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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 21 décembre 2021 70 minComplaisantPortrait personnelJusticeImmigration & asileSolidarités & familleInstitutions & élections

Contre-matinale #60 | Vaincre l'extrême droite : l'espoir qui vient du Chili

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 45 %Défensif 45 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:16OuverteRéponse directe

    Quel est le contexte historique local qui a permis la victoire de Boric au Chili ?

  • 12:16OuverteRéponse directe

    L'âge et le profil jeune de Boric ont-ils été un argument décisif pour gagner l'élection ?

  • 14:02RelanceRéponse partielle

    L'union de la gauche est-elle nécessaire à sa victoire ?

  • 15:51OuverteRéponse directe

    Pourquoi réécrire la Constitution française à l'image du Chili ?

  • 17:40OuverteRéponse directe

    Pourquoi la classe politique française est-elle hostile à l'idée d'une constituante ?

  • 21:08OuverteRéponse directe

    Quelles mesures de précaution pour éviter des dérives si une constituante était convoquée ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:31PrésentateurFait
    « « Nous devons être conscients que même les triples vaccinés sont susceptibles de transmettre la maladie et qu'il va falloir les tester, surtout dans l'entourage des personnes vulnérables ». »
  • 4:27PrésentateurFait
    « « ce n'est pas aux entreprises de se substituer à la responsabilité de l'État ». »
  • 6:31PrésentateurFait
    « « Présidence française de l'UE, deux points au service des grandes entreprises plutôt que des citoyens ». »
  • 10:23InvitéFait
    « « la constitution chilienne, elle est le fruit d'un moment dictatorial, tyrannique, autoritaire. C'est la constitution de Pinochet. » »
  • 11:45InvitéFait
    « « Ce n'était pas son histoire et il ne s'est pas non plus beaucoup accommodé des compromis passés pour que la transition ait lieu. » »
  • 12:52InvitéFait
    « « Boris est jeune, il a effectivement commencé sa carrière politique comme leader de la FESH, de la Fédération étudiante. » »
  • 14:22InvitéFait
    « « En tout cas, il est nécessaire de se parler pour gouverner ensemble, en fait. » »
  • 15:56InvitéFait
    « « Je pense qu'elle a été écrite dans un moment très particulier de l'histoire de France, dans un rapport très particulier entre les gouvernants et le peuple. » »
  • 16:48InvitéFait
    « « le coup d'État permanent, ça reste quand même une très grande référence, dans l'exercice de la conquête du pouvoir et de la politique au quotidien » »
  • 17:42InvitéFait
    « « Je pense que ça change un peu. Je pense que très longtemps, pour dire les choses très franchement, c'était plutôt la gauche socialiste qui en était hostile, en fait. » »
  • 21:21PrésentateurFait
    « « Il ne faut pas non plus être aveugle au point de considérer qu'on est trompé à chaque fois. » »
  • 24:59InvitéFait
    « « quand on discutait avec un latino-américain qui vit en France et travaille en France et qui a pu faire du télétravail ou a été mis en chômage partiel pendant 6-7 mois, c'est des choses qui sont totalement inconcevables dans de nombreux pays du monde et dans de nombreux pays latino-américains. » »
  • 36:58InvitéFait
    « un policier qui te parle quand tu es à l'intérieur, tu te réfugies à l'intérieur de ton studio, il te dit « Sors, sale, nègre ». »
  • 37:23InvitéFait
    « je suis passé dans cette lessiveuse physique et psychique. »
  • 39:24InvitéFait
    « sale nègre, tout de suite, l'hostilité est une hostilité à caractère raciste. »
  • 40:11InvitéFait
    « ils ne peuvent pas agir comme ils agissent. »
  • 40:36InvitéFait
    « moi, je trouve ça particulièrement choquant personnellement que le fait que certaines personnes aient accès à nos données personnelles et puissent derrière les divulguer à la presse comme ça pour pouvoir incriminer une personne. »
  • 40:55InvitéFait
    « inventer une histoire qui pourrait tenir la route compte tenu de mon passé qui date de 20 ans, qui a des années-lumière de ma personne aujourd'hui. »
  • 45:09InvitéFait
    « les gens ont vu une vidéo. Moi, je me suis pris tous les coups que ces gens ont vus. »
  • 45:20InvitéFait
    « les coups de matraque dans la tête. »
  • 49:34InvitéFait
    « on lance une grenade chez moi. »
  • 50:15InvitéFait
    « oui, ça s'est passé comme ça parce que nous avons peur. »
  • 50:34InvitéFait
    « vous vous trompez, monsieur, mais qu'est-ce qui se passe ? »
  • 52:31InvitéFait
    « messieurs, vous vous rendez compte de ce qu'ont fait vos collègues ? »
  • 54:07InvitéFait
    « ce médecin leur donne cinq jours d'ITT. »
  • 1:06:34InvitéFait
    « Sortir de prison quand on est entré à 17 ans, on est à 24, tu écris un trou de 7 ans dans mon CV, aucun logement, pas d'aide sociale, comment pourrais-je me réinsérer ? »
  • 1:06:46InvitéFait
    « Ce n'est pas un hasard s'il y a de la récidive. »
  • 1:07:00InvitéFait
    « C'est aussi les jeunes qui sortent de l'ASE, qui sortent comme ça, comme si, en fait, finalement, ils n'avaient pas d'importance. »
  • 1:07:09InvitéFait
    « tu devrais au moins avoir au moins le RSA, quelque chose qui te permet de te tenir chaud et de ne pas vouloir replonger. »
  • 1:07:54InvitéFait
    « J'ai grandi à Bagneux, aujourd'hui je travaille dans le 17e arrondissement, j'étais presque devenu un modèle de mérite, voire de réussite, un transfuge de classe, un miraculeux. »
  • 1:08:33InvitéFait
    « tu es un nègre, tu dois rester à ta place. »

Temps de parole

  • Invité36 %
  • Présentateur27 %
  • Invité 222 %
  • Invité 314 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:14
Présentateur

Bonjour tout le monde, c'est un plaisir de vous retrouver ce matin pour la 60ème édition de la Contre-Matinale du Média. Nous sommes le mardi 21 décembre 2021, le réveillon approche, mais nous sommes toujours là, en direct. L'équipe en régie est prête pour m'aider à vous livrer plus d'une heure d'informations. Il est 7h10 et c'est l'heure de la 60ème édition de la Contre-Matinale. Comme mardi dernier, normalement c'est Théophile Kouamuo qui est ici à cette place pour animer l'émission. Je le remplace donc une seconde fois aujourd'hui, mais vous le retrouverez virtuellement en seconde partie de la Contre-Matinale du jour via une interview tournée hier.

Quant à moi, vous avez plus l'habitude de me voir chroniqueur, interviewer ou reporter, mais il semblerait qu'en plus de tout ça, la mise à jour présentateur ne vous déplaise pas. Et oui, on vous lit dans l'espace commentaire et le chat en direct. Merci pour votre bienveillance et vos critiques constructives. L'occasion aussi pour moi de vous rappeler, de vous abonner, d'activer la cloche des notifications et de nous laisser un pouce vers le haut. Ça booste toute l'équipe du Média. Au programme de cette 60ème Contre-Matinale, la nette victoire de la gauche au Chili dimanche soir après un premier tour fin novembre qui plaçait en tête l'extrême droite.

C'est donc tout un pays qui se voit se relever enfin après des décennies de violence et d'austérité ultralibérale. Pays qui, de plus, est en train de réécrire sa constitution. J'ai pu m'entretenir avec Sergio Coronado, franco-chilien, ex-député Europe Écologie des Verts, qui a appelé à voter la France Insoumise en 2017, notamment pour convoquer une constituante et instaurer une 6ème République en rupture avec la 5ème jugée antidémocratique. En seconde partie d'émission, nous retrouverons Théophilie Kouamuo, qui a reçu sur ce plateau Michel Zéclair à l'occasion de la sortie de son livre « Rester debout ».

C'est la première fois que l'homme, depuis une année, producteur de musique de rap, revient sur son passage à tabac opéré par des policiers racistes fin 2020. A l'époque, ce sont des images de vidéosurveillance qui ont contredit la version policière des faits et permis la mise en examen et la suspension des policiers pour violences volontaires. Mais avant ça, comme tous les matins, on débute avec la revue des unes du jour, la titrologie. Comme on pouvait s'y attendre, le quotidien d'inspiration communiste, l'humanité, consacre sa une à la victoire de Gabriel Boric à la présidentielle chilienne. « Chili, la victoire des enfants d'Allende », titre-t-il avec un certain sens de l'emphase.

Le candidat de la gauche, Gabriel Boric, remporte la présidentielle. « Un espoir pour tout le pays, même si le chemin reste étroit », écrit Luma. Le Monde, de son côté, évoque aussi cette victoire symbolique contre un candidat d'extrême droite, revendiquant sa filiation politique avec Augusto Pinochet. À la tête d'une vaste coalition, écrit le quotidien du soir, Boric devra mener à bien la réforme de la constitution de ce pays d'Amérique latine. Mais c'est le sujet Covid qui occupe la grande une du monde. Omicron, l'Europe face à une nouvelle vague. Le Monde publie une interview d'Ougour Shaheen, PDG de BioNTech, l'entreprise qui est à l'origine du vaccin Pfizer. Et que dit-il ? Je le cite.

« Nous devons être conscients que même les triples vaccinés sont susceptibles de transmettre la maladie et qu'il va falloir les tester, surtout dans l'entourage des personnes vulnérables ». Fin de la citation. Bref, le vaccin ne pourra pas tout, ce qui laisse pantois quand on voit la stratégie de notre gouvernement qui mise tout sur le vaccin. Les Echos et Le Figaro consacrent leur une à la même thématique, le projet gouvernemental d'élargir le contrôle du pass sanitaire ou vaccinal désormais aux entreprises et donc aux salariés.

Les entreprises, nouveau front de la bataille sanitaire, titre Les Echos, quotidien économique contrôlé par Bernard Arnault, patron de LVMH et Première Fortune française. Les Echos qui mentionnent les partenaires sociaux, comprend le patronat et les syndicats, sont réticents à l'idée de cette extension du pass sanitaire. Le projet de pass sanitaire inquiète les entreprises, titre plus frontalement Le Figaro, le quotidien de la droite traditionnelle, donne la parole à François Asselin, de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises, qui dit, je cite, « ce n'est pas aux entreprises de se substituer à la responsabilité de l'État ».

La présidentielle, invitée de Noël, titre le quotidien catholique La Croix, qui prévoit que les discussions politiques seront au menu des rassemblements familiaux de fin d'année, qu'elle n'est évidemment. Plutôt décalé de l'actualité, le quotidien Libération met sur le marché un numéro spécial 1991-2021, que reste-t-il de l'URSS ? Du côté des médias indépendants en ligne, deux articles sont à signaler. D'abord, l'article de Mediapart. Des soutiens de Zemmour menacent dans une vidéo des membres de la France Insoumise, Macron et les « bougnoules », comme ils disent.

C'est une vidéo exhumée par le collectif antifasciste La Jeune Garde, le militant d'extrême droite ouvertement pro-Zemmour, qui s'exprime ce film « fusil de précision en main » sur un stand de tir. On regarde.

5:26
Invité

Ben voyons les amis. On va éclater qui, là ? Du jeune gaucho ? Du jeune communiste ? Du jeune bougnoulemental ?

5:35
Présentateur

Et Farron, il nomme ses cibles en tirant Raquel Garrido et Alexis Gorbière, des antifas, des gauchistes, des personnes ayant des drapeaux algériens et marocains. D'après les informations de Mediapart, l'homme qui est au centre de la vidéo est un militaire ou un ex-militaire. Depuis des semaines, ne passe pas sans un scandale de ce type. La présidentielle 2022 risque de se dérouler sous haute tension. A lire aussi cet article de l'Observatoire des multinationales. Un article est en réalité une présentation d'un rapport plus détaillé. Présidence française de l'UE, deux points au service des grandes entreprises plutôt que des citoyens. C'est le titre de l'article.

La présidence française de l'UE a conclu des accords de sponsoring avec les constructeurs automobiles Renault et Stellantis. Par ailleurs, l'Observatoire des multinationales révèle que sur les 40 rendez-vous de lobbying rendu public par le représentant permanent de la France et de son adjoint à Bruxelles, depuis le 1er juillet, 31 de ces 40 rendez-vous ont eu lieu avec des entreprises ou des lobbies industrielles et seulement deux avec la société civile. L'Observatoire des multinationales a passé au scanner les CV des conseillers de la représentation française à Bruxelles. Un conseiller en énergie est un ancien de TotalEnergie.

D'anciens conseillers sur la question financière travaillent désormais pour le compte de la Société Générale, Amundi et de la Fédération Bancaire Française, que l'Observatoire des multinationales présente comme les principaux acteurs du secteur financier. Voilà tout pour ce qui est de la titrologie du jour. Retrouvez en description de cette vidéo les liens utiles pour aller plus loin. Continuons cette contre-matinale en franchissant l'océan Atlantique, tout en obliquant un peu vers le sud pour nous rendre au Chili. C'est l'heure du focus.

Dimanche soir, des foules immenses fêtaient dans les rues des villes du pays la victoire du candidat de gauche Gabriel Boric lors d'un second tour qui l'opposait au candidat d'extrême droite José Antonio Cast qui faisait alors le meilleur score au premier tour. Ce candidat assumait sa nostalgie de l'époque de la dictature militaire d'Augusto Pinochet qui aura, lui, apporté la libéralisation de l'économie chilienne, l'exposant à la concurrence internationale et barrant la route aux politiques sociales.

C'était essentiellement sur la dénonciation des inégalités sociales devenues vertigineuses dans le pays, mais aussi en prenant appui sur un large front antifasciste qu'a alors fait campagne Gabriel Boric. Ce jeune syndicaliste étudiant avait été élu député en 2014 pour le compte du parti Convergence Sociale qui a rejoint le front large dès sa création en 2017. Alors, le front large, c'est son nom, traduit en français en quelques mots. C'est une coalition politique qui regroupe des partis de gauche, d'extrême gauche, de social libéraux aussi, ainsi que des citoyens souhaitant rompre avec le modèle bipartisme chilien.

Ce qui n'a pas empêché cinq candidats de gauche d'entrer en campagne et de participer aux élections. Durant le mouvement social de 2019, qu'on a tous suivi ici, que le désormais nouveau président chilien Boric soutenait à l'époque, des milliers de personnes avaient été blessées par la police et une trentaine sont mortes dans la lutte contre les inégalités sociales causées par le néolibéralisme, mais surtout pour la réécriture de la constitution. Constitution qui datait de l'époque de Pinochet. Sa réécriture d'ailleurs est en cours actuellement.

Pour aborder cette actualité, nous avons contacté le franco-chilien Sergio Coronado, ancien député français EELV, de 2012 à 2017, où en 2017, il a appelé à voter Jean-Luc Mélenchon. En 2020, il est en tête de liste LFI pour les municipales à Bondy, avant de prendre cette distance avec l'appareil LFI. Il n'exerce aucun mandat actuellement. Sergio Coronado est né au Chili en 1970, mais a fui le pays avec ses parents lors du coup d'état militaire, de Pinochet le 11 septembre 1973. Pour s'installer en Argentine avant d'arriver en France en 82, à l'orager de 12 ans.

Alors bien que le contexte chilien n'est pas celui de la France, j'ai souhaité l'interroger pour savoir si des leçons pouvaient être tirées là-bas, afin d'envisager une victoire de la gauche radicale et sociale ici. Bon, fin décembre et fête familiale faisant, il n'était pas disponible pour être avec moi ce matin sur ce plateau. Je me suis alors entretenu avec lui hier via la vidéo à distance. Ma première question a tout de suite porté sur le contexte historique local qui a permis cette victoire aux présidentielles. Quel est-il ? On l'écoute. La situation dans laquelle on se trouve au Chili,

10:20
Invité

c'est d'abord d'une constitution héritée. Alors, on peut faire le parallèle avec la constitution de la Ve République en effet. Comme disait Mitterrand, coup d'état permanent, la constitution chilienne, elle est le fruit d'un moment dictatorial, tyrannique, autoritaire. C'est la constitution de Pinochet. Elle encadre en fait la transition pactée qui a lieu pendant plus de deux décennies.

Et finalement, l'aboutissement auquel on assiste avec la victoire de Bollich à l'élection présidentielle, c'est l'effacement, en tout cas la mise à l'écart des partis qui ont accepté le jeu constitutionnel fixé par la dictature et même au-delà, c'est-à-dire dans la transition, la mise à l'écart de ces partis-là pour la conquête du pouvoir de l'État central. Ces partis n'ont pas disparu du Parlement, n'ont pas disparu non plus de la réalité politique chilienne en fait. Ils ne sont pas nécessairement en voie d'effacement.

Et celui qui remporte l'élection, c'est à la fois un leader étudiant et une génération en fait politique, en fait de responsables, qui ne s'est jamais accommodé de cette constitution. Ce n'était pas son histoire et il ne s'est pas non plus beaucoup accommodé des compromis passés pour que la transition ait lieu. Il est bien trop jeune pour avoir participé à cette histoire-là en fait. Vous vous rendez compte, 35 ans, c'est un enfant de la démocratie et de la transition,

11:54
Présentateur

ce n'est pas un enfant de la dictature, Bollich. Alors au Chili, le contexte est donc particulier. Mais le profil du candidat Bollich aussi. On le souligne partout, il est jeune. D'abord par son âge, il a 35 ans, ce qui fait de lui le chef d'État le plus jeune de la planète, mais aussi jeune par son engagement politique récent et son ascension rapide. Impossible alors de ne pas se poser la question, un programme solide. D'accord ? Mais est-ce que l'âge et le profil jeune dynamique d'un candidat n'est pas devenu un argument plus fort encore pour gagner une élection majeure ? On pensait indéniablement à Emmanuel Macron ou encore à Justin Trudeau au Canada. Voici ce qu'en pense Sergio Coronado.

12:31
Invité

Je pense qu'en France, ça a pu être un argument de poids en 2017. C'est désormais un point d'interrogation quand on choisira en avril 2022 le bulletin qu'on voudra mettre dans l'urne. Je n'ai pas l'impression que ce soit si convaincant que ça. Boris est jeune, il a effectivement commencé sa carrière politique comme leader de la FESH, de la Fédération étudiante. D'abord, c'est quelqu'un du Sud, donc il ne vient pas de Santiago. C'est le plus atypique de cette génération-là, en fait. C'est le plus atypique et le plus poétique, à vrai dire. Il est jeune, mais il est jeune à l'image du pays, en fait. C'est aussi ça qu'il faut savoir. C'est un pays jeune, la Mec Latine est un pays jeune.

C'est-à-dire que quand vous êtes entre plusieurs mondes, enfin moi j'ai 50 ans, donc quand on me dit « t'es encore jeune », moi je suis un grand-père en Amérique latine, en fait. Je suis un grand-père en Afrique. Et ça, vous le voyez dans la rue. Il suffit de marcher dans une rue latino-américaine pour voir que la moitié de la population a moins de 25 ans, en fait. Donc, il est évidemment jeune, parce qu'à un moment donné, il est aussi l'outil que la gauche chilienne, les gauche chiliennes, dans la primaire que le Frenteam, le Parti commune chinois ont organisé, ont utilisé pour changer de génération.

13:57
Présentateur

Mais au-delà du profil et de l'âge du candidat Boric, il y a ce front large. Mais pas si large que ça, puisqu'en plus de la candidature de Gabriel Boric, quatre autres candidates et candidats de gauche étaient en lice au premier tour. À l'instar des présidentielles françaises de 81 qui ont vu quand même accéder au pouvoir François Mitterrand. Il semblerait donc que l'union de la gauche se met ne soit en rien garante de sa victoire aux élections.

14:22
Invité

Mais personne ne l'a dit, mais en tout cas, moi, je ne l'ai jamais dit, en fait. En tout cas, il est nécessaire de se parler pour gouverner ensemble, en fait. Parce que gouverner seul, d'abord, c'est difficile, c'est même très improbable, vu le système politique français. Et gouverner seul, ça n'a jamais beaucoup d'intérêt, si ce n'est qu'on est particulièrement tenté par une forme de démocratie illibérale, en fait. Par une forme d'autoritarisme, de mépris des corps intermédiaires. Enfin, le gouvernement théoriquement auquel on aspire quand on a un projet d'émancipation, c'est un gouvernement ouvert, en fait, de dialogue, de discussion, d'échange.

Un mouvement où le Parlement vit, où il tranche, où la population est consultée, où les syndicats, la démocratie sociale existe. C'est quand même ça l'idéal, normalement, quand on est attaché à des principes d'émancipation.

15:16
Présentateur

Si Sergio Coronado a rejoint LFI en 2018, après avoir appelé, a voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017, c'était notamment pour l'aspiration de convoquer, comme ça a eu lieu ensuite au Chili, une assemblée constituante, afin de faire réécrire la Constitution française, écrite, elle, en 1958, par et pour Charles de Gaulle, militaire devenu président d'une cinquième république. Régime que l'on qualifie aisément aujourd'hui d'ultra-présidentiel et au fonctionnement peu démocratique. Alors, à l'instar du Chili, pourquoi devrions-nous ici réécrire la Constitution française ? Et est-ce que c'est réaliste de le souhaiter dans cette France d'aujourd'hui ? Sergio Coronado nous livre son avis.

15:54
Invité

Je pense qu'elle a été écrite dans un moment très particulier de l'histoire de France, dans un rapport très particulier entre les gouvernants et le peuple. Alors, moi, je crois qu'il est nécessaire de la réécrire. Certains journalistes pourraient dire qu'elle a été beaucoup amendée, plusieurs dizaines de fois. Donc, elle se prête, en fait, à des modifications et à des amendements. Mais je crois qu'une des grandes difficultés en France, c'est que toutes celles et tous ceux qui sont faits des profondeurs, en fait, une fois au pouvoir. Moi, je lis cet exercice du pouvoir très centralisé chez tous les prénoms des républiques, en fait.

C'est pour ça que je pense qu'ils vont changer, en France, en tout cas. Et ces gens-là, en fait, malheureusement, tout en faisant des critiques parfois extrêmement virulentes et très sensées, le coup d'État permanent, ça reste quand même une très grande référence, dans l'exercice de la conquête du pouvoir et de la politique au quotidien, n'ont jamais donné le sentiment qu'ils étaient très attachés à l'horizontalité, à la participation, très ouvert à la critique ou je ne sais quoi d'autre, en fait. On a quand même quelques signes préalables qui peuvent nous avertir de la manière dont le pouvoir sera exercé.

Il ne faut pas non plus être aveugle au point de considérer qu'on est trompé à chaque fois.

17:17
Présentateur

Le parallèle avec le cas chilien a donc ses limites, car sur ce point-là, là-bas, le processus de réécriture de la Constitution a débuté bien en amont des présidentielles, imposée par une manifestation populaire quasi insurrectionnelle qui dure depuis 2019. Pourquoi la majeure partie de la classe politique française, y compris à gauche, ici en France du coup, est-elle hostile à la constituante, à l'idée d'une système république ? Sergio Coronado y va de son analyse.

17:42
Invité

Je pense que ça change un peu, en fait. Je pense que ça change un peu. Je pense que très longtemps, pour dire les choses très franchement, c'était plutôt la gauche socialiste qui en était hostile, en fait. Tout simplement, quand on est un parti hégémonique dans l'un des camps et quand on a l'impression que par des effets de bascule, on accédera au pouvoir d'État un jour ou l'autre, on peut se dire que ce pouvoir vertical, un peu monarchique, il nous convient. Là, je pense qu'on va très vite comprendre, si on est à nouveau écarté des responsabilités et de la fonction suprême, qu'être une opposition sous la Ve République, ce n'est pas évident du tout, en fait.

Je pense que les nouvelles générations ne sont pas du tout dans ce rapport-là et que ce sera même un choix très pragmatique peut-être considérer que c'est une constitution qui ne s'adapte pas à une vie démocratique décente, digne de ce nom, qu'elle ne permet pas même le jeu banal d'une démocratie. Une majorité, une opposition, elle a la capacité de critiquer, de s'opposer, de retarder parfois même la prise de décision. Je veux dire, l'exemple macroniste est assez éclatant et convaincant quand même. Et donc, quiconque n'a pas réfléchi aux conditions d'exercice de la pratique minoritaire sous la Ve République, on va comprendre assez vite en tout cas, je pense.

19:09
Présentateur

Pour Sergio Coronado, il semblerait donc que pour la plupart des dirigeants français et des prétendants au pouvoir, la verticalité de la Ve République, finalement, ce n'est pas si mal une fois qu'on est aux manettes. Il approfondit alors sa pensée.

19:23
Invité

Je pense qu'effectivement, on a des responsables politiques qui ont été formés, forgés. Leur imaginaire s'est construit autour de ce cadre-là, en fait, de cet imaginaire-là, d'un pouvoir que l'on peut trouver et qu'il est d'ailleurs un peu suranné, d'inspiration monarchique. Moi, je le trouve contraire à toutes les pratiques démocratiques de ce nom, en fait. et ce pouvoir-là, en fait, il façonne toutes les institutions françaises, tous les comportements politiques du sommet de l'État au bas de l'échelle, en fait. Le maire est son…

est une sorte de roi clé dans son royaume, le président d'un conseil régional, c'est un peu une espèce effectivement de monarque, un président au conseil départemental, c'est un peu la même chose. Donc, évidemment, je pense qu'on atteint les limites, en fait, de la logique de ce système. Après, effectivement, il y a des gens qui pensent que dans des situations de crise profonde, finalement, l'institution est tellement forte en elle-même par sa verticalité, par les principes qui la sous-tendent, qu'elle peut même vaquer au manque et aux démissions

20:45
Présentateur

du politique, en fait. À côté de ça, la démocratie, pleine et entière, réelle, beaucoup l'appellent de ses voeux, mais pas moins nombreux semblent être ceux qui la craignent, rappelant le risque d'une fascisation de la société, d'un retour sur certains droits, comme par exemple le retour de la peine de mort ou que sais-je encore comme idée rétrograde si le pouvoir reviendrait réellement au peuple. Qu'en est-il vraiment ? Y a-t-il des mesures de précaution pour éviter des dérives de ce type si une constituante venait à être convoquée par exemple par l'éventuel président Mélenchon ? J'ai demandé à Sergio Coronado comment il voyait la chose.

21:21
Invité

Je ne la vois pas en fait. En tout cas, pas de citron à vrai dire, malheureusement. Non, je pense qu'on est depuis plusieurs années par petits pas, par des esquisses comme ça que nous soupçonnaient peut-être pas au départ, dans une restriction ou en tout cas dans un rapport d'une exigence finalement assez médiocre à l'égard de l'état de droit et du fonctionnement démocratique de nos institutions. Voilà, c'est un sentiment très profond chez moi. Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être choquer celles et ceux qui nous écoutent. Enfin, peut-être pas d'ailleurs, ce n'est pas la question.

Mais souvent, quand j'étais parlementaire, j'ai eu des doutes sur certains votes, quand vous vous débattez un budget. Finalement, l'un des votes qui m'a posé le moins de problèmes en soi, en fait, sur lequel j'ai le moins douté, c'est le vote contre l'état d'urgence.

j'ai eu assez tôt le sentiment, la certitude, la conviction profonde en fait, qu'on mettait le pied, enfin, on avait déjà un peu ouvert la porte, on mettait le pied dans un engrenage où finalement, toute situation un peu inattendue, un peu de crise, conduirait le pouvoir à s'asseoir sur l'état de droit ou en tout cas à l'encadrer de telle sorte qu'on le met un peu de côté, qu'on l'affaiblit considérablement et l'exemple, d'abord, n'en pas manqué, on a vécu longtemps sous l'état d'urgence alors même que les services de renseignement disaient que l'état d'urgence était efficace trois, quatre jours à un suite, c'est beaucoup plus compliqué, on l'a renouvelé à plusieurs reprises et que la crise sanitaire, on vit dans un état d'urgence sanitaire, que la crise climatique pourrait conduire à un état d'urgence climatique à prendre des mesures autoritaires.

Donc voilà, je pense que ces questions-là, ce ne sont pas simplement des questions de programmatique ou des questions de principe, c'est aussi des questions quotidiennes dans le rapport que l'on a à la politique même. on ne se découvre pas démocrate quand on a si peu pratiqué la démocratie dans la compétitivité.

23:34
Présentateur

Le tableau qu'il dépeint peut sembler bien noir, mais il préfère le décrire réaliste. Selon lui, rien n'est impossible et la volonté populaire a un rôle majeur à jouer dans l'issue de 2022 et à l'écriture de l'histoire du pays. Au Chili, le processus hautement démocratique de la constituante lancé fin 2020 a sans doute joué en faveur de la victoire d'idées politiques sociales révolutionnaires un an plus tard. Idées qui viennent en confrontation directe avec l'idéologie néolibérale chilienne mais qui, depuis chez nous, la France, peuvent paraître banales tant nous sommes habitués d'en jouir. Salaire minimum, sécurité sociale publique, allocation étudiante, minimum retraite, etc.

Autant de révolutions pour les Chiliens qui font partie de notre normalité à nous, ici, quotidienne. J'ai alors demandé à Sergio Coronado si le Chili, de par son passé violent sous la dictature militaire et ultralibérale de Pinochet, avait formé une certaine maturité que les Français n'ont pas puisque, contrairement aux Chiliens, nous n'avons pas hérité de notre constitution de Pétain mais de De Gaulle. Autrement dit, est-ce que nous n'avons pas encore suffisamment perdu, pas suffisamment goûté à l'austérité sociale pour que les Français, comme les Chiliens par millions depuis 2019, se soulèvent afin d'exiger une transformation sociale radicale du pays ? Voilà ce qu'il m'a répondu.

On peut tenter de faire cette lecture-là

24:53
Invité

on se dit en effet que finalement quand on regarde la crise sanitaire, il a quand même sorti le chéquet Macron, il a permis quand même quand on discutait avec un latino-américain qui vit en France et travaille en France et qui a pu faire du télétravail ou a été mis en chômage partiel pendant 6-7 mois, c'est des choses qui sont totalement inconcevables dans de nombreux pays du monde et dans de nombreux pays latino-américains.

Moi, je ne ferai pas mienne cette analyse-là en fait, je pense simplement que ce qui manque, c'est d'abord historiquement et structurellement en France, les corps intermédiaires sont d'une très grande faiblesse et ça permet quand même d'avoir une sorte de rayonnement de la politisation. Voilà. On assiste quand même à une offensive depuis bientôt trois décennies d'une espèce de révolution conservatrice qui atteint même la gauche. L'abandon des classes populaires, ce n'est pas les politiques de l'identité, c'est en fait une espèce de la colonisation de la gauche par le néolibéralisme à partir des années 80.

Tout ça a été dit, étudié, il y a eu des livres, des thèses, des articles de politistes. On est dans des situations où on a une grande difficulté à bâtir un projet d'émancipation, un projet de mobilisation populaire et sociale, on a des partis politiques qui ne représentent plus grand-chose si ce n'est des machines de placement électoral pour des gens qui souhaitent occuper des places dans des institutions et avoir des mandats. C'est la faiblesse en fait. Et en face, on a quand même des gens extrêmement puissants en fait. On ne peut pas se raconter l'histoire quand on détient des groupes de presse, quand on détient des journaux.

On le voit aujourd'hui autour de la candidature de Zemmour en fait. On peut faire de n'importe quel chroniqueur une espèce de figure médiatique à vocation politique. C'est une petite entreprise. Je ne sais pas si Bolloré s'amuse, s'il croit lui-même à cette aventure, mais en tout cas, la concentration des masses médias donne un pouvoir considérable à quelques individus en France.

27:13
Présentateur

Pour finir, je suis revenu sur le contexte de départ, celui qui semble avoir clairement rendu tout ça possible au Chili, les révoltes et les manifestations géantes dès 2019. Et de cela découle une question simple. Est-il simplement possible d'opérer un tel changement de cap politique, de rupture avec l'idéologie néolibérale qui objectivement domine une partie du monde sans une participation active du peuple comme on l'a observé au Chili depuis quelques années du coup ?

Je rappelle que durant ces manifestations, des milliers de personnes ont été blessées par la police chilienne qui tiraient à balles réelles qu'une trentaine de personnes ont perdu la vie et que de nombreuses scènes de violences de très fortes répressions ont été documentées. On est loin de simples manifestations pacifiques et rangées et de quelques feux de poubelle comme chez nous. En somme, faut-il obligatoirement une situation de quasi-insurrection pour tenter de rompre avec le néolibéralisme ? On écoute la réponse de Sergio Coronado.

28:04
Invité

Une situation d'insurrection, on ne sait pas.

28:09
Présentateur

On s'épuise.

28:10
Invité

L'insurrection, c'est... Discuter avec les Chiniens qui se sont mobilisés, c'était des journées très longues. Non, mais c'est une situation de souveraineté, en fait. Un peuple est souverain. Et donc, la souveraineté, ce n'est pas l'insurrection tous les jours, mais c'est une façon d'être le sujet politique et le sujet de légitimité politique de toute décision qui se prend, en fait. Ça semble difficile, finalement, de faire ces ruptures-là sans le soutien, la mobilisation. Voilà, c'est pour ça que je vous disais tout à l'heure, c'est croire que gouverner seul permet de faire ça. Bienvenue au pays des illusions. Voilà.

Moi, je crois en effet à la mobilisation à la fois de l'ensemble de la société. Elle ne se décrète pas. Elle arrive parfois de façon un peu inédite et par surprise. Elle a des explications au long cours et au Chili, elles sont évidemment très claires et profondes. Et la politique est parfois bousculée et l'intelligence de la politique consiste à épouser ces mouvements. Très concrètement, le mouvement social chilien, il est suscité par personne, en fait. Même par Bode, ces gens-là sont bousculés comme tout l'établissement politique. c'est une grève qui part de l'augmentation du prix du ticket de métro.

Mais enfin, on le sait quand même depuis la révolution d'octobre, ce ne sont pas les programmes qui mettent les foules en mouvement. une meilleure déclaration tribunicienne à quelconque meeting. Mais sans cette mobilisation-là, il n'y a pas de possibilité de mener à bien ni une constituante qui en soit une vraiment, en fait, qui en soit une vraiment, ni une politique de rupture. et ça n'assure pas non plus ces sorties-là. Voilà, mais ça me semble être des conditions presque sine qua non.

30:16
Présentateur

Voilà pour mon entretien avec Serge Coronado qui est, je le rappelle, ex-député élevé, passé par LFI en 2017 et 2020. Nous sommes toujours en direct sur le média, vous êtes toujours plus nombreux à nous suivre et je me fais la voix de toute l'équipe pour vous en remercier. N'oubliez pas de mettre vos commentaires dans le chat, on vous lit d'ailleurs pendant le direct et en mettant des pouces vers le haut pour nous soutenir. Avant de passer à la seconde partie de l'émission et d'y retrouver Théophile Cuomo, un rappel régulier car important. Nous sommes dans la dernière ligne droite de notre campagne de dons pour financer la rentrée prochaine de la Contre-matinale.

Une campagne politique, ça coûte cher, cher aux politiciens et à leur partie mais aussi cher aux médias qui la racontent. C'est donc le moment de nous aider à continuer l'aventure inédite de cette Contre-matinale politique quotidienne. Le premier palier à 30 000 euros est quasi atteint. Il nous manque moins de 2 000 euros et nous ambitionnons déjà d'atteindre le second palier à 50 000 euros. Pourquoi ? Car avec cette somme, le média pourra recruter des reporters vidéo qui iront au plus près des candidats, raconter leur campagne, décrypter leur choix, interriger leur stratégie. Découvrez les détails de notre campagne de dons sur campagne.lemediatv.fr.

Tout ceci est possible si vous êtes là pour porter haut le média et son équipe qui ne ménage pas ses efforts au quotidien. Merci pour tout le soutien déjà apporté et merci d'avance pour celui qui vient. On passe maintenant à la suite de l'émission avec Théophile Kouamouho qui reçoit ici même Michel Zéclair à l'occasion de la parution de son livre-choc « Restez debout, livre-choc » car pour la première fois l'homme revient sur l'épisode qui aura marqué sa vie et la France durant lequel des policiers l'ont passé à tabac dans les studios musicaux qu'il tient fin 2020. Ce sont des images de vidéosurveillance qui lui ont permis de réchapper à la prison au pire.

Michel Zéclair répond aux questions de Théophile Kouamou juste après ce court clip. Quant à moi, je vous remercie de votre fidélité et vous donne rendez-vous ici mardi prochain. Bonne journée. Bonsoir Eric Zemmour.

32:17
Invité

Bonsoir. Marine Le Pen, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes candidate à l'élection présidentielle. Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants. Donc beaucoup sont potentiellement dangereux. On les laisse mourir de froid derrière les barbelés. Mais bien sûr que oui. Mais bien sûr que oui.

32:30
Présentateur

Il faut que la police tire à balles réelles. Ça rigole plus là. Reculez, reculez.

32:40
Invité

Salut à vous les matinaux qui nous regardez en direct.

32:43
Présentateur

Bonjour à toutes et tous. Quel plaisir de vous retrouver.

32:45
Invité

Nous sommes sur le Média TV et c'est l'heure de la contre-matinale.

33:05
Présentateur

En France, quatre policiers ont été mis en examen et deux d'entre eux écroués dans l'information judiciaire ouverte sur le tabassage du producteur de musique Michel Zecler. Parmi ces quatre policiers mis en examen par un juge d'instruction, trois l'ont été pour violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique et faux en écriture publique. En garde à vue face à l'IGPN, la police des polices, les trois principaux mis en cause avaient fini par admettre que les coups portés n'étaient pas justifiés et qu'ils avaient agi principalement sous l'effet de la peur.

33:31
Invité

Ils étaient trois personnes, ils me tapaient dessus, ils ont lancé une grenade, il y avait des enfants, il y avait des gamins en bas. Quand je repense à tout ça, j'ai le cœur qui bat, j'ai peur, j'ai peur. Parce que j'ai entendu aussi les policiers qui disaient « oui, ça s'est passé comme ça parce que nous avons peur ». Non, moi j'avais peur. Quelque chose de surnaturel. J'ai un médecin devant moi qui me donne six jours et qui ensuite rencontre les policiers qui m'ont agressé et ce médecin leur donne cinq jours d'ITT. Donc, entre l'agresseur et l'agressé, comment la justice fait pour statuer qui a été agressé ? Comment elle fait si jamais je n'ai pas les images ?

Il y a un an et un mois, le média Loopsider nous donnait à voir des images terribles, des images d'un homme, d'un homme noir, tabassé de manière insensée par des policiers à l'entrée de son studio dans le 17e arrondissement de Paris, tabassé gratuitement, abreuvé d'un jure raciste. La diffusion de ces images, alors que se discutait la loi Sécurité globale qui prévoyait l'interdiction de filmer les policiers, a à ce point secoué l'opinion publique nationale qu'Emmanuel Macron avait dû exprimer sa honte. L'homme tabassé, quasiment torturé il y a un an et un mois, c'est Michel Zéclair. Il se remet de ses blessures au corps et à l'âme.

Il vient par ailleurs de publier un livre, un livre témoignage sur ce qu'il a vécu, mais pas que. Le titre de ce livre, Restez debout, tout un programme. Bonjour Michel. Bonjour Taufine. Comment tu vas ? On va de mieux en mieux. De mieux en mieux, je pense que ça se voit quand même, il y a quelque chose qui redevient lumineux. Je dirais que le temps avance et puis que je me soigne aussi en même temps. Donc effectivement, le fait d'être suivi, ça m'aide à aller mieux.

Je voudrais commencer par dire que j'ai lu et apprécié ton livre qui ne se contente pas de parler de l'affaire dite Michel Zéclair, mais qui trace un parcours de vie avec une sorte de bande-son en plus, ce qui est un peu la mémoire durable des années 90. D'ailleurs, même fait un peu des années 80 et donc c'est la bande-son de mon adolescence aussi parce que j'ai deux ans de plus que toi. Donc voilà, la musique, c'est quand même quelque chose qui est très présent dans ta mémoire. C'est quelque chose qui m'a accompagné toute ma vie et jusqu'à en faire mon métier. Oui, la musique, depuis tout le temps, c'est des émotions, la musique, la joie, la tristesse.

C'est vrai que depuis ma plus tendre enfance avec le Zouk avant et puis dans l'évolution le rap, le hip-hop. Quelle petite playlist conseille à quelqu'un qui essaye de rester debout ? C'est vrai que, alors, je ne vais pas donner de morceaux parce qu'il y en a trop, mais c'est vrai que dans ces années-là, les textes étaient écrits d'une manière assez particulière sans se connaître en écoutant les textes de ces rappeurs, Ministère Amer, NTM, Aïam, et j'en passe, Oxmo Poutino, tout ça.

C'est vrai que c'était comme une bande-son de vie et ils avaient des textes aussi, justement, dans cette optique-là de rester debout, Ministère Amer, même si c'était un peu virulent, c'était souvent des textes pour nous motiver à rester debout. Alors, une phrase qui m'a marqué au début de ton livre, c'est donc un policier qui te parle quand tu es à l'intérieur, tu te réfugies à l'intérieur de ton studio, il te dit « Sors, sale, nègre ». Et quand j'ai lu ça, c'est toujours des mots, quand on les ressent, qui sont des mots très violents. Alors, tu as subi ce jour-là, ce funeste jour des violences physiques et des violences verbales.

Qu'est-ce qui demeure le plus douloureux un an et un mois après ? Moi, c'est vrai que je dis souvent que je suis passé dans cette lessiveuse physique et psychique. Les insultes, elles ont été extrêmement dures parce que jamais je ne me serais attendu un jour à me faire insulter de la sorte. Je ne les comprends même pas, en fait, les insultes. J'ai vraiment du mal à, un, les accepter et puis, deux, de les comprendre parce qu'elles viennent comme ça pour que tu, enfin, je ne sais pas si on peut se tutoyer mais pour que tu comprennes c'est que ce jour-là, moi, j'allais faire de la musique.

Je ne m'attendais à rien de particulier et à part d'être agréablement surpris par ce qu'allaient me pondre les artistes et quand ce policier se met sans raison, beaucoup de gens me demandent qu'est-ce qui s'est passé avant, tout ça, rien, tout a commencé au moment que, enfin, le moment que tout le monde a vu, c'est-à-dire que je rentre dans mon studio et que cette personne rentre derrière moi et tout de suite, très rapidement, c'était, c'était très violent.

C'est pour ça que je le décris, j'essaye en tout cas d'être particulièrement précis dans le livre quand, quand je raconte ça, j'essaie d'être, de donner le plus de détails parce que c'est important que les gens comprennent ce par quoi je suis passé parce que certes, moi, j'ai vécu toutes ces violences mais je ne peux pas m'empêcher de penser à tous les autres. Quand je me souviens de ce jour-là, je ne peux pas m'empêcher de penser à Claude Jean-Pierre qui s'est fait agresser le même jour que moi et qui lui est malheureusement décédé, qui s'est passé en Guadeloupe. Ce sont des choses qui me touchent énormément. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Cédric Chouvia.

Je ne peux pas m'empêcher de penser à Ibrahim Abba. Tout ça, ça reste en fait. En plus, sale nègre, tout de suite, l'hostilité est une hostilité à caractère raciste. Le fait que ce registre lexical soit utilisé aussi clairement par des policiers de la République, ça t'inquiète. J'imagine, est-ce que tu as peur aujourd'hui quand tu marches dans les rues du 17ème ? Je suppose que certains des policiers de cette expédition y sont toujours ou alors certains de leurs copains ? J'ai du mal à comprendre quand certains policiers essayent de défendre ces policiers-là, ceux qui ont agi comme ça.

À partir du moment où on rentre dans ce corps de métier, on sait que c'est difficile, on sait que c'est un métier qui est difficile, mais même si on est des amis, à partir du moment où tu dépasses les limites, à partir du moment où tu trahis l'uniforme que tu es en train de porter, on ne peut pas, les collègues, normalement, ne peuvent pas défendre ce genre de choses. Ils ne peuvent pas agir comme ils agissent. Moi, avec moi, ils ont fait comme ils ont fait avec beaucoup d'autres.

C'est-à-dire qu'il y a une victime de violences policières, on va maintenant, pour pouvoir le placer sur le banc des accusés, on va aller chercher un petit peu à droite, à gauche, essayer de trouver tout et n'importe quoi, même s'il faut en rajouter un petit peu, et puis on va balancer ça. C'est-à-dire que moi, je trouve ça particulièrement choquant personnellement que le fait que certaines personnes aient accès à nos données personnelles et puissent derrière les divulguer à la presse comme ça pour pouvoir incriminer une personne.

Moi, dans mon cas, inventer une histoire qui pourrait tenir la route compte tenu de mon passé qui date de 20 ans, qui a des années-lumière de ma personne aujourd'hui. Et moi, je trouve ça choquant. Et ce procédé-là, ça fait très longtemps que ça existe. Et ceux qui n'ont pas de caméra aujourd'hui ne peuvent pas faire valoir leurs droits comme moi, j'ai pu le faire par rapport à ces vidéos-là. Tout ce procédé-là, honnêtement, aujourd'hui, c'est ça qui me choque particulièrement. Le corps et l'esprit, ils ne font qu'un.

Quand on lit ton livre, tu décris les séquelles physiques, le bras gauche que tu n'as pas complètement récupéré, mais aussi des séquelles morales et qui se voient physiquement, notamment un yo-yo pondéral, tu prends du poids, tu en perds, etc. Le corps et l'âme doivent être soignés ensemble. J'ai pris un petit peu de temps à le comprendre parce que c'est sans doute la pudeur qui fait que j'ai pris du temps pour soigner l'esprit parce que je me disais que j'allais me relever. Moi, mes amis les plus costauds de ce côté-là me disaient déjà d'aller me faire soigner. Certaines personnes qui m'ont dit ça, c'est là aussi, ça m'a déclenché quelque chose que ce n'est pas dans leurs habitudes.

C'est des sportifs avec de gros égaux. Des costauds. Oui, voilà. Et on avait naïvement le concept de dire bon, ça, ce n'est pas pour nous. Alors qu'en vérité, si je n'avais pas été suivi par un médecin, peut-être qu'aujourd'hui, je serais à terre. Et là encore, je suis obligé de penser à tous les autres. Tous les autres, comment ils font ? Mais non, comment ils font ? Alors tous les autres qui sont dehors parce que la justice a pu démontrer qu'ils n'étaient pas coupables. Mais ceux qui sont en prison, comment ils font ? Pour dormir avec ça, pour vivre avec ça ? On n'a rien fait. On n'a rien fait. Et on se retrouve tabassés, insultés, humiliés, incarcérés.

Alors je me suis toujours demandé un truc. Je me suis demandé si tes assaillants te connaissaient avant de t'agresser à ton avis. Je me suis demandé pourquoi ce sursaut de haine ? Je lui ai dit peut-être que c'était de la jalousie. Est-ce que tu penses qu'ils te connaissaient, qu'ils savaient à qui ils avaient affaire ? Non. Moi, je ne les connaissais pas et l'interaction que j'ai eue avec eux, je n'ai pas eu l'impression que c'était des gens qui me connaissaient. J'ai eu... Moi, j'ai tout de suite vu beaucoup de haine qui m'a choqué. Autant de haine dans leurs mots, dans les mimiques, de leur bouche, quand ils me parlaient. Beaucoup de haine. On n'est pas dans un film.

Ce sont des gens qui sont... J'imagine, au début, voulaient m'interpeller pour le non-port du masque parce que je n'avais pas de masque, effectivement. Mais peut-être qu'ils ont été surpris de me voir rentrer dans ce studio-là. Vous avez eu l'impression d'avoir perdu un match. Il fallait faire le match retour. Voilà. Moi, je l'ai vécu comme ça. Ils sont rentrés chez moi pour me faire sortir, pour me contrôler. Ce n'est pas comme ça. Je vais aller même plus loin. C'est que s'ils m'avaient demandé mes papiers, même si j'étais chez moi, moi, je n'aurais pas... OK, pas de problème. Contrôler, pas de problème. J'aurais donné mes papiers et tout se serait passé, j'espère, normalement.

Sauf que là, ils ont été virulents tout de suite. Il y a eu des insultes quasiment instantanément, très rapidement après leur entrée dans mon studio. Tout de suite, ça a été violent. C'est tout de suite le tutoiement, tout de suite, on me tient, on essaie de me sortir. Mais moi, je préviens, je dis, vous êtes dans un lieu privé et vous êtes filmés. Je le dis, ça. il ne calcule pas. OK, c'est une chose. Et puis ensuite, le déferlement de violence que tout le monde a vu. Mais les gens ont vu une vidéo. Moi, je me suis pris tous les coups que ces gens ont vus. Et honnêtement, à mon pire ennemi, je ne souhaite pas ça. Les coups de matraque dans la tête.

Et puis, moi, je me souviens, c'est quelque chose qui est très fort chez moi, c'est que je me souviens que dans ma tête, je me disais, tu ne rends pas les coups. Parce que ça faisait extrêmement mal. Au bout d'un moment, ces coups de matraque, je sentais le choc dans mon corps, dans tout mon corps, mais je n'avais plus la douleur. Ça aussi, le médecin m'a expliqué dans quel état j'étais à ce moment-là. Ça aussi, c'est quelque chose que mon corps m'a sauvé à ce moment-là. Parce qu'en vérité, je ne serais peut-être pas ici, moi, aujourd'hui. Hors de question, dans ma tête, de m'allonger.

J'ai toutes ces images où je me dis, quand je les vois, c'est malheureux, mais jamais je me dis que ça peut m'arriver à moi. Jamais. Moi, je ne fais rien aujourd'hui dans la vie pour que je me retrouve dans ce genre de situation. Franchement, ça a été très dur. J'ai eu du mal au début à en parler parce que très pudique. Et puis, je me suis fait agresser. Tout le monde a vu ça. Apporter, ce n'est pas évident. Apporter. Et puis, après, me retrouver dans cette situation-là où je me fais agresser par des gens qui portent l'uniforme de la République. Alors que, moi, mon regard sur tout ça a évolué depuis très longtemps. Je m'entraîne avec eux. Je fais du craft, ma gueule. Oui.

J'ai été formé par un policier. Effectivement, on n'est pas d'accord sur tout. Mais on arrive à échanger, on arrive à rigoler en soi. Mais c'est mon ami. J'en ai plein des amis comme ça. En plus, dans ton livre, tu parles du corps. C'est-à-dire, ton corps passe du corps d'un petit garçon à un corps d'un jeune noir. Donc, il passe d'un corps inoffensif à un corps que la société considère comme dangereux. Et puis, quelque part, tu ne le dis pas, mais quand on prend de l'âge, on se déshabitue à cette violence puisque à 18-20 ans, tu es habitué à l'hostilité des policiers. Mais un homme de 40 ans noir, en fait, il n'est quasiment pas agressé par les policiers. Il change de statut.

Il est en partie déracisé. Et donc, du coup, la surprise est encore plus grande pour toi par rapport à quelqu'un qui a 20 ans ou 21 ans ou 22 ans. Bien sûr. Et puis, de toute façon, cette situation elle crée un décalage forcément avec les jeunes que je peux côtoyer. Mais moi, ce décalage-là, je m'en sers comme expérience pour eux. C'est comme un jeune qui va dans un cours de boxe et l'entraîneur, ce qu'il lui apprend, c'est aussi à ne pas tomber là où il est tombé. C'est aussi ça la transmission.

C'est-à-dire qu'effectivement, quand on a fait des erreurs et qu'on les a reconnues et qu'on a réussi à surpasser, à dépasser ce stade-là, c'est aussi notre rôle de montrer un autre chemin, d'autres possibilités, d'autres ouvertures, même si c'est par le biais de la musique. Alors, je ne vais peut-être pas te demander où en est la procédure judiciaire, peut-être que je ne peux pas trop répondre.

C'est vrai que c'est en instruction et même dans le livre, je donne beaucoup de détails sur les choses qui pour moi sont importantes, mais je fais très attention aussi parce qu'il y a une procédure qui est en cours et que j'aimerais aller au bout de cette procédure normalement et que justice soit rendue. Alors, je voudrais qu'on revienne sur un aspect qui est si peu abordé, que tu abordes dans ton livre, le traitement dont tu as été l'objet après les violences filmées et qui font penser qu'il y a un système, alors ce n'est pas toi qui le dis, c'est moi, un système qui garantit l'impunité.

Tu es marqué par l'indifférence des autres policiers qui n'ont pas été de l'équiper de ceux qui t'ont tabassé, donc par exemple ceux qui t'accompagnent au commissariat, mais ils se tiennent comme à distance de ta souffrance. Oui, j'ai eu l'impression, et c'est ce que je dis aussi, comme si j'étais un peu déshumanisé, c'est-à-dire que après m'être fait tabasser à l'intérieur de mes studios, voilà qu'on me lance une grenade, parce que c'est quand même assez grave, on lance une grenade chez moi, moi cette grenade-là, je ne sais pas que c'est une grenade, je ne peux même pas expliquer réellement ce que j'ai cru que c'était, un objet est rentré, qu'est-ce que c'est ?

Et voilà, j'ai voulu regarder, j'aurais mis ma main, ça a explosé très peu de temps après, on le voit dans les images, mais j'aurais mis ma main, j'aurais perdu ma main, ce jour-là. Ils ont lancé une grenade, il y avait des enfants, il y avait des gamins en bas. Moi, quand je repense à tout ça, j'ai le cœur qui bat, parce que c'est vraiment quelque chose de surnaturel. Je me retrouve dans ce truc-là, j'ai peur, j'ai peur, parce que j'ai entendu aussi les policiers qui disaient « oui, ça s'est passé comme ça parce que nous avons peur ». Non, moi j'avais peur.

Ils étaient trois personnes, ils me tapaient dessus, dès qu'ils s'essoufflaient, je ne cessais de leur dire, parce que je pensais peut-être qu'ils s'étaient trompés de personne, ils étaient peut-être après quelqu'un, et ils m'ont confondu. j'étais dans cette naïveté-là. Vous vous trompez, monsieur, mais qu'est-ce qui se passe ? Mais ça continue à me taper et à m'insulter. Ça veut dire que quand les gamins sont montés et les policiers sont sortis, je me suis retrouvé à l'intérieur de mon studio, et que je vois que, à travers la vitre, je vois l'ombreux de sirène, je vois les couleurs bleues, et je vois des policiers qui sortent leur arme, qui me braquent, je suis où, en fait, là ?

Il se passe quoi ? Donc là, c'est vrai qu'à ce moment-là, je me suis dit, je me suis fait un film, mais très rapide. Peut-être qu'ils viennent me tuer, peut-être que, je ne sais pas, j'ai du... Ils me braquent, j'ai mon téléphone, je leur dis, en plus, je me montre, à un moment, c'est mon téléphone, je n'ai rien fait, je ne comprends pas derrière les policiers qui arrivent. Alors, même là, les collègues les appellent, leur disent, voilà, on s'est fait agresser par une personne. Normal qu'ils arrivent pour pouvoir aider les collègues. Ils arrivent, ils voient du sang partout. Ils se disent, peut-être pas que c'est mon sang, et uniquement mon sang.

Et quand ils me sortent du studio, qu'ils me tabassent, qu'ils me mettent des coups de matraque, encore, que la personne qui m'a agressé monte encore sur moi pour toute cette rage qu'il faut qu'ils sortent, quand je vois des jeunes qui sortent derrière, et lui, il saute sur chaque jeune qui sort. Regardez les vidéos, c'est quand même, on dirait, limite une bête enragée. C'est fou. Ça me dérange même de dire ça. Mais c'est ce qu'on voit sur les images. Il est là, il essaie d'attraper les jeunes, de mettre des coups à chaque... Les jeunes qui n'ont rien à voir avec cette... Mais qui ne sont même pas... Quand on ferme la porte et qu'ils me regardent, ils sont étonnés, ils ont peur.

Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ce truc ? Quand ensuite je me retrouve dans cette voiture, et que moi, je suis halluciné, j'ai mal au bras, je ne sais pas trop pourquoi, et que j'ai trois policiers qui ne m'ont pas agressé, qui sont devant moi, la première chose que je leur dis, je leur dis, messieurs, vous vous rendez compte de ce qu'ont fait vos collègues ? Là, je me rends compte que leur routine a repris. C'est-à-dire que là, j'ai un policier qui a une égratigneur sur la main, moi, l'état dans lequel je suis, et il me demande est-ce que vous êtes malade ou est-ce que... Enfin, je suis... Enfin, moi, ce n'est pas grave, en fait. Lui, il est égratigné, comme j'ai du sang...

C'est pareil, il y a un signe d'égalité. En tout cas, à ce moment-là, je comprends que je suis dans un truc pas normal. Un autre scandale dans le scandale, c'est les UMJ, les unités médico-judiciaires, qui te donnent six jours d'ITT, alors que tu es complètement ravagé. Et tu décris un médecin, un médecin donc des UMJ, qui là aussi, est en retrait comme indifférent, qui est du côté de la police, en gros. Les policiers ont... C'est extrêmement grave. Ça veut dire que, sans caméra, il ne me restait plus que les UMJ pour constater mes blessures. Mes blessures, la conséquence de ce que j'ai eue, les gens ont vu les images. D'accord ? Et ce médecin, quand il me voit, il me donne six jours d'ITT.

Très honnêtement, moi, quand il me donne six jours d'ITT, je ne comprends même pas. Moi, je suis ravagé, je suis devant lui, je lui montre, j'ai un énorme bleu sur le bras, je lui dis, moi, j'ai l'impression que c'est un hématome ou un truc, je ne comprends pas cette douleur. J'ai un médecin devant moi qui me donne six jours. Et qui ensuite rencontre les policiers qui m'ont agressé et ce médecin leur donne cinq jours d'ITT. Donc, entre l'agresseur et l'agressé, il y a un jour de... Comment la justice fait pour statuer qui a été agressé ? Comment elle fait si jamais je n'ai pas les images ? Comment elle fait ?

Donc, les gens qui se sont malheureusement retrouvés dans une situation similaire à la mienne ou pire, parfois. Parce qu'il y a pire, il y a bien pire et qui n'ont pas de vidéo et qui passent par ce chemin-là. Je dis juste que les UMJ, c'est un maillon essentiel de la chaîne et s'il y a des complaisances à ce niveau-là, comment un citoyen lambda fait pour pouvoir faire valoir ses droits ? Comment il fait pour que sa version des faits ne soit pas inaudible ? Je ne sais pas. Finalement, ça a été revu à la hausse le nombre de jours. Et donc, c'est passé à 180 jours. Mais c'est vrai qu'après la diffusion des images, je suis retourné voir les UMJ. J'ai obtenu 30 jours.

Donc, par le même service avant l'opération, j'ai retenu 30 jours alors que la première fois, c'était 6 jours. Je dis juste qu'il y a quand même une grosse différence qui n'est pas normale. J'ai écrit à l'ordre des médecins qui m'ont répondu qu'en gros, circuler, il n'y a rien à voir. Alors, il y a aussi des échanges hallucinants au commissariat entre les policiers qui t'ont esquinté et toi. Si j'ai bien compris, ce sont eux qui t'ont esquinté. Il y en a un qui se moque, ils sont persuadés de ne rien risquer. Il y en a un qui te dit tu as 40 ans, j'ai 20 ans et je vais te niquer. Oui, on est dans le commissariat. Donc, l'encadrement, c'est comment ?

Ça veut dire que comment on peut laisser un policier qui est censé nous protéger, comment on peut le laisser parler ainsi ? Comment on doit agir quand ceux qui sont censés nous protéger décident de se servir de leurs droits pour pouvoir nous tabasser et ensuite se protéger de nos attaques derrière eux ? Parce que c'est... Enfin, comment on fait ? Comment on doit se comporter ? Parce que c'est vrai que moi, je vois beaucoup les attaques de certains syndicats de police ou... Enfin, je ne sais même pas quoi dire. Comment on fait pour se protéger dans ce cas-là ?

C'est quand, pendant la perquisition, qu'ils découvrent qu'il y a des caméras de surveillance et qu'il y a enregistré que le temps de certains commence à changer ? C'est vrai qu'ils ont fait trois rapports. Enfin, trois rapports. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'ils ont fait un premier rapport qu'ils ont signé à trois. Alors que normalement, c'est à trois policiers, il doit y avoir trois rapports sur la table. Déjà, là, ça pose un problème. C'est-à-dire qu'on essaye de... Unifier les versions. Enfin, moi, je dis juste, voilà, moi, ça s'est passé comme ça. J'espère que ce n'est pas quelque chose qui se passe régulièrement comme ça, en fait, parce que c'est extrêmement grave.

Bien sûr qu'il faut regarder, il y a forcément un dysfonctionnement, mais encore là, ce n'est pas à moi. Moi, je dis juste, voilà, j'ai vécu ça comme ça et ça n'est pas normal. Ils ont fait un premier rapport après avoir dit que j'avais pris leurs armes, que je les aurais agressées, et puis plein d'autres choses. Moi, qui me faisais halluciner quand on me disait tout ça, moi, je suis fracassé. Et derrière, on me dit, oui, mais tu as essayé de prendre leur arme, oui, mais ceci, mais cela. Et puis derrière, comme on essaie de justifier ça, en ressortant mon passé vieux de 20 ans. Et c'est comme ça que ça va… C'est le premier rapport. Ça, c'est le premier rapport.

Le deuxième rapport n'est pas bien plus fameux de toute façon. Et puis, c'est après la diffusion des vidéos, c'est là que les policiers se sont mis à avouer, avouer les coups. et puis essayer de les justifier de manière compliquée, mais essayer de les justifier. Et puis, derrière, comme ma caméra ne n'enregistre pas le son, eh bien, on nie les insultes. On nie les insultes que j'ai entendues, qui ont été proférées à l'intérieur de mes studios, qui ont été… qui ont continué aussi au commissariat, que les jeunes ont entendues. Moi, ma version, elle est restée la même depuis le début. Eux, ils ont changé trois fois.

Donc, si moi, j'avais changé trois fois de version, est-ce qu'on m'aurait écouté ? Est-ce qu'on m'aurait cru ? Est-ce que j'aurais été audible ? Alors, tu dis, en parlant des images, je leur dois beaucoup, sans elles, je serais en prison, voire pire. Oui. Et c'est important, parce qu'en gros, il y a une sorte de bataille juridique qui n'est pas finie et qui entend, enfin, les meneurs entendent empêcher de filmer la police, alors que, justement, finalement, les vues M&J, les systèmes de rapports policiers sont défaillants et en réalité, tout ce qui t'a sauvé, c'est quelque chose qui était finalement extra-policier.

Et c'est pour ça que, franchement, dès qu'on me parle de mes vidéos, je suis obligé de penser aux autres, de penser comment ils font pour vivre ça. Moi, je vois la difficulté que j'ai. Et là, je suis vivant. Alors, les familles qui ont perdu un être cher, comment elles font ? C'est extrêmement dur, en vérité. C'est-à-dire qu'on ne peut pas... Enfin, ces gens souffrent, expriment leur souffrance et de l'autre côté, on essaye de mettre celui qui est décédé sur le banc d'un accusé. Enfin, c'est fou.

Essayer de trouver ce qui l'a bien pu faire dans sa jeunesse ou s'il n'y a rien, essayer de regarder autour dans sa famille s'il n'y a pas quelqu'un qui a un petit truc et puis dire la personne qui est décédée, c'est ça aussi. Franchement, c'est choquant quand même comme procédé. Oui, tout à fait. Finalement, l'affaire est médiatisée et le premier réflexe d'un certain nombre d'activistes de syndicats policiers de chercher et de trouver des infos permettant de semer le doute sur toi. Alors, moi, je me rappelle de Noam à Noir qui arrive ici en trombe à la rédaction pour dénoncer le procédé avant qu'il ne soit fructueux même si finalement la majorité des médias a refusé d'entrer dans le jeu.

Alors finalement, tu retournes leur arme contre eux en sortant ce livre, tu mets tout sur la table et on sort un beau récit sur un itinéraire de vie qui aurait pu mal tourner, qui a commencé à mal tourner et c'est ça je trouve qui est fort.

Finalement, tu dis vous voulez parler de ça, on va en parler et en en parlant finalement, tu nous fais réfléchir sur comment en fait on peut arrêter la spirale folle de l'effondrement d'une vie et c'est quelque chose qui nous apporte des choses parce qu'en fait à 17 ans, tu vas en prison à 17 ans à l'âge où en fait on devient, on n'est même pas un adulte, on se prépare à devenir un adulte, tu es un élève décrocheur, tu es en sport-études, tu as une sorte d'intersection.

Il y a à gauche, il y a le rap, l'art, qui t'appelle Ediams qui est la star qui va bientôt arriver, qui est ton ami, tu fais sa connaissance, vous êtes des confidents et donc ça c'est à gauche et à droite il y a la délinquance et les braquages à main armée et tu suis les deux itinéraires en fait en n'avouant pas aux uns ce que tu fais de l'autre côté puis finalement le mal te rattrape, tu vas en prison et il y a des belles pages sur ton séjour en prison, elles sont fortes, sans auto-apitoiement. Qu'est-ce que tu penses de notre système carcéral ?

Parce que moi en tout cas quand j'ai lu, j'ai l'impression que quelque part, qu'ils le veulent ou non, quand on prend des jeunes aussi jeunes qu'on les envoie au trou comme ça, c'est pas pour les corriger mais c'est vraiment pour les réprimer, c'est la répression et que la prison elle forme des délinquants et des bruts endurcis. Pas que, mais moi j'ai… Culturellement en tout cas qu'elles n'aident pas à corriger, pas assez en tout cas, parce que quand on a 17 ans, même si on a commis un braquage, on a encore des dizaines d'années à vie, donc la société a intérêt à essayer de nous récupérer. Moi c'est une période que j'ai vécue, c'était très dur.

J'ai vécu cette période difficile de ma vie et d'ailleurs, quand j'en suis sorti, j'ai tout de suite mis tout ça sous le tapis parce que je n'avais pas envie de donner cet exemple-là ou de laisser cet exemple-là. Ça m'a aussi… De cette période-là, j'ai beaucoup lu. J'ai essayé de m'instruire. Par exemple, j'en ai parlé dans le livre parce que j'ai été obligé d'en parler. C'est quelque chose qui a été se rémunérer de tout ça. Bon, ça a été un travail beaucoup plus structuré, mais c'était quelque chose de très difficile pour moi à sortir parce que j'en suis pas fier. J'en suis pas fier par rapport à mes parents.

J'avais pas envie que ma mère qui m'a tout donné et moi, je lui fais subir cette honte. C'est comme ça que je l'ai vécu, moi. C'est ta grand-mère en fait qui t'a élevé en Martinique. Finalement, quand tu la vois, elle est déjà morte. Oui, parce que… Ben voilà, c'est… J'ai passé toutes ces années incarcérées et vous savez, lorsqu'on est à l'intérieur, le temps, limite, il s'arrête mais il continue à avancer et des fois, on a même l'impression qu'il avance plus vite pour les gens qui viennent visiter et c'est là qu'on se rend compte que c'est pas ça que je voulais. Donc, je suis vite passé à autre chose.

Une fois que je suis sorti de là, j'ai tout de suite voulu faire des choses, j'ai tout de suite voulu construire des choses parce que, au final, j'ai… Tu en as construit des choses. J'ai essayé en tout cas et j'ai rencontré des bonnes personnes. Tu es devenu un tourneur, un tourneur célèbre avec ton ami Valéry Atlant dont tu parles qui est comme une sorte de bonne fée qui apparaît à plusieurs reprises dans ta vie. Vous avez fait de belles entreprises. Vous avez aussi essayé de faire… Vous avez aussi fait une émission… Oui, on a fait… Parce qu'elle était une journaliste radicale dans tous ces… Exactement. Elle a dirigé les plus gros magazines hip-hop.

Moi, quand je faisais de la musique et c'est ça qui est étonnant. C'est-à-dire que c'est une grande dame que j'ai connue grande dame qui est encore… Et quand elle a chroniqué nos musiques, elle a chroniqué aussi les artistes les plus lourds du moment. Fouji, tout ça, des Américains, les plus grands rappeurs. Et c'est vrai que le fait qu'elle ait cette vision, c'est-à-dire artistique, où elle regardait les plus grands et puis regardait aussi ce qui arrivait derrière parce que moi, j'évoluais dans un collectif et de ce collectif-là, il y a Sainte-Soupa-Crou qui sont sortis, il y a Yannick, il y a Diams.

Et c'est vrai que le fait que quelqu'un qui ne vient pas forcément d'où l'on vient et qui apprécie notre travail, ça donne un peu d'espoir, ça donne un peu ce truc de se dire, OK, il faut que je continue, il faut que j'avance, il faut que je fasse mieux encore pour la prochaine fois. C'est aussi ça que tous ces policiers qui fouillent dans le passé piétinent. Ce travail, ce travail quasi spirituel qui consiste à ne pas retomber, replonger. Et c'est assez particulier que ce soit après la rencontre de ces trois personnes-là que tout se passe et revienne et qu'on essaye de le mettre pour me définir. Alors qu'encore une fois, je suis à des années-lumière de ce que j'étais il y a 20 ans.

Sortir de prison quand on est entré à 17 ans, on est à 24, tu écris un trou de 7 ans dans mon CV, aucun logement, pas d'aide sociale, comment pourrais-je me réinsérer ? Quels sont mes chances ? Ce n'est pas un hasard s'il y a de la récidive. Ça, c'est vraiment un message quasi politique que tu adresses à ceux qui entendent nous gouverner à partir de 2022. C'est vrai que c'est un problème de fond. Et ce n'est même pas un problème qui se pose seulement aux jeunes prisonniers. C'est sorti de prison, en tout cas, c'est aussi les jeunes qui sortent de l'ASE, qui sortent comme ça, comme si, en fait, finalement, ils n'avaient pas d'importance.

Parce que même si tu sors de prison, tu devrais au moins avoir au moins le RSA, quelque chose qui te permet de te tenir chaud et de ne pas vouloir replonger. Dans ce livre, j'ai essayé de me confier, j'ai essayé d'aller un petit peu plus loin, de prendre le temps d'expliquer un petit peu ce que j'ai vécu, comment je l'ai vécu et aussi les difficultés que j'ai pu rencontrer à toutes ces étapes de ma vie. Ce n'était pas... Je ne l'ai pas fait en attaque. Je l'ai fait vraiment afin de trouver des réponses, finalement. Et dans ce livre, les questions que je pose, c'est réellement des questions que je me pose et au final que je partage avec les gens et j'attends vraiment des réponses à ça.

Tu écris aussi « J'ai grandi à Bagneux, aujourd'hui je travaille dans le 17e arrondissement, j'étais presque devenu un modèle de mérite, voire de réussite, un transfuge de classe, un miraculeux, mais en fin de compte, peut-être, étant toujours attrapé par le rôle que la société nous a signé. Et quand je lis ça, je trouve que c'est très triste d'en arriver à penser ça. Parce que ça ne devrait pas être comme ça. Je suis totalement d'accord. Mais comment je dois penser au vu de ce que j'ai vécu, comment les policiers m'ont décrit, comment aussi facilement ils m'ont tutoyé sans me connaître ? C'est l'essence. C'est-à-dire en fait, tu es un nègre, tu dois rester à ta place.

Je ne voulais pas le dire, mais oui. Merci beaucoup, en tout cas Michel, c'est un livre passionnant. Michel Zéclair, restez debout, paru aux éditions de plomb. Merci Michel. C'est moi qui veux remercier. C'est tout de suite.