Air Force One : panique sécuritaire autour de Trump
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
des questions internationales, auteure de "Géopolitique du Sahel". D.Rigoulet-Roze, bonsoir.
Vous êtes chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, rédacteur en chef de la revue "Orients stratégiques". Je cite votre livre: "La République islamique d'Iran en crise systémique". On ira aussi retrouver N.Bacharan dans un instant.
Si on refait le film, on parle de l'avion mythique Air Force One, qu'on connaît tous. Je n'ai pas besoin de le décrire. Tout à coup, il a baissé les stores, et éteint le transpondeur mercredi soir, à Ankara.
Ca montre à quel point l'équipe du président D.Trump a été prise de panique. - Gal N.Richoux: C'est leur rôle d'anticiper.
A partir du moment où il y a une menace sur le président de la République, ils prennent les mesures maximales. Ils ont d'abord changé d'appareil. On se souvient qu'il y avait l'appareil du Qatar, qui n'a vraisemblablement pas toutes les mesures de sécurité, le standard du cahier des charges d'Air Force One habituel.
Ensuite, on apprend qu'ils ont éteint le transpondeur, c'est-à-dire le système d'identification de l'appareil, au moment du décollage, pour qu'on ne sache pas où il va et quel est son plan de vol. C'est très intéressant. Il y a véritablement une tension sur le plan sécuritaire vis-à-vis du président des Etats-Unis d'Amérique. - A.Casse: Il y a quand même un risque à éteindre le transpondeur. - P.Allémonière: Il y a toujours un risque.
On parlait des navires dans le Golfe qui éteignaient leur transpondeur pour passer. On disait qu'il y avait un vrai risque de collision. Petit élément supplémentaire, l'avion présidentiel a éteint son transpondeur, donc n'était pas repérable, et ne pouvait donc pas guider par ses signaux émetteurs un missile ou autre, mais il était entouré d'autres avions, qui volent aussi tous feux éteints, mais qui permettent quand même de surveiller le vol et ce qui s'approche de l'avion.
Il n'est pas seul dans le ciel. Dans les gros moments de forte inquiétude aux Etats-Unis, souvenez-vous de 2001, quand le président Bush a fui Washington pour se réfugier quelque part au cas où il y aurait une attaque massive aux Etats-Unis...
Il n'avait pas éteint son transpondeur. Ils n'ont pas arrêté de changer de route pour perdre l'adversaire. Quand J.Biden est venu en Ukraine, alors qu'il était venu avec son avion, il avait changé de signal.
Il avait pris un faux signal pour dire: "On n'est pas là. C'est un autre avion qui vole." Eteindre le transpondeur, ça ne s'est encore jamais fait.
Peut-être que ça s'est fait, mais personne d'autre ne le sait. - A.Casse: Qui veut tuer D.Trump?
Avez-vous une idée de qui se cache derrière cette menace? - D.Khalfa: C'est documenté.
Il y a un développement très intéressant de l'un des principaux conseillers de B.Obama et d'autres présidents américains. Il explique depuis l'assassinat de Q.Soleimani, qui était le cerveau de la politique régionale de l'Iran, notamment de son réseau milicien au Proche et Moyen-Orient...
C'était le chef des opérations extérieures. Il est tué dans une frappe en 2020, sur le sol irakien. Pour le régime iranien, c'est un affront.
Il est de son devoir de venger cet affront. Depuis 2020, les menaces sont réelles. En 2024, 2 faits intéressants.
Sur le sol américain, il y a eu l'arrestation d'un agent pakistanais qui travaillait pour les Gardiens de la révolution, chargé de recruter les tueurs à gages, pour surveiller et assassiner Trump. Il y a un certain nombre de responsables de la Maison-Blanche, de l'administration précédente, comme Bolton, qui sont sur la "getting list" du régime iranien. C'est une volonté du régime iranien depuis plusieurs années.
Ca s'explique aussi par la dimension idéologique. C'est un régime, quand il fait irruption en 1979, dont l'un des fondements idéologiques est l'anti-occidentalisme, l'antiaméricanisme. Il est logique que le régime iranien veuille se débarrasser du grand Satan américain. - A.Casse: Est-ce le nouveau Guide suprême, M.Khamenei, qui dit "c'est la priorité aujourd'hui de tuer Trump"? - D.Rigoulet-Roze: C'est un message qui est attribué au supposé Guide suprême.
Il appelle à la vengeance. C'est un problème parce que ça veut dire que dans les manifestations, il y a eu des appels...
Il y avait les manifestations virulentes, y compris de certains membres du Parlement iranien. Là, il s'agit d'effectuer cette vengeance. C'est une caution institutionnelle.
C'est un vrai problème. - A.Casse: En quoi est-ce un problème? - D.Rigoulet-Roze: Ca ferme des portes, notamment par rapport aux négociations en cours, par rapport à une logique escalatoire pour plus tard.
C'est problématique. Ca va au-delà de la simple déclaration d'un individu qui se ferait fort d'un passage à l'acte. Quelque chose se joue et est potentiellement dangereux. - A.Casse: Ca fait même craindre...
Peut-être que les Américains seront aussi ciblés. C'est peut-être un appel à commettre des attentats. - D.Khalfa: Le régime iranien pratique le terrorisme d'Etat contre ses opposants, y compris sur le sol européen, mais aussi aux Etats-Unis.
Il y a un réseau d'agents. C'est commandité par l'Etat profond iranien. C'est surtout le corps des Gardiens de la révolution.
C'est une caution morale et religieuse. Il faut comprendre que la manière dont ce régime est structuré...
Au sommet de la pyramide du système iranien, la clé de voûte, c'est le Guide suprême. C'est lui qui donne le la sur les plans politique, militaire et religieux. Lorsque M.Khamenei, le fils de l'ancien Guide suprême assassiné par les Américains et les Israéliens, explique qu'il faut venger le sang de son père, et donc, implicitement, tuer Trump, il faut prendre ça très au sérieux. - A.Casse: Il parle d'une liste de noms. - D.Khalfa: Tous ceux qui sont responsables de l'assassinat de son père, d'une partie de sa famille, du chef d'Etat de l'armée, et d'un certain nombre de généraux éliminés le 28 février... - A.Casse: Le président américain était dans la liste? - D.Khalfa: Il peut y être.
Aux yeux du régime iranien, ceux qui donnent le la, ce sont Rubio, Trump et J.D.Vance.
Ils font partie de cette élite américaine dans leur ligne de mire. Ils estiment qu'ils sont responsables de cette guerre, notamment de l'assassinat de l'ancien Guide. - A.Casse: Tout à l'heure, on disait qu'il faut prendre cette menace au sérieux quand elle vient de l'ayatollah. - D.Khalfa: Tout à fait.
Est-ce que la menace était concrète, tangible, imminente? On peut avoir des doutes. Il faudra patienter pour avoir des éléments très précis.
Il y a un consensus au sein de la communauté du renseignement américain, républicains et démocrates compris, sur la réalité de cette menace. - A.Casse: N.Bacharan trépigne.
Bonsoir. Vous êtes historienne et politologue, spécialiste des Etats-Unis. Je rappelle votre livre: "Requiem pour le monde libre".
Que pensez-vous de cette liste? M.Khamenei s'exprime aujourd'hui.
En tout cas, cette expression lui est attribuée. Il dit qu'il veut non seulement la peau de D.Trump, mais qu'il a une liste. - N.Bacharan: Il y a beaucoup de choses dans cet événement.
Tout ce qui vient d'être dit, j'y souscris totalement. Il y a une caution religieuse. C'est comme une fatwa.
On sait qu'à travers le monde, même sans faire partie de réseaux, il y a des gens qui peuvent se réveiller un jour en disant: "C'est moi qui vais appliquer la fatwa." Regardez le sort de S.Rushdie.
Au-delà de ça, le président des Etats-Unis est une cible constante. C'est la cible de menaces multiples. La Maison-Blanche et les services de renseignements en enregistrent tous les jours.
Le pays est en guerre avec l'Iran, son ennemi juré. Le slogan depuis 47 ans, c'est: "Mort à l'Amérique, mort à Israël." La menace ne disparaît jamais.
Elle est plus ou moins aiguë. Dans les jours qui se sont déroulés, il y a eu un élément supplémentaire. C'est un renseignement venu d'Israël, disant qu'il y a une menace directe, proche, contre le président des Etats-Unis.
Tous les services américains ne sont pas d'accord sur l'imminence de cette menace, selon le renseignement israélien. On sait qu'Israël ne croit pas, comme toute personne raisonnable, à la possibilité d'un accord nucléaire avec l'Iran. Ca peut aussi être un désir de rappeler à Trump la vérité de la menace.
Evidemment, il est sur la liste. En même temps, il ne faut pas négliger le fait que ce soit le Guide suprême, s'il existe, car rien ne le prouve, ou les Gardiens de la révolution. Ils savent quand même que tuer Trump déchaînerait l'enfer.
D.Trump a d'ailleurs précisé que les ordres étaient donnés dans cette éventualité à toutes les forces armées américaines de détruire entièrement l'Iran. Ce n'est pas à négliger. - A.Casse: Il faut que vous m'aidiez à expliquer le titre de l'émission.
On a parlé d'Air Force One. On a expliqué ce qui s'est passé sur le tarmac d'Ankara, ce vent de panique. En même temps, la Maison-Blanche est aujourd'hui barricadée.
Y a-t-il un lien? - N.Bacharan: Oui.
La Maison-Blanche est en faute en matière de sécurité. D.Trump a tapé du pied.
Il voulait son avion qatari remis à toutes les bonnes normes de sécurité très vite. Il l'a obtenu en un an. L'avion a été donné en mai 2025.
L'armée de l'air, chargée d'équiper cet avion qui ne ressemble à aucun autre, qui est une Maison-Blanche volante, avait dit que ça allait prendre 2 à 3 ans. Sans avoir le détail, on sait que l'avion a été mis au goût de D.Trump, avec des dorures... - A.Casse: Je parlais de la Maison-Blanche, qui est barricadée aujourd'hui.
Dans quelle mesure et pourquoi? - N.Bacharan: Elle est barricadée pour plusieurs raisons.
Je n'avais pas compris la gravité de votre question.