Hervé Marseille - L'interview politique du 01/09/26
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Bonjour Hervé Marseille, vous êtes sénateur des Hauts-de-Seine, président du groupe parlementaire Union Centriste au Sénat et donc un des piliers de la majorité sénatoriale, également président de l'UDI. On va commencer par la disparition d'Edouard Balladur, grand serviteur de l'État, proche du président Pompidou, ancien Premier ministre, très proche, puis rival de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1995.
– Votre réaction ? – Écoutez, c'était un homme d'État, il a servi son pays, c'était un proche collaborateur de Georges Pompidou, ensuite il a travaillé avec Jacques Chirac, chacun se souvient de son rôle pendant la cohabitation avec François Mitterrand entre 1992 et 1995, il a eu un rôle majeur au ministère de l'Économie, puis aussi ce conflit entre amis de 30 ans, on retiendra ce merveilleux « je vous demande de vous arrêter » qui restera une phrase d'anthologie. Et voilà, et maintenant, écoutez, c'est un peu une partie de la Ve République qui part avec lui.
– Alors, des amis de 30 ans, il y en a peu aujourd'hui en politique, mais ça se bouscule déjà en cette rentrée pré-présidentielle sur votre espace, celui de la droite et du centre, on a déjà trois candidats, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, mais le problème c'est que si tous les trois sont candidats, c'est qu'il n'y en aura, selon les sondages, vraisemblablement aucun au second tour.
Comment faire ? – Écoutez, je crois que d'abord il y a une élection majeure, qui est l'élection présidentielle. Nous devons nous y préparer, et si on veut éviter, comme vous venez de l'expliquer, se retrouver dans un face-à-face Mélenchon-Le Pen, c'est-à-dire une situation infernale au mois de mai de 2027, il y a un problème très simple, et je crois que chacun a l'esprit, vous l'avez expliqué simplement, il faut se regrouper, c'est un problème arithmétique.
Alors il y a des candidats, il y a une élection, c'est normal qu'il y ait des candidats, il y en a beaucoup, peut-être trop, j'en sais rien, ils vont s'expliquer devant les Français, et puis je pense qu'ils ont l'esprit de responsabilité, et les Français de toute façon, pour l'instant, ils ne me semblent pas être dans cet état d'esprit de l'élection présidentielle. – C'est trop tôt. – Ils ont d'autres chats à fouetter, on vient d'expliquer que c'est la rentrée, il y a 12 millions de familles concernées en ce moment, les gens ne pensent pas à l'élection présidentielle.
Donc, petit à petit, la tension va monter, certains vont s'arrêter, vu que Gérald Darmanin, ce week-end, a annoncé son soutien à Édouard Philippe, on voit que, petit à petit, certains qui avaient des intentions légitimes d'être candidats, renoncent, et j'espère bien qu'en fin d'année, il n'y aura plus qu'un seul candidat.
– Alors, pour l'instant, parmi les trois que j'ai cités, Attal Philippe, Retailleau, personne n'a renoncé, plusieurs personnalités se sont déclarées ces derniers jours pour une primaire de la droite et du centre, afin de départager ces trois-là. Je pense au patron des députés LR, Laurent Wauquiez, au centriste Hervé Morin, même le président du Sénat, Gérard Larcher, a été favorable à cette idée. Est-ce que vous la trouvez bonne ?
– Le problème ne me semble pas être l'outil primaire. – Je veux dire, on peut utiliser ce système pour départager les gens, mais il faut s'y prendre longtemps à l'avance. C'est ce qu'on avait fait en 2017, mais à l'époque, il y avait des gens comme Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, qui étaient candidats. Bon, ça avait mis un an, il y avait 10 000 points de vote. Donc ça ne me semble être ni le moment, ni l'instant pour faire ça. – C'est trop tard. Trop tard, trop compliqué, qui va participer ? Certains ne veulent pas. M. Wauquiez veut que Mme Knafow vienne, telle autre a des autres exigences. On n'a pas le temps.
Puis je vais vous dire fondamentalement, une primaire, ça divise plus que ça ne rassemble. On le voit bien, à droite en tous les cas. Et surtout, c'est de l'entre-soir. Je veux dire, pendant des semaines, des mois, on va parler entre nous pour savoir comment on s'organise, entre nous et les Français dans tout ça. et le pays et ce qui se passe au plan international. On va leur dire, écoutez, excusez-nous, on va s'isoler parce qu'il faut qu'on s'arrange entre nous. Je ne pense pas que ça soit une bonne méthode, parce que le but de l'opération, c'est justement de déterminer quelle politique on va mener pour les Français, pour améliorer leur situation et pour améliorer celle du pays.
– Le problème, c'est que s'il n'y a pas de primaire, c'est les sondages qui vont déterminer qui sera le candidat du Bloc central. Est-ce que ça ne donne pas trop de poids aux instituts de sondage ? Est-ce que ce n'est pas la promesse d'une primaire sauvage, finalement, sur la base des études d'opinion ?
– Écoutez, les sondages, ils donnent des indications. On voit bien que les indications, elles évoluent en fonction de ce que disent les Français. Bon, aujourd'hui, on tient compte, justement, des sondages pour dire, le favori, c'est plutôt Édouard Philippe. Gabriel Attal dit, je ne suis pas très loin, il y a une marge d'erreur. Et Bruno Rotaillot dit, mais d'ici la fin de l'année, je pense avoir attrapé mon retard. On va bien voir. Mais ils tiennent déjà compte de la situation que donnent ces instituts. Donc, je crois que d'ici la fin de l'année, moi, je fais confiance à leur esprit de responsabilité. Je les connais les uns et les autres.
Et je sais qu'ils ne feront pas des choses qui mettraient en péril la situation l'année prochaine.
– Alors, je sais que vous êtes un petit peu agacé ce week-end, qu'on vous demande tous les jours quel candidat parmi ces trois-là vous soutenez. Vous avez, je crois, fait une référence au tiercé et au PMU. Vous n'avez pas pour l'instant de cheval, de meilleur cheval dans cette compétition ?
– Non, parce que je pense qu'il faut rassembler. Le problème, ce n'est pas de donner une préférence en fonction d'une sensibilité, en fonction de je ne sais quels critères. Vous avez des hommes et des femmes qui sont différents, qui ont des propositions, qui sont capables. Ils ont exercé les uns et les autres des responsabilités importantes, Premier ministre, ministre de l'Intérieur. Je veux dire, à un moment donné, ce qu'il faut, c'est rassembler. Donc l'heure n'est pas encore là pour ce rassemblement, mais il faut le préparer, parce qu'il faudra un programme commun, au-delà des différences.
Puis il faudra préparer, et je pense que c'est aussi important que les présidentielles, les élections législatives. Parce qu'imaginez qu'on n'est pas de majorité l'année prochaine. Imaginez qu'on n'est pas de majorité. Vous voyez dans quel bazar on se situe. On n'est même pas foutu de voter un budget. Quelle réforme voulez-vous qu'on fasse ? Nous sommes endettés au-delà de toute imagination. On a des déficits annuels. On a des situations infernales. On va en parler. Bon. Et donc, il faut absolument qu'on ait les moyens de pouvoir apporter des solutions, c'est-à-dire de pouvoir voter.
Alors, sur les législatives, qui, vous avez raison de le rappeler, seront quasiment plus importantes que les présidentielles, ou du moins autant. Beaucoup plaident pour une majorité allant sur un large espace, deux LR au PS, c'est ce qu'a préconisé François Bayrou. Bernard Cazeneuve, il appelle à une coalition des engagés, composée de républicains ardents de gauche du centre et des modérés. Et même, François Hollande parle d'une union sacrée des démocrates allant au-delà des formations politiques. Vous êtes d'accord ? Oui. Oui, je pense qu'il faut quelque chose de large.
D'un côté, vous avez un camp puissant, très dynamique, qui est celui de Mme Le Pen. Bon. Et de l'autre côté, vous avez M. Mélenchon, qui a mis scientifiquement la main sur le courant vert, le courant communiste, une partie du courant socialiste. Il s'installe dans l'opinion comme représentant d'une forme d'union de la gauche. Il le dit lui-même, c'est carré. Bon, c'est clair. Et donc, il faut que tous ceux qui sont entre ces deux espaces, entre cette droite radicale et cette gauche radicale, se rassemblent, c'est mécanique. J'allais dire, c'est arithmétique, c'est même plus politique.
Et il faut qu'ils puissent travailler ensemble pour avoir quelqu'un d'abord au deuxième tour d'action présidentielle. Ce n'est pas gagné. Il faut battre M. Mélenchon. Étant entendu que Mme Le Pen sera au deuxième tour de toute façon, donc qui aura-t-elle en face d'elle ? Il faut être au deuxième tour. Il faut gagner. Puis ensuite, il faut gagner les législatives. Donc, il faut rassembler de façon très large.
Ce deuxième tour, Le Pen-Mélenchon, il semblait impensable il y a quelques mois encore. Aujourd'hui, ça devient une possibilité. Et vous le disiez, et même selon l'essentage, une probabilité, selon la définition du mot. Qu'est-ce que ça dit de l'état de notre pays par rapport à cette époque ? On évoquait Édouard Balladur qu'est-ce que ça dit de l'état de fracture de notre pays ? Je pense qu'il y a beaucoup de Français
qui sont exaspérés pour un tas de choses. Et ils sont exaspérés d'une administration tatillonne, d'impôts trop lourds. Ils sont exaspérés des difficultés du quotidien, des charges trop lourdes pour les indépendants, les commerçants. Ils sont exaspérés des agriculteurs qui n'en peuvent plus. C'est pour songer que pour la première fois depuis 50 ans, la France, importe plus qu'elle n'exporte en matière agricole. On est obligé d'importer des œufs. On est chez les fous. Tout ça parce qu'il faut 5 ans en France pour ouvrir un poulailler à cause de l'administration, des règles qu'on s'est données nous-mêmes. Elle ne fait que les appliquer, l'administration. Mais on est chez les fous.
Et donc, on est obligé d'avoir recours aux importations. Donc, il faut libérer tout ça. Et donc, c'est normal qu'il y ait un tas de Français exaspérés qui disent écoutez, il faut changer. Et donc, les propositions de M. Mélenchon comme de Mme Le Pen, elles ont cette vertu de dire on change de logiciel. On change de logiciel. Alors que tous les autres, ils donnent le sentiment d'essayer de s'organiser entre eux pour continuer. Donc, il faut donner une autre image et avoir des propositions qui montrent qu'on veut faire évoluer le pays autrement avec d'autres idées et aller sur une rupture pour faire évoluer les choses. Sinon, on va se faire massacrer par les deux extrêmes.
Alors, dans quelques jours, justement, parler de rupture, on commence la discussion budgétaire, mais on peut se demander, se poser la question de savoir si cette rupture elle va avoir lieu puisque ça risque d'être bis répétita après le budget 2025, le budget 2026 et toutes ces cimes agrées, ce théâtre à l'Assemblée nationale qui n'a débouché sur rien et d'ailleurs, il y a beaucoup de questions à trancher, notamment celle du déficit, mais on a l'impression que ça va être un peu un jour sans fin, ça va être toujours le même film. Oui,
mais on a affaire à un budget infernal, mais je crois que cette année, on ne puisse pas faire grand-chose puisqu'il y a les élections présidentielles et que personne ne va oser, j'allais dire, exprimer des solutions qui permettraient d'avancer parce que la vérité, c'est qu'il faut dire des choses difficiles. Difficiles. Pardon, mais l'essentiel de nos difficultés proviennent des retraites, ça coûte trop cher, et de notre appareil de santé. On est dans un système qui s'écroule parce qu'il est construit sur notre démographie depuis la fin de la dernière guerre, système par répartition. Or, la démographie, partout en Europe et singulièrement en France, se casse la figure.
L'année dernière, pour la première fois depuis des décennies, on a plus de morts que de naissances. Donc, l'éducation nationale, aujourd'hui, on ouvre les écoles. depuis l'année dernière, 161 000 élèves en moins. Depuis 2012, on a fermé 5 000 écoles. Dans les 10 prochaines années, il y aura plus d'un million et demi d'élèves en moins. Bon, le Parti Socialiste propose d'embaucher toujours plus de personnel dans l'enseignement. Bientôt, il y aura plus d'enseignants que d'élèves. Mais, tout va bien. Je veux dire, à un moment donné, il faut qu'on tienne compte de ces données-là. c'est des données objectives.
Le pays vieillit, donc, il y a de plus en plus de besoins en matière de santé et le pays vieillit. Or, les retraites, il faut les financer. Et comme on en est toujours à se battre pour savoir à quel âge on arrête de travailler, regardez tous les pays d'Europe, c'est 64, 65, parfois, ils vont jusqu'à 70 ans. Bon, ça veut dire qu'il faut travailler plus, c'est tout, c'est comme ça. On n'a quand même pas le sentiment
que c'est ce budget qui va régler le problème. Non,
non.
2021, vous aviez écrit avec Bruno Retailleux une résolution sur la lutte contre toutes les formes d'antisémitisme. Comment vous jugez la façon, depuis cette date, dont le fléau s'est développé et a frappé notre pays ? Malheureusement,
ce sont des faits qui sont... Il y a une recrudescence de l'antisémitisme. Malheureusement, les règlements, la loi n'arrive pas à s'opposer parce qu'il ne suffit pas malheureusement de faire des lois pour s'opposer à un sentiment qui gangrène. On a des formations politiques et notamment chez LFI qui, comment dire, poussent par leur prise de position à une forme d'antisémitisme et on voit bien que l'antisémitisme d'ailleurs partout en Europe mais singulièrement en France est de plus en plus virulent parce que on fait un amalgame entre ce qui se passe à Gaza, ce qui se passe là-bas et on tient Israël pour la cause de tous les maux et donc tous ceux qui sont juifs sont amalgamés à M.
Netanyahou à cette politique là-bas au Moyen-Orient. Là encore, je pense qu'il faut des mesures très fortes et puis surtout dans l'éducation qu'on apprenne aux gens dès l'enfance maintenant aux enfants à être tolérants, respecter les autres quels qu'ils soient et qu'on mette un terme à ces situations qui sont insoutenables.
Donc faire un gros effort d'éducation. Merci Hervé Marseille pour cette interview et d'avoir répondu aux questions de Radio-J. Merci David. On se retrouve demain à 7h45. Votre invité sera Michel Barnier, ancien Premier ministre et député LR de Paris.
Hervé Marseille