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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 20 janvier 2025 26 min

Face à Trump, "les Européens doivent rester unis", martèle Stéphane Séjourné

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle. Question, réaction, 01-45-24-7000 et application Radio France. Stéphane Séjourné, bonjour. Bonjour à vous deux. Bonjour. Soyez le bienvenu sur Inter. On est heureux de vous entendre parce que depuis votre nomination à l'un des plus gros postes de la Commission européenne, vous avez très peu parlé. C'est une de vos premières interviews et on a beaucoup de questions à vous poser.

On va évidemment commencer par cette journée qui verra dans quelques heures l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Comment qualifiez-vous l'homme qui sera investi aujourd'hui, 47e président des Etats-Unis ? Lui et son administration sont encore les alliés de la France, sont encore les alliés de l'Europe ? Ils sont nos amis ?

1:06
Stéphane Séjourné

D'abord, oui, les Américains restent nos alliés, mais ils vont défendre encore plus leurs intérêts et mettre en place ce qui avait déjà en réalité commencé avec l'administration précédente. C'est-à-dire un désengagement aussi des Américains un peu partout sur tous les continents, notamment en Europe. Je pense notamment au sujet de la défense qui va être un véritable sujet. Et puis, défense des intérêts économiques. L'Europe a une balance commerciale avec les Etats-Unis qui est favorable aux Européens. On le sait peu, mais nous vendons énormément de produits manufacturés aux Etats-Unis.

Et cette stratégie, justement, américaine qui veut un rééquilibrage des relations commerciales, il va falloir que les Européens puissent défendre leurs intérêts dans cette discussion. Alors, évidemment, on attend des interlocuteurs. On a pris des contacts déjà avec l'administration qui va arriver aujourd'hui. Nos services ont été instruits. L'administration européenne a été instruite avec à la fois des éléments défensifs et offensifs qu'il faudra mettre en place dans cette discussion. On a préparé, pendant les vacances de Noël et jusqu'à présent, l'ensemble de ces négociations qui vont venir. Mais les Européens doivent rester unis.

C'est peut-être le message principal aujourd'hui qu'il faut passer aux chefs d'Etat et de gouvernement.

2:21
Présentateur

Donc, ceux qui disent où est la Commission européenne, on n'entend pas Ursula von der Leyen, où elle est, on entend les attaques de Musk, de Trump, etc. Mais on n'entend pas l'Europe. Vous vous dites l'Europe est là et on est là et on va se faire entendre.

2:33
Stéphane Séjourné

Oui, de toute façon, il faut des interlocuteurs pour commencer les discussions. Et donc, on n'a pas préempté un certain nombre de négociations. Il y a l'unité européenne qui est à mettre en place. On est dans un système asymétrique avec les Américains. Le président américain est élu, récemment élu. Il prend ses fonctions aujourd'hui. Les Européens, il faut toujours très complexe la maïotique européenne. Il faut pouvoir aligner 27 points de vue. Il faut que la Commission puisse faire des propositions qui sont crédibles. Parce que ça ne sert à rien de venir sur les plateaux télé ou sur les chaînes info pour expliquer ce que nous allons faire.

Si ce n'est pas crédible derrière et qu'on est désavoué par le Conseil européen. Donc, ça veut dire les chefs d'État et le gouvernement juste après. Donc, il faut qu'on ait une parole crédible. Pour avoir une parole crédible, ça nécessite un temps de négociation et de concertation avec les Européens pour avoir cette parole. Et puis, la Commission œuvrera pour défendre les intérêts des Européens. Je dis juste un mot sur la question de la défense. Il y a des opportunités dans cette discussion, dans cette négociation. Notamment, la question d'une deuxième assurance vie après l'OTAN, qui est l'Europe de la défense. Il faut qu'on puisse saisir cette opportunité.

Les Américains veulent se désengager de l'Europe pour se rediriger vers le Pacifique.

3:45
Présentateur

Vous dites que c'est le moment de l'affaire.

3:45
Stéphane Séjourné

C'est le moment de faire aussi la défense européenne sur ces questions-là. Et ça, c'est un vrai débat.

3:50
Présentateur

Mais quand vous entendez, Pierre Aski, on change véritablement de monde et on ne s'en rend pas compte. On change de monde aujourd'hui. Et attention, ça va secouer. Et attention, ça va secouer. Votre successeur au Quai d'Orsay, Jean-Noël Barrault, nous disait à ce micro, c'est l'avènement d'une nouvelle ère où désormais ce sera la loi du plus fort. C'est ça qui va se passer dans les prochains jours. Là, il va prendre 100 décrets. On le sait, il l'a dit, Donald Trump, dès son arrivée, va signer 100 décrets. C'est la loi du plus fort. Ça va être dans, c'est son décret, le début de la guerre commerciale avec l'Europe. Vous vous attendez à ça ?

4:19
Stéphane Séjourné

Justement, les discussions ont commencé sur... Je pense qu'il ne faut pas faire attention parce que la question des droits de douane est aussi un levier de négociation sur d'autres sujets. Donc, il y a une volonté de rééquilibrage commercial, certes. Et puis, il y a la volonté des Américains et des Européens qui prennent en charge leur destin et notamment leur garantie de sécurité commune. C'est la question de la défense. Il va y avoir la question qui va être posée aux Européens, notamment sur l'Ukraine. Qui est en charge du respect de la paix ? Quels sont les troupes qui sont sur ces autres tampons éventuellement ?

Si la paix est déclarée, s'il y a des négociations entre la Russie et l'Ukraine ?

4:57
Présentateur

Et vous, vous souhaitez quoi ? Que ce soit les troupes européennes ou des troupes de l'OTAN ?

5:00
Stéphane Séjourné

C'est un débat, justement, européen.

5:01
Présentateur

Et quelle est la position du numéro 2 de la Commission européenne ?

5:04
Stéphane Séjourné

Certains disent qu'il faut absolument convaincre les Américains de rester en Europe et de garder cette ombrelle de sécurité auprès des Européens. C'est notamment les pays de l'Est, etc. Et puis, d'autres, comme les Français, veulent avoir une vraie défense européenne. Moi, vous connaissez ma position. On va oeuvrer pour qu'on puisse justement construire l'Europe de la défense dans les prochaines années. Il nous faut du temps. Mais on ne peut pas avoir une guerre commerciale et, en même temps, construire l'Europe de la défense. Et on voit bien les débats qu'il y a sur les budgets nationaux. Donc, c'est sur ça que vous allez jouer si on...

Pour trouver de l'argent et puis, surtout, développer l'industrie européenne. Et donc, le deal avec les Américains, si je peux dire... Vous savez, vous parlez comme lui. Vous parlez de deal. De manière simple, c'est... Oui, pour un des engagements. Et oui, surtout pour construire les garanties de sécurité européennes avec les Européens. en plus de l'OTAN. Néanmoins, nous ne pouvons pas le faire avec une guerre commerciale à nos portes. Et les budgets nationaux ne sont pas, aujourd'hui, en capacité de pouvoir monter à 3% partout le budget de la défense. Et donc, c'est... On entend, c'est ça le dit. C'est cette maillotique, en tout cas, européenne qu'il faudra trouver.

6:14
Présentateur

On entend dans votre bouche ce que vous dites et ce que vous allez dire à Donald Trump. C'est-à-dire, vous ouvrez la guerre commerciale. Ne comptez pas sur nous pour assurer la défense de notre...

6:23
Stéphane Séjourné

En tout cas, on ne pourra pas s'organiser de manière efficace, notamment sur le front de l'Est, si, en plus, on a une guerre commerciale qui nous coûte énormément. Cette balance commerciale est très favorable aux Européens. Il faut que vos auditeurs le comprennent. Et effectivement, dans cette discussion, les Américains sont en position de force, puisque c'est eux qui achètent et c'est eux qui sont en capacité de couper un certain nombre d'exportations européennes vers le continent américain.

6:52
Présentateur

Stéphane Seijo, on a encore quelques mots sur cette investiture. Normalement, les chefs d'État et de gouvernement ne sont pas invités. Or, l'équipe Trump a convié Georgia Meloni, Javier Milley pour la France, Marion Maréchal, Éric Zemmour pour le britannique Nigel Farage, un dirigeant de l'AFD. Et cette investiture, c'est le rendez-vous de l'international réactionnaire, pour reprendre l'expression qu'Emmanuel Macron a utilisée il y a deux semaines.

7:25
Stéphane Séjourné

Il y a clairement des incohertances politiques. Et je crois que la nouvelle administration veut montrer aussi un certain nombre d'incohertances politiques avec des dirigeants ou des opposants à des gouvernements en Europe. Il n'empêche que dans la discussion commerciale que j'évoquais juste avant, nous sommes tous liés. Parce que les droits de douane ne seront pas sélectifs. Et les droits de douane concerneront la France, comme l'Italie, comme la Pologne, comme la Hongrie. Et s'appliqueront partout en Europe. Il n'y a pas de différence. C'est notre modèle européen. Et la question notamment du commerce extérieur est une compétence exclusive de la Commission européenne.

Donc nous sommes liés avec ces gouvernements au niveau économique. Alors il peut y avoir des incohertances politiques.

8:11
Présentateur

C'est ce que j'allais vous dire.

8:12
Stéphane Séjourné

Mais je dis aussi à ces gouvernements que nous sommes liés dans nos intérêts économiques au niveau européen. Et qu'il faudra tous pousser dans le même sens.

8:21
Présentateur

Vous ne craignez pas, Stéphane Séjourné, pour parler clairement, qu'il y ait des deals bilatéraux entre par exemple Donald Trump, Elon Musk et Georgia Meloni ou Viktor Orban. Et qu'ils outrepassent les règles européennes et qu'ils fassent exploser l'Europe, littéralement. Et que Meloni ou Orban disent maintenant, moi j'écoute et je dis-le directement avec Trump et la Commission européenne, je m'en fiche.

8:45
Stéphane Séjourné

Les intérêts européens sont trop liés aujourd'hui d'un point de vue économique. C'est pour ça que je fais une vraie différence entre le symbolique et la présence d'un certain nombre de responsables politiques à cette investiture. qui veut évidemment montrer des accointances politiques entre les administrations et les gouvernements européens. Et nos intérêts économiques. Et nos intérêts économiques sont liés avec l'Italie, notamment. Et la France commerce plus avec l'Italie qu'avec les Etats-Unis. Et nous avons également des droits de douane qui sont liés sur le luxe, notamment. S'il y a des droits de douane sur le luxe, ça concernera également les Italiens.

Donc, nous avons intérêt à parler d'une même voix au niveau européen. Ça va être tout le défi de la Commission. C'est aussi pour ça qu'il faut préparer les choses avant de faire des annonces. Et si les annonces ne sont pas suivies, c'est le pire. Puisque, comme vous l'avez souvent dit sur ce plateau, et comme vos interlocuteurs le disent souvent, la nouvelle administration Trump parle aussi le langage de la force. Et le moindre accro dans la dissonance européenne et dans les prises de parole européennes sera vécu comme une faiblesse. Et donc, ce que nous ne voulons pas, c'est que l'administration européenne soit faible dans cette discussion. Et pour qu'elle soit forte, il faut la préparer.

10:03
Présentateur

Stéphane, ces journées à l'investiture seront également présents. Elon Musk, évidemment. Mais aussi Bezos d'Amazon. Zuckerberg pour Meta. Tim Cook pour Apple. Joe Biden, la semaine dernière, dans une déclaration très forte à la télévision, a averti contre l'avènement potentiel d'un complexe techno-industriel qui pourrait faire courir de vrais dangers à notre pays, les Etats-Unis. Une oligarchie prend forme en Amérique, faite d'extrêmes richesses de pouvoir et d'influence. À ce micro, Jean-Noël Barraud s'est aussi agacé des retards de la Commission à répondre aux provocations d'Elon Musk. Il a dit la chose suivante.

Soit la Commission applique avec la plus grande fermeté les lois que nous nous sommes données pour protéger notre espace public. Soit elle ne le fait pas. Et alors, il faudra qu'elle consente à rendre aux Etats membres de l'UE, à rendre à la France la capacité de le faire. Alors, vous en pensez quoi ?

11:06
Stéphane Séjourné

Bon, d'abord, il faut comprendre quel est ce débat, puisque c'est un débat à la fois politique, mais aussi un débat qui est attrait au business et au modèle. Puisque derrière, il y a des enjeux économiques très forts pour ces plateformes sur le modèle européen. Il y a eu ce débat aux Etats-Unis, sous couvert d'ailleurs du premier amendement, ce qu'on appelle le free speech, donc en fait la liberté d'expression, qui est aujourd'hui le même débat que ces plateformes essayent de traduire dans le débat européen. La différence avec le premier amendement américain, c'est qu'on a un modèle qui est particulier et qui amène également le pluralisme avec la liberté d'expression.

Et on considère en Europe que le pluralisme, la capacité de faire venir sur ce plateau, par exemple, des voix qui sont différentes, le pluralisme en période de campagne, où on ne peut pas avoir des différences qui sont liées notamment à la puissance économique et à la puissance... On le défendra. Bien sûr qu'on le défendra. Aujourd'hui, la commissaire en charge de ce sujet, qui a repris ce qu'on appelle l'implémentation du DSA, donc de la loi européenne, qui est la commissaire finlandaise, Madame Virkunen, qui a repris les compétences de Thierry Breton sur cette question...

12:26
Présentateur

Oui, parce que vous n'avez pas tout le portefeuille qu'il y avait Breton, qu'il y avait le numérique.

12:29
Stéphane Séjourné

J'ai d'autres choses, notamment le commerce extérieur, les droits de drogue, mais le numérique, ce n'est pas chez vous, c'est vrai. Mais le numérique n'est pas dans mon portefeuille. La commissaire en question a élargi l'enquête ce week-end, pour justement avoir une base légale pour aller devant le juge. On est dans un état de droit, on a des règles. Oui, mais vous entendez... Et effectivement, la commission donne un rapport d'expertise au juge qui décide des sanctions.

12:55
Présentateur

Oui, mais vous avez entendu ce que disent beaucoup de gens en Europe, qui disent, on a déjà fait l'enquête, pourquoi réactiver cette enquête ? Maintenant, il faut prendre des sanctions, pourquoi la main tremble ? La commission européenne est-elle tétanisée par Elon Musk ?

13:08
Stéphane Séjourné

Non, absolument pas. Il y a des règles, elles seront appliquées. Le rapport qui va sortir prend également en compte l'ensemble des polémiques qu'il y a eu ces dernières semaines, notamment sur la question électorale et de l'ingérence politique. Le rapport sortira, le juge sera saisi et des pénalités peuvent être très très fortes. Il pourra être sanctionné ? Ça peut arriver sur des milliards d'euros. Il peut être ? Oui, bien sûr. Et à la fin, si cela n'est pas respecté, il peut y avoir jusqu'à une interdiction, une suspension. De X ? C'est prévu dans nos textes européens, et la loi sera respectée après ce que je veux dire.

Ce qui est très important, c'est de gagner cette bataille sur la liberté d'expression. Parce que je pense que le pluralisme, c'est la condition de la liberté d'expression. Et ça, il faut que tout le monde en soit convaincu. Et notre loi européenne n'est pas là pour censurer une expression politique, ou une orientation politique. Elon Musk a le droit de dire ce qu'il veut. On a le droit d'en désaccord avec lui.

14:13
Présentateur

Est-ce qu'il faut lui répondre, Stéphane, ces journées ?

14:14
Stéphane Séjourné

Mais on ne peut pas utiliser de manière différenciée la plateforme pour des orientations politiques, pour des parties spécifiques.

14:20
Présentateur

Est-ce qu'il faut lui répondre, comme le fait, par exemple, Thierry Breton, où ils ont des tweets clashs, comme on dit en permanence, Thierry Breton contre Elon Musk ? Est-ce que vous, vous pourriez, sur son réseau, sur X, lui répondre à sa manière, avec ses mots, avec ce langage familier ? Est-ce que c'est ça qu'il faut faire ?

14:36
Stéphane Séjourné

Mais je ne suis pas, alors d'abord, Thierry Breton n'est plus en responsabilité sur le sujet, mais je ne suis pas aujourd'hui en responsabilité non plus sur le sujet. Encore une fois, c'est la commissaire... C'est ça qu'il faut faire, il faut répondre comme ça ? Moi, je suis pour quelque chose qu'on puisse faire à un moment donné, quand on prend la parole en public. Donc, toutes les annonces que nous devons faire dans cette période qui est particulière, de négociations probablement tendues, doivent être crédibles. Donc, c'est très bien l'indignation, c'est mieux l'action. Et voilà, la commission, elle sera jugée sur l'action.

Et donc là, je vous annonce ce matin, c'est que l'enquête a été élargie aux polémiques des semaines dernières. Il y aura un résultat de l'enquête très rapidement, parce qu'on va pousser les choses pour que ça sorte très rapidement. Et il y aura des sanctions. Il y aura des sanctions et il faudra une conformité de ces plateformes. C'est la loi. Si on n'aime pas la loi, il faudra la changer. Et je n'ai pas l'impression que ni la commission, ni les états membres, ni le Parlement européen ne souhaitent changer aujourd'hui la loi.

15:40
Présentateur

Vous ne quittez pas X, vous ?

15:42
Stéphane Séjourné

Ah non, je pense que c'est une défaite. En tout cas, ce serait, si je quittais X, je considérerais qu'on a loupé cette régulation. Et je considère qu'il faut rester sur X et que la loi s'appliquera, la loi européenne. Il faudrait que l'ensemble des plateformes se conforment. C'est également vrai pour TikTok.

16:01
Présentateur

Stéphane Séjourné, les droits de douane, le mot préféré de Donald Trump. S'ils augmentent les droits de douane des voitures allemandes, italiennes, du champagne français, de nos fromages, de nos produits de luxe, on fait quoi ? On tend l'autre joue ou on entre dans la guerre commerciale ?

16:21
Stéphane Séjourné

Il y a deux stratégies possibles. Je pense que la réalité est un peu entre les deux, comme souvent. Mais on a instruit tous nos services, et donc l'administration européenne, depuis maintenant plusieurs semaines, pour avoir des éléments offensifs et défensifs. offensifs, puisqu'on peut avoir une réplique sur les droits de douane également. Mais attention, c'est exactement le même débat que nous avons eu sur les sanctions russes. C'est-à-dire que tous les droits de douane que nous mettrons aux Américains, une partie, les Européens, le payeront.

Si nous mettons 25% sur l'aéronautique, si c'est le cas de l'autre côté, les pièces détachées des Boeing, des compagnies européennes, seront plus chères. C'est l'inflation sur les prix des billets, etc. Et c'est partout dans tous les secteurs. Donc il faut une approche plutôt stratégique. On vous sent réticent à augmenter les droits de douane si eux le font ? Je pense qu'il faudra une approche stratégique. On l'a fait sur les Harley-Davidson pendant un temps qui ont eu beaucoup d'effets, par exemple, et à la fois symboliques.

Il faudra de manière stratégique regarder ce qui fait mal en réalité économiquement, plutôt que ce qui est du domaine du symbole ou de l'homothésie et de la réciprocité avec les Etats-Unis. En tout cas, il faut protéger le pouvoir d'achat des Européens. C'est notre mission, tout en évitant la guerre commerciale. Et puis, il y a une approche défensive qui consiste à réaiguiller un certain nombre d'achats dans le monde. Faut-il diversifier l'achat de GNL ? Plutôt suspendre les approvisionnements de l'Azerbaïdjan pour acheter plus aux Américains dans cette période de transition écologique où on essaye de réduire notre empreinte carbone ?

On a encore un certain nombre de pays européens qui utilisent le gaz pour créer de l'énergie et qui sont en transition. Bon, ça, c'est une autre approche. Je pense que la vérité se situe à peu près au milieu.

18:23
Présentateur

Mais vous pensez qu'il va comprendre ? Pardonnez-moi, parce qu'on sent votre langage, qui est un langage, depuis le début de l'intretien, assez diplomatique vis-à-vis de Donald Trump. Vous dites, on va lui dire, s'il ouvre vraiment une guerre commerciale avec nous, on va lui dire, dans ces cas-là, on va jouer sur la défense européenne. Ou alors, on vous entend dire, dans ces cas-là, peut-être que vous ne nous augmentez pas les droits de douane sur le vin, le champagne ou les produits de luxe et nous, on vous achète du gaz. Ça va être ça ou ça va être, à un moment, une réponse de la force ? C'est-à-dire, vous augmentez les droits de douane et on les augmente aussi ?

18:51
Stéphane Séjourné

Je ne sais pas vous répondre. Et je pense que le monde entier est dépendant, aujourd'hui, de ce que fera ce soir, a priori, puisque un certain nombre de décrets sont pris, Donald Trump. Et je pense que ni les Canadiens, ni les Mexicains, ni nous, ni le reste du monde ne sait exactement ce qu'il y a dans ces décrets. Donc, ce que je peux vous dire ce matin, c'est que nous avons préparé toutes les options. défensives, très défensives, très offensives, et que nous nous mettons en place avec pragmatisme et aussi unité, et donc tout ce que nous dirons à la Commission, tout ce que nous faisons à la Commission, doit être soutenu par les États membres, puisque c'est aussi notre crédibilité.

Encore une fois, le langage de la force, c'est d'abord l'unité européenne. Et c'est un marché de 450 millions de consommateurs. C'est ça, notre vraie force.

19:49
Présentateur

Oui, mais où tout le monde ne parle pas pareil, vous l'avez dit vous-même. C'est-à-dire que là où, par exemple, la France pourrait être tentée de dire on est offensif, on augmente les droits de douane, qu'est-ce qu'ils vont vous dire les constructeurs allemands de voitures ? Surtout pas.

20:02
Stéphane Séjourné

C'est pour ça que le langage commun, et donc le langage A27, est essentiel pour les Européens. Donc, on aura besoin d'unités européennes, et c'est ça notre force. Et c'est aussi, ça explique, Léa Salamé, ça explique aussi notre prudence à ce stade, et surtout notre capacité à ne pas dire des choses que nous ne pourrons pas tenir. Et je pense que dans cette discussion, c'est très important si on veut protéger l'ensemble du pouvoir d'achat des Européens et des emplois. Parce que derrière, on parle là théoriquement, mais ça a des conséquences énormes sur notre industrie. Énormes en termes d'emplois. Ça peut nous créer une crise économique majeure.

20:41
Présentateur

C'est pour ça que vous ne voulez pas ouvrir, en tout cas ce matin, une guerre ?

20:43
Stéphane Séjourné

On ne joue pas avec l'emploi des gens, la précarité des gens, éventuellement, dans le cas d'une crise importante avec la nouvelle administration, et une guerre commerciale qui serait déclenchée, et on ne sera pas responsable, nous, en tout cas, de cette guerre commerciale. Il faut pouvoir parler à A27, avoir des choses à dire, préparer de manière très pragmatique, peut-être être offensif et être peut-être même radical, s'il le faut.

21:09
Présentateur

Vous dites, vous montrez le son à un moment, mais ce n'est pas le moment, c'est ça ?

21:12
Stéphane Séjourné

Mais il faudra le faire au bon moment. Et c'est une stratégie diplomatique, vous l'avez dit, avant d'être une stratégie politique.

21:20
Présentateur

Stéphane, ces journées sur l'industrie automobile, la grogne continue à monter contre l'interdiction européenne de la vente de véhicules thermiques neufs à l'horizon 2035. Est-ce qu'il faut revenir sur cet objectif ? C'est ce que demandent les eurodéputés du PPE, de la droite européenne. Quelle est votre position ?

21:43
Stéphane Séjourné

Bon, d'abord, on a un problème qui est lié à l'ensemble des industries européennes, c'est-à-dire qu'on a les surcapacités chinoises, et donc des véhicules chinois qui sont sursubventionnés, qui arrivent sur le marché européen, il y a eu une réponse européenne, on a mis là des droits de douane pour éviter que ces véhicules arrivent sursubventionnés sur le marché en concurrence avec nos véhicules, et puis on a un problème de prix de l'énergie, qui est aussi le problème de beaucoup d'industries un peu partout en Europe.

Moi, je ne peux pas garantir à toutes ces industries les mêmes conditions de pouvoir d'achat, en tout cas de subventions chinoises, il y a un tas de subventions chinoises, de la main-d'oeuvre jusqu'au foncier, jusqu'au prix de l'énergie, et je ne peux pas garantir non plus à ces industries le même prix de l'électricité que les Américains qui produisent sur leur territoire le gaz et le pétrole.

Donc, on va travailler avec des plans sectoriels, il y aura des annonces le 26 février, sur tous les plans sectoriels, avec une proposition de loi de simplification, et notamment une réponse sur le domaine de l'automobile, où on va booster la demande avec les flottes professionnelles, puisque 58% des véhicules neufs sont achetés par des flottes professionnelles, donc des entreprises, des pouvoirs publics, des mairies, des états. Tout ça, on va mettre des incitations pour pouvoir verdir les flottes le plus rapidement possible et créer un choc de demande pour nos constructeurs.

23:09
Présentateur

Pas de fétichisme sur la date ?

23:11
Stéphane Séjourné

Sur 35, on gardera, c'est la ligne, on gardera cet objectif. 35, c'est court, mais c'est aussi loin. Tous les constructeurs se sont préparés. Il faut maintenant qu'on puisse leur donner les capacités de remplir le carnet de commande. Et donc, on remplira le carnet de commande avec d'abord les flottes professionnelles, et puis ça créera un marché du secondaire qui n'existe pas sur la voiture, marché de l'occasion, qui n'existe pas sur la voiture électrique, qui permettra aussi d'avoir accès à des véhicules écrits moins chers aujourd'hui.

23:42
Présentateur

Il reste deux minutes. Question courte, réponse courte, s'il vous plaît. Qu'est-ce que vous dites à un chef d'entreprise ou à un industriel européen qui dit « Moi, je pars aux Etats-Unis, je délocalise aux Etats-Unis avec l'énergie qui sera moins chère, je bénéficierai de l'IRA de Biden et maintenant de la dérégulation de Trump ? » J'y vais, je pars. Vous lui dites quoi ?

23:59
Stéphane Séjourné

Je dis que l'Europe est un pays d'état de droit où on a des règles qui sont jugées par des juges, qui sont stables, mine de rien, depuis maintenant des années. On a un environnement avec des qualifications importantes, un mode de vie qui est un mode de vie européen qu'il faut construire. Ça pose la question du modèle européen qu'on veut défendre.

24:20
Présentateur

Si vous dis « J'en ai marre des normes européennes, j'en ai marre, ça m'empêche d'investir. »

24:26
Stéphane Séjourné

Sur la question de la bureaucratie, on a des annonces à partir du 26 février sur un choc de simplification qui sera massif. On est en train de ramener un mosquien puisqu'on garde les objectifs, climat notamment, mais on change le parcours pour les entreprises pour y arriver avec une suppression du reporting. On va changer énormément de choses dans la bureaucratie. Donc on prend en compte...

24:49
Présentateur

Un patient du 26 février, il y a beaucoup d'annonces.

24:52
Stéphane Séjourné

On prépare cela également et ça fera partie des annonces qu'on fera avec les plans stratégiques industriels. En tout cas, le modèle européen est un modèle qui est particulier, qui a ses plus-values et qu'il faut pouvoir défendre sur la scène internationale.

25:07
Présentateur

Facebook, Instagram, X sont américains, TikTok et chinois. Pourquoi il n'y a pas un réseau social européen ? Pourquoi on n'a pas été capables d'en faire un ? Ce n'est pas une de nos grandes défaites.

25:16
Stéphane Séjourné

Je pense qu'on a loupé le coche il y a quelques années, clairement. On aurait pu avoir un réseau social européen. On peut toujours encore, puisque c'est encore des secteurs d'activité qui bougent ou on peut faire une place. Encore faut-il avoir des investissements, des fonds qui nous permettent de rentrer dans le marché. Ça, ça va être aussi la question probable de notre implication dans le numérique et quel est le rôle de la Commission européenne pour aider des entreprises à créer des nouvelles plateformes. Moi, je suis très favorable. C'est un débat qu'on aura avec mes collègues européens.

25:52
Présentateur

Merci beaucoup Stéphane. Je vous attends le 26 février, le 27 après les annonces.

25:56
Stéphane Séjourné

Je reviendrai le 26 ou le 27 pour vous faire toutes les annonces.

25:59
Présentateur

Avec plaisir. Merci infiniment d'avoir été là ce matin. 8h49.