Martin Vial, directeur général de l’Agence des participations de l’Etat : "Nous allons faire évoluer notre doctrine d’investissement"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Bonsoir à tous. L'État actionnaire, comment traverse-t-il la crise présente au capital de 83 entreprises précisément ?
- 0:35OuverteRéponse directe
Quel est votre rôle, quelles sont vos missions précisément ?
- 1:09OuverteRéponse directe
Quel impact la crise a-t-elle eu concrètement sur l'État actionnaire et sur ses participations ?
- 2:14OuverteRéponse directe
Les dividendes versés à l'État ont chuté à 300 millions en 2020. Pourquoi cette baisse ?
- 3:21OuverteRéponse directe
Est-ce que l'État va maintenir ses participations pour soutenir les entreprises en difficulté comme Air France ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Est-ce que vous allez continuer à donner de l'argent à Air France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« La puissance publique soutient les sociétés qui en ont besoin mais aussi celles qui sont en bonne santé tout simplement pour des raisons stratégiques. »
- 0:41InvitéFait
« L'agence des participations de l'État gère le patrimoine financier de l'État dans 83 entreprises qui sont à la fois pour certaines des entreprises publiques c'est-à-dire dans lesquelles nous avons une majorité ou l'intégralité du capital comme la SNCF ou bien comme EDF ou bien des entreprises privées dans lesquelles nous avons une participation minoritaire. »
- 1:01PrésentateurChiffre
« Le total fait à peu près 125 milliards d'euros d'actifs gérés par l'APE. »
- 1:25InvitéFait
« Nous avons des entreprises dans le domaine des transports, Air France-KLM, la SNCF, Aéroport de Paris, dans le domaine de l'aéronautique avec Airbus ou Safran ou bien dans le domaine automobile avec Renault. »
- 4:20PrésentateurFait
« Est-ce que vous allez continuer à donner de l'argent à Air France ? »
- 5:27InvitéChiffre
« Nous aurons consacré environ 10 milliards d'euros en soutien direct à des entreprises comme Air France-Calem. »
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France Info. Bonsoir à tous. L'État actionnaire, comment traverse-t-il la crise présente au capital de 83 entreprises précisément. La puissance publique soutient les sociétés qui en ont besoin mais aussi celles qui sont en bonne santé tout simplement pour des raisons stratégiques. Bonsoir Martin Vial. Vous êtes directeur général de l'APE, c'est l'agence de la participation enfin des participations de l'État précisément. Vous venez de rendre public votre rapport annuel, on va faire le bilan mais auparavant une définition quel est votre rôle, quelles sont vos missions précisément. L'agence des
participations de l'État gère le patrimoine financier de l'État dans 83 entreprises qui sont à la fois pour certaines des entreprises publiques c'est-à-dire dans lesquelles nous avons une majorité ou l'intégralité du capital comme la SNCF ou bien comme EDF ou bien des entreprises privées dans lesquelles nous avons une participation minoritaire. Pour quel montant précisément, enfin globalement ?
Le total fait à peu près 125 milliards d'euros d'actifs gérés par l'APE. Donc ça c'est de l'argent public qui est placé dans les entreprises que vous citez. Alors, le bilan, quel impact la crise a-t-elle eu concrètement sur l'État actionnaire et sur ses participations dans les entreprises citées ?
D'abord, cette crise a eu un impact évidemment considérable en 2020 sur les entreprises du portefeuille, en particulier parce que nous avons des entreprises dans le domaine des transports, Air France-KLM, la SNCF, Aéroport de Paris, dans le domaine de l'aéronautique avec Airbus ou Safran ou bien dans le domaine automobile avec Renault. Il faut bien réaliser que, au printemps 2020, beaucoup de ces entreprises ont arrêté leur production. Ça ne s'était jamais produit dans leur histoire. Et donc, elles ont fait preuve d'une extraordinaire résilience, capacité d'adaptation, avec bien sûr un soutien massif de l'État, notamment sur le chômage partiel. Et en fait, elles se retrouvent aujourd'hui.
Parce qu'elles ont fait des restructurations dans un niveau de compétitivité qui est meilleur qu'elles ne l'étaient au début de la crise.
Martin Vial, comme tout actionnaire, l'État a le droit de recevoir des fameux dividendes comme les actionnaires à la bourse. Et là, la pandémie est passée par là. Ça a été une catastrophe pour les dividendes versés à l'État l'année dernière, je crois. 300 millions d'euros après 2,3 milliards en 2019. Et on est même monté à 4 milliards en 2015. La chute totale.
Oui, pour deux raisons. D'abord parce que certaines entreprises ne pouvaient pas distribuer de dividendes parce que leur résultat s'était écroulé. Et d'autre part parce que d'autres entreprises ont préféré jouer la prudence. Au printemps 2020, on ne savait pas quelle était la durée et l'ampleur de cette crise. Et par conséquent, elles se sont dit qu'on ne va pas distribuer de dividendes. On veut garder cette trésorerie pour faire face à des lendemains difficiles. Et donc, c'est la conjonction de ces deux phénomènes qui ont fait qu'en effet, en 2020, nous n'avons touché qu'environ 300 millions d'euros. C'est un gros manque à gagner quand même.
C'est énorme, considérable, puisque en effet, moi, quand j'ai pris mes fonctions il y a 6 ans, l'État encaissait à peu près 4 milliards d'euros de dividendes par an. Et bien, justement, comme ces entreprises reprennent une activité profitable, elles distribueront pour beaucoup d'entre elles des dividendes dès 2022.
Alors, la crise a fragilisé certains secteurs, en particulier l'aérien, qui demande à continuer à être soutenu. Est-ce que l'État va maintenir ses participations là où il a placé l'argent pendant la crise pour soutenir les entreprises en difficulté ?
Nous sommes actionnaires d'Air France-Calem. Je dois dire que la gouvernance, les dirigeants d'Air France-Calem ont fait un travail formidable d'adaptation de leur entreprise face à cette crise. Et la restructuration qui est menée aujourd'hui chez Air France, par exemple, n'a pas de précédent. Et Air France va se retrouver parmi les meilleures compagnies aériennes une fois que la reprise du transport aérien se sera produite.
Oui, mais Anne Régail, la directrice générale d'Air France-Calem, enfin d'Air France, le dit clairement. Si l'État ne continue pas à nous aider, notamment face au coût de la transition énergétique, on ne peut pas tenir. Le trafic aérien français, en Europe en général, n'est pas redevenu suffisamment normal pour assurer une reprise du groupe et une survie du groupe vraiment parfaite. Est-ce que vous allez continuer à donner de l'argent à Air France ?
Il y a deux choses. Nous sommes actionnaires d'Air France-Calem et nous avons participé à une première tranche de recapitalisation cette année. Nous aurons finalement consacré à peu près 3,6 milliards sous forme de prêts subordonnés sur long terme et d'augmentation de capital afin de permettre à Air France-Calem et en particulier à Air France de faire face à cette période extrêmement difficile. Je crois que dans le futur, le trafic aérien va reprendre dans les années qui viennent. Le transport aérien et Air France-Calem de façon singulière à faire face à plusieurs défis. Premièrement, effectivement, les difficultés du transport. Deuxièmement, l'exigence environnementale.
Il faut qu'Air France réduise ses émissions de CO2. Troisièmement, le rajeunissement de sa flotte.
Donc Air France peut compter sur l'État dans toutes ses missions ?
Nous allons continuer. Nous sommes le premier actionnaire. Nous avons augmenté notre participation dans Air France-Calem et nous allons continuer de soutenir en capital Air France-Calem.
Alors concrètement, Martin Vial, est-ce que la crise va modifier l'attitude de l'État actionnaire ?
Elle l'a déjà modifiée pendant cette période puisque nous aurons consacré environ 10 milliards d'euros en soutien direct à des entreprises comme Air France-Calem.
Vous allez signer des secteurs particuliers ?
Et par ailleurs, pardon, j'interviens aussi, nous intervenons sur des fonds sectoriels pour plus de 2 milliards d'euros, 2 milliards d'euros très exactement, dans le domaine de l'automobile, dans le domaine de l'aéronautique, dans le domaine du nucléaire et puis des fonds de transition. Donc ça, c'est le premier volet. On va continuer de soutenir des entreprises qui sont en difficulté. Et puis, nous allons sans doute amender ou en tout cas faire évoluer notre doctrine d'investissement parce qu'il y a les défis technologiques, les défis de l'environnement. Et toutes ces entreprises doivent faire face à cette transition qui sera massive.
D'un mot, Martin Vial, où en sont les dossiers de privatisation qui ont été suspendus avec la pandémie ? Je parlais notamment d'Aéroports de Paris, ADP et Engie. Où est-ce que vous en êtes ?
Pour l'instant, il n'y a pas de dossier d'actualité sur ces entreprises. Aéroports de Paris est une entreprise du secteur aérien. Ses activités n'ont pas repris normalement. S'agissant d'Engie, c'est différent. C'est une entreprise privée dans laquelle nous avons une participation. Les dossiers vont bouger avant l'élection présidentielle du mois d'avril ? Sans doute pas. Et la priorité pour Engie, ce qu'ils font très bien, c'est de recentrer leur activité autour des infrastructures et de l'énergie renouvelable.
Donc pas de privatisation, ni d'ADP ni d'Engie avant l'élection présidentielle. Merci beaucoup, Martin Vial, pour toutes ces précisions. Je rappelle que vous dirigez l'Agence des participations de l'État et vous étiez l'invité de France Info ce soir.