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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 7 février 2024 36 minComplaisantActualité / polémiqueSécuritéInstitutions & électionsSolidarités & familleJustice

Attaques du 7 octobre : quelles commémorations dans un conflit inachevé ?

Au micro : Guillaume HernerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 6 %Attaque 0 %Défensif 1 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:07OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça vous inspire Denis Péchansky ?

  • 2:12OuverteRéponse directe

    Peut-être tout d'abord un mot sur le lieu où va avoir lieu cet hommage ?

  • 2:36OuverteRéponse directe

    Ça renvoie à, aujourd'hui, un certain nombre de chromos que l'on connaît ?

  • 3:34FerméeRéponse partielle

    Est-ce que c'est celui-ci qui l'a inauguré, justement, ce mur des noms ?

  • 4:11OuverteRéponse directe

    Lorsque l'on voit ces photos, on voit des destins singuliers ?

  • 4:44OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous en pensez, Denis Péchansky ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:10InvitéFait
    « Ça me dit que le président de la République a voulu donner une importance particulière à cette cérémonie. »
  • 1:26InvitéFait
    « ça fait écho à l'hommage qu'il avait donné à Beltrame, donc ce lieutenant-colonel, devenu colonel, qui a donné sa vie pour sauver des otages, et singulièrement une caissière dans un supermarché qui était menacée et prise en otage par un terroriste qui avait déjà fait plusieurs morts. »
  • 1:45InvitéFait
    « Et d'ailleurs, on a le procès en cours sur les complices présumés de l'assassin de Beltrame. »
  • 1:56InvitéFait
    « Et oui, il a voulu donner une dimension particulière, c'est qu'on a quelques lieux comme ça, comme les Invalides, le Panthéon, qui sont les lieux de l'hommage de la République au présent et à l'histoire. »
  • 2:50InvitéFait
    « La première, bon, évidemment, on pense au 11 septembre. C'est la matrice du XXIe siècle, en quelque sorte, et on a vu toutes ces victimes du 11 septembre et qui sont encore, évidemment, honorées aujourd'hui dans le mémorial qui se trouve à New York. »
  • 3:19InvitéFait
    « Et cette deuxième remarque, justement, porte sur cette tradition de ne pas oublier en nommant. Si on nomme, on n'oublie pas. »
  • 3:29InvitéFait
    « Je pense au mémorial de la Shoah où on a le mur des noms. »
  • 3:52InvitéFait
    « Et ça, ça reste, encore une fois, comme un modèle, comme l'idée qu'il ne pas nommer, c'est les tuer une deuxième fois. »
  • 5:06InvitéFait
    « Et je vois l'impact, et comme je travaille avec Francis Ostach, qui est neuropsychologue, sur la question du trouble de stress post-traumatique, je vois les réveils de troubles de stress post-traumatique, parce qu'effectivement, le parallèle, au-delà de campagnes de tanniers à out, ou jugements qu'on peut avoir sur le personnage et sur son gouvernement, il est évident que ça a fait écho. »
  • 5:30InvitéFait
    « On se retrouve avec les mêmes assassins, les islamistes, les mêmes victimes, parce que les jeunes qui se trouvaient à faire la fête à côté de Gaza jusqu'à pas d'heure, ça fait penser, évidemment, aux Bataclan et aux terrasses. »
  • 8:09InvitéFait
    « Oui, enfin, jamais personne n'a dit que les palestiniens morts étaient des statistiques. »
  • 8:20InvitéFait
    « Il y a une guerre qui est menée et une guerre qui est menée après un massacre que les juifs du monde n'ont pas connu depuis la deuxième guerre mondiale. »
  • 8:30InvitéFait
    « quant à comparer terrorisme et résistance l'historien de la deuxième guerre mondiale que je suis et qui a accompagné la panthéonisation de Missak Manouchian et de ses camarades résistants ils n'ont jamais massacré des civils, ils n'ont jamais violé de femmes, ils n'ont jamais éventré des gosses, ils n'ont jamais considéré qu'en faisant tout ça et en plus à l'époque évidemment ils ne pouvaient pas le filmer mais c'est la même logique en le montrant on allait pouvoir gagner réussir l'acte qu'on mène et l'engagement qu'on a il n'y a aucune comparaison à avoir entre résistance et terrorisme »
  • 15:00InvitéFait
    « Stavisky était juif »
  • 21:40InvitéFait
    « je n'irai pas jusque là ça c'est une forme de caricature »
  • 22:10InvitéFait
    « et puis qui ensuite organise entre guillemets la réanisation c'est à dire la spoliation de ces juifs »
  • 23:36InvitéFait
    « aux plus viles besognes »
  • 23:43InvitéFait
    « comment ces gardiens de la constitution et de la démocratie peuvent être des garde-fous majeurs face à des offensives comme celle qui était celle de et qui continue à être celle de Netanyahou »
  • 23:51InvitéFait
    « il a perdu tout simplement face à la cour suprême »
  • 25:22InvitéFait
    « l'hommage qui va être rendu le 21 février c'est un hommage bien sûr à Manouchian comme un symbole parce que d'abord de par son engagement mais aussi parce que lui le poète a rencontré deux autres poètes après sa mort et il a été sublimé par Aragon et Léo Ferré ce qui fait que Manouchian est rentré dans la mémoire collective dans les années 50 et va rentrer au panthéon en 2024 »
  • 25:46InvitéFait
    « c'est le premier résistant étranger »
  • 26:31InvitéFait
    « tous avaient le choix parce qu'ils pouvaient aussi ne pas prendre les armes ils pouvaient essayer de se sauver c'était déjà une forme de résistance pour les juifs »
  • 26:47InvitéFait
    « qui sont onérés on avait les deux composantes dans la main d'oeuvre immigrée la MOI une structure qui a été mise en place par le parti communiste dans la suite de la première guerre mondiale où la France était saignée »
  • 26:59InvitéFait
    « le parti communiste va d'abord c'est des millions de personnes qui vont arriver pour reconstruire la France des millions d'étrangers dont Manouchian en 24 »
  • 28:27InvitéFait
    « il va baigner parce que c'est un orphelinat sous mandat français après l'écroulement de l'empire ottoman qui suit la première guerre mondiale »
  • 28:38InvitéFait
    « il va s'imprégner des grands auteurs français de la littérature française »
  • 30:02InvitéFait
    « il avait demandé deux fois la nationalité française en 33 et en 40 »
  • 30:27InvitéFait
    « vive la France »
  • 32:57InvitéFait
    « ils se mobilisent au nom des valeurs héritées de la révolution française »
  • 34:40InvitéFait
    « je suis dans le comité de soutien à la panthéonisation de Manouchian présidée par Jean-Pierre Sacoune et l'unité laïque et qu'on a eu un relais et que Manouchian premier résistant étranger premier résistant communiste va rentrer au panthéon »
  • 35:51InvitéChiffre
    « sur les 185 étrangers qui ont été exécutés sur 1000 ce qui est une bonne proportion »
  • 35:56InvitéChiffre
    « en France près de 20% »
  • 35:59InvitéFait
    « sur les 185 il y en avait 92 qui n'étaient pas encore dits morts pour la France »
  • 34:56InvitéFait
    « Manouchian premier résistant étranger, premier résistant communiste va rentrer au panthéon »
  • 35:02InvitéFait
    « les 23 de la fiche rouge vont être honorés officiellement parce que leur nom va être inscrit en lettres d'or à côté du caveau numéro 13 »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur28 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce matin, le président Emmanuel Macron se rendra à l'hôtel des Invalides pour une première commémoration nationale des 42 Français tués le 7 octobre en Israël. Comment écrire la mémoire de victime d'un conflit toujours en cours ? Bonjour Denis Péchansky. Bonjour. Vous êtes historien, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, co-responsable scientifique du programme 13 novembre, président du Conseil scientifique et d'orientation de la mission du 80e anniversaire de la Libération. Et c'est pour cette raison que je voulais dialoguer avec vous ce matin, parce qu'on croise toutes ces problématiques aujourd'hui.

J'ai sous les yeux la une du journal Le Parisien qui montre ces photos de quelques-unes de ces victimes de l'attaque terroriste du 7 octobre. Peut-être tout d'abord un mot sur le lieu où va avoir lieu cet hommage, la cour des Invalides, sur la façon dont il va être rendu, quatre mois après les attentats. Qu'est-ce que ça vous inspire Denis Péchansky ?

1:10
Invité

Ça me dit que le président de la République a voulu donner une importance particulière à cette cérémonie. ça fait écho à l'hommage qu'il avait donné à Beltrame, donc ce lieutenant-colonel, devenu colonel, qui a donné sa vie pour sauver des otages, et singulièrement une caissière dans un supermarché qui était menacée et prise en otage par un terroriste qui avait déjà fait plusieurs morts. Et d'ailleurs, on a le procès en cours sur les complices présumés de l'assassin de Beltrame. Et oui, il a voulu donner une dimension particulière, c'est qu'on a quelques lieux comme ça, comme les Invalides, le Panthéon, qui sont les lieux de l'hommage de la République au présent et à l'histoire.

2:12
Présentateur

On a cette une du Parisien avec des photos, des photos de ces victimes qui sont souriantes, qui sont saisies dans des moments heureux de leur existence, comme on le fait souvent dans des photos, des photos souvenirs. Ça renvoie à, aujourd'hui, un certain nombre de chromos que l'on connaît. on les a connus pour le 11 septembre 2001, on les a connus aussi pour le 13 novembre, Denis Péchansky.

2:44
Invité

Oui, c'est... Bon, en fait, je dirais qu'il y a deux origines. La première, bon, évidemment, on pense au 11 septembre. C'est la matrice du XXIe siècle, en quelque sorte, et on a vu toutes ces victimes du 11 septembre et qui sont encore, évidemment, honorées aujourd'hui dans le mémorial qui se trouve à New York. On a tous les noms qui sont marqués. Et cette deuxième remarque, justement, porte sur cette tradition de ne pas oublier en nommant. Si on nomme, on n'oublie pas. Et on retrouve partout cette tradition. Je pense au mémorial de la Shoah où on a le mur des noms.

3:34
Présentateur

Est-ce que c'est celui-ci qui l'a inauguré, justement, ce mur des noms, ces cérémonies, le jour du souvenir de la Shoah où on dit le nom des victimes ?

3:46
Invité

Il y a d'autres... Enfin, c'est une tradition très ancienne, mais en particulier dans l'histoire, la culture juive, oui. Bien sûr. Et ça, ça reste, encore une fois, comme un modèle, comme l'idée qu'il ne pas nommer, c'est les tuer une deuxième fois. Et ça, on le retrouve partout.

4:11
Présentateur

Lorsque l'on voit ces photos, on voit des destins singuliers, on voit aussi qu'il y a des rapprochements, ce rapprochement avec le 13 novembre. Alors, c'est un rapprochement complexe. Il a été fait par les autorités israéliennes dans un contexte où, bien entendu, il y a des discours, des discours de communication, des discours de politique, des discours qui s'insèrent dans un récit destiné, là aussi, à avoir, disons, une influence sur les opinions publiques. Qu'est-ce que vous en pensez, Denis Péchansky ? Moi,

4:48
Invité

comme chercheur, travaillant sur la mémoire du 13 novembre, étant évidemment, puisqu'on interview mille personnes à quatre reprises de 2016 à 2026, je les ai rencontrées, là, après le 7 octobre. Et je vois l'impact, et comme je travaille avec Francis Ostach, qui est neuropsychologue, sur la question du trouble de stress post-traumatique, je vois les réveils de troubles de stress post-traumatique, parce qu'effectivement, le parallèle, au-delà de campagnes, de tanniers à out, ou jugements qu'on peut avoir sur le personnage et sur son gouvernement, il est évident que ça a fait écho.

On se retrouve avec les mêmes assassins, les islamistes, les mêmes victimes, parce que les jeunes qui se trouvaient à faire la fête à côté de Gaza jusqu'à pas d'heure, ça fait penser, évidemment, aux Bataclan et aux terrasses. C'est des jeunes qui sont des pacifistes de gauche. Ça fait écho, aussi, évidemment, à ces jeunes. Et le modus operandi, c'est facteur 10 ou facteur 100, mais c'est le même type de modus operandi du côté des terroristes. Et ça, ça a eu un impact. C'est pas simplement « Ah oui, ça fait penser à...

» Mais un trouble de stress post-traumatique, pour mémoire, c'est un choc traumatique qui s'incruste plus d'un mois et qui est marqué par, en particulier, des images intrusives avec des ressassements de polarisation sur telle ou telle image d'horreur qu'on a vécue et qui revient et que vous ne pouvez pas empêcher de venir. Et puis, par l'évitement, c'est-à-dire, vous faites tout pour éviter que, justement, surgissent ces images. Alors, à l'époque, on ne va pas au restaurant et on ne va évidemment plus au concert. Et puis, on ne prend plus de transports en commun pendant très longtemps. Et là, j'ai vu et je vois encore qu'ils ne vont pas bien.

Et ils ne vont pas bien parce que ça fait écho, évidemment, à ce qu'ils ont vécu. Vous voulez dire

7:03
Présentateur

que c'est cette condition psychologique des survivants du 13 novembre qui légitime finalement le rapprochement de Nipé Chansky ?

7:12
Invité

Moi, je le vois, évidemment, très directement. Et puis, on peut parler du terrorisme et puis, singulièrement, du terrorisme islamiste puisqu'on est dans la même matrice idéologique et politique.

7:26
Présentateur

Mais alors, une partie de l'opinion publique française, certains discours, dire justement, vous l'avez dit d'ailleurs, faire la fête à côté de Gaza. On s'est demandé comment on fait la fête à côté de Gaza, autrement dit, un lieu qui est considéré comme étant un lieu clos, carcéral pratiquement. Et puis, l'autre dimension sur laquelle j'aimerais votre réaction, Denis Péchansky, c'est l'idée finalement que ces vies israéliennes, elles sont racontées aujourd'hui puisqu'on les voit par exemple en une du Parisien et on a dit voilà, les israéliens morts sont des individus, les palestiniens morts sont des statistiques.

8:09
Invité

Oui, enfin, jamais personne n'a dit que les palestiniens morts étaient des statistiques. Il y a une guerre qui est menée et une guerre qui est menée après un massacre que les juifs du monde n'ont pas connu depuis la deuxième guerre mondiale.

quant à comparer terrorisme et résistance l'historien de la deuxième guerre mondiale que je suis et qui a accompagné la panthéonisation de Missak Manouchian et de ses camarades résistants ils n'ont jamais massacré des civils ils n'ont jamais violé de femmes ils n'ont jamais éventré des gosses ils n'ont jamais considéré qu'en faisant tout ça et en plus à l'époque évidemment ils ne pouvaient pas le filmer mais c'est la même logique en le montrant on allait pouvoir gagner réussir l'acte qu'on mène et l'engagement qu'on a il n'y a aucune comparaison à avoir entre résistance et terrorisme mais les nazis

9:24
Présentateur

les collaborateurs à l'époque ont qualifié Manouchian et ceux de la fiche rouge de terroristes

9:30
Invité

et oui justement on doit peut-être s'interroger c'est que la seule la seule origine du mot terrorisme pour qualifier ces combattants et en l'occurrence là ces combattants étrangers engagés dans la résistance et dans la lutte armée à Paris c'était les c'était les allemands les nazis et c'était le régime de Vichy ça n'a jamais été posé dans ces termes là par les résistants ou par la population

9:56
Présentateur

l'argument qui consiste à dire finalement la question du terrorisme est une question relative on peut être considéré un jour comme un terroriste puis comme un libérateur un autre ça permet de tout justifier

10:09
Invité

et d'abord le terrorisme on voit bien qu'il y a des définitions quand même bien claires de ce qu'est la résistance et de ce qu'est le terrorisme après il peut y avoir dans l'histoire des terroristes qui étaient des résistants qui ont sombré à un moment donné dans le terrorisme à différentes périodes de l'histoire on a pu connaître ça et là en l'occurrence pour la France la deuxième guerre mondiale c'était pas du tout le cas et c'était toujours un échec c'était toujours une erreur morale et une erreur donc politique je vais prendre

10:47
Présentateur

un autre épisode de notre histoire Denis Péchansky l'Algérie le FLN par exemple là que diriez-vous il y a eu des attentats qui ont visé des civils il y a eu aussi des massacres

11:00
Invité

commis sur ces mêmes civils et des massacres entre algériens puisque le FLN a fait un peu le nettoyage de toutes les de toutes les structures qui voulaient aussi se combattre pour l'indépendance algérienne c'est un exemple des résistants c'est un exemple des deux ils résistent en fait ils se battent c'est un peu différent parce qu'ils se battent pour l'indépendance algérienne donc la question de l'occupation ne se pose pas du tout dans les mêmes termes quand on est en situation coloniale depuis un siècle plus d'un siècle et puis quand on se retrouve évidemment occupé par les troupes les troupes allemandes pour quelques années donc la situation évidemment différente pour définir ce combat mais ce combat anticolonial qui a pris des formes entre guillemets classiques du combat armé contre contre l'armée française a pris aussi une dimension terroriste donc là effectivement on a un exemple de mixte et c'est pas dans l'action terroriste et c'est pas par l'action terroriste que le FLN a gagné

12:15
Présentateur

Denis Péchansky historien directeur de recherche au CNRS on se retrouve dans une vingtaine de minutes on verra comment on construit une mémoire du terrorisme des différentes formes de terrorisme avec notamment ce projet donc de musée mémorial du terrorisme 7h56 sur France Culture 6h39 les matins de France Culture Guillaume Herner 8h21 nous sommes en compagnie de l'historien Denis Péchansky directeur de recherche au CNRS spécialiste de la mémoire de la seconde guerre mondiale et justement en évoquant à la fois l'arc républicain qu'en vient de le faire mon camarade Jean Lémarie et puis en regardant un calendrier hier autrement dit le 6 février 6 février 2024 c'était les 90 ans du 6 février 1934 il y a 90 ans des manifestations place de la Concorde s'achevaient par un bain de sang et traumatisaient la France cela est resté dans les mémoires comme une tentative de coup d'état de la part de l'extrême droite j'imaginais que cela ferait beaucoup de bruit hier cet anniversaire et puis il y a eu très peu de choses à l'exception d'un très bon article de Guillaume Perrault dans le Figaro très bon article contestable dont on peut discuter les thèses Guillaume Perrault disait en substance dans le Figaro qu'il fallait comprendre ce phénomène qu'il fallait sortir du manichéisme qu'on ne pouvait pas voir les émeutiers d'extrême droite comme les émules de Mussolini et d'Hitler et je me demandais ce que vous historien Denis Péchanski en pensait comment envisager ce qui s'était passé le 6 février 1934

14:05
Invité

alors moi j'en pense deux choses la première c'est que c'est très facile après coup de dire que évidemment la république n'était pas en danger que l'attaque contre qui était engagée contre le palais Bourbon n'avait aucune conséquence que la combinaison entre l'affaire Stavisky dont il faut rappeler oui donc on avait bon là un truand qui tout simplement avait organisé une escroquerie à haut niveau et à haut niveau ça voulait dire qu'il mouillait toute une série de personnalités en particulier des élus du parti radical socialiste qui étaient au pouvoir donc ça il y avait une crise politique sur fond de crise économique sur fond d'antisémitisme sur fond d'antisémitisme Stavisky était juif Stavisky était juif donc évidemment et l'action française Maurras était en première ligne avec Tétinger et ses jeunesses patriotes ils étaient en première ligne pour dénoncer le juif qui était derrière cette affaire et comme Stavisky s'est suicidé dans la foulée on a tout de suite le complotisme n'est pas d'aujourd'hui développé la thèse qu'on l'avait suicidé et qu'on l'avait suicidé pour cacher la réalité de de la crise profonde qui minait en fait qui minait la France et je dis pas la République parce que justement l'action française disait que la seule solution c'était de revenir à la monarchie sur des bases autoritaires et d'extrême droite donc ça c'est la première dimension c'est que il aurait pu se passer autre chose et j'aurais pu l'expliquer très bien bon mais en même temps on a évidemment parce que c'est construit dans la foulée une grande contre-offensive antifasciste des premières manifestations des manifestations qui avant même l'accord entre la SFIO et le Parti Communiste se sont ont marqué un rapprochement à la base et qu'ensuite il y a eu un tournant politique d'abord par Staline et évidemment par le Parti Communiste français en relais et qu'on va déboucher sur le Front Populaire donc on a là une histoire qui se construit tout à fait logiquement et qui va exacerber ce qui ce qui s'est passé donc il y a il y a un mélange des deux et on continue à progresser la thèse qui était qui est présentée dans cet article du Figaro reprend pour beaucoup un ouvrage important qui vient de sortir qui est de Olivier Dard et de Philippe et qui vraiment fait vraiment le point sur le sujet en même temps qui insiste beaucoup pour minorer ce qui s'est passé alors que tout de même on avait des ligues qui étaient là pour en découdre et pour renverser la gueuse la république Jean Lémarie c'est à dire que très vite l'interprétation politique de l'événement dépasse l'événement lui-même en 1934 c'est toujours la même chose en histoire c'est que la représentation de l'événement prend statut d'événement il y a l'événement tel qu'il s'est déroulé et puis il y a l'analyse qu'on en fait qui va prendre statut d'événement parce qu'il va agir sur le réel on a ça à chaque moment on doit toujours s'interroger dans la suite de mon ami et regretté Pierre Laborie l'historien sur les fonctionnements de l'opinion et comment encore une fois ce qui compte dans la situation c'est moins l'événement lui-même que sa représentation soit dans les élites politiques soit dans la société c'est ça qui agit sur le réel mais justement

18:13
Présentateur

à cet égard Denis Péchansky il y a un télescopage une concordance des temps dirait notre camarade Jean-Noël Jeannet tout simplement parce que ce 6 février 34 où on essaye d'en venir à la fin de la démocratie disent les uns ça arrive sur fond de crise sociale sur fond des prix de crise économique importante cela renvoie à d'autres tentatives on pense aussi au 6 janvier 2021 au Capitole aux Etats-Unis bref est-ce ainsi que les démocraties finissent est-ce que c'est légitime de considérer que les temps que nous sommes en train de vivre sont des temps qui peuvent rappeler ce qui s'est passé le 6 février 1934

18:59
Invité

alors inversement de toujours chercher dans le présent une sorte de réplique d'un passé moi je me méfie comme historien de ce type de parallèle en revanche l'histoire est là pour nous instruire dans la compréhension du présent et pour ceux qui sont engagés dans leur engagement

19:23
Présentateur

même mais alors justement qu'est-ce que nous enseigne le 6 février 1934 à cet égard comment est donc les ligues comment la frange la plus extrême de légitiers politiques d'alors a réussi à tirer profit des errements

19:41
Invité

des politiciens et parce que vous avez une combinatoire entre une histoire longue de l'extrême droite française qui sous des formes diverses retrouve les mêmes logiques d'exclusion et de remise en cause de la république et de ses fondements jusqu'à toujours chercher le responsable ou les responsables à une crise bon et là une combinatoire entre cette histoire longue et et une crise multiforme morale d'abord économique c'est la crise de 1929 qui arrive en France en 1931 et donc avec chômage qui touche tout le monde ce qui fait que l'écoute est beaucoup plus facile au discours qui dénonce les élites responsables de cette crise et puis

20:37
Présentateur

toujours dans cette revue de presse que l'on peut faire qui fait écho à ce que l'on a aujourd'hui en matière d'événements présents cet hommage qui va être rendu aux invalides par le président de la république aux victimes juives des attaques du 7 octobre je me dis qu'évidemment on ne peut pas mettre de côté la mémoire française de l'antisémitisme et par exemple cette série d'articles dans le journal Le Monde sur les pratiques ailées du conseil d'état vis-à-vis des juifs sous le régime de Vichy c'est sous la plume de Franck Johannes Le Monde explique comment les juifs ont été exclus de toute la fonction publique et comment le conseil d'état qui est donc normalement le garant de la loi a été une institution impitoyable plus impitoyable encore que le commissariat général aux questions juives Denis Péchansky

21:35
Invité

je n'irai pas jusque là ça c'est une forme de caricature en revanche ça a eu des conséquences peut-être plus importantes parce qu'on touche du doigt la responsabilité du régime de Vichy et de l'état français qui fournit une autorité française d'une certaine façon à ses fonctionnaires à ses para-fonctionnaires et puis à les hautes structures dépendantes et d'autant plus quand ces structures en rajoutent et c'est le cas du conseil d'état dans la mise en oeuvre par exemple du statut des juifs qui interdit aux juifs à l'initiative française aucune pression allemande qui interdit aux juifs la fonction publique et toute une série de professions et puis qui ensuite organise entre guillemets la réanisation c'est à dire la spoliation de ces juifs tout ça ça s'accompagne évidemment de mise au point juridique et depuis la thèse déjà ancienne plusieurs décennies absolument remarquable de Jean Marcou sur le conseil d'état 1990 voilà on sait quand même vous savez oui mais bon ben c'est bien que le monde en parle ce que j'aimerais bien c'est qu'on arrête de dire ah oui révélation sur un sujet en revanche actualisation du sujet j'aime bien

23:02
Présentateur

je vous trouve un peu dur Denis Péchansky parce que ce sont des questions complexes il est normal qu'il y ait un décalage entre le temps de la recherche le vôtre et le temps de la médiatisation pour montrer qu'un certain nombre de rempart puisque là aussi ça fait écho à ce que nous vivons le conseil constitutionnel les conseils constitutionnels sont toujours attaqués ils le sont en France mon camarade Jean Lémarie l'a dit ils le sont en Israël Netanyahou n'a eu de cesse de s'en prendre au conseil constitutionnel et c'est important de rappeler que ce que l'on considère comme étant des gardiens de la démocratie peuvent se livrer

23:36
Invité

aux plus viles besognes et à l'inverse remarquez comment ces gardiens de la constitution et de la démocratie peuvent être des garde-fous majeurs face à des offensives comme celle qui était celle de et qui continue à être celle de Netanyahou il a perdu tout simplement face à la cour suprême donc on a cette cette ambiguïté cette ambivalence et c'est vrai que alors bon c'est caricaturé mais je veux simplement pointer que c'était une question qui était déjà bien connue qu'à chaque fois on va trouver de nouveaux documents et ça c'est le principe de la recherche historique sur Manouchian on a trouvé des nouveaux documents mais en masse là dans la panthéonisation on a pu reconstituer comme ça le puzzle de sa vie et de l'engagement de ses camarades comme Rayman comme tant d'autres il faut dire quelques mots

24:32
Présentateur

sur Rayman et sur Lamoï auquel vous avez consacré un livre Denis Péchansky

24:36
Invité

j'ai consacré quelques livres donc le dernier c'est textuel un livre où pour accompagner la panthéonisation avec mes mes complices et collègues Claire Mouradion et Estrig à Tamiens bon on a on a consacré un livre donc à à celui qui va rentrer au panthéon avec ses camarades de résistance c'est-à-dire Amissac Manouchian qui est d'abord un orphelin du génocide et moi ce qui m'intéresse Arménien Arménien pardon je veux vous faire dire les choses pour que les jeunes

25:13
Présentateur

écoutent et pour que vous nous disiez ce qu'est la moille

25:16
Invité

la main d'oeuvre c'est fondamental là l'hommage qui va être rendu le 21 février c'est un hommage bien sûr à Manouchian comme un symbole parce que d'abord de par son engagement mais aussi parce que lui le poète a rencontré deux autres poètes après sa mort et il a été sublimé par Aragon et Léo Ferré ce qui fait que Manouchian est rentré dans la mémoire collective dans les années 50 et va rentrer au panthéon en 2024 c'est le premier résistant étranger voilà ce sont les résistants étrangers c'est ça que je voulais vous faire dire ah mais il faut

25:57
Présentateur

vous donner le texte Guillaume je voulais vous le faire dire pour qu'on entende aussi que parmi les résistants français parmi ceux qu'on a honoré qu'on a fait rentrer au panthéon on a fait rentrer bien sûr Jean Moulin et il a toute sa place mais aujourd'hui ceux qu'on va faire rentrer avec disons un certain temps de retard ce sont ces résistants étrangers qui eux aussi ont péri certains étaient juifs on pourrait dire qu'ils n'avaient pas le choix d'autres étaient arméniens ils avaient le choix

26:29
Invité

tous avaient le choix parce qu'ils pouvaient aussi ne pas prendre les armes ils pouvaient essayer de se sauver c'était déjà une forme de résistance pour les juifs bon c'était évidemment eux étaient menacés mais ce qui m'intéresse dans ce groupe d'étrangers qui va mener la lutte armée à Paris parce que c'est ceux-là qui sont onérés on avait les deux composantes dans la main d'oeuvre immigrée la MOI une structure qui a été mise en place par le parti communiste dans la suite de la première guerre mondiale où la France était saignée donc le parti communiste va d'abord c'est des millions de personnes qui vont arriver pour reconstruire la France des millions d'étrangers dont Manouchian en 24 bon et là il s'agit à la fois de se protéger évidemment de la concurrence potentielle salariale et en même temps de de se renforcer dans un parti qui est un parti internationaliste et la force du PC à ce moment-là en années 20 années 30 c'est d'offrir un vecteur d'intégration dans la société française tout en tout en laissant par des groupes de langues de une structuration propre à chacune de ces nationalités entre guillemets mais avec une convergence identitaire qui est au coeur de la définition même de l'engagement de ces combattants c'est-à-dire que Manouchian lui il est arménien évidemment marqué par le génocide des arméniens il a perdu son père les armes à la main ce qui va évidemment peut expliquer aussi son engagement après les armes à la main à lui son fils il perd sa mère d'épuisement et de privation il va se retrouver dans un orphelinat il va baigner parce que c'est un orphelinat sous mandat français après l'écroulement de l'empire ottoman qui suit la première guerre mondiale il va se retrouver dans un bain en quelque sorte à la fois arménien et français et il va s'imprégner des grands auteurs français de la littérature française et comme tous les autres étrangers qui vont se retrouver dans les FTP et Moï les juifs d'Europe centrale et orientale et les italiens qui étaient les deux composantes principales de ces combattants étrangers qui mènent la lutte armée à Paris mais aussi les arméniens mais aussi des espagnols bon ils se retrouvent ensemble ça ne pose strictement aucun problème et ils ont une pluralité d'identités avec par exemple pour les juifs bien entendu la singularité d'être confrontés là à un danger de mort immédiat aussi comme juifs avec la mise en oeuvre de la solution finale et une combinaison entre Vichy et l'occupant parce que le juif est considéré comme à l'origine de l'effondrement français au même titre que l'étranger et le communiste donc là on est dans une thématique qui les menace très directement et ils se retrouvent ensemble dans ces groupements mais ça ne pose aucun problème parce qu'ils ont aussi ils partagent aussi un amour de la France alors c'est pas l'amour de la France de Vichy c'est l'amour de la France de la révolution française des droits de l'homme évidemment du siècle des lumières et c'est ce que va porter Manouchian lui-même donc j'ai découvert il y a un an qu'il avait demandé deux fois la nationalité française en 33 et en 40 donc et quand vous lisez toujours à un moment de très grande émotion vous lisez les lettres les dernières lettres de fusillés et bien toutes je pense à Célestino Alfonso je pense à évidemment à Reimann ou à Golbert et autres on a vive la France ou bien une référence d'amour à la France là il y a quelque chose qui est intéressant parce que c'est le socle partagé le socle des valeurs qui va leur permettre aussi de combiner leur identité on est dans une convergence identitaire et non pas dans l'assignation à résidence dans des petites cases communautaristes Denis Péchansky

30:50
Présentateur

il se passe quelque chose de très étrange le 27 janvier on commémorait la libération des camps c'est devenu là aussi une date importante dans le calendrier de la mémoire et de plus en plus la Shoah est devenue un symbole un symbole absolu un symbole parfois instrumentalisé il a été par exemple dans le cas de l'invasion russe en Ukraine où on a assimilé les ukrainiens aux nazis il est aussi devenu un symbole que certains tentent de retourner contre des juifs ou contre les israéliens puisque on assimile certains assimilent les israéliens à des nazis qu'est-ce que ça vous inspire là aussi le fait d'avoir travaillé comme historien d'avoir oeuvré pour la mémoire de voir cette mémoire finalement aujourd'hui à la fois présente et à la fois extrêmement instrumentalisée ou manipulée

31:48
Invité

ça me conforte dans l'idée que à côté de l'histoire des faits et puis des analyses très approfondies qu'on peut mener sur par exemple la Shoah ou ou bien le sort des juifs dans l'entre-deux-guerres ou bien d'autres sujets la mémoire est objet d'histoire est un objet fondamental la façon dont la mémoire d'un événement et rentre aussi dans la construction d'un événement historique pour prendre un tout autre exemple en janvier 2015 on a la plus grande manifestation de tous les temps qui se déroule à Paris et dans toute la France le 11 janvier 2015 après les attentats Charlie Hebdo hyper cachère la mort de la la jeune policière de Montrouge la plus grande manifestation de tous les temps et les gens qui se mobilisent dans la rue ils se mobilisent au nom des valeurs héritées de la révolution française et ils disent nous sommes là comme solidaires des juifs moins que évidemment de Charlie Hebdo des journalistes surtout Charlie Hebdo bien entendu secondairement des juifs et des policiers beaucoup se sont dit que s'il n'y avait eu que les attentats de l'hyper cachère on va pas refaire l'histoire ce qui est sûr c'est qu'on se mobilise là au nom des valeurs héritées de la révolution française ça veut dire que non seulement la mémoire évolue avec le temps voilà c'est intéressant de repérer les régimes mémoriels successifs mais en plus la mémoire intervient dans le présent est mobilisée elle est sollicitée pour agir on va retrouver la même chose sur le 13 novembre 2015 sauf que le 13 novembre 2015 oui ce sont les mêmes valeurs qui sont mobilisées mais là on est tous concernés c'est pas simplement pour défendre les autres c'est parce que le 13 novembre soit on a des gosses qui sont de l'âge de ceux qui sont morts mais soit on est de l'âge de ceux qui sont morts donc on voit bien que toute la société est visée mais on va chercher dans la mémoire de quoi se mobiliser pour réagir face face à l'attentat islamiste

34:24
Présentateur

ce qui se passe n'entame pas votre détermination conclusion Denis Péchansky le fait de voir cette mémoire alors amnésie oubli instrumentalisation tout cela

34:37
Invité

je ne vais pas vous dire ça alors que je suis dans le comité de soutien à la panthéonisation de Manouchian présidée par Jean-Pierre Sacoune et l'unité laïque et qu'on a eu un relais et que Manouchian premier résistant étranger premier résistant communiste va rentrer au panthéon que les 23 de la fiche rouge vont être honorés officiellement parce que leur nom va être inscrit en lettres d'or à côté du caveau numéro 13 parce que le président de la république a annoncé quelque chose dont on parle malheureusement peu c'est à dire la reconnaissance de tous les résistants étrangers de tous les otages étrangers qui ont été fusillés par les allemands parce que quand on a découvert ça a été un des clics terrible d'abord moi qui connait normalement un peu le sujet mais pas celui-là et quand on a la même chose évidemment quand ça remonte à l'Elysée ça fait plus de bruit que moi quand on tombe de l'armoire et quand on découvre comment valait rien sur les 185 étrangers qui ont été exécutés sur 1000 ce qui est une bonne proportion il y avait beaucoup beaucoup moins d'étrangers en proportion en France près de 20% sur les 185 il y en avait 92 qui n'étaient pas encore dits morts pour la France et ça c'est une vraie révolution mémorielle

36:06
Présentateur

merci beaucoup Denis Péchanski de nous avoir accompagné je rappelle que vous êtes historien et directeur de recherche au CNRS qui n'étaient pas encore

36:17
Locuteur

d'éteintes d'éteintes d'éteintes d'éteintes d'éteintes d'éteintes