoi. Une boîte à idées qui défend un point de vue. L'Institut Molinari, c'est un institut libéral. Les travaux que font les gens qui y sont.

Parce qu'ils appellent ça maintenant, vous savez, ils donnent des noms style directeur de recherche. On voit dans des associations, des institutions, on se donne un titre de directeur de recherche. Mais ces gens-là n'ont aucune publication académique. C'est-à-dire une publication qui est validée par des pairs scientifiques. Comme c'est le cas d'un chercheur. Comme c'est mon cas. Comme c'est le cas de Thomas Piketty. Ou d'autres chercheurs. Vous voyez ? Les économistes atterrés, etc. Eux, ils font des notes qu'ils distribuent à la presse et que la presse relaie. Et moi, je pense que le vrai problème, c'est la façon dont c'est relayé par la presse.

Parce que quand vous avez un grand journal, on va dire, un grand quotidien crédible qui relaie ce type d'études, il y a une confusion des genres. Parce qu'on a l'impression que c'est une étude académique. Alors que ce n'est pas une étude académique. C'est juste une note qui est faite comme ça. Pour dire quoi au final ? Pour dire qu'en France, nous sommes écrasés par les charges. Que nous payons trop d'impôts. Et que, in fine, ça nuit à l'activité. Or, il y a des pays qui ont des très faibles impôts, qui n'ont pas une bonne activité. D'autres qui ont plus d'impôts, qui ont une bonne activité. Ça n'a rien à voir aujourd'hui.

On voit très bien qu'il n'y a pas de lien entre prélèvement et croissance. Il y a des pays qui ont eu des faibles prélèvements et peu de croissance. D'autres qui ont eu beaucoup de prélèvements et un peu plus de croissance. Donc, il n'y a pas de lien. Mais là, c'est une façon d'alimenter des idées. Et de faire en sorte, voilà, qu'à la fin, les esprits soient plus préparés à des réformes libérales. Notamment sur l'impôt. Mais moi, le vrai problème dans tout ça, c'est que ces gens ont le droit de faire ça. Il n'y a pas de souci. Mais c'est que ce soit relayé. Et que des gens qui ne savent pas ce que c'est qu'un travail scientifique. Et un travail où on fait une note comme ça de lobbying.

Ne fassent pas la différence entre les deux. Qu'il y ait une confusion des genres. Pour dire, ah oui, il y a des études sérieuses. Mais ce n'est pas des études sérieuses, ça. Ce n'est pas des études sérieuses. Ce n'est pas sérieux. Et puis, par ailleurs, l'Institut Molinari, un journaliste du Monde, avait dit que ça faisait partie des instituts qui alimentaient tout le doute sur le réchauffement climatique. C'était un institut qui était contre, par exemple, le protocole de Kyoto. Qui était le premier protocole qui sortait des COP, des conférences sur le climat. Qui visait à ce que les pays riches, face à un certain nombre d'efforts, ils y étaient plutôt opposés.

Donc voilà, c'est des gens qui font de la politique. Et il n'y a rien de scientifique là-dedans. C'est tout ce qu'il faut dire. Et s'il n'y a rien de scientifique là-dedans, je pense que ça ne devrait même pas être relié. Ils peuvent participer à des débats médiatiques s'ils veulent. Mais reliés comme ça, par de la presse, on va dire, quotidienne, d'un niveau assez élevé, c'est leur donner finalement une valorisation. Moi, je trouve qu'ils ne méritent pas.

8:21
Présentateur

Rappelez-vous, en 2017, Emmanuel Macron, alors candidat aux présidentielles, avait promis aux salariés de l'usine World Pool d'Amiens de sauver leurs emplois. Pourtant, quelques années plus tard, l'usine a fermé. Les salariés ont connu plusieurs vagues de licenciements et les tentatives de reprise ont échoué les unes après les autres. Désormais, le président de la République leur répond, je cite, « Je me suis fait savoir avec vous. Ça montre malheureusement que la bonne volonté ne suffit pas. On s'est parfois fait prendre pour des imbéciles. » Le président de la République a également précisé que des solutions sont apportées à chacun des salariés pour un retour vers l'emploi.

Sur les 278 salariés que comptaient l'usine, 43 n'ont toujours pas retrouvé d'emploi.

8:58
Invité

Ça n'est pas, je l'aurais dit, leur échec. C'est la vie de l'entreprise, du site, qui les a frappés. Donc nous, il faut qu'on les aide. Et donc, sur chacun, on va continuer à proposer des solutions individuelles.

9:10
Présentateur

Alors Thomas, c'est vrai que dans l'actualité, on parle énormément du dossier Airborne Pool parce qu'Emmanuel Macron est retourné sur place. Mais finalement, ce n'est pas la seule usine victime de fermeture en France. Quels sont les chiffres de la désindustrialisation en France ?

9:23
Invité

Les chiffres sont massifs et qui sont catastrophiques. On a toujours l'impression que la désindustrialisation, c'est arrivé il y a 20 ans, et puis que finalement, ça va un peu mieux ces dernières années. Non, non, c'est faux. Quand on regarde même depuis 2008, depuis 2008, on a plus de 900 usines de plus de 50 salariés qui ont fermé. Vous vous rendez compte, ça fait une cinquantaine, soixantaine d'usines qui ferment tous les ans. Donc ça fait deux, trois par mois d'usines qui ferment. On en parle d'une par-ci, par-là. Mais sinon, on n'en parle jamais. C'est ça, la réalité des défaits.

Et puis même quand on regarde notre production industrielle en 1999, quand on compare à celle qu'on avait en 1999, et qu'on la regarde aujourd'hui, on est en dessous. Alors que des pays comme les États-Unis sont au-dessus, ou l'Allemagne sont également au-dessus. Donc nous, nous avons eu vraiment une désindustrialisation beaucoup plus forte que les autres pays, alors que nous avions quand même des champions. Nous avions des grands champions, Alcatel, Alstom, etc. Et aujourd'hui, il n'en reste pas grand-chose. Donc la situation est grave.

10:23
Présentateur

Et comment expliquer ce phénomène ?

10:26
Invité

Elle s'explique par plein de choses. Elle s'explique déjà par les conditions qui ont favorisé ça. Alors la première chose, c'est un tournant que tous les pays finalement ont connu, y compris les États-Unis, y compris des pays européens. C'est le tournant libéral des années 80, qui a mis en avant la valeur actionnariale de l'entreprise. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est plutôt ce qui se passe sur les marchés financiers et pas ce qui se passe dans la production réelle. Et donc, on est amené parfois à fermer des unités que l'on considère moins productives pour les installer ailleurs, vous voyez, et faire monter l'action en bourse.

Je veux dire, il y a quand même des dirigeants qui ont poussé cette logique jusqu'au bout. Vous aviez le PDG d'Alcatel, qui s'appelait M. Chourouk, qui lui avait dit qu'il voulait une entreprise sans usine. C'est pour dire. Donc, le mec, il ne s'intéressait qu'à la valeur actionnariale de son usine. Il ne voulait plus d'usine. Alors qu'Alcatel était numéro un de la fibre optique. C'était un outil industriel majeur. Si aujourd'hui, nos téléphones sont tous des téléphones américains, iPhone ou des téléphones coréens, Samsung, et que nous n'avons pas de téléphone français, c'est parce que des gens ont démantelé aussi l'outil industriel français.

Parce que si on avait gardé Alcatel, comme les Américains ont été bien malins de garder les entreprises qu'ils jugeaient stratégiques, on aurait probablement des smartphones Alcatel qui concurrenceraient aujourd'hui iPhone et qui feraient peut-être qu'iPhone paierait ses impôts. Parce qu'iPhone aussi, aujourd'hui, ne paie pas ses impôts parce qu'il sait qu'il n'y a pas de concurrence sur place et donc qu'il peut se permettre à peu près tout. Donc, c'est ça. Et puis après, c'est le marché unique en Europe. Beaucoup de gens nous ont fait genre « Oui, l'Europe, c'est la paix des peuples. L'Europe, c'est l'amour des peuples. » On est tous d'accord avec ça.

OK, on n'en a rien contre les Européens. Mais surtout, l'Europe, c'est le marché unique. Et le marché unique, c'est la liberté de mouvement des capitaux et la liberté de mouvement des hommes. La liberté de mouvement des capitaux, c'est qu'on peut installer très facilement le capital dans une entreprise là où on veut. Et aujourd'hui, vous regardez des dossiers. En fait, on nous parle souvent de souveraineté européenne. Macron, il dit « la souveraineté européenne ». Et quand vous avez Ascoval qui se délocalise en Allemagne, on perd des emplois en France. Eux, ils gagnent des emplois en Allemagne. Il n'y a pas de problème, c'est la souveraineté européenne. Tout ça se passe en Europe.

Quand vous avez des fonderies qui délocalisent au Portugal ou en Europe de l'Est, on perd des emplois en France. Ah, mais il n'y a pas de problème. C'est en Europe, c'est la souveraineté européenne. Donc, vous voyez, le petit jeu de délocalisation a joué aussi beaucoup en Europe. Pourquoi ? Parce qu'en Europe, on oppose, dans la même monnaie, des pays qui ont des modèles sociaux et des fiscalités différentes. Et donc, c'est la course au moins 10 ans fiscale. Et plutôt que de dénoncer ça, nous, on s'est engouffrés là-dedans, avec toujours un peu de retard, pour pouvoir rattraper les pays qui baissaient leur fiscalité. Parce que la plupart des gens ne reconnaissent pas.

Par exemple, quand je vous dis, mais même des intellectuels de gauche qui te parlent de souveraineté européenne, ils n'arrivent pas à comprendre que si c'est une souveraineté européenne, il y aura toujours, à l'intérieur de l'Europe, le même jeu que dans la mondialisation. Parce que l'Europe, en fait, c'est la mondialisation en pire. Je veux dire, on a reproduit la mondialisation à l'échelle, à plus petite échelle, mais en pire, parce que les capitaux peuvent circuler quasiment sans aucune contrainte. Voilà, on a avec l'Europe, en fait, les pires méfaits de la mondialisation. Donc déjà, il faut le reconnaître, d'accord ? Que la concurrence n'amène pas forcément le bonheur. On l'a bien vu.

Et que, bien au contraire, la concurrence fait qu'on va chercher toujours celui qui aura baissé le plus bas ses salaires, ou qui aura le moins de normes sociales ou le moins de normes environnementales pour s'y installer. Reconnaître que la valeur actionnariale, la logique actionnariale imposée aux entreprises a fait qu'il y ait eu des délocalisations. Enfin, la logique actionnariale a été, on va dire, le fonctionnement de l'entreprise qui ouvrait la voie aux délocalisations possibles. Et l'Europe, l'Europe a été, en fait, le terrain de jeu pour que cette financiarisation se mette en place.

Donc, si on commence à reconnaître ça, et on se dit, il faut absolument maintenant que dans les conseils d'administration, il y ait plus de salariés, comme en Allemagne. Ils ont fait ça pour contrer ses effets. Donc, les salariés peuvent décider, et donc, ils peuvent décider, ils peuvent s'opposer à une délocalisation. Quand on commence à se dire qu'il faut plutôt une convergence vers le haut des systèmes sociaux et fiscaux plutôt qu'une convergence vers le bas. C'est ce qu'a mis en place Biden. Alors, en disant, Macron demandait ça depuis longtemps, je n'avais pas l'impression. Mais bon, c'est ce qu'il a mis en place.

Donc, quand on aura à peu près compris ça, on pourra limiter une partie des délocalisations. Mais le problème, c'est que personne n'a voulu dire ça et qu'une partie de nos élites ont adhéré à ce discours, une partie des PDG ont adhéré à ce discours et ont fait en sorte que ça se mette en place de manière assez bébête en France. Quant aux États-Unis, ils étaient plus malins, ils adhéraient au discours, mais dans les faits, quand ça les arrangeait, ils étaient plutôt contre ce discours. Vous voyez ? Et chez nous, ça n'est pas du tout le cas.

Donc, ils ont joué, une grosse partie de nos dirigeants politiques, mais même industriels, sortis des mêmes écoles, ont joué vraiment contre la France, contre le tissu industriel français, et donc contre la France in fine.

Et la situation dans laquelle on se retrouve aujourd'hui, que tout le monde constate, parce que même à droite et même à gauche, ils constatent ça, les chiffres sont clairs, tout le monde est d'accord là-dessus, il y a eu quand même, il faut le dire, il y a eu des responsables, il y a encore quelques années, qui ont, y compris même, je pense, Emmanuel Macron, qui ont dit que cet état de fait était normal et qu'il fallait continuer comme ça, et qu'ils n'ont pas fait grand-chose pour que les choses changent.

15:32
Présentateur

La France doit reprendre son programme de réformes pour relancer son économie. C'est en tout cas le constat d'un rapport de l'OCDE qui affirme que la France a les moyens de faire mieux. Les inégalités, les dépenses publiques, l'éducation, la formation, encore les retraites, la liste des réformes amenées par l'État n'en finit plus. À ce propos, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, assure partager les recommandations de l'OCDE, mais explique que la situation, notamment en cette période de crise sanitaire, aurait pu être bien pire sans les mesures prises par le gouvernement.

16:00
Invité

Si nous n'avions pas dépensé autant d'argent public pour protéger les salariés avec l'activité partielle, protéger les entreprises avec le fonds de solidarité et le prêt garanti par l'État, non seulement nous aurions eu une crise économique plus grave, non seulement nous aurions eu une crise sociale, et même probablement une crise politique, mais en plus, nous aurions eu 11 points de dette supplémentaires. Nous aurions été perdants sur tous les tableaux. Les choix qui ont été faits par le président de la République et par le gouvernement font que la France, en sortie de crise, gagne sur tous les tableaux.

Sur le tableau de la croissance, sur le tableau du pouvoir d'achat, et sur le tableau de l'emploi.

16:47
Présentateur

Alors Thomas, quelles sont les réformes évoquées par ce rapport de l'OCDE ?

16:50
Invité

Alors, il y a un certain nombre de réformes très classiques. La première, c'est l'augmentation de l'âge de départ à la retraite. Parce que, grosso modo, l'idée, ce qu'ils nous disent, c'est que la dette a augmenté avec le Covid, il ne faut pas trop réduire les dépenses publiques, mais il va falloir quand même faire des réformes et réduire, in fine, les dépenses publiques. Alors, c'est toujours assez contradictoire. Il ne faut pas les réduire trop rapidement, parce qu'il ne faut surtout pas refaire ce qu'on a fait en 2008, où on a créé une deuxième crise de toutes pièces. Mais il faut quand même le faire, c'est à peu près ce que ça nous dit.

Donc, il faut, pour faire les réformes et réduire les dépenses publiques, il faut augmenter l'âge de départ à la retraite, un grand classique. Il faut inscrire les dépenses publiques dans la Constitution, c'est-à-dire faire en sorte d'avoir une modération des dépenses publiques pluriannuelles, ce qui est complètement idiot. Imaginons qu'on ait fait ça avant le Covid. Imaginons qu'on se soit dit qu'il faut maîtriser nos dépenses publiques avant le Covid. Comment on aurait fait pendant le Covid, quand on a fait le quoi qu'il en coûte ? On aurait dû passer au-dessus d'un truc qui est dans la Constitution. Enfin, ça aurait été plus compliqué.

Je veux dire, les dépenses publiques, il y a un impact contra-cyclique qui fait que parfois, on doit soutenir l'activité. Si on a une quatrième, cinquième vague, on doit soutenir l'activité. Peut-être qu'on va remettre les tests gratuits. Enfin, il y a plein de choses. Et donc, enfermer la dépense publique comme ça, la cadenasser, c'est très idiot d'un point de vue économique. La troisième chose, c'est modération des dépenses sociales. Modération des dépenses aux collectivités locales, parce qu'il y a un millefeuille qui n'est pas efficace. Et puis après, il y a digitalisation des PME pour les permettre de trouver des nouveaux clients.

Voilà grosso modo un petit peu les pistes principales et grosso modo très classiques proposées par l'OCDE.

18:30
Présentateur

Et est-ce que ces réformes sont justifiées ?

18:33
Invité

Non, ces réformes sont injustifiées. Déjà, bon, le départ de l'âge à la retraite, on l'a dit plusieurs fois ici, mais faire travailler des gens plus longtemps, alors qu'eux-mêmes le disent à plus de 50% qu'ils n'arriveront pas, qu'ils n'auront pas les conditions physiques pour faire leur travail à 60 ans, et on veut les faire bosser plus longtemps, je ne vois pas en quoi c'est efficace. D'un point de vue productivité, il faudra m'expliquer, mais je ne vois pas en quoi c'est efficace. Alors effectivement, quand on est professeur d'université, quand on est politique, j'ai l'impression qu'on peut bosser jusqu'à 70 ans.

Il y a des métiers, mais la plupart des métiers que moi, je vois autour de moi, ce n'est pas possible. Donc, en termes de gains d'activité, de PIB, comme c'est ça qui est important, je ne vois pas en quoi ce sera positif. Je veux dire, ça n'a rien de travailler plus si c'est un travail mal fait. Ça, c'est la première chose. La deuxième des choses, c'est les coupes sur la dépense publique, comme je l'ai dit. Déjà, un, il faut faire attention de ne pas couper trop rapidement les dépenses publiques, c'est plus ou moins ce qui est dit, même s'il nous invite à le faire.

Et la deuxième chose, c'est inscrire ces dépenses publiques cadenasser ces dépenses publiques sur plusieurs années, quelque chose d'idiot. On n'est pas encore sortis du Covid. Là, on est surpris chaque année par ce qui se passe. On a l'impression que l'épisode se répète. Ce qui a fait que les Français ont pu tenir pendant cette situation plus ou moins bien, parce que ça a été très difficile, notamment pour les étudiants, c'est la dépense publique. C'est la dépense publique. Le quoi qu'il en coûte, qui a soutenu les restaurateurs, qui a fait le chômage partiel, qui fait qu'aujourd'hui, on a des chèques inflation et qui fait même que les entreprises ont des baisses d'impôts de production.

Parce qu'il ne faut jamais oublier que dans la dépense publique, il y a toutes les subventions aux entreprises. Et là, on nous oublie Molinari ou l'OCDE, même si c'est deux choses complètement différentes en termes de qualité, oublie quand même de le préciser. Et puis après, l'attaque sur les dépenses sociales. Là aussi, il y a un vrai problème. Les dépenses sociales, c'est quoi ? Assurance maladie, donc la maladie, la santé. Assurance chômage. Aide sociale, c'est-à-dire handicap. Aide au logement. Donc eux, ils nous disent de faire des économies là-dessus. Donc en ce moment-là, il faut de faire des économies sur les plus précaires.

Vous savez, aujourd'hui, les prestations sociales, c'est 70% du revenu des 10% les plus pauvres. Donc si on s'attaque à ça, on s'attaque aux 10% les plus pauvres en priorité. Donc autant le dire comme ça. Et qu'est-ce que font les 10% les plus pauvres de cet argent ? Quand vous êtes dans les territoires ou dans les banlieues, comment fonctionnent les... Aujourd'hui, les usines se sont parties. Les agriculteurs, il y en a de moins en moins. Comment ça fonctionne ? Ça fonctionne avec des centres commerciaux, des emplois publics qui arrivent à faire à peu près tenir des territoires parfois qu'on pourrait appeler territoires oubliés.

Si vous commencez à couper les prestations, si vous commencez à diminuer les emplois publics, il en reste quoi aux gens ? Rien. Et c'est parfaitement idiot. C'est parfaitement idiot parce que l'argent qu'on leur donnait, ils allaient ou le consommer ou dans des supermarchés ou ailleurs, ça revenait dans l'économie réelle. Vous voyez ? Donc ça les permettait de leur nourrir et ça profitait au secteur privé. Donc couper dans la dépense publique et en priorité sociale, c'est idiot d'un point de vue économique et ça va porter atteinte aux 10% les plus pauvres. Donc moi, je ne vois pas quel est le... Enfin, je pense que quand on est économiste à l'OCDE, il faut un peu sortir.

C'est-à-dire, il faut arrêter d'être devant des tableurs où on compare des dépenses publiques en pourcentage de PIB. Ça fait des années qu'on nous dit ça. Ça a mené l'Europe à l'austérité et à l'échec. Aujourd'hui, c'est reconnu par une grosse partie des économistes. Donc il faut comprendre vraiment ce que recouvre la dépense publique et ce qu'il y a derrière. La dépense publique, je le répète encore une fois, je l'ai beaucoup répété mais il faut le dire, pour 50%, c'est des services publics. Les services publics, des administrations, des dépenses pour des fonctionnaires, pour l'hôpital, l'éducation. Vous voyez, c'est ça.

Et ce chiffre de la dépense publique est stable en pourcentage de PIB depuis 78. C'est 18% du PIB. C'est stable. D'accord ? Et c'est en dessous, par exemple, du Royaume-Uni. Donc on ne vient de pas nous dire qu'il y a trop de fonctionnaires et tout, c'est faux. Ensuite, l'autre partie de la dépense publique qui a fortement augmenté, c'est la partie des prestations sociales, retraite, etc. Cette partie-là, elle a augmenté. C'est clair. Alors pourquoi elle a augmenté ? Parce qu'il y a moins d'emplois, parce qu'il y a moins de croissance.

Il faudrait se demander d'ailleurs pourquoi il y a moins d'emplois et il y a moins de croissance parce que depuis les années 80, on est passé quand même dans un régime libéral qui n'a pas créé les emplois qu'il fallait. On nous a dit que la baisse d'impôt sur l'ISF allait créer de l'investissement de l'emploi. Ça n'a pas été le cas. On nous a dit que le CICE allait créer un million d'emplois. Les rapports mondiaux a créé 100 000 emplois. Donc, il faudrait aussi s'interroger sur ce qui a été fait. Mais cette partie-là, quoi qu'il arrive, de prestations, elle profite à qui ces 50 % de dépenses publiques ?

Elles produisent directement au secteur privé parce que les gens, avec ça, ils ne placent pas leur argent, ils ne font pas des montages financiers pour le placer en Suisse. Ils consomment. Vous voyez ? Donc, couper dans cette dépense publique, c'est couper dans la consommation. Et comme la consommation est le premier moteur français et qu'en période de crise, il ne faut surtout pas se priver de ce moteur-là, c'est idiot d'un point de vue économique.

23:10
Présentateur

Est-ce que les propositions de l'OCDE sont-elles vraiment pertinentes à suivre ?

23:15
Invité

Elles peuvent être pertinentes parfois, mais il faut quand même ne pas les suivre telle lecture sacrée, aveuglément, parce que l'OCDE est revenue plusieurs fois sur des propositions qu'elle avait faites elle-même. Par exemple, en 1994, l'OCDE a appelé tous les pays à déréglementer leur marché du travail, à flexibiliser le marché du travail en 1994, en disant que si on déréglementait, ça allait permettre de la croissance et de la création d'emplois. Voilà. Il fallait que tous les pays déréglementent. En 2004, dix ans après, elle est revenue sur ça en disant qu'il n'y avait pas d'études qui permettaient de voir une corrélation entre déréglementation du travail et création d'emplois.

Donc, elle est revenue sur ce qu'elle avait dit dix ans plus tôt. Donc, vous voyez, il est probable que l'OCDE, sur ce que dit un économiste de l'OCDE dans ce rapport-là, que dans trois, quatre ans, s'il est appliqué, il se rende compte qu'en fait, non, c'est pas ça qu'il fallait faire et autre chose. Donc, c'est un élément parmi tant d'autres. C'est un travail plus sérieux que l'Institut Molinari, c'est que ça s'éclaire. Enfin, d'un point de vue, je pense, méthodologie économique. Mais après, voilà, c'est pas une parole sacrée, c'est une parole qui doit être débattue. Et l'OCDE s'est beaucoup trompée et est revenue beaucoup sur ses propositions.

24:20
Présentateur

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