"2159 enfants dorment dans la rue": le cri d'alarme de la présidente de l'Unicef
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et à tous. On se retrouve sur BFM2 pour évoquer ce chiffre à blanc. Au moins 259 enfants dont 503 de moins de 3 ans ont été obligés de dormir dans la rue la nuit du 18 au 19 août 2025.
Faute de place dans les hébergements d'urgence. C'est un chiffre qui a été euh révélé dans une tribune qui a été euh qui apparu dans les pages de nos confrères de Wouest-France et signé par l'UNICEF et la Fédération des acteurs de la solidarité. Pour en parler avec nous, euh nous sommes avec Adeline Azan, présidente de l'UNICEF, cosignataire de cette tribune et de ce 7e baromètre enfant à la rue.
Bonjour, merci d'être avec nous. Bonjour. Alors pour en pour parler de cette situation, vous parlez d'une situation qui est indigne et surtout vous appelez à un sursaut politique.
Est-ce que vous estimez que ces chiffres qui sont pourtant, comme on l'a dit accabl ne font plus réagir la classe politique ? Alors surtout, c'est d'abord un cri d'alarme que nous que nous tentons euh pour la 7e fois. Euh c'est la 7e fois qu'avec la Fédération des acteurs sociaux, nous établissons ce baromètre annuel.
D'année en année, les chiffres augmentent puisque vous l'avez rappelé, cette année, dans la nuit du 18 au 19 août, il y avait 259 enfants dans la rue dont plus de 500 en à moins qui ont moins de 3 ans et cela révèle une augmentation de 6 % par rapport à l'année dernière et 30 % par rapport à à 2000 2023. Donc pour nous, c'est absolument inacceptable et c'est inacceptable aussi parce que le nombre de ces enfants dans la rue et force nous les décomptons avec le 115 mais ils sont forcément largement sous-estimés. Pourquoi ?
Parce que il ne s'agit là que des familles qui ont téléphoné au 115 et qui ont eu une réponse négative. Or, vous imaginez bien qu'il y a énormément de familles qui ne téléphonent pas, soit parce qu'elles ont déjà téléphoné x fois et qu'elles n'ont pas eu de réponse positive, donc elles se désespère, soit parce qu'elles ne connaissent pas l'existence du 115. Donc, ce sont des chiffres qui sont à la fois certains mais qui sont forcément sous-estimés.
Ça c'est le premier point. Le deuxième point, c'est que en fait au-delà des enfants qui sont à la rue, qui est la situation évidemment la plus grave, il y a en France 43500 enfants qui sont ce qu'on appelle des enfants hébergés, c'est-à-dire soit en centre d'hébergement, soit en hôtel. Alors évidemment, c'est mieux que d'être à la rue complètement, mais enfin, on estime que ça n'est pas non plus acceptable d'avoir des enfants qui restent des mois, voire des années, dans dans des hôtels qui ne sont évidemment, vous l'imaginez, pas des hôtels de grand luxe euh qui sont souvent d'ailleurs des hôtels insalubres.
Et euh en centre d'hébergement euh c'est pas non plus une vie euh si ça devient pérenne ou même sur quelques mois ou années, ça n'est pas une solution pour des enfants ou adolescents. Donc c'est sur l'ensemble en fait de l'hébergement d'urgence que nous alertons le gouvernement. Alors, vous me demandez si le gouvernement euh nous écoute, forcé de constater que si nous avons obtenu quelques victoires ces dernières années comme par exemple la non baisse prévue initialement du nombre de places en centre d'hébergement 203000 à chaque fois il était question de le baisser parce que les associations sont se sont groupées et ont fait entendre leur voix ça n'a pas baissé mais on revend ce que nous demandons, c'est 10000 au minimum 10000 places de plus.
Donc le gouvernement ne nous entend pas à la hauteur de la gravité de l'événement. Alors, je ne dis pas que le gouvernement n'a pas conscience de ce de ce phénomène, mais ils en ont conscience, mais ils ne prennent pas la décision politique. Il s'agit là d'une question de volonté politique.
Ils ne prennent pas la décision politique d'y remédier et d'y remédier avec les moyens nécessaires pour justement y parvenir. Donc c'est tout ça est une question de volonté politique d'y consacrer le budget nécessaire. Mais justement vous dites que les solutions sont plutôt évidente, plutôt facile pour aider ces gens qui sont à la rue.
Qu'est-ce que vous proposez pour justement palier à ce manque d'hébergement d'urgence et même d'hébergement pérenne ? Alors, elles sont je dirais pas qu'elles sont faciles parce qu'elles s'engagent justement hou beaucoup de budget. Mais c'est là que je parle de volonté politique.
Alors nous d'abord ce qu'on demande c'est qu'il y ait une programmation plurié annuelle de l'ensemble du logement social et de l'hébergement d'urgence. C'està-dire qu'on ne fasse pas à la petite semaine ou à l'année des des prévisions. On revient dessus par la loi de finance rectificative et cetera et cetera.
Donc on veut absolument une programmation pluréannuelle. Ça c'est la première chose avec des chiffres de logements sociaux et très sociaux. suffisant et en parallèle et en amont de centre d'hébergement d'urgence parce qu'en fait du du fait de l'absence de logements sociaux suffisants, les personnes qui ont été admises difficilement puisque c'est très difficile en centre d'hébergement d'urgence et bien à leur corps défondant elles symbolisent les centres d'hébergement puisque même les personnes qui auraient droit à un logement social ou très social et bien attendre des mois des années, même pas des mois, des mois ça irait mais des années pour trouver un logement social quand elles en trouvent.
Donc du coup elle bloque le système de voilà et c'est en fait c'est une chaîne du de du logement et du de l'hébergement d'urgence qui dysfonctionne complètement. Ça c'est la donc ça c'est la première chose. La deuxième chose qui est plus générale, c'est et maintenant que justement la question de l'hébergement des enfants soit mise en haut de l'agenda politique du gouvernement.
Et ça ça n'est pas le cas. La meilleure preuve, c'est qu'en 2022, le ministre du logement lui-même que nous avions rencontré nous avait garanti que euh quelques mois après, il y aurait zéro enfants à la rue. On en est comme vous voyez extrêmement loin.
C'est ce qui nous fait dire que la volonté politique n'existe pas. Donc il faut une volonté une volonté politique. Il faut aussi un meilleur accompagnement de ces enfants quand ils sont à la rue, à l'hôtel ou en centre d'hébergement parce que euh l'accompagnement social est parfaitement insuffisant.
Donc il faut absolument avoir cela et puis il faut justement un accompagnement social qui va permettre aux personnes qui pourraient y prétendre par exemple d'avoir un titre de séjour quand ils peuvent y prétendre de façon à pouvoir accéder au logement social. Donc ça ce sont des des solutions qui sont à la fois simples mais qui nécessitent une vraie volonté politique. Or, quand on voit par exemple dans la pour la situation budgétaire 2026, ce qui a déjà été annoncé, c'est-à-dire des coupes budgétaires importantes, la coupe budgétaire sur la ligne solidarité, inclusion, insertion, elle est de 1ard7, ce qui est une des plus importantes coupes budgétaires.
C'est là aussi qu'on dit que ça euh si on décide de couper le plus dans ce secteur, là aussi c'est un quand même un signal politique. Alors, comment est-ce que vous expliquez justement cette augmentation ? Euh on vous avait parlé de 6 % par rapport euh à 2024 plus 30 % d'enfants euh à la rue par rapport à à 2023.
C'est des chiffres qui sont quand même très conséquents. Comment est-ce que ça s'explique ? Alors, il y a plusieurs facteurs qui se conjuguent et qui se cumulent.
Il y a d'abord le fait que la pauvreté en France augmente énormément. LINE a publié il y a quelques mois des chiffres de la pauvreté et la pauvreté a énormément augmenté ces dernières années. Donc une pauvreté qui augmente, ça veut dire des familles ou des femmes seules.
Il y a de plus en plus de femmes de familles monoparentales et des femmes n'arrivent plus à payer son loyer et est menacé d'expulsion. Et comme en plus et un autre facteur, les différentes euh lois qui ont été votées ces ces dernières années comme la loi Casbarian euh permet plus facilement d'expulser les locataires. Donc il y a une hausse du nombre d'expulsions qui est tout à fait tout à fait significative.
Donc hausse de la pauvreté, hausse de du nombre de de d'expulsions locative et ça ça crée justement beaucoup plus de personnes qui sont à la rue et puis aussi il y a une féminisation du sans-abri. Actuellement parmi les personnes qui sont se retrouvent sans abri, il y a un/ers de femmes de femmes seules. Ce qui fait que ce qu'il faut voir c'est les conséquences concrètes de tout ça parce que les centres d'hébergement qui font évidemment ce qu'ils peuvent sont obligés de trier en fait les demandes.
Il y a encore quelques années, une femme enceinte ou une femme sortant de la maternité un bébé était considéré comme totalement prioritaire. Et bien maintenant, et ce sont les centres d'hébergement qui nous disent, et bien une femme qui est enceinte de 3 mois sera pas considérée comme prioritaire. Ça sera une femme qui sera sur le point d'accoucher à 7 ou 8 mois qui sera considérée comme prioritaire.
On parle beaucoup des enfants de 3 ans, mais si l'enfant approche les 3 ans, et bien il ne sera pas considéré comme prioritaire et on prendra plutôt euh un enfant d'un an. Donc qu'est-ce que c'est que cette société où on en vient à sélectionner entre un bébé de 3 mois et un enfant de 3 ans pour savoir lequel pourra rester dans la rue ? Et puis je voudrais parler bien sûr des conséquences de tout cela pour les enfants et les adolescents.
Elles sont énormes. D'abord parce que le droit au logement et le droit au logement inconditionnel, c'est un droit de la convention internationale des droits de l'enfant. Il est absolument inconditionnel et fondamental et il n'est évidemment pas respecté.
Mais au-delà même du fait que le droit au logement n'est pas respecté, ce sont tous les droits de la vie de l'enfant qui ne sont pas respectés, qui sont eux-mêmes aussi reconnu par la Convention Internationale des droits de l'enfant, le droit à la santé. Car vous imaginez bien qu'un enfant qui vit dans la rue, à l'hôtel, dans un centre d'hébergement, ça son suivi médical va pas se faire correctement. Il y a beaucoup de ruptures.
Bon, la sociabilité euh de d'un enfant qui euh vit aller à l'école ou qui vit en centre d'hébergement et qui va à l'école. Vous imaginez d'ailleurs beaucoup nous l'ont dit ce matin à la conférence de presse, nous avions un adolescent et tous ces jeunes nous le disent. C'est-à-dire que euh ils n'osent pas dire à leurs camarades de classe qu'ils n'ont pas de logement. pour qu'il se mettent complètement en marge.
C'est un danger évidemment physique important pour un adolescent et encore plus pour un petit un enfant en basage de vivre dans la rue même s'il est avec sa mère. Et euh en terme de santé mentale des euh dégâts qui vont courir pendant toute la vie. On a publié un rapport en 2022 qui s'appelle Grandir sans chez soi où on y détaillait avec beaucoup de détails euh avec beaucoup de précision, pardon, euh tous les dégâts que cela euh peut euh entraîner.
Quand on sait par exemple que les 1000 premiers jours sont les jours sont la période pour l'enfant où tout se construit et se consolide, et bien on imagine bien qu'un enfant qui a vécu dans la rue, dans un centre d'hébergement ou à l'hôtel à ces âgeslà, il traînera des séquelles toute sa nuit. Donc voilà ce que le sort qui est réservé à nos enfants. Et un autre sort est à est à noté un sort qui est tragique hein.
Le collectif d'ailleurs les morts dans la rue a dénombré si je puis me permettre de de dire ça comme ça 38 enfants décédés dans la rue. Vous avez parlé de la convention relative au droits de l'enfant qui oblige les états partis à respecter, promouvoir, protéger, réaliser les droits de l'enfant. Et en fait euh ce que ça signifie là c'est que la France ne respecte pas cette convention.
Donc que peut faire l'UNICEF face à ça ? Le comité des droits de l'enfant de l'ONU, qui est l'organe qui est chargé de vérifier si chaque pays respecte bien la convention euh l'a noté dans son précédent examen que la France devait faire un effort sur le logement des enfants. Alors que peut l'UNICEF ?
Voilà, alerter alerter alerter le gouvernement mais aussi alerter les parlementaires qui eux sont prêts à voter les solutions. La meilleure preuve, c'est que nous avons réussi à faire voter par les sénateurs à l'unanimité, tout parti confondu, une résolution demandant qu'il n'y ait plus d'enfants à la rue ou hébergés de de façon d'ore dans des dans des situations qui ne sont qui ne conviennent pas. Euh ça n'est pas une loi malheureusement, c'est une résolution mais ça marque quand même bien la conscience et la volonté des sénateurs tout bord confondu et nous allons euh l'apporter à l'Assemblée nationale et nous espérons que les députés seront aussi unanimes pour voter cette résolution.
Donc les députés et les sénateurs, ils sont conscients de cela. Hm hm. Et puis il y a un autre point que je voulais faire remarquer, c'est que pour palier cette carence de l'État, parce que rappelons euh tout le monde ne le sait pas, que l'hébergement d'urgence c'est une compétence de l'État, c'est pas une compétence des des villes des mairies.
Mais pour autant pour palier cette cette ce ce non respect de cette compétence, et bien les mairies font énormément. Elles mett des salles à disposition, des gymnas, des écoles. Les citoyens font énormément, ils se regroupent pour héberger des enfants.
Le corps enseignant se fait énormément puisqu'il y a énormément de villes. La plus importante étant en Lyon où les enseignants décident d'ouvrir les écoles la nuit et le weekend avec les parents et les enseignants. C'est ce n'est pas rien pour que au moins les enfants ne dorment pas à la rue dans la nuit ni le weekend.
Or, il on peut on ne peut que saluer évidemment cette cet engagement et cette solidarité remarquable, mais dire en même temps que ce n'est pas le rôle de de des enseignants, des parents, des citoyens ni même des des villes que de comp enfin de se substituer à aux lacune de l'action de l'État. Alors, vous parlez des écoles, on approche de la rentrée scolaire, on approche aussi des températures plus froides. On est encore au mois d'août, mais bon, ça va vite arriver.
Et vous parlez de cette résolution que vous allez porter à l'Assemblée nationale. Est-ce qu'on peut espérer voir cette résolution arriver à l'Assemblée nationale avant les premières vacances scolaires, on va dire ? Je ne sais pas mais j'espère qu'elle arrivera au plus vite.
J'espère qu'elle arrivera au plus vite puisqueellement le on va dire c'est l'actualité principale de notre gouvernement c'est c'est justement le plan budgétaire 2026. Le principal problème de de ce manque d'hébergement d'urgence le budget, c'est les finances, c'est l'argent. Est-ce que vous avez pas peur d'être un peu mis de côté du coup ?
Bah bien sûr, on est très inquiet. On est aussi inquiet de l'absence de continuité de l'action publique puisque depuis un an, les gouvernements se sont succédés, ce qui a nuit évidemment à la continuité de l'action publique et on a été obligé de revoir les ministres pour leur réaffirmer nos engagements et nos propositions. Je crains malheureusement qu'on soit obligé de recommencer dans peu de temps.
Donc tout ça, l'instabilité politique a des conséquences évidemment et puis également la situation budgétaire a des conséquences. Mais c'est bien là que disons même avec une situation budgétaire dégradée, il y a des priorités et pour nous la priorité ce sont les enfants et que même si la France qui est quand même un pays riche même si elle connaît une crise budgétaire et que la France accepte que des enfants dorment dans la rue ou meurent dans la rue hein. Je rappelle vous l'avez dit vous euh 38 enfants sont morts dans la rue en 2024 le plus le plus jeune avait 8 jours.
Donc est-ce qu'on accepte ça ? Est-ce qu'on accepte ? Est-ce qu'on dit que c'est digne un pays qui laisse faire ce genre de choses ?
Nous nous disons non et nous continuerons évidemment à nous battre pour cela. un pays développé et je le rappelle un pays développé avec 38 enfants morts dans la rue en 2024 et vous avez dénombré seulement sur une nuit un chiffre de 2159 enfants qui dormaient dans la rue de la nuit du 18 au 19 août dont 503 de moins de 3 ans. Vous l'avez aussi et précisé hein que ce chiffre n'est pas un chiffre auquel on peut réellement s'attacher.
En réalité, il y a plus d'enfants euh qui qui dorment dans la rue en 2025. Merci de nous avoir donné toutes ces précision. Merci pour votre témoignage.
Je rappelle, vous êtes présidente de l'UNICEF France et vous êtes cignataire de cette tribune que vous pouvez retrouver dans les pages de nos confrères de Wouest France sur le la situation des enfants à la rue en France en 2025. Je vous remercie encore d'avoir accepté notre invitation et nous on se retrouve très bientôt pour un nouveau direct sur BFM2.
Adeline Hazan