Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBFMTV· 23 octobre 2023 15 min

Débat à l'Assemblée sur la guerre Hamas/Israël: le discours de Marine Le Pen

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Marine Le Pen

Madame la Présidente, Madame la Première Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues. Il y a quelques semaines encore, Israël et certains pays arabes avaient entrepris de se mettre en route vers une normalisation des relations, faisant naître l'espoir de la paix dans cette région du Proche-Orient, berceau de plusieurs civilisations, mais aussi théâtre de bien des luttes armées. Malheureusement pour une organisation terroriste islamiste, le Hamas, sans doute soutenue par des régimes guidés par la haine d'Israël, cette promesse d'apaisement était insupportable.

Ainsi, le 7 octobre dernier, cette terre du Proche-Orient, la terre même d'Israël, a une nouvelle fois été baignée par le sang de plusieurs centaines d'innocents, bébés, femmes, hommes et vieillards israéliens et trente de nos compatriotes. Depuis plus d'un demi-siècle, les atrocités de la Shoah, le peuple juif n'avait pas connu un tel massacre. S'il appartiendra aux instances internationales compétentes de dire si ces atrocités sont des crimes contre l'humanité, il est certain que ces attaques sont un crime contre les hommes et un crime contre la paix. Et en cela, elles devraient être condamnées sans réserve par tous ceux attachés à la vie, à la justice et à la dignité.

Les conséquences de cette attaque sont désormais multiples. La première est bien entendu la riposte d'Israël. Cette riposte est tout à fait légitime. Comme l'a rappelé à de multiples reprises l'ONU, Israël a le droit de se défendre. Et je considère même que c'est un devoir de l'État israélien de défendre sa population. Ce droit à se défendre n'est bien sûr pas inconditionnel, mais doit se faire dans le respect du droit international et des droits de l'homme. Le statut démocratique de l'État israélien apparaît pour nous, Français, comme une première garantie du respect par Israël de ce droit.

De la même manière que la riposte d'Israël est légitime, la protection de la population civile de Gaza l'est aussi. Je ne peux qu'être soulagée par les images de ce week-end des camions apportant aux populations de Gaza des vivres. Car, Madame la Première Ministre, vous avez eu raison de rappeler que le Hamas n'est pas la Palestine. Je reconnais bien volontiers la complexité à protéger les civils, car le Hamas, toujours plus enclin à l'ignominie, se sert de la population civile comme bouclier humain. Mais la grandeur de l'armée d'Israël sera justement de respecter ces règles que les terroristes du Hamas ont eux, honteusement et lâchement bafouées.

Voilà, chers collègues d'extrême-gauche, ce qui différencie la civilisation de la barbarie. Voilà ce qui différencie une armée régulière d'une organisation terroriste. Voilà pourquoi on ne demande pas à des terroristes de cesser le feu, mais de déposer les armes et de libérer les otages. C'est tout. Cette attaque sera en outre, je l'espère, l'occasion d'une prise de conscience mondiale que l'islamisme est un fléau à combattre de toute urgence. Et la fascinade de Dominique Bernard, qui suit la longue liste des victimes d'attentats en France, comme les attentats déjoués récemment par nos services, sont là pour nous rappeler que pour nous, Français, c'est une urgence bien réelle.

Cette lutte contre le terrorisme islamiste doit commencer par l'interdiction des idéologies islamistes sur notre sol. J'ai, vous le savez, Madame la Première Ministre, un texte prêt à être voté à cet effet. Pour en revenir au sujet qui nous réunit aujourd'hui, permettez-moi de vous présenter en quelques mots le rôle que je considère que la France devrait jouer et de quelle manière. Par ces liens historiques et stratégiques, la France est bien placée pour entretenir des relations avec tous. Elle l'est naturellement à Beyrouth, au Caire, à Abu Dhabi. Elle pourrait le devenir à Rabat, Koweït City et Mascate, si elle le voulait. Elle doit le devenir à Ankara, Doha, Damas et Téhéran.

Elle doit le redevenir à Moscou et à Pékin. Ce rôle d'intermédiation, flexible et créatif, elle le jouait à merveille. Elle ne l'incarne plus au désespoir de nombre des pays que je viens de citer et d'autres sur le continent africain, qui n'est pas l'objet de ce débat. Pourquoi la voix de la France est-elle si désespérante dans cette région, tout particulièrement ? Parce que sa diplomatie a perdu de vue la nécessité de maintenir son indépendance, son éco-distance et sa constance. La France ne peut porter sa voix que si elle adopte une posture non alignée. Elle peut et doit offrir une alternative solide et crédible au tête-à-tête avec les puissances extra-régionales.

Dialoguant avec tous, connaissant chacun, disposant d'une force armée souveraine prête à l'emploi pour épauler ses alliés, la France est clairement à sa place dans ce rôle-là depuis des siècles. Ce rôle, elle l'a tenu avec courage en 2003, lorsque les néo-conservateurs américains ont voulu remodeler la région par la force, jouant les apprentis sorciers, ce qui a durablement déstabilisé le Proche-Orient. La France seule a dit non et elle a eu raison. Ce rôle, elle l'a quitté en 2011, lorsque Nicolas Sarkozy a attaqué la Libye, provoquant un appel formidable d'air aux terroristes et aux réseaux de passeurs de migrants.

Ce rôle, elle l'a aussi oublié durant les printemps arabes, où elle a cru que l'islamisme serait soluble dans la démocratie, ce qui s'est payé par des vagues d'attentats en France. Après six ans de mandat d'Emmanuel Macron, nous ne pouvons que regretter le délitement de notre diplomatie. J'y vois deux causes. Tout d'abord, avoir accepté de laisser l'Union européenne mettre en œuvre sa propre diplomatie. Le dernier voyage de l'allié des Républicains, devenu aussi celui de la majorité, Mme von der Leyen en Israël a à nouveau souligné l'inefti de cette stratégie. L'autre cause est que la liste des pays avec lesquels Emmanuel Macron ne parle plus avec efficacité s'allonge dans le temps.

Le président ne parle plus avec le Maroc. C'est fourvoyé dans une alliance algérienne par nature stérile, néglige la Tunisie, ne s'appuie pas assez sur l'Égypte, qu'il a même critiqué en public en janvier 2019, et les Émirats arabes unis. Partenaire stratégique dont il faut saluer l'engagement, ferme contre le frérisme, alors que la France est si laxiste contre lui.

Il ignore les capacités de médiation d'Omane et du Koweït, a perdu le contact étroit qu'elle avait avec le Qatar, ne dialogue ni avec la Syrie ni avec l'Iran, deux pays avec qui pourtant le monde arabe a normalisé ses relations diplomatiques, tense inutilement le Liban et ignore souvent deux puissances, Russie et Chine, pour ne s'aligner au final trop souvent que sur les seuls États-Unis. Dans ce désert qu'est sa diplomatie régionale, où sont les vrais alliés de la France, ses relais et ses réseaux d'influence ? Sans eux, la voix de la France est muette, pire. Sans eux, la France n'anticipe pas les attentats.

Je l'ai dit, durant la campagne présidentielle, le sectarisme de la diplomatie française actuelle met directement les Français en danger. Cette diplomatie du déni est une erreur lourde que la France a payée cher. Dialoguer avec un État n'est pas approuver son régime, mais couper irrémédiablement le contact avec ce dernier mène à l'impasse complète et à l'impuissance. De même, dialoguer avec son seul standard de valeur en tête conduit à l'incompréhension des situations et à la même impuissance, c'est ce qui vous arrive. Dialoguer avec tout le monde suppose enfin d'avoir de bons diplomates.

Or, la réforme des carrières diplomatiques voulues à marche forcée par Emmanuel Macron met à bas l'édifice du corps des conseillers et ministres plénipotentiaires. Je le redis, l'indépendance seule permet d'être informée, écoutée, respectée et donc de peser. Mais elle ne suffit pas, comme ce conflit le démontre. Le deuxième principe auquel le général de Gaulle était particulièrement attaché était celui de l'équidistance. Celle-ci impose de tenir compte des intérêts et des arguments de chacune des parties en tentant d'éviter un positionnement a priori.

Cette position qui met la France comme point d'équilibre, appelée et coudistance lui donne une voie plus puissante encore, lorsqu'en cas de violation manifeste des règles qui régissent l'Organisation des Nations, elle condamne cette violation. Mais elle permet aussi de conserver une efficacité lorsqu'il s'agit de proposer aux protagonistes une solution peut-être impossible à première vue, mais que le temps finira par rendre acceptable. En cela, chacun doit comprendre que l'équidistance n'empêche pas la France de prendre position. Bien au contraire, elle donne à cette position une force et un crédit particulier.

Elle est donc l'inverse de la folie promue par certains dans cet hémicycle qui consiste à mettre un trait d'égalité entre l'agresseur et l'agressé, ou pire encore, entre un groupe armé terroriste et un État démocratique. Que dicte-t-elle pour répondre à l'actualité ? Que l'existence d'Israël, tout comme son droit à la sécurité, ne saurait être niée, comme ne saurait être niée le droit des Palestiniens à bénéficier un jour d'un vrai État. Que l'offensive terrestre qui se prépare peut durablement affaiblir le Hamas terroriste et s'est heureux, mais ne résoudra sans doute pas le conflit politique entre Israël et la Palestine.

Que le déplacement de population vers le Sinaï ou Negev ne fera qu'attiser la haine des populations déplacées en retour et déstabilisera l'Égypte, voire la Jordanie. Que le peuple israélien et le peuple palestinien méritent considération et respect. Et que la solution politique des deux États dans des frontières reconnues apparaît comme un objectif certes ambitieux, mais incontournable pour apaiser cette si belle région. Cette solution que la diplomatie française doit continuer à porter n'était pas inexistante dans le débat politique en Israël. L'ancien Premier ministre intérimaire, M.

Lapid, dans un discours à l'Assemblée générale des Nations unies le 22 septembre 2022, déclarait qu'un accord avec les Palestiniens basé sur deux États pour deux peuples est la bonne chose pour la sécurité d'Israël, pour l'économie d'Israël et pour l'avenir de nos enfants. Nous n'avons, disait-il, qu'une seule condition, qu'un futur État palestinien soit pacifique, qu'il ne deviendra pas une autre base terroriste à partir de laquelle le bien-être et l'existence même d'Israël seraient menacées.

Ces voix aujourd'hui inaudibles, compte tenu du traumatisme que vient de vivre Israël, savent que, paradoxalement, la sécurité d'Israël ne passera que par un règlement politique visant à créer un vrai État palestinien, qui serait alors tenu pour responsable, aux yeux de la communauté internationale, de la lutte contre ou de la complaisance avec les groupements armés terroristes sur son sol. Cette vision paraît du fait de la terrible actualité irréaliste pour les protagonistes. Mais la France doit continuer à la promouvoir. Cette insistance à promouvoir une médiation en dépit des vents contraires, c'est aussi la constance d'une diplomatie qui ne se renie pas. La constance.

La constance est en effet la troisième vertu cardinale de la diplomatie que je défends. La fameuse politique arabe de la France n'est pas une politique de coup, de visite rapide ou de déclaration péremptoire. C'est une vision de long terme, s'appuyant sur des principes clairs. Le respect du droit international, résolution des Nations Unies ou droit de la mer en Méditerranée orientale, la légitime défense, la condamnation inconditionnelle du terrorisme, le dialogue permanent avec tous les pays clés de la région, sans exception, sans sectarisme, mais avec l'objectif de défendre la sécurité des Français et les intérêts de la France.

La formation de diplomates, d'agents de renseignement et de militaires aux relations bilatérales, le secret des intentions, des actions et des décisions essentielles à la réussite de toute diplomatie, loin des vanités personnelles. La défense des communautés chrétiennes d'Orient, inséparables dans leur destin de celle de la France et de l'Occident, face à la barbarie islamiste. L'attachement français à la laïcité, qui lui fait rejeter les idéologies islamistes, qu'elles soient salafistes, fréristes et djihadistes. Ces grandes constantes-là ont été largement oubliées ces dernières années. Le bilan en est affligeant. La France n'est ni écoutée, ni défendue, ni respectée, ni entendue.

Face au chaos que M. Macron et ses gouvernements ont installé sciemment dans la diplomatie française et singulièrement dans cette région du monde, je redis avec force ici qu'il faut, oui, voler vers l'Orient compliqué avec des idées simples. Ces idées simples sont les principes clairs et éprouvés de l'indépendance, de l'équidistance et de la constance. C'est la déclinaison de ces principes, et je conclurai là-dessus, qui m'a guidée pour proposer, il y a quelques semaines, un nouvel outil juridique pour protéger les libertés humaines, la diversité des civilisations, les richesses culturelles du monde et aider au règlement pacifique des conflits.

Au Proche-Orient, à l'Est de l'Europe ou dans la bouillonnante Afrique, je crois que le chemin de la paix ne pourra passer que par la reconnaissance préalable de deux certitudes. L'existence des nations participe à la diversité du monde et donc à la richesse de l'humanité et la considération des peuples et le respect des nations sont des principes essentiels à la paix et à l'harmonie du monde. Le pape Jean-Paul II expliquait à la tribune de l'ONU en 1995, la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948 a traité de manière éloquente des droits des personnes. Il n'existe pas encore d'accord international analogue qui traite des droits des nations dans leur ensemble.

C'est là un fait qu'il convient de prendre attentivement en considération, étant donné les questions urgentes qu'il suscite dans le monde contemporain au sujet de la justice et de la liberté. Compléter le droit international dans ce sens, c'est précisément l'objectif de la Déclaration des droits des peuples et des nations que j'ai présentée il y a quelques semaines.

Profondément ancré dans la tradition diplomatique et politique de notre pays, les grands principes énoncés dans cette charte, à commencer par l'égalité en dignité et en droit de tous les peuples et les nations, pourraient servir de guide pour trouver demain un règlement au conflit israélo-palestinien, prémisse à la normalisation des relations inter-étatiques au Proche-Orient. Cette proposition pourra devenir un outil que la France, de tout temps créatrice de droits nouveaux, pourra porter dans le monde. Notre pays retrouvera ainsi cette place si particulière dans le concert des nations. Cette place que je crois beaucoup de pays du Proche-Orient attendent à nouveau.

Cette place qui lui permet en même temps d'assurer la sécurité des Français, de promouvoir nos intérêts nationaux et de, comme le disait le préambule de la Charte des Nations Unies, favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande. Je vous remercie. Merci beaucoup. Merci.

14:37
Locuteur

Merci. Merci. Merci.