La 1ère télé de Fabien Roussel | INA adn
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On vous retrouve, même si vous n'êtes pas à l'image, dans un coup de force contre une célèbre épicerie de luxe à Paris. Mais j'y étais. Vous y étiez, oui, au cri de l'effauché chez Fauchon. Plus d'une centaine de jeunes chômeurs et des membres des jeunesses communistes ont occupé samedi en début d'après-midi la célèbre épicerie de luxe Fauchon, place de la Madeleine. Après s'être servi dans le magasin, les jeunes ont présenté aux vendeuses des bons d'achat factices.
J'étais dans l'image.
Les jeunes chômeurs sont venus occuper ce magasin où on peut trouver des bouteilles de digestif à un million de cent mille à la pièce. Il y a dans ce pays des gens qui n'ont rien, absolument rien pour vivre, pour passer les fêtes et d'autres qui ont tout, au point que c'en est un luxe insolent.
Les manifestants ont été délogés par la police, violemment selon eux. Oui, violemment, on a pris des coups de matraque. On n'a pas d'ouverture des magasins, tout rentrait dans l'ordre. Il m'a semblé reconnaître Jacques Perreux, le leader des jeunes communistes de l'époque. Et vous-même, à l'image, vous avez vu ?
Je crois, je suis avec mes copains. On était ensemble et je les ai reconnus. Donc je devais être derrière avec eux. Mais je m'en souviens parfaitement. On dénonçait effectivement cette société à deux vitesses. Je me demande si ce n'est pas moi qui tourne le dos. Je vois qu'il y a Olivier Marché avec qui je suis là, qui est là au premier rang. Et on est tous ensemble d'ailleurs. Et donc on a dénoncé ces magasins pour les riches et en même temps une société du chômage qui était en train de grandir. Et c'était insupportable. On dénonçait les emprunts Giscard qui avaient été mis en place.
Où en gros, en plus, quand on était riche, on pouvait emprunter avec des intérêts derrière qui nous faisaient gagner de l'argent. On a été évacués, manu militari, par les CRS. On a pris des coups sur la tête. Et à la sortie de ce magasin, j'ai été embarqué. Je me suis retrouvé dans un commissariat où j'ai été mis nu, certainement pour m'humilier. Ils m'ont fait mettre à poil. Voilà, ils m'ont laissé à poil, comme ça, pendant un long moment. Puis après, ils m'ont demandé de me rhabiller. Et puis dans la nuit, j'ai été libéré. Voilà, je m'en souviens. Ça m'a marqué.
Fabien Roussel