Anne-Laure Delatte : "On va continuer à subir des prix de l'énergie, qui vont continuer à augmenter"
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On en est où là de cette hausse globale des prix ? A quel niveau de la courbe ? Le pic il est pour quand pour nous en France ?
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Donc, encore beaucoup d'incertitudes, il n'est pas exclu que le pire soit encore à venir, cet automne, à la rentrée ?
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Dominique Schelcher, comment ça se matérialise, ça se concrétise dans vos rayons en ce moment ? Quels sont les produits qui portent avant tout cette flambée ?
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Avec quelles conséquences sur les choix, le comportement des consommateurs dans vos magasins ? Qu'est-ce que vous constatez, vous ?
- 5:01OuverteRéponse partielle
Mais parallèlement, le chiffre d'affaires de la grande distribution alimentaire a augmenté, lui aussi, sur un an de 6%. Pour le dire simplement, l'inflation vous profite, Dominique Schellcher.
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Le mois dernier, l'un de vos concurrents, Michel-Édouard Leclerc, affirmait, pour le dire vite, que certains industriels pouvaient en profiter un peu, qu'il y avait des hausses d'opportunités. Qu'en dites-vous ? Est-ce que c'est ce que vous constatez aussi dans vos négociations avec vos fournisseurs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« nous, effectivement, vous l'avez dit, on a subi une inflation de 6% en un an, ce qui est moins que le reste de l'Union Européenne, qui se situe plutôt autour de 8-9%. »
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« Les marchés financiers, eux, ils prévoient un retour à l'inflation entre 2 et 4% en 2023, l'année prochaine en fait. »
- 1:57InvitéFait
« cet automne et à la rentrée, effectivement, de toute façon, on va continuer à subir des prix de l'énergie qui vont continuer à augmenter, même si on a mis un bouclier tarifaire. »
- 2:25InvitéChiffre
« 80% de notre mode de production est basé sur les énergies fossiles. »
- 3:20InvitéFait
« Les produits les plus touchés sont les produits à part de matières premières agricoles très fortes. »
- 3:36InvitéFait
« qui sont impactés aujourd'hui par, en plus, des conditions de production difficiles, avec la sécheresse, avec le manque d'eau, avec le coût des matières premières qu'on donne aux animaux, par exemple. »
- 6:57InvitéFait
« Quand vous produisez à l'électricité, au gaz, ça vous coûte plus cher. »
- 7:03InvitéFait
« Le transport coûte plus cher, sans compter que le transport est pénurique actuellement. »
- 7:07InvitéFait
« Il manque des chauffeurs. Tous les chauffeurs, par exemple, ukrainiens, qui étaient très nombreux à conduire en France, des camions manquent actuellement parce qu'ils sont retournés à la guerre dans leur pays. »
- 9:46InvitéFait
« C'est un, l'énergie, le pétrole et deux, le transport maritime. Aujourd'hui, comme vous avez des grandes difficultés d'avoir des containers, qu'il y a eu des interruptions de chaînes de valeur en Asie, eh bien, en fait, il y a des entreprises françaises, notamment, qui ont vendu leurs containers trois, cinq, dix fois plus chers. »
- 10:09InvitéFait
« L'inflation, c'est un problème de distribution. De la même façon que les pauvres subissent plus l'inflation que les riches, eh bien, les grandes entreprises multinationales en situation de concurrence imparfaite, c'est-à-dire qu'ils ont assez peu de concurrents, eh bien, ils subissent beaucoup moins l'inflation, voire ils peuvent en profiter. »
- 10:47InvitéFait
« Effectivement, c'est une des causes de l'inflation. Finalement, la principale, c'est le changement climatique. »
- 10:59InvitéFait
« Le changement climatique, ça nous a causé une pandémie il y a deux ans. C'était finalement la première crise de l'anthropocène. »
- 14:44InvitéFait
« En fait, on a des problématiques qui restent. Une des raisons, c'est la politique zéro Covid en Chine, qui a fait que, finalement, on est très dépendant d'un très petit nombre de pays. »
- 15:20InvitéChiffre
« Juste, nous, on a 6% d'inflation en Europe, entre 8 et 10. En Chine, ils en ont 2%. Ils ont 2%. Ça peut paraître une bonne nouvelle, mais en fait, ça n'est pas du tout une bonne nouvelle. C'est que l'activité est complètement ralentie en Chine. »
- 21:24InvitéFait
« il faut agir sur la demande mais pas la demande de tout le monde. Et là, vous donnez un exemple qui n'est pas représentatif de cette loi de pouvoir d'achat. C'est-à-dire que, effectivement, cette prime de rentrée, elle est concentrée sur les plus démunis et c'est très bien. »
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« la prime Macron qui a triplé, qui permet de distribuer jusqu'à 6 000 euros à des salaires qui vont jusqu'à 5 000 euros par mois »
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« Il y a 45 milliards d'euros qui sont distribués en tout pour gérer cette crise, ces pénuries. »
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6% d'inflation sur un an au mois de juillet et ce n'est pas prêt de s'arrêter, la hausse des prix inédites sur des décennies ne connaît pas de trêve estivale, notamment dans l'alimentaire, sans compter les pénuries persistantes auxquelles s'ajoutent les conséquences de la sécheresse. On en parle ce matin avec Dominique Schelcher, bonjour. Bonjour. PDG du réseau de supermarchés Système U, quatrième acteur du secteur avec 1600 magasins, les Super U, les Hyper U, les U Express. Ça représente 70 000 salariés, vous êtes vous-même à la tête d'un magasin à Fessenheim en Alsace. Avec nous aussi Anne-Laure Delatte, bonjour. Bonjour.
Vous êtes économiste, chercheur au CNRS, rattaché à l'université Paris-Dauphine, en duplex des studios de France Bleu à Caen. Je vais commencer avec vous Anne-Laure Delatte. On en est où là de cette hausse globale des prix ? A quel niveau de la courbe ? Le pic il est pour quand pour nous en France ?
Alors nous, effectivement, vous l'avez dit, on a subi une inflation de 6% en un an, ce qui est moins que le reste de l'Union Européenne, qui se situe plutôt autour de 8-9%. En fait, c'est difficile de prévoir. Premièrement, les marchés financiers, auxquels se fie plutôt la Banque Centrale Européenne, qui est chargée de contrôler l'inflation, la stabilité des prix. Les marchés financiers, eux, ils prévoient un retour à l'inflation entre 2 et 4% en 2023, l'année prochaine en fait. Donc, eux, prévoient une réduction du taux d'inflation. En revanche, il y a quelque chose, il y a un problème structurel qui fait que, à mon avis, les prix peuvent continuer à être assez irréguliers.
C'est le changement climatique, la guerre en Ukraine et toutes les limites de notre modèle économique que les prix aujourd'hui manifestent en fait.
Donc, encore beaucoup d'incertitudes, il n'est pas exclu que le pire soit encore à venir, cet automne, à la rentrée ?
Alors, cet automne et à la rentrée, effectivement, de toute façon, on va continuer à subir des prix de l'énergie qui vont continuer à augmenter, même si on a mis un bouclier tarifaire. On va subir à la fois le rationnement de l'énergie du côté de la Russie et les problèmes structurels d'investissement dans les nouvelles énergies, dans les énergies renouvelables. En fait, on est hyper dépendant des énergies fossiles. 80% de notre mode de production est basé sur les énergies fossiles. Tant qu'on n'aura pas résolu ça, en fait, cette dépendance va nous rendre extrêmement vulnérables à différents chocs. Pour le dire très simplement, le principal problème aujourd'hui, c'est l'énergie.
Donc, en fait, il faut absolument résoudre, redéfinir notre mode de production. Et évidemment qu'il faut moins rouler en voiture, mais moi, j'ai envie plutôt de parler du mode de production. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, toutes les industries, elles sont basées à 80% sur de l'énergie fossile.
Et ça impacte, bien sûr, aussi l'industrie alimentaire. Dominique Schelcher, comment ça se matérialise, ça se concrétise dans vos rayons en ce moment ? Quels sont les produits qui portent avant tout cette flambée ? Parce qu'on a dit 6% d'inflation, bien sûr, c'est une moyenne. Dans l'alimentation, on est parfois, je crois, largement au-dessus.
Les produits les plus touchés sont les produits à part de matières premières agricoles très fortes. Ce sont ces produits-là. Mais je dirais aujourd'hui, il y a de très nombreuses catégories qui sont touchées. Et si on regarde des produits encore plus frais, comme les fruits et légumes ou la viande, qui sont impactés aujourd'hui par, en plus, des conditions de production difficiles, avec la sécheresse, avec le manque d'eau, avec le coût des matières premières qu'on donne aux animaux, par exemple. Donc, tout ça, ce sont ces produits-là en priorité qui coûtent un peu plus cher.
Avec quelles conséquences sur les choix, le comportement des consommateurs dans vos magasins ? Qu'est-ce que vous constatez, vous ?
Cet été, la consommation alimentaire, elle, elle tient. Elle tient. Les gens ont décidé beaucoup de rester en France pour prendre des vacances. Donc, dans des modes de vacances, camping, des gîtes. Donc, ils font des courses alimentaires pour s'alimenter cet été. Et donc, ça, ça se traduit dans nos magasins, dans les magasins U. Et on le voit, on est très présent aussi sur les côtes de France. Donc, tout ça, ce sont des régions qui font le plein, à la fois d'ailleurs de Français et de touristes étrangers. C'est d'ailleurs la bonne nouvelle de cet été.
Par contre, il y a une tendance forte cet été, c'est que les produits de non alimentaire, donc tout ce qui est le textile, la chaussure ou même la décoration, la cuisine, tout ça, est en recul. Et il y a d'ailleurs des chiffres qui sont tombés hier et qui le prouvent pour le mois de juillet. Mais la distribution spécialisée, ce qui n'est pas notre cas chez eux, puisqu'on est avant tout des vendeurs d'alimentaires, mais celle-là est en plus grande difficulté. Donc, c'est bien la preuve que face à l'inflation qui vient d'être décrite, les Français font des choix.
Mais parallèlement, le chiffre d'affaires de la grande distribution alimentaire a augmenté, lui aussi, sur un an de 6%. Pour le dire simplement, l'inflation vous profite, Dominique Schellcher.
Alors, écoutez, moi, ce que je constate, c'est que non, vous savez, les gens actuellement font des arbitrages. C'est ce que je viens de dire. Ils font des choix pour tenir leur budget parce qu'ils n'ont pas le choix face à cette forte inflation. En même temps, c'est la fréquentation qui est plus forte que l'année dernière, avec une présence plus forte de touristes, avec, encore une fois, des gens qui sont restés en France dans des modes de vacances qui les conduisent à faire des courses. Ce sont ces éléments-là. Voilà. Donc, moi, je dirais la consommation alimentaire se tient.
Par contre, elle est compensée par des baisses, même dans nos magasins, sur, encore une fois, le textile, les produits de cuisine, les produits d'aménagement extérieur qu'on avait très bien vendus pendant le confinement qui se vendent moins cette année. Non, non, les Français font des choix. Ça se sent et ça commence à se voir. Je pense que le moment important sera celui de la rentrée. Évidemment, on les accompagne pour qu'ils puissent faire face à cette situation.
On va y revenir. Le mois dernier, l'un de vos concurrents, Michel-Édouard Leclerc, affirmait, pour le dire vite, que certains industriels pouvaient en profiter un peu, qu'il y avait des hausses d'opportunités. Qu'en dites-vous ? Est-ce que c'est ce que vous constatez aussi dans vos négociations avec vos fournisseurs ?
La caractéristique de cette année, c'est que nous sommes en négociation permanente avec nos partenaires industriels et fournisseurs parce que, pour faire face à cette situation, dans toute période de ce type-là, à forte inflation, il y a évidemment, il peut y avoir des excès, mais pour moi, ils ne sont pas généralisés. Vous savez, moi, je suis tout au long de l'année sur le terrain à la rencontre des PME, des producteurs, des agriculteurs, je veux voir, de nombreux agriculteurs, et ils sont confrontés à la réalité de charges qui augmentent. D'abord, la toile de fond, elle est énergétique. Quand vous produisez à l'électricité, au gaz, ça vous coûte plus cher.
Le transport coûte plus cher, sans compter que le transport est pénurique actuellement. Il manque des chauffeurs. Tous les chauffeurs, par exemple, ukrainiens, qui étaient très nombreux à conduire en France, des camions manquent actuellement parce qu'ils sont retournés à la guerre dans leur pays. C'est un exemple, par exemple. Donc, tous ces éléments-là font que les raisons d'inflation sont réellement là. Je les constate sur le terrain et sont là. Alors, après, que ponctuellement, il puisse y avoir l'un ou l'autre profiteur, ce n'est pas exclu.
Mais notre travail, justement, de distributeur est de faire, dans nos négociations, la part des choses, et de faire en sorte que le prix qui arrive pour le consommateur soit le plus juste possible et qu'après, évidemment, on les accompagne avec des promotions, avec des fruits et légumes à prix coûtant, par exemple. Votre avis là-dessus, Anne-Laure Delatte,
est-ce que ce genre de période hyperinflationniste est propice à des phénomènes, disons, spéculatifs ?
Alors, oui. C'est vraiment important de revenir, effectivement. Ça fait un peu penser aux années 70. Les années 70, il y a eu de l'inflation, pas de l'hyperinflation, mais de l'inflation très importante. Et en fait, ça a signé la fin d'une époque. Eh bien là, c'est un peu la même chose qu'on est en train de subir, sauf que vous avez parlé de marge et de pénurie, et c'est important de revenir là-dessus. Qu'est-ce qui se passe ? Aujourd'hui, on n'a pas du tout les mêmes rapports de négociations entre les salariés et les entreprises que dans les années 70.
Ça ne nous a pas échappé qu'on ne sort pas des 30 glorieuses, mais plutôt qu'on sort d'une période où le pouvoir de négociation des salariés s'est considérablement affaibli. Donc, qu'est-ce qui se passe ? Aujourd'hui, l'inflation augmente, donc les prix augmentent, mais les salaires n'augmentent pas. Et en fait, l'inflation, c'est quoi ? C'est un problème de distribution. Parce que vous avez des prix qui peuvent... Si les prix augmentaient de façon régulière et qu'on augmentait les salaires en même temps, alors on n'aurait pas de problème de pouvoir d'achat. Vous voyez, on aurait 6% d'inflation, mais 6% d'augmentation des salaires. On peut vivre avec 6% d'inflation.
Mais par rapport aux années 70, ce qui se passe aujourd'hui, c'est que cette distribution, en fait, cette inflation, elle est subie plus par les salariés que par les entreprises qui sont plus dans une situation de pouvoir de négociation plus forte. Donc, vous avez parlé des marges. Il ne faut pas parler de toutes les entreprises. Évidemment, il y a des secteurs qui sont dans des situations plus ou moins monopolistiques. C'est-à-dire que quand vous êtes monopolistique, quand vous avez très peu de concurrence, en fait, vous pouvez maintenir vos marges ou augmenter vos marges sans problème parce que les produits, les gens en ont besoin.
Vous avez deux secteurs en particulier qui se sont vraiment gavés pendant la crise. C'est un, l'énergie, le pétrole et deux, le transport maritime. Aujourd'hui, comme vous avez des grandes difficultés d'avoir des containers, qu'il y a eu des interruptions de chaînes de valeur en Asie, eh bien, en fait, il y a des entreprises françaises, notamment, qui ont vendu leurs containers trois, cinq, dix fois plus chers. Mais ça, ça se compte en milliards d'euros. Donc, en fait, il ne faut surtout pas généraliser. L'inflation, c'est un problème de distribution.
De la même façon que les pauvres subissent plus l'inflation que les riches, eh bien, les grandes entreprises multinationales en situation de concurrence imparfaite, c'est-à-dire qu'ils ont assez peu de concurrents, eh bien, ils subissent beaucoup moins l'inflation, voire ils peuvent en profiter.
Alors, comme si ça ne suffisait pas à ce contexte déjà tendu, s'ajoute la sécheresse historique en France, qui va fortement perturber la production, les rendements agricoles. Anne-Laure Delatte, à quel impact il faut s'attendre pour le consommateur, là, pour l'automne ?
Effectivement, c'est une des causes de l'inflation. Finalement, la principale, c'est le changement climatique. Le changement climatique, ça nous a causé une pandémie il y a deux ans. C'était finalement la première crise de l'anthropocène. Aujourd'hui, le changement climatique, il se subit de façon très concrète par une sécheresse cet été. Donc, on va avoir le prix de l'alimentation qui va augmenter en effet. Et en plus, ça, c'est, si vous voulez, c'est accentué par la guerre en Ukraine, l'invasion russe en Ukraine qui fait que le prix du blé, par exemple, augmente. Donc, on a un ensemble de facteurs qui fait que les prix de l'alimentation vont augmenter.
Dominique Schelcher, on parlait de la sécheresse et son impact sur l'agriculture. Il y a un produit de base qui est au cœur d'un bras de fer et des inquiétudes en ce moment entre producteurs industriels et distributeurs, c'est le lait. La FNSEA vient de vous demander de le vendre plus cher en rayon parce que les agriculteurs ne s'en sortent pas. Est-ce que vous êtes prêts, vous assistez MUE, à faire un effort sur le prix du lait pour augmenter le prix du lait ?
Oui, nous sommes bien sûr ouverts à cette discussion mais je voudrais commencer par dire que le lait est une des matières premières qui a le plus augmenté ces dernières années dans le contexte de la fameuse loi EGALIM pour une meilleure rémunération des agriculteurs. c'est un des produits qui a le plus profité de cette tendance-là. Peut-être qu'on n'est pas encore au bon niveau et chez U, bien sûr, on prendra toute notre part à cette discussion et on entend cette demande des agriculteurs. C'est vrai que la sécheresse aura un impact particulier sur la production de lait parce que quand il y a beaucoup de sécheresse, quand il fait trop chaud, les vaches produisent moins de lait.
En plus, il va y avoir un problème de nourriture pour les vaches cet hiver parce que les premiers agriculteurs ont commencé à prendre leurs réserves d'hiver pour alimenter les bêtes actuellement. Donc, incontestablement, il va y avoir un souci. Et derrière le lait, il y a d'autres produits, évidemment. Il y a le beurre, il y a la crème. Le beurre, par exemple, même avant cette sécheresse, on savait que pour la fin d'année, il y aurait sans doute des tensions sur la production de beurre parce qu'à la fois, on en produit moins en France, un peu moins en France, actuellement.
Et en plus, les exportations sont extrêmement fortes parce que tout le monde veut du beurre dans le monde, y compris en Asie. Ça veut dire
qu'on va connaître aussi de nouvelles pénuries. On a beaucoup parlé de l'huile, de la moutarde. Cet automne, on pourrait connaître des pénuries au rayon laitier ?
Ce qu'on a oublié, c'est que notre production alimentaire est étroitement liée à la météo, aux conditions d'exploitation des agriculteurs. Et là, on le redécouvre avec ces épisodes de sécheresse. Et bien évidemment, quand les productions sont affectées, par exemple, les oliviers dans le sud de la France, a priori, vont produire moitié moins d'olives cette année. Donc, incontestablement, dans quelques mois, il y aura des impacts de cet épisode de sécheresse. C'est bien la preuve que nos modes de consommation aussi derrière doivent évoluer, être plus en phase avec les saisons, avec les produits de saison.
Et je pense, et c'est ce que nous imaginons chez U depuis un certain temps, qu'on est à la fin peut-être d'un certain mode de consommation et qu'on doit se reposer les bonnes questions sur de nombreux plans, les saisons, le gaspillage alimentaire, et en pensant aux agriculteurs, aux modes de production et en défendant quelque part, au bout du compte, notre souveraineté alimentaire. Derrière tout ça, il y a ce sujet-là.
Anne-Laure Delatte, au niveau mondial, on arrive bientôt six mois après le début du conflit ukrainien, on parle de pénurie. Dans quel état sont les chaînes d'approvisionnement ? Est-ce qu'on parvient, au bout de six mois, à les reconstituer ou pas du tout ? Ou on reste sur les mêmes problématiques qu'au printemps ?
En fait, on a des problématiques qui restent. Une des raisons, c'est la politique zéro Covid en Chine, qui a fait que, finalement, on est très dépendant d'un très petit nombre de pays. Et notamment, on est très dépendant des composants électroniques qui viennent d'Asie. Or, l'Asie, tout est concentré, c'est un grand atelier avec plein de pays qui produisent, mais tout passe par la Chine. Tant que la Chine ne redémarre pas, on est très dépendant et on est vulnérable à ce mode de production. Juste, nous, on a 6% d'inflation en Europe, entre 8 et 10. En Chine, ils en ont 2%. Ils ont 2%. Ça peut paraître une bonne nouvelle, mais en fait, ça n'est pas du tout une bonne nouvelle.
C'est que l'activité est complètement ralentie en Chine. Donc, non, on subit encore à la fois sur les composants, sur l'alimentaire et l'énergie. C'est vraiment les trois secteurs sur lesquels on est extrêmement dépendant. Et juste, pour parler des pénuries dont vous parliez à l'instant, en fait, on va mettre en place plein de politiques économiques. On vient de signer une loi pouvoir d'achat, on va peut-être en parler. Mais ce qu'il faut certainement avoir en tête, c'est que qui dit pénurie, dit rationnement. On aurait parlé de confinement il y a 3 ans, personne ne nous aurait cru. Eh bien là, en fait, il faut s'attendre à ce qu'on ait des rationnements.
On en a déjà un peu, mais en fait, alors moi, je n'anticipe pas ça sur le lait et le beurre, évidemment, parce que ce sont des produits de première nécessité. En revanche, et puis, on a les capacités de production, mais en fait, dans certains secteurs, dans le bâtiment, par exemple, on va avoir des rationnements, des confinements de secteurs. Très concrètement,
il va falloir se priver de certains biens, de certains produits.
Mais oui, on est à la limite de notre mode de production et de notre système économique. On est vraiment en train de changer d'époque et vous venez de le dire, le second invité vient de le dire, il va falloir changer de mode de consommation. Mais ce n'est pas simplement la consommation, c'est vraiment la production qu'il faut changer. On arrive à la limite et donc, tant qu'on n'aura pas fait de la transition énergétique, il va falloir subir des chocs en permanence et on va se rationner.
Une question au standard à l'intention plutôt de Dominique Schellcher. Bonjour Laurent, vous nous appelez de Metz ?
Exactement, bonjour. Si vous parlez de remise en cause de modèles de négociation, est-ce qu'à la base, il ne faudrait pas parler aussi de l'occupation des sols ? Le problème de l'occupation des sols, les établissements commerciaux sont immenses parce qu'à l'intérieur, on a des références astronomiques. Je n'ai pas l'intérêt d'avoir le choix entre 50 marques de rouleaux de papier cul, produits d'entretien. Tout ça, ça prend la place. La place, c'est du chauffage, de l'éclairage. Ça consomme beaucoup d'énergie et je pense que là, il y a un gaspillage incroyable. Et quand on entend beaucoup de cocorico de la part de M.
Leclerc ou d'autres, voire de régionalisme commercial, au niveau international, je trouve que là, les négociations, on ne se voit pas beaucoup et on a beaucoup de produits qui ont été dénoncés comme assez dangereux. on continue toujours à avoir certaines marques, que ce soit des groupes Unilever, Johnson et compagnie. Donc, est-ce que la modération dans la grande distribution, ça ne serait pas de revenir à des modèles plus petits ?
Alors, on va poser la question à Dominique Schelcher. Laurent, on parle de sobriété énergétique, il va y avoir un plan à l'automne. Comment vous pouvez participer à cet effort de modération de sobriété
chez SystemU ? La grande distribution a eu en particulier, c'est engagé, on a annoncé un grand plan dans la grande distribution de sobriété énergétique pour l'hiver prochain avec un certain nombre de mesures sur l'éclairage, la consommation énergétique dans le froid, peut-être même, on envisageait même au cœur d'éventuelles pénuries au cœur de l'hiver de fermer plutôt les magasins ponctuellement. Voilà, on a échafaudé tout un plan, donc le coup d'envoi est parti.
Mais pour répondre à votre auditeur, je dirais la chose suivante, vous savez, la grande distribution est en transformation profonde depuis plusieurs années, la tendance est effectivement aux surfaces aujourd'hui de proximité, les petits magasins de proximité ont un succès retentissant et particulièrement cet été, c'est vrai, et donc la tendance est plus à développer des magasins de proximité que des très grands magasins aujourd'hui qui d'ailleurs ont en partie un peu de défection de la part des clients, ça se traduit.
Donc ce mouvement est parti, on l'accompagne, on le vit et les magasins par ailleurs se transforment pour répondre à la toile de fond transition écologique et tout ce qu'on vit, c'est la mise en place de panneaux photovoltaïques, de consommation moindre d'électricité, le coup, si vous voulez, tout cela est enclenché et la révolution est en marche. À ce sujet,
l'un de vos homologues au Royaume-Uni, un réseau de supermarchés White Rose, vient de retirer les dates de consommation recommandées sur 500 produits en estimant que cela permettrait d'éviter du gâchis alimentaire. On parle bien de dates recommandées. Est-ce que c'est une bonne initiative ? Est-ce que ça pourrait vous donner des idées ? Est-ce que ça pourrait nous donner des idées en France ?
Mais il faut que cela nous donne des idées. Je le citais tout à l'heure, le gaspillage alimentaire est une des premières sources encore d'économie et de remise en cause que nous pouvons faire. Je rappelle que près d'un tiers de ce qui est produit dans l'industrie agroalimentaire sous une forme ou sous une autre est gâché, que ce soit dans l'usine même ou au bout du compte dans le frigo du consommateur. Donc là encore, avec des lois, avec nos initiatives dans les magasins, on a fait beaucoup de choses ces dernières années mais on peut aller encore beaucoup plus loin.
Et moi, ce que je trouve intéressant dans cette période, c'est qu'elle nous oblige à nous remettre en cause et plus vite qu'avant. Et malheureusement, je pense que beaucoup de clients ont compris avec ce qui se passe cet été, les incendies, les températures élevées, qu'on doit évoluer, on doit remettre en cause nos modes de consommation, nos modes de raisonnement par rapport à cette chaîne agroalimentaire, du producteur, l'éleveur, l'agriculteur, au consommateur au final et bien sûr, en passant par nous et on prendra toutes nos responsabilités bien sûr.
Anne-Laure Delatte, vous évoquiez tout à l'heure les mesures pouvoir d'achat qui viennent d'être votées au Parlement. Parmi elles, il y a notamment cette prime exceptionnelle de rentrée, 100 euros par foyer pour tous les bénéficiaires des minimas sociaux et les travailleurs modestes. On agit donc sur la demande. Vous sembliez nous dire tout à l'heure que ce n'était pas forcément la solution.
Alors si, si, bien sûr, il faut agir sur la demande mais pas la demande de tout le monde. Et là, vous donnez un exemple qui n'est pas représentatif de cette loi de pouvoir d'achat. C'est-à-dire que, effectivement, cette prime de rentrée, elle est concentrée sur les plus démunis et c'est très bien. C'est ça qu'il faut faire. Il faut absolument protéger ceux qui subissent de plein fouet l'inflation, l'augmentation du prix de l'essence parce que ça prend beaucoup de place dans leur consommation chaque mois alors que les riches ou les moins riches mais les plus riches subissent beaucoup moins ça.
Mais, en fait, moi, ce que je retiens de la loi du pouvoir d'achat, c'est cette fameuse prime Macron. La prime Macron qui a triplé, qui permet de distribuer jusqu'à 6 000 euros à des salaires qui vont jusqu'à 5 000 euros par mois et là, vous voyez bien qu'on n'est pas très concentré sur les plus démunis. Ça, c'est le premier problème. Donc, on distribue beaucoup d'argent public. Il y a 45 milliards d'euros qui sont distribués en tout pour gérer cette crise, ces pénuries. Mais il faut voir comment c'est distribué parce qu'en fait, depuis le début, on parle de négociation et de distribution depuis le début de cet entretien. L'inflation, ça n'est pas distribué de la même façon.
Donc, on attend des pouvoirs publics qu'ils protègent ceux qui sont les plus vulnérables. Or, la prime Macron, elle est distribuée au plus... Enfin, elle est distribuée à tout le monde, même à ceux qui ont un salaire jusqu'à 5000 euros. Et le deuxième point important, c'est qu'en fait, on ne paye pas de contribution sociale sur cette prime Macron. En fait, on n'a pas du tout... Vous voyez, il y avait un grand débat, c'était ce qu'il faut augmenter les salaires. On a de l'inflation. Tout à l'heure, on disait, si on avait 6% d'inflation, on pourrait vivre avec si on avait 6% d'augmentation des salaires.
Or, on a refusé de faire ça par crainte de la boucle prix-salaire, c'est-à-dire que l'inflation s'accélère si les salaires augmentent. Sauf qu'en attendant, en fait, on distribue une prime qui est au bon vouloir des entreprises, qui va être faite dans les grandes entreprises, mais pas forcément dans les petites qui n'ont pas les moyens de faire ça. Et surtout, on ne paye pas de contribution sociale. Donc, en fait, on est en train d'appauvrir la sécurité sociale.
Bien compris, ce que vous vouliez nous dire. Justement, je rebondis là-dessus, Dominique Schellcher. Vous êtes aussi un employeur majeur, 70 000 salariés, on le disait, dans votre réseau. Vous leur proposez quoi à vos salariés pour leur pouvoir d'achat, justement ? Cette nouvelle prime Macron, vous allez la verser ?
Nous avons remis en cause nos grilles de salaire chez EU plusieurs fois ces derniers mois et encore une fois, elle sera remise en cause au mois d'août. Donc, sur les salaires du mois d'août, il y aura dans nos magasins une nouvelle grille de salaire appliquée et on accompagne le mouvement. Mais vous savez, la réponse, elle est toute simple à ça. Aujourd'hui, l'entrepreneur, l'entreprise, nous sommes des coopérateurs indépendants chez Système U, chacun est le patron de son magasin.
Si vous n'êtes pas à jour dans votre grille de salaire, si vous ne proposez pas des conditions intéressantes à vos salariés, il y a une telle tension sur le marché du travail que de toute façon, vous ne les fidélisez pas, ils partent et vous n'arrivez pas à les recruter. Donc, vous êtes obligés aujourd'hui d'être dans le marché.
Merci beaucoup, Dominique Schellcher, patron du réseau Système U et Anne-Laure Delatte, économiste, chercheur au CNRS. Je signale aussi votre podcast, un shot d'écho. Merci enfin à France Bleu Normandie pour ce duplex réalisé depuis Caen et bonne journée à tous les deux.