La vérité derrière : "Mieux vaut prévenir que guérir"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On dit souvent « mieux vaut prévenir que guérir ». Mais faut-il réellement prendre au sérieux ce programme ? Voici une formule qui paraît sans doute frapper au coin du bon sens. C'est vrai, il est souvent préférable pour vous d'anticiper un problème avant qu'il ne survienne, plutôt que d'attendre qu'il vous tombe dessus. Cette idée d'ailleurs est au cœur de la médecine chinoise. Mais dans nos contrées, c'est sous la plume de Benjamin Franklin qu'elle se popularise et trouve un équivalent dans la langue française dès le XVIIIe siècle. On pense naturellement à son application dans le cadre de la santé publique puisque la formulation même du proverbe nous y pousse.
En fait, il n'y aurait tout simplement rien à redire à cette maxime populaire. Sauf dans certains cas. D'une part, notre attention collective est parfois détournée pour des raisons conjoncturelles, vers des risques secondaires qui nous font perdre de vue des risques plus importants. Savez-vous par exemple que les maladies pulmonaires obstructives chroniques provoquent trois fois plus de morts que les cancers du sein ? Oui. Seulement, elles récoltent 37 fois moins de dons. Voyez ici que la prévention, si utile soit-elle, lorsqu'elle n'est pas orientée par une cartographie rationnelle, peut vous conduire à oublier que l'argent des dons obéit à une logique de vase communiquant.
Ce que certains gagnent, d'autres le perdent. D'autre part, le proverbe laisse entendre que la prévention serait inconditionnellement bénéfique. Pourtant, il existe des situations où il peut vous faire plus de mal que de bien, ce proverbe. La peur étant un bon produit médiatique, on voit se répandre toutes sortes d'alertes sanitaires qui se revendiquent de la prévention, justement. Certaines étant fondées et d'autres, pas du tout. La mémoire collective retient plus facilement celles qui ont visé juste plutôt que la masse des alertes infondées. Et pourtant, ces alertes infondées laissent parfois des traces indélébiles dans notre environnement social.
Vous connaissez peut-être des personnes convaincues que les ondes émises par le Wi-Fi ou les antennes relais nuissent à leur santé. Il se produit en fait ce que l'on pourrait appeler des épidémies de symptômes ressentis. C'est-à-dire que ces personnes souffrent, mais surtout d'avoir endossé des récits préventivement empoisonnés. Comme le montre d'ailleurs une étude réalisée par imagerie cérébrale, ces personnes qui croient être sensibles aux ondes réagissent douloureusement plus que les autres à une exposition qui pourtant est fictive.
De la même façon, il a été démontré que si vous regardez un reportage télévisé sur les effets néfastes des champs électromagnétiques, vous êtes plus susceptible de percevoir une stimulation Wi-Fi totalement imaginaire. Les récits qui se diffusent autour de vous ne sont donc pas sans effet. Et parfois, prévenir peut tout simplement vous rendre malade. C'est ce que montre aussi une étude menée par une école de santé publique de Sydney qui établit un lien étonnant. Les plaintes de santé sont plus nombreuses dans les zones où les groupes d'opposition ou champs d'éoliennes sont aussi les plus actifs. Certaines formes de prévention peuvent donc être empoisonnées.
Par conséquent, vous pouvez accorder du crédit au proverbe « mieux vaut prévenir que guérir ». Mais si vous prêtez attention à l'état du marché cognitif, n'oubliez pas de prêter aussi attention à toutes les situations où cette maxime implique des effets secondaires redoutables.