Inflation, sécurité : les maires en 1er ligne #cdanslair 18.10.2022
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 50 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:19OuverteRéponse directe
Que pensez-vous du meurtre de Lola et de la polémique sur l'OQTF ?
- 1:07RelanceRéponse partielle
L'OQTF a été notifié en août, mais n'était pas obligatoire ?
- 2:00OuverteRéponse directe
Que dit le garde des Sceaux sur ce sujet ?
- 3:20OuverteRéponse directe
Sentez-vous une dégradation de la sécurité dans les villes moyennes ?
- 4:05OuverteRéponse directe
Parlez-vous de 'sauvagerie de la société' ? Manque de moyens ou de volonté politique ?
- 4:46OuverteRéponse directe
Manque-t-il du volontarisme politique sur la sécurité selon vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:25Invité politiqueChiffre
« On est entre 80 et 94% de non-exécution des obligations de quitter le territoire français. »
- 1:40Invité politiqueFait
« Si cette obligation de quitter le territoire français avait été appliquée, Lola serait encore en vie. »
- 3:58Invité politiqueChiffre
« Les homicides ont augmenté de 11% en moins de 10 ans. Les violences sur les personnes ont augmenté de 23% sur 5 ans. »
- 6:30Invité politiqueFait
« La France a abandonné sa politique de souveraineté énergétique. »
- 6:50Invité politiqueFait
« L'État ne peut pas nous couper nos ressources, nous tutéliser, comme c'est le cas depuis une quinzaine d'années. »
Temps de parole
- David Lisnard67 %
- Présentateur33 %
≈ 4,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
C'est dans l'air l'invité, je reçois aujourd'hui David Lysnard, il est maire de Cannes, il est président de l'association des maires de France, alors que les communes, et on va en parler dans un instant, prennent de plein fouet le choc de l'inflation. Je dis qu'on va en parler dans quelques instants parce que je voudrais avoir votre avis sur ce qui s'est passé cet après-midi à l'Assemblée. Le gouvernement a été interpellé sur le meurtre épouvantable de la petite Lola, 12 ans, ça s'est passé dans le 19e arrondissement de Paris. Marine Le Pen dit que la suspecte de cet acte barbare n'aurait pas dû se trouver sur le territoire français. La première ministre appelle à la décence, et vous ?
Il faut toujours faire preuve effectivement de décence et de respect d'une famille qui est endeuillée. Ceci étant, on ne peut pas balayer cet événement comme cela. Il y a une violence, une barbarie qui échappe à toute dimension politique, ça c'est une évidence. En revanche, il se pose la question évidemment de l'obligation de quitter le territoire français qui n'a pas été exécuté.
Il a été notifié, pardonnez-moi, je vous coupe, c'est pour les gens qui regardent, il a été au mois d'août, le 22 août et il n'était pas obligatoire.
Non mais alors ça c'est ce que j'ai entendu tout à l'heure en venant ici. Comment une obligation peut-être ne pas être obligatoire ? Ça c'est un artifice. Et donc il ne s'agit pas de polémiquer, mais il s'agit de demander à l'exécutif qui est là pour exécuter des décisions, pourquoi il y a une telle carence. Malheureusement, vous savez qu'on est entre 80 et 94% de non-exécution des obligations de quitter le territoire français. Cette impuissance publique sur l'exécution et sur les questions de sécurité en général, elle est dramatique pour les victimes. Parce que si cette obligation de quitter le territoire français avait été appliquée, Lola serait encore en vie.
C'est incontournable, indéniable. Et puis elle est si dramatique pour la société française parce qu'elle alimente cette crise civique que l'on constate en tant que maire, qui fait que beaucoup de personnes se disent l'État est fort avec les faibles, mais il est faible avec les forts. Et ça c'est plus acceptable.
Vous savez ce que dit le garde des Sceaux quand il est interpellé sur ce sujet-là à l'Assemblée ? Il dit que c'est de la petite poloche. Sous-entendis, c'est de la politique politicienne. Ce n'est pas le lieu, ce n'est pas le moment de nous interpeller sur ce sujet-là.
Non mais je le répète, on raisonne tous avec ce que l'on est. Moi je suis père de famille, on se met à la place des parents, on n'aurait pas envie de polémique ceci étant. Il y a une question légitime politique sur cette impuissance publique que l'on constate dans les statistiques, que l'on constate dans la réalité du terrain, bien sûr, et déliquescence de l'État régalien. Plus l'État prélève, vous avez vu qu'on a passé les 45,2% de prélèvement obligatoire, plus il dépense d'argent, moins il est performant dans ce qui relève de sa raison d'être, c'est-à-dire le régalien, la sécurité, la justice. Donc il est normal que le gouvernement soit interrogé là-dessus.
Et vous savez, pardonnez-moi, mais le fait de balayer à chaque fois en disant faire ça c'est la récupération politique ou alors c'est une expression d'extrémiste ou populiste, c'est aussi une forme politicienne. C'est aussi une récupération politicienne. C'est se placer en posture de fausse sagesse. Donc il doit y avoir un débat respectueux des victimes, respectueux des parents, mais il est normal que la représentation nationale interroge l'exécutif sur son incapacité d'exécuter.
Vous avez parlé d'impuissance publique sur les questions de sécurité. Je rappelle que vous êtes président de l'Association des maires de France. Vous sentez une dégradation de la situation en matière de sécurité dans les villes moyennes notamment ?
On constate, on constate, mais aussi dans les villes rurales, enfin dans les communes rurales, pardon. J'étais dans l'Allier récemment, j'étais dans le Finistère, il n'y a pas si longtemps dans la Mayenne. J'essaie d'être dans deux départements par semaine. Beaucoup de maires qui ne sont pas dans des postures partisanes, qui ne sont pas encartées, etc. me décrivent des réalités dans leurs communes nouvelles, c'est-à-dire de villages qui deviennent des bases arrières de trafiquants de stupes, de stupéfiants de drogue, des phénomènes d'incivilité infractionnelle qui viennent parfois des phénomènes d'insécurité. Donc il y a tous ces constats, mais il y a aussi une réalité statistique.
Les homicides ont augmenté de 11% en moins de 10 ans. Les violences sur les personnes ont augmenté de 23% sur 5 ans.
Vous dites quoi ? En sauvagement de la société, comme on a entendu cette expression, où vous dites manque de moyens, manque d'effectifs sur le terrain, manque peut-être de volonté politique ?
Alors, manque de moyens, là aussi. C'est-à-dire que quand on regarde, quand on se compare par rapport au reste de l'Europe, on a un taux de policiers, etc. qui est plutôt dans la fourchette haute. En revanche, on en a moins sur le terrain qu'ailleurs. La différence, c'est tous les effets de bureaucratie. C'est cette sur-bureaucratie, cette sur-administration qui éloigne tous les agents de la fonction publique du terrain, du contact, de la réalité de leur mission. Donc il ne s'agit pas de dire trop le moyen ou pas assez le moyen, trop de dépenses ou pas assez de dépenses. C'est bien plus subtil que ça et c'est bien plus vital et urgent que cela.
Il faut trancher le nœud gordien de l'excès de sur-bureaucratie.
Vous diriez que de la part du gouvernement, il y a peut-être un manque de volontarisme politique sur ces sujets-là ? De la part du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de la part du garde des Sceaux, M. Dupond-Moretti, de la part même du président de la République. C'est un sujet que le gouvernement devrait traiter davantage à vos yeux ?
D'abord, l'État a été inventé pour protéger. C'est comme ça. Je pense que l'État devrait moins s'occuper de ce qu'il ne regarde pas et beaucoup plus de s'occuper de ce qui est son cœur de mission. Bon, ça c'est une première chose. Deuxième chose, ce n'est pas nouveau, ce n'est pas propre à ce gouvernement. Ça fait au moins une quinzaine d'années qu'il y a une recentralisation, ça fait 40 ans qu'il y a une bureaucratisation, 40 ans qu'on est dans les déficits, qu'on ne s'attaque pas à la matrice de l'efficacité de l'appareil de l'État.
Mais ceci étant, on voit bien que ce qui est très difficile dans cette période, et à mon avis une grande faiblesse du gouvernement, c'est qu'il y a parfois des discours très emphatiques, très exagérés, on ne laissera plus passer ça, on réagira à la plus grande fermeté, puis dans la réalité, il ne se passe rien. Donc ça amplifie la crise civique, la perte de confiance de la société. Ça dévalorise la parole publique et la parole politique.
Vous parlez de discours, il y en a eu un, celui du président de la République, on en vient à ce qui se passe dans les collectivités territoriales, notamment sur la question de l'inflation. Le président en déplacement en Mayenne a dit « c'est au territoire de prendre des initiatives et non pas à l'État de décider de tout ». Mais quand il y a un problème, notamment sur la question de l'inflation, vous vous retournez vers l'État en disant « aidez-nous ».
D'abord, je crois que vous ne lisez pas bien ce que produit l'Association des maires de France, mais je suis ravi d'entendre que le président de la République dit ça, puisque au Congrès des maires en novembre 2021, il avait dit tout le contraire. Et aujourd'hui, et ça je le salue, il appelle à la décentralisation. C'est un revirement total dans le discours et on va essayer de l'aider à passer aux actes.
Sur la question de l'inflation ?
Sur la question de l'inflation, on se retrouve dans une situation intenable parce que, un, la France a abandonné sa politique de souveraineté énergétique. Pour une fois, on avait un avantage compétitif par rapport au reste du monde. On avait une filière électronucléaire et hydraulique qui nous rendait souverains et indépendants. On a fait une fausse libéralisation qui est en fait une hyper-réglementation et on est aujourd'hui face à une situation intenable. Donc, un, quand l'État prend des décisions de droit commun, elles doivent aussi s'appliquer aux collectivités.
Et puis, deuxièmement, il est une évidence, c'est que d'un côté, l'État ne peut pas nous couper nos ressources, nous tutéliser, comme c'est le cas depuis une quinzaine d'années, CVAE demain, pour des bonnes raisons. Mais enfin, on peut en parler dans les modalités, taxes d'habitation, etc. Et d'un autre côté, nous dire, débrouillez-vous.
– Mais sur la question de l'énergie notamment, vous êtes confronté, j'imagine, des maires qui se retrouvent dans des situations absolument catastrophiques.
– Toutes les mairies de France et toutes les intercommunalités ont des difficultés aujourd'hui pour boucler leur budget.
– Et là, vous demandez un bouclier tarifaire.
– Et on demande simplement que les dispositions de droit commun, celles qui s'appliquent pour les entreprises et pour les ménages, s'appliquent pour les collectivités. C'est quand même une drôle d'approche que d'estimer qu'il n'y aurait pas la même approche. – Alors, je salue, moi, la volonté d'avancer de la Première Ministre. On travaille bien avec la Première Ministre, on travaille bien avec le ministre de la Transition Énergétique.
– Il y a eu des aides qui ont été annoncées ?
– Oui, et au-delà des aides, c'est-à-dire qu'on puisse travailler. Mais je vais au-delà, c'est-à-dire que nous, on ne veut pas être aidé. On ne demande pas à l'État. On dit simplement à l'État, nous ne sommes pas les sous-traitants de l'État. Les collectivités sont légitimes. Cessez de piocher dans nos ressources. Cessez de nous mettre sous tutelle administrative et sous tutelle financière. Et effectivement, on pourra régler les problèmes. – Ça, c'est la philosophie générale du rapport entre l'État et les collectivités locales.
– Et longtemps qu'on entend les collectivités locales dire, donnez-nous de l'autonomie, rendez-nous au fond cette manne financière de lever de l'impôt, notamment, ce qui vous a été…
– Ce qui est une responsabilité, parce qu'on ne pourra régler les problèmes du pays que par la responsabilité, donc la liberté. – Mais là, vous avez une urgence.
Les maires, ils sont confrontés à une urgence. On a entendu toutes les difficultés que ça peut poser dans les cantines scolaires. – Partout, la piscine. – Partout, les piscines, etc. Est-ce que ces municipalités-là, auxquelles nous pensons à l'instant, peuvent faire face à une nouvelle hausse du prix de l'énergie ? Ça risque d'aller dans ce sens-là.
– Il y a des communes qui… J'ai des exemples de communes où c'est multiplié par 7, la facture. Donc, nous, on nous demande de pouvoir, effectivement, négocier. Et aujourd'hui, on ne peut pas négocier.
– Ils vont augmenter la taxe foncière.
– Tout le système est tronqué, mais ça ne réglera pas le problème. La taxe foncière est devenue minoritaire dans nos ressources. Aujourd'hui, on est devenu dépendant de bien d'autres recettes. Et c'est un sujet majeur parce que le problème, ce que personne ne dit, c'est qu'il y a des difficultés microéconomiques pour les communes, pour Boutler et pour les services publics de proximité, pour le lien civique. Mais il va y avoir un problème macroéconomique parce qu'aujourd'hui, les collectivités territoriales toutes confondues ne représentent que 19% de toutes les dépenses publiques, alors que la moyenne européenne, c'est entre 30 et 40%. Mais nous représentons plus de 70% de l'investissement.
Donc là, on est en train de supprimer nos capacités d'investissement. Et donc, il va y avoir un effet de récession économique en 2023-2024. Ça, c'est une certitude.
David Lissner, vous êtes un très bon poste d'observation du climat. Et d'action. Et d'action.
Local.
Mais d'observation aussi un peu pour prendre le pouls du pays et de la société française. Est-ce qu'on est face à un pays qui est à la veille d'une colère sociale ? Est-ce que c'est bientôt le retour des Gilets jaunes ? On va évoquer dans un instant les conflits sociaux et la grève du jour, notamment dans les transports. Est-ce que cette situation vous inquiète ?
Alors, moi, je répète ce que j'ai dit il y a un an. J'avais dit qu'il y avait des bombes à retardement qui allaient exploser après l'été. C'était avant les élections législatives et présidentielles. L'inflation, il ne fallait pas en parler il y a un an. Les PGE ont remboursé, etc. Après, est-ce qu'il y aura un malaise ? On n'en sait rien. Parce que, vous savez, les phénomènes sociaux, ils arrivent souvent dans les périodes de croissance, paradoxalement. En revanche, ce qui est sûr, et je le constate, c'est qu'il y a beaucoup de colère et surtout de sentiments d'injustice. Et le sentiment d'injustice, c'est le ferment de la révolte.
Merci beaucoup, Dave. Merci à vous. D'avoir été mon invité. On poursuit cette conversation avec les experts de C'est dans l'air. C'est dans un instant. A tout de suite. C'est dans un instant.
David Lisnard