Corse : Macron face aux nationalistes #cdanslair 06.02.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 36 %Attaque 34 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 1:52OuverteRéponse directe
Quels mots très fermes Emmanuel Macron a-t-il prononcés sur l'amnistie ?
- 2:51FerméeRéponse directe
Est-ce que l'amnistie était négociable ?
- 3:49OuverteRéponse directe
Pourquoi parler de malentendus entre Macron et les nationalistes ?
- 6:53OuverteRéponse directe
Les Corses peuvent-ils être dans et hors de la République ?
- 9:14OuverteRéponse directe
Pourquoi la présence de Jean-Pierre Chevènement est-elle un symbole fort ?
- 10:39OuverteRéponse directe
Que dit l'historien sur ce déplacement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 17:41PrésentateurFait
« Il n'y a qu'une République. »
- 24:54InvitéChiffre
« 30% des jeunes en Corse sont sans diplôme contre 22% en moyenne nationale. »
- 40:56PrésentateurFait
« petit à petit, le problème va s'éteindre de lui-même puisque les condamnés ne sont plus très nombreux et les peines qui restent à purger sont encore assez limitées. »
- 41:09PrésentateurFait
« La co-officialité de la langue corse. »
- 42:18InvitéChiffre
« c'est 30 000 locuteurs sur 331 000 habitants. »
- 43:36PrésentateurChiffre
« 10% ! »
- 47:29InvitéFait
« Napoléon avait instauré une des taxes sur tous les produits de luxe. Voilà. »
- 47:46InvitéChiffre
« Les produits du tabac, 25% moins chers en moyenne que sur le continent. »
- 48:04InvitéChiffre
« Pas un centime de TVA à payer, un cadeau évalué à près de 50 millions d'euros par an, non négociable pour les cavistes. »
- 48:44InvitéChiffre
« La Corse, c'est 330 000 habitants. C'est une toute petite région à la taille des grandes régions actuelles. »
- 55:35InvitéChiffre
« vous avez 4 logements sur 10 qui sont des résidences secondaires »
- 56:02InvitéFait
« Si on compare sa situation aux autres îles méditerranéennes, à la Sardaigne, à la Sicile, dépendant de l'Italie, au Balear, par rapport à l'Espagne, ce sont des îles qui ont une autonomie et qui feraient rêver tous les Corses. »
- 1:01:46PrésentateurChiffre
« C'est 7 millions d'habitants en Catalogne, 300 000 en Corse »
- 1:02:13InvitéFait
« Il n'y a quasiment pas d'économie en Corse, à part celle du tourisme. »
- 1:02:57InvitéFait
« Depuis le décret du 30 novembre 1789 et pas du tout depuis la bataille de Pont-et-Nouveau. »
Temps de parole
- Présentateur57 %
- Invité19 %
- Invité 214 %
- Invité 34 %
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Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Pour son premier déplacement de président en Corse, Emmanuel Macron a choisi un langage sans ambiguïté sur la place de la Corse dans la République. Lors de l'hommage au préfet Erignac, il a renvoyé les nationalistes dans les cordes en évacuant immédiatement l'idée d'une amnistie ou d'une complaisance pour les membres du commando encore incarcérés.
Cette première journée marque le début d'un bras de fer entre des nationalistes qui alignent les revendications depuis leur victoire aux élections et un président qui doit manœuvrer pour éviter le retour des tensions en Corse, sans donner toutefois le sentiment de céder. Avantages fiscaux spécifiques à la Corse, autonomie, statut de résident, co-officialité de la langue Corse, tout est sur la table et les négociations sans doute seront âpres. Corse, Macron face aux nationalistes, c'est le titre de cette émission avec nous pour en parler ce soir. Yves Tréhard, vous êtes directeur adjoint de la rédaction du Figaro. Votre édito sur le sujet est intitulé « Le malentendu Corse ».
Vous nous expliquerez pourquoi vous parlez de malentendu. Votre journal d'hier titrait « Corse, Macron sous la pression des nationalistes ». Jérôme Fourquet, vous êtes politologue, vous êtes directeur du département opinion de l'Institut de sondage IFOP. Vous êtes auteur de la nouvelle question Corse aux éditions de l'Aube. Hélène Constantier, vous êtes journaliste, vous êtes réalisatrice et vous venez de publier Corse étreinte, mafieuse, Corse étreinte, mafieuse publiée chez Fayard. Enfin, Michel Verger-Franceschi, vous êtes professeur d'histoire à l'université de Tours, vous êtes spécialiste de la question Corse.
Vous avez publié une histoire de l'identité Corse, des origines à nos jours aux éditions Payot. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à ce « C'est dans l'air en direct ». On va commencer avec le discours, le premier discours d'Emmanuel Macron et des mots très fermes, des mots très attendus et une position qui est désormais nette de la part du chef de l'État, pas d'amnistie. Oui, mais ça c'était, je dirais que… On s'y attendait. On s'y attendait parce qu'il n'allait pas devant Madame Erignac, qui est quand même la veuve du préfet qui a été assassinée il y a 20 ans, en présence de Jean-Pierre Chevènement, qui est là. Et Jean-Pierre Chevènement est là au nom de la continuité de l'État.
Je ne pense pas que ça soit une gêne pour Emmanuel Macron. Je pense que, vous savez, Emmanuel Macron, il va essayer de souffler, pas souffler le chaud et le froid, mais de ménager les susceptibilités, parce qu'il ne s'adresse pas uniquement à Corse. Il s'adresse aussi à la diaspora Corse, qui vit ailleurs et qui n'est absolument pas en faveur d'une indépendance, en tous les cas, ça c'est certain. Et il s'adresse aussi à l'ensemble des Français, qui ne comprendraient pas un discours, qui soit un discours laxiste vis-à-vis, je dirais, de la colonne vertébrale républicaine. C'est un premier message ?
Oui, c'est un premier message, mais ça, on savait que l'amnistie, c'était absolument pas négociable. On va voir ce qu'il en est, en revanche, pour les prisonniers corses, et les prisonniers notamment dits politiques, dont trois d'entre eux, comme vous le savez, sont accusés de l'assassinat, enfin ont été condamnés pour l'assassinat du préfet Erignac. Donc ça, on va voir, et à mon avis, c'est là où des évolutions pourraient se faire jour, au moins de savoir s'ils ne peuvent pas être emprisonnés sur l'île, au titre justement d'un rapprochement avec leur famille.
Mais le discours d'aujourd'hui était un discours éminemment républicain, en disant « la Corse appartient à l'histoire de France, appartient à la République », et ça, je dirais, c'était la partie non négociable qui a été délivrée aujourd'hui. Ça pose le climat, le contexte, avant une rencontre dont on va reparler dans cette émission, ce soir, avec Jean-Guy Talmoni et M. Siméoni. Deux autres épisodes, comme vous le dites, très importants, c'est la conversation qu'il aura ce soir, et non pas la négociation, comme il vient de le dire.
La conversation qu'il aura ce soir, ou à mon avis, c'est pour ça que je parle de malentendus, ils ne sont pas tout à fait sur les mêmes registres, c'est-à-dire qu'Emmanuel Macron est sur un registre « économique », c'est-à-dire que pour davantage développer la Corse, qui n'est pas la Catalogne, qui n'a pas l'économie catalane, eh bien, pourquoi pas lui donner davantage de moyens, alors que les nationalistes, eux, en face de lui, qui sont diverses, il y a des autonomistes comme M. Siméoni, et puis il y a des indépendantistes comme M.
Talmoni, eux, ils sont sur un registre identitaire, c'est-à-dire qu'on veut que notre identité corse, Ségolène Royal dirait notre corsitude, soit reconnue par l'État français, et que ça soit inscrit dans la Constitution. Et à mon avis, c'est là où ça va être compliqué. – C'est là où ça coince. – C'est là où ça coince. – Inévitablement. – Inévitablement, puisque, et on n'arrête pas de le répéter, je ne vois pas pourquoi il ne le serait pas… Alors là, c'est là les ambiguïtés d'Emmanuel Macron. Quand il était en Corse pendant sa campagne électorale, il avait parlé d'un pacte girondin. Or, qu'est-ce qu'est Emmanuel Macron dans son incarnation présidentielle ? – Jacobin.
– Jacobinisme, jupitérien même, il le dit lui-même. Donc, c'est là où il va falloir être habile de sa part, pouvoir concilier les deux. – Il va faire du en même temps. Ferme sur la République comme il l'a fait, et on verra dans le détail ce qu'a dit aujourd'hui le président Emmanuel Macron. Et dans un même temps, il va donner quand même des gages. Il ne peut pas faire un déplacement en Corse sans donner un signal d'ouverture. On rappelle qu'il y a quand même eu des élections qui ont été très claires. – Qui ont été largement gagnées par les nationalistes, 56% des voix au deuxième tour. La liste soutenue par En Marche arrive avec 13% au premier tour. Elle est en quatrième position.
Donc, clairement, les urnes ont parlé. Emmanuel Macron, effectivement, va peut-être essayer de faire dur en même temps. Mais il y a un certain nombre de sujets sur lesquels c'est compliqué. Yves Tréhard a parlé du sort des prisonniers dits politiques. Mais il y a d'autres revendications sur la co-officialité de la langue. Ça veut dire que tous les fonctionnaires qui sont en poste en Corse devraient pouvoir parler Corse. On ne voit pas bien comment on peut avancer sur ce dossier, sauf à dire on donne plus de moyens pour ouvrir des postes de KPS, pour recruter des enseignants de Corse. Mais sinon, sur la co-officialité, ça va être compliqué. Sur le statut fiscal également.
Et à mon avis, ce qui va aussi beaucoup leur rappeler, c'est qu'ils ont déjà, ces nationalistes, beaucoup de pain sur la planche. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ils sont à la tête d'une collectivité unique qui va gérer 5000 fonctionnaires. Il faut réussir la fusion des deux anciens conseils départementaux et de l'équivalent d'un conseil régional. Il y a 1,2 milliard d'euros de budget par an. Et il y a déjà tout ça à réussir. Sauf que les nationalistes savent que ça, c'est très ingrat. Refaire les organigrammes, couper les doublons, etc. Et il faut absolument donner des gages à leur base. Et les gages, ils peuvent être obtenus uniquement sur les questions symboliques.
Donc, c'est là que va être le bras de fer. Hélène Constantin, il y a une attente en Corse liée à la venue du président ? Ou est-ce qu'au fond, il y a une forme de continuité, quels que soient les présidents en exercice vis-à-vis de la question de Corse ?
C'est un réel paradoxe. Parce qu'il y a une attente énorme de la part de la Corse. On le voit à la fois avec le fait d'avoir convoqué une grosse manifestation le week-end dernier pour instaurer un rapport de force. Le fait d'avoir placé sur cet agenda des discussions, des négociations avec l'État français sur des sujets symboliques, identitaires. Alors, il y a une volonté très forte. Mais en même temps, c'est très paradoxal. Parce que c'est aussi ce que les Corses reprochent finalement. cette situation de dépendance par rapport à l'État français, par rapport à un État français qui est là. Le président arrive comme le roi Mage qui va distribuer des cadeaux.
C'est assez paradoxal de la part de nationalistes qui ont été élus avec la volonté de prendre en main leur destin. Donc il y a quelque chose de très ambigu et qui finalement n'est pas si moderne qu'on pourrait l'imaginer de la part de ces nationalistes qui ont aussi été élus là-dessus sur nouvelle génération, nouvelle pratique, nouveau regard, nouveau pouvoir. Donc je trouve ce rapport entre les deux un peu étrange. Ce qui me frappe aussi, c'est le gouffre qui sépare les attentes des Corses de l'opinion nationale. – Parce que ?
– Parce que les revendications portées par les Corses sur la langue, sur les prisonniers, parlez-en avec n'importe qui autour de vous, mais on est à des allées-lumière de ça. – Qu'est-ce qu'ils attendent ? – Je pense qu'Emmanuel Macron, lui, il vient parler à la Corse, mais il vient aussi parler à l'opinion française. Et l'opinion française regarde la Corse depuis toujours avec un œil très critique. La présence de Jean-Pierre Chevènement aux côtés d'Emmanuel Macron en est vraiment l'incarnation. Il représente l'état de l'opinion française et puisque beaucoup de gens ont dans l'esprit, ils veulent l'indépendance, qu'ils la prennent. Et la Corse est superfusion.
– Je ne vous cache pas qu'à chaque fois qu'on fait des émissions
sur la Corse, on a systématiquement ce genre de questions. – Et ce genre de remarques.
– La phrase de Raymond Barre. – C'est ça. Il en est l'incarnation, Chevènement, alors que finalement Emmanuel Macron aurait pu choisir de venir avec Lionel Jospin, qui était à l'époque Premier ministre, à l'époque de l'assassinat du préfet Érignac. Chevènement n'était que ministre de l'Intérieur.
– Il a été invité, Lionel Jospin. – Et qu'est-ce que ça raconte, faisons le tour sur la présence de Jean-Pierre Chevènement ? Pourquoi c'est un symbole fort à vos yeux ?
– C'est un symbole fort vis-à-vis de l'opinion nationale, justement, de dire on s'en tient à des principes républicains, la Corse dans la République. C'est aussi un symbole pour les Corses. Et là, c'est un symbole qui gratte, puisque qu'est-ce que représente Jean-Pierre Chevènement pour la Corse ? C'est le retour à l'État de droit, mais avec toute sa force, avec sa poigne de fer, après l'assassinat du préfet Érignac, et la venue en Corse d'un nouveau préfet, qui était M. Bonnet, et qui la s'est fait remarquer par une pratique désastreuse, qui lui a valu d'être condamné quand même à trois ans de prison.
Puisque, n'arrivant pas à rétablir l'État de droit en Corse, il avait en secret envoyé des gendarmes brûler un établissement de plage. Les gendarmes ont mal manipulé les explosifs, et ils se sont brûlés eux-mêmes. Donc ça a été vraiment, c'est une caricature de ce que peuvent être les pratiques de l'État français en Corse. Donc, Chevènement, il y a tout ça dans l'esprit d'écorce. Juste une petite anecdote, je me souviens d'un berger dans les hauteurs de la Haute-Corse. J'avais été dormir dans la montagne, et je l'avais entendu siffler ses chiens. Et ces deux chiens s'appelaient Bonnet et Payotte. C'est pour vous dire ce que représente Jean-Pierre Chevènement dans l'esprit d'écorce.
La ligne dure, on peut le dire comme ça. Que dit l'historien quand on fait ce qu'on est en train de faire ce soir ? C'est-à-dire qu'on commente une visite d'un chef de l'État en Corse, avec toutes les espérances que ça peut représenter pour les corses eux-mêmes, qui se disent peut-être qu'on entre dans une nouvelle ère. Jean-Guy Talamoni disait qu'on a une occasion historique de répondre aux attentes du peuple corse.
Je pense qu'il a raison. Je les connais tous les deux, aussi bien Jean-Guy que Gilles Siméon. Je pense que nous quatre, là, et vous qui avez la gentillesse de nous inviter, on a un rôle à jouer important en tant que médias ou en tant qu'historien, en tant que journaliste, et qu'on est là aussi pour pacifier le rapport entre ce que l'on va appeler la Corse et la République. Si nous ouvrons, ce n'est pas du tout un reproche, je ne me permettrais pas, notre émission, en employant un mot qui n'a pas été employé ce matin, ni par Macron, ni par Mme Erignac, qui est le mot de bras de fer, nous contribuons à opposer la Corse et la République.
Vous savez, quand on commence des négociations, ce soir, ça risque de ressembler à un bas de paire, je vous l'assure.
Il n'y a pas de négociations possibles avec la République. Oui, d'accord, j'entends ce que vous voulez dire. Il y a des valeurs qui sont au-delà de la République, qui sont liberté, fraternité, égalité, qui sont des valeurs universelles. Et si nous commençons l'émission en disant que Mme Erignac, elle dévoile une plaque qui s'appelle Piazza Erignac, on ne commence pas l'émission sur le mot refus de l'amnistie. C'est-à-dire que cette veuve associe dans le nom de la plaque la langue corse...
Et c'est un signal corse, c'est ça que vous voulez dire ?
Et oui, et son défunt mari. C'est-à-dire que le nom de cette plaque qu'elle a présentée sur une place, qui est une place de paix, c'est le mot qu'elle a employé ce matin, je commentais l'inauguration sur Public Sénat. Elle disait...
Vous nous faites la gentillesse de venir ensuite, et on vous en remercie.
Et fraternité, eh bien c'est un signe, le signe d'une femme. Et cette femme, c'est Macron qui l'a choisie. Et je ne voudrais pas qu'on polarise trop sur Chevènement, parce qu'il y avait plusieurs ministres. Pourquoi parler que de Chevènement ?
On pouvait également faire une émission parallèle, mais il va falloir la faire avec nous. Allez, c'est un déplacement minutieusement préparé, où chaque geste, chaque mot, chaque invité compte. Accompagné de Jean-Pierre Chevènement, connu pour son intransigeance sur la question corse, Emmanuel Macron a d'abord rendu hommage à Claudie Rignac. 20 ans, jour pour jour, après l'assassinat du préfet, le président a eu ses mots. La Corse a été salie par ce crime. Dans ce premier discours, le chef de l'État donne le temps, la fermeté d'une parole républicaine. Walid Berissoul, Pierre de Honde et Romain Becker. C'est un hommage à l'écho tout particulier dans le contexte politique actuel en Corse.
20 ans, jour pour jour, après l'assassinat en pleine rue du préfet Claude Rignac, Emmanuel Macron s'est rendu ce matin à Ajaccio. Première étape d'un déplacement de deux jours sur l'île. Un représentant de l'État français tué sous les balles des nationalistes. Un crime hautement symbolique, durement condamné par Emmanuel Macron.
Ce qui s'est passé ici, le 6 février 1998, ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s'explique pas. La Corse, terre de fierté et de dignité, a été salie par ce crime. Un tel acte n'a rien à voir avec une prétendue lutte de libération. C'est la simple trahison des idéaux qui nous rassemblent. C'est un de ces actes de terrorisme dont notre nation eut encore récemment à subir la barbarie.
Particulièrement attendu sur l'île, le président est accompagné de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur lors de l'assassinat du préfet Rignac et de plusieurs membres du gouvernement. L'hommage à Claude Rignac, une occasion aussi pour Emmanuel Macron d'afficher sa fermeté face aux nationalistes corse au pouvoir sur l'île, qui réclame davantage d'autonomie.
Le préfet Rignac savait qu'il venait en Corse pour dissiper un climat de confusion et d'incertitude. Vingt ans plus tard, la République doit conserver cette ambition de ménager à la Corse un avenir qui soit à la hauteur de ses espérances, sans transiger avec les requêtes qui la feraient sortir du giron républicain.
Une fermeté diversement appréciée par les Corses, venue écouter Emmanuel Macron.
Ce qui m'inquièterait est que la France nous abandonne. J'aurais préféré un hommage uniquement et là, tout de suite, un discours de fermeture. Mais les revendications doivent être entendues parce qu'il ne faut quand même pas oublier aussi que nous avons aussi des militants qui ont cru, qui ont cru en une cause, qui se sont battus, qui ont laissé leur vie.
Ces revendications, les militants nationalistes les ont notamment exprimées samedi dans les rues d'Ajaccio. drapeau et chant traditionnel Corse à l'appui. Il personne selon la police, quatre fois plus pour les organisateurs. Il défile à l'appel de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, les dirigeants nationalistes de l'île.
C'est sans précédent dans l'histoire contemporaine de la Corse. C'est aussi, je crois, le signe que les Corses ont voulu dire de façon massive, de façon déterminée et de façon pacifique que le moment est venu d'écouter, de prendre en considération et d'ouvrir un véritable dialogue. Pas seulement le dialogue pour le dialogue, mais un dialogue pour construire ensemble une véritable solution politique.
Aux côtés des nouvelles figures du nationalisme, d'autres plus anciennes et sulfureuses qui jurent aujourd'hui avoir renoncé à la lutte armée, comme l'ancien dirigeant du FLNC, Charles Pierry.
L'étape actuelle que nous vivons depuis quelques années, c'est la paix. Tout simplement la paix, avec bien sûr la construction d'un pays, qui est donc le mot d'ordre, on pèse et là-bas, qui signifie un pays à faire, un pays à construire. Nous sommes là pour ça et nous souhaitons que tout le monde en prenne bien conscience et participe pourquoi pas à la construction de ce pays.
Parmi les revendications, la co-officialité de la langue corse ou encore un statut sur mesure de résident sur l'île. Emmanuel Macron devrait y répondre demain à l'occasion d'un discours à Bastia particulièrement attendu. Et nous reprenons nos discussions avec cette question. Les Corses peuvent-ils être en même temps, dans et hors de la République ? Non, il n'y a qu'une République si vous voulez. Il y a deux choses l'une. Il faut reprendre la Constitution pour ça. Vous avez deux articles dans la Constitution qui sont des articles qui considèrent les collectivités territoriales.
Soit vous êtes dans le cadre de l'article 72 de cette Constitution qui dit que les collectivités territoriales peuvent effectivement avoir un droit à la différence. On parle d'un droit à la différenciation qui n'existe pas encore tout à fait aujourd'hui mais qui pourrait tout à fait être accordé. C'est ça qu'a Emmanuel Macron en tête. Il a ce droit à la différenciation permanente. C'est-à-dire qu'il n'est pas temporaire et qu'il n'est pas un droit à l'expérimentation comme il existe aujourd'hui. Et puis vous avez un deuxième article qui est l'article 74 et qui régule, je dirais, la vie de certains territoires lointains où Alice est foutouna, la Calédonie.
Enfin, la Calédonie appartient encore à un sous-titre de cet article. Peu importe. Et qui donne alors là un pouvoir législatif et réglementaire dérogatoire par rapport à ce qu'on fait en France. Et puis vous avez l'article 73 entre les deux. C'est qui ? Eh bien ce sont les départements d'outre-mer. C'est Mayotte, c'est La Réunion, c'est les Antilles, Guadeloupe et Martinique qui eux ont encore un autre régime. Donc vous avez trois régimes sur la table. Il est évident que le président de la République ne va pas donner parce que la Corse n'est pas à des milliers de kilomètres de la France. La Corse est tout à côté en Méditerranée.
La Corse peut avoir un droit à la différenciation comme pourraient l'avoir plus tard l'Alsace, la Bretagne, le Pays basque. Mais qui donnerait quel droit ? Eh bien des droits d'adapter la législation française dans certains domaines, certains domaines uniquement, par égaliens évidemment, dans certains domaines et qui seraient un droit qui permettrait notamment sur le plan économique d'adapter, si vous voulez, la législation aux réalités locales. De quoi souffre la Corse aujourd'hui ? Elle souffre d'une dépense publique colossale parce qu'il y a une fonction publique qui est très supérieure à ce qui existe sur le continent.
Elle souffre d'un chômage énorme et elle souffre de pauvreté, la Corse. Vous savez, un Corse sur quatre qui vit autour du seuil de pauvreté. Donc tout ça, évidemment, avec nos recettes de Paris, ça ne marche peut-être pas. Il faut peut-être revoir tout ça. Et ça, c'est des pistes sur lesquelles Emmanuel Macron a plutôt vocation à avancer. Évidemment. Emmanuel Macron, pendant la campagne électorale, avait dit « Je ne veux pas que la Corse soit pauvre, je ne veux pas que la Corse vive au crochet. » Parce que vous avez tout à fait raison, les Corses n'ont pas du tout envie de vivre au crochet de Paris. Mais je veux que la Corse se développe et qu'elle se prenne en main.
Se prendre en main, c'est sur le plan économique. On entendait dans le reportage Gilles Simeoni qui disait « Il faut qu'on construise une solution politique ensemble. » Pourquoi il y aurait besoin d'une solution politique ? Parce que je pense que c'est là le nœud du problème. Yves parlait des articles de la Constitution. Vous écoutez les nationalistes corses, ils vous disent « Ce n'est pas compliqué. Il y a un peuple corse qui est distinct du peuple français. » Comme il y a la même problématique, on en avait parlé sur ce plateau en Catalogne, vous avez une partie d'une population sur un territoire qui dit « Nous, on ne se reconnaît pas comme appartenant à un ensemble plus vaste.
» Et bien évidemment, beaucoup de Français du continent et de responsables politiques nationaux ne veulent pas entendre parler de cela. Et Jean-Guy Talamoni dit « Écoutez, voilà, on a voté au Régional en 2015, on a voté aux législatives, on a trois députés sur quatre qui sont nationalistes. Là, on a obtenu 56% sur une plateforme ouvertement nationaliste, donc démocratiquement dans les urnes, un peuple corse, selon la formule de Ronan, le plébiscite de Toulouse-Jour, est en voie de formation. Et donc nous, il faut que Paris reconnaisse cette situation-là.
Alors c'est très compliqué parce qu'on peut penser que tous les électeurs qui ont voté pour cette liste-là ne se reconnaissent pas forcément dans l'existence d'un peuple corse. Et Emmanuel Macron, lui, il voit bien qu'on met le doigt dans une espèce d'engrenage si on va là-dessus. Parce que l'objectif à terme, c'est de dire qu'on reconnaît cette spécificité. Et on a parlé tout à l'heure de la Nouvelle-Calédonie. Quand on écoute Jean-Guy Talamoni, voilà, on a un agenda à 10 ans. Le slogan qui a été rappelé tout à l'heure, c'était « Un pays à construire ». Il faut d'abord qu'on construise, on rebâtisse économiquement notre pays.
Et ensuite, quand il y aura l'autonomie, eh bien on demandera à la population insulaire, à ce moment-là, de se prononcer. Et donc là, vous avez quelque chose qui n'est pas négociable. C'est-à-dire, est-ce qu'on fait partie intégrante de la nation française, du peuple français, ou est-ce qu'on est associé ou à côté ? C'est ça qui paraît compliqué dans la situation qui est au-devant de nous, puisque la rencontre aura lieu ce soir entre Emmanuel Macron, Jean-Guy Talamoni et Gilles Siméoni.
Quand on a Jean-Guy Talamoni qui refuse de mettre le drapeau français, enfin il y a eu une petite polémique sur l'idée qu'il n'y ait pas le drapeau français lors de la rencontre avec le chef de l'État, ou qui dit sur une autre antenne qu'il ne reçoit pas son président de la République. Comment est-ce qu'on peut imaginer un dialogue dans ces conditions-là, un dialogue apaisé ? Est-ce que les nationalistes sont arrivés, c'est comme on le fait dans la négociation, c'est-à-dire qu'on met la barre très haut, mais qu'il y a des marges de progression, vous voyez ce que je veux dire ? Comment est-ce qu'ils peuvent se parler en clair ?
Il faut quand même voir que celui qui a le pouvoir en Corse, c'est Gilles Siméoni. D'accord. Jean-Guy Talamoni est le président de l'Assemblée de Corse. Il représente une petite fraction de l'électorat. On est dans les 7-8% des votes. Donc c'est une fraction extrêmement minoritaire, qui porte tout l'héritage de la lutte armée du FLNC. Voilà, donc lui, il parle au nom de cette petite poignée de personnes, mais qui ont beaucoup d'influence en Corse. Encore aujourd'hui. Encore aujourd'hui, qui ont beaucoup d'influence dans les idées, qui ont beaucoup d'influence auprès de la jeunesse, à l'université de Corse. Voilà, en termes électoraux, c'est une minorité.
Mais en termes dont certains parlent d'hégémonie culturelle, c'est un phénomène beaucoup plus important que ça. Mais je pense qu'il faut quand même garder à l'esprit que celui avec qui Emmanuel Macron va être amené, il ne parle pas de négocier, mais il parle de discuter, c'est Gilles Siméoni. Et je pense que, comme vous le disiez tout à l'heure, Emmanuel Macron est là pour souffler peut-être le froid aujourd'hui, et un petit peu plus de chaud demain, puisque au départ, sa visite était prévue sur une seule journée. C'était le symbole, les 20 ans de l'assassinat d'Érignac.
Il l'a prolongé d'une journée pour aller visiter un centre de recherche agricole, pour aller demain prononcer un discours dans un centre culturel à Bastia. Donc les symboles ont leur importance aussi. Je pense que demain, il y a certainement toute une palette de possibilités, d'actions possibles, tout en restant dans le cadre de la République, mais en avançant pour résoudre, parler aussi des problématiques, de quoi les Corses ont besoin au quotidien, au-delà des grandes idées et des grandes théories. Comme vous le disiez, il y a des problèmes de pauvreté, de chômage, de formation des jeunes.
Imaginez quand même que 30% des jeunes en Corse sont sans diplôme, contre 22% en moyenne nationale française. Donc il y a des problèmes économiques considérables. On est dans une économie rurale des années 50, avec l'agriculture qui emploie des travailleurs immigrés, l'hôtellerie des emplois peu qualifiés, et puis une administration pléthorique.
Il peut jouer l'opinion contre les politiques, Emmanuel Macron ?
Vous voyez ce que je veux dire ? Oui, bien sûr, et puis l'opinion Corse, c'est aussi tout cet afflux de populations nouvelles. C'est une île dont la population a énormément cru. C'est un des taux de progression démographique les plus forts de France, avec toute une population venue du continent. Il y a des Corses, traditionnellement, qui viennent prendre leur retraite, mais il y a aussi tout un tas de, notamment de retraités continentaux, qui viennent dans les nouveaux appartements à Jacques-Ciot et dans la région. Donc c'est aussi à ces gens-là qu'Emmanuel Macron doit parler demain.
En tout cas, aujourd'hui, il a parlé à tous lorsqu'il a évoqué l'assassinat du préfet Erignac. Ça a été un traumatisme. Qu'est-ce que ça a changé en Corse ?
Ça a peut-être changé l'arrêt de la violence, ou la prise de conscience qu'une violence exagérée n'était plus tolérable. Et donc c'est vrai qu'après Erignac, et il y a toujours eu d'ailleurs la condamnation de la violence par Gilles Siméon, il a toujours été totalement opposé. Et Talamone, on comprend, on lui reproche souvent de ne pas assister. Il n'y était pas aujourd'hui. Et il ne peut pas y être. Et je pense que ce serait très mal perçu par Madame Veuve Erignac de voir Jean-Guy Talamone là. On ne peut pas reprocher à Jean-Guy de ne pas y être. Je crois que c'est peut-être une forme de respect d'ailleurs. Et il ne peut pas être présent.
Qu'est-ce qu'il dit sur l'assassinat du préfet Erignac, encore aujourd'hui ?
Il dit que la mort d'un homme, il l'a dit d'ailleurs récemment, vaut la mort de tout autre homme. Et on peut être d'accord ou ne pas être d'accord avec cette affirmation. Mais je pense moi aussi que tous les morts méritent le respect et qu'on n'a plus ni titre, ni galon, ni étoile, ni feuille de chêne sur son képi une fois que l'on a rejoint le paradis ou l'Orient éternel.
Oui, avec une petite différence si vous me permettez quand même. C'est que ce n'est pas Claude Erignac là, avec tout le respect qu'on doit à cet homme qui était un amoureux fou de la Corse d'ailleurs. Et sa femme le répète régulièrement. Il était complètement impliqué dans la société corse, dans la culture corse. Il participait activement à la vie quotidienne de cette île. Mais c'est au-delà de ça, c'est le symbole de l'État. De l'État, bien sûr. C'est l'État français qu'un préfet se fasse assassiner, que ce soit à Brest, à Rennes plutôt, à Strasbourg ou à Ajaccio. Je dirais que c'est la même chose. C'est la France qui est touchée. C'est la France dans son autorité. Et Dieu sait si...
Aujourd'hui, on dit beaucoup que l'autorité publique est atteinte par multiples problèmes. Et aujourd'hui, c'est bien ce qu'a voulu montrer Emmanuel Macron en rendant hommage à ce préfet. C'est que c'est l'État. Et la présence, à mon avis, de Jean-Pierre Chevènement est très importante. Lionel Jospin a été invité. Mais la présence était très importante. Ça veut dire que l'État, en gros, de façon implicite, l'État de 1998, c'est le même aujourd'hui, 2018, 20 ans après. L'État français, toujours le même. Et il restera le même. C'est le message que voulait faire passer, évidemment, Emmanuel Macron. C'est un risque ? Ou est-ce que c'est un scénario qui est désormais inenvisageable ?
Le retour de la violence en Corse ? Alors, écoutez, vous avez demandé qu'est-ce que ça a changé, cet assassinat. Il y a eu, dans les jours qui ont suivi l'assassinat du préfet, les plus grandes manifestations que la Corse ait connues depuis très très longtemps, à Bastia et à Ajaccio, où les gens étaient descendus en hommage. Et donc, même s'il y avait du monde samedi dernier, il n'y avait pas du tout la même ampleur qu'à l'époque. Donc, ça avait été un véritable traumatisme. Alors, ensuite, ça s'était un peu gâté, parce qu'effectivement, il y a eu l'épisode ou la parenthèse bonnet qui avait un petit peu troublé les esprits.
Mais, effectivement, à partir de ce moment-là, il y a une prise de conscience qu'on allait trop loin dans la violence de part et d'autre. En 2014, le FLNC annonce unilatéralement qu'il va renoncer à la lutte armée. Et donc, aujourd'hui, je pense qu'il y a quand même des pages qui ont été tournées. On dit qu'on commémore le 20e anniversaire. Vous parliez des étudiants de la faculté de Corté, 20 ans. Beaucoup sont nés l'année ou un ou deux ans avant la mort du préfet. Donc, il y a une génération nouvelle qui arrive, dont une partie, pour autant, est quand même assez radicale. Et donc, c'est une des inquiétudes.
Mais on peut penser que la violence, si elle revenait, elle ne prendrait pas les mêmes formes qu'elle avait à l'époque, ne serait-ce que par le fait que les nationalistes sont aujourd'hui au pouvoir. Parce que c'est ça aussi, dans les symboles, ce qui est important, c'est que, certes, Jean-Guy Talamon, il n'était pas à l'hommage ce matin, mais c'est un couple d'exécutifs nationalistes qui reçoit un président de la République 20 ans après l'assassinat d'un préfet. Donc, aujourd'hui, ils sont aux manettes. Et donc, c'est compliqué. Et donc, ils doivent rendre des comptes ? C'est ça que vous suggérez ? Ils doivent rendre des comptes.
Mais ça aussi, vous avez toute une partie de leur base qui se dit que c'est quand même moins légitime de recourir à la lutte armée maintenant que, politiquement, votre famille politique est aux responsabilités.
Il n'y a pas cette menace-là ? Non, je pense que là, clairement, une page est tournée. Je pense qu'elle est tournée depuis très longtemps. L'assassinat du préfet Rignac, c'était le champ du signe du mouvement nationaliste. Donc, ça fait 20 ans. Donc, je pense que c'est le danger d'un renouveau, des plastiquages, des attentats. Je pense que c'est vraiment derrière nous. La violence en Corse existe toujours, mais elle est d'une autre nature. C'est du banditisme. Le danger actuel, c'est celui du grand banditisme, de la violence mafieuse, du racket, des pressions. C'est aussi celui d'une violence qui germe sur l'immigration en Corse.
Une très forte présence immigrée avec un très fort rejet de la part des Corses, de cette population qui vit vraiment recluse dans des quartiers, qui a ses cafés, qui a ses stands au marché. C'est assez... Et on a vu récemment un gardien de la prison de Borgo, prison peut-être dans laquelle les prisonniers pourraient arriver, mais un gardien poignardé par un détenu qui criait « Allah Akbar » ou les violences qui ont eu lieu à Cisco l'été dernier, qui étaient là sur fond de tensions communautaires. Donc je pense que ça ne sera plus la violence nationaliste qui menace la Corse, mais la violence mafieuse et peut-être la violence de l'intolérance, du rejet de l'autre.
Et que les nationalistes au pouvoir
devront gérer. Oui, c'est pour ça aussi que la manif a été organisée. C'était aussi pour faire baisser en partie la pression vis-à-vis de leurs propres troupes ou d'une partie d'entre elles en disant « on ne lâche rien, on maintient le rapport de force ». Alors dans la liste des revendications des nationalistes corse, il y a le rapprochement des prisonniers. Le sujet est source de crispations car dans la liste de ceux qu'ils appellent les prisonniers politiques, il y a par exemple Yvan Colonna, assassin du préfet Erignac, actuellement en détention à Arles. Les familles des détenus plaident le rapprochement. L'une d'entre elles nous explique les raisons de son combat.
Walid Berissoul, Pierre de Horne et Marie-Charlotte Duluc.
Mon bébé ! Comme est-ce que tu as ? Et tout. Le sens de la famille,
les Corses le revendiquent. Alors samedi, à Ajaccio André Martini embrasse tout le monde. « Un ancien, il risque de rentrer, un ancien prisonnier.
4 ans de pleuris. » De la prison comme son fils Cédric, un militant nationaliste soupçonné d'assassinat et incarcéré depuis 4 ans sur le continent. Bien trop loin pour sa mère qui se bat pour son retour ici, sur son île.
Un espoir ravivé par la victoire des nationalistes corses en décembre dernier. « Nous sommes légitimes aujourd'hui. On n'est pas comme la droite où ils ont l'ancêtre représentant, la gauche qui en a qu'un. Nous sommes élus. Nous sommes majoritaires. Donc, à partir de là, il doit nous écouter. On veut la démocratie. On veut le statut de résident. On veut la liberté pour nos prisonniers. On veut la confidentialité. On veut tout ça. »
En Corse, il n'existe qu'un seul centre pénitentiaire, celui de Borgo, situé dans le nord de l'île, à quelques kilomètres seulement de la maison d'André.
« Alors, vous avez le village de Borgo. En dessous, vous avez la prison de Borgo. Vous voyez un vol d'oiseau. J'y suis, je touche. Mon fils a la possibilité
d'être à Borgo, 3-4 kilomètres, comme vous pouvez le constater. Il est là. On descend le voir. » En attendant, sa mère fait chaque mois le voyage entre son village et l'île de France, la prison de Maud à plus de 1 000 kilomètres. Un déplacement coûteux et fatigant. « Les jours passent. On continue à prendre les billets d'avion, à risquer vers nos chambres d'hôtel, à prendre le taxi. La galère, quoi. Surtout pour ma petite-fille.
Ils nous punissent. Nous le prennent, peut-être. Siemment. L'État. Parce qu'on touche l'État.
Obtenir le transfert des détenus sur l'île, c'est l'une des revendications majeures des nationalistes corses, notamment pour ceux qu'ils considèrent comme des prisonniers politiques coupables d'attentats ou d'actes terroristes. Parmi eux, les membres du célèbre commando Erignac
arrêtés pour l'assassinat du préfet. C'était à Ajaccio, en 1998. Trois hommes sont condamnés à la perpétuité. Pierre Alessandrini, Alain Ferrandi
et Yvan Colonna, le berger de Cargès emprisonné sous le régime des détenus particulièrement surveillés. Un statut qui empêche son retour sur l'île comme une dizaine d'autres détenus. Inacceptable pour G. Simeoni, l'ancien avocat d'Yvan Colonna, devenu aujourd'hui président du conseil exécutif de Corse. On sort d'une période de 50 ans qui a été une période de conflit entre la Corse et la République. Cette période de conflit, elle a connu son acmé avec l'assassinat du préfet Erignac. Cette page-là, nous voulons qu'elle soit derrière nous. Il y a 11 personnes. Quels que soient les crimes ou les délits pour lesquels ils ont été condamnés, ils ont droit au rapprochement, y compris
les trois personnes qui restent condamnées et détenues au titre
de leur participation à l'assassinat du préfet Erignac. L'exécutif, lui, par la voix de la ministre de la Justice, évoque un retour en Corse au cas par cas en fonction des conditions d'accueil. Je suis en train de vous dire que nous examinons les situations au cas par cas. Autrement dit, nous nous sommes récemment interrogés sur la situation d'un détenu que nous envisageons de rapatrier en Corse parce que les conditions le permettent, mais nous examinons les conditions de sécurité dans lesquelles il pourrait être accueilli. Mais il y a un point sur lequel Emmanuel Macron n'est pas prêt à céder.
Ce midi, le président a rappelé au Corse qu'il excluait toute amnistie de ceux que les nationalistes appellent des prisonniers politiques.
Alors nous prenons avec cette question où en est l'affaire Colonna sur le plan juridique ? Quand peut-il espérer une libération au plus tôt ? Dans 4 ans. Les 3 personnes condamnées au titre de cet assassinat ont été condamnées à la perpétuité. Mais il y a des peines de sûreté. Normalement, il est emprisonné depuis longtemps, Yvan Colonna. Il a encore 4 ans d'internement à faire. Et ces 2 acolytes, je crois qu'ils sont libérables d'ici à 2 ans. C'est un des arguments d'ailleurs de Gilles Simeoni.
Quand vous parlez de Gilles Simeoni des 3, parce que quand on dit rapprochement, pour que les prisonniers corses qui sont internés en métropole sur le continent viennent sur la Corse, eh bien, à mon avis, ils parlent du cas par cas dit politique, dit D-I-T-S, dit politique, ils parlent du cas par cas, mais pour tous, à mon avis, ça sera possible. Sauf pour les 3 en question. Mais Gilles Simeoni vous dit, oui, mais comme ils ont encore très peu de temps à tirer, si vous me permettez l'expression, eh bien, ils pourraient très bien être aussi du lot et revenir en Corse.
C'est là, à mon avis, si vous voulez, amnistie, certainement pas, rapprochement plus majoritaire que prévu, avec, s'il y a du grain à moudre, ça sera sur ces 3-là, parce que je pense que Talamoni et Simeoni vont demander à ce qu'eux aussi fassent partie du retour. Et là, peut-être que Emmanuel Macron pourrait se montrer ouvert.
Pourquoi c'est si important ? Cette question est importante aussi, on l'oublie, pour des raisons très très personnelles concernant Gilles Simeoni. Il faut quand même savoir qu'il est le fils d'Edmond, qui est le père du mouvement nationaliste au Corse, c'est ainsi qu'on l'appelle en Corse, qui avait mené l'action de la cave d'Allerie en 1975, qui avait été arrêté, jugé, et qui risquait à l'époque la peine de mort.
Gilles Simeoni était jeune homme, et donc, pour lui, c'est une question qui le touche personnellement à un point qu'on a du mal à imaginer, c'est-à-dire qu'il a vu son père risquer sa vie, il a vu son père emprisonné, donc c'est vraiment un sujet qui le touche très profondément, et sur lequel je pense que la revendication est légitime. On entendait ces familles, c'est tout à fait, c'est un droit des prisonniers d'être proches de leur famille, donc je pense que sur ce point-là, une ouverture serait vraiment bienvenue, à condition quand même peut-être que les nationalistes enlèvent le terme de politique.
Prisonnier politique.
Peut-être si chacun fait un pas dans une direction. Gilles Simeoni
qui était l'avocat de Yvan Colonna. Oui, ça a été rappelé, vous avez raison, dans le reportage. La prison de Borgo, on entendait la garde des Sceaux qui disait oui, il faut que ce soit aussi dans des conditions de sécurité, pour le moins, si on veut rapprocher des détenus, des prisonniers. Il y a une spécificité de la prison de Borgo ?
Alors, ce qu'il y a de bien à Borgo, c'est que c'est une prison de petite taille qui n'est absolument pas surpeuplée. Il y a plutôt moins de détenus que de place. Donc ça, ce n'est pas un problème de place. On peut très bien faire venir une dizaine ou une vingtaine de prisonniers à Borgo, ce n'est pas un souci. Oui, en revanche, la question de la sécurité, on l'a vu dernièrement avec ces gardiens qui ont été poignardés. Et puis, c'est une prison où, historiquement, il y a eu beaucoup de tensions entre les gardiens, le directeur de la prison et des évasions. C'est une prison ouverte. C'est une prison dans laquelle, traditionnellement, on ne ferme pas les détenus à clé. Ça circule.
Il y a des téléphones qui se promènent. Il y a eu beaucoup d'affaires de corruption en gardien. Dans les prisonniers continents aussi,
pour les téléphones. Je vous assure. Et c'est une revendication qui est bien plus large que celle des rangs des nationalistes. Sur 360 communes, en Corse, il y en a plus de 160 dont les conseils municipaux avaient voté une délibération demandant le rapprochement des prisonniers politiques. Donc, ça touche parce que, vous voyez, comme c'est une petite île, on a tout de suite un ami, un cousin, quelqu'un qu'on connaît qui fait partie de la famille, etc.
Et c'est aussi là-dessus que les nationalistes ont marqué des points en mettant en avant cette revendication qui, il faut aussi le reconnaître, comme le préfet Rignac c'était il y a 20 ans, petit à petit, le problème va s'éteindre de lui-même puisque les condamnés ne sont plus très nombreux et les peines qui restent à purger sont encore assez limitées. Mais c'est symboliquement pas. Il y a un autre sujet symbolique, c'est celui de la langue. La langue corse, la co-officialité de la langue corse. Alors, certains membres du gouvernement ont déjà dit que la co-officialité ça paraissait compliqué. Mais ça aussi, c'est une revendication majeure de la part des nationalistes ?
C'est très compliqué parce que, d'une part, défendre la langue est une chose qui paraît tout à fait évidente au nom du patrimoine, au nom de l'histoire, etc. en faire une langue co-officielle, c'est-à-dire officielle en réalité, moi, en tant qu'enseignant depuis plus de 40 ans, je me pose des questions parce que lorsque vous regardez la création du Collège de France en 1530, on a mis 250 ans à parler français. Pour réintroduire le corse que l'on appellerait à ce moment-là une langue maternelle, il faut qu'elle soit transmise par la mère.
Et vous avez donc Stella Médor qui est une enseignante de l'université de Corte qui, dans le Figaro, justement, l'autre jour, faisait un très bel article en disant qu'il n'y a plus que 2% de mères corse qui transmettent la langue à leurs enfants. Et le chiffre qui est donné par Gilles Simeone aujourd'hui, c'est 30 000 locuteurs sur 331 000 habitants. Vous parlez le corse ? Vous avez appris le corse ? Non, parce que mes grands-parents se parlaient corse entre eux, évidemment, mais ne parlaient jamais corse aux petits-enfants. Et donc, aujourd'hui, ceci est vu comme une mesure vexatoire.
Depuis une quarantaine d'années, on a dit la République nous a arraché notre langue parce qu'il y avait les panneaux qui disaient qu'il est interdit de parler corse et de cracher par terre. Bon, c'est ce qui était écrit à partir de Jules Ferry dans les écoles en 1884. Mais comme toute proposition, on peut la retourner. c'était aussi pour permettre aux corses d'accéder à des diplômes de haut niveau. Et en 1840, le ministre de l'instruction publique disait « Quel dommage que le continent ne donne pas autant de bacheliers proportionnellement à la Corse.
» Et quand on regarde aujourd'hui le nombre de médecins à Marseille, le nombre d'avocats à Paris qui sont corses mais qui ne parlent pas le corse, la co-officialité me dérange quand même au nom du principe de l'égalité.
Donc on a le risque d'avoir la survivance d'une langue qui serait un petit peu hors-sol, qui continue à être parlée soit par les générations les plus âgées, soit qui a été réintroduite dans les générations les plus jeunes avec l'aide de l'éducation nationale mais qui n'est plus vraiment parlée dans les familles. 10% ! Encore une fois, si on fait le parallèle avec la situation en Catalogne et espagnole, le catalan est la langue vernaculaire, c'est la langue du quotidien pour au moins la moitié de la population catalane. Ce n'est pas le cas pour la langue corse en corse.
Et puis la co-officialité, ça veut dire aussi que tous les fonctionnaires dont toutes les administrations doivent pouvoir parler corse. Et donc on va nous dire, on va dire à juste titre, mais donc du coup c'est deux poids deux mesures parce que beaucoup de candidats continentaux, il y a la rupture de l'égalité des citoyens face au concours. Et donc là, on est sur une forme de préférence nationale. Donc il y a à la fois des aspects politiques et puis très pratiques en disant concrètement comment on fait sauf à s'inscrire sur le temps très long et encore, est-ce que c'est même rattrapable les dégâts qui ont été causés sur la pratique de cette langue ? C'est un vrai souci.
Mais donc du coup, ce n'est pas un sujet sur lequel il peut y avoir une ouverture ? On ne peut pas encourager l'apprentissage du langue ? On peut donner des moyens.
Je pense qu'il peut y avoir une ouverture très claire. Et d'ailleurs, dont Emmanuel Macron avait fait état dans son fameux discours de Foriani pendant la campagne électorale, il s'était engagé, et ça avait été entendu bien sûr par les Corses, ils s'en souviennent, ils s'étaient engagés à ratifier la charte européenne sur les langues régionales qui date de 1992 et qui n'a toujours pas été ratifiée par la France. Donc là aussi, peut-être que sur le sujet de la langue, il y a des ouvertures possibles et qui feraient rentrer la France dans la moyenne européenne puisqu'on est vraiment une exception en Europe à refuser absolument les pratiques des langues régionales. Emmanuel Macron
fait de la politique aussi. Il fait de la politique, il regarde aussi ce que disent les autres partis politiques, les autres responsables politiques. Qu'est-ce qu'ils disent ? Sur ce que vous dites, par exemple, sur la charte européenne, vous tournez à droite, vous vous tournez à gauche, vous avez des élus qui effectivement sont pour la reconnaissance de cette charte et son application dans la République. Et je pense que, en plus, vous n'avez pas besoin de révision constitutionnelle pour ça. Non pas la co-officialité, attention, pas la co-officialité, mais une reconnaissance de cette langue.
Donc ça, ça me paraît, pour d'autres responsables politiques, ça me paraît possible, tout comme le rapprochement des prisonniers. On l'a entendu aujourd'hui d'ailleurs dans la bouche de Laurent Wauquiez, de Guillaume L'Arrivée, de beaucoup d'autres qui ont dit c'est possible. Là où ça sera beaucoup plus difficile, c'est sur l'inscription de la reconnaissance du peuple corse dans la Constitution. Là, je suis sûr que ça sera non. Ça sera non. Juste, avant de passer au troisième reportage, est-ce qu'il est face à un piège ? Vous disiez à l'instant, il fait de la politique. Est-ce qu'il y a un piège politique sur le dossier corse ?
Oui, il y a un piège politique, c'est-à-dire que si jamais, si vous voulez, la négociation se passe mal, même s'il ne faut pas employer le mot, il ne l'emploie pas. Mais enfin, la discussion se passe mal. Si Paris lâche beaucoup, c'est l'autorité du chef de l'État qui, à mon avis, sur le plan national, sera abîmée et là, il prendrait un risque énorme. C'est pour ça qu'il ne lâchera que là où il sait qu'il peut avancer. Les pions et qui sont acceptables par les nationalistes parce qu'encore en plus, il faut le dire et il va en jouer, il est malin, il sait très bien qu'en face de lui, le front n'est pas uni.
Il y a des indépendantistes mais il y a aussi des autonomistes et ils ne disent pas la même chose. Alors, tabac, au livre, vin, chocolat, ces produits-là sont moins chers en Corse, des avantages fiscaux hérités de Napoléon qui font partie des spécificités corse dans les revendications des nationalistes. Il y a la volonté d'aller encore plus loin avec la mise en place par exemple d'un statut de résident qui donnerait aux Corse un accès prioritaire en matière de logement. Walid Berisso, Lucie Lémar et Pierre Dorn. Sous le soleil méditerranéen, la Corse et ses privilèges fiscaux. Sur le ticket de caisse, une facture allégée grâce à un statut dérogatoire dont la Corse bénéficie
depuis 1811. Napoléon avait instauré une des taxes sur tous les produits de luxe. Voilà. Et c'est la seule chose qu'on a réussi à maintenir sur la Corse. Les produits du tabac, 25% moins chers en moyenne
que sur le continent. Cigarettes, mais aussi eau, livres ou chocolat, ce sont des dizaines de produits et services qui sont concernés par ces dérogations fiscales, allant même jusqu'à une détaxe totale sur les vins locaux. Pas un centime de TVA à payer, un cadeau évalué à près de 50 millions
d'euros par an, non négociable pour les cavistes. Je pense que ce serait très défavorable pour le commerce corse d'appliquer 20% de TVA sur le vin. Ça serait trop augmenter les prix. Car pour les Corses, ces avantages sont justifiés. Vivre sur une île, cela coûte cher, même pour des produits
basiques.
Pour la tablette de chocolat, il y aura deux différences. Premièrement, il va falloir qu'elle parte de Marseille, de Toulon, pour aller à Ajaccio ou à Bastia. Donc il y a le coût, on va dire, de transport. Et puis d'autre part, la Corse, c'est 330 000 habitants. C'est une toute petite région à la taille des grandes régions actuelles. Donc avec en plus un marché éclaté. Il y a Bastia d'un côté, il y a Ajaccio de l'autre, il y a Bonifacio, Porto Vecchio. Et donc, ça coûte plus cher à distribuer que si on est sur Paris, la région parisienne. Faire accepter l'exception Corse, c'est le combat des nationalistes. Eux aimeraient même renforcer les avantages pour les habitants de l'île.
Près d'Ajaccio, ce maire autonomiste est le premier à avoir fait voter le statut de résident
pour permettre aux locaux d'être prioritaires dans l'accès à la propriété.
Lorsque les habitants sont dépassés par le marché, la spéculation immobilière, qui ne peuvent plus avoir accès à l'achat de leur propre patrimoine, c'est aux élus, c'est aux politiques de prendre les décisions qui permettent de créer une régulation du marché. Le statut de résident, c'est un des moyens, à côté d'autres, qui permet une régulation du marché.
Pour le moment, le tribunal administratif a bloqué le statut de résident. Alors, la municipalité rachète les maisons du village, comme celle-ci, pour qu'elles échappent aux investisseurs extérieurs.
Je pense qu'on peut faire deux appartements qu'on donnerait en location à des jeunes ou des moins jeunes du village.
Mais même en Corse, ce statut d'exception fait débat. À quelques kilomètres, le maire d'Ajaccio, lui, s'oppose au statut de résident. Inconstitutionnel, dit-il. Imaginez demain qu'un citoyen de l'Union européenne, français ou européen communautaire, veuille acheter une maison, un appartement à Ajaccio. Il faudra qu'il justifie de 10 ans de résidence. Est-ce que c'est acceptable aujourd'hui ? Est-ce que c'est aujourd'hui acceptable notamment par rapport à nos principes fondamentaux, à nos libertés fondamentales ? Moi, je pense que non.
Le statut de résident, l'autonomie fiscale de la Corse, voilà des revendications qui seront au cœur des entretiens entre Emmanuel Macron et les nationalistes dès leur rendez-vous de ce soir.
Avec cette remarque, cette question, avec toutes les mesures spéciales concernant les taxes, n'est-il pas naturel que les Corses se sentent aussi, eux, spéciaux ? Il y a une spécificité, Corses, c'est ça qu'ils demandent qu'on reconnaisse en réalité. Mais c'est vrai, on ne veut pas leur nier. Il y a une culture, vous avez une façon de vivre, on ne vit pas de la même façon au cœur de la Corse quand vous vivez de l'économie pastorale qu'en région parisienne, ça me paraît quand même complètement évident.
La Corse, elle n'a pas toujours été française, elle a appartenu à la République de Gênes, après elle a été un peu indépendante, après la monarchie française est arrivée, enfin vous voyez, il y a quand même une histoire qui est un peu particulière. Alors après, vous allez me dire, oui, mais c'était pareil pour les Bretons, pareil pour les Savoyards, bon, d'accord, mais non, je crois qu'on peut reconnaître... Il y a l'insularité en plus. Il y a l'insularité évidemment en plus.
Non, ce qui est sûr si vous voulez, c'est que c'est vrai qu'aujourd'hui, et ça on ne le sait peut-être pas assez parce qu'on parle de droit à la différenciation pour que la Corse aménage certaines dispositions nationales à son territoire, mais ça existe déjà un petit peu, on le voit sur le plan fiscal avec la TVA, on le voit sur beaucoup de dispositions finalement et notamment fiscales. Alors après, il y a cette histoire de résidence qui est une réalité. Il ne faut pas nier qu'un logement sur deux est acheté par un non-assulaire en Corse. Donc c'est quand même un problème de logement important.
Néanmoins, je pense que si on ne change pas la Constitution, si ça, ça ne fait pas partie de la réforme constitutionnelle qui est prévue pour le mois de juillet prochain, et je doute que ça soit dans le paquet, eh bien le Conseil constitutionnel déclarera que c'est inconstitutionnel parce qu'au nom de l'égalité des Français devant les services, devant la loi. On entendait le maire d'Ajaccio qui n'était pas forcément favorable à cette mesure-là.
Il y a une opposition politique aux nationalistes, aux régionalistes, aux autonomistes, à ceux qui ont le pouvoir et est-ce qu'elle est audible sur ces dossiers-là est-ce qu'il y a une espèce de consensus décorce sur les sujets qu'on a évoqués ce soir ? Oui, il y a une opposition parce que même s'ils ont fait un très beau score aux dernières élections 56%, il y a quand même quasi 44% qui n'ont pas voté pour eux, mais cette opposition elle est très éclatée.
Laurent Marcangéli d'Ajaccio était soutien d'une des listes de droite, il y avait quand même deux listes de droite face à eux et une liste d'En Marche qui avait franchi le cap pour être qualifiée au deuxième tour, donc elle est très divisée cette opposition, elle est aujourd'hui en manque de leaders, c'est des gens qui sont assez jeunes et la génération la plus âgée a passé la main sans que ça se reconstruise, ça explique aussi pourquoi les nationalistes ont pu dérouler aussi facilement leur campagne, mais ce qui explique aussi cela c'est que toute une partie de leurs revendications, on a parlé des prisonniers tout à l'heure, on a parlé de la question de la langue, alors pas forcément la co-officialité mais de dire il faut défendre notre identité et beaucoup de gens en Corse depuis 40 générations peuvent être meurtris de eux-mêmes de ne pas le parler, de ne pas l'avoir transmis, donc on touche quand même des corps très sensibles et puis cette question du statut de résident, le reportage l'a bien montré, aujourd'hui avec une population insulaire qui est majoritairement assez modeste, une spéculation parce que c'est très attractif touristiquement parlant, et bien vous avez des gens, mais comme sur le littoral basque ou ailleurs en France, des locaux qui ne peuvent plus accéder à la propriété, donc ces revendications-là, même si sur le statut de résident, on voit qu'il y a des gens qui peuvent ne pas être d'accord parce qu'il ne faut quand même pas oublier que si on ne peut pas se loger, c'est aussi parce que c'est des Corses qui vendent quand même à la base.
Et qui font de bonnes affaires. Ils font de bonnes affaires. On retourne à la base. Et donc, on a quand même un certain nombre de revendications. Regardez par exemple aussi toute la question de la protection du littoral. Et on a dit, voilà, pendant très longtemps, le FLNC a mieux agi en Corse, certains disaient ça, que la loi littoral en faisant sauter... En protégeant le littoral. Donc il y a toute une série de revendications, de combats qui ont été menés par les nations qui aujourd'hui sont assez partagées. Maintenant, sur les outils ou les solutions proposées, co-officialité, statut de résidence, c'est un peu plus en débat. Vous parliez tout à l'heure de la situation économique en Corse.
Ils attendent... Oui. Là aussi,
cette question de statut de résident est très légitime compte tenu du fait que vous avez 4 logements sur 10 qui sont des résidences secondaires, un afflux de population massif et cette proportion encore beaucoup plus importante dans les villes littorales comme Calvi ou Porto Vecchio. Donc il y a un vrai sujet. Il y a une vraie question. Et puis la question de la fiscalité de manière beaucoup plus générale, je pense qu'elle est aussi légitime. On parlait de... Vous disiez, la Corse est une île, c'est une île de Méditerranée.
Si on compare sa situation aux autres îles méditerranéennes, à la Sardaigne, à la Sicile, dépendant de l'Italie, au Balear, par rapport à l'Espagne, ce sont des îles qui ont une autonomie et qui feraient rêver tous les Corses. Et avec notamment une autonomie fiscale en Sicile, toutes les taxes qui sont perçues en Sicile sont gérées par le gouvernement régional. C'est ce qu'ils réclament aussi les nationalités
d'une autonomie fiscale. C'est ce qu'ils réclament aussi dans la discussion avec...
Il n'y a que la Grèce qui, elle, maintient la crête dans un état de très resserré, modèle jacobin comme le modèle français. Mais il serait tout à fait légitime qu'une île comme la Corse ait des statues comparables aux autres îles de Méditerranée. Effectivement, la Sardaigne, qui est toute proche, est évidemment une source d'inspiration pour les élus nationalistes. Et je pense que sur ce sujet-là, vous parliez d'opposition, elle est assez inaudible, l'opposition en Corse. Même le groupe des macroniens menés par Jean-Charles Orsoutchi, le maire de Bonifacio, était plutôt sur la même ligne que les nationalistes en préparant la venue... C'est fait un peu taper sur les doigts.
C'est fait taper sur les doigts pour ça. Mais c'est quand même le signe que ce sont des idées qui sont largement répandues dans l'opinion, je pense, des revendications qui sont largement partagées par l'opinion Corse. Et nous passons maintenant à vos questions.
Quels sont les moyens de rétorsion des corps si le gouvernement refuse leurs exigences ?
Non, mais écoutez, il y a peut-être un danger vis-à-vis de la jeunesse parce que là, on a beaucoup parlé évidemment du passé, très légitimement, de la cérémonie en l'honneur d'Erinia, qui vous l'avez bien dit tout à l'heure, tous les collégiens, tous les lycéens qui sont allés mettre à la bande-rôle sur le rectorat d'Ajaccio, hier ou avant-hier, avec Parlons Corse, il n'y a aucun d'entre eux qui a connu Erignac. Ils sont tous nés il y a 16 ou 17 ans. Et donc à 20 ans, on est déjà en 3ème année de licence à l'université de Corté. Et donc... Et donc on est déjà nationalistes,
c'est ça que vous voulez laisser entendre ?
On est quand même très majoritairement derrière les jeunes élus d'aujourd'hui. Et donc des gens aussi âgés que moi ou que Chevenement, bon, c'est vraiment des dinosaures. Et donc c'est des étudiants qui ont des préoccupations tout à fait actuelles. Alors j'entends dire les avantages. Vous achetez 4 tablettes de chocolat par mois, un Corse va économiser 10 euros sur l'achat de ces 4 tablettes. Vous avez un enfant étudiant qui vient faire son master aux archives nationales à Paris, 4 fois 250 euros d'avion dans le mois, 1000 euros. Alors il peut bien gagner 10 euros sur le chocolat si il n'en dépense 1000 en avion.
Et donc ce que disait la maman tout à l'heure du prisonnier politique, je prends l'avion, je vais dits politiques, je prends l'avion, je vais le taxi, etc. C'est pareil pour des centaines d'étudiants. Je loge en ce moment moi une étudiante, quatrième année de Sciences Po, ajaxienne, fille d'ajaxien, elle ne peut pas payer 1000 euros d'avion tous les mois. Et moi je milite beaucoup pour qu'on s'occupe justement de l'égalité des citoyens, que ce soit les prisonniers dits politiques, que ce soit les jeunes, que ce soit les étudiants. Vous faites un TGV exparie pour 13 euros aujourd'hui avec les tarifs préférentiels.
Ce que je retiens c'est qu'à la question quels sont les moyens de rétorsion des corps si le gouvernement refuse leurs exigences ? Vous avez répondu très justement la jeunesse, la suite et l'avenir. Je suis au contact
de 400 à 500 jeunes par jour depuis 40 ans et je vous assure que les jeunes n'ont pas forcément le discours qui est celui de ma génération où on a connu les anciens combattants de 14 et ceux de 39-45.
Ménager un avenir à la Corse et garder celle-ci dans le giron républicain. Macron nous refait le coup du « et en même temps ? » On est là-dessus. Le discours de Fouriani quand il était candidat c'était « la République est indivisible mais en même temps elle est plurielle ». Donc voilà, tout le monde avait gagné. Et donc là, il faut sortir de l'ambiguïté au bout d'un moment. Est-ce qu'il va sortir de l'indicité ? Est-ce qu'il n'a pas le choix ? Oui, mais il y a un chemin de crête en disant « on rappelle un certain nombre de principes, il n'y a pas d'amnistie, etc.
» Mais en revanche, rapprocher les prisonniers, comme on a dit tout à l'heure, aménager les dérogations fiscales, éventuellement donner un coup de pouce économique, c'est jouable. On a bien organisé un référendum sur un aéroport. Pourquoi ne pas poser franchement aux Corse la question de leur indépendance ? Ah, de leur indépendance ? Je ne suis pas sûr qu'ils gagnent. D'ailleurs, Jean-Guy Talamoni a répondu il y a quelques semaines, juste avant les élections du mois de décembre, en disant « écoutez, si on organise un référendum en Corse sans l'indépendance aujourd'hui, nous perdons ».
Le pari de Jean-Guy Talamoni qui, lui, est indépendantiste, c'est de dire « il faut aujourd'hui qu'on aménage une autonomie, qu'on développe l'île, et peut-être que dans 10, 15 ans, à la faveur justement de l'arrivée de cette génération, de cette jeune génération dont vous parliez, peut-être que le sentiment indépendantiste sera majoritaire. Mais voilà où on en est. D'ailleurs, il faut le dire que sur la plupart des îles, alors là, la Corse, ce n'est pas un dôme, ce n'est pas un thôme, ce n'est pas un territoire ni un département d'Outre-mer. Vous faites un référendum d'indépendance sur tous ces territoires-là, la réponse est majoritairement non, y compris en Nouvelle-Calédonie.
C'est-à-dire que la fièvre indépendantiste est minoritaire partout. Autonomie, oui. Mais autonomie, oui, bien sûr. Le rapprochement des prisonniers de leur lieu d'origine est-il la règle sur tout le territoire ? Normalement, oui. Normalement, oui. Et ce qu'il disait, c'est qu'il disait, vous nous déniez le fait qu'ils soient des prisonniers politiques. Donc, s'ils sont prisonniers de droit commun, le droit commun doit s'appliquer. Et donc, ce n'est pas forcément dans votre ville, mais à proximité. Les Catalans et les Corses, même combats ? Non, on n'est pas sur... On l'a dit tout à l'heure, déjà, il y a des effets de taille.
C'est 7 millions d'habitants en Catalogne, 300 000 en Corse, un PIB qui n'a rien à voir entre les deux, une pratique de la langue, la construction d'une large autonomie qui était beaucoup plus développée. Et pour autant, on a vu qu'on était à 50-50 en Catalogne. C'est-à-dire qu'alors qu'ils avaient beaucoup plus d'arguments à faire valoir, ou en tout cas, d'atouts sur lesquels s'appuyer, donc on voit bien qu'aujourd'hui, on n'en est pas encore là. Quelle est la richesse de la Corse, à part le tourisme ? La matière grise.
Je pense que c'est vraiment le tourisme. Il n'y a quasiment pas d'économie en Corse, à part celle du tourisme. L'agriculture qui est mythifiée, à laquelle on se réfère sans arrêt. L'agriculture de montagne a quasiment disparu. Ça va être intéressant, d'ailleurs, demain, la visite que va faire Emmanuel Macron dans le centre de recherche de l'INRA, l'Institut national de la recherche agronomique, puisque c'est l'un des secteurs un peu modernes, un peu dynamiques. La culture des clémentines qu'on connaît avec leurs petites feuilles vertes, ça vient de Corse. Oui, en dehors de ça, c'est le tourisme qui fait vivre la Corse de façon écrasante et beaucoup trop écrasante, d'ailleurs.
Il faudrait qu'il y ait autre chose, d'autres alternatives au tourisme.
Une question à l'historien.
Depuis quand la Corse est-elle française ? Depuis le décret du 30 novembre 1789 et pas du tout depuis la bataille de Pont-et-Nouveau. Et je crois effectivement qu'il faut instruire la jeunesse et lui apprendre sa vraie histoire.
Et donc, les Corses sont devenues officiellement français suite à ce décret qui a été pris par six députés de Corse envoyés à l'Assemblée constituante et qui ont demandé à Mirabeau, qui est quand même connu nationalement et mondialement et qui était de grand-mère Corse puisqu'il avait une grand-mère qui sortait de Morsiglia au Cap-Corse et il parlait lui le Corse couramment au point qu'on l'appelait le comte de Cazin dans la fameuse campagne de Pont-et-Nouve en 1769 et c'est lui qui a fait prendre ce décret à l'Assemblée nationale. Donc, si nous sommes devenus Corses, c'est parce que nous l'avons demandé.
Et de 1769 à 1789, il y a un très bon livre de René-Emmanueli qui s'appelle L'équivoque Corse et qui montre que la monarchie Louis XV a combattu les Corses mais pas la République et que ceux qui ont été massacrés malheureusement dans le Nioul en 1774 ont été les victimes des troupes du roi et pas de la République.
Une autre question pour vous. Pourquoi le drapeau corse affiche-t-il la tête d'un mort ?
Sûrement parce que c'est Saint-Maurice et donc la tête d'un Sarrazin c'est un peu une idée qui est reprise aujourd'hui malheureusement avec une vision raciste en disant les Sarrazin on leur a coupé la tête on les a toujours chassés mais la tête de mort qui apparaît très timidement au XVe siècle elle entre vraiment dans l'histoire corse avec Théodore de Neuf au XVIIIe.
Je suis corse mes parents parlaient corse entre eux pour qu'on ne comprenne pas ce qu'ils disaient c'est vrai que c'était palité de la transmission
ça vous est arrivé aussi ? C'est pour qu'on ne comprenne pas les enfants ce que disait mon grand-père.
Merci à vous tous c'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h25 on se retrouve demain pour un nouveau C'est dans l'air à 17h50 tout de suite c'était à vous belle soirée sur France 5
Emmanuel Macron