Censure, allocution d'Emmanuel Macron, Matignon... L'intégralité du décryptage d'Alain Duhamel
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Alain Duhamel. Bonjour. Merci d'être avec moi ce matin et de nous accompagner dans cette période hautement inédite, enfin inédite pour la plupart d'entre nous, pas tout à fait inédite pour vous. Vous étiez déjà journaliste politique lorsqu'en 1962, une première censure avait effectivement abouti. Vous êtes bien sûr éditorialiste politique à BFM TV, qui mieux que vous, pour nous aider à tenter de comprendre ce qu'il se passe et ce qu'il peut se passer. Essayer de dessiner ensemble ce matin les scénarios possibles. Qu'allons-nous devenir ?
Ou bien on va commencer à expérimenter une culture du compromis qui était le contraire de la logique et de la tradition de la Ve République, mais culture du compromis que j'appelle de mes voeux, ou bien on va continuer à demeurer comme c'est le cas en ce moment, comme c'est le cas depuis la dissolution, qui était quand même une absurdité politique intégrale, ou bien on restera dans une situation bloquée.
Vous avez dit deux mots, à mon avis, qu'il va falloir qu'on tire. Celui de compromis, culture du compromis, et celui d'absurdité. Je voudrais quand même m'arrêter un instant là-dessus, parce que vous avez entendu évidemment Emmanuel Macron hier. Alors certains disent « mea culpa ». Est-ce que vous trouvez qu'il y avait un « mea culpa » ? Ou est-ce que c'était plutôt « bon, vous ne m'avez pas compris ».
Non, je crois qu'il reconnaissait non pas qu'il s'était trompé, mais qu'il avait la responsabilité directe. Bon, ce qui est un fait, qu'il a vraiment la responsabilité. Pour le reste, c'était « on est dans la Vème République, je suis le président, je reste le président ». Autrement dit, d'accord, on ne m'a pas compris, mais ça ne veut pas dire « et j'ai eu tort ».
Oui, c'est ça. Oui, oui, oui. C'est tout à fait juste. Il ne dit pas « je suis désolé de cela ». Je regrette. Ou « je regrette ». Non, il dit juste « vous ne m'avez pas compris ». Voilà. C'est juste un problème de compréhension.
C'est surtout un problème… Mais pour vous, ça reste une absurdité ? Oui, je veux dire, c'est une erreur gigantesque.
Une erreur gigantesque ? Oui. Est-ce qu'hier, il a pu commencer à esquisser un début d'ouverture de scénario ?
Alors, hier, il a essayé de montrer une attitude moins bloquée qu'en d'autres circonstances. Est-ce que c'était vraiment l'ouverture d'un scénario ? Je n'irai pas jusque-là, mais à côté de ce que lui essaye de faire, il y a à l'Assemblée nationale déjà quelques petits symptômes, encore tout à fait réversibles, qui montrent qu'il y a un changement dans le climat. Et c'est pour ça que je pense que la question de l'acquisition de la culture de compromis, qui est le contraire de ce qu'est la Ve République, peut-être que par la force des choses, et si j'ose dire grâce à l'erreur d'Emmanuel Macron, peut-être qu'on va commencer à s'y approcher.
Quels sont les signes que vous décelez, Alain Duhamel ?
Quand je vois d'une part la volonté de forces de gauche, disons réformistes pour simplifier, qui ont envie de discuter, quand on voit d'autre part qu'apparaissent des thèmes comme, au fond, il faut échanger, plus de 49-3, donc on ne cherche pas à forcer la main à l'Assemblée nationale, et en échange, plus de censure pour essayer de voir ce qu'on peut faire, pour moi c'est positif, et c'est la direction dans laquelle il faut aller.
Mais, il reste évidemment, je ne me fais pas d'illusion, c'est pour ça que je dis, ce sont de tout petits premiers symptômes, mais il reste la question, oui, mais est-ce que c'est un gouvernement dirigé par une personnalité qui est dans le nouveau Front populaire, ou dirigé par une personnalité qui est dans la majorité. Sans doute plus à gauche dans la majorité, mais tout étant relatif.
Est-ce qu'ils peuvent travailler ensemble ? Premier moment, Emmanuel Macron, tout à l'heure, recevra à l'Élysée les responsables socialistes, les responsables, en effet, de l'ancienne majorité macroniste, les LR, il en manque quand même. Je recevais ce matin Marine Tondelier, la patronne des Écolos, qui dit « mais moi j'y aurais été s'il m'avait invité ». Pourquoi ne nous a-t-il pas fait signe ? Est-ce une erreur ?
Oui, je pense qu'il a tort. D'abord, je pense qu'en République, surtout quand on est le président et qu'on se présente comme le symbole de la République, à partir de ce moment-là, il faut pouvoir recevoir les dirigeants de tous les partis, ceux qu'on aime et ceux qu'on n'aime pas.
Ce n'est pas à lui de choisir ?
Je pense que son rôle, dans un cas comme ça, mais ça c'est ce que j'appellerais tout simplement de la courtoisie républicaine, mais ça fait partie du rôle d'un président de la République. On n'est plus dans la courtoisie, on est dans le construire ensemble. Oui, mais le fait… Non, alors il y a deux choses. Il y a… On doit… Le président doit recevoir tout le monde, parce que tout le monde est légitime à être reçu, parce que tout le monde a été élu par des Français. Donc, il faut recevoir tout le monde. En même temps, il ne faut pas jouer sur les mots. Il ne reçoit pas pour négocier avec les partis qui serait le Premier ministre et si c'est un gouvernement de ceci ou de cela.
Non, mais lorsqu'il reçoit les socialistes, on sent bien qu'il se dit « je vais tenter de les convaincre, de rompre avec une part du NFP, notamment LFI, pour venir travailler dans un bloc central ».
Bien entendu, mais c'est ce que lui dit, et ça n'est pas un hasard, c'est aussi ce que disent beaucoup de membres de sa majorité. C'est le moment de détacher. D'ailleurs, on voit très bien, il y a un véritable bombardement venu de la majorité en direction des socialistes pour leur dire « Allez, quittez les insoumis et venez avec nous, on a plus de choses en commun, etc. » Ça, je pense que c'est une mauvaise méthode. Une mauvaise méthode. Je pense que ce n'est pas ça qui fait avancer les choses, parce que ça, on fait semblant de croire qu'on a des programmes compatibles. Pour l'instant, on n'a pas de programme compatible.
Via les socialistes, on votait le programme du nouveau Front populaire et le programme de la majorité actuelle, enfin majorité, du socle central. Bon, c'est complètement différent. Moi, je crois qu'il ne faut pas être trompant, messieurs, il faut avancer pas à pas. S'il y avait un Premier ministre, on reviendra peut-être sur la question de personne, mais là, ce n'est pas ça que je pense pour l'instant, mais s'il y avait un Premier ministre qui donne une image de plus grande ouverture.
Socialiste, par exemple ?
Membre du Parti socialiste, non, parce qu'à ce moment-là, ça serait la rupture entre les socialistes et les insoumis.
Alors, il faut que ce soit une personnalité de gauche au sens large ?
Une personnalité. Bon, écoutez, on ne va pas tourner autour du pont, mais ensuite, je voudrais revenir au contenu. Allez-y, allez-y. Je pense que Bayrou, il a appelé à voter deux fois à deux élections présidentielles contre Nicolas Sarkozy, et il a appelé à voter pour François Hollande deux fois. Bon, ça veut dire que ce n'est pas quelqu'un de droite, c'est à l'intérieur de la majorité l'aile gauche. Bon, ce n'est pas une révolution, mais c'est une inflexion.
Et par ailleurs, le même François Bayrou avait donné, pour des raisons démocratiques, disait-il, assez symboliquement, son parrainage à Marine Le Pen, estimant qu'elle devait pouvoir se présenter. Absolument. Pour vous, il est donc une sorte d'homme du compromis par nature ?
D'abord, je pense que c'est dans la nature du modem et des centristes, mais je pense qu'à l'intérieur de la majorité, il incarne l'aile la plus ouverte. Bon, mais ça, c'est la question de l'homme. Mais il y a la question de la méthode. Je pense que pour que ça marche, il faut bouger, mais il ne faut pas essayer de courir. Il faut marcher, il ne faut pas courir. Ce n'est pas la même chose.
Y aller pas à pas.
Voilà, et je pense que dans l'immédiat, ce qui pourrait marcher, c'est d'une part de fixer une dizaine de thèmes sur lesquels on a envie d'avancer.
Lesquels en priorité ?
Dans l'immédiat, par exemple, c'est évident que, s'agissant soit des agriculteurs, soit de la construction, ce sont deux branches qui ont besoin qu'on leur donne des réponses immédiates, par exemple. Mais il y a beaucoup de choses. Les hôpitaux, les retraites, enfin, je vais vous faire une liste. Mais donc, se mettre d'accord sur un certain nombre de thèmes prioritaires et être ouvert à une discussion sur la manière d'y répondre, d'une part. D'autre part, de se dire, dans ces conditions, vous ne nous censurez pas, mais on n'utilise pas le 49-3. Autrement dit, de faire...
C'est du sens de donnant-donnant. Oui. Nous ne vous forcerons pas la main, mais à l'inverse, vous vous engagez à ne pas nous censurer.
Et c'est, au fond, imaginer une règle du jeu différente de la tradition de la Ve République, dans laquelle le cœur de la décision deviendrait l'Assemblée nationale, c'est-à-dire une parlementarisation.
Les institutions elles-mêmes, tout en gardant le cadre de la Ve République, sont-elles adaptées à cette méthode ?
Alors, les institutions ne sont pas faites pour ça. La logique est une logique présidentielle, mais le fonctionnement d'une Assemblée nationale peut tout à fait mener à ça. Et je dirais que si on veut un petit peu accélérer les choses et les rendre peut-être plus digestes, notamment pour la gauche réformiste, je pense qu'il faut en même temps annoncer qu'on irait, s'ils sont d'accord, vers le scrutin proportionnel. François Bayrou y est favorable. Il y est favorable depuis toujours. Et les socialistes ne demandent que ça. Et Marine Le Pen aussi.
Donc là-dessus, tout le monde est d'accord.
Enfin, pas tout le monde, mais beaucoup. Enfin, pas les Républicains, traditionnellement. Mais il y aurait une nette majorité pour ça. Et ça change les choses. Parce qu'à ce moment-là, pour le coup, la proportionnelle, ça rend leur liberté de mouvement totale aux socialistes et aux écologistes. Totale.
Ils ne dépendent plus d'une alliance.
Voilà. Alors ça ne veut pas dire qu'ils entreraient dans une majorité avec les centristes et encore moins qu'ils entreraient dans le gouvernement. C'est pour ça que je vous dis, il faut avancer pas à pas. On ne serait plus dans une logique d'alliance nécessaire par le scrutin majoritaire. Pour aller au bout de mon raisonnement.
C'est assez construit quand même, Alain Duhamel. Je trouve que là, avec vous, je suis étonnée qu'Emmanuel Macron n'ait pas dessiné ce genre de chemin. En fait, c'est assez concret ce que vous dites.
En tout cas, ça n'est pas utopique. C'est déjà pas mal. C'est réalisable. Et moi, je dirais qu'au-delà, si la proportionnelle était adoptée, d'une part, ça délie des liens précédents. Donc chaque formation devient libre de ses mouvements. Et au-delà, moi j'aimerais, alors ça, je reconnais que c'est une réforme constitutionnelle, mais elle peut très facilement s'adopter par congrès. Donc rapidement, je pense qu'on devrait mettre en place le système allemand ou espagnol de la censure constructive. Et la censure constructive... C'est quoi la censure constructive ?
Au contraire de la nôtre, ça consiste à dire si une majorité de députés choisit un leader comme candidat, chancelier, président du Conseil et en France Premier ministre, si une majorité le choisit, et si donc cette personne peut s'appuyer sur la majorité, elle remplace le gouvernement en place. Ça voudrait dire concrètement... C'est une alternative, en fait. C'est proposer une alternative. C'est ne pas détruire, mais proposer une alternative. Voilà. C'est une censure positive et pas une censure négative. Et ça, je pense qu'un congrès à Versailles, en une demi-journée, est capable d'adopter quelque chose comme ça. Et je pense que dans les mœurs, ça changerait énormément.
Mais je ne suis pas hypocrite. Je suis conscient du fait que, d'une part, ça va dans le sens d'une parlementarisation de la Ve République. Mais ça, je crois qu'il y a beaucoup de Français qui le souhaiteraient, ça. La parlementarisation, plus de pouvoir à l'Assemblée, moins de pouvoir au président.
Je voudrais qu'on écoute les mots du président de la République hier soir sur les extrêmes. L'extrême droite, l'extrême gauche. Et que vous nous disiez ce que l'on peut en faire. Écoutez.
J'ai laissé le Premier ministre gouverner, le Parlement légiférer. Et hier donc, le gouvernement a été censuré. Et cela, malgré les concessions faites par Michel Barnier à l'ensemble des groupes parlementaires. Il a été censuré, ce qui est inédit depuis 60 ans, parce que l'extrême droite et l'extrême gauche se sont unis dans un front anti-républicain. Et parce que des forces qui, hier encore, gouvernaient la France ont choisi de les aider.
Ce sont-elles, depuis lors, exclues, en quelque sorte, l'extrême droite et l'extrême gauche, de ce centre qui peut gouverner ?
– Je pense que leur vocation n'est pas d'entrer dans ce que j'essayais de décrire.
– Ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire ni ARN ni LFI ?
– Non, je pense que non. Mais d'ailleurs, je pense qu'ils n'en auraient pas envie eux-mêmes. Ni d'un côté, ni de l'autre. Alors cela dit, est-ce qu'ils sont anti-républicains parce qu'ils ont additionné leur vote négatif pour arriver à la censure ? Je veux dire, que ce soit une alliance contre nature et totalement artificielle, ça va de soi. Mais en même temps, c'est une alliance stérile, sans lendemain possible. Ils ne vont pas se rapprocher. Et je dirais, c'est dommage, sans doute. Ça ajoute de l'instabilité à l'instabilité. Mais peut-être que, justement, ça obligera à être plus imaginatif. Et puis, en tout cas, c'est leur droit. Je veux dire que… – C'est parfaitement constitutionnel.
Je veux dire, la censure est dans la Constitution.
– Bien sûr. – Ce procès-là est un mauvais procès.
– Oui, alors, en même temps, il ne faut pas être naïf. On voit très bien que ça n'est pas un hasard si, du côté des Insoumis et du côté du Rassemblement national, leur grande idée, c'est quand même d'obliger Emmanuel Macron à démissionner.
– J'allais y venir, Alain Duhamel. Dans cette déclaration hier soir, Emmanuel Macron a affirmé qu'il ne démissionnerait pas, qu'il irait au bout de son mandat et qu'il restait 30 mois, qui devraient être utiles pour la nation. L'espoir, effectivement, de Marine Le Pen, sans doute, de manière moins officielle, mais de Jean-Luc Mélenchon, clairement, c'était la démission d'Emmanuel Macron. Il l'a d'ailleurs redit hier soir. Écoutons-le, Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon qui disait hier soir que c'était Emmanuel Macron qui était responsable de tout cela et que c'était donc Emmanuel Macron qui devait partir.
On l'écoutera peut-être tout à l'heure, mais vous l'avez entendu, en tout cas vous, Alain Duhamel. C'est tout à fait cohérent avec ce qu'il a dit jusqu'à présent. L'objectif n'est pas de gouverner dans ce cas, mais de prendre le pouvoir à l'Élysée.
Non, mais du côté de Jean-Luc Mélenchon, ce qu'il veut, c'est une élection présidentielle le plus vite possible. Et d'ailleurs, c'est aussi ce que souhaite Marine Le Pen. Ce n'est pas un hasard. De ce point de vue, leur motion de censure commune est d'une certaine manière logique. Mais je dirais qu'elle est plus logique chez Jean-Luc Mélenchon que chez Marine Le Pen parce qu'on sait bien qu'au fond des choses, Jean-Luc Mélenchon voudrait être président de la République. Je ne crois pas qu'il y arrive, mais il a le droit d'essayer. Il voudrait être président de la République pour changer la République. Lui, ce qu'il veut, c'est qu'on change de République.
Il ne veut pas simplement changer à l'intérieur de la République. Il veut une sixième République.
Et Marine Le Pen, elle souhaite également, pensez-vous, des élections anticipées ?
Ah ben ça, je suis sûr qu'elle souhaite des élections anticipées, notamment l'élection présidentielle. Ça, bien sûr.
Est-ce que le calendrier judiciaire a pu accélérer sa volonté ?
Ah ben ça, j'en suis persuadé. Le calendrier judiciaire est surtout la proposition des procureurs d'application immédiate de l'inéligibilité. Évidemment, pour elle, c'était révulsif.
Alain Duhamel, vous avez évoqué tout à l'heure le nom de François Bayrou. C'est celui qui, au moment où l'on se parle, semble tenir la corde. Pourquoi ne l'a-t-il pas nommé plus tôt ?
Vous savez, il a longtemps espéré avoir son propre socle à vocation majoritaire, quitte à avoir des alliances, mais à vocation majoritaire. Là, depuis la dissolution, on n'en est plus là. Et il a fini par se résoudre à ce dont il n'avait pas envie depuis 2017, c'est-à-dire la constitution d'une coalition entre son centre ou ses centres, puisqu'il y en a plusieurs.
C'était plus des débauchages individuels qu'une véritable coalition du centre.
Oui, enfin, il y avait les deux. Mais ce que beaucoup lui recommandaient, à commencer par Nicolas Sarkozy, c'était une alliance en bonne et due forme, une coalition organisée avec les Républicains.
Mais avec François Bayrou, est-ce que ce serait une cohabitation ?
Avec François Bayrou, ça serait un vrai Premier ministre, mais avec d'autres aussi. Il n'y a pas que François Bayrou. Je pense que celui qui va être nommé à Matignon aujourd'hui aura plus de liberté d'action que ses prédécesseurs. Pas simplement que Michel Barnier, mais que ses prédécesseurs, justement parce qu'on est au début du début d'un processus de parlementarisation avec un rôle accru de l'Assemblée nationale. Donc je pense que le futur Premier ministre, quel qu'il soit, il s'appelle le Cornu, il s'appelle Bayrou, il s'appelle Cazeneuve, il s'appelle autre chose, aura plus de marge vis-à-vis de l'Élysée.
Mais que, à mon avis, le problème numéro un, ce n'est pas d'avoir plus de marge vis-à-vis de l'Élysée, puisque Emmanuel Macron n'est pas en position de force. Non, la question, c'est l'Assemblée. C'est à l'Assemblée et à l'Assemblée de trouver un modus vivendi plus adapté aux situations, donc plus souple, donc plus empirique et avec une règle du jeu, ce dont on parlait il y a trois minutes.
Vous nous aviez révélé, Alain Duhamel, et vous étiez venu d'ailleurs à ce micro au début de l'année, que c'était vraisemblablement votre dernière année. Certainement. Certainement. Vous auriez imaginé une année aussi pleine d'imprévus. Non. Comment vous voyez la suite de cette année ?
C'est l'année, c'est dans ma vie professionnelle.
C'est une sorte de cause de départ exceptionnelle.
Ça, de ce point de vue, je ne peux pas dire que ce soit une année ennuyeuse. Que ce soit une année apaisante, c'est autre chose. Ce n'est pas une année apaisante, mais ce n'est pas une année ennuyeuse. Non, c'est l'année la plus nouvelle, la plus imprévisible, la plus spectaculaire, la plus dangereuse et la plus intéressante depuis 1968. Et d'ailleurs, moi, quand je fais mes comparaisons, c'est avec l'éclatement du gouvernement et de sa majorité en 68, qui ensuite a été ressoudée par Georges Pompidou, mais qui, à un moment, c'était une éruption. Bon, pendant 48 heures, tout s'en allait. Les ministres quittaient leur ministère, les députés quittaient toutes leurs affinités. C'était fou.
Eh bien, je pense qu'on est un peu dans une situation du même genre où il peut y avoir de vraies nouveautés qui surgissent d'une situation qui, aujourd'hui, est une situation totalement hors normes.
Pour le meilleur, si je vous entends, puisque ça pourrait déboucher sur une culture du compromis que vous appelez de vos voeux, ou pour le pire, j'ai entendu le mot danger, malgré tout, dans vos mots. Vous avez dit que c'est une année très dangereuse. Êtes-vous inquiet, parfois, Alain Duhamel ?
Oui, parce que je me dis que si on ne trouve pas une règle du jeu un peu novatrice à l'Assemblée nationale, donc ça signifie que s'il y a un enlisement gouvernemental, ce qui est une hypothèse, un gouvernement trop faible qui n'arrive pas à faire passer ce qu'il voudrait faire passer, donc la France qui se paralyse progressivement, à ce moment-là, bien sûr qu'il peut y avoir des réactions. On ne sait pas lesquelles. C'est peut-être l'anxiété qui l'emporte chez les Français. C'est peut-être la colère. On ne sait pas. Après tout ce qu'on a vu au moment des Gilets jaunes, c'était une fraction des Français qui sortaient des normes habituelles.
Ça peut très bien se produire dans cette catégorie sociale, mais dans d'autres aussi. Donc je pense qu'on est à un moment, ou bien on fait preuve d'imagination à l'Assemblée nationale et on invente des règles qui ne sont pas utopiques, qui sont au contraire pragmatiques. Ou bien on invente ça, on expérimente, on change, et du coup on peut gouverner, pas facilement en ce moment, parce que ça n'est pas facile, mais on peut gouverner. Ou bien alors, effectivement, les choses peuvent se passer très mal.
Merci Alain Duhamel, on a plus que jamais besoin de vous. Merci.
Merci. Merci.
Emmanuel Macron