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interviewLe Média — Podcasts· 26 octobre 2020 20 min

L'entretien d'actu | Dissolution du CCIF : "Le gouvernement cherche des boucs émissaires" | Marwan Muhammad

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Locuteur non identifié

On pense au comité contre l'islamophobie. Est-ce que vous avez les moyens aujourd'hui de le dissoudre très concrètement ?

0:38
Présentateur

Je le souhaite parce que nous avons un certain nombre d'éléments qui nous permettent de penser qu'effectivement, c'est un ennemi de la République.

0:43
Gérald Darmanin

Je me suis confronté au CCIF dans des salles d'audience, donc j'ai beaucoup travaillé sur le CCIF. Le CCIF, par l'intermédiaire de son porte-parole, a considéré en janvier 2020 que l'islam est une religion qui a vocation à régir toutes les sphères de la vie sociale et que le problème idéologique posé par les musulmans à la République française est celui d'une population qui n'a pas envie de se soumettre au mode de vie tel qu'il est pratiqué ici.

1:08
Présentateur

Je vous repose ma question sur le CCIF, parce que de votre point de vue, il faut dissoudre ce collectif contre l'islamophobie en France.

1:15
Intervenant

Écoutez, je suis mal placé parce que si je dis oui ou je dis non, je ne suis pas assez bien informé. Mais ce que je peux dire, c'est que si ça nécessite d'être interdit, faisons-le. Oui à la dissolution des associations telles le CIF.

1:32
Présentateur

Sébastien Jumel veut parler du collectif contre l'islamophobie en France, le CCIF.

1:38
Locuteur non identifié

qui visiblement est ennemi de la République.

1:45
Invité

Je m'appelle Marouane Mohamed, je suis statisticien, ingénieur financier de formation. J'ai été le porte-parole puis le directeur du collectif contre l'islamophobie en France, avant ensuite de cofonder la plateforme Les Musulmans, qui rassemble des associations et des dizaines de milliers d'adhérents. Le collectif contre l'islamophobie en France, c'est une association qui se crée en 2004 pour lutter contre les discriminations et les violences qui visent des personnes de confession musulmane ou non, à raison de leur religion supposée.

Donc des gens qui sont exclus de leur travail, des gens à qui on refuse l'accès à un commerce ou à un restaurant, des gens que l'on insulte ou que l'on frappe à cause de leur religion réelle ou supposée. réelle ou supposée, parce qu'il y a même des non-musulmans qui sont victimes d'islamophobie. Et donc le travail du CCIF pendant ces 16 dernières années, ça a été d'assister des milliers de victimes, de déclarants dans l'accès à leurs droits et la préservation de leur liberté.

Dans cette affaire, dans l'attaque abjecte qui a eu lieu vendredi, le CCIF n'a pas strictement rien fait, n'a pas entamé de démarche, n'a pas communiqué, n'a pas contacté l'établissement, n'a pas relayé de vidéos ou d'informations. Ce qui s'est passé par contre, c'est que comme des milliers de personnes chaque année, il y a des gens qui contactent le CCIF, qui lui écrivent ou qui appellent le guichet. Et le monsieur qui avait tourné la vidéo et diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux, trois jours plus tard, il cherchait des soutiens et il a contacté le CCIF.

Et la personne au guichet lui a dit très simplement, nous en fait, on vous recontactera éventuellement pour vérifier les faits quand notre service juridique sera disponible. Mais en attendant, on vous recommande très fortement de retirer cette vidéo parce qu'elle est problématique, à la fois puisqu'elle cible une personne et elle est contre-productive, elle est dangereuse en fait dans sa diffusion. Donc non seulement le CCIF n'est pas intervenu, n'a pas diffusé, n'a pas encouragé, n'a strictement rien fait de concret dans cette spirale dramatique qui a abouti à un assassinat horrible.

Mais en plus, elle avait au contraire incité à désescalader ce sujet, à dépublier une vidéo dont on pensait, dont on était à peu près tous d'accord, qu'elle était problématique dans ses moyens comme dans son objectif. J'ai réagi de manière très personnelle. J'ai réagi comme un père de famille, comme un enseignant, comme quelqu'un qui a investi dans les communautés éducatives de toutes les écoles où mes enfants ont été scolarisés et ayant moi-même enseigné pendant des années. Donc une réaction viscérale, une réaction de déchirement, un sentiment de terrible gâchis.

Parce qu'en fait, c'est un terrible gâchis quand un enseignant, c'est-à-dire quelqu'un qui a dédié sa vie à transmettre le savoir, au bout du compte finit assassiné pour quoi ? Pour des idées en fait. Et dans le même temps, quelqu'un qui n'a strictement rien à voir avec la situation, un jeune de 18 ans qui vient de province et dont la mission est d'assassiner un enseignant parce qu'il n'est pas d'accord avec lui. Et ça, c'est un crime abject. Et au niveau collectif, c'est un terrible gâchis.

Parce que ça veut dire que dans notre société, cet espace de dialogue où on échange ensemble, où l'école, quelque part, est le lieu de la rencontre des idées, la rencontre des savoirs, la rencontre des personnes, eh bien on a un échec collectif de ce point de vue-là. Et puis la terrible émotion de cette brutalité, au bout du compte, de cette violence dans sa plus brutale expression en fait. Parce qu'en fait, c'est ça l'objectif principal et premier du terrorisme. C'est de créer une réaction, de créer une déferlante émotionnelle, une opposition en fait entre des gens, de créer le conflit au bout du compte et d'inspirer et d'instiller la peur.

Le CCIF ne prend pas en charge les cas qui sont liés à des questions de blasphème ou de liberté d'expression au sens général du terme. Ce n'est pas le mandat de l'association. Ça veut dire que le CCIF n'intervient pas, ni juridiquement, ni publiquement, pour essayer de criminaliser Charlie Hebdo ou de criminaliser des gens qui vont faire des caricatures, même si à titre personnel, on peut être en désaccord où on peut désapprouver une ligne éditoriale ou un message qui est véhiculé par certaines de ces caricatures. Mais le CCIF n'a jamais intenté de procédure pour blasphème.

Par contre, sur des exemples précis, où une personne va insulter une autre personne en raison de sa religion, sur des cas précis où une personne va inciter à la haine et à la violence contre un groupe de citoyens communs, contre un groupe d'êtres humains, en raison de leur couleur de peau, leur origine ou en l'occurrence leur religion, là, le CCIF, comme toute association antiraciste, est fondée à agir et c'est comme ça qu'on a fait condamner, à l'époque où j'y travaillais encore, des publications comme Valeurs Actuelles pour incitation à la haine. Dire qu'on rejette et qu'on critique l'islam, ça, c'est totalement libre.

Dire que les musulmans sont des terroristes ou qu'ils sont des néo-nazis et qu'il faut les expulser du pays ou les envoyer dans des camps de concentration, ça, c'est une autre histoire. Ça s'appelle de l'incitation à la haine raciale. Dans les lois françaises, il y a ce qu'on appelle des critères protégés. Les critères protégés, c'est des choses dans l'identité, dans la personnalité des gens, dans l'origine des gens, en fait, qui ne pas les définissent, mais peuvent être la cible de stigmatisation ou d'exclusion. Être une femme, ça peut nous exposer au sexisme.

Être homosexuel, être juif, être musulman, être noir, être d'origine d'Afrique subsaharienne, être de tel pays ou de tel autre, être de telle obédience, parfois ça aboutit à des situations d'exclusion. Et c'est justement ces critères-là qui constituent des critères protégés. Et c'est pour ça qu'en fait, quand on exclut quelqu'un sur la base de ces critères, c'est ça qui devient illégal. Et la religion ou l'appartenance religieuse supposée fait partie de ces critères protégés. C'est ce cadre juridique qui permet au CCIF d'agir.

Donc le fait d'accuser le CCIF d'être islamiste, fondamentaliste, de soutenir des mouvements radicaux et ainsi de suite, ça c'est en fait les accusations génériques qu'on sort du chapeau. Le plus souvent, ça a la moindre preuve pour essayer de dénigrer ou de disqualifier une association au bout du compte juste parce qu'elle fait son travail. Et le plus souvent, en fait, ce sont des gens qui sont les premiers agitateurs et les premiers animateurs de la stigmatisation des musulmans. Mais en fait, il y a quelque chose qui est assez pervers derrière. En fait, c'est que les musulmans, en fait, ils n'ont pas le droit de se battre pour leurs droits.

Dès qu'ils le disent ou dès qu'ils le font, on va les accuser de défier la République. Au bout d'un moment, on se dit même que les musulmans, pour certains, ne devraient même pas avoir droit à la parole. Quand on voit les polémiques que soulève la simple présence ou la simple visibilité, que ce soit d'une personne engagée dans un syndicat, comme c'est le cas de Mariam Pouche-Tou, que ce soit le cas d'une chanteuse comme Menel, que ce soit le cas d'une blogueuse cuisine comme Iman Bouny, au bout du compte, le simple fait de s'exprimer et de ne pas cacher, de ne pas masquer, de ne pas invisibiliser sa religiosité, ça, en soi, s'est construit comme un problème.

Comme si, au bout du compte, on était satisfait des musulmans que lorsqu'ils étaient totalement exclus du champ du débat public. Être accusé d'être des islamistes pour ça, ou être accusé d'être des islamo-gauchistes parce qu'on est contre le racisme, tout ce type de casquettes et de catégories qu'on jette aux gens. Sincèrement, quand ça vient de la part de raciste, il faut le porter comme un pinz et ne pas s'inquiéter de ça, et se concentrer sur notre travail, celui de la préservation des libertés fondamentales. Il y a Gérald Darmanin qui demande la dissolution du CCIF. Alors là, franchement, je me pose des questions juste plus larges, en fait, sur Gérald Darmanin et ses motivations.

Il y a quelques années, il soutenait le CCIF. Il participait même à une conférence au premier rang dans le Nord, à Tourcoing, pour soutenir la lutte contre l'islamophobie. Aujourd'hui, il demande la dissolution de l'association. Sincèrement, ce n'est pas très sérieux. Il n'y a pas de base factuelle. Il n'y a pas de base juridique pour dissoudre le CCIF. Ça veut dire qu'en fait, cette déclaration, elle repose sur une volonté politique, une volonté de criminaliser la lutte contre l'islamophobie, en particulier, et la lutte pour la préservation des libertés fondamentales, de manière générale.

Et on voit que, malheureusement, ce gouvernement, une étape après l'autre, a été initialement élu pour faire barrage au Front National. Je ne l'appelle pas le Rassemblement National, parce qu'il n'a rien de rassembleur. Et qui, trois années plus tard, se retrouve à lui faire le plein d'essence.

Donc, cette dynamique, une année après l'autre, de droitisation et d'intériorisation, d'incorporation, en fait, de l'idéologie d'extrême droite, dans les mesures du pouvoir, et dans une dérive qui est parfois autoritaire, ça, là, c'est un processus qui est très dangereux, parce qu'en fait, ça démontre que, quand le gouvernement est en échec, sur le plan politique, économique, social, éducatif, sanitaire dans notre pays, il a besoin de trouver des boucs émissaires. Et son seul moyen de trouver des réserves de soutien et des réserves de voix, en projection de l'élection présidentielle qui arrive, c'est d'aller braconner sur les terres de l'extrême droite.

Il ne faut pas se tromper quand le ministre de l'Intérieur demande la dissolution du CCIF. En fait, ce à quoi on s'attaque, c'est les libertés fondamentales, notamment celles des associations, et la possibilité pour tous les défenseurs des droits humains de dire et de dénoncer quand il y a des problèmes dans notre pays. Le CCIF est dans le viseur. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il est efficace. On reproche au CCIF d'avoir fait condamner des figures politiques de premier plan pour leurs propres racistes. On reproche au CCIF, avec la LDH, d'avoir fait annuler tous les arrêtés burkini qui ont envenimé l'ambiance dans le pays en 2016.

On reproche au CCIF d'avoir défendu des centaines de personnes qui avaient été perquisitionnées injustement et d'avoir révélé la nature arbitraire, parfois abusive, de ces mesures. Donc ce qui est reproché au CCIF, c'est au bout du compte de faire son travail et de mettre en question les dynamiques parfois racistes qui ont entré dans notre société et de mettre en cause les responsabilités parfois politiques qui ont conduit à cette situation. Le travail du CCIF, c'est de lutter contre l'islamophobie sous toutes ses formes. Pour faire ce travail, le CCIF doit être accessible à toutes les parties des communautés musulmanes. Or, les communautés musulmanes, elles sont diverses.

Dedans, il y a des progressistes, dedans, il y a des gens qui sont équilibrés, d'autres gens qui sont très traditionnalistes, des gens qui ont une lecture très intellectualisée ou culturelle du fait musulman, d'autres qui ont une conception très normée, voire normative du fait musulman. Le travail du CCIF, c'est pas de juger leur opinion. Le travail du CCIF, c'est de préserver leur liberté fondamentale. Donc, il se trouve que, parmi les déclarants du CCIF, on a de tout.

Des gens qui portent le foulard, d'autres qui ne le portent pas, des gens qui ont une barbe, d'autres qui n'en ont pas, des gens qui ont une compréhension du fait religieux qui est très littérale, d'autres personnes qui n'ont pas une pratique religieuse particulière. Et le travail du CCIF, c'est de les traiter tous à égalité et de préserver leur liberté à tous. Donc, ça paraît nécessaire de le rappeler, même si c'est une évidence, défendre les libertés de quelqu'un, ça ne veut pas dire approuver tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait. Donc, quand on défend un imam qui a été injustement perquisitionné, on ne regarde pas les centaines d'heures de vidéos qu'il a fait.

Et si lui, il a une vision, je dirais littérale, des textes musulmans, c'est son opinion à lui. Ce n'est pas nécessairement l'opinion ni des personnes qui constituent le CCIF, et encore moins du CCIF, puisque c'est une association à religieuses. Donc, en fait, ça là, ce distingo, il faut bien le faire. Défendre les libertés de quelqu'un, ce n'est pas nécessairement approuver l'ensemble de ce qu'il dit et de ce qu'il fait, mais c'est considérer qu'il doit avoir le droit de le faire dans les limites de la légalité française. Sauf que quand on parle d'associations qui travaillent avec les musulmans, en fait, il y a toujours cette volonté de créer des collusions.

Si on défend les libertés de quelqu'un, c'est qu'on le soutient. Et ça veut dire qu'on est proche de telle mouvance. Et l'expression « proche d'eux », en fait, elle ne veut rien dire objectivement, mais elle permet d'essayer de disqualifier par capillarité des personnalités politiques ou des personnalités associatives. Vous citiez tout à l'heure la marche contre l'islamophobie en novembre 2019. Vous avez bien vu les processus qui étaient à l'œuvre. On essaie de dire « Ah ouais, les élus de gauche sont des soutiens du terror, parce qu'ils ont manifesté avec des associations de gauche. Ces associations de gauche travaillent avec des associations de lutte contre l'islamophobie.

Les associations de lutte contre l'islamophobie défendent des musulmans, parmi lesquels des imams rigoristes. Parmi les imams rigoristes, il y en a qui ont des discours très traditionnalistes. Et certains ont inspiré des gens. Et ces gens-là, ils avaient un téléphone. Et dans leur téléphone, on a trouvé des vidéos qui soutiennent le terrorisme. Et par conséquent, on va disqualifier tous ces gens-là par capillarité. Et la phrase française « Si ce n'est toi, c'est donc ton frère » s'applique parfaitement à ce contexte-là. Donc on rejette en bloc.

Et on rappelle cette dichotomie nécessaire entre préserver les libertés d'expression de quelqu'un, ou les libertés d'association, ou les libertés fondamentales d'une personne ou d'une structure d'une part, et d'autre part, adhérer ou non, soutenir ou non, ses idées et ses actes. Pour prendre un exemple, dans le cas opposé, défendre la liberté d'expression de Charlie Hebdo ou de n'importe quel média, ça ne veut pas dire approuver tout ce que ces journaux publient dans le moindre détail de leurs articles.

Mais on pense qu'ils doivent avoir le droit d'écrire leurs articles, de publier leurs dessins, de faire ce qu'ils veulent à peu près, mais sans nécessairement qu'on soit obligé d'approuver tout ce qui se dit et tout ce qui se fait. Il y a un certain nombre de médias qui devraient faire un exercice d'autocritique, que ce soit sur le plan des idées ou tout simplement de la déontologie journalistique. Je vois un certain nombre de procédés qui sont à l'œuvre dans le traitement du fait musulman de manière générale et des questions d'islamophobie de manière particulière. Dans le regard médiatique, les musulmans sont soit des méchants, soit des ignorants.

Donc les musulmans qu'on montre à la télévision, soit ça va être des gens qui tiennent un discours véhément, hostile, qui vient confirmer le stéréotype qu'on voudrait dresser, soit c'est des gens qui sont là pour leur docilité. Ils dénigrent le reste de leurs co-religionnaires, ils valident l'idéologie d'exclusion qui les vise et leur principale fonction politique c'est de valider le racisme qui vise les arabes, les noirs et les musulmans. La volonté de montrer ça comme une image représentative de l'ensemble des musulmans, ça, ça pose problème.

Et quand, très rarement, il y a des fenêtres où, au bout du compte, on ne peut plus cacher la parole musulmane et donc on est obligé d'inviter des gens, ne serait-ce que pour donner les apparences de la pluralité du débat, là, en fait, on va avoir des interlocuteurs musulmans qu'on met en accusation. Est-ce que vous condamnez ? Est-ce que vous condamnez ? Est-ce que vous condamnez ? Est-ce que vous êtes d'accord avec tel imam ? Est-ce que vous êtes d'accord avec telle structure ? Est-ce que vous avez dénoncé ? Est-ce que vous avez publié un communiqué ?

Comme si, au bout du compte, il y avait une espèce de tribunal médiatique et à chaque fois qu'il y a un homme ou une femme musulmane, il devait être lui ou elle comptable de ce que font 1,8 milliard de musulmans à travers le globe. C'est comme ça que, sur une échelle de temps de 2, 3, 4, 5 ans, on se retrouve avec des plateaux télé qui, au bout du compte, je n'ai même pas envie de dire que c'est le café ou le troquet ou le guichet du coin, mais par contre, une espèce de club raciste où, en fait, on est dans des monologues collectifs où, moi, je pense qu'il faut interdire ceci et l'autre arrive et dit oui, je suis complètement d'accord, mais encore plus interdire, ce serait bien.

Oui, mais quand même, les Tchétchènes, ça pose un problème. Oui, mais aussi les Arabes, ça pose un problème. Oui, mais moi, je propose qu'on les remigre tous. Oui, mais moi, je pense qu'il faut interdire le foulard dans l'espace public. Oui, mais moi, je pense que critiquer les violences policières, c'est inciter à la guerre civile. Oui, mais moi, je pense qu'en fait, les associations qui dénoncent le racisme sont elles-mêmes racistes. Et cette dynamique-là, cette spirale-là, au bout du compte, il y a deux vainqueurs, les chaînes qui animent ces débats-là pour augmenter leur audience et leur budget publicitaire, mais l'immense vainqueur, en fait, c'est l'extrême droite.

Et elle a réussi à imposer son agenda dans des chaînes qui se disent être des chaînes info et ça influence la manière dont les autres médias reprennent ces questions et ça normalise, en fait, des questions et des formes de questionnement d'extrême droite. Je prends tout simplement un exemple pour terminer là-dessus. On est en train de discuter, par exemple, de la question des mamans accompagnatrices portant un foulard dans les sorties scolaires. C'est le énième débat qui revient de manière cyclique tous les six mois, soit par Blanquer, soit par Marine Le Pen, soit par Manuel Valls ou n'en perd qu'à l'autre de cette mouvance-là. Et on va avoir des médias, par exemple, qui font un sondage.

Est-ce que vous êtes pour ou contre la participation des mamans portant un foulard dans les sorties scolaires ?

18:13
Locuteur non identifié

Faut-il interdire le port du voile pour les sorties scolaires ? Selon un sondage du journal du dimanche, trois Français sur quatre sont pour l'interdiction du port de signes religieux aux parents d'élèves en sortie scolaire.

18:27
Invité

Et en fait, le fait de poser la question, en fait, d'un point de vue statistique, ça a un effet de cadrage, ça a un effet performatif. Parce que quand on pose la question, est-ce que oui ou non, les femmes peuvent porter un foulard ou une mini-jupe ou un tank top ou un short ou un fichu ou un turban ou autre, ça induit l'idée que c'est un sujet d'opinion et que c'est sujet à débat. Mais en vérité, la liberté fondamentale et la liberté individuelle ne concernent que la personne en question. Elle ne concerne pas la population. Ma liberté à moi, elle n'est pas le fruit d'un vote de 60 personnes qui disent « Ah tiens, il a aujourd'hui le droit de porter un pull bleu et une chemise rose.

C'est mon choix à moi. » Donc en fait, ce type de méthode-là, ce type de questionnement-là, induit dans l'opinion publique et dans l'imaginaire collectif l'idée que si on fait basculer un sondage dans un sens ou dans l'autre, ça donne un argument pour restreindre des libertés fondamentales. Et ça, c'est vraiment la preuve la plus évidente que, d'un point de vue médiatique, le traitement du fait musulman pose problème d'un point de vue idéologique, politique, mais aussi méthodologique.

19:32
Locuteur non identifié

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Locuteur

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