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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 5 mai 2026 26 minContradictoireMixte

Audiovisuel public : que propose le rapport de la commission d'enquête ?

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Présentateur

France Culture, question du soir, Mathéo Caranta. Le rapport de la commission parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, dit rapport à longue du nom de son rapporteur, a finalement été publié ce matin. Il replace l'audiovisuel public au centre du débat. Pendant près de six mois, des dirigeants, des journalistes, des producteurs, des personnalités du secteur ont été auditionnés par une commission d'enquête très controversée dans sa forme, comme dans ses objectifs.

Au bout de ses travaux, ce rapport, donc, où le député UDR, Charles Allon, propose de réduire drastiquement les dépenses d'un milliard d'euros, de fusionner, de supprimer certaines chaînes, de renforcer la neutralité des salariés, de changer les méthodes de nomination des dirigeants de l'audiovisuel public. Pour ses soutiens, ce rapport répond aux besoins de neutralité, de contrôle de l'argent public. Pour ceux qui s'y opposent, c'est le cheval de Troie de la bataille culturelle qui oppose l'extrême droite et la sphère médiatique de Vincent Bolloré à l'audiovisuel public. Alors, qu'en est-il réellement ? Que propose ce rapport décrié avant même sa publication ?

Quelle piste donne-t-il pour le futur de l'audiovisuel public ? Et l'imaginaire aussi porte-t-il ? Nous en parlons ce soir en compagnie de Pauline Trouillard. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes chercheuse au CNRS, au Centre Internet et Société. Votre thèse de droit public portait sur les missions de services publics audiovisuels dans les États membres de l'Union Européenne. Merci d'être avec nous ce soir dans Question de Sœur. Merci à vous pour l'invitation.

1:28
Invité

On peut fusionner le meilleur de France 2, le meilleur de France 5, réaliser une économie significative à l'heure où on demande budget après budget aux Français de serrer la ceinture. C'est une des pistes de recommandation. En aucun cas, je me suis positionné pour la privatisation. Je trouve ce procédé très manipulatoire. Vous mélangez chiffre d'affaires et dotation publique. Moi, ça fait 30 ans que je manage les entreprises, d'accord ? Donc, je commence à mal le prendre. Quand je suis arrivée en 2015, l'entreprise, elle était depuis 3 ans en déficit. De 2015 à 2025, j'ai ramené l'équilibre dans cette entreprise. Avec des dotations en baisse, en effet.

Quand on réfléchit collectivement à ce que doit être le divulgé public, on prend toujours le sujet à l'envers. On commence par poser la question des moyens, humains, financiers, avant de poser la question sans doute la plus fondamentale. Qu'est-ce que doit être le service public en 2026 face à la montée en puissance des plateformes étrangères, à la concurrence des réseaux sociaux ? Quelle doit être sa spécificité, sa singularité par rapport à l'audiovisuel privé ?

2:36
Présentateur

Les voix du député Union des Droites pour la République, Charles Allong, rapporteur de la commission parlementaire, de Delphine Ernotte, directrice PDG de France Télévisions, et de Jérémy Patrier-Lettus, député Horizon, président de la commission d'enquête parlementaire, qui s'est montré en opposition ces derniers jours avec le rapporteur. Pauline Trouillard, avant d'entrer dans le détail de ce rapport de 400 pages que vous avez accepté de dépouiller avec nous ce soir, je me permets de vous demander, il me semble que vous avez été auditionné par la commission parlementaire en décembre. Alors racontez-nous comment cela s'est-il passé ?

Qu'avez-vous pensé des conditions de votre audition et plus largement du fonctionnement de cette commission parlementaire ? Écoutez, moi, mon audition s'est très bien passée, la conversation a été très cordiale et tout le monde a été très gentil avec nous, mais sur la forme, comme beaucoup, j'ai été choquée par la façon dont le rapporteur a invectivé, donc pas moi, mais les auditionné, notamment lorsqu'ils étaient salariés du service public audiovisuel. Le service public audiovisuel constitue une alternative importante et précieuse par rapport à l'information fournie sur les réseaux sociaux et qui sont amplifiés par des algorithmes chinois ou états-uniens.

Et donc, jeter l'opprobre de la sorte sur le service public audiovisuel, ça me semble irresponsable, a fortiori, quand on se dit souverainiste. Alors, va pour cet avant-propos que vous teniez à avoir ce soir dans l'émission. Sur quelles questions avez-vous été interrogées, Pauline Trouillard ? Sur la gouvernance, beaucoup. C'est-à-dire ? Et c'est-à-dire comment organiser la nomination du président, la prise de décision, quel programme favoriser, et un petit peu sur le financement, mais aussi beaucoup sur le principe de neutralité, qui était le titre de la commission.

Alors, à la lecture de ce rapport, et si on prend au mot le rapporteur Charles Allong, celui-ci donne la sensation, il le dit même, que l'audiovisuel public a besoin d'être sauvé. Est-ce que vous partagez ce constat ? Et de quoi a besoin d'être sauvé l'audiovisuel public, Pauline Trouillard ? Je pense que le service public audiovisuel doit être sauvé pour la démocratie. C'est-à-dire que pour la mise en œuvre du pluralisme, qui est un principe fondamental pour la démocratie, le service public audiovisuel est indispensable. Pour autant, je ne pense pas qu'il ait besoin d'être sauvé par rapport à quelque chose, à un État, comme si l'État du service public audiovisuel aujourd'hui était horrible.

Non, je pense que vous le démontrez tous les jours, vous faites des émissions de qualité. Et donc, il n'a pas besoin d'être sauvé par rapport à un État précédent. Alors, que contient ce rapport ? D'abord, il y a un débat sémantique qui nous a intéressés. C'est un débat sémantique qui s'est tenu entre le rapporteur et le président de cette commission, qui porte entre les mots de neutralité et impartialité. Que portent ces deux concepts ? Et comment comprenez-vous l'approche du rapport de la commission parlementaire sur la question Pauline Trouillard ? La commission s'appelait la commission pour la neutralité du service public audiovisuel.

Et nous, ce qu'on a dit aux rapporteurs, c'est que la neutralité ne peut pas être mise en œuvre en l'État, en général, dans le service public audiovisuel. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas un principe compatible avec l'exercice de la liberté de la presse, et ce, même au sein du secteur public, pour deux raisons principales. Premièrement, les journalistes de Radio France et de France Télévisions ne représentent pas l'État, et l'État n'a pas son mot à dire dans la façon dont sont choisis et traités les informations au jour le jour.

Or, le principe de neutralité, tel qu'il s'applique dans les autres services publics, s'explique pour ça, parce que les agents doivent mettre en œuvre les émissions que lui confie les États. Parce que je rappelle que la recommandation numéro une, c'est précisément, à l'instar des magistrats ou des enseignants, créer une neutralité pour que les expressions publiques à caractère politique sont susceptibles de sanctions disciplinaires. Vous dites que cela n'est pas compatible avec l'exercice, par exemple, du journalisme ou de l'animation de la liberté de la presse. Oui, oui.

Parce que l'État n'a pas, si vous voulez, dans la vie de tous les jours de France Culture, c'est pas l'État qui doit décider quelles informations vous traitez au jour le jour. Alors, en revanche, l'impartialité, cela est un concept qui est plus compatible, selon vous, Pauline Trouillard. Qu'est-ce qu'on entend par impartialité ? Comment est-ce que ça s'organise concrètement ? C'est le principe approprié qui est déjà présent dans la loi de 1986. Et donc, le principe d'impartialité, c'est l'absence de préjugés et le fait, pour un journaliste, d'être capable de prendre des reculs par rapport à ses opinions personnelles.

Et cela passe par la mise en œuvre de règles déontologiques qui existent déjà, mais on peut, à mon avis, faire en sorte de mieux les définir, ces règles déontologiques. Alors, expliquez-nous, qu'est-ce qui existe et comment est-ce qu'on pourrait les améliorer ? Ce qui existe, c'est des règles au sein de la profession qui s'appliquent. Après, on a aussi le principe, par exemple, d'honnêteté, c'est-à-dire de présenter des informations factuelles, de ne pas mentir. Mais après, il y a tout un tas de règles déontologiques que vous devez suivre en tant que journaliste. Et voilà, je pense qu'on peut les mettre en œuvre.

Il faut encadrer, en fait, et faire en sorte que ces règles déontologiques s'appliquent véritablement. Est-ce que vous, pendant votre thèse, vous avez étudié d'autres audiovisuels publics ? Il me semble que vous avez étudié l'Italie, la RAI notamment, la BBC en Angleterre, également l'audiovisuel public canadien, si je ne m'abuse. Est-ce que là, vous avez vu des règles d'impartialité, par exemple, qui fonctionnaient mieux, desquelles on pourrait s'inspirer en France ? Qu'est-ce qu'il manque à l'audiovisuel public français en termes d'impartialité, Pauline Trouillat ? Notamment au Royaume-Uni, il y a des règles très précises d'impartialité.

Et en fait, les journalistes de la BBC doivent vraiment les respecter sous peine de sanction. Et en fait, les règles d'impartialité se matérialisent avec des cas très concrets. C'est-à-dire qu'il y a des choses que les journalistes n'ont pas le droit de faire quand ils se retrouvent face à un invité, ou quand, par exemple, juste interviewer l'invité en donnant son opinion. Le fait de donner son opinion, ce n'est pas quelque chose qui est possible à la BBC. Sur le service public audiovisuel français, c'est des choses qu'on voit assez souvent. Et ça, je pense que oui, ça peut poser problème.

Est-ce qu'il y a d'autres exemples de méthodes, de règles d'impartialité qui existent en Angleterre ou au Canada qui n'existeraient pas en France ? Par exemple, la façon de présenter les faits. Il y en a énormément, en fait, je ne peux pas toutes vous les dire, mais la façon de présenter les faits est extrêmement encadrée. La façon de répondre à un invité quand il présente une information fausse ou vraie est extrêmement encadrée. Ensuite, c'est sur l'organisation même des chaînes et des différents groupes de l'audiovisuel public qu'est intervenu le rapporteur. D'abord, en ce qui concerne la nomination des dirigeants de l'audiovisuel public.

La proposition 19, nous avons imprimé avec l'équipe de questions du soir toutes les recommandations de ce rapport pour pouvoir travailler au plus près du texte. La proposition 19 de ce texte parle de faire évoluer le mode de désignation des dirigeants de l'audiovisuel public pour qu'il soit nommé par le président de la République après avis des commissions des affaires culturelles du Parlement. Vous venez de traduire ce langage juridique, Pauline Trouillard. Qu'est-ce que c'est que cette proposition ? Et en quoi est-ce que cela vous convient, ne vous convient pas ? Qu'est-ce que ça change en fait sur l'indépendance de l'audiovisuel public ?

La question du pouvoir de nomination des dirigeants de France TV et de Radio France est une question qui a toujours été beaucoup discutée. Comme vous le savez, en 2009, Nicolas Sarkozy, alors président, avait commandé à Jean-François Copé un rapport et Jean-François Copé avait proposé de faire élire le président au sein même du conseil d'administration. Mais Nicolas Sarkozy avait rejeté la proposition et avait décidé de confier le pouvoir de nomination au président de la République en vertu d'une nouvelle procédure de la Constitution qui est prévue par l'article 13.

Et cette nouvelle procédure, adoptée lors de la révision de 2008, prévoyait que les commissions compétentes du Parlement avaient un droit de veto en fait sur le pouvoir de nomination du président de la République. C'est-à-dire que si 3 cinquièmes des parlementaires votaient contre la nomination, alors cette nomination ne pouvait pas advenir. Mais cette procédure n'est évidemment pas suffisante et la nomination par le président est extrêmement problématique évidemment par rapport à l'indépendance que doit avoir le service public audiovisuel vis-à-vis du pouvoir politique.

Est-ce que ce n'est pas contradictoire de parler à la fois de neutralité, d'impartialité et de proposer par ailleurs une nomination politique des dirigeants de l'audiovisuel public ? C'est complètement contradictoire, je ne comprends pas d'où vient cette idée en fait. Si le but affiché c'est vraiment la neutralité du service public audiovisuel, enfin, qu'est-ce qu'on entend par la neutralité, mais en tout cas l'impartialité du service public audiovisuel, cette proposition elle n'a aucun sens. D'accord, il n'y a aucune autre forme d'explication pour vous que vous puissiez pour nous éclairer ce soir ?

Ce que je peux vous dire c'est que moi je pense que la nomination au sein du conseil d'administration et par un vote au sein du conseil d'administration c'est la meilleure solution et c'est celle d'ailleurs qui est prévue par la loi de 83 sur la démocratisation du secteur public.

Alors le président de la commission Jérémy Patrier-Lettius lui a fait une autre, une sorte de contre-proposition, il a même fait une sorte de contre-rapport au sein du rapport, c'est inédit il me semble pour un rapport de commission parlementaire, c'est-à-dire que dans son introduction il a lui-même publié une quarantaine de propositions que nous n'allons pas détailler ce soir, mais parmi lesquelles se trouve une autre proposition quant à la nomination du dirigeant, il propose lui, dites-moi si je me trompe, de nommer les dirigeants de l'audiovisuel public par un conseil d'administration. Est-ce que... C'est ça, un vote au conseil d'administration.

Est-ce que la solution, le fonctionnement d'aujourd'hui convient mieux aux aspirations, aux ambitions d'un audiovisuel public aujourd'hui ? Est-ce que c'est la proposition de Jérémy Patrier-Lettius, le président de la commission d'enquête, qui vous semble plus adéquate par rapport à l'état actuel de l'audiovisuel public, Pauline Trouillard ? Si la volonté, c'est la volonté de démocratisation, évidemment que faire élire le président au sein du conseil d'administration, c'est la meilleure solution. Si la volonté, c'est une volonté de centraliser la gestion à tout prix et de la rapprocher du pouvoir politique, alors oui, il faut faire nommer le président par le président de la République.

Mais il ne me semble pas que ce soit là vers où on veut aller. Alors ensuite, c'est l'organisation même des chaînes, des différents groupes qui est proposé d'être modifié dans ce rapport, notamment la fusion de France 2, de France 5. Cette mesure a beaucoup fait parler d'elle dès la semaine dernière, avant même la publication du rapport. Également, la fusion de France 3, de la chaîne de radio ici, des radios locales de Radio France, de France Info et de France 24. quelles sont les différences entre ces fusions proposées par le rapporteur et les précédents projets de loi de réforme de l'O2VL public ?

Est-ce que le rapporteur apporte quelque chose de réellement nouveau par rapport, par exemple, au holding souhaité par l'ancienne ministre de la Culture, Rachid Haddati, dans ses différentes versions proposées ces dernières années ? Je ne suis pas au fait de toutes les versions de toutes les réformes proposées, mais il me semble que, par exemple, fusionner France Bleu et les chaînes... C'est ça ? On dit France Bleu, c'est ça ? Oui, on dit ici désormais Radio France. Et les chaînes locales, ce n'était pas quelque chose qui était dans la proposition de Rachid Haddati. Ça me semble extrêmement problématique dans la mesure où ça va encore supprimer des postes de journaliste.

Or, aujourd'hui, ce dont on a besoin, c'est de postes de journaliste parce que, justement, il y a cette concurrence des réseaux sociaux où tout le monde peut exprimer son opinion toute la journée sans avoir fait de véritables checks. Le but, c'est de financer du bon journalisme de qualité. Or, si on supprime des chaînes, on supprime des journalistes. Est-ce qu'on a suspecté, Charles Alonc, de vouloir préparer le terrain vers la privatisation de l'audioselle publique ? Est-ce que ces fusions sont, selon vous, juridiquement un premier pas vers des possibles privatisations ?

Ou alors, est-ce que, finalement, Charles Alonc aurait renoncé à l'ambition qui est celle de son groupe politique à l'Assemblée ? Moi, je pense qu'il avait une ambition, celle de jeter le discrédit sur l'audiovisuel public. C'est la raison pour laquelle il a adopté ce ton véhément pendant toute la commission. Je ne sais pas si, juridiquement, supprimer des chaînes, ça va mener à la privatisation. Mais, en tout cas, on ne prend pas le bon chemin. C'est-à-dire que le but, c'est aussi de faire des économies de quoi ? Un milliard d'euros ? Un milliard d'euros. Et sur les 4 milliards d'euros que coûte aujourd'hui l'audiovisuel public.

Ça veut dire qu'on considère qu'informer les citoyens n'est plus quelque chose de très important et qu'on peut faire des coupes budgétaires de ce niveau-là.

15:31
Invité

Le problème de l'audiovisuel public, ce n'est pas les contenus, c'est les coûts. Donc, si vous me demandez, je pense que le problème de l'audiovisuel public, c'est essentiellement les coûts. Et à mon avis, les coûts viennent pour l'essentiel de dépenses qui ne sont pas ni maîtrisées ni contrôlées. La preuve, c'est que la 1 et la 6 gagnent de l'argent, elles font la même chose. Donc, après, pub, pas pub, vous n'avez qu'à ouvrir la pub au service public. Si vraiment, il suffit d'ouvrir la pub au service public pour qu'il arrête de coûter 4 milliards à l'État et ouvrir la pub au service public.

Mais je suis sûr que les, je ne sais pas combien il y a de personnes qui travaillent dans le service public, 5 000, 6 000, ils se porteront beaucoup mieux quand ils gagneront de l'argent. Et je ne vois pas pourquoi TF1 gagnerait de l'argent, la 6 gagnerait de l'argent et le service public ne gagnerait pas d'argent.

16:18
Présentateur

Voilà la voix de l'homme d'affaires Vincent Bolloré, propriétaire du groupe du Média Bolloré lors de son passage devant la commission sur l'audiovisuel public. C'était le 24 mars 2026. Il semble qu'au fond, quelles que soient les questions éditoriales que nous venons d'aborder, de Fusion, la question soit cette économie d'un milliard dont vous avez parlé. Est-ce que c'est de cela qu'a besoin l'audiovisuel public aujourd'hui ? Est-ce que vous diriez au contraire, comme l'indique la SCAM, la Société Civile des Auteurs Multimédia, que la France est en position de sous-financement structurel de l'audiovisuel public ? Je ne sais pas si on est en position de sous-financement.

En tout cas, le but de faire des économies sur le dos de l'information des Français me semble extrêmement dangereux. C'est une proposition qui me semble démagogique parce qu'on fait croire que l'argent dépensé pour le service public audiovisuel, c'est de l'argent jeté par la fenêtre. Mais il participe, le service public contribue au bon fonctionnement du processus délibératif et donc à notre démocratie et aussi à l'émancipation intellectuelle et culturelle des citoyens français. Donc, ce n'est pas de l'argent jeté par la fenêtre. Alors, ce n'est pas seulement sur les journalistes que Charles Aloncle propose de faire des économies.

Je pense aux recommandations, alors je vais être précis, 40, 41, 42 sur la rédaction des jeux, des divertissements, du sport, la suppression des téléréalités. Est-ce que, là, le rapporteur n'aurait pas peut-être des propositions plus consensuelles ? Est-ce qu'il ne dessine pas finalement un service public qui devrait justement se concentrer sur l'information ou sur des missions culturelles ? Je pense que la question des jeux, oui, on peut peut-être être tous d'accord sur le fait qu'il y a peut-être trop de jeux sur France Télévisions. Par contre, la question du sport, elle est très intéressante parce que c'est aussi la démocratisation de l'accès au sport.

Je pense que dans ses propositions, il veut continuer de financer Roland-Garros, le tournoi Destination, mais pas les sports qui sont vus par moins de personnes. Or, ça veut dire que si ces sports ne sont pas diffusés sur France Télévisions, ils passeront dans des chaînes privées, Eurosport, où il faut payer. Donc, ça veut dire qu'on enlève la possibilité aux gens qui ne voudront pas payer Eurosport d'avoir accès à d'autres sports que les sports les plus populaires. Donc, ça me semble problématique. Au fond, derrière ces questions d'économistes posent également la question du financement qui est un peu le nerf de la guerre. Quelle solution pensez-vous, Pauline Trouillard ?

Est-ce que c'est par le rétablissement d'une redevance ? Est-ce que c'est par une taxe sur les TVA ? Comment, en fait, financer l'audiovisuel public, selon vous ? Je crois que le président de la commission propose un plan pluriannuel de financement qui me semble assez positif. Vous pouvez peut-être expliquer... C'est-à-dire de financer sur 5 ans, de voter un budget sur 5 ans et d'assurer au service public audiovisuel qu'il ne perdra pas d'argent l'année d'après et de tous les 5 ans faire le point par rapport aux besoins qu'aura le service public audiovisuel sur les 5 ans à venir.

Ça me semble préserver plus l'indépendance du service public audiovisuel que la solution actuelle qui est le financement par la TVA. Et le retour de la redevance par exemple qu'on a pu entendre dans le débat public ce n'est pas quelque chose qui trouve de votre point de vue qui mériterait d'être réfléchi ? Le problème avec la redevance c'est qu'elle se basait sur le fait que les téléspectateurs aient une télé chez eux et donc ça veut dire que seuls les téléspectateurs qui ont une télé chez eux payent le service public audiovisuel.

Or aujourd'hui il y a énormément de contenus qui sont sur internet et donc tout le monde peut regarder peut avoir accès et c'est très bien avoir accès au service public audiovisuel et donc il ne me semble pas totalement imbécile de dire qu'il faut que tout le monde contribue au financement du service public audiovisuel même les personnes qui ne regardent pas le service public audiovisuel parce que comme je l'ai dit le service public audiovisuel est indispensable pour notre démocratie et donc le fonctionnement de notre démocratie peut être supporté par tout le monde et par l'impôt.

Alors je le disais le groupe parlementaire de Charles Laloncle l'UDR souhaite la privatisation en tout cas ce qu'il déclare du service public tout comme l'ERN vous avez travaillé sur l'Italie en Italie l'extrême droite Giorgia Meloni est arrivée au pouvoir il y a plusieurs années ce n'est pas cela qu'elle l'a fait qu'est-ce qu'a eu comme conséquence l'arrivée du groupe politique de Giorgia Meloni au pouvoir sur la rail audiovisuel public italien est-ce qu'il y a là une forme d'inspiration pour des groupes qui auraient les mêmes incontences politiques que Giorgia Meloni en France ?

En Italie l'arrivée de Giorgia Meloni a juste fait qu'elle a repris le pouvoir sur la rail et qu'elle a remis un peu d'ordre par rapport à ce qui se passait avant mais ça ça a été rendu possible par une réforme qui avait été faite en 2015 je crois par Matteo Renzi et donc Matteo Renzi voulait lui aussi contrôler un peu plus la rail donc il a voté une loi qui permettait la concentration du pouvoir au sein des mains du président et quand Giorgia Meloni arrivait au pouvoir elle en a tout simplement profité un autre axe de ce rapport Pauline Trouillard c'est de mieux contrôler la diversité des collaborations on a beaucoup mis en avant notamment des animateurs stars de France Télé ou de Radio France comme étant des animateurs producteurs dans des positions dans lesquelles ils gagnaient beaucoup d'argent des chiffres ont été donnés au sein de la commission publicisés parfois de manière diffamatoire ont considéré ces animateurs producteurs ce qu'il reste de ces propositions c'est d'inscrire dans le cahier des charges de France Télévisions des règles contraignantes de répartition des investissements dans la production audiovisuelle en parts égales des productions affectées à la production interne d'autres à des petits producteurs indépendants PME TPE est-ce que cela est cohérent est-ce que cela est réalisable aujourd'hui vu l'état le paysage de la production audiovisuelle je pense que l'objectif de répartir l'argent public dans des mains un peu moins concentrées que seulement les grosses entreprises de production ne sont pas un objectif totalement aberrant et je trouve que c'est plutôt une bonne proposition du rapport vous ne jetez pas tout du rapport Pauline Trouillard est-ce que le audiovisuel public manque de diversité selon vous aujourd'hui dans ces commandes dans ces propositions programmatiques comme l'avance le rapporteur Charles Aloncle c'est quelque chose que j'avais mis en avant dans ma thèse que oui certaines fictions se ressemblent beaucoup quand on voit toujours un peu les mêmes types de programmes et oui je pense qu'on peut toujours viser plus de diversité ce qui inclut la diversité des personnes et de la représentation des gens Alors quelles sont les suites aujourd'hui ?

Comment est-ce que cela fonctionne ? Parce qu'on a beaucoup parlé de cette commission parlementaire on a beaucoup parlé de la publication ou non de ce rapport maintenant qu'il a été publié est-ce qu'il a vocation à devenir un projet de loi ? Est-ce qu'il est contraignant d'une manière ou d'une autre ? Quelles sont les suites après la publication de ce rapport Pauline Trouillard ?

Il pourrait y avoir une proposition de loi de la part de l'UDR donc une proposition de loi c'est-à-dire qu'elle vient de parlementaire et pas du gouvernement mais à mon avis elle a très peu pas beaucoup de chance d'être adoptée en l'espèce en tout cas avec toutes les toutes les recommandations faites par le rapport On a vu aussi qu'il y a eu des contre-propositions de Jérémy Patrier qui propose lui aussi des fusions il y a quelques mois moins d'un an un an à peine les salariés de l'audiovisuel public avaient fait grève contre la proposition de holding la fusion n'était même plus abordée est-ce que là on se retrouve dans une situation où la fenêtre d'Overton comme on l'appelle qui est le cadre disons des mots acceptables et des idées s'est élargie en ce qui concerne l'audiovisuel public est-ce que cette commission a été l'occasion d'ouvrir de passer des lignes rouges qui n'avaient pas été passées par le personnel politique précisément selon vous ?

Oui et en même temps elle a fait l'objet d'énormément de critiques et je m'en réjouis c'est-à-dire que de nombreuses personnes se sont exprimées pour dire que tant les procédés que sur le fond c'était problématique et donc j'espère que ça n'a pas ouvert aussi loin qu'on puisse le penser la fenêtre d'Overton Alors c'est en tant que juriste et spécialiste des droits publics que je me tourne désormais Jean-Jacques Courvoise l'ancien ministre de la Justice sous François Hollande appelle lui de ses voeux et il n'est pas le seul d'ailleurs à réformer les commissions parlementaires est-ce que du point de vue juridique il vous semble aussi là qu'il y a un dysfonctionnement des commissions parlementaires en général ou est-ce que cette commission parlementaire sur l'audiovisuel public restera une exception en la matière selon vous Pauline Trouillard ?

Je pense que les commissions parlementaires elles sont quand même très importantes notamment pour les partis d'opposition qui n'ont pas toujours beaucoup de voix au chapitre au sein de notre parlement et avec le parlementarisme rationalisé donc les commissions d'enquête parlementaire sont très importantes et c'est dommage que Charles Lalonde les instrumentaliser de cette façon Merci beaucoup Pauline Trouillard de nous avoir éclairé sur ce rapport Je rappelle que vous êtes chercheuse au CNRS au Centre Internet et Société Merci également à toute l'équipe qui a préparé l'émission Bruno Barada Berti, Bourdon, Rodi et Ken à la réalisation et à la prise de son ce soir c'était Léa Racine et Colin Gruel Bonne soirée à tous