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interviewC dans l'air· 29 août 2024 68 min

Matignon : ça se précise... #cdanslair 29.08.2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

être tout aussi redoutables que les hommes. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". C'est au tour des élus locaux de passer le portail de l'Elysée. E.Macron poursuit ses consultations alors que la pression se fait chaque jour plus forte pour trouver le nom du prochain Premier ministre.

Hier, la droite est partie déçue, fermant la porte à une participation à un gouvernement. Il y a 2 jours, la gauche a montré les dents après le refus du chef de l'Etat de nommer L.Castets.

Les noms de B.Cazeneuve et J.-L.Borloo circulent, sans oublier l'hypothèse de la surprise du chef.

Certains observateurs annoncent un nom avant la fin du week-end. Vous entendrez la colère des patrons et celle des électeurs du FN. - J'ai du mal à me dire qu'il faut aller voter.

Ca ne changera jamais. Ca sera toujours les mêmes partis qui vont passer. Les autres partis ne passeront pas. - C.Roux: Ce soir, nous recevons C.Meeus, rédacteur en chef au "Figaro Magazine".

E.Fottorino, vous êtes écrivain et cofondateur de "Le 1 hebdo". C.Graziani, vous êtes rédacteur en chef du service politique de France Télévisions.

A.-C.Bezzina, vous êtes politologue constitutionnaliste.

On a choisi de titrer ce soir: "Les choses se précisent." C'est audacieux? - C.Meeus: On aura la réponse en fin de semaine.

On imagine que des choses se précisent pour la fin de la semaine sur 2 indices. Le premier, c'est qu'E.Macron rentre de Serbie vendredi soir.

A partir de samedi, il peut se consacrer à ce qu'il fait depuis un mois: chercher un nouveau Premier ministre. Il y a la rentrée des classes lundi. On sait qu'E.Macron aime nommer ses Premiers ministres le lundi.

Deux d'entre eux ont été nommés un lundi. Le seul qui n'a pas été nommé un lundi ou mardi parmi les 4, c'est J.Castex. - C.Graziani: On pense que ça va se préciser ce week-end.

Il y a tout intérêt à ce que ça se précise ce week-end. Concernant le Premier ministre, il sera nommé mais il n'y aura pas de gouvernement. La rentrée scolaire a beau avoir lieu le 2 septembre, il y a peu de chances qu'il y ait un ministre de l'Education nationale qui ne soit pas démissionnaire hormis N.Belloubet qui soit aux commandes pour cette rentrée.

Avec E.Macron, le temps est très fugace, parfois. Il a mis énormément de temps pour nommer un gouvernement quand il avait la majorité absolue.

Alors imaginez, quand il n'a plus de majorité, le temps qu'il pourrait prendre. Il est parfois très indécis. - C.Roux: On va rentrer dans le détail.

Jour après jour, consultation après consultation, il n'y a pas forcément de portes qui s'ouvrent mais il y a des portes qui se ferment. - E.Fottorino: Lui-même a refusé L.Castets.

A gauche, ça va être très compliqué. Peut-être qu'il table sur une dislocation de la gauche. Il y a une urgence encore plus grande dans la mesure où on va commencer une rentrée avec que des démissionnaires, sauf le président.

Chacun des ministres...

Le ministre de l'Intérieur, le ministre de l'Economie, le ministre de l'Education sont démissionnaires. Démissionnaire, ça veut dire qu'on a donné sa démission et qu'on a baissé les bras. Ca veut dire qu'on n'y est plus.

C'est des demi-mesures. On est à demi-démi. Pour les Français, il y a une incompréhension, une colère.

E.Macron est habitué à être le maître des horloges. Là, ça devient trop long. - C.Roux: Mais quand est-ce que ça devient trop long?

Ca fait 45 jours. Ca doit faire une vingtaine de jours qu'ici même, on explique que cette fois, vraiment, c'est allé trop loin, qu'il est temps...

Institutionnellement, rien ne l'oblige à accélérer le tempo? - A.-C.Bezzina: On est bien d'accord.

C'est un temps long et aussi un temps court. On est très loin des élections, qui étaient tellement passionnelles! L'élection législative, c'était le 7 juillet.

C'est le record historique de la Ve République et même de la IIIe République. C'est aussi un temps court car, quand on doit composer un nouveau gouvernement sans majorité, même relative, au sein d'une Assemblée aussi fracturée, qu'on n'a pas de scrutin proportionnel, parfois, ça peut durer 2 ans. 541 jours en Belgique.

On est dans un temps relativement court. C'est l'urgence des Français qui va amener à ce qu'on soit dans un temps plus court. Oui, c'est un temps qui nous paraît long mais qui est assez court. - C.Roux: On entendra les électeurs du RN, qui sont très amers.

La pression est-elle uniquement sur E.Macron ou elle est peut-être aussi sur les partis politiques? On va parler de ce qui s'est passé avec la droite, avec L.Wauquiez.

Leur base peut mettre la pression en considérant qu'il est temps de s'entendre et de trouver des compromis. C'est au chef de l'Etat de prendre ses responsabilités? - A.-C.Bezzina: C'est les 2.

Le président de la République...

C'est la Constitution gaulliste de 58 qui veut ça. Le président incarne. C'est à lui de montrer un cap et de pressentir un peu le rôle qu'avait le président de la IIIe République.

On les trouvait mauvais quand ils n'arrivaient pas à faire durer un Premier ministre plus de 15 jours. Le communiqué de presse du président est assez parlant. Il dit: "Le résultat vous oblige et la responsabilité vous incombe." Les partis politiques ont évidemment un très grand rôle à jouer auprès de leur base, de leurs électeurs et de l'Assemblée nationale. - C.Roux: L.Wauquiez a été reçu hier.

Il renvoie la balle à E.Macron, considérant qu'il a été déçu par l'entretien. On se dit que c'est une consultation pour rien. - C.Meeus: Oui.

Tout n'est pas de la faute d'E.Macron. On est dans une situation institutionnelle bloquée, certes de son fait, car c'est la dissolution qui a provoqué ça, mais aussi parce qu'aucun des 3 blocs n'accepte de jouer le jeu.

Le Nouveau Front populaire dit qu'il a 193 élus, qu'il est le 1er bloc et qu'il veut rester chimiquement pur. "On veut appliquer notre programme et on ne veut personne avec nous." Evidemment, il y a des gens qui disent qu'il faut trouver des alliés.

Il y a un bloc dont on ne s'occupe pas du tout depuis cette rentrée...

Le bloc du RN et des amis d'E.Ciotti. C'est le 1er parti à l'Assemblée nationale.

Ils ont 142 élus. On pourrait imaginer que ce bloc cherche des alliés, dans une démocratie parlementaire, mais non! Comme l'opposition leur va très bien, ils s'en lavent les mains. - C.Roux: Ils ont été exclus, de fait.

Dans sa lettre, le président de la République dit que c'est le front républicain qui doit... - C.Meeus: On en arrive au 3e bloc, qui ne joue pas non plus complètement le jeu.

E.Macron prend son temps parce qu'il ne veut pas de cohabitation. Il veut avoir un Premier ministre confortable, c'est-à-dire un Premier ministre un peu similaire à ceux qu'il avait avant, avec qui il s'entendrait bien, qui ne voudrait pas tout détricoter.

C'est pour ça qu'il ne veut pas de L.Castets ou du Nouveau Front populaire. C'est pour ça que les LR sont partis un peu furieux.

Ils ont compris que ce ne serait pas quelqu'un de centre droit. Les 3 blocs ne veulent pas jouer le jeu. - C.Roux: La gauche est fâchée, la droite est déçue.

E.Macron est passé à la consultation des élus locaux pour tenter de trouver un point de passage et une issue à cette crise. La pression se fait chaque jour plus forte malgré la parenthèse des Jeux paralympiques. *-Mesdames et messieurs, le président de la République... - Un président tout sourire hier pour le début des Jeux paralympiques, comme si de rien n'était. - E.Macron: Je proclame les Jeux paralympiques de Paris 2024 ouverts. - Une soirée de fête.

Pourtant, l'impasse politique demeure. Toujours pas de nom pour Matignon, seulement quelques explications sur son rejet de l'hypothèse Castets. Un président qui se justifie car les critiques pleuvent, venant même d'anciens lieutenants.

J.-M.Blanquer est très sévère au sujet de la dissolution. - J.-M.Blanquer: Quand il y a des erreurs de ce genre, ça relève d'une sorte de suicide inconscient.

Il n'y avait aucune raison de dissoudre le soir des élections européennes. - E.Macron veut trouver sa solution et continue encore les consultations.

Hier, il reçoit le patron des députés républicains. - L.Wauquiez: Cet entretien s'est avéré décevant.

Aucune position nouvelle. Pas de véritable projet pour les Français, structuré. - Les élus locaux, dont R.Muselier et C.Delga. - C.Delga: Une écoute attentive et respectueuse et constructive. - La socialiste est ouverte à la discussion avec le chef de l'Etat.

Tensions internes au PS, où les troupes de Hollande veulent revoir la stratégie. - J'ai demandé qu'au sein du PS, ils discutent avec tout le monde. Nous sommes un parti de gouvernement.

La gauche est arrivée en tête. Elle n'a pas la majorité absolue. Nous le devons aux électeurs de gauche et du front républicain. - Message en partie reçu par la candidate du NFP, qui veut toujours y croire.

Elle annonce mettre fin à ses fonctions à la Mairie de Paris et montre des signes d'ouverture. - L.Castets: J'ai eu des contacts avec tout le monde cet été, c'est-à-dire des personnes hors du Nouveau Front populaire.

J'ai appelé C.de Courson, hier. - C'est Liot. - L.Castets: J'ai eu des contacts avec des personnalités politiques qui ne sont plus dans le jeu, mais qui sont influentes, comme D.de Villepin.

J'ai échangé avec lui plusieurs fois cet été. J'ai eu des contacts avec des députés MoDem. - Cela suffira-t-il à convaincre E.Macron? - C.Roux: Nous allons revenir sur les nouvelles tensions à gauche.

Je voudrais revenir sur cette crispation d'une partie de la gauche, portée également par F.Hollande, qui dit qu'écarter L.Castets est une faute institutionnelle.

Est-ce que vous êtes sur cette ligne? Est-ce qu'il aurait fallu, parce que c'est le groupe principal à l'Assemblée, au moins essayer L.Castets et lui laisser tenter sa chance? - A.-C.Bezzina: Je n'en suis pas sûre.

Ca ne résulte pas de la Constitution et de la démocratie comme on l'entend aujourd'hui, de manière négative, avec cette idée d'un déni. Ce n'est pas l'hypothèse institutionnelle la plus évidente qui aurait été violée. La question de confiance, en 58, on la marginalise.

C'est le président qui doit sentir son Premier ministre. Le général de Gaulle dit que l'intérêt général pour le choix de l'homme et la composition du Parlement...

Ca suppose aussi de se projeter plus loin. On pourrait parler de faute partagée. E.Macron aurait pu épuiser cette solution pour avoir plus de légitimité, mais la gauche n'avait pas de leader dans l'élection.

O.Faure, à 20h02, nous a dit: "Nous ne les élargirons pas." L'Allemagne et l'Espagne n'ont pas choisi le groupe qui a eu le député +1 pour gouverner ensuite. - C.Roux: Faute partagée? - E.Fottorino: C'est très juste.

C'est intéressant, ce qu'on disait au début sur le temps. Plus il attend, plus ça peut être long. Si la gauche avait été en mesure, le lendemain de l'élection, de présenter un candidat...

Ils ont mis beaucoup de temps avant de sortir du chapeau L.Castets. On a un ingénieur du chaos, tout le monde sait qui c'est.

On a un pompier pyromane: Mélenchon. Il met le feu et il dit qu'il va l'éteindre. Et on a la tartufferie de la droite, L.Wauquiez.

On sent que ces gens-là n'ont pas envie de sauver le soldat Macron. D'autre part, ces gens-là ne vivent pas maintenant. Ils vivent en 2027, pour la présidentielle.

Ce côté hypocrite fait que les dés sont pipés. Personne ne veut vraiment y aller. Peut-être qu'on aura les quelques noms qu'on a donnés.

Peut-être aussi qu'il y aura la surprise. Ce qui est certain, c'est que plus le temps passe et plus ça va être compliqué pour le ou la Première ministre pour faire ce qu'il faut faire. Ce qui est fascinant est qu'on a tous pris un peu de vacances...

L'incompréhension, qui devient de la colère...

Les Français ont été plus lucides que les politiques. Ils ont fait de la proportionnelle sans proportionnelle. Ca complique un peu les choses.

Ils ont dit clairement 2 choses. Premièrement, ils ne veulent pas du RN majoritaire, mais il y a une demande sociale très forte, à gauche comme au RN. Après, c'est de dire qu'il ne se passe rien sur la Sécurité sociale, sur les retraites, sur l'éducation, sur la santé, sur le logement...

Comment construire du commun sur ce miroir brisé? - C.Graziani: Le message qu'E.Macron a fait passer hier à L.Wauquiez, en dénonçant sa posture...

Il lui a expliqué que, par cette posture, le président l'obligeait à se tourner vers le centre gauche. - C.Roux: On a cette phrase d'E.Macron à L.Wauquiez: "Si vous ne voulez pas venir au gouvernement, vous me condamnez à nommer une personnalité de gauche à Matignon." - C.Graziani: L.Wauquiez a l'air de l'assumer.

Il est prêt à ne pas nommer quelqu'un qui soit jugé trop proche. Ce serait très mal vécu par les Français. Il considère qu'il peut être à côté d'un Premier ministre qui ne soit plus du tout de son bord.

Il semble l'avoir accepté. - C.Roux: Ce n'est pas ce qu'on disait au début de l'émission.

On disait qu'il voulait un Premier ministre confortable. Vous considérez qu'il a acté le fait que les Français lui ont demandé un changement? - C.Graziani: Il est obligé d'entendre le message qui a été passé par les Français il y a un mois et demi. - C.Roux: Question.

On va parler de B.Cazeneuve. B.Cazeneuve est-il le favori du jour? - C.Meeus: Oui.

C'est celui dont le nom revient le plus. Lui dit qu'il n'a pas demandé, qu'il n'est pas en campagne. Dans l'échelle de ceux qui veulent y aller, il y a L.Castets tout en haut, X.Bertrand et, en bas, B.Cazeneuve.

Il dit qu'il veut y aller. Il a envie. Il n'a pas envie à n'importe quelle condition, non plus.

Le nom de B.Cazeneuve est cité, très bien. C'est l'ancien ministre de l'Intérieur de F.Hollande, un ancien Premier ministre très éphémère, après M.Valls.

Il est resté 4 ou 5 mois à Matignon. Mais c'est un homme de gauche. Sur les retraites, je ne crois pas que B.Cazeneuve ait fondamentalement envie d'appliquer la réforme telle qu'elle a été votée par la majorité d'E.Macron. - C.Graziani: Mais pas de l'abroger. - C.Meeus: Peut-être pas, mais est-il prêt à la mettre en oeuvre?

Il faudra lever le hiatus. La chance qu'il y a avec B.Cazeneuve pour E.Macron, c'est qu'il achète une partie du PS.

On l'a vu dans votre reportage: un certain nombre d'élus locaux et de députés sont prêts à le suivre. Les autres auront du mal à voter une motion de censure contre un gouvernement de B.Cazeneuve, qui est socialiste.

C'est là que l'équation est intéressante. Il ne faut pas se focaliser en se disant qu'il faut 289 députés, la majorité absolue. Il ne faut pas 289 députés contre lui.

C'est aux oppositions de montrer qu'elles sont majoritaires. Il faut détacher des socialistes et des républicains en nombre suffisamment grand pour dire qu'ils ne voteront pas une motion de censure et qu'on pourra être tranquille. Mais ça ne suffit pas.

Je rajoute une difficulté. Ce gouvernement sera quelque part entre les mains de M.Le Pen et de son groupe.

Si elle décide de faire voter la motion de censure déposée par LFI ou par un autre, c'est balayé. La chance qu'il y a, c'est que M.Le Pen va entrer dans une période compliquée à la rentrée car elle a un procès sur les assistants parlementaires au niveau européen.

Elle n'a peut-être pas les mains libres ou la marge de manoeuvre nécessaire pour provoquer quelque chose. Mais Macron se donne un délai de 2 ou 3 mois maximum. - C.Roux: Sommes-nous à la veille d'un schisme ou d'une clarification au sein de la gauche?

F.Hollande parle de fardeau lorsqu'il évoque J.-L.Mélenchon.

R.Glucksmann dit qu'il faut se débarrasser de Mélenchon et de Macron. Vous avez cité N.Mayer-Rossignol qui dit qu'il ne faut pas fermer toutes les portes comme le fait J.-L.Mélenchon.

Il y a des voix qui s'expriment à gauche pour rompre avec J.-L.Mélenchon? - E.Fottorino: C'est ce qu'on comprend.

Depuis le lendemain du 2e tour, où Mélenchon prend la parole pour dire "tout le programme et rien que le programme", il y a une appréciation très particulière qui ferme tellement de portes! Il y a une partie de la gauche qui veut continuer à discuter. Mélenchon a fait une proposition étonnante en disant "soutien sans participation." C'est peut-être le seul qui fait de la politique vraiment, Mélenchon, mais il l'a fait avec ce côté radical.

Il y a toute une partie de la gauche qui ne veut pas ça, mais c'est l'intérêt d'E.Macron qu'elle se fracture. Plus elle sera affaiblie, plus il aura le sentiment qu'il peut encore avoir la main.

On dit des choses contradictoires, mais elles sont toutes vraies. On fait du "en même temps", nous aussi. Il va devoir prendre acte de sa défaite.

Il a perdu. En même temps, il veut toujours être au centre du jeu. Comment faire ce "en même temps"?

Que ce soit B.Cazeneuve ou un autre, à un moment donné, il n'aura plus la main. Le président n'aura plus la main.

Si la fracture de la gauche a lieu, peut-être qu'elle retarde un peu...

Elle lui donne encore un surcroît de pouvoir dans une situation où il le perd. - A.-C.Bezzina: La scission de la gauche, c'est le groupe LFI qui l'a décidée, notamment en déposant cette demande de destitution, peut-être même en ayant ce champ lexical de forcer la main du président. "Le Premier ministre, c'est à nous de le décider." C'est là que le jeu institutionnel s'est rompu.

LFI a joué une partition personnelle, ce qui met le Nouveau Front populaire en délicatesse au sein de l'Assemblée nationale. La question du "en même temps", c'est la Constitution de 58. "Un président qui préside et un gouvernement qui gouverne", on n'a pas trouvé mieux depuis 65 ans.

Si c'est B.Cazeneuve, une personnalité de centre gauche qui émerge, la majorité négative va peut-être être amenée à sortir. Au moment du vote du budget, si on prend P.Moscovici ou des hommes d'Etat qui ont un sens du réalisme financier suffisant, ils seront soutenus par la droite.

Ca amène à ce que la motion de censure ne soit pas votée. Le président gardera la main sur le régalien, la sécurité, le dialogue avec les Français. Le Premier ministre devra aller chercher des accords.

Le premier, c'est le budget, en octobre. - C.Roux: C'est l'hypothèse la plus crédible, un Premier ministre de centre gauche hors du NFP? - A.-C.Bezzina: Je le crois.

La première raison, c'est le message des urnes. Un message de front républicain a émané de ces élections du 7 juillet. Le 2e élément, c'est que ces élections, ça a été du "en même temps".

C'est du ni-ni. Voilà le message des urnes. Il faut une politique régalienne un peu à droite avec quelqu'un qui ait une sensibilité sociale. - C.Roux: Pourquoi il consulte les élus locaux?

Qu'est-ce qu'il en espère? Décrocher des personnalités de droite et de gauche pour un gouvernement d'union locale ou de rassemblement? - C.Graziani: La photo de C.Delga et R.Muselier, les 2 présidents de région...

C'est ça, l'attelage qu'il entend mener, qu'il a expliqué dans son communiqué de lundi soir. Le centre gauche, aujourd'hui, il est au coeur même du dispositif. E.Macron avait essayé de fracturer la gauche en annonçant la dissolution.

On a vu le résultat: le NFP s'est constitué en 4 jours. Quand on commence à entendre les voix qui montent, celles de H.Geoffroy, de N.Mayer-Rossignol qui, à eux deux représentent quasiment la moitié des membres du bureau national du PS...

Ils ne sont pas minoritaires. O.Faure a réussi à se faire réélire premier secrétaire, mais il a 2 composantes à côté qui peuvent lui nuire s'ils s'allient.

Il tient à son siège en cas de dissolution dans un an. Il sait qu'il a besoin de LFI dans un an. Il y a beaucoup d'élus de gauche du NFP qui savent qu'ils ne peuvent compter que sur un soutien de LFI s'ils veulent être réélus l'an prochain. - C.Meeus: Il y a 2 cordes de rappel sur la scission.

C'est une dissolution. Si des socialistes ont participé à un gouvernement, les LFI et les Verts vont présenter un candidat contre et il sera sûr de perdre. Le 2e élément, c'est les municipales.

Il y a des villes qui sont cogérées par les Verts et les socialistes, etc. Ils risquent de perdre un certain nombre de villes. Les politiques commencent à dire qu'il faut mettre d'urgence la représentation proportionnelle car ça enlèverait la pression sur les dirigeants socialistes.

Je ne suis pas sûr que ce soit l'urgence des Français! - E.Fottorino: Ce dont on parle montre bien ce qui peut exaspérer les Français.

On est revenu dans des logiques d'appareil avec des calculs à 3 bandes. Ce n'est pas ce que les électeurs ont demandé. La responsabilité est partagée entre Macron et les dirigeants des grands partis.

On a attendu une réponse sociale et politique. Finalement, on a une réponse d'appareil, de petits arrangements. Quelles que soient les explications, je pense que pour les électeurs, pas seulement ceux du RN, c'est un élément de fossé qui se creuse entre les politiques...

C'est évidemment très dangereux. - C.Roux: Question.

On balance des noms depuis quelques jours. On a cité B.Cazeneuve, D.Migaud, P.Moscovici, J.-L.Borloo...

Est-ce que tous ces gens-là ont eu des contacts avec l'entourage du président de la République? - C.Graziani: Normalement, Matignon ne se refuse pas. - E.Fottorino: On a vu L.Berger le refuser. - C.Graziani: Il faut espérer que si le président appelle des personnalités, il sait qu'il y a une possibilité qu'un attelage puisse se former. - C.Roux: Est-ce que le président est isolé? - C.Graziani: Il le semble clairement. - C.Roux: J.-M.Blanquer a réglé ses comptes.

On a des ministres démissionnaires qui sont entre leurs cartons et leur vie d'après. - C.Graziani: Vous avez un Premier ministre démissionnaire dont on a compris qu'il pensait déjà à l'avenir en s'affranchissant véritablement du joug macronien.

La plupart des ministres commencent à réfléchir à leur avenir. Autour du président de la République, on a bien du mal à savoir qui peut encore avoir une petite influence, hormis lui-même. - C.Roux: Ces consultations sont-elles une mise en scène?

Il a besoin de faire ce tour d'horizon des positions des uns et des autres? F.Bayrou a dit que ce n'était pas du tout la bonne méthode.

Il se met entre la main des partis. - E.Fottorino: Lui qui abhorre tant les partis...

Il les fait venir à l'Elysée. C'est intéressant, cette mise en scène. Tout ça pour bien montrer qu'il ne peut pas nommer L.Castets, parce que tous disent qu'ils vont la censurer.

On dit quelquefois que les arbres tombent du côté où ils penchent. Vous me demandiez s'il était isolé. Je dirais plutôt qu'il est seul.

Ce n'est pas la même chose. Depuis toujours, il cherche la solitude. La solitude, c'est là où on est en surplomb.

Il a toujours considéré que le compromis n'existait pas. Pour lui, le compromis, c'est réexpliquer aux gens pourquoi ils doivent penser comme lui. Il n'est pas isolé.

C'est sa solitude qui a pour conséquence de l'isoler. Au départ, il décide seul de dissoudre. Quelques comparses ont peut-être dit qu'ils avaient joué un rôle important là-dedans, peut-être plus que la réalité.

E.Macron décide entre Emmanuel et Macron. Il n'y a pas grand monde entre les 2.

Il est isolé parce qu'il est dans une solitude qu'il a recherchée depuis toujours. Quand on refera l'histoire de ses mandats, depuis la longue marche de la pyramide du Louvre...

C'est lui qui a introduit le flaubertisme en politique. A la différence de V.Hugo, qui avait introduit le peuple dans la littérature, Flaubert a introduit le destin personnel.

Macron, c'est l'incarnation d'un personnage romanesque, d'un destin personnel. Après les législatives, il est élu et il se moque de savoir si son camp a gagné. Il prône la solitude.

Il croyait s'en sortir tout seul. - C.Roux: On a regardé le visage d'E.Macron hier dans les tribunes à l'ouverture de la cérémonie des Jeux paralympiques.

On ne distingue jamais chez lui le moindre signe d'inquiétude ou de crispation. C'est une vue de l'esprit? Il traverse cette crise institutionnelle, qui est sans doute la plus grave depuis le début de la Ve République, sans difficulté?

Quelque chose pourrait témoigner d'une forme d'inquiétude du président? - C.Meeus: En tout cas, il ne la montre pas.

C'est un acteur. Il a pris des cours de théâtre. Ce n'est pas neutre.

D'abord, c'est un politique. Un politique essaie de ne jamais montrer ses sentiments pour ne pas montrer la faiblesse. Il est acteur et ça se voit dans les consultations.

Ceux qui ont participé à des consultations disent qu'il ne cite jamais de noms. De lui-même, il ne donne pas de noms. Il attend que l'interlocuteur donne des noms et il dit: "Qu'est-ce que tu en penses?" - C.Graziani: C'est ce qui s'est passé avec B.Retailleau. - C.Roux: Il est sincèrement à la recherche de noms et de solutions? - C.Graziani: C'est aussi une façon de piéger ses interlocuteurs. - A.-C.Bezzina: Peut-être parce que ça n'est pas lui qui est en danger aujourd'hui.

Depuis son 2e mandat, depuis 2022, il est démonétisé en termes politiques. Il ne va pas se représenter. La Macronie survivra sans doute sous une autre forme.

C'est l'Assemblée nationale et les Français qui sont en danger. Il va falloir agir avant d'avoir un budget de reprise en main par Bruxelles. Toutes ces urgences, il s'en défausse.

Le communiqué de presse se termine par un appel à la responsabilité des partis. Les partis politiques n'avaient pas à prendre un rôle aussi prégnant dans cette partie très personnelle entre le président et le Premier ministre. - C.Roux: Est-ce qu'on ne le lui aurait pas reproché?

C'est parce qu'on lui fait ce procès d'être jupitérien...

Le fait de consulter donne le sentiment qu'il cherche une porte de sortie. - A.-C.Bezzina: Ca aurait pu être fait plus court et plus tôt. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: C'est complètement possible. - C.Roux: On a une idée du calendrier?

Certains disent que c'est avant la fin du week-end. On a des éléments tangibles? On a compris que ce serait plutôt un profil de centre gauche.

D'ici la fin du week-end, il pourrait y avoir un nouveau Premier ministre? - C.Graziani: Peut-être, mais un nouveau gouvernement...

Quand on sait le ballet qu'il va y avoir entre l'Elysée et Matignon...

Le président veut imprimer sa marque sur certains postes, qui seront symboliques et emblématiques pour lui. - C.Meeus: D'où le confort dans lequel il veut rester. - C.Graziani: Ca peut prendre énormément de temps.

On aura certes un Premier ministre, mais le gouvernement, on peut attendre encore plusieurs semaines. - C.Meeus: Il ne faut pas exclure qu'E.Macron se dise: "Je suis dans une meilleure situation que si je n'avais pas fait la dissolution." Il peut s'en persuader parce que c'est la meilleure façon pour lui de rester.

Au moment où il dissout, il dit qu'on lui tendait un piège à la rentrée, au moment du budget, qu'ils étaient tous en train de fomenter leur coup pour qu'il y ait une motion de censure, qu'il n'avait pas d'autre choix que de dissoudre. Il dit qu'il a réclamé 30 milliards d'économies sur le budget. Il ne faut pas exclure qu'il considère qu'il n'est pas dans la pire situation possible par rapport à juin dernier. - C.Roux: Les regards restent tournés vers l'Elysée. - C.Graziani: Il lui reste 3 ans. - A.-C.Bezzina: 3 ans, c'est la deadline pour lui.

Le 15 septembre et le 1er octobre, c'est les premières consultations auprès de la Commission européenne. Je ne sais pas si ce sera bon genre d'amener un budget avec un Premier ministre démissionnaire. - C.Roux: Le RN a été d'office exclu des consultations.

Chez les électeurs de M.Le Pen, la pilule a du mal à passer. Nous sommes allés à Soissons.

Le député frontiste a été élu au premier tour là-bas. - Soissons, ville paisible de l'Aisne, conquise par le RN. En 2 ans, le nombre d'électeurs RN a plus que doublé ici.

Lors des dernières législatives, le député n'a eu besoin que d'un seul tour pour être réélu à l'Assemblée. Sonia a toujours voté pour le RN. Cette fois, cette mère y a cru avant de déchanter. - Je pensais que J.Bardella allait être Premier ministre et être à côté de monsieur Macron.

Mais monsieur Macron a changé. Il a fait à son idée. - Sonia est en formation.

Elle touche le RSA. Au quotidien, c'est difficile. Il faut tout compter. - Il Restera 4,90 euros.

On prend quand même? - Euh...

Non. Je ne peux pas les payer. - Une situation inconfortable qu'elle impute au président de la République. - Macron est pour les riches et pas du tout pour les pauvres.

J'essaie de faire attention, de prendre le strict minimum, mais il y a toujours un moment où il y a un truc qui nous rattrape. - Sur le marché, Elodie non plus ne digère pas l'évolution politique du pays depuis les législatives. - 1,94 euro. - Comme plus de 9 millions de Français au 1er tour, elle aussi a voté pour le RN. - J'ai du mal à me dire qu'il faut aller voter.

Ca ne changera jamais. Ca sera toujours les mêmes partis qui vont passer et les autres, qui peuvent apporter quelque chose à la France, ne passeront pas. - Elle s'inquiète pour ses 3 enfants, notamment quand elle voit l'argent dépensé pour les JO. - Beaucoup d'argent pour peu.

C'est 15 jours. Certes, c'était magnifique, mais il y a eu beaucoup d'argent. Ils auraient mieux fait de le donner aux Français qui en avaient besoin.

Nous, Français, on a besoin d'un peu plus d'aides. Pas forcément des aides sociales, mais des aides, des produits qu'on a besoin au quotidien, un peu d'essence... - Un mécontentement que Brice, lui, observe depuis son stand de fruits et légumes.

Pour la 1re fois, il a choisi de voter blanc. - Le président est haut perché. Il ne se rend pas compte de ce que c'est, la France qui se lève tôt le matin.

Des amis ont dit qu'il avait entendu la France qui travaille...

En fait, non. Tout le monde est attaché à son fauteuil. Il a peur de le perdre.

Il faudrait arrêter de penser que la politique est un métier. - L'impression d'être abandonnés, méprisés par une classe politique bien loin de leur quotidien. - C.Roux: E.Fottorino, votre réaction à ce reportage?

Qu'est-ce qu'on dit à ces électeurs? - E.Fottorino: Pour eux, c'est trop long, mais au-delà du temps, c'est le fait qu'on n'a pas entendu leur voix.

Les demandes, c'est le pouvoir d'achat...

On ne parle pas encore de la rentrée des classes mais ça arrive. Toutes les questions sociales et sociétales qui sont adressées au monde politique et aux dirigeants, ils ont l'impression que le bulletin de vote qui devait servir à dire quelque chose...

Ce n'est pas comme si ça n'avait pas été dit. Ce n'est pas parce que le paysage politique est fracturé qu'il n'y a pas eu de message passé. Que ce soient les électeurs du RN ou de la gauche, ils ont dit quelque chose sur l'attente qu'ils ont vis-à-vis des politiques.

Ce fossé qui continue de se creuser chaque jour qui passe fait que c'est un ferment explosif. Le peuple, à un moment donné, se lève. Et pourquoi?

Parce qu'il y a une mesure, comme ça, dont on ne pensait pas qu'elle serait aussi inflammable...

Et tout d'un coup, Paris est dans la rue. - C.Roux: C'est le pari de J.-L.Mélenchon, qui appelle à une mobilisation dès le 7 septembre? - E.Fottorino: On ne peut pas décider qu'un peuple va être calme ou pas.

On ne peut pas changer de peuple, disait-on à l'époque de L.Jospin...

Le peuple est là. Ce sont encore les vacances, les JO, mais dans quelques semaines, si la situation continue comme ça, il peut y avoir à tout moment une flammèche qui s'allume et qui met les gens dans la rue. - C.Roux: 43 jours après, parfois, certains ne font pas la même lecture de ce scrutin?

Certains disent que le message qui a été porté est un message de droite, une France de droite qu'il faut entendre. On pourra revenir sur ce qui s'est passé avec ce gendarme fauché par un multirécidiviste et le cri de colère de sa veuve...

De l'autre côté, on a une partie de l'électorat et de la classe politique qui dit que c'est un message de gauche qui a été envoyé au pays. - E.Fottorino: On est dans une sorte de préjugé.

On dit par exemple que la sécurité, c'est à droite, et les salaires, c'est à gauche. C'est absurde. A gauche, il y a aussi une demande de sécurité.

La question des salaires touche aussi des petits patrons qui ne vont pas pouvoir garder des employés si le Smic augmente. En fait, on paye quelque chose: on est incapables, dans notre pays, au niveau politique, de faire vraiment des compromis. Avant, il y avait le fait majoritaire.

Il y avait une majorité qui appliquait le programme et personne ne discutait. Je pense qu'on est à la veille d'une crise institutionnelle et politique aussi grave que celle de 58. Elle peut déboucher sur une autre manière d'élire un président de la République, des députés.

C'est possible. On ne peut pas continuer comme ça avec ce mépris. - C.Roux: Qui méprise qui?

Les élites? - E.Fottorino: Oui, et même le président de la République et les chefs de partis politiques.

Le vote n'a pas eu d'incidence sur leur comportement. - C.Meeus: A Paris, on entend beaucoup, en ce moment, et dans les reportages, qu'il y a une bonne nouvelle, que le prix à la pompe a baissé.

Sous-entendu que les Français ne doivent pas se plaindre, ils vont récupérer du pouvoir d'achat. Sauf que les Français, notamment en province, n'ont pas perçu ça. Certes, il y a une baisse par rapport à la hausse la plus récente.

Mais ils n'y retrouvent pas leur compte par rapport à 2 ou 3 ans. Si la classe politique continue à tenir ce discours, il va y avoir un décalage grandissant avec les Français, notamment ceux de province. D'accord, ça a baissé de quelques centimes, mais ça avait tellement augmenté...

De la même façon, vous évoquiez ce qui s'est passé dans le sud-est de la France... - C.Roux: Avec ce gendarme qui a été fauché. - C.Meeus: On voit que la droite et l'extrême droite se saisissent de ce fait divers pour réclamer une plus grande sévérité.

Ca rappelle ce qui s'est passé au moment de Nahel. La gauche et l'extrême gauche s'étaient aussi saisies de cet événement. On est dans quelque chose d'assez classique, politiquement.

Pour moi, le vrai problème, c'est le décalage qu'il va y avoir entre les Français, qui ont l'impression d'une impuissance publique...

Quand on voit le pedigree de la personne soupçonnée... - C.Roux: Un multirécidiviste qui circulait avec plusieurs grammes d'alcool dans le sang. - C.Meeus: Les Français ont l'impression qu'on ne peut rien faire.

C'est cette impuissance publique qui va créer le décalage entre les Français, qui veulent une sévérité accrue, et les politiques, qui disent... - C.Roux: On revient à cette urgence.

Elle n'est pas institutionnelle, c'est plutôt celle que vous évoquiez? - A.-C.Bezzina: J'aimerais revenir sur 2 points.

L'interprétation des urnes dont vous parliez, il ne faut pas la faire. Une élection est une élection. Elle donne une photographie d'une assemblée à un moment donné.

Mais si on veut l'assentiment du peuple sur une mesure, autant lui demander son avis. L'article 11 de la Constitution permet de prendre l'avis du peuple sur n'importe quelle loi, n'importe quel type de projet. Pendant le covid, on nous avait dit: "Le jour d'après ne sera plus jamais le jour d'avant." Au fond, les collectivités sont toujours enserrées dans le jacobinisme financier.

On n'arrive pas à vivre avec ça. Il y a des pistes à chercher, en demandant l'assentiment par le consensus. On a eu des élections très politiques et on leur donne une solution technique.

On a même parlé au constitutionnaliste que je suis d'un gouvernement technique. C'est profondément méconnaître la volonté des Français. Ils ont voulu plus de démocratie et on leur sert plus de technocratie.

Attention à ce que ce moment reste politique. - C.Roux: Dans l'entourage du président, est-ce qu'il y a la crainte de ce réveil de la colère?

Quand on entend J.-L.Mélenchon qui dit sur son blog aujourd'hui que la crise ne fait que commencer, qui appelle à une mobilisation le 7 septembre, qui dit que c'est un déni de démocratie et qu'il faut réussir par la rue ce qui n'a pas été possible par les urnes...

Est-ce qu'il y a une inquiétude? Ca peut faire en sorte qu'on accélère le tempo? - C.Graziani: On oublie quand même que deux tiers des Français ont voté aux législatives, en juillet.

Ce n'était pas gagné d'avance. C'est un record. Les Français ont souhaité participer.

Quand on voit les résultats aujourd'hui, ils n'ont pas été véritablement entendus. C'est d'ailleurs très intéressant, votre reportage à Soissons. L'électorat RN...

Il faut vraiment dissocier les Français de cet électorat qui commence à montrer sa colère. Il reste silencieux mais il ne se démobilise pas pour M.Le Pen.

Au contraire. Je pense que M.Le Pen capitalise encore et encore sur ces 10 à 11 millions de voix.

Tous ne descendront peut-être pas dans la rue à l'appel de J.-L.Mélenchon, mais ils attendent leur heure, les municipales, voire la présidentielle de 2027. - C.Roux: Question.

D'ailleurs, est-ce qu'ils sont silencieux et inactifs? - C.Graziani: Oui.

Cette semaine, ils ont fait une rentrée anticipée en étant convoqués à l'Elysée. Quand ils sont sortis, ils ont expliqué que de toute façon, ils censureront le gouvernement du NFP. Normalement, M.Le Pen fait sa rentrée vers le 15 septembre.

Elle a une rentrée plutôt chargée sur le plan judiciaire car son procès démarre le 30 septembre, dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Elle risque une condamnation, une inéligibilité. Si on prend la jurisprudence applicable à celle du MoDem, F.Bayrou n'avait pas été condamné mais il n'était pas député européen à l'époque.

M.Le Pen l'était. - E.Fottorino: Il y a un petit questionnement autour de M.Le Pen.

Elle a été finaliste au 2e tour en 2017 et en 2022. Là, le RN demande la dissolution, mais on voit qu'ils ne sont pas prêts. Veut-elle vraiment le pouvoir, M.Le Pen?

Comment, après avoir été finaliste d'une présidentielle en 2017 et en 2022, ne pas avoir structuré un parti assez fortement pour avoir le type de candidats qu'ils ont eus pendant les législatives? - C.Roux: Elle a gagné du terrain. - E.Fottorino: Mais ce parti reste pas crédible.

On a vu que les Français ne veulent pas du RN. L'autre point, j'ai eu le sentiment que le fait que J.Bardella n'ait pas réussi n'était pas forcément une mauvaise nouvelle pour Marine. - C.Roux: L'instabilité politique commence à inquiéter les Français et les acteurs économiques, à l'image des patrons rencontrés lors de la rentrée du Medef.

Record historique de faillites, crainte du programme de Nouveau Front populaire, moral en berne et peur d'une éventuelle colère sociale... - A la rentrée du Medef ce lundi, salutations entre amis. - C'est quoi, tous ces parlementaires? - Y.Braun-Pivet et G.Larcher sont venus avec une mission: rassurer les patrons et le faire savoir. - Y.Braun-Pivet: C'est important pour le président du Sénat et moi-même d'être présents pour montrer que le Parlement parle d'une seule voix sur la stabilité de nos institutions, de la France. - Un gage de stabilité pour répondre aux inquiétudes du patron du Medef. - P.Martin: Il y a une activité économique très molle en ce moment. - Des incertitudes et une ligne rouge qui, au Medef, fait consensus: le programme économique de La France insoumise. - P.Martin: Porter la dépense publique de 67 à 55 % du PIB, comme le propose LFI, ne ferait qu'aggraver nos maux.

Nos entreprises ont besoin d'un cap. Elles ont besoin de lutter autant que possible à armes égales avec leurs concurrentes européennes. Elles ne sont pas dans une situation aussi florissante qu'on voudrait nous le faire croire.

Qu'on nous laisse tranquilles et on fera le job! - Les entreprises qui, selon le patron du Medef, sont touchées par un record historique de faillites. 5800 cessations de paiement en juillet.

Le résultat d'un effet post-covid, selon la Banque de France. ...

Des entreprises en difficulté alors que les attentes sur les salaires sont très fortes. - O.Faure: Avez-vous essayé de vivre avec le Smic?

C'est impossible. Il y a des problèmes qui sont devant nous. Il est logique de chercher aujourd'hui à relancer aussi l'économie par la demande et non pas seulement d'avoir une politique de l'offre.

On a aujourd'hui besoin d'une relance de type keynésienne. - Un Smic à 1600 euros, difficile à imaginer pour le patron de Total. La mesure serait à ses yeux difficilement applicable pour les PME. - P.Pouyanné: Le Smic, pourquoi les patrons sont contre?

On va générer je ne sais combien de charges et l'addition devient insupportable. Il faut trouver un moyen. Je ne suis pas un expert.

Faut-il créer une franchise? - Des propos qui indignent la patronne de la CGT. - S.Binet: C'est juste honteux que P.Pouyanné se permette de dire ça. - Et si la gauche et les syndicats faisaient front commun pour peser?

C'est en tout cas la demande formulée par J.-L.Mélenchon. ...

Réponse polie mais ferme de S.Binet. - S.Binet: Je pense que c'est très bien que les partis politiques du Nouveau Front populaire prennent leurs responsabilités et appellent à la journée du 7 septembre.

La situation est scandaleuse, honteuse. Ces mobilisations sont légitimes. Je pense qu'il y aura de très nombreux militants et militantes de la CGT qui y seront.

Mais l'objectif de la CGT, ce sont d'abord les questions sociales. - Deux batailles distinctes mais une rentrée qui se prépare aussi côté CGT. Le syndicat a lancé un appel à manifester le 1er octobre, jour où le projet de loi budgétaire doit être déposé à l'Assemblée. - C.Roux: Pour l'instant, chacun y va de sa mobilisation.

Il n'y a pas de front commun sur ces questions? - C.Meeus: C'est très intéressant, ce que dit S.Binet.

Elle dit qu'il y a les questions institutionnelles d'un côté et, de l'autre, la question sociale. Il faut se référer à R.Soubie, qui a toujours dit: "On promet toujours des rentrées sociales chaudes et il n'y en a jamais." Parce que les Français sont dans d'autres préoccupations.

A l'époque, il y avait le tiers provisionnel, qui n'existe plus, mais il y a toujours la taxe d'habitation, la taxe foncière...

On a d'autres préoccupations. En fait, J.-L.Mélenchon a rendu un service à E.Macron.

En disant qu'ils allaient manifester le 7 septembre, il donne un délai à E.Macron. Ce faisant, ils prennent un risque.

S'il n'y a pas trop de monde dans la rue...

Quel va être le critère de réussite? On a vu pendant la réforme des retraites des millions de gens dans la rue et ça n'a pas fait bouger E.Macron.

Il faudrait au moins autant de gens que pendant les retraites. Ca semble mal parti car les syndicats ne veulent pas y aller. - C.Roux: Question.

Est-ce que ça peut peser? - E.Fottorino: On ressort toujours les marchés financiers...

Les marchés et l'argent n'aiment pas les incertitudes. L'argent aime savoir où il va aller prospérer. C'est presque un poncif.

Je ne crois pas que les marchés financiers soient aussi attentifs que ça. En revanche, les déficits qui se creusent, les procédures de déficits excessifs, toutes ces choses-là, oui. On parle d'une stratégie politique.

La gauche ne s'est pas gênée pour le dire, en disant que B.Le Maire ne pouvait pas donner des leçons de bonne gestion sur le déficit français. C'était de Gaulle qui disait qu'on ne faisait pas la politique à la corbeille.

Je ne pense pas que ce soit un fait majeur qui fasse fléchir E.Macron, ancien banquier chez Rothschild. - C.Roux: Si on dit qu'on a présenté un budget qui ne sera pas celui du gouvernement qui sera nommé dans 15 jours, est-ce qu'on est dans une situation qui peut créer de l'incertitude? - A.-C.Bezzina: Il y a un problème.

En raison du caractère inflammable des marchés, on se rend compte que dans la campagne de la dissolution, à partir de la constitution du NFP, les marchés financiers ont été très sensibles et se sont effondrés en quelques heures. Il y a une question du vide devant nous. Budgétairement, ça va être compliqué d'avoir un gouvernement démissionnaire.

Ca peut être compliqué aussi si on n'arrive pas à se mettre d'accord. La Constitution ne prévoit absolument rien. - C.Roux: Il paraît qu'on peut voter le budget par petites tranches? - A.-C.Bezzina: Ca veut juste dire qu'on paie les fonctionnaires et les services publics.

Il n'y a plus de place pour un budget politique qui défend quelque chose. On peut donc fonctionner a minima...

On a un moment plus que jamais politique. On pourrait y apporter une réponse financière délétère d'austérité. Donc attention au temps qui passe! - C.Meeus: C'est le syndrome de la Première ministre britannique qui arrive en septembre et qui est dégagée rapidement parce que les marchés financiers n'ont pas apprécié sa politique.

C'est l'un des arguments donnés par Macron pour refuser L.Castets et le Nouveau Front populaire. - C.Roux: C'est vrai que dans le cas britannique, on a dit que ce n'était pas théorique. - E.Fottorino: L'Angleterre n'est pas la France.

Mais la question budgétaire est quand même plus prégnante que la question de la volatilité d'un Premier ministre. - C.Roux: On en vient à vos questions.

Question. - C.Graziani: Non.

C'est toujours pour exister politiquement. C'est compliqué. Elle était fonctionnaire à la Mairie de Paris.

Ses congés se terminaient à la fin du mois. Ca signifie qu'elle veut rester dans le paysage politique, L.Castets.

Elle y a goûté et elle a plutôt apprécié être mise en avant, dans la lumière. Pour autant, a-t-elle un espace? Une fois qu'elle a compris qu'E.Macron ne la nommerait pas, quelle est sa ligne politique?

C'est quoi, L.Castets? Ca peut être très compliqué d'exister aujourd'hui dans ce paysage. - C.Meeus: Ca devenait aussi un peu compliqué avec A.Hidalgo.

Elle a un peu pris les devants. - C.Roux: Question.

C.Delga, la présidente de la région Occitanie? - A.-C.Bezzina: Il me semble qu'elle avait été pressentie à la place d'E.Borne en 2022.

Elle vient des territoires. A-t-elle milité pour sa propre paroisse? Elle se présente en tout cas comme quelqu'un de suffisamment ouvert. - C.Roux: Et elle est sur une ligne qui n'est pas du tout celle du premier secrétaire du PS. - C.Graziani: Elle aurait fait une Première ministre de cohabitation parfaite. - C.Roux: Question. - E.Fottorino: Plutôt les chefs de partis.

Macron, qu'est-ce qu'il risque? Il a été élu pour 5 ans. Il a encore 3 ans de mandat.

Il pense pouvoir être encore à la manoeuvre et faire des choses, peut-être même retrouver de la popularité. En revanche, les chefs de partis, par leur comportement, ne font que décevoir, irriter. S'il y a une colère inflammable en France, elle leur sera aussi imputable. - C.Roux: Question. - C.Graziani: Simplement parce qu'il faut un Premier ministre de cohabitation.

Même si les rapports entre le président de la République et son ex-futur Premier ministre sont très dégradés, les Français ne sont pas dupes. G.Attal a été réélu sous la bannière présidentielle.

Certes, il est plébiscité par les Français, mais les autres Français ne comprendraient pas qu'il reste aux commandes. - A.-C.Bezzina: Si L.Castets devait durer 48 heures, je pense qu'au sein de l'Assemblée nationale, la motion de censure contre G.Attal aurait fait 2 heures! - C.Roux: Mais il reste populaire. - C.Graziani: G.Attal, son agenda n'est pas de rester à Matignon dans l'immédiat.

Il est déjà dans l'après. - C.Roux: Ca va ressembler à quoi, son après? - C.Graziani: Il est le chef de file du parti présidentiel à l'Assemblée nationale.

On a compris que l'offensive d'E.Borne pour prendre le parti ne convainquait pas, voire même pire...

Il va essayer de se positionner aussi pour récupérer le parti, avec tout ce que ça constitue. - C.Roux: Question. - C.Meeus: Très bonne question!

C'est justement ce qui explique aussi pourquoi personne ne veut aider E.Macron aujourd'hui. La leçon que les partis ont tirée du 2d tour des législatives, c'est que le front républicain a empêché la victoire du RN.

Et ils pensent tous que ce qui s'est produit en 2024 se répétera en 2027. Rien n'est sûr. Les Français eux-mêmes vont peut-être voir que si le barrage produit des blocages, ils pourraient changer d'avis.

Certains pourraient s'abstenir plutôt que de voter. Eviter le RN, si c'est pour avoir des députés LFI à l'Assemblée... - C.Graziani: On a toujours tendance à dire que le front républicain se fissure, mais à chaque fois, il est là. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: A-t-il été consulté, d'ailleurs? - C.Graziani: On ne sait pas. - C.Meeus: Il y a eu des contacts.

On sait qu'ils échangent. Je crois que N.Sarkozy pousse comme d'habitude C.Lagarde, la patronne de la BCE, son ancienne ministre.

Le problème est toujours le même: C.Lagarde dit toujours non. Elle se juge plus utile à la BCE. - C.Graziani: Il dédicaçait des livres dans le Var hier. - C.Roux: Question.

Est-ce que c'est le rêve inavouable du président de la République? Question. - A.-C.Bezzina: Absolument pas.

La Constitution est comme elle est. C'est le président de la République qui nomme le Premier ministre. Nous sommes dans tout l'espace de l'article 8 de la Constitution. - C.Graziani: C'est même une erreur du NFP d'avoir désigné lui-même L.Castets. - C.Roux: Question.

En a-t-il envie? - C.Graziani: Avec une retraite à 67 ans, je ne sais pas si ça passerait avec la gauche. - C.Roux: Ce n'est pas une hypothèse crédible.

Qu'en est-il de l'hypothèse L.Berger? On peut rappeler pour les gens qui nous regardent qu'elle a été lancée par R.Glucksmann. - E.Fottorino: L.Berger avait refusé.

Si on se souvient des relations entre E.Macron et L.Berger, pour le coup, ce serait une vraie cohabitation!

Je ne serais pas surpris qu'il soit quand même sollicité. - C.Roux: Question. - C.Meeus: Très mauvaises.

Pendant la campagne électorale, B.Cazeneuve est intervenu pour dire tout le mal qu'il pensait de cette alliance des socialistes avec LFI. C'est aussi pour ça que l'hypothèse de B.Cazeneuve est un peu un chiffon rouge pour le NFP. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: Très clairement, oui.

Les 2 sont liés. Il va falloir se poser la question budgétaire à l'Assemblée nationale. - C.Roux: Question.

On parlait tout à l'heure de la pression des électeurs. - C.Meeus: Oui.

N.Sarkozy est sur cette ligne aussi, comme d'autres à droite. A un moment, il va falloir y venir.

C'est d'ailleurs ce que leur dit Macron. - C.Roux: Question. - E.Fottorino: Pas du tout.

Justement, c'est là que Macron n'a probablement pas bien décidé. Peut-être qu'elle serait passée. - C.Graziani: La seule incertitude, c'est le RN. - C.Roux: Merci à vous tous.

Il y a fort à parier qu'on reparlera de cette nomination à Matignon dans les jours qui viennent, et peut-être même demain.

Matignon : ça se précise... #cdanslair 29.08.2024 — Carole Delga · Pourquijevote