Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous· 4 novembre 2024 51 min

Samuel Paty : 8 accusés devant la justice - C à vous : l’intégral - 04/11/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - A.-E.Lemoine: Bonsoir.

Très heureuse de vous retrouver. On est ensemble jusqu'à 21h. Emilie, Patrick, Mohamed et Lorrain.

Pierre sera de retour lundi. Emilie, votre choix. - E.Tran Nguyen: Vis ma vie de travailleur précaire, c'est ce que propose le député F.Ruffin à l'avocate S.Saldmann dans son prochain film "Au boulot!" - A.-E.Lemoine: F.Ruffin et G.Perret seront nos invités dans un instant. - M.Bouhafsi: Le roi d'Espagne s'est rendu sur les lieux des inondations.

Il a été reçu par des jets de boue et de bouteilles. - A.-E.Lemoine: Une colère qu'il dit comprendre. - P.Cohen: Ouverture devant la cour d'assises spéciale de Paris dans ces locaux où il y a eu d'autres procès pour terrorisme de 8 personnes accusées d'avoir participé à la campagne de haine qui a abouti à l'assassinat de S.Paty il y a 4 ans et aussi des personnes qui ont aidé l'assassin du professeur d'histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine. - A.-E.Lemoine: Tous nient leur responsabilité.

On en parle avec maître V.Le Roy. Merci d'avoir accepté notre invitation.

Vous représentez les parents de S.Paty et sa soeur. - L.Sénéchal: On est à 24 heures du vote crucial de la présidentielle américaine.

Vous entendrez notre reporter sur place. Des trumpistes jusqu'au-boutistes. Ca fait craindre pour les résultats de ces élections. - A.-E.Lemoine: Une page spéciale pour les élections américaines. un navigateur extraterrestre qui a vécu une aventure complètement folle et courageuse sur le Vendée Globe.

A.Tsamere, c'est aussi une aventure. Il incarne Cyrano de Bergerac sur les planches.

J.Andrieu veut sauver des recettes menacées de disparition. Voilà pour le programme.

Le dîner est préparé par G.Fernandez, chef de Fana Bistro. - B.Chameroy: Bonsoir.

J'ai 2 nouvelles. La bonne nouvelle, c'est que le plat est délicieux. La mauvaise, c'est que c'est le grand retour du chalumeau en cuisine.

Au menu du jour... - G.Fernandez: Mulet noir travaillé à la flamme avec du raisin, artichauts... - B.Chameroy: Bonne émission. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'édito de Patrick. - P.Cohen: C'est aujourd'hui le procès de 8 personnes, qui s'est ouvert. 7 hommes et 1 femme qui ont participé à la campagne mensongère sur S.Paty et ont participé à l'engrenage et à l'assassinat de S.Paty.

Au départ, il y a le bobard d'une collégienne de 13 ans, mensonge devenu rumeur incontrôlable quand le 7 octobre elle raconte que son prof a demandé la veille aux élèves musulmans de sortir de la classe le temps de projeter une caricature du prophète entièrement nu. Elle prétend avoir protesté et que cette insolence lui a valu l'exclusion. Tout était faux.

Le cours s'est déroulé sans accroc. La collégienne était absente. Les vidéos publiées par son père sur les réseaux sociaux relayées par un militant islamiste ont fait de S.Paty une cible pour son assassin, un jeune Russe d'origine tchétchène, tué par la police peu après. - A.-E.Lemoine: Le procès va durer 7 semaines. - P.Cohen: L'un des 4 autres adolescents qui comparaissaient a eu la peine la plus lourde, 2 ans de prison, dont 6 mois fermes.

Parmi les témoins convoqués, un professeur d'EPS témoin de la mort de son collègue. *-Je finissais dans les derniers, vers 17h. Je prends ma voiture.

Sur le chemin, je vois 2 personnes...

Une personne allongée et un visage tourné vers moi. Le visage est inerte. Je me dis que c'est un accident de la route.

Je vois un homme en noir qui me dit qu'il a insulté le prophète. J'ai très bien compris, mais j'étais dans le déni. - P.Cohen: 2 personnes allongées...

Il s'agit du terroriste en train de décapiter sa victime. S.Paty se sentait menacé, lui qui avait l'habitude de rentrer chez lui à pied.

Il demandait à ses collègues de le raccompagner en voiture. Ce soir-là, il n'a trouvé aucun enseignant motorisé. Il connaissait peu ce professeur d'EPS.

Partie civile de ce procès, la famille de S.Paty...

G.Patty, l'une de ses 2 soeurs, disait à France Culture qu'elle serait là à toutes les audiences. *-J'attends de ce procès: parler de mon frère.

C'était un homme entier, très curieux, très cultivé qui aimait partager, qui aimait débattre. Il aimait réfléchir et faire réfléchir, transmettre. Ce n'était pas un héros.

Il l'est devenu par la suite. J'ai besoin de voir les accusés et de leur faire face. J'ai envie de leur dire que sans eux, sans chacun d'eux, Samuel serait encore vivant. - P.Cohen: "Sans chacun d'eux, S.Paty serait encore vivant." C'est la question de la responsabilité de chaque accusé qui sera au centre de l'audience jusqu'au 20 décembre. - A.-E.Lemoine: On revient sur la responsabilité qu'ils nient.

On voit la détermination de G.Patty. C'est un rendez-vous auquel toute la famille de S.Paty s'est préparée depuis longtemps, comptant presque les jours.

L'auteur de l'attentat est absent, abattu le jour même. - V.Le Roy: Il y a beaucoup d'attente.

Espoirs, je ne sais pas. On arrive à un procès où c'est un fils et un frère qui a été décapité. Il y a eu une déception sur le procès des mineurs qui a eu lieu il y a un an, à huis clos.

Finalement, on a vu des mineurs très dans la retenue qui n'ont pas du tout libéré leur parole. Vous parlez de la collégienne à l'origine qui a plaidé la relaxe sans avoir fait de chemin, 3 ans après, sur ce qu'ils avaient fait. - P.Cohen: Je crois qu'il n'y a qu'un seul adolescent qui s'est excusé. - V.Le Roy: Celui Qui a le rôle principal, bizarrement.

Il est arrivé à l'audience avec une douleur au ventre. Dès le début de l'audience, il s'est effondré en regardant la famille. C'est important.

Il faut savoir que ça fait 4 ans que les accusés, je les ai vus... - A.-E.Lemoine: Comment s'est passée cette première confrontation? - V.Le Roy: Il n'y a pas eu encore d'interrogatoire. - A.-E.Lemoine: La confrontation est importante et douloureuse parce que l'ensemble des 8 accusés nient leur responsabilité directe.

Y compris les 2 présumés terroristes Accusés de l'avoir aidé au choix du couteau retrouvé sur les lieux de l'attentat, d'avoir fait office de chauffeurs jusqu'aux abords du collège. Tous deux nient avoir eu connaissance des intentions criminelles du terroriste. Est-ce une défense intolérable pour la famille de S.Paty? - V.Le Roy: Ce n'est ni tolérable ni audible.

Imaginez 3 ans d'enquête...

Les enquêtes terroristes sont faites avec des services très compétents. C'est les couteaux, le transport, l'achat d'un pistolet airsoft...

Il y a la personnalité...

On oublie souvent la personnalité des accusés, en cour d'assises. Ces deux-là étaient amis de longue date. Ils ont constaté sa radicalisation.

Ils l'ont véhiculé pour aller chercher les couteaux. Ils ont fait la prière. Ils voient le terroriste. - A.-E.Lemoine: Dans le box des accusés, 2 autres hommes poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste, détenus depuis les faits et 30 ans de prison.

Il y a le père de la jeune collégienne, accusé d'avoir lancé une campagne de cyberharcèlement contre le professeur et de l'avoir désigné comme une cible. Il a dévoilé son identité, son lieu de travail. Aujourd'hui, il se défend d'avoir incité à tuer. "Je voulais être un bon père." C'est un discours que vous allez combattre? - V.Le Roy: C'est une vilaine posture.

Ca sera débattu en audience. "Le bon père" arrive de manière très opportune. Il ne sait pas que sa fille fait l'objet de sanctions, d'exclusion.

La principale l'a redit: "Je n'ai jamais eu affaire à monsieur." C'est une posture très opportune et très artificielle. Vous parlez de cyberharcèlement.

Ca va beaucoup plus loin. On offre une cible. On veut la punition.

Le motif, c'est qu'on ait vu le prophète et des caricatures. C'est son véritable mobile. - A.-E.Lemoine: L'enquête a révélé que les vidéos diffusées par le père ont été vues jusqu'à 40 000 fois.

Des vidéos relayées par un imam autoproclamé, qui est aussi dans le box des accusés et qui explique pour sa défense que ces vidéos n'ont pas été vues par le terroriste. - Il reste combatif parce qu'il compte durant cette audience prouver qu'il condamne totalement cet acte odieux et qu'il n'a rien à voir avec cet acte odieux. Je tiens à rappeler qu'il est le seul personnage dans cette audience qui n'a jamais eu le moindre contact, le moindre échange avec le terroriste et qu'il a toujours condamné l'acte terroriste.

Surtout, il faut rétablir la vérité: sa vidéo n'a jamais été vue par le terroriste. Il compte le remettre à l'ordre du jour. - A.-E.Lemoine: Une défense qui trouve ses limites? - V.Le Roy: Oui.

On ne peut pas affirmer que le dossier établit que la vidéo n'a pas été vue. On n'établit pas qu'elle n'a pas été vue. On n'a pas de réponse.

C'est du ni oui ni non. Il faut rétablir les choses sur l'infraction reprochée: celle de l'association de malfaiteurs terroriste, avoir participé à une entente en vue de la préparation d'un acte terroriste. Le projet peut ne pas être défini ou connu.

C'est ça qu'on lui reproche. Si on est sûrs de quelque chose, c'est que le terroriste a vu la vidéo du père de famille du 8 octobre, quand il se trouve devant le collège. Cette vidéo est faite avec A.Sefrioui, qui lui donne des conseils.

Il y a même des échanges SMS sur la teneur de cette vidéo après. Je comprends l'argument, qui va faire sensation. On ne va pas aller très loin avec cet argument. - A.-E.Lemoine: Les parents de S.Paty n'étaient pas présents aujourd'hui.

La mère va sans doute prendre la parole vendredi. dans les médias mais ont toujours participé aux hommages rendus à leur fils, notamment le 20 septembre dernier pour l'inauguration de la rue Samuel-Paty. Applaudissements.

Les parents de S.Paty connaissent le dossier sur le bout des doigts et sont déterminés à avoir des explications, mais veulent aussi évoquer leur fils, la mémoire de leur fils à la barre. - V.Le Roy: C'est très important pour eux.

On le voit sur ces images. Ils sont déçus de ne pas être là à l'ouverture. Bernadette Paty viendra le 8 avec son époux.

La mémoire de leur fils, ils la font vivre. J'avais clôturé mon propos devant le tribunal comme ça. Ce sont les premiers légitimes à le faire.

Ils le font avec tout l'amour qu'ils lui portent. - E.Tran Nguyen: Il y a aussi la question de la responsabilité du ministère de l'Intérieur.

Est-ce qu'il y a eu un manquement de la part de l'Etat? - V.Le Roy: J'ai déposé cette plainte il y a 2 ans.

Au fur et à mesure de l'avancée du dossier, j'avais très vite interrogé J.-M.Blanquer pour avoir des éléments, qu'il m'a donnés.

Lui-même ne savait pas ce qu'il me donnait et ce que ça voulait dire. Nous avons compris certains échanges de mails au fur et à mesure que les pièces du dossier d'instruction arrivaient. Je pense P.Mangel, qui est apparue avec des pseudos.

On a trouvé des échanges qui prouvaient que très tôt, au minimum une semaine avant l'assassinat, ils avaient identifié A.Sefrioui...

On a fait analyser et suranalyser. On a cheminé. Il y a des questions à poser.

Ces questions méritent des réponses. On verra s'il y a des qualifications au bout du bout. Le parquet a ouvert l'instruction au vu de ma plainte.

C'est pas mal. - A.-E.Lemoine: Pourquoi S.Paty n'a pas été protégé? - V.Le Roy: Ou écarté du collège.

J'entends l'argument du manque de moyens. Mais écarté du collège, tout simplement. C'est arrivé, par la suite, pour le professeur de bio.

C'est le sens de ce combat. Il ne faut pas arriver a posteriori et comprendre les rouages de ce qu'est un engrenage islamique radical et comment ça agit. Ce sera le sens de ce procès. - E.Tran Nguyen: Il y a eu l'assassinat de D.Bernard il y a un an.

Est-ce que vous avez le sentiment que les choses ont changé depuis la mort de S.Paty? Est-ce que ça pourrait encore arriver? - V.Le Roy: Ca peut encore arriver.

Un attentat est très difficile...

D'autant plus dans cette forme, avec les réseaux sociaux...

Ca peut arriver. C'est facile. On n'est pas sur la configuration des attentats de Paris, où c'est un commando commandé de l'extérieur avec des gros moyens.

On n'est pas sur ça. On est sur une fatwa. Vous réalisez que le terroriste a eu besoin de 48 heures pour préparer son attentat.

C'est peu de moyens, Peu coûteux. On parle de quelques centaines d'euros pour l'achat du couteau, du airsoft et de l'essence, parce que ça a été un sujet. Il l'a préparé en 48 heures.

La société change. On n'est pas du tout sur la même configuration d'attentats. La soeur de Samuel se pose des questions.

La seule réponse à donner, c'est: "Oui, on va vous donner des réponses. On va faire une enquête sérieuse." - A.-E.Lemoine: Merci d'être venue pour parler de ce procès qui va se dérouler jusqu'au 20 décembre prochain dans la cour d'assises spéciale.

La Story de Mohamed. - M.Bouhafsi: C'est l'histoire d'une tragédie qui n'en finit pas.

Après les inondations terribles à Valence, c'est désormais la province de Barcelone qui est placée en alerte rouge. Les trains ont été déroutés et les habitants de la capitale de la Catalogne sont appelés à rester chez eux. Une vidéo a été vue plus d'un million de fois ce week-end, celle des pompiers bénévoles français arrivant à Valence.

Regardez l'étonnement de ce pompier qui apprend qu'il est le premier sur les lieux. - On me dit qu'on est les 1ers secours arrivés? Vous n'avez pas eu de secours du tout? - On a vu la police d'Espagne. - On est les premiers? - Oui. - M.Bouhafsi: Ces pompiers sont des humanitaires du Groupe de Secours catastrophe français.

Ils ont quitté le nord de la France jeudi avec des bâches et des nettoyants. Ils n'imaginaient pas découvrir ce niveau de catastrophe. - On a vite compris qu'on était face à une situation de grande ampleur.

Il y avait des stigmates partout, des milliers de voitures retournées, des voitures qui bloquaient tous les accès. On a été les premiers secours sur place. Il a fallu gérer ça.

Il a fallu rassurer. Ca leur a fait chaud au coeur. Ca leur a fait du bien de voir qu'il y avait des personnes qui venaient de l'étranger pour les soutenir. - M.Bouhafsi: Les secouristes et militaires de la Coordination civile fouillaient encore des voitures cet après-midi pour chercher des corps sans vie.

La colère des habitants s'est exprimée hier. C'est le couple royal qui en a fait les frais. Dans la commune la plus endeuillée, Paiporta, des manifestants ont jeté de la boue et divers objets sur le couple royal.

Une première dans l'histoire de la monarchie espagnole. - M.Bouhafsi: Le roi a dit qu'il comprenait ces réactions.

La reine n'a pas pu retenir ses larmes avec les habitants. La présence du couple n'a pas pu calmer la colère. - M.Bouhafsi: Ces dernières heures, on a appris que des militants d'extrême droite étaient présents ainsi que des habitants qui cherchaient, P.Sanchez, le Premier ministre conspué et critiqué pour son inaction.

Sa voiture a été violemment attaquée et il a dû quitter Paiporta précipitamment. - M.Bouhafsi: Les habitants de toute l'Europe doivent être formés aux risques pour prévenir des futures catastrophes climatiques. - On n'est pas habitués à la culture du risque, à avoir des catastrophes comme celle-ci.

C'est en amont qu'il faut informer la population, faire connaître à la population les risques, dire à la population, lorsqu'une sirène sonne, ce qu'il faut faire. Il y a beaucoup de curieux qui vont sortir, d'autres qui vont s'enfermer. Ils ne sont pas habitués.

Si on commence par ce biais, savoir ce qu'il faut faire, s'il faut évacuer, reconnaître les signaux d'alerte, déjà, on aura fait un grand pas. - M.Bouhafsi: Les habitants de Barcelone sont confinés.

Le dernier bilan est d'au moins 217 morts. - A.-E.Lemoine: C'est une juriste devenue chroniqueuse télé qui a fait des formules à l'emporte-pièce et des polémiques sa marque de fabrique, jusqu'au jour où le député F.Ruffin lui propose de sortir d'un plateau télé et de se confronter à la réalité. - Mes impôts n'ont pas à payer la médiocrité de ceux qui ne veulent rien foutre.

On a une angine et on ne va pas bosser? C'est quoi, ces gens qui ne foutent rien, ces glandus, ces feignasses. - F.Ruffin: Je lance une invitation.

Je veux faire de la réinsertion sociale des riches. - Je mange un croque-monsieur raffiné à la truffe. - A.-E.Lemoine: L'avocate S.Saldmann a vécu la vie d'un livreur, d'une serveuse de restaurant, de ceux qui travaillent dans une poissonnerie. - Comme ça? - C'est moche. - C'est comme la crème dépilatoire. - Il n'y a pas de rendement? - Je vous le dis franchement, emballer des poissons de la journée, je ne vois même pas comment on peut dire que c'est un métier passion. - On n'a rien par ici. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, F.Ruffin, député écologiste et social de la première circonscription de la Somme.

Merci de votre présence à l'occasion de la sortie au cinéma de votre film "Au boulot!", que beaucoup coréalisé avec G.Perret, à vos côtés.

Vous êtes là, mais vous n'étiez pas du tout emballé par l'idée de F.Ruffin. Pourquoi? - G.Perret: J'étais persuadé que de travailler avec S.Saldmann et de créer du contraste allait forcément créer du rire. - A.-E.Lemoine: Que ça serait caricatural? - G.Perret: Non.

Je ne me sentais pas capable de la supporter. Il faut aller voir ses prises de position. Je ne viens pas tout à fait du même milieu.

On n'a pas les mêmes comportements. Ca s'est plutôt bien passé. Elle s'est prêtée au jeu. - A.-E.Lemoine: Vous étiez persuadé que les clichés et les préjugés qu'on entend dans la bouche de S.Saldmann sur une France qui ne travaille pas, on les entend régulièrement dans la bouche de Français de toutes les couches de la société, y compris les plus populaires? - F.Ruffin: Je vois en quoi S.Saldmann est folklorique.

Ce qu'elle dit sur les plateaux télé, c'est quelque chose que j'entends dans les campagnes populaires. Déminer les préjugés de S.Saldmann contribue à déminer ce que peut penser une bonne partie du pays. - P.Cohen: Vous l'entendez dans la bouche des milieux populaires? - F.Ruffin: Bien sûr.

Sur les assistés, ça revient régulièrement. Sur ceux qui prennent des arrêts-maladies et qui ne veulent pas se lever du canapé, c'est quelque chose qu'on entend. - A.-E.Lemoine: C'est nouveau?

On a l'impression que ce sont des propos médiatiques tenus par quelqu'un qui est totalement déconnecté de la réalité mais qui infusent dans le pays. - F.Ruffin: C'était déjà dans le pays.

Ce n'est pas né dans les médias. Ce qu'on fait avec Gilles...

On parle d'un documentaire humoristique. On aime mettre des rires, des larmes, des émotions. On cherche à faire un film. - A.-E.Lemoine: Comment se sont passées ces rencontres?

Elle n'était au courant de rien? - G.Perret: Chaque jour, on l'emmenait quelque part et elle ne savait pas où on allait.

On ne prépare rien et on ne rencontre pas les gens à l'avance. On essaie d'avoir le plus de spontanéité possible. - A.-E.Lemoine: Rendez-vous en terre inconnue. - G.Perret: Elle découvre des gens qui sont plutôt bienveillants. - E.Tran Nguyen: Elle a découvert la vie d'un livreur, la vie d'une auxiliaire de vie payée 1000 euros par mois et fière de son travail. - Je m'en fous d'avoir à nettoyer des excréments, ça ne me gêne pas.

Leur bien-être, c'est ce qui m'importe le plus. Ce n'est pas toujours facile. - Non, ce n'est pas facile. - On a cette charge émotionnelle.

Rentrer à la maison, se vider la tête...

Ce n'est pas facile mais tellement enrichissant. On devrait être reconnus d'utilité publique. - E.Tran Nguyen: Ce qu'elle fait quand elle s'adresse à S.Saldmann, c'est un droit de réponse sur les clichés qu'elle a véhiculés. - F.Ruffin: Il y a quelque chose de l'ordre de la revanche sociale.

Elle lui a fait récurer les toilettes...

Mais il y a aussi le droit de réponse. Ce sont des gens qui sont jugés par les politiques. Pour une fois, ils ont quelqu'un qui descend de son piédestal, qui se met d'égal à égal.

Pour nous, le film existait déjà avant la rencontre avec S.Saldmann. - A.-E.Lemoine: Il aurait fallu que ce soit un élu ou un responsable politique. - F.Ruffin: J'ai proposé à J.-M.Blanquer...

J'ai dit au ministère de la Santé: "Allons dans un Ehpad ensemble." - P.Cohen: Vous lui reconnaissez du courage, à S.Saldmann? - F.Ruffin: Du courage et de l'humour.

Elle n'en sort pas de la même manière qu'elle en est rentrée. - E.Tran Nguyen: Elle a changé d'avis? - F.Ruffin: Très vite. - A.-E.Lemoine: A la télévision, on va entendre un discours différent? - G.Perret: On va voir.

C'est sûr, ces préjugés qui sont très présents dans les classes populaires et partout, nous, c'est un bon outil, S.Saldmann, pour les diminuer. On construit le film comme ça.

On part sur des questions sociales...

Les 1300 euros, c'est pas mal. On se retrouve avec les gens qui disent: "A qui elle dit'vous, vous travaillez mais il y a des assistés'?" Ensuite, on va sur des territoires zéro chômeurs...

La réalité sociale est peu présente sur les écrans. - A.-E.Lemoine: S.Saldmann ne jette pas l'éponge, mais à un moment donné, vous êtes fâché car vous n'acceptez pas ce qu'elle dit après les attaques du 7-Octobre.

La confrontation de points de vue a ses limites? - F.Ruffin: On est passés d'un film social à ce qu'elle raconte, qui devient plus marqué sur le plan identitaire.

Ca crée des difficultés. Son incapacité...

Je fais un film humaniste. On ne peut pas l'être aussi là-bas à Gaza. On a arrêté de tourner. - G.Perret: On avait tourné une bonne partie du film.

Il fallait terminer le film. Il y a eu un glissement sur le personnage de S.Saldmann.

A un moment donné, il faut être cohérent par rapport à ce que l'on raconte. Il y avait des propos qu'on avait du mal à soutenir. - A.-E.Lemoine: Si ces propos n'étaient pas tenus dans le film, ça ne l'empêchait pas de continuer à rencontrer des Français. - G.Perret: On avait pratiquement terminé le film. - F.Ruffin: Le précédent film, c'était sur le covid.

On avait le président de la République qui avait déclaré: "Il faudra se rappeler que le pays tout entier se repose sur ces femmes et ces hommes que le pays rémunère si mal." Depuis, il y a eu l'inflation, la retraite à 64 ans. Comment on fait pour rendre extraordinaire la vie des gens dont on dit ordinaires?

Amener du contraste, une avocate parisienne au milieu de ça...

C'est une manière de faire surgir l'extraordinaire des gens ordinaires qui tiennent le pays. - A.-E.Lemoine: Ceux qui travaillent beaucoup, on va leur demander de travailler plus?

Auront-ils un jour férié en moins? C'est l'une des questions qui a émergé ces derniers jours. L'objectif du gouvernement est de trouver 60 milliards d'euros.

La question a été mise sur la table par le ministre de l'Economie. - A.Armand: La quantité d'heures travaillées dans ce pays ne suffit plus à financer notre modèle social.

Si on veut le conserver, il faudra travailler davantage. Chaque année, les Français travaillent globalement moins que nos voisins. Ca a pour conséquence moins de cotisations, moins de recettes et moins d'emplois.

C'est cette croissance qui crée de la richesse. - G.Perret: Je sens qu'on va moins parler de cinéma. - A.-E.Lemoine: Les Français ne travaillent pas assez? - F.Ruffin: Monsieur Armand, j'ai envie de l'emmener.

On a un grand sujet dans notre pays. On a une explosion des burn-out, on a doublé les inaptitudes en 10 ans. Aujourd'hui, 10 000 personnes sortent du travail pour inaptitude.

Elles sont broyées physiquement ou psychiquement par le travail. Le gouvernement ne prend pas la moindre mesure. Si les gens pouvaient rester en bonne santé au travail, on n'aurait pas à se demander si les gens peuvent travailler plus.

Je pose le principe que tous les habitants de notre pays puissent bien vivre de leur travail. Que respire le film? C'est un double rapport au travail.

C'est la dureté du travail, et la fierté du travail, la dignité par le travail. Quand j'étais dans le mouvement des retraites, on me parlait moins des retraites en elles-mêmes...

Les gens me disaient: "J'aime mon métier, je n'aime pas comment on me fait faire mon métier." Le mal-travail en France, ça coûte au moins 4 points de PIB. Aucun effort n'est fait par le gouvernement pour lutter contre ce mal-travail dans notre pays.

Il faut que les Français se sentent bien au travail. Aucun effort n'est fait là-dessus. - P.Cohen: J'ai une question pour le député F.Ruffin.

On vous a peu entendu depuis votre réélection dans la Somme et depuis votre rupture avec LFI. Vous avez qualifié J.-L.Mélenchon de boulet.

Vous avez écrit dans un livre que LFI avait abandonné une partie de la France et poussé à une campagne communautariste. Comment vous situez-vous dans la gauche aujourd'hui? Vous êtes isolé?

Minoritaire? - F.Ruffin: Je suis central à gauche. - P.Cohen: Mais invisible ces dernières semaines. - F.Ruffin: Peut-être des médias parisiens, mais j'ai fait des meetings dans 30 villes, dans des salles de cinéma.

J'ai rencontré tous les médias régionaux. - P.Cohen: Dans l'Hémicycle, vous y êtes de temps en temps? - F.Ruffin: Bien sûr.

Aujourd'hui, j'ai voté...

Avec le film, je passe de "je critique" à "je fais". Mon film, je le considère comme une forme de manifeste politique. A la fois sur le ton...

On y met de la joie, de la générosité. On vient dire que c'est important d'apporter de la fantaisie dans la vie. - P.Cohen: Ca ne remplace pas un programme politique. - F.Ruffin: Projet politique.

Sans le dire, en le montrant, qu'est-ce que vous avez dans le film? Une France rassemblée, humaine, fraternelle. Une France où on va à Grigny avec Mohamed et des paysans du Morvan.

Vous savez à quel point le travail est central dans ma conception. De la même manière que le Parti communiste ironisait au sujet du mineur...

Je considère que la gauche doit dire non... - P.Cohen: Avec qui autour de vous? - F.Ruffin: Du monde autour de moi. 500 personnes dans toutes les villes où je passe. - A.-E.Lemoine: Ils vous demandent quoi?

Pendant l'avant-première, ils demandent quoi? - G.Perret: Les spectateurs sortent reboostés.

La période est morose. Avoir un public qui sort avec l'envie d'en découdre avec les injustices, des gens qui ont pleuré...

En ce moment, ça fait du bien. Globalement, il y a un capitale sympathie autour de François. Peut-être que je ne suis pas objectif. - P.Cohen: Qu'est-ce qu'on en fait, de ce capital sympathie? - G.Perret: On essaie de faire du cinéma.

Par l'affect, l'émotion, peut-être qu'on va pouvoir mettre les gens en mouvement. - P.Cohen: Vous, vous voulez faire des entrées et F.Ruffin... - G.Perret: Pas du tout.

On a le 1er cercle qui vient voir le film. Il faut qu'ils sortent des salles de cinéma avec l'envie d'en découdre. - A.-E.Lemoine: Ce serait un mouvement politique. - P.Cohen: La France debout au cinéma... - A.-E.Lemoine: L'élection présidentielle aura lieu dans 2 ans et demi.

Vous voulez la vivre en tant que documentariste ou acteur? - F.Ruffin: J'en suis un acteur.

Un acteur qui veut qu'on rassemble la gauche et la France. - M.Bouhafsi: Avec quel rôle? - F.Ruffin: Je jouerai le rôle maximum pour rassembler la gauche et la France.

Face à tous les conflits, face aux déchirements qui traversent le pays, on a besoin de se demander en permanence ce qui fédère. Et ce, malgré les immenses différences qu'il peut y avoir dans notre pays. - A.-E.Lemoine: "Au boulot!", c'est en salle mercredi.

Vous avez le talent de journaliste et documentariste. C'est efficace, même si c'est parfois un peu démago. - F.Ruffin: C'est drôle? - A.-E.Lemoine: Oui, on rit, on pleure. - G.Perret: Ce n'est pas démago de montrer des gens qu'on ne voit jamais, de leur donner du temps de parole.

Ce n'est pas démago. - A.-E.Lemoine: Cette France qui travaille et qui souffre.

Tout de suite, on va aux Etats-Unis. On va parler d'autres électeurs. C'est le 5/5 de L.Sénéchal. ...

A la veille de la présidentielle aux Etats-Unis, 5/5 spécial, consacré au scrutin. On commence par les dernières 24 heures de campagne de K.Harris. - L.Sénéchal: Elle est en Pennsylvanie, comme son adversaire.

Leurs avions sont au coude-à-coude. Ca, c'est le Trump Force One. Ca, c'est l'avion de la vice-présidente.

Dans les sondages, ils sont aussi au coude-à-coude. K.Harris martèle le danger démocratique que représente D.Trump. ... - L.Sénéchal: "Trump est un fasciste", c'est devenu l'argument massue des démocrates dans la dernière ligne droite.

Ca a été répété sur Fox News par le ministre des Transports. ... - L.Sénéchal: K.Harris s'est aussi offert une apparition en terrain conquis, dans cette émission satirique.

La voici face à son propre sosie. ... - L.Sénéchal: K.Harris fait campagne auprès des stars.

J.Roberts a prêté sa voix à un clip de campagne pour appeler les femmes à voter K.Harris. ... - L.Sénéchal: C'était la voix de J.Roberts.

On avait déjà évoqué ici les 12 points d'avance de K.Harris chez les femmes. La vidéo de J.Roberts appuie là où ça fait mal.

Il n'y a qu'à voir la réaction de D.Trump. ... - L.Sénéchal: On le sent agacé.

Il n'y a pas que J.Roberts qui fait campagne pour K.Harris.

Beyoncé, G.Clooney, toutes les stars ou presque roulent pour K.Harris.

C'est le cas de R.De Niro. L'acteur a été interviewé par E.Lucet. - R.de Niro: Il me fait penser au parrain, que je jouais dans "Les Affrainchis". "On va s'occuper d'untel." Je réponds: "Tue-le." Tout se joue sur un caprice, une impulsion.

J'adorerais débattre avec lui. Je n'en ferais qu'une bouchée. Je le démolirais. - L.Sénéchal: Cette interview complète sera diffusée demain, dans "Envoyé spécial" sur France 2.

Toute la soirée sera consacrée à ces élections américaines. - A.-E.Lemoine: D.Trump reste droit dans ses bottes avec une campagne violente et vulgaire. - L.Sénéchal: Il sillonne les Etats-clés.

Ce week-end, il était dans le Wisconsin où il a fait le clown. Il s'agace car son micro est trop bas. Ca l'oblige à se pencher.

Il finit par l'arracher avec une séquence vulgaire, répugnante. ... - L.Sénéchal: Vous avez bien vu.

Un ancien président, candidat à la Maison-Blanche, qui mime une fellation. Il dit qu'il mimait un hot-dog frit. D.Trump multiplie les sous-entendus douteux.

Il a échappé à une tentative d'attentat. Maintenant, il en profite pour s'en prendre à la presse. ... - L.Sénéchal: Et si D.Trump n'a pas le soutien de grandes stars, il peut compter sur des militants déterminés.

Ce que vous voyez, ce sont des images d'élus de Trump en campagne jusque dans le bureau de vote. Ils sont payés par E.Musk. ... - L.Sénéchal: Les 47 dollars qu'il touche, c'est E.Musk qui les lui verse.

Les démocrates font également campagne devant les bureaux de vote. Les plus démonstratifs, ce sont les électeurs de D.Trump. ... - L.Sénéchal: Ce qui est dans toutes les têtes, c'est l'assaut du Capitole par les partisans de D.Trump.

De nombreux républicains sont persuadés d'avoir gagné cette élection en 2020. 4 ans après, ils sont prêts à tout pour ne pas perdre. ... - L.Sénéchal: Des électeurs de Trump prêts à la révolution et à prendre les armes.

Ces électeurs inquiètent les soutiens de K.Harris. Ils craignent des débordements si leur championne l'emporte. ... - L.Sénéchal: On voit apparaître un phénomène nouveau: des antifascistes qui s'arment. "Le Parisien" a suivi un escadron poupées.

Des personnes transgenres qui s'arment, s'entraînent et se préparent à la guerre civile. ... - L.Sénéchal: Dans ce contexte d'ultraviolence, en cette fin de campagne, Washington se prépare au pire.

Des barricades sont déployées dans la capitale américaine, autour des lieux de pouvoir. Ca vous évoque quoi, F.Ruffin? - F.Ruffin: Ce qu'on voit, ce sont des Etats désunis.

Ce qu'on voit, c'est un fossé qui se creuse entre 2 Amériques. Pour moi, la démocratie, c'est du conflit verbalisé...

Là, ça devient du conflit désorganisé qui risque de passer par de la violence. Quand on se regarde, on s'inquiète, quand on se compare, on se rassure. - L.Sénéchal: Ce n'est pas notre avenir? - F.Ruffin: Je ne l'espère pas.

Nombreux dans notre pays l'ont montré en juin et juillet dernier. - A.-E.Lemoine: On finit avec un hommage à Q.Jones. - L.Sénéchal: Il est mort à 91 ans.

Son tube le plus connu, c'est celui-ci... ...

C'est aussi comme producteur qu'il s'est fait connaître. "Thriller", de M.Jackson. - L.Sénéchal: Il a même produit les 3 plus grands succès de M.Jackson.

C'est à lui qu'on doit "We Are the World". ... - A.-E.Lemoine: Merci. "Au boulot!" sort mercredi.