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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 24 janvier 2025 23 min

François Ruffin : "Pourquoi ne répond-on pas aux États-Unis par des taxes aux frontières ?"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Notre invité avec Marion Lourd ce matin est député Picardie Debout, député de la Somme. Vous pouvez poser vos questions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue. Vous venez de publier une lettre à vos camarades socialistes et on va prendre le temps d'en parler parce qu'elle est longue et qu'elle est nourrie et qu'elle s'inscrit dans une démarche de combat politique. Mais on va partir d'une autre forme de conflit, d'une autre forme de guerre. La guerre commerciale lancée par Donald Trump, promise par le président américain. Il promet des barrières douanières.

Est-ce qu'il faut y répondre avec les mêmes armes, François Ruffin ? Vous avez par le passé assumé une position protectionniste. Vous avez assumé une préférence nationale avec ce qu'on appelait le French Buy Act, acheter de préférence des produits français fabriqués en France. Est-ce que vous pensez que cette riposte, cette posture est tenable aujourd'hui face au rouleau compresseur Trump ?

1:12
François Ruffin

Alors, je vais y répondre, mais d'abord dire ce que ce moment Trump, ce moment Musk signifie. Parce qu'au-delà de la guerre commerciale, c'est de la démocratie qu'il s'agit. Et qu'est-ce qu'on voit ? On voit une oligarchie qui se croit tout permis jusqu'au sali nazi. C'est-à-dire...

1:32
Invité

Pour aller d'Elon Musk.

1:33
François Ruffin

Bien sûr. Et devant les caméras du monde entier. Et ça signifie quoi ? Ça signifie une classe qui est frappée de démesures. Vous savez, c'est l'hubris de la tragédie grecque. Qui s'est détachée du sol commun. Le symbole, c'est le jet privé ou le vol sur Mars. Et qui, voilà, on a des espèces de surhommes contre les gens qui ne sont rien. Mais Donald Trump a été élu. Il a été élu. Démocratiquement. D'accord, mais ce n'est pas une raison pour accepter que finalement, eux qui hier détenaient l'argent, et depuis longtemps, qui se sont mis à contrôler l'opinion par les médias et les réseaux sociaux, aujourd'hui, prennent directement le pouvoir.

Non plus le délègue à un banquier d'affaires, mais le prennent directement. Vous savez, puisqu'on est aux Etats-Unis, le président Rulevelt disait « L'argent organisé est aussi dangereux que le crime organisé ». Et là, face à cette force-là, il faut y répondre par la force. Par la force du droit, par la force de la démocratie, mais il faut y répondre avec force. Et pour répondre à votre question, ce que je vois, c'est des USA de la puissance face à une Europe de l'impuissance. Et que Donald Trump dit « Si vous voulez vendre ici, vous devez produire ici ». Mais je le comprends parfaitement. Mais pourquoi on ne répond pas d'eux-mêmes ?

Pourquoi on ne répond pas par des taxes frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation ? Vous savez, ce discours-là, ça fait maintenant 20 ans que je le tiens. La nouveauté, c'est que le PDG d'Arcelor, désormais, tient le même discours. Le PDG de Valeo, désormais, tient le même discours. Les industriels de la chimie tiennent le même discours.

3:12
Invité

Mais pas celui de Stellantis, par exemple, qui vient d'annoncer un gros investissement aux Etats-Unis ?

3:15
François Ruffin

Mais s'ils veulent aller vendre aux Etats-Unis, qu'ils investissent aux Etats-Unis. Mais en revanche, ceux qui veulent vendre en France, ceux qui veulent vendre en Europe, qu'ils produisent en Europe. Et je le dis, il ne pourra pas y avoir de politique industrielle sans une politique commerciale. On le voit sur tout. Vous savez, on l'a vu sur le masque pendant la crise du Covid, qui était le symbole de la crise Covid. Emmanuel Macron a donné des dizaines de millions d'euros pour qu'il y ait des usines de masques qui se créent en France. Sauf qu'elles ont fermé dans les six mois. Pourquoi ? Parce que 99% des masques continuent à venir de Chine.

Et là, ça va se renforcer d'un autre problème, qui est que comme les Etats-Unis ferment leurs frontières aux produits chinois, ils vont venir se déverser sur le marché européen. Donc, si on veut sauver notre industrie, il y a une urgence. C'est une politique commerciale, une politique commerciale européenne autant que possible, et sinon une politique commerciale au moins sur le terrain du By French Act, que les administrations, la police, les pompiers achètent des produits produits ici.

4:12
Invité

Mais vous entendez par exemple les entreprises qui exportent, je pense aux constructeurs automobiles allemands, parce qu'eux, ils sont inquiets de voir un rétablissement des barrières douanières, ils n'y ont pas intérêt.

4:21
François Ruffin

J'entends qu'on a affaire à un double partage, à un double conflit. Il y a un conflit entre puissances. Enfin, pour l'Europe, c'est l'impuissance. Nous sommes les idiots de la mondialisation depuis plus de 20 ans maintenant, et je suis en première ligne à dessus parce que ce sont les ouvriers, les ouvriers qui ont été les plus durement frappés ces derniers temps. Mais on a un conflit entre puissances. Et ça se double d'un conflit entre le capital et le travail.

Parce que vous savez, quand vous avez des papiers des échos qui vous disent « Dividendes, les groupes du CAC 40 n'ont jamais été aussi généreux », c'est qu'il y a un ordre du monde qui est organisé pour que les multinationales, en effet, puissent aller chercher les coûts du travail les plus bas, les normes fiscales les plus basses, les normes environnementales les plus basses dans un espèce de grand supermarché du monde. Et donc, elles, elles ont pour partie intérêt à ça. Mais maintenant, si jamais on veut préserver une industrie, voire la développer, il nous faut absolument protéger nos marchés aujourd'hui. Vous savez, maintenant...

5:22
Invité

Mais nos produits vont coûter plus cher quand on exportera.

5:24
François Ruffin

Tout à fait, à la marge. D'accord ? Si, à la limite, vous savez, les Chinois pratiquent le protectionnisme. Et sans complexe, si on veut vendre en Chine, il faut non seulement produire en Chine, mais en plus, il faut faire du transfert d'innovation, du transfert de compétences.

5:40
Présentateur

Mais à quoi ressemblerait cette politique commerciale, François Ruffin ? Puisque nos téléphones, là, pour le coup, nos ordinateurs, c'est fabriqué en Chine. Vous parlez des Etats-Unis. C'est vrai qu'on exporte beaucoup de biens, mais nous importons énormément de services. Le software, les logiciels, on parlait de l'intelligence artificielle tout à l'heure. Tout ça, ça vient des Etats-Unis. Et on ne peut pas, pour le moment, le fabriquer ou le produire en France ou en Europe.

6:05
François Ruffin

D'une part, vous savez, il y a 10 000 lignes tarifaires à l'OMC. Et donc, je ne dis pas qu'il faut relever nos taxes aux frontières de manière uniforme, en mettant tout à 25% ou tout à 40%. Tout ça n'aurait pas de sens. Il faut qu'on identifie les 50, les 100, les 150 produits qui nous apparaissent comme étant clés pour la souveraineté de la nation. Vous savez, c'est Emmanuel Macron, dans le cœur de la crise Covid, qui disait « déléguer à notre ». Notre protection, notre alimentation, notre sécurité est une folie. Il faut cesser de le déléguer à d'autres. Donc, il faut identifier un certain nombre de produits sur lesquels on mène cette protection commerciale.

Et d'autre part, parce que c'est par l'Est qu'on s'est fait piller de cette manière-là, par l'Asie, par... Mais on a un autre souci, qui est que c'est par l'Ouest qu'on se fait piller sur le capital, par les fonds d'investissement, par les fonds de pension anglo-saxons. On a des fonds de pension anglo-saxons qui se sont mis à prendre les plus beaux fleurons. On peut penser à Alstom, qu'Emmanuel Macron a donné à Général Electric. Mais par exemple, chez moi, dans mon coin, c'est l'entreprise Watts, qui a été reprise par un Américain et qui a fermé du jour au lendemain, sans salarié dans un petit coin rural. C'est une tragédie.

Et c'était un premier ministre allemand qui disait que c'était comme une nuée de sauterelles qui venait dévaster les industries. Ça, il faut protéger le capital. Vous savez, ça veut dire quoi ? Ce que je vous dis là, il y a un rapport d'Olivier Luanzi qui est paru, qui avait été commandé par Emmanuel Macron, mais qui finalement n'a pas été rendu public. Ça veut dire que pour sauver notre industrie, il faut, un, une politique commerciale, deux, il faut mobiliser le capital national plutôt que d'aller faire la danse du ventre à Choose France, devant Elon Musk et Mark Zuckerberg, comme on l'a fait ces dernières années.

7:53
Invité

C'est un sommet des investisseurs.

7:54
François Ruffin

Oui, il y a 2000 milliards en France d'assurance-vie. Ça n'est pas ciblé sur l'industrie. Il faut flécher cette épargne nationale vers des investissements ici. Enfin, le troisième point, c'est que alors que François Béroud, dans son discours de politique générale, rendait hommage aux multinationales, qui, même quand elles sont françaises, les poules aux odeurs, en vérité, on sait qu'une renaissance de l'industrie dans notre pays, ça passe par les établissements de taille intermédiaire, ça passe par les TPE, ça passe par les PME, c'est par ce tissu profond-là qu'on fera renaître l'industrie dans notre pays.

8:28
Invité

François Ruff, un tout autre sujet qui est dans l'actualité également, c'est Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, qui doit présenter aujourd'hui une nouvelle circulaire au préfet qui leur demande de n'accepter que de manière exceptionnelle la régularisation des sans-papiers par le travail ou pour motif familial et d'exiger 7 ans de présence en France, alors que la circulaire Valls fixait un quota de 30 000 personnes régularisées par an. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

8:51
François Ruffin

Écoutez, il faut mesurer déjà l'immense difficulté pour les personnes qui vivent depuis des années sur le territoire français, qui travaillent, qui payent des impôts, pour accéder simplement à avoir un rendez-vous à la préfecture et des galères en série pour obtenir à la fin des papiers. Moi, je suis pour que les gens qui sont sur le territoire français puissent s'intégrer, puissent s'intégrer par la langue, puissent s'intégrer par le travail. Et quand on voit, par exemple, on a fini par y arriver, et c'est une fierté, qu'Abou Sangaré, le héros de l'histoire de Souleymal, c'est une intégration française.

9:34
Invité

Mais vous ne croyez pas à l'appel d'air, la théorie de l'appel d'air ?

9:36
François Ruffin

Je vous le dis, je suis pour que toutes les personnes qui sont sur le territoire français, quand elles travaillent, puissent accéder à des papiers, être intégrées normalement, puissent se vivre sans avoir au cœur la peur. Ça ne signifie pas, en revanche, je suis hostile à une politique qui viendrait dire on a besoin d'auxiliaires de vie, donc on va aller chercher en Afrique subsaharienne des auxiliaires de vie pour le marché français. Je suis hostile à ce type de politique-là.

10:02
Présentateur

Il y a des auditeurs nombreux au standard d'Inter. François Ruffin, bonjour Angelo.

10:08
Auditeur

Bonjour François Ruffin, bonjour François Ruffin.

10:10
Présentateur

Bienvenue, vous avez une question pour notre invité.

10:13
Auditeur

Alors, je trouve personnellement, et je ne crois pas que ce n'est qu'une impression, que la gauche a beaucoup de pudeur et notamment le camp des Insoumis a abordé le thème de la délinquance et de la répression, avec à son crédit qu'ils sont les seuls à avoir parlé des retours des polices de proximité dans les quartiers. Et je trouve qu'en se coupant de ce sujet essentiel de la délinquance, donc la préservation de la tranquillité pour des travailleurs ou autres, elle laisse un boulevard à la droite et au Rassemblement National. et je pense que c'est une des raisons pour lesquelles vous avez des électeurs qui passent de l'un à l'autre. Il y a une pudeur qui n'est pas justifiée.

Je suis un sympathisant et un militant de gauche, mais cette façon de ne pas parler de ce sujet ou de l'aborder du bout des lèvres me sidère totalement.

11:04
Présentateur

Alors, on va laisser Angelo François Ruffin vous répondre. je comprends

11:09
François Ruffin

qu'Angelo nous dise ça maintenant. Pour ma part, en tout cas, il n'y a jamais eu de pudeur pour qui me connaît. Je n'ai jamais hésité à aborder les questions de sécurité et je suis heureux que le thème du narcotrafic aujourd'hui ait sa place publique. Pourquoi ? Parce que je l'entends depuis deux années et je l'ai dit, le trafic de drogue, ça pourrit la vie de qui ? Ça pourrit d'abord la vie des habitants des quartiers. Je veux dire, c'est des tas de témoignages que je recueille de parents hyper inquiets pour leur enfant. Ça veut dire que quand l'enfant va au collège, on lui dit de passer par tel ou tel chemin mais défiter ce point d'île-là.

Ça veut dire qu'on l'appelle dès qu'il rentre du collège pour être sûr qu'il est bien rentré avec pas seulement la crainte d'être tué mais la crainte à l'adolescence notamment pour les garçons d'un basculement dans l'argent facile.

11:56
Présentateur

Vous soutenez du coup le ministre de l'Intérieur qui propose d'en faire une cause nationale la lutte contre le trafic de stupéfiants. Est-ce que vous soutenez également le ministre de la Justice qui veut un parquet national anti-criminalité organisé ?

12:11
François Ruffin

Vous savez je rencontrais la semaine dernière le sénateur Jérôme Durin qui avait mené la commission d'enquête sur le narcotrafic et donc la recommandation principale qu'il donne c'est follow the money suivre l'argent de manière à ce que alors à l'inverse de ce qu'a fait Gérald Darmanin avec ses opérations place nette avec une police qui apparaît un jour et qui disparaît le lendemain et qui permet seulement d'avoir des petits dealers là c'est d'aller chercher les gros bonnets notamment en ayant des inspecteurs du fil des inspecteurs des douanes des inspecteurs de police spécialisés dans les questions de patrimoine et qui viennent comparer le train de vie des gens avec leurs revenus déclarés et donc je suis tout à fait favorable à ça maintenant la seule nuance je l'ai dit à Jérôme Durin que je vois c'est que il manque pour moi un deuxième volet le deuxième volet c'est ce que j'ai dit c'est qu'en fait la principale résistance à la drogue elle se trouve à l'intérieur des quartiers eux-mêmes c'est des associations de mamans qui font de la zumba sur la place du quartier pour pas qu'elle soit livrée au 10h vous voyez et donc je pense que une politique publique contre le narcotrafic ça doit pas seulement venir de l'extérieur par la police qui est nécessaire mais ça doit aussi venir de l'intérieur en soutenant les associations en soutenant les parents en faisant que il y ait cette résistance là de l'intérieur d'une part et d'autre part ça a été mentionné par Angelo qu'on est une police de proximité ça veut dire quoi qu'est-ce que demandent les gens ils demandent une police qui reste et non pas une police qui passe

13:37
Présentateur

il y a donc cette lettre que vous avez publiée hier soir une lettre qui commence par ces mots chers et chers camarades socialistes ça commence plutôt bien mais vous leur demandez où ils vont quel est leur cap et vous vous interrogez parce que vous avez l'impression que les socialistes sont en train de trahir les promesses de la gauche quand on vous lit c'est assez sévère ce sont les choix qui sont faits depuis maintenant des décennies depuis François Mitterrand depuis Jacques Delors en Europe depuis Pascal Lamy et confirmé par François Hollande que vous refusez complètement pourquoi avoir pris la plume François Ruffin pour vous en prendre à ce qui est aujourd'hui une composante essentielle du nouveau Front Populaire

14:26
François Ruffin

je ne pense pas que je m'en prends et je ne pense pas que c'est lu comme ça par mes camarades socialistes en revanche je dis une crainte un vrai sentiment de lecteur en tout cas je dis une crainte je dis une crainte oui le Parti Socialiste qui depuis 1983 a ouvert une parenthèse libérale c'est un souci et j'étais un adversaire du Parti Socialiste jusqu'en 2022 vous dites même que c'est ça qui vous a lancé en politique ça a été un moteur moi je suis de gauche et quand on a une gauche qui est au pouvoir qui ne mène pas une politique de gauche quand on a une gauche qui fait la loi travail quand on a une gauche qui refuse le résultat du référendum sur le traité concilial européen de 2005 quand on a une gauche qui fait la déchéance de nationalité quand on a cette gauche là qui est au pouvoir forcément à ce moment là il y a deux gauches qui sont irréconciliables mais je pense que les temps ont changé les temps ont changé depuis 2022 où il y a eu le choix intelligent de Jean-Luc Mélenchon de tendre la main à Olivier Faure et le choix intelligent d'Olivier Faure d'accepter cette main tendue et de se mettre ensemble pour ne plus avoir deux gauches irréconciliables mais on concerne une gauche qui soit forte une gauche qui soit puissante une gauche qui puisse mener à la victoire or ce que je vois ce que je crains c'est le retour des deux gauches irréconciliables avec d'un côté

15:42
Présentateur

d'un côté par François Hollande et de l'autre

15:44
François Ruffin

par Jean-Luc Mélenchon en effet au-delà des personnes mais en effet qu'on est un parti socialiste qui décroche de la France insoumise et je comprends bien pourquoi mais qui en même temps ne soit plus arrimé à gauche je le dis comme dirait l'un de leurs alliés le cap est clair le cap est clair il nous faut faire quoi ?

il nous faut fermer la parenthèse libérale sans faire peur fermer la parenthèse libérale c'est-à-dire ne plus dire marcher, marcher, marcher mais dire qu'il nous faut un état qu'il nous faut un état chef d'orchestre qu'il nous faut un état régulateur ne plus répéter concurrence, concurrence mais dire qu'il nous faut de la coopération j'ai cité je dis le cap est clair mais ce cap n'est pas le même que Raphaël Gluckman on a déjà eu des débats là-dessus puisque voilà l'Europe telle qu'elle s'est faite ces 40 dernières années j'ai dit et je répète en quoi elle ne me convient pas dans la concurrence libre et non faussée

16:43
Présentateur

mais celui que vous critiquiez aussi c'est Jean-Luc Mélenchon et sa stratégie la radicalité la radicalité la radicalité ils se sont mis et puisque vous êtes amateur de foot au poteau de corner ils ont ouvert un boulevard aux socialistes et aux socialistes libéraux c'est une mauvaise stratégie qu'incarne aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon

17:01
François Ruffin

franchement est-il nécessaire que je revienne là-dessus alors que je l'ai déjà dit et érodit 5 ou 6 pages sur le sujet pas là-dessus là mais pour vous dire quoi vous dire que qu'est-ce qui s'est passé le 9 juin au soir dernier

17:15
Invité

après l'élection législative

17:16
François Ruffin

on a dit front populaire et aussitôt on a eu les gens de gauche les sympathisants les militants qui ont fait pression par des manifestations par des pétitions pour dire aux partis ça suffit arrêtez vos conneries et qu'ils ont forcé les partis à se rassembler pour rassembler la gauche d'abord pour rassembler le pays et pour se donner une chance de victoire je pense que cette envie là cette énergie là elle n'est pas partie elle est toujours là et je pense que dans les profondeurs du peuple de gauche aujourd'hui chez les sympathisants chez les militants il y a toujours la volonté de ne pas avoir deux gauches irréconciliables mais d'avoir une gauche qui puisse gagner

17:55
Invité

mais il y a quelque chose qui les divise c'est le pacte de non-censure qui fait que le parti socialiste n'a pas censuré le gouvernement de François Bayrou après le discours de politique générale et en même temps c'est ça qui fait qu'il est à la manœuvre alors il faut vous citer vous dites aux socialistes que vous craignez de les retrouver fort ramollis ce sont vos mots vous critiquez les bons points accordés selon vous par le PS à François Bayrou et pourtant est-ce que c'est pas cette non-censure du gouvernement par le PS qui leur permet de remporter des victoires y compris cette nuit au Sénat où ils ont obtenu un certain nombre de lois une moisson de lois contre la Vichère en Outre-mer pour des ratios de soignants

18:30
François Ruffin

c'était à l'Assemblée nationale

18:30
Invité

c'était leur niche parlementaire

18:33
François Ruffin

à mon avis derrière c'est le Sénat qui va bloquer tout ça mais ils ont obtenu des victoires

18:37
Invité

des ratios de soignants à l'hôpital des repas à 1 euro dans les restaurants universitaires l'alus contre les pannes d'ascenseurs des meilleures protections des enfants accueillis en crèche contre la financiarisation ils sont à la manœuvre ils ont obtenu des victoires avec ce pacte de non-censure

18:50
François Ruffin

ça ça n'a rien à voir vous savez c'est une niche parlementaire et je me fais

18:53
Invité

mais le gouvernement a facilité

18:54
François Ruffin

je me félicite que quand la gauche est unie il y ait les repas du Crous à 1 euro qu'il y ait la réparation d'ascenseurs ils ont bénéficié

19:01
Invité

de la bienveillance du gouvernement

19:02
François Ruffin

mais je vous assure que d'ici que ça se transforme en réalité j'ai malheureusement beaucoup de scepticisme non disons les choses quelle est l'orientation du budget de François Béroux c'est ça qui va être le gros sujet on a une alors moi j'appartenais à la commission d'enquête sur la dette publique qui disait que le souci aujourd'hui en France ça n'était pas l'augmentation des dépenses publiques on a même eu une réduction des dépenses publiques par exemple les dépenses d'éducation ont baissé d'un point de PIB déjà mais que c'était pour moitié la crise de surprime pour la moitié la baisse des impôts sur le capital comment François Béroux va répondre à cette dette géante que Bruno Le Maire et Emmanuel Macron ont creusé à la pelleteuse est-ce qu'il va y répondre par une augmentation des recettes et en particulier des recettes sur ceux qui y compris dans les échos disent taxez-nous taxez-nous sur les successions parce que en effet il y a une concentration des richesses du patrimoine chez le pourcent ou chez le millième des plus fortunés de ce pays est-ce que c'est comme ça que François Béroux va y répondre non il répond par des économies de bout de chandelle sur à peu près tout sur le sport sur l'éducation sur les contrats aidés dans les quartiers et je pense que ce budget-là à l'arrivée les socialistes verront bien qu'ils ne peuvent pas

20:21
Présentateur

rendez-vous en février le texte de toute façon reviendra à l'Assemblée on aura l'occasion d'assister et de comprendre les débats qui s'y joueront mais dans l'actualité il y a aussi le Parlement européen qui a adopté hier une résolution qui demandait la libération de Boalem Sansal qui est emprisonné arbitrairement en Algérie 533 votes sur les 50605 eurodéputés présents l'eurodéputé insoumise Rima Hassan a voté contre Manon Aubry s'est abstenu qu'est-ce que ça vous inspire ?

20:50
François Ruffin

Écoutez pour moi il n'y a aucun doute que la place d'un écrivain n'est pas en prison n'est pas en prison c'est pas sa place dans les prisons françaises ça n'est pas sa place dans les prisons algériennes et qu'on soit d'accord ou pas d'accord avec ce qu'il écrit ça s'appelle la liberté d'expression et vous savez si moi comme reporter Mais qu'est-ce que vous dites

21:09
Présentateur

à votre camarade à votre camarade Rima Hassan ?

21:11
François Ruffin

Je dis que même s'il y a l'instrumentalisation par l'extrême droite sur cette question évidemment qu'il faut tout faire tout faire tout faire pour réclamer la libération d'un écrivain que parce qu'il est français évidemment on doit aussi lui apporter notre soutien pour le libérer et je veux dire il n'y a aucun doute à avoir sur cette question et je le répète c'est la phrase de Voltaire je ne suis pas d'accord avec vos idées mais je ferai tout ce que je peux pour que vous puissiez les exprimer bon ben moi je ne suis pas d'accord avec plein de choses qu'écrit Boilem Sansal mais il doit pouvoir s'exprimer en tout cas sa place n'est pas en prison Mais sur la question de ces votes vous indignent ?

Je suis en désaccord complet avec ce vote-là il n'y a pas de doute voilà

21:51
Présentateur

Ben écoutez merci François Ruffin d'avoir été l'invité de France Inter ce matin j'indique donc que cette lettre est en ligne et qu'on peut la trouver d'ailleurs on la trouve sur X vous allez quitter X ou pas ? Vous êtes un très grand

22:06
François Ruffin

utilisateur des réseaux Personnellement j'en suis un très faible utilisateur mais heureusement j'ai une équipe qui le fait pour moi mais la sortie individuelle de X n'a malheureusement pas de sens on a déjà bien des difficultés d'expression dans ce pays avec des médias qui vous le savez sont en main hormis le service public mais des plus grands milliardaires bon on ne va pas en plus se couper soi-même un bras en revanche la question c'est une question politique est-ce que quand on a un Elon Musk qui fait le salut d'Asie qui s'ingère dans la politique en Grande-Bretagne dans la politique en Allemagne qui vient soutenir des partis fascistes en Europe est-ce qu'on continue à lui dérouler le tapis rouge ou est-ce qu'on le prive de ses outils on le prive de vendre de Tesla et on le prive de Twitter et je pense que Thierry Breton dont je ne suis pas l'ami mais il pose des bonnes questions d'accord et donc là de la même manière qu'il nous faut une Europe de la puissance sur le terrain commercial il nous faut une Europe de la puissance là aujourd'hui aussi sur la question des réseaux sociaux et non pas une Europe de l'impuissance

23:06
Présentateur

Merci François Ruffin d'avoir été invité de France Inter