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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 8 février 2026 24 minContradictoireMixte

"Ils concourent à la formation de l'opinion" : les grands patrons de la tech disséqués dans un livre-enquête

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0:02
Présentateur

Ils sont partout depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump et même depuis l'apparition du smartphone en 2007. Les géants de la tech, patrons de Facebook, de X, d'Amazon, d'OpenAI ou de Paypal sont nos nouveaux maîtres. C'est le titre d'une enquête publiée chez Albain Michel par Raphaël Baquet, Damien Leloup, Alexandre Picard. Raphaël Baquet et Damien Leloup sont invités du grand entretien ce matin. Bonjour à tous les deux. Bonjour. Possesseur de smartphone ou non, utilisateur ou non de réseaux sociaux, chers auditeurs, vous pouvez leur poser vos questions 0145247000 et sur l'application Radio France.

Alors ce n'est qu'une petite ligne au détour de votre livre mais je voulais commencer cet entretien avec ce qui est quand même l'actualité du jour. Les suites de l'affaire Jeffrey Epstein, ce financier pédocriminel qui était en lien notamment avec Jack Lang qui vient de quitter sous la pression la tête de l'Institut du Monde Arabe. Tout ça, cette deuxième livraison de milliers de documents par le ministère de la justice américain, ça part d'un géant de la tech en l'espèce Elon Musk qui voulait se venger de sa brouille avec Donald Trump.

1:07
Invité

Ah oui, c'est le petit tweet qu'il a balancé effectivement après sa brouille en disant que Donald Trump était dans les dossiers Epstein et évidemment ça a fait une déflagration. Il l'a supprimé après mais évidemment le mal avait été fait. Maintenant ce qui est intéressant c'est les vrais dossiers et ce qui sort et l'enquête qui pourra être faite à partir d'eux. Car il y a à peu près tout et n'importe quoi.

1:32
Présentateur

Oui, c'est ça, il faut arriver à travailler la matière et ça va prendre beaucoup de temps. Il y a un de ces géants de la tech, Damien Leloup, qui apparaît quelques fois dans votre livre et qui est aussi dans ses Epstein files, c'est Bill Gates. C'est le patron de Microsoft avec une photo, avec des courriels qui évoquent ses relations extra-conjugales et même ses MST. Vous qui connaissez les patrons de la tech puisque c'est votre matière, celle que vous travaillez au jour le jour. Ça vous étonne de le retrouver là, Bill Gates ?

1:58
Invité

Alors ça ne m'étonne pas du tout de retrouver Bill Gates mais aussi Peter Thiel et d'autres patrons de la tech dans ses mails. Parce que ses mails ce sont aussi un peu le wouzou du pouvoir aux Etats-Unis et dans un certain nombre de pays d'Europe. Et ils font partie de ces cénacles du pouvoir. Et il faudrait être un peu aveugle pour ne pas se douter que depuis des années ces multimilliardaires, en fait ils connaissent aussi tout le monde, tous les gens qui sont dans la finance, dans la politique et qui a beaucoup de relations auxquelles nous, au grand public, on n'a pas forcément accès mais qui existent depuis longtemps.

2:29
Présentateur

Parce qu'ils sont le nouveau pouvoir, c'est ce que vous montrez dans ce livre, Nos Nouveaux Maîtres. Au-delà de l'affaire Epstein, il y a un des éléments qui est frappant quand même dans ce monde de la tech, Raphaël Baquet. Vous le montrez très bien, c'est qu'au départ il y a cette volonté très progressiste, de rendre le monde meilleur, la défense de l'égalité homme-femme, etc. Et puis on bascule vers quelque chose de très masculin, très viriliste, avec la muscu en option. C'est très bien incarné par Mark Zuckerberg, par exemple.

2:55
Invité

Oui, c'est vrai. Alors lui, il était vraiment le chantre du progressisme, bien sûr. Il s'est toujours présenté comme tel et il l'est probablement profondément.

3:03
Présentateur

Le patron de Facebook, je rappelle.

3:04
Invité

Le patron de Facebook. Mais pour des raisons opportunistes et pour le bien de son entreprise, effectivement, il a basculé. C'est-à-dire qu'après avoir très longtemps financé les démocrates et les campagnes politiques des démocrates, il s'est rallié de façon très spectaculaire à Donald Trump. On l'a vu le jour dans l'investiture. Parce que, par peur à vrai dire, et puis pour le bien de ses affaires, Donald Trump le menaçait. Il avait été plusieurs fois mis en cause par des commissions d'enquête parlementaires. Et il a finalement choisi le nouveau pouvoir, celui de Trump, pour le bien de son entreprise. Il a aussi changé de vie et c'est aussi lié à son âge.

Mais effectivement, on l'a vu tout d'un coup pratiquer le MMA, se mettre en scène sur ses propres réseaux sociaux. C'est à la fois quelque chose d'un peu ridicule. Et en même temps, ça montre un milieu qui est celui des patrons de la tech, qui est effectivement très masculin, très imprégné de culture geek, comme on dit, de jeux vidéo, de science-fiction. Et qui, effectivement, pratiquent les stéréotypes de l'identité masculine.

4:09
Présentateur

La culture geek, vous la racontez très bien, Damien Leloup, dans les pouvoirs des geeks aussi, que vous publiez aux éditions Les Arènes. Il y a Mark Zuckerberg, il y a, moins surprenant peut-être, mais Peter Thiel, le fondateur de Paypal. Alors lui, dès le départ, il milite contre le vote des femmes, par exemple.

4:24
Invité

Oui, Peter Thiel, c'est un peu, pendant très longtemps, une exception dans la Silicon Valley. C'est le seul de ses grands patrons qui est ouvertement conservateur. Il ne le cache absolument pas. Il tient des propos qui sont, même à l'échelle des États-Unis, assez extrémistes, effectivement, sur le vote des femmes, qui serait une erreur, voire même plus généralement la démocratie, qui serait un système peu performant, voire néfaste.

Et ce qu'il est intéressant de voir, c'est que, de cette position ultra minoritaire en 2016, où il est le seul grand patron à applaudir les premières élections de Donald Trump, il devient un peu la norme, en fait, dans cette Silicon Valley, où tous les grands patrons apportent leurs contributions financières à la cérémonie d'investiture, se rendent à des rendez-vous avec le président des États-Unis, y compris à Mar-a-Lago, où tout le monde te fait allégeance, ce qui n'avait pas été le cas il y a dix ans.

5:12
Présentateur

Voilà, c'est ça, parce qu'au-delà, effectivement, du côté homme-femme, de manière plus générale, il y a ce basculement. Ces geeks, qui étaient pour certains idéalistes, progressistes, qui changent avec cet avènement de Donald Trump. Ça, c'est la scène d'ouverture du livre « L'investiture de Trump », le 20 janvier 2025, avec tous ces barons de la tech qui sont là, qui viennent baiser sa bague, si j'ose dire. Ce n'est que de l'opportunisme, Raphaël Baquet ?

5:33
Invité

Alors, certains d'entre eux sont engagés réellement. Damien vient de le dire, Peter Thiel était déjà un grand patron réactionnaire, et même frôlant l'extrême droite, très largement, et il avait soutenu Trump dès 2016. Les autres, non. Les autres étaient très souvent des compagnons de route des démocrates. Et c'est vrai que, d'abord, ils se sont enrichis d'une façon inconsidérée. C'est les hommes les plus riches du monde. Ce sont les plus riches du monde, et ils se sont enrichis en très peu de temps. Donc, ils sont riches, puissants.

Ils ont très souvent des entreprises qui concourent à la formation des opinions, notamment par les réseaux sociaux, par les systèmes de communication, par les systèmes de production d'informations. Donc, évidemment, ils ont un rôle politique. Et là, c'est vrai que leur basculement avec Trump, c'est pour des raisons opportunistes. Et pour un certain nombre d'entre eux, c'est aussi un changement, quand même, politique et d'état d'esprit sur la façon de mener le monde. Et l'idée d'avoir comme bras armés un président des États-Unis comme Trump, qui va lutter contre les régulations que veut l'imposer l'Europe, par exemple, ça, évidemment, c'est une arme non négligeable pour leurs entreprises.

6:42
Présentateur

Il y a aussi une forme de divorce avec les démocrates qui, tout d'un coup, veulent les réguler, l'administration Biden.

6:48
Invité

Oui, jusque-là, les démocrates avaient poussé à l'innovation et étaient, justement, très derrière les grands patrons de la tech. Et puis, soudain, effectivement, Biden s'est mêlé de vouloir les réguler. Il a aussi humilié Elon Musk en ne le considérant pas comme l'un des grands entrepreneurs de l'automobile, avec ces Tesla.

7:08
Présentateur

Oui, il vient visiter les constructeurs de voitures électriques et puis il oublie Elon Musk, qui est le premier vendeur.

7:13
Invité

Oui, il l'oublie volontairement. Parce qu'effectivement, Musk a poussé dehors les syndicats de ses entreprises. Et Biden, c'est la gauche un peu traditionnelle. Il considère que les syndicats concourent, évidemment, à la construction de la gauche. Donc, il y a une série de confrontations, de maladresses et d'oppositions, peu à peu, qui se forment entre les démocrates et les patrons de la tech. Et c'est ce qui va générer ce divorce.

7:38
Présentateur

Alors, il faut faire un point de méthode, Damien Leloup. Sur cette enquête, vous avez rencontré une centaine de personnes, des sociologues, des proches du milieu de la tech, aussi d'anciens salariés. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que dans un milieu qui vante la liberté d'expression, faire parler des gens, c'est très difficile.

7:53
Invité

C'est un des grands paradoxes de la Silicon Valley, tel qu'on la connaît aujourd'hui, où on a des grands patrons et des fondateurs d'entreprises qui disent que leur moteur principal, c'est la défense de la liberté d'expression. C'est ce que dit Musk, par exemple, pour justifier le rachat de Twitter. Et puis, en fait, ces mêmes personnes font régner un climat, parfois, de terreur au sein des entreprises qui rend très difficile le fait d'approcher même d'anciens salariés qui peuvent être encore tenus par des accords de confidentialité et des menaces de procès, si jamais leur nom devient public. Donc, c'est effectivement des milieux qui sont très compliqués à pénétrer.

Et vraiment, il y a l'ironie de ce combat autour de la liberté d'expression qui est prêché de manière très forte par la plupart de ses patrons et pas du tout appliqué en interne.

8:36
Présentateur

Raphaël Baquet, vous avez l'habitude d'enquêter sur les familles riches, les patrons de France, les Pinault, les Arnault. C'est très différent ?

8:44
Invité

Ah oui, on n'a pas dans les grandes entreprises françaises, FUS, LVMH ou d'autres, ou Stellantis, mais on n'a pas de contrat de confidentialité à rallonge comme ça. Là, c'est très frappant. Les cadres que nous avons vus s'expriment anonymement. Lorsque je suis partie dans la Silicon Valley, je faisais des entretiens parfois dans ma chambre de motel parce que je ne pouvais même pas aller dans un Starbucks à côté. Donc, effectivement, oui, il y a une inquiétude et il faut dire aussi que les salaires sont mirobolants que pour ces hauts cadres et ces ingénieurs qui sont des ingénieurs qui ont fait des très grandes universités la plupart du temps, les salaires sont inédits.

En France, on n'a pas du tout ce genre de salaire. Donc, évidemment, ça vous pousse aussi à rester discret.

9:34
Présentateur

Oui, alors le cœur de l'enquête, je le disais, c'est cette question du pouvoir, ce que Giuliano Diampoli appelle les ingénieurs du chaos. Et en fait, c'est vrai qu'à partir du moment où trois personnes sur quatre dans le monde ont un smartphone, le pouvoir, il est dans les applis, dans les réseaux sociaux et ceux qui les détiennent. Ça pose une question de démocratie quand même, non ?

9:52
Invité

Oui, parce qu'effectivement, ils concourent à la formation de l'opinion, mais plus que cela, parce que ce n'est pas seulement dans les réseaux sociaux. Ils ont peu à peu pénétré des domaines qui jusque-là ressortaient du pouvoir régalien des États. Par exemple, ils concourent à l'armée. Tous les logiciels d'analyse des données sont très utilisés par l'armée, la défense, notamment aux États-Unis. Et donc, Internet était déjà, était né avec le concours de l'armée. Mais là, on revient à un pouvoir très important et très large, pas seulement avec les réseaux sociaux, très large dans tous les domaines. Ils compourent le commerce, bien sûr.

10:32
Présentateur

Et Damien Leloup, ce pouvoir, il va aussi avec une espèce de volonté, de puissance et cette admiration incroyable pour les empereurs romains, ces patrons qui donnent à leurs enfants des noms d'empereurs romains, qui font des saluts romains. En tout cas, c'est ce qu'Elon Musk a appelé un salut romain. D'autres y ont vu un salut nazi. Mais ça va avec ça.

10:49
Invité

Ça fait partie des choses qui nous ont un peu sauté aux yeux quand on a commencé à se repencher sur la construction intellectuelle et les références culturelles de ces grands patrons. C'est l'omniprésence de l'Empire romain et notamment de la figure d'Auguste, qui est le héros, notamment de Mark Zuckerberg, le patron de Meta, mais qui est aussi l'empereur, pardon, le chef de gouvernement sous le règne duquel l'Empire romain naît, qui fait passer de la République à l'autoritarisme Rome. Donc c'est comme une figure assez ambivalente et ambiguë.

Et plus largement, on voit bien que ces grands patrons, ils ont une fascination pour les hommes de pouvoir, les hommes forts, les hommes sans contre-pouvoir. Et ça va effectivement de l'art romantique jusqu'à la guerre des étoiles et tout un tas d'autres références culturelles. La guerre des étoiles

11:32
Présentateur

n'est pas Star Trek.

11:34
Invité

Tout à fait. Pour la plupart d'entre eux, parce que voilà, pour les personnes qui connaissent mal la science-fiction, Star Wars, c'est comme le dit Peter Thiel, l'univers capitaliste, puisque c'est celui où on peut être un héros contrebandier. Et Star Trek, c'est l'univers communiste, puisque c'est un univers pacifiste dans lequel l'humanité et les extraterrestres vivent en paix et qui est effectivement un truc assez progressiste.

11:57
Présentateur

Et ce pouvoir nouveau, il se saisit aussi des outils anciens comme la presse traditionnelle. Je pense à Jeff Bezos avec le Washington Post. Alors là, le patron vient juste de quitter le quotidien parce qu'il y a eu énormément de suppressions d'emplois. Et ça, c'est lié, en tout cas, on pense que c'est lié à l'interventionnisme de Jeff Bezos. Que vous racontez dans votre livre, c'est lui qui demande par exemple au comité de rédaction de ne pas prendre parti pour un candidat ou une candidate en l'occurrence, parce que c'était Kamala Harris à la présidentielle. Oui, c'est-à-dire qu'au départ,

12:25
Invité

quand Jeff Bezos rachète le Washington Post, il le fait en laissant supposer une forme de libéralisme qui va laisser l'indépendance du journal puis en fait, assez vite, ça contredit ses intérêts. Et donc, effectivement, dès que la campagne présidentielle se profile, il va faire en sorte que le journal qui jusque-là avait toujours préfète et cause pour les démocrates ne le fasse pas en faveur de Kamala Harris. Là, il a licencié 300 journalistes parmi dont beaucoup d'enquêteurs et dont beaucoup d'enquêteurs sur la tech.

Et effectivement, il y a un basculement s'est concomitant avec le fait que parallèlement, alors ce n'est pas tout à fait les mêmes sommes mais quand même, ils financent ce documentaire à la gloire de la première dame, Mélania Trump. Donc, on a un double signal, c'est-à-dire qu'on licencie des journalistes qui faisaient de l'investigation et de l'information et par ailleurs, on produit un documentaire qui largement améliore l'histoire. Quel regard

13:20
Présentateur

vous portez là-dessus, Damien Leloup, sur ce qui se passe au Washington Post ?

13:24
Invité

Moi, très simplement, je constate que la personne qui était chargée de la couverture d'Amazon et qui a produit des enquêtes d'une qualité incroyable sur les trois dernières années fait partie de cette première charrette de licenciement. C'est quand même un signal on ne peut plus clair de la nouvelle direction qui est voulue par Jeff Bezos parce que j'ai du mal à croire qu'il ne soit pas au moins indirectement responsable de cet état de fait. Et l'autre ironie, c'est qu'à côté de ça, le poste ferme aussi sa rubrique livre qui était quand même historiquement le cœur de métier d'Amazon.

C'est quand même vraiment un signal disant la presse n'est pas là pour contrevenir à mes intérêts et n'est pas là pour contrevenir aux intérêts de mes entreprises. C'est quand même assez inquiétant.

14:05
Présentateur

Et ce qui est intéressant, c'est qu'on a vu l'amour pour les empereurs romains, mais ça tourne carrément au messianisme parce que quand Peter Thiel vient en France fin janvier, une conférence qui a fait polémique d'ailleurs, devant l'Académie des sciences, il parle de l'antéchrist.

14:22
Invité

Tout à fait, ce qui dans son vocabulaire à lui désigne globalement la gauche. C'est assez clair. Après, je pense que Peter Thiel dit beaucoup de choses. Peter Thiel a beaucoup évolué sur la manière dont il présentait ses idées qui, elles, ont peu bougé, qui sont toujours des idées réactionnaires. Il a une importance et une influence qui est très importante dans la Silicon Valley. Il n'est pas non plus le seul. Je pense qu'il faut faire attention à ne pas non plus lui donner plus de pouvoir qu'il n'en a. Il compte, il est très important, mais voilà, il ne décrète pas le sens du vent pour l'ensemble de ses patrons. En fait, idéologiquement, il reste encore assez marginal, Peter Thiel.

Mais en revanche, il a une influence indéniable politiquement parce que, par exemple, G.D. Vance est notamment devenu vice-président par son entremise. C'est lui qui a poussé ce candidat, cet homme, avec un profil alors autrement, déjà, on trouve Trump assez décoiffant, mais alors G.D. Vance, c'est beaucoup plus idéologique, plus religieux aussi. Et donc, effectivement, Thiel, de ce point de vue-là, a une influence indéniable. Alors qu'idéologiquement, c'est vrai qu'il reste quand même assez marginal.

15:31
Présentateur

Damien Leloup, Thomas au standard sur l'application Radio France nous demande parmi les patrons de la tech, lesquels sont les plus réfractaires, voire hostiles à Donald Trump ? Est-ce que c'est celui de Google, peut-être ?

15:43
Invité

Alors, ce sont clairement, les fondateurs de Google, ce sont clairement ceux qui se sont le plus mis en retrait ou qui ont essayé en tout cas de moins apparaître publiquement dans ces séances un peu humiliantes d'allégeance à Donald Trump. Clairement, ce sont aussi deux personnes, donc Larry Page et Sergey Brin, qui ont une structure progressiste assez forte, d'une part, parce que Sergey Brin, il a grandi aux Etats-Unis, mais ses parents fuient l'URSS et c'est quelque chose qu'il a vraiment marqué et qui a fait que quand la Chine a tenté d'imposer à Google de censurer, il a préféré quitter le pays et perdre beaucoup d'argent plutôt que de se plier.

Donc, il y a quand même un reste, effectivement, au sein des patrons de Google de cette éthique progressiste qui demeure. Mais bon, leurs intérêts sont les mêmes. Ils sont bien obligés de donner des gages pour éviter au maximum les problèmes.

16:40
Présentateur

Alors, on parlait de la Chine, Raphaël Baquet, mais moi, je pense à l'Iran qui ne figure pas, je crois, dans le livre, mais qui permet de mesurer quand même à quel point les géants de la tech sont puissants. C'est-à-dire, si demain, ils décident de couper les réseaux sociaux ou de les censurer dans ce pays qu'est l'Iran, le pouvoir peut écraser de la population encore plus qu'ils ne le font à l'heure actuelle.

17:00
Invité

Oui, c'est vrai, c'est leur pouvoir et d'ailleurs, ils l'ont souvent brandi pour des causes justes ou pour des causes moins justes, mais Elon Musk, par exemple, a souvent dit qu'il pouvait couper les liaisons satellites, par exemple, lors de la guerre en Ukraine ou menacer

17:18
Présentateur

la Chine avec Taïwan. Starlink, les satellites d'Elon Musk étaient utilisés au moment de la coupure d'Internet par les Iraniens pour communiquer avec la France du monde.

17:26
Invité

Donc c'est là que leur pouvoir est très étendu, c'est-à-dire que par un système satellite qui normalement jusque-là était géré par les États, là tout d'un coup on a des entreprises privées qui peuvent avoir un rôle tout à fait géostratégique, donc ça c'est vraiment un pouvoir tout à fait inégalé

17:43
Présentateur

et inédit. Ça Damien Leloup, ça va jusqu'à cette volonté de puissance en quelque sorte, cette puissance assumée, ça va jusqu'à l'envie de faire sécession. On va acheter une île, on va se faire construire une ville à soi et puis par exemple utiliser sa propre monnaie, les crypto-monnaies. Alors en ce moment ça s'effondre un peu, c'est peut-être pas forcément toujours pour le meilleur quand même.

18:01
Invité

Oui mais après sur les crypto-monnaies, pour les idéologues des crypto-monnaies, le but finalement n'est pas forcément que ça continue de grimper, c'est de réduire le pouvoir des États en matière d'économie, de réduire le pouvoir des banques centrales, c'est vraiment le fondement idéologique d'une partie de ces grands patrons. Et effectivement, faire sécession, c'est la logique si vous considérez que la démocratie comme Peter Thiel est un mauvais système et que l'État de toute façon ne devrait pas avoir le droit d'intervenir dans les affaires des entreprises, la prochaine étape logique c'est de créer votre propre État dans lequel il n'y aura aucune règle.

Et il y a effectivement des tentatives dans ce sens qui pour l'instant ont plutôt tout échoué mais on ne sait jamais.

18:39
Présentateur

Oui mais en même temps on n'hésite pas à faire appel à l'État après la crise de 2008 pour dire il faut réguler les banques, il faut nous renflouer, il faut nous aider.

18:45
Invité

Après la crise de 2008, pour avoir des subventions pour les véhicules électriques, pour signer des contrats très importants avec la NASA comme le mentionnait Raphaël ou avec le Pentagone ou avec le State Department qui est aussi un des gros clients de ces entreprises. Il y a un certain nombre d'entreprises qui n'existent quasiment que par des contrats publics. Palmer Lucky qui est un ancien entrepreneur qui a travaillé un temps à Facebook et qui a créé Enduril qui est une très importante entreprise de drones et d'armement.

L'essentiel de ces contrats sont des contrats publics avec le Pentagone et pourtant c'est quelqu'un qui est libertarien, très critique de l'État, qui pense qu'il y a trop de règles et trop de régulations.

19:23
Présentateur

Raphaël Baquet, on disait que Donald Trump il a été financé par ces géants de la tech. Il les défend aussi, il les soutient. Il y a une divergence quand même apparemment sur un sujet, c'est celui de l'immigration. Alors on a eu récemment le cas de ICE, la police de l'immigration qui a tué deux personnes à Minneapolis. Mais là, ils ne sont pas forcément alignés, ils ne sont pas forcément d'accord sur ce sujet-là. D'abord,

19:43
Invité

les entreprises de tech ont une part non négligeable d'ingénieurs qui viennent d'ailleurs. Ils en ont besoin. Notamment, ils en ont besoin. Donc leur idée, c'est de faire un système d'arrivage d'immigration entièrement formaté pour leurs besoins. Mais en même temps, c'est vrai qu'on le voit bien dans la Silicon Valley, tous les emplois de services sont tenus par des immigrés, parfois clandestins. Et qui font, qui évidemment habitent en dehors de la Silicon Valley parce que c'est trop cher.

Donc il y a une espèce d'ambivalence et de contradiction chez eux qui font que là, tout de même, lorsqu'il y a eu ces deux personnes qui ont été tuées par l'ICE dans le Minnesota, ils ont attendu tout de même que Trump prenne ses distances et recule pour reculer à leur tour. Vous voyez, leur engagement est quand même toujours systématiquement dans le sens du vent. Jean-Louis est au Standard de France Inter.

20:38
Présentateur

Bonjour Jean-Louis. Bonjour Marion, merci, bonjour à vous deux. Vous avez une question pour nos invités ? Oui, tout à fait. Et je précise l'empréambule que je ne vous aide pas de smartphone. Voilà. Donc je voulais vous demander, avez-vous remarqué des initiatives politiques qui vous donnent de l'espoir et prouvent que la démocratie a encore une longueur d'avance sur les algorithmes ? Merci. Raphaël Baquet se mord les lèvres. Qui veut répondre ?

21:09
Invité

Moi je peux répondre dans le sens où je ne sais pas si ça répondra exactement à votre question mais ce qu'on constate sur les trois années écoulées au fur et à mesure que le pouvoir de ces entreprises et de ces patrons n'a fait que grandir qu'en fait ils ont aussi connu un certain nombre de coups d'arrêt notamment, alors pas tellement législatifs mais plutôt judiciaires. Au Brésil typiquement Elon Musk avait juré ses grands dieux qui n'exécuteraient pas une décision de justice qui lui demandait de bloquer des comptes. Il a tenu une semaine et puis il a fini par faire marche arrière.

C'est un peu pareil sur d'autres dossiers en Australie notamment sur le contrôle de l'âge sur les réseaux sociaux. Après avoir beaucoup critiqué, en fait les géants se vont appliquer la décision. On se rend compte quand même que quand il y a un rapport de force avec les Etats, finalement les Etats gagnent quand même assez souvent.

21:53
Présentateur

Raphaël Baquet, d'ailleurs la France veut interdire aussi les réseaux sociaux au moins de 15 ans. Ça a une loi qui devrait être appliquée, applicable dès le mois de septembre prochain parce qu'il y a une certaine unanimité. les patrons de la TEC ils le faisaient d'ailleurs déjà eux-mêmes. Ça vous le racontait dans le livre en fait. Ils interdisaient à leurs enfants les réseaux sociaux

22:09
Invité

avant la centrale. Oui, eux-mêmes il faut très attention. On voit dans la Sille du Côte-Vallée un nombre important d'écoles, alors plutôt dans les plus petites classes. Montessori qui affiche ici pas de portable ou pas de réseaux sociaux. Bon après, attention, leurs enfants dès l'adolescence sont quand même initiés et sont sur les réseaux sociaux. Monsieur est un cas assez rare. Jean-Louis qui n'a pas de portable. Voilà, assez rare parce qu'en France vraiment 80% de la population en tout cas de plus de 15 ans et en tout cas majeure a un portable.

22:42
Présentateur

Et la solution alors peut être dans l'interdiction aux réseaux sociaux qui permettrait de soustraire les plus jeunes en tout cas à ce pouvoir qui est énorme ?

22:51
Invité

En tout cas on devrait pouvoir les réguler. Vous voyez, vous comme nous nous sommes responsables de ce que nous publions comme informations. On ne peut pas publier d'appels à la haine raciale, de négationnisme, d'insultes. Or, les réseaux sociaux le peuvent. Donc, on ne peut pas publier d'images pornographiques et encore moins pédopornographiques. Or, les réseaux sociaux le peuvent. Donc, c'est un sujet effectivement de régulation possible.

23:17
Présentateur

Juste un petit mot Damien Leloup parce que Guillaume nous demande s'il y a une alternative européenne à ces entreprises.

23:22
Invité

Alors, la réponse rapide est non. Alors, il y a des alternatives. il y a des alternatives pas que européennes d'ailleurs. Il y a des systèmes d'exploitation libres, toute la famille Linux, etc., pour remplacer Windows. Il y a des équivalents sur portable. Il y a tout un tas de réseaux sociaux alternatifs. Après, la grande difficulté pour trouver des remplaçants, c'est l'effet de réseau. En fait, si toute votre famille utilise WhatsApp ou Facebook pour communiquer, c'est extrêmement difficile d'en changer et ça demande une volonté forte et du temps pour y parvenir.

Donc, ce n'est pas impossible, mais ça prend vraiment du temps et c'est compliqué et c'est aussi pour ça qu'on est plutôt en général sur des discussions sur la régulation plutôt que sur des changements aussi radicaux.

24:03
Présentateur

Damien Leloup, Raphaël Baquet du journal Le Monde, je renvoie à votre livre, votre enquête édifiante. Ça s'appelle Nos nouveaux maîtres et c'est publié chez Albain Michel et pour se mettre dans la tête des tech-brows, ces géants de la tech, Damien Leloup, vous publiez Le pouvoir des geeks aux éditions Les Arènes. Merci à tous les deux d'être venus sur France Inter.

24:20
Invité

Merci à vous.