"Des promesses n'ont pas été tenues": l'interview en intégralité d'Arnaud Rousseau (FNSEA)
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Arnaud Rousseau.
Bonjour Pauline Le Maillard.
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole dans ce moment de gouvernement introuvable. Vous nous direz ce que vous demandez éventuellement ou en tout cas sur quoi vous alertez le Premier ministre. Mais il y a un an, quasiment jour pour jour, c'était les prémices de la crise agricole. Une colère qui a fini par paralyser tout le pays. Et ce matin, Arnaud Rousseau, est-ce que vous pouvez nous dire dans quel état d'esprit sont les agriculteurs ?
Écoutez, ils sont avec le constat que depuis un an, et vous savez, les panneaux retournés dans nos villages, on marche sur la tête. Le changement de logiciel qu'on avait demandé n'est pas au rendez-vous. D'abord parce qu'un certain nombre de promesses qui ont été faites depuis le mois de janvier, les manifestations, la volonté de porter cette souveraineté alimentaire européenne, on n'a pas eu les réponses attendues. Par ailleurs, l'été a été extrêmement difficile sur le plan des productions. Plus faible récolte de blé depuis 40 ans. Les vendanges qui ont lieu en ce moment sont mauvaises, près de 20% en diminution.
Le secteur de l'élevage fait face à des crises sanitaires sans précédent, que ce soit la fièvre cataralovine, que ce soit la maladie hémorragique épisodique, le retour de la grippe aviaire, et vous ajoutez à cela une forme d'inconnu quant à la situation politique confuse qu'on connaît maintenant depuis quelques mois en France. Ce cocktail, il est explosif, Apolline de Malher, parce que les agriculteurs ont l'impression qu'on n'a pas entendu ce qu'ils avaient à dire et que leur colère n'a pas eu de réponse.
Quand vous dites cocktail explosif, ce qu'il faut comprendre, c'est que même cause, même effet, cette colère pourrait à nouveau se traduire par un mouvement d'agriculteurs qui paralyse le pays, qui traverse la France sur leur tracteur et viennent bloquer Paris ?
Oui, vous savez, les mêmes causes produisent les mêmes effets, avec un effet des multiplicateurs, c'est le sentiment d'avoir été floué. Nous l'avions dit, ce qu'on voulait, c'était des réponses concrètes et que la parole donnée se transforme en acte concret. Le sentiment, c'est qu'on nous a fait beaucoup de promesses et que depuis le 9 juin et la dissolution de l'Assemblée nationale, finalement, une grande partie de ces promesses ne sont pas tenues. Je vous donne quelques exemples. On nous avait dit à l'été, vous n'aurez plus qu'un contrôle administratif unique. Vous savez, en agriculture, c'est 35 à 40 contrôles administratifs différents.
On se souvient des fiches, de tous ces formulaires que vous êtes obligés de remplir, des 32 justifications pour tailler une haie. Ça s'est quand même amélioré ?
Non, il y a quelques mesures qui ont été mises en place, notamment une concernant le gasoil non routier, avec la possibilité d'obtenir directement, quand vous achetez un litre, la remise et puis d'éviter d'avoir des papiers. Donc il y a quelques sujets qui ont avancé, notamment aussi quelques décrets. Mais vous savez, le fondement, la loi, cette loi d'orientation agricole dont on nous parle depuis maintenant près de deux ans, qui a été suspendue après une première lecture à l'Assemblée nationale, nous l'attendons toujours. Nous avions dit qu'elle n'était pas complète, notamment sur les mesures fiscales.
On attend que le projet de loi de finances, dont on voit bien qu'il prend du retard, et ça nous inquiète aussi, il va être un gros sujet. Pour nous, ce qu'il faut, c'est des réponses concrètes. Et quand vous n'avez pas de réponse sur le plan structurel ou pas suffisamment de réponse, quand vous n'avez pas, sur le plan conjoncturel, de vision, et je vous ai expliqué ce qu'était la situation de l'été, et qu'en plus, vous n'avez pas de ministre depuis près de deux mois ou un ministre démissionnaire qui expédie les affaires courantes, évidemment, c'est source de grande inquiétude.
Sur cette question en particulier, qui est une de celles qui rendait le quotidien des agriculteurs impossible, la part d'administratifs, la part de justifications, la part de normes, est-ce que malgré tout, les promesses ont été suivies de faits ? Est-ce qu'il y a des transformations concrètes ?
Non, Apolline de Malherbe, les transformations ne sont pas concrètes. Les agriculteurs n'ont pas le sentiment, mais vous les interrogez tous les jours avec vos reportages, n'ont pas le sentiment que les choses ont changé. Là aussi, quelques exemples. Sur le paiement des aides dues aux agriculteurs, le Premier ministre s'était engagé à ce que le 15 mars, tout soit payé. Eh bien, vous voyez, j'ai fait le point hier dans le département de Vendée. Au moment où je vous parle, il y a encore 150 dossiers qui ne sont pas payés. Ça veut dire 150 agriculteurs qui n'ont pas eu tout ou partie des promesses qui lui avaient été faites. 15 mars, on est le 15 septembre.
Vous voyez, là, encore une fois, on n'a pas le sentiment que ça avance. La machine administrative n'a pas été rénovée et le rendez-vous qui avait été pris n'est pas là. Et donc, les agriculteurs continuent à avoir le sentiment que finalement, ce qu'ils avaient fait dans la dignité, je voudrais le rappeler quand même, avec une forme de maîtrise, la mise au travail et les engagements pris se traduisent par des non-réponsés. Vous savez, quand vous êtes quelqu'un de responsable, que vous posez les problèmes et qu'on vous fait des engagements et qu'à la fin, vous avez le sentiment d'être floué, ça crée beaucoup de frustration et de la colère.
Vous dites, on l'entend, que finalement, la colère est la même, mais qu'elle est doublée d'un sentiment d'avoir été pris pour des jambons.
Oui, c'est exactement ça. Il y a le sentiment, clairement, d'avoir été floué, pris pour des jambons, si vous voulez. Même certains sont plus imagés. Voilà.
Ça finit pareil.
Ça finit avec beaucoup de frustration et le sentiment que finalement, dans ce pays, si on n'utilise pas la violence et une forme de démagogie, on n'est pas entendus. Nous, on a toujours été un syndicat responsable. On l'est tellement que, voyant cette espèce de chienlit dans laquelle nous sommes enfoncés, on a produit à la rentrée un texte de loi en disant finalement...
Il est prêt, c'est-à-dire que...
Il est prêt, il est prêt, il est à la disposition des parlementaires. Écoutez, les parlementaires font leur travail, c'est eux qui votent la loi, donc c'est jamais clé en main. Mais c'est pour montrer que le corps intermédiaire que nous sommes est responsable et que dans ce moment de grands troubles et de fortes colères, comme je vous l'ai indiqué, nous, on est une force de proposition et on a dit tout ce qu'on voulait, à la fois sur ce qui avait été fait et à la fois sur ce qu'on voulait.
Alors Arnaud Rousseau, il y a effectivement un gouvernement introuvable, en quelque sorte, mais à la tête de ce futur gouvernement, il y a Michel Barnier, qui lui-même a été ministre de l'Agriculture. Est-ce que pour vous, ce n'est pas au minimum un bon signal ?
Alors Michel Barnier a deux qualités, c'est qu'il a été ministre de l'Agriculture entre 2007 et 2009 et qu'il connaît bien les arcanes européennes qui sont un sujet central pour l'agriculture. Et donc, de ce point de vue-là, son CV plaide pour lui. Mais comme je l'ai indiqué déjà, ce qui compte, ce n'est pas ce que Michel Barnier a fait dans le passé, ce qui compte, c'est ce que Michel Barnier, Premier ministre de la France, va faire dans le mois qui vient. Est-ce qu'il vous a appelé ? J'ai eu un rapide échange par message avec lui pour lui dire, un, que je souhaitais le voir urgemment, ce à quoi il m'a répondu qu'il mettait son gouvernement en place et qu'évidemment, il nous recevrait.
Mais je le redis, le sujet, c'est que dans le mois qui vient, face à quelque chose qui est connu, et que Michel Barnier connaît, nous ayons encore une fois les réponses. Ce qui compte, c'est le caractère concret de ce qui va se passer.
Qu'est-ce qu'il y a dans le projet de loi que vous proposez ? On rappelle effectivement que la dissolution avait mis fin à la loi agricole que vous espériez, qui a donc été évidemment remisée. Dans ce que vous vous demandez, quelles sont les mesures concrètes que vous demandez immédiatement au gouvernement ?
Il y a des mesures autour du sens du métier et de la lignée, les retraites agricoles dont on parle depuis des lustres et qu'on ne voit toujours pas aboutir, l'agriculture reconnue comme un intérêt général majeur. Il y a des mesures autour du revenu et de la compétitivité. Qu'est-ce qui fait par exemple qu'on peut, les années difficiles comme on est cette année, pouvoir réintégrer une partie de l'argent qu'on aurait mis de côté pour pouvoir lisser les à-coups de production parce que nous, nos fermes, sont des entreprises à ciel ouvert qui dépendent de la météo. Et on sait ce qu'il en est en ce moment. On veut aussi des mesures sur la simplification administrative.
Quand vous déposez une autorisation pour agrandir par exemple votre élevage de volaille, aujourd'hui c'est minimum deux ans, c'est moins d'un an en Allemagne, c'est encore plus court en Belgique. Est-ce qu'à un moment, on peut faciliter la vie des entrepreneurs ? Vous savez, nous ce qu'on veut, et je crois qu'on est fiers de ça, c'est continuer à nourrir les Français avec une alimentation de qualité. Or pour le faire, aujourd'hui on a besoin de faciliter. Nous ce qu'on porte, c'est le goût d'entreprendre en agriculture.
Vous avez mentionné cette pire récolte depuis 40 ans pour ce qui est du blé, des vendanges qui sont aussi extrêmement décevantes pour les vignerons. Est-ce que là-dessus, les agriculteurs vont être accompagnés ?
Écoutez, c'est trop tôt pour le dire. On avait demandé aux ministres notamment qu'il puisse y avoir un certain nombre de choses faites à Bruxelles, sur des fonds de crise. Je n'oublie pas la fièvre cataralovine, vous savez. Aujourd'hui, pour un éleveur, chaque matin, rentrer dans sa bergerie et voir des animaux étalés, c'est une catastrophe. Et ce n'est pas maîtrisé. Soit parce qu'on n'a pas suffisamment de vaccins.
C'est la fois que ce n'est pas maîtrisé.
Vous savez, quand vous avez une épisodique de cette nature, il nous faut des vaccins. Il nous faut des vaccins pour traiter le troupeau, que ce soit la fièvre cataralovine de céréotype 3 au nord de la France, de céréotype 8 avec un variant, la maladie épisodique hémorragique qui touche les bovins, le retour de la grippe aviaire. Pour ces sujets-là, il nous faut rapidement des vaccins. Vous savez, on a déjà perdu au moment où je vous parle, Apolline de Malherbe, 10% du troupeau au vin, c'est-à-dire des brebis français. C'est énorme. Et quand vous n'avez pas les brebis, vous n'avez pas les agneaux. Mais qu'est-ce qui bloque ?
Ce qui bloque aujourd'hui, c'est l'anticipation, c'est la capacité rapidement à collecter des vaccins. Je me réjouis que le ministre des missionnaires, M. Fénault, ait dit que l'État allait commander massivement des vaccins. Il faut aller plus vite. Et puis surtout, il faudra indemniser rapidement. Parce qu'encore une fois, quand vous avez perdu vos animaux, comment vous construisez le nouveau cycle d'exploitation ? Quand vous avez fait une récolte de blé de moins 40% ou que vos vendanges font moins 20%, il faut construire le cycle d'exploitation. Donc là, on a besoin de réponses rapides. Ça, c'est le côté très conjoncturel.
Mais sur le structurel, je le redis, on a aussi besoin d'une vision. Cette vision, c'est comment on défend notre souveraineté alimentaire française, comment on continue à produire en France et comment on évite de continuer à importer une alimentation qui ne reprend pas à l'extérieur.
Est-ce qu'il y aura des conséquences sur les prix pour les consommateurs ? On parle évidemment là des ovins et on parle du blé et on parle du vin. Est-ce que tout cela aura des conséquences sur aussi les prix ?
Non, pas à ce stade. Et tant mieux pour le pouvoir d'achat des Français. En blé, même si on est récolte de moins 40%, vous savez, on en exporte près de la moitié. Donc que vos auditeurs ne s'inquiètent pas, si leur boulanger augmente le prix de la baguette, ce ne sera pas à cause du prix du blé qui, par ailleurs, lui, baisse. Idem sur les marchés mondiaux.
Parce qu'effectivement, on se souvient d'en avoir beaucoup parlé avec vous au moment précisément du moment aigu de la crise agricole. Le prix du blé, le cours du prix du blé, il est décidé au niveau mondial.
Absolument. Ce sera pareil aujourd'hui. Le prix de l'agneau ne va pas augmenter. Il est à un prix rémunérateur. Pour peu, vous ayez des animaux à vendre. Voilà. Donc le sujet du pouvoir d'achat, puisqu'on en parle pour nous, c'est de continuer à construire ce fameux prix en marche avant, respecter la matière première agricole. C'est tout le sens des négociations que nous avons avec les industriels et avec la distribution pour faire en sorte que...
C'est quoi le prix en marche avant ? C'est-à-dire qu'il y avait l'expression prix plancher qui finalement n'a pas vraiment été retenue. Vous aviez peur que ça devienne un prix plafond. On en est où ?
Alors, nous, ce qu'on veut, c'est ni des prix plancher ni des prix administrés. Parce que, comme vous l'indiquez, le prix plancher devient le prix plafond. Mais on ne peut pas non plus avoir une économie dérégulée. On a besoin de construire en marche avant, à partir des indicateurs de coûts de production interprofessionnels, notamment dans les productions d'élevage, celles qui ont bénéficié des lois EGALIM, vous vous souvenez, que le coût de la matière première agricole soit respecté. Parce qu'un agriculteur qui vend son kilo de viande, de bœuf, ou son litre de lait en dessous de son coût de revient, il n'y a un moment, il ne tient pas.
Et ensuite, que les industriels fassent leur négociation avec la grande distribution, de sorte qu'on puisse continuer à fournir une alimentation abordable pour les Français, sans finalement appuyer sur la tête du maillon de la production.
Et vous parlez à l'instant de cette question des trois maillons. Quand on va faire ses courses pour acheter de quoi manger, il y a eu en réalité trois intermédiaires, en quelque sorte, ou disons un producteur, deux intermédiaires. Il y a le producteur, c'est-à-dire vous les agriculteurs, il y a le transformateur, celui qu'on appelle l'industriel, et il y a le distributeur, la plupart du temps la grande surface. Les fameuses négociations commerciales, on se souvient, en réalité, elles ne sont qu'entre les deux derniers, c'est-à-dire l'industriel et la distribution. Vous demandez aussi à pouvoir vous asseoir à la table des négociations, au moins pour certaines d'entre elles.
Est-ce que là-dessus vous êtes entendu ?
Eh bien écoutez, c'est effectivement ce qu'on veut. Alors je précise bien pour les productions qui sont aujourd'hui sous le cadre de la loi EGalim, parce qu'il y a un certain nombre de produits, vous parlions du blé par exemple, ou du colza, qui sont des marchés mondiaux, qui sont des marchés différents, mais en tous les cas, protéger la matière première école dans la construction, c'est important. Et oui, je vous le confirme à Pauline de Manerbe, on veut être à la table des négociations. Nous avons des organisations...
Mais est-ce que vous entendez là-dessus ? J'ai l'impression que ça fait un an que vous en parlez.
Écoutez, là, on s'est mis autour de la table. Souvenez-vous, il y a un an, on voulait avancer les négociations entre... Vous l'avez obtenu d'ailleurs. Et nous, on ne l'avait pas demandé, c'était industriel, distributeur, d'avancer de 15 jours. Bon, le sujet pour nous...
Ce n'est pas ça qui a bouleversé le monde.
Absolument. Le sujet pour nous, c'est que la date, qui est une date de clôture des négociations entre industriel et distributeur, fin février, mais qu'avant que cette distribution, cette négociation s'ouvre, et elle continuera à le faire, il puisse y avoir entre les organisations de producteurs, dans les productions sous égale, mais essentiellement dans l'élevage, une négociation entre l'organisation de producteurs et l'industriel.
Et puis j'ajoute que ça, c'est la grande distribution, mais on a besoin de le faire aussi pour les marques de distributeurs, et on a besoin de le faire pour tout ce qui est en dehors de la grande distribution, qui représente à peu près 45% des volumes alimentaires, tout ce qui est chez les grossistes. Qu'est-ce qu'on veut derrière ça ? On veut garantir qu'on pourra continuer à produire en France. Et on pense qu'on est capable de le faire de manière intelligente, avec tous les maillons, de sorte que les consommateurs, parce que c'est eux qui restent les décideurs, puissent avoir accès à une alimentation française de qualité, à des prix qui sont supportables pour leur portefeuille.
Vous parlez à l'instant de la question des producteurs et aussi des marques, des distributeurs. Ce matin, l'association L214, et on l'a révélé sur RMC, a révéler ce qui a ensuite entraîné l'ouverture d'une enquête par le parquet de Saint-Brieuc pour maltraitance animale visant un élevage porcin dans les côtes d'Armor. L214 explique d'ailleurs que cet abattage fournit le jambon Leclerc, Leclerc, qui a immédiatement mis fin à sa collaboration hier, donc avec cet abattoir.
Est-ce que ça veut dire que quand on commence à mettre vraiment le nez dedans, comme le fait L214, il y a encore un certain nombre d'élevages, là en l'occurrence c'est un élevage porcin, qui ne respecte pas les règles contre la maltraitance animale ?
Bon d'abord, on connaît bien cette association qui emploie les moyens qui sont évidemment illégaux. Par ailleurs, je ne connais pas cette affaire précise puisque vous l'avez révélée il y a quelques minutes. Donc on va regarder. Il est arrivé qu'il puisse y avoir des images qui puissent être choquantes pour ceux qui les regardent, mais qui ne correspondent ni plus ni moins qu'à ce qu'est la réalité d'un élevage qui parfois... Non, en l'occurrence, je vous ai regardé les images ce matin. Bon, vous ne les avez pas vues, je ne vais pas vous faire ce procès-là. Ce que je veux vous dire, c'est qu'on ne cautionne pas.
Ce sont des mers, des truies qui sont enchaînées et encagées plus précisément et dont les petits, finalement, n'arrivent même pas à se dégager de leur poids et meurent sous elle.
Mais, Apolline de Malherbe, on ne cautionne pas la maltraitance animale. La quasi-totalité des éleveurs sont des gens qui sont extrêmement respectueux de leurs animaux. Il peut y avoir quelques exceptions. Encore une fois, je ne commande pas ce cas que je ne connais pas. Et s'il peut y avoir des abus, nous les dénonçons. Donc, c'est très clair, il n'y a pas de malentendu sur le sujet, mais je voudrais rappeler ici que la volonté d'L214, c'est plus d'élevage en France. Et nous, on continue à affirmer que d'avoir un élevage, encore une fois, parmi les plus respectueux de ce qui se fait sur l'ensemble de la planète, ça a du sens pour le consommateur français. Voilà.
Le consommateur français lui-même le demande, au fond.
Bien entendu, mais je l'invite, le consommateur, à regarder comment les animaux sont produits dans des feedlots au Brésil ou en Argentine. Et il verra que le bien-être animal, qui est un sujet central, est respecté en France. Et je le redis, l'immense, pour ne pas dire la quasi-totalité, des éleveurs sont extrêmement précautionneux de leurs animaux et sont les premiers malheureux quand il y a des sujets de cette nature. Maintenant, s'il y a quelques cas de dérive, il faut les traiter. Mais je ne connais pas ce cas, donc je ne porte pas de jugement pérentoir.
On avait beaucoup parlé, Arnaud Rousseau, au moment de la crise agricole, de la question d'une forme de concurrence jugée déloyale avec le poulet ukrainien. Pour effectivement soutenir la population ukrainienne, les droits de douane avaient été considérablement baissés pour pouvoir permettre à l'agriculture ukrainienne d'avoir des débouchés, notamment en Europe, jusqu'à finalement constater que quasiment la moitié de la consommation de poulet, notamment le poulet transformé, consommé en France, provenait d'Ukraine et, vous le dites, de fermes qui ne respectent pas les mêmes normes, justement, en termes notamment de gigantisme des élevages. On en est où ?
On en est au même point, Pauline, de manière d'abord, les Ukrainiens, malheureusement, sont toujours un pays en guerre. Et de ce point de vue-là, notre soutien ne se dément pas. Pour autant, les conditions de production et le fait qu'on fasse finalement payer cette guerre en Ukraine aux agriculteurs européens n'est toujours pas tenable. Un certain nombre de mesures avaient été prises à Bruxelles avec la possibilité d'activer des freins d'urgence. Ils ne le sont pas, par exemple, en blé. Et ce qui se passe en ce moment en blé avec les chutes de prix vertigineuses est un vrai problème. Donc, ce problème doit continuer à être regardé.
Il a été un peu oublié parce qu'à Bruxelles, on a aussi un changement de commission. Donc, les commissaires européens et notamment le commissaire européen... En fait, on a l'impression
qu'à chaque changement politique, alors évidemment, sur la scène française, c'est particulièrement prégnant, mais enfin, c'est effectivement le cas aussi au niveau européen. Tout ce qui était dans les tiroirs, c'est comme si on repartait à zéro.
Oui, oui. C'est d'ailleurs notre grand drame. C'est qu'on a besoin, je le disais à l'instant, d'un commissaire européen de l'agriculture qui s'empare de ce sujet. Encore une fois, non pas...
Ils seront nommés la semaine prochaine. Donc, on a l'impression qu'effectivement, les deux calendriers sont concomitants en France comme là-bas.
Oui, avec, vous l'avez dit, une période de latence qui n'est pas favorable à l'expression concrète de la vision européenne de la souveraineté. Le sujet pour nous, encore une fois, n'est pas d'écarter les Ukrainiens qui ont de véritables problèmes. C'est d'avoir du commerce qui est loyal et surtout de faire en sorte que s'il y ait des aides apportées aux Ukrainiens, elles soient faites dans un cadre communautaire et que ça ne soit pas simplement les paysans européens qui soient la variable d'ajustement.
Arnaud Rousseau, vous nous avez dit effectivement que la colère, la frustration et le sentiment aussi de cette fait-avoir, en quelque sorte, nourrissaient une colère qui gronde. Est-ce que c'est une prévision ? Est-ce que vous alertez ? Ou est-ce qu'il y a un peu de la menace ?
Non, vous savez, ce n'est pas notre mode opératoire et je crois que vous l'avez vu au mois de janvier. On nous a longtemps dit vous êtes en train de vous faire déborder, vous ne maîtrisez rien. Je crois qu'on a montré qu'on était des gens responsables. Je rappelle que pas une seule personne des forces de l'ordre n'a été blessée, qu'il n'y a pas eu d'atteinte aux biens et aux personnes, qu'on s'est mis au travail, qu'on a discuté et qu'on a fait en sorte que les choses puissent se passer. Mais je le dis très clairement, il n'y a pas de menace, il y a un constat.
Vous savez, nous, on est des gens qui observons ce qui se passe et ce qu'on observe, c'est que quand vous faites une promesse à quelqu'un qui s'est bien tenu et que finalement, il a le sentiment que vous vous êtes moqué de lui, pris pour des jambons, pour reprendre l'expression que vous avez prise, et qu'à la fin, vous n'avez pas les résultats et qu'en plus, la situation dans laquelle vous vivez est difficile, sans vision politique...
Les autres syndicats agricoles tiennent-ils la même ligne que vous ?
Écoutez, vous leur poserez la question. Moi, les agriculteurs que je vois, je ne leur demande pas s'ils sont de la FNSEA ou d'ailleurs. Je les écoute tous et je vois que ce sentiment est très largement partagé.
Merci Arnaud Rousseau d'être venu alerter donc au minimum ce matin sur RMC et BFM TV.