SMART ÉCO - Emission du jeudi 10 septembre
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 15 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:56OuverteRéponse directe
Pourquoi la France peine-t-elle encore à produire davantage ? Peut-elle encore rattraper son retard face à la concurrence internationale ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Est-ce que produire 100% de vos machines en Europe a été difficile à maintenir ?
- 2:47OuverteRéponse directe
Ce plan d'investissement de 7 millions d'euros est-il lié à un carnet de commandes plein ?
- 3:09OuverteRéponse directe
Quelle est la vision de ce plan d'investissement ?
- 4:02OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui tire ce volume de commandes ?
- 5:10OuverteRéponse directe
Vous avez parlé de cybersécurité. Est-ce que l'industrie est dans un tournant aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:27PrésentateurChiffre
« Redex investit 7 millions d'euros pour accompagner la croissance de son activité. »
- 0:36PrésentateurFait
« Le fabricant de machines outils produit 100% de ses machines en Europe. »
- 2:54InvitéFait
« Le carnet de commandes est bien garni, mais on a également d'énormes problèmes de recrutement. »
- 3:02InvitéFait
« Ce programme d'investissement, c'est aussi une réponse à des problèmes de recrutement. »
- 3:23InvitéFait
« Il y a du logiciel d'ailleurs, puisqu'on suit évidemment toute cette révolution autour de l'intelligence artificielle. »
- 3:28InvitéFait
« On a eu une attaque d'ailleurs dernièrement sur notre système d'information. »
- 3:54InvitéFait
« On est présent, par exemple là, on est en train de livrer une très grosse machine pour la Chine. »
- 4:11InvitéFait
« Les flux de marchandises, la mondialisation continue à fonctionner. »
- 5:43InvitéFait
« D'où le volet cybersécurité de ce plan d'investissement, avec aussi beaucoup de formation, beaucoup de sensibilisation. »
- 7:10InvitéFait
« La difficulté, c'est que les métiers de l'industrie ont été beaucoup dévalorisés. »
- 8:12InvitéFait
« L'industrie, c'est évidemment des salaires supérieurs à la moyenne, c'est des métiers passionnants, c'est des métiers de long terme. »
- 8:31InvitéFait
« Aujourd'hui, c'est évidemment la fiscalité, c'est évidemment des problèmes réglementaires, des problèmes de complexité administrative, mais les recrutements et les formations professionnelles, c'est la première raison aujourd'hui, le premier handicap de l'industrie française. »
- 10:13Locuteur non identifiéChiffre
« On a effectivement une baisse de la production industrielle sur les trois derniers mois. »
- 11:11Locuteur non identifiéChiffre
« On a plus d'emplois, 50 000 emplois de plus dans l'industrie manufacturière. »
Temps de parole
- Invité41 %
- Locuteur non identifié36 %
- Présentateur21 %
- ?2 %
≈ 7,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour
à toutes et à tous. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de Smart Eco, l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font l'économie à retrouver tous les jours sur notre antenne, mais aussi sur notre site bsmart.fr et toutes nos plateformes d'écoute au sommaire aujourd'hui. Nous allons parler d'industrie et surtout de réindustrialisation. Redex investit 7 millions d'euros pour accompagner la croissance de son activité. Le fabricant de machines outils produit 100% de ses machines en Europe, mais doit composer avec l'étention commerciale et les difficultés de recrutement. Bruno Grandjean sera notre invité dans l'actualité du dirigeant.
Mais alors que certaines entreprises investissent et recrutent, la production manufacturière française, elle, continue de reculer après plusieurs années de politique de réindustrialisation. Pourquoi la France peine-t-elle encore à produire davantage ? Peut-elle encore rattraper son retard face à la concurrence internationale ? C'est notre débat éco et pour en parler, nous serons avec Vincent Vicard, adjoint au directeur de l'Institut français d'économie. Il nous rejoindra pour ce débat.
C
'est parti pour Smart Eco. Redex, fabricant de machines outils dédiées au travail des métaux, vient d'engager un plan d'investissement de 7 millions d'euros pour répondre à l'accélération de son activité. Pour comprendre ce développement, je suis ravie d'accueillir Bruno Grandjean. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes CEO de Redex. Et tout d'abord, je regardais un petit peu vos actualités. Votre site,
on
voit affiché sur votre site, fabriquant, produit 100% de ces machines en Europe. Je me demandais déjà, ça c'est quelque chose qui
est
présent de tout temps, de tout temps de l'entreprise. Est-ce que ça a été difficile à maintenir cette activité européenne
?
Pas
vraiment,
parce que c'est quelque chose qui n'est pas connu du grand public. Mais le B2B,
les
machines, les équipements, les logiciels qu'on va retrouver dans les usines, c'est une spécialité européenne. D'ailleurs, on parle souvent du décrochage de l'Europe dans les logiciels. Mais les logiciels de gestion sont beaucoup européens, SAP. Les logiciels de conception sont beaucoup européens, je pense à Dassault Systèmes. Donc,
on
va retrouver beaucoup de machines européennes. Quand Elon Musk a besoin d'innover dans sa Tesla, il veut faire une structure en aluminium, eh bien, il consulte des Européens pour lui faire ses machines. On a nous-mêmes été consultés d'ailleurs aussi pour les fusées, pour SpaceX. Donc, ça reste une spécialité européenne. Et l'Europe est une marque qui marche bien dans le B2B, dans les machines, dans les équipements.
–
Et donc là, vous avez lancé ce plan d'investissement, 7 millions d'euros. C'est un plan que vous avez décidé parce que le carnet de commandes est plein de votre côté ?
– Oui, le carnet de commandes
est bien garni, mais on a également d'énormes problèmes de recrutement. Et donc, on est obligé, contraint de faire énormément de productivité. Et donc, ce programme d'investissement, c'est aussi une réponse à des problèmes de recrutement.
– D'accord.
Mais
alors, comment est-ce que vous allez l'appliquer d'abord, avant de parler recrutement
? – Quelle
est la vision de ce plan ?
– Bon, il y a plusieurs volets dans ce plan. Il y a du logiciel d'ailleurs, puisqu'on suit évidemment toute cette révolution autour de l'intelligence artificielle, mais même d'une manière générale de la numérisation, de la cybersécurité aussi, un sujet très important. On a eu une attaque d'ailleurs dernièrement sur notre système d'information. On a toutes nos données techniques qui sont vraiment le savoir-faire, le métier de l'entreprise qui sont stockés sur des serveurs.
Donc, un volet informatique assez important à appuyer, un volet bâtiment et machine, des machines plus robotisées, des machines plus performantes, plus précises, suivent les tendances technologiques, toujours restées à la pointe, pour justement vendre du made in Europe, de la précision que demandent nos clients à travers le monde, puisqu'on est présent, par exemple là, on est en train de livrer une très grosse machine pour la Chine. Il y a encore des choses que ne sait pas faire la Chine et qu'elle achète en Europe, et notamment chez Redex.
Oui, parce que qu'est-ce qui tire ce volume de commandes ?
Derrière, ce qu
'on
va retrouver, c'est la mondialisation, et contrairement à ce que l'on voit, les flux de marchandises, la mondialisation continue à fonctionner. Bien entendu, il
y
a des difficultés dans le détroit d'Hormuz, il y
a
des difficultés géopolitiques. On a même eu, nous, un laminoir, une grosse machine qui était bloquée dans un bateau de l'autre côté du détroit d'Hormuz, donc bloquée pendant plusieurs semaines avant d'aller en Inde. Mais la mondialisation, elle fonctionne toujours, les flux de marchandises continuent, et donc il y a toujours énormément d'investissements. Aujourd'hui, beaucoup en Inde, toujours un peu en Chine. Les États-Unis, qui se sont réveillés depuis le plan Biden, l'IRA, beaucoup d'investissements aux États-Unis. Donc le Brésil, qui est aussi un marché dynamique actuellement. Donc on est tiré, on est au cœur de la mondialisation.
On est dans un territoire, on est en province, dans le Gatiney, mais on a vraiment la tête dans la mondialisation. Cette semaine, on a eu des visiteurs américains, on a des Chinois. On a vraiment, aujourd'hui, la situation française est très anxiogène, mais quand on regarde globalement, l'activité est très soutenue dans de nombreux domaines.
Vous avez parlé de cybersécurité. Est-ce que l'industrie est dans un tournant aujourd'hui ? Il faut que l'industrie française se mette à niveau
en
ce
moment
? Oui,
il
y
a
une vulnérabilité terrible. Avant, c'était des grands sites qui étaient attaqués. C'était pour des raisons assez souvent de géopolitique. On parle beaucoup de l'influence de la Russie ou d'attaques destinées à déstabiliser des organisations. Mais aujourd'hui, des PME, des ETI, des groupes de toute taille peuvent être attaqués. Et donc, nous, on s'est rendu compte qu'on était relativement vulnérable. D'où le volet cybersécurité de ce plan d'investissement, avec aussi beaucoup de formation, beaucoup de sensibilisation. On est en train de mettre les clés USB dehors. On est en train d'avoir une politique de sécurité beaucoup plus musclée que ce qu'on a pu faire dans le passé.
Et c'est un élément de compétitivité majeure. On peut risquer sa peau à un moment. On a failli perdre des données techniques, des programmes de nos machines, les données techniques, les plans. On s'est un peu fait peur il y a à peu près six mois. Et donc, désormais, on a décidé d'investir dans ce domaine.
Et vous avez parlé des États-Unis, les droits de douane, et notamment sur l'acide aluminium. Ça, ça doit vous toucher particulièrement
? Oui et non, parce que dans nos métiers, les États-Unis... On parle toujours des États-Unis comme une puissance technologique.
C
'est très clair. Dans certains domaines,
il
y a une force de frappe qui n'existe nulle part ailleurs. Mais dans beaucoup de métiers, notamment les machines, les équipements, l'Europe reste une référence. Et donc, quand vos autres concurrents sont italiens, sont allemands, finalement, les droits de douane s'appliquent à tout le monde. Et il y a beaucoup aujourd'hui de trésorerie, il y a beaucoup de niveaux d'investissement qui doivent se faire avec des équipements européens si les Américains veulent revenir dans la course. Donc, on est un petit ASML, si je peux m'exprimer ainsi. On a besoin de nous. Et donc, finalement, les droits de douane, on trouve des arrangements avec les clients.
Et vous avez parlé tout à l'heure de recrutement, de besoins en recrutement. Vous recrutez 20 postes, une vingtaine de postes ?
Oui, on a énormément de postes ouverts. Quelle est votre
difficulté à ce niveau-là
? La
difficulté, c'est que les métiers de l'industrie ont été beaucoup dévalorisés. Nous, on avait des liens très privilégiés avec des lycées techniques qui, aujourd'hui, ne sont plus capables de fournir des personnes ayant les bases, les bases de connaissances scientifiques, technologiques nécessaires. Et en plus, on a dissuadé, je pense, les jeunes d'aller dans nos métiers en expliquant que les métiers manuels, finalement, parce que nos métiers, même les ingénieurs mettent la main à la pâte, ce n'étaient pas des métiers d'avenir.
Et
donc, aujourd'hui, des problèmes énormes pour recruter des opérateurs qualifiés sur nos machines, des personnes capables de faire des mises en service à travers le monde, etc. Beaucoup de postes, aujourd'hui...
Et
vous ne trouvez pas les compétences, du coup...
Localement,
on ne les
trouve pas.
Vous
êtes obligé d'aller recruter
des gens européens, par exemple ? On a quelques cas.
Par exemple, notre directeur technique, un de nos directeurs techniques, selon les différents métiers, est d'origine libanaise. On ne trouve plus, en France, suffisamment, de personnes à la fois qualifiées et motivées, parce que l'industrie, c'est évidemment des salaires supérieurs à la moyenne, c'est des métiers passionnants, c'est des métiers de long terme, mais ce sont des métiers exigeants, qui nécessitent une implication, qui nécessitent de vraiment apprendre un métier. Et donc, aujourd'hui, c'est vraiment une pénurie qui touche, je crois, toutes les entreprises, et qui est la première limite qu'elle touche en termes de développement.
Aujourd'hui, c'est évidemment la fiscalité, c'est évidemment des problèmes réglementaires, des problèmes de complexité administrative, mais les recrutements et les formations professionnelles, c'est la première raison aujourd'hui, le premier handicap de l'industrie française. On en est arrivé, nous, à créer une école de production où des jeunes sont formés par leur père, par ceux qui ont fait les mêmes études, finalement, quelques décennies auparavant, et qui apprennent progressivement les métiers de l'industrie.
J'imagine que le classement PISA ne vous a pas réjoui dans ce sens.
Non, clairement. Merci beaucoup Bruno
Grandjean, vous restez avec nous.
Merci.
Tout de suite, on va ouvrir le débat aux nombreux défis, dont les compétences de l'industrie pour la réindustrialisation.
La
production manufacturière en France a de nouveau nettement baissé en juillet. Selon l'INSEE, sur les trois derniers mois, elle recule de 0,4% sur un an, mais la production de l'industrie au sens large, elle progresse de 0,8%. Que racontent vraiment ces chiffres ? Je suis ravie d'être toujours avec Bruno Grandjean, CEO de Redex. Merci d'être encore avec nous. Rejoint par Vincent Vicard, vous êtes directeur adjoint maintenant à l'Institut français d'économie, donc cette fusion du CEPI et de l'OFCE, et vous êtes aussi auteur de « Faut-il réindustrialiser la France ? » aux presses universitaires de France, écrit en 2024. Merci à tous les deux d'être avec nous.
Je me tourne vers vous, Vincent Vicard. Est-ce que vous suivez ces chiffres
?
C'est vrai que c
'est
des chiffres qui sont mensuels. Est-ce que c'est important de les suivre de manière mensuelle ? Qu'est-ce que vous dites ces chiffres régulièrement ?
Pour le
coup, les chiffres aujourd'hui, ils nous donnent une image un peu mitigée, parce qu'on a effectivement une baisse de la production industrielle sur les trois derniers mois. Elle avait augmenté au début de l'année, donc on est plutôt sur l'année au niveau qui est assez similaire à celui de l'année dernière. Et puis on a d'autres indicateurs sur le climat des affaires, ce qu'anticipent les chefs d'entreprise, qui sont plutôt orientés à la hausse. Donc voilà, c'est un petit peu… On est dans une situation où on a une faible baisse dans les chiffres durs, et puis dans les enquêtes de conjoncture, c'est plutôt positif.
Mais voilà, c'est des chiffres qu'il faut suivre, mais pour l'industrie, les questions industrielles, c'est des questions de long terme. Et donc c'est des questions qu'il faut vraiment voir à long terme. Et donc voilà, ce qu'il faut voir, c'est quelle est la situation de l'industrie aujourd'hui par rapport à ce qu'elle était avant la crise du Covid. Et de ce point de vue-là, pour le coup, on a une situation qui est assez contrastée aussi. On a une production industrielle qui est toujours en repli par rapport à la période avant Covid. Et puis, on a des indicateurs sur l'emploi qui sont plutôt positifs. On a plus d'emplois, 50 000 emplois de plus dans l'industrie manufacturière.
Donc voilà, c'est mitigé. Et je pense que c'est aussi ça qu'il faut regarder, c'est à l'intérieur de l'industrie, il y
a
des situations très différentes.
Et
c'est ça qui
est vraiment…
Et on vient tout
détailler, tout ça, Bruno Grangeon, c'est des indicateurs que vous regardez ou pas ? En tant que chef d'entreprise, on les regarde,
ces chiffres d'Insee ou pas ? Je regarde, mais sur
le long terme. Parce que sur un mois, deux mois, trois mois, on sait qu'on est tellement dépendant d'Airbus. D'ailleurs, qu
'on
se demande si ce n
'est
pas les chiffres d'Airbus qu'on
lit à chaque
fois ou d'un paquebot livré par les chantiers de l'Atlantique. Mais on regarde surtout sur la longue durée et on voit qu'à chaque crise, malheureusement, il y
a
une marche vers le bas. C'est ça un peu le drame.
Justement, Vincent, sur quelle différence entre les secteurs ? Qu'est-ce qui tire quoi ? J'ai malgré l'origine qu'il y
a
une grande disparité
au sein de cette
progression. Non, oui, il y a une grande disparité. Alors, il y a des industries qui sont structurellement en France en difficulté. Et ça, c'est l'automobile. On
en parle beaucoup aujourd'hui, l
'automobile. Mais en fait, c'est un secteur qui
est
en difficulté depuis le début des années 2000. On a eu beaucoup de délocalisation par Renault, par Peugeot, par Citroën au début des années 2000. Et puis, l'emploi, il a baissé. Donc, on en parle aujourd'hui beaucoup avec le passage aux véhicules électriques, avec la concurrence chinoise. Mais ce n
'est
absolument pas un problème qui est lié uniquement à ces transformations. Donc,
il
y
a
un sujet sur l'industrie automobile qui est en train de se réinventer avec la vallée de la batterie autour de Dunkerque, etc. Donc, des secteurs qui émergent, qui ont des problématiques, qui ont des problématiques de concurrence avec des acteurs étrangers, notamment chinois, mais pas seulement. Et puis, qui ont des problématiques aussi des aides publiques. Et notamment, on a besoin d'aides publiques pour crédibiliser un marché, structurer un marché. Et ça, c'est quelque chose qui est particulièrement difficile pour ces entreprises. Parce qu'on a de l'incertitude politique. Et quelles vont être les aides à l'achat, par exemple, pour les véhicules électriques l'année prochaine ?
Personne ne le sait. Quelles vont être les aides pour les producteurs de batteries qui sont en train de monter en
compétences ?
Oui,
c'est ça. Parce
que l'automobile, est-ce que c'est vraiment... C'est juste qu'ils sont en restructuration. Donc, est-ce que c'est inquiétant dans la mesure où ça peut être pérenne, cette baisse de la place de l'automobile dans l'industrie ou justement,
comme
on sait que c'est de toute façon un secteur qui est extrêmement en train de se structurer, on sait qu'après, peut-être, des emplois perdus avant de pouvoir se retrouver grâce à l'automobile électrique, etc.
C'est toute la question. Est-ce qu'on va réussir cette transition ? Est-ce qu'on va réussir à... Alors, on perd des emplois. On est à un niveau assez bas d'emplois par rapport
à la moyenne historique.
On est peut-être au creux.
Il
y a tout un écosystème qui se structure dans le nord de la France avec Renault, Peugeot aussi. Voilà, des fournisseurs qui commencent à se mettre en place. On a un enjeu sur les batteries qui est fondamental. Et là, on a vraiment un écart qui s'est creusé avec les acteurs chinois qui sont à la frontière de la technologie. Donc là, on a vraiment des enjeux sur la batterie qui sont des enjeux de rattrapage. Sur le secteur automobile,
on
a plutôt des acteurs qui étaient dominants il
y
a six ans, qui se sont fait rattraper. Donc la question maintenant, c'est comment eux-mêmes se restructurent et rattrapent et notamment arrivent à faire cette transition vers le véhicule électrique, ce qu'ont réussi les constructeurs chinois. Puis il y a d'autres secteurs qui sont... Voilà, qui sont pour le coup qui vont très bien. On a évoqué Airbus, l'aéronautique, la Défense qui a des carnets de commandes qui se remplissent. Donc la question, c'est plutôt la montée en cadence. On a des secteurs comme le luxe qui créent... Voilà, on a des ateliers qui se créent, qui sont assez dynamiques. Et puis d'autres secteurs qui sont un peu, pour le coup, voilà, ni en déclin, ni en... En
stabilisées.
Voilà, plutôt stabilisées, comme la pharmacie, voilà, la chimie. Il y
a
des questions qui se posent sur la chimie, notamment vis-à-vis du coût de l'énergie. Mais voilà, qui sont des secteurs qui ne sont pas en expansion, mais qui sont des secteurs qui restent importants en France.
Et
sur le cœur productif, disons vision assez large, vous êtes inquiet aujourd'hui de l'industrie française
? Alors,
je ne
suis
pas inquiet. La question, c'est difficile d'avoir une vision complète. Il y a des enjeux, des enjeux qui sont fondamentaux. La concurrence de la Chine, pour certains segments, c'est une concurrence qui est importante. Pas sur tous les segments, ça a été rappelé, l'Europe, la France et l'Europe restent des puissances industrielles. Donc il y
a
des enjeux de ce point de vue-là. Il y
a
des enjeux pour l'industrie qui vont se présenter à court terme avec les élections présidentielles. Quelle va être l'incertitude qui pèse aujourd'hui ? Comment on va faire ? Quel va être le contexte dans lequel l'industrie va évoluer ? On sait qu'il
y a
un déficit budgétaire. Qui va être mis à contribution pour... Tout le monde va être mis à contribution, étant donné l'ampleur du déficit budgétaire. Donc, quelle va être la contribution des entreprises ? Et je pense, un vrai sujet, à l'intérieur des entreprises, est-ce que l'industrie va être mise à contribution plutôt que les autres entreprises ? Parce que souvent, on a tendance à utiliser l'industrie pour obtenir des mesures fiscales en faveur des entreprises qui touchent finalement assez peu les entreprises. C'est ce qui a été le cas pour le crédit impôt compétitivité emploi, qui a assez peu bénéficié à l'industrie, alors qu'il
y
avait compétitivité, que la compétitivité, elle touche beaucoup l'industrie quand même.
Bruno, la production de biens d'investissement, elle recule de 1,7% sur ces trois derniers mois. Mais vous, vous fabriquez justement ces outils et vous faites ce plan d'investissement
dont on a parlé tout à l'heure. Nous, on essaie d
'être un peu atypique.
Vous avez l'impression d'être un peu à contre-courant de tout ça ?
Oui,
enfin bon, on ressent tout ce qui a été dit. Bien entendu, la pression asiatique, la montée en gamme de l'Asie est spectaculaire. Enfin, de la Chine notamment. Les machines, justement, c'était un domaine réservé européen. Maintenant, les Chinois font des bonnes machines. Ils ne font pas encore des machines aussi bonnes que celles qu
'on
fait chez Redex. Mais ils font des bonnes machines. Ils montent en gamme. Et il y a vraiment un grand problème avec la Chine. 55% de l'acier mondial, vous vous rendez compte, dans un seul pays. Enfin, ils sont dans une démarche parfois un peu prédatrice. Il y a près de 30% des entreprises chinoises qui sont déficitaires, qui sont tenues finalement vivantes grâce à des subventions. Et nous, comme ça a été dit également, en France tout particulièrement, on est capable de surtaxer l'industrie, qui est le secteur exposé, qui est la partie importante pour la souveraineté, qui est la partie la plus fragile, qui est en concurrence avec des étrangers.
Je pense notamment à la CVE, qui est une aberration économique. On taxe la valeur ajoutée. La valeur ajoutée,
ce
sont les usines. Donc, c'est l'industrie. Et on taxe la valeur ajoutée en France. Enfin, ça ferait rire un Italien ou un Allemand. Donc, on a vraiment des fragilités qui n'ont pas été traitées. Et ce qui est scandaleux pour moi, c'est qu'on parle de l'industrie finalement depuis très longtemps. Le CICE a été quand même un geste favorable, mais pratiquement le seul, et pas suffisant. Mais tout le monde ne parle que d'industrie. La réalité de terrain est très différente. Et même les gigafactories, même les batteries. Moi, j'ai eu la chance, si je puis dire, enfin, je crois que c'est plutôt une malchance, de visiter une des gigafactories. Je n
'ai
jamais vu ça. Des process qui ne fonctionnent pas, des machines importées, des ingénieurs asiatiques. Enfin, c'est de l'affichage. Il n
'y
a pas eu de démarche véritablement pro-industrie,
à
part le modeste CICE de 2012, si ma mémoire est bonne, novembre 2012. Le rapport Gallois,
ça
a dû démarrer en 2013. Mais comme c'était avec un décalage de deux ans,
d
'ailleurs, ça a commencé à produire des effets qu'en 2015.
Mais parce que vous diriez que la parole des industriels n'est pas entendue par le pouvoir paru ? Non. Parce
que,
comme vous dites, on en parle souvent, la réindustrialisation,
ce n'est pas un terme qui échappe aux médias. Non,
parce que j'étais d'ailleurs sur un plateau où j'étais le seul industriel, j'avais presque l'impression de gêner un peu. Mais l'industrie, tout le monde en parle, mais personne n'en fait. Et d'ailleurs, le poids de
l
'industrie est très faible dans les médias et dans le débat public. En Allemagne, le chancelier va interroger les industriels sur les mesures à faire. Il va être très proche du Mittelstand. Il va venir chaque année à leur réunion annuelle. En France, on va au Salon de l'agriculture. C'est totalement différent. L'industrie n'est pas entendue. Est-ce que vous pouvez me citer un grand industriel ? Il y
en
a très peu qui interviennent dans le débat public. Vous entendez parfois un peu Éric Trappier. Mais c'est un des rares, un des très rares. Vous avez très peu de véritables industriels qui s'impliquent dans le débat public et qui ont une influence. On a aussi Pierre Gattaz. Les taxes de production, si l'industrie était vraiment un lobby, comme on le dit, ça ferait longtemps qu'elles auraient sauté.
Et parce que depuis 2017, je repense aux France Relance, France 2030, territoire d'industrie, etc. Ça, c'est quoi pour vous ? Je vous pose la question peut-être à tous les deux. Ça, ce n
'est
pas des plans qui ont un impact sur l'industrie ?
Alors,
il y a eu des choses, effectivement, qui ont été faites au nom de l'industrie. Après, est-ce que c'est vraiment des mesures qui sont en faveur de l'industrie ? Voilà, si vous reprenez depuis 2012, on a eu le CICE, alors qu'il
y
a un peu l'industrie, mais pas assez peu l'industrie, finalement, étant donné le coût. On a eu le plan de relance. On a eu la baisse de l'impôt sur les sociétés. La baisse de la CVE, quand même, pour 10 milliards d'euros. On a eu un certain nombre de mesures. Maintenant, le crédit pour l'industrie verte. Donc, on a un certain nombre de mesures, mais la plupart, elles ne sont pas ciblées sur l'industrie, en fait. La baisse de l'IS, elle bénéficie assez peu à l'industrie. Voilà, le crédit impôt pour les industries vertes, effectivement, elle bénéficie à l'industrie. Donc, on parle beaucoup d'industrie.
Et moi, je trouve que, finalement, tout le monde a le mot « réindustrialisation » à la bouche. Quand tout le monde est d'accord sur quelque chose, c'est louche sur tout le spectre politique. Et donc, en fait, tout le monde est d'accord sur un grand objectif de réindustrialiser, mais on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire. Et on n'est pas capable de faire les choix pour, justement, donner les moyens aux entreprises et aux territoires d'aller vers cette réindustrialisation. Je donne un exemple, par exemple, sur la suppression de la CVAE. La suppression de la CVAE, effectivement, ça bénéficie plus à l'industrie, mais par contre, ça prive les territoires de ressources.
Il y a un lien entre, voilà, la mise, ce que vont faire les territoires et ce qu
'ils
vont en retirer. Et je pense que ce lien, il est aussi important. Il faut le penser aussi. Comment les territoires, les collectivités ont des intérêts à attirer de l'industrie ou pas attirer de l'industrie
?
Parce qu'aujourd'hui, pour un territoire, quand vous attirez de
l
'industrie, vous attirez de l'activité, mais finalement, assez peu d'emplois. Et ça, je pense que c'est quelque chose qu'il faut garder en tête. Il peut y avoir des arbitrages par rapport à des centres logistiques ou des choses comme ça qui vont se faire plutôt en faveur des centres logistiques que de l'industrie. Donc, on a besoin d'une action publique sur la formation. On a besoin d'une action publique aussi pour aider les entreprises et donner des perspectives. Et ça, on le fait assez peu parce qu'il y a des choix à faire. Il y
a
des choix à faire en faveur de l'industrie. Donc, en défaveur d'autres types d'investissements.
C'est ça, parce que, par exemple, je reprends cette actualité de Schneider Electric qui a annoncé sa réorganisation pour renforcer sa compétitivité, mais du coup, au détriment d'emplois. Ça, c'est pareil, c'est des arbitrages à faire pour l'industrie, mais du coup, moins d'emplois. Comment est-ce que vous voyez ça ?
Alors là, je pense que la question de Schneider Electric, elle est très territoriale. C'est-à-dire qu'il
y a
des territoires qui, effectivement, vont perdre cette réorganisation et d'autres territoires qui vont voir l'activité plutôt grossir. Mais moi, je pense que l'industrie, ce n
'est
pas une question d'emploi d'abord. C'est une question sûrement de souveraineté économique qui est importante. C'est une question de pouvoir faire les choix plus tard de ce qu
'on
veut faire, technologique. C'est une question dans la transition écologique. Mais aujourd'hui, ça a été dit tout à l'heure, l'industrie, c'est une part faible de la valeur ajoutée. C'est un peu plus de 10% de l'emploi. Même si on a une réindustrialisation qui est ambitieuse, on n'aura pas beaucoup d'emplois qui seront créés. Donc, la question qui se pose, et d'ailleurs, la question aujourd'hui, c'est d'abord de trouver des employés et notamment, on va avoir des gens qui vont partir à la retraite et donc, c'est plutôt de les remplacer.
Donc, c'est moins une question d'emploi qu'une question vraiment de comment on crée cette nouvelle industrie qui va favoriser la souveraineté, faire qu'on est moins dépendant du reste du monde sur certains produits et pas tous. Et ça, il faut le choisir. Il faut faire ces choix-là et dire que la santé, ce n
'est
pas la même chose que le textile, par exemple. Et donc, si on veut mettre du soutien public, il faut sûrement plus le faire dans la santé et certains segments de la santé ou de la défense que dans d'autres industries qui sont différentes ou des services. Voilà. On s'est réjouis il n
'y a
pas longtemps d'un investissement dans un parc de loisirs. Voilà. Est-ce que c'est vraiment le type d
'investissement qu'on veut attirer ? La priorité, justement, Bruno Corgent, sur
cette politique industrielle ciblée, ça,
c
'est pour vous une des routes
à suivre
?
Moi, je suis un peu
inquiet de la
politique industrielle.
Du
terme, déjà, si l'État s'occupait déjà de ce qui est de son ressort, c'est-à-dire la défense, ça,
c
'est éminemment l'État qui achète les armements, ce n
'est
pas les particuliers. Si l'État s'occupait de l'énergie, déjà, et des quelques autres compétences régaliennes, moi, ça me semblerait suffisant. L'exemple des gigafactories, pas développé, mais je trouve, je pense que c'est un véritable scandale, d'ailleurs, qui va sortir. Un gâchis d'argent public, qu'on a joué à l'industrie, il faut faire très attention. Vous savez, les Allemands disent souvent la politique industrielle en France, c'est Énar plus subvention. C'est malheureusement assez vrai.
Est-ce qu'on a voulu faire les gros titres ?
Ce n'est que de la communication.
Ce sont des usines dont le principal produit est le ruban d'inauguration, qui ont été inaugurés 25 fois, et dont la production est marginale aujourd'hui. Les batteries sont importées en très grande partie, et ce qui va fonctionner, c'est malheureux à dire, mais ce sont des usines d'origine asiatique, et là, à nous de les copier, à nous de s'en inspirer, à nous d'apprendre. Mais il n
'y
a pas le début du commencement de ce type de démarche en France.
Oui, parce que c'est-à-dire que même si nous, on progressait en politique industrielle interne, le décrochage par rapport aux pays étrangers, Chine notamment,
Je vais vous donner
un autre exemple. Les cinq derniers présidents chinois sont tous ingénieurs.
En
France, même les ministres de l'industrie ne sont pas ingénieurs. Enfin, on part de très loin. Aujourd'hui, il y
a
une méconnaissance totale de l'industrie. Donc, la politique industrielle, je pense que les politiques doivent s'en éloigner au plus possible. C'est ce qu'ils peuvent faire de mieux pour l'industrie. Et par contre, faire en sorte, et là aussi, c'est du régalien, que la formation professionnelle, elle fonctionne, ça, c'est du domaine de la politique industrielle réelle. Faire en sorte que les impôts de production, la fiscalité soient dans la moyenne européenne, ça, c'est de la vraie politique industrielle. Tout le reste, c'est quand même beaucoup, et ça, pour moi, c'est un scandale et c'est dramatique parce que je préférais presque qu'on ignore l'industrie ou même qu'on la méprise.
Mais aujourd'hui, tout le monde l'aime, mais personne ne s'en occupe réellement.
Priorité, du coup, pour cette année présidentielle 2027, ce serait pour vous ?
Formation professionnelle.
La
formation professionnelle doit être vue. Vous savez, quand Bérégovoy était ministre de l'économie, il avait commencé à Justeur. Quand Monori avait commencé garagiste, il faut qu'en France, il y
ait
des passerelles. On puisse commenter dans un métier manuel, grandir et occuper tous les postes.
Et
donc, valoriser la formation professionnelle, c'est ce qui fait le succès de la Suisse, de l'Allemagne, de l'Italie. Et c'est là qu'il faut faire porter l'effort maximum.
Vincent, vous diriez la même chose
?
Moi, je dirais, je suis moins critique de la politique industrielle pour le coup. Il y
a
peut-être un sujet, enfin, il
y
a sûrement un sujet de comment on fait de la politique industrielle et notamment en France, est-ce qu'on a les compétences pour le faire ? Et ça, je pense que ça ne
veut
pas dire une implication du politique au jour le jour dans la politique industrielle. Mais ce qu'on voit, c'est aussi les pays qui réussissent bien, les pays asiatiques, que ce soit la Chine, que ce soit la Corée du Sud, que ce soit le Japon, Taïwan, ils ont mis en place des politiques industrielles, ils ont fait des sois forts. Et je pense que c'est ça qu'il faut, on a besoin de sois forts et de sois qui proviennent d'une analyse, d'une analyse qui associe les professionnels, bien sûr, les entreprises, mais qui associe aussi l'État et avec des compétences à l'intérieur de l'État. Et ça, c'est sûrement quelque chose qu'on a perdu, qu'on avait à l'époque et qu'il faut reconstruire.
Et donc, je pense avoir cette vision de long terme et se dire, on doit construire la gouvernance d'une politique industrielle en France et en Europe avec nos partenaires européens.
C
'est
vrai que vous parlez de choix forts, courageux dans une tribune que vous publiez au Monde. Ce serait quoi du coup, le courage ? Il faudra voir le courage de faire quoi ?
Le courage de dire, il y
a
des secteurs qu
'on
veut aider, il y
a
des secteurs qui peuvent très bien fonctionner tout seuls, mais dans lesquels on n'a pas vocation à aller avoir une politique de soutien pour ces secteurs. Mais il y
a
des secteurs qu'on veut aider. On a évoqué la défense,
on
a évoqué par exemple toutes les nouvelles
industries vertes. On
sépare la vie défense, l'industrie verte
? L'industrie verte, tout à fait, oui. C'est des secteurs, l'aérospatiale où il y a des sujets, il y a sûrement des sujets sur le quantique qui sont plus dans les technologies de rupture. Voilà, il y a des sujets comme ça sur lesquels il faut investir et puis il y
a
d'autres sujets sur lesquels pour le coup il n
'y a
pas besoin d'une intervention publique. Et puis quand on veut aider l'industrie, on ne veut pas forcément aider toutes les entreprises. Et là il
y
a un sujet à comment on trouve les outils pour cibler les industries.
Vincent Vicar, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
Je
rappelle que vous êtes directeur adjoint à l'Institut français d'économie, auteur de Faut-il réindustrialiser la France ? Bruno Grandjean, merci beaucoup. CEO de Redex, merci à tous les deux d'avoir participé à ce débat et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis. C'était Smartéco.