Aller au contenu
Tous les transcripts
interviewBLAST (sur YouTube)· 18 novembre 2021 12 min

QUI VA PAYER LES PROMESSES ÉLECTORALES DE MACRON ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Monsieur Macron ne doit pas se servir du portefeuille des Français pour sa campagne électorale. Fallait pas dire : “C’est open-bar et puis après on verra”. Un amendement de 34 milliards d’euros. 34 milliards d’euros, oui, par amendement du gouvernement.

Il y a un ostracisme d'État parce que ce sont des personnes migrantes. Vous déshonorez, me semble-t-il, les parlementaires. Les gens ne sont pas cons, ils savent exactement que l’immigration zéro ça ne peut pas exister.

Macron qui dilapide l’argent public, des députés de la République en marche qui condamnent la politique de Gérald Darmanin en matière d’immigration, une résolution transpartisane pour accorder l’asile politique à Julian Assange et les propositions des députés écologistes pour refonder la vie démocratique. C’est le sommaire du numéro 24 d’un Bourbon Sinon Rien. Emmanuel Macron est-il en train de jeter l’argent par les fenêtres pour assurer sa réélection ?

Est-il en train de “cramer la caisse” pour reprendre l’expression de l’opposition de droite ? C’est le sentiment de nombreux députés à la veille du vote du budget. Monsieur Macron ne doit pas se servir du portefeuille des Français pour sa campagne électorale.

On a vu les annonces se multiplier à coups de milliards ces dernières semaines, et on le voit dans le budget : l’État français va dépenser cette année 30 milliards de plus que l’an dernier, quand on neutralise tous les effets Covid. Ça veut dire qu’il n’y a aucune mesure d'économie. D’ailleurs dans son intervention le président de la République a dit : “J’ai tenu les comptes.” C’est faux monsieur le Président !

La dette Covid, elle était nécessaire pour sauver les emplois et les entreprises. Mais ce que vous dépensez cette année, 30 milliards de plus, ça veut dire que vous ne prenez aucune mesure d’économie. Pourquoi ?

Parce que vous avez peur d’être impopulaire ? Parce que vous avez peur du vote des Français ? Si vous êtes réélu, au lendemain il va falloir payer.

Moi j’alerte les Français sur le fait qu’après les élections, les cadeaux qu’ils sont en train de leur faire, ils vont leur faire payer. Le président de l’UDI est peut-être en deçà de la vérité. Car la dette Covid, le fameux “Quoi qu’il en coûte !” a bon dos.

Aussi, tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises. Quoi qu’il en coûte, là aussi. En réalité, sous couvert de sauver l’économie, le gouvernement a fait de sacrés cadeaux aux entreprises.

Des entreprises qui n’en demandaient pas tant, d’ailleurs. Écoutez les explications de Charles de Courson. Ce parlementaire chevronné sait de quoi il parle : il est vice-président de la Commission des finances de l’Assemblée.

Ancien magistrat de la Cour des comptes, il a également appartenu à la Direction du budget. Bref, Charles de Courson sait faire des additions et des soustractions. Prenez l’exemple des prêts garantis par l’État. 141 milliards.

On nous avait annoncé un plafond de 300. On l’a consommé même pas à moitié. Quand vous voyez que le gouverneur de la Banque de France, que nous avons interrogé, en disant : “Mais est-ce que ces prêts ont servi pour soutenir l’investissement etc ?”, on nous annonce que les comptes bancaires des entreprises ont augmenté à peu près de la moitié de cette somme.

Ça veut dire que la moitié de cette somme n’a absolument servi à rien. Moi j’ai interrogé des chefs d’entreprise qui ont pris des PGE, je leur ai dit : “Mais vous en aviez besoin de ces PGE ?” Ils me disent : “Nullement” “Mais pourquoi vous l’avez pris ?” “Comme sécurité, on ne sait jamais, de toute façon, c’était de l’argent quasiment gratuit.” Je reformule : 690 000 entreprises ont souscrit un prêt garanti par l’État, à un taux qui varie de 1 à 1,5 %.

L’emprunt est remboursable sur 5 ans à partir de mars 2022. Sur l’enveloppe de 300 milliards d’euros qui était prévue, seuls 141 milliards ont été empruntés. Et la moitié de ces milliards dort encore sur le compte des entreprises emprunteuses.

Preuve que ces dernières n’en avaient pas vraiment besoin. Je vais vous prendre un deuxième exemple qui était le chômage partiel. Bien sûr qu’il fallait faire un système de chômage partiel.

Il ne fallait pas dire : “C’est open-bar et puis après on verra, on contrôlera a posteriori.” On n’a rien contrôlé du tout a posteriori parce que le contrôle a posteriori en la matière, est dans la plupart des cas impossible. Voyez ?

Alors on a détecté quand même un certain nombre d’entreprises bidons qui n’existaient pas, qui étaient factices, mais une partie de cet argent a été gâchée. Le budget actuellement en discussion s’annonce tout aussi fantasque. Ainsi le plan d’investissement France 2030.

Ce plan prévoit 34 milliards d'euros d'autorisations d'engagement réparties sur plusieurs années. La première tranche de 3,5 milliards a été inscrite au budget de 2022. Eh bien, cette décision stratégique qui engage le pays pour plusieurs années a été votée en 45 minutes.

Qui plus est au détour d’un amendement. Le député socialiste Boris Vallaud n’en est pas encore revenu… Un amendement de 34 milliards d’euros. 34 milliards d’euros, voyez, par amendement du gouvernement.

C’est à la fois dire ce que le gouvernement pense du débat parlementaire, mais c’est aussi montrer qu’on prend des hypothèques sur l’avenir. Moi j’alerte les Françaises et les Français, on est passé du “Quoi qu’il en coûte” là encore, utilisé dans le cadre d’une campagne qui s’annonce, et on va arriver à la question : “À qui ça va coûter ?” Pas besoin de chercher loin.

Ce sont les Français qui vont payer, une fois encore, les cadeaux promis par le père Noël de l’Élysée. Mardi, Gérald Darmanin a piqué une grosse colère contre le député Sébastien Nadot, membre du groupe Libertés et territoires. Ce dernier est le président de la commission d’enquête parlementaire sur les migrations.

Commission qui vient justement de rendre son rapport. Il y a à la fois les expressions publiques que vous avez portées, et aussi des recommandations que nous ne pouvons pas partager. D’abord des expressions publiques, j’espère qu’elles n’engagent pas, je sais qu’elles n'engagent pas l’ensemble de la commission, mais lorsque j’ai entendu sur des radios, récemment, des attaques ad hominem sur des hauts responsables de l’État français, des fonctionnaires, en disant qu’un harcèlement d’État, et une guerre systémique contre les migrants, vous déshonorez, me semble-t-il, les parlementaires qui, je crois, ont aidé à cette commission.

On ne peut pas taxer la commission d’être hostile au gouvernement. Sur ses trente membres, quinze appartiennent à la République en marche. Un mouvement qui n’a rien d’un repaire d’islamogauchistes.

Pendant huit mois, ces trente parlementaires ont mené des auditions et se sont déplacés un peu partout en France. L’objectif de cette commission d’enquête, c’est quand même de partir de la réalité et d’un constat effectué sur les sujets du logement, sur les sujets de l’éducation, sur les sujets de l’accès à l’administration, sur les sujets de justice. A chaque endroit, on a pu constater des manquements de la part de la puissance publique à l’égard de ces personnes parce que ce sont des personnes migrantes.

Donc il y a un ostracisme d’État. Le rapport de la commission se prononce contre la réduction des visas accordés aux pays qui ne reprennent pas leurs ressortissants sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. Contre, encore, le démantèlement des campements à Calais.

Contre, enfin, le pilotage de l’immigration par le seul ministère de l’Intérieur. La commission d’enquête recommande, en revanche, la création d’un haut-commissariat aux migrations qui ferait intervenir les ministères des Affaires étrangères, du Travail et de la Santé. Elle propose qu’une loi de programmation fixe le nombre de migrants à accueillir, au titre de l’asile ou du travail.

Elle préconise également de favoriser l’accession des étrangers en situation irrégulière à l’Aide Médicale d’État (AME). Car, pour la rapporteure Sonia Krimi, l’immigration zéro est une vue de l’esprit. Les gens ne sont pas cons.

Ils savent exactement que l’immigration zéro, ça ne peut pas exister. Souvent, vous avez des maires dans des petites communes, vous leur posez la question : “Pourquoi vous votez autant Front National alors que vous n’avez pas un arabe, vous n’avez pas un bronzé dans le coin ?” Je vais le dire comme ça, c’est comme ça qu’on me parle, sur le terrain.

Il n’y a pas un arabe, il n’y a pas un noir, il n’y a pas… rien. “Pourquoi vous votez ?” “Oui mais au cas où.

Au cas où. Au cas où parce qu’on voit sur BFM, sur I-Télé, sur CNews, etc.” On est vraiment dans un moment très historique pour nous.

Vraiment. On va choisir les conflits, la séparation de notre pays, les discours haineux, les discours qui ne sont pas réalistes du tout, ou on va aller vers, plutôt, un apaisement ? Il serait bien étonnant que le ministre de l’Intérieur reprenne les recommandations de ce rapport.

À quelques mois d’une échéance électorale où le débat sur l’immigration est devenu central, ce serait un suicide… Une quarantaine de députés de tous bords ont déposé une proposition de résolution pour que la France accorde l’asile politique au lanceur d’alerte Julian Assange. Le fondateur de Wikileaks a été arrêté par la police britannique en avril 2019 après être resté cloîtré sept ans dans l’ambassade d’Équateur à Londres. Il est aujourd’hui en attente de son extradition vers les États-Unis.

Mardi, en compagnie de John Shipton, père de Julian Assange et de Stella Morris, la compagne du lanceur d’alerte, les députés signataires ont tenu une conférence de presse. Il suffit que le président des États-Unis décide de reconnaître qu’il s’agit exclusivement d’un combat politique et idéologique qui doit stopper pour que tout s’arrête. Cette résolution en faveur de l’asile politique pourrait être soumise au vote le 4 février à la faveur d’une niche parlementaire.

Par ailleurs, Blast vous proposera dans quelques jours un entretien avec le père de Julian Assange réalisé par ma consœur Soumaya Benaïssa. Ne le manquez pas. Vous dites d’une certaine manière que la France a une dette envers Julian Assange ?

Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire et Paula Forteza, députée des Français de l’étranger ont présenté mercredi trois propositions de loi pour refonder la vie démocratique. Parmi les principales mesures, la reconnaissance du vote blanc, la proportionnelle intégrale, l’inscription automatique sur les listes électorales ou encore le financement de la vie politique par un système de bons que les citoyens attribueraient annuellement. À quelques mois de la fin du quinquennat, l’initiative surprend.

Ce qu’on fait là, c’est le rassemblement de tout ce pourquoi on se bat depuis des années avec Paula Forteza. Beaucoup des mesures qui sont là on les a portées en amendements et jamais on nous a… jamais elles ne sont passées, la majorité disant toujours : “Non mais c’est intéressant mais on verra plus tard, etc.” Donc là, ça donne un peu un cadre général et ça pourrait être par exemple la loi, une des premières lois du prochain quinquennat, du prochain président.

Un président qui pourrait s’appeler Yannick Jadot. Le candidat écologiste était en effet un des trois grands invités de la réunion. Rien d’étonnant : Matthieu Orphelin est officiellement son porte-parole.

S’il y a de la défiance vis à vis de la politique ce n'est pas simplement l’organisation des institutions qui crée cette défiance, c’est la qualité des politiques publiques, c’est la qualité des engagements, et surtout la qualité de la mise en œuvre des engagements des promesses tenues ou non tenues. Et c’est vrai qu’aujourd’hui on arrive quand même dans un système démocratique qui est plus proche de la ploutocratie que de la démocratie inclusive. Yannick Jadot s’est toutefois gardé d’indiquer quelles mesures il reprendrait dans cet inventaire.

Mais il ne serait pas étonnant qu’on en retrouve certaines dans son programme. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.

Vous pouvez également vous abonner sur notre site BLAST-INFO.FR et faire des dons. N’oubliez pas : nous n’existons que grâce à votre soutien financier.

À lundi prochain pour La Guerre du trône, ma chronique sur l’élection présidentielle. Et à jeudi pour un nouveau Bourbon Sinon Rien.