"ILS NOUS PRÉPARENT LE PIRE" : THOMAS PORCHER DÉCRYPTE LES ANNONCES DE BRUNO LE MAIRE
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Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Investir rapporte bien sûr, investir c'est pas de mettre de l'argent dans un trou noir, investir rapporte. C'est ce que l'Allemagne ne veut pas, c'est pas un exemple à suivre, elle est en récession. Et pourtant nous nous suivons cet exemple. Et aujourd'hui, moins vous communiquez avec les syndicats, moins vous entendez les grèves pacifistes, plus vous allez aller au contact. C'est ce qu'ont fait les agriculteurs, c'est ce qu'ont fait les gilets jaunes, c'est ce que veulent faire les gens de la SNCF, et c'est un jeu dangereux.
Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porché. Et l'Instant Porché c'est un petit moment qu'on se prend entre nous avec Thomas pour analyser, décrypter et avoir les clés pour comprendre ce qui se passe autour de nous. Cela fait déjà plus de 3 mois qu'on tient le pari qui a pu sembler fou, faire tourner une télé d'info indépendante et engagée en plateau et sur le terrain. Merci pour votre force, le média ne tient que par vous. N'hésitez pas à rejoindre l'aventure de manière pérenne en vous abonnant à partir de 5 euros par mois pour soutenir la première coopérative médiatique de France sur le petit écran.
Et vous pouvez aussi vous abonner à notre newsletter quotidienne pour ne rien manquer des informations version le média. Bonjour Thomas. Salut Lisa. Alors avec toi aujourd'hui au programme, Bruno Le Maire annonce des économies, de nouvelles économies. Les grèves SNCF reprennent et ça enflamme évidemment les débats. Et la moitié de nos ministres sont millionnaires. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est parti. Le ministre de l'économie annonce de nouvelles économies. Invité sur TF1 dimanche soir, Bruno Le Maire révise les prévisions de croissance à 1% au lieu de 1,4%. Il l'explique par un nouveau contexte géopolitique.
Guerre en Ukraine, récession en Allemagne, guerre au Proche-Orient, ralentissement de l'économie en Chine. Audrey Crespomara, qui l'interview, répond « Moins de croissance, c'est moins de rentrée d'argent dans les caisses de l'État. Alors qu'en est-il du déficit budgétaire ? » Bruno Le Maire maintient l'objectif de réduire le déficit à 4,4%. Le ministre a donc annoncé 10 milliards d'euros d'économies pour, je cite, « garder la maîtrise de nos finances publiques ».
Les Français n'en peuvent plus des impôts. Nous n'augmenterons pas les impôts. En revanche, on gagne moins, on dépense moins. Donc nous dépenserons immédiatement, dans les jours qui viennent, 10 milliards d'euros en moins sur les dépenses de l'État. Je veux vraiment préciser ce point pour nos compatriotes. Ce n'est pas la sécurité sociale qu'on va toucher. Ce n'est pas les collectivités locales qu'on va toucher. C'est l'État qui va faire un effort immédiat de 10 milliards d'euros d'économies pour tenir compte de ce nouveau contexte géopolitique.
Quand on gagne au moins, on dépense moins, avance Bruno Le Maire, mais pas touche aux impôts sur le revenu. Et le gouvernement maintient la promesse des baisses d'impôts pour les classes moyennes pour 2025. Même si on oublie tous la TVA que tout le monde paie, qui pèse lourd, plus lourd sur les précaires. TVA relié à des produits alimentaires qui augmentent. Donc, ces 10 milliards d'euros sur les dépenses de l'État ne viseront pas la sécurité sociale ou les collectivités locales, explique Bruno Le Maire. 5 milliards concernent les dépenses de fonctionnement de tous les ministères, je le cite, comme le mobilier, les achats ou l'énergie.
Il y aura aussi 5 milliards d'économies sur les politiques publiques, comme par exemple l'aide publique au développement, 1 milliard. Ma prime Rénov', 1 milliard. Ou encore sur les opérateurs de l'État, 1 milliard là aussi. Et ce lundi, on a appris que désormais, 10% des formations dans le cadre du compte personnel formation, CPF, devra être pris en charge par le bénéficiaire, sauf demandeur d'emploi. Thomas, est-ce qu'on a un besoin là de faire des économies ? Est-ce que c'est l'urgence ? En fait, c'est l'urgence pour l'objectif de ce gouvernement et de Macron qu'on a toujours répété ici. L'objectif, c'est de finir ce quinquennat avec des beaux chiffres.
Peu importe le moyen, il faut avoir des beaux chiffres. On l'a vu pour l'assurance chômage, le but c'est de raccourcir les durées de prestation et les niveaux de prestation pour que les gens soient incités à aller travailler et qu'on se retrouve avec ce 5% de chômage. Et il y a un autre indicateur très important, c'est le déficit budgétaire. Le but de Macron, c'est de finir son quinquennat avec un déficit à 3% ou autour de 3%. Le mieux, ce serait en dessous de 3%, comme ça il respecte, il est dans les clous de Maastricht, et d'avoir 5% de chômage. Et là, il pourra dire « je suis le seul président à avoir réussi à faire ça » et c'est réglé.
Et comme il sait que les Français sont souvent frappés d'amnésie et qu'une information politique en chasse une autre, si un jour il a envie de se représenter ou si un jour on reparle de lui dans les années à venir, on dira « c'est le seul président qui a réussi à redresser la France ». Donc le but, c'est d'avoir un beau chiffre. Et pour ça, il faut faire n'importe quoi. Et là, il faut faire des économies.
Alors même que nous voyons le décrochage de l'Europe par rapport aux États-Unis dû à nos économies, que des banques comme Goldman Sachs montrent que la politique budgétaire menée en Europe, y compris en France, a un impact sur l'activité économique, on continue là-dedans parce que l'objectif final, c'est d'avoir ce très beau chiffre de 3%. Et nous l'avions rappelé ici encore une fois dès 2020, qu'au début, c'était sûr que le gouvernement allait soutenir l'activité, mais qu'après, il ne fallait pas refaire l'erreur de 2011.
C'est ce qu'on a dit et qu'on était assez persuadés qu'ils allaient le refaire, puisque moi, je voyais des signaux du gouverneur de la Banque de France, même de Bruno Le Maire sur la dette, sur le déficit, alors qu'on n'était pas encore sorti de la crise du Covid, qui était pour moi un petit peu problématique. Et là, on voit bien que finalement, c'est la politique qui le mène. Il dit qu'il ne faut pas refaire l'erreur de 2011, mais on refait l'erreur de 2011 en pratiquant de l'austérité budgétaire. Donc le déficit, c'est quand les dépenses sont supérieures aux recettes, et évidemment, il préfère toucher aux dépenses plutôt qu'aux recettes.
Sur les orientations des économies maintenant, Bruno Le Maire rassure tout de suite en disant qu'il y aura 5 milliards sur les dépenses de fonctionnement, mobilier, achat. Il oublie de dire quand même que les dépenses de fonctionnement, c'est tout ce qui fait fonctionner un service public. Alors à voir si ça touche le ministère, les services publics, c'est comme la rémunération du personnel, le matériel, les gens passent. Et c'est un terme assez dense où beaucoup de choses peuvent entrer dans le calcul. Les économies ciblent aussi les politiques publiques, je l'ai dit, comme ma prime rénov' ou l'aide publique au développement, les opérateurs de l'État, le CPF.
Les opérateurs de l'État, alors ça peut être l'Agence spatiale, Météo France, l'ADEME, des centres de recherche, et j'en passe. Ce sont tous ces petits organismes avec des missions de service public. Qu'est-ce que tu penses là de ces choix, Thomas ? Alors déjà, la première chose qu'il faut dire, c'est que je pense que le gouvernement a très peur de faire des coupes. Ce n'est pas qu'il n'a pas envie, c'est qu'il a très peur de faire des coupes sur des dépenses sociales qui pourraient entraîner une fronde. On le voit bien là, il enchaîne les agriculteurs, puis chaque fois il doit un petit peu lâcher l'argent. Là, il y a les grèves des contrôleurs, les Jeux olympiques arrivent.
Il sait très bien que, comme vous dire, l'ambiance générale est très instable. Donc si demain, on fait une coupe supplémentaire sur l'assurance chômage qui a été faite, sur l'assurance maladie qui pourrait frapper les hôpitaux, ou sur les retraites, là, ça risque d'enflammer le pays. Et il veut éviter ça. Donc il a bien précisé hier, je ne ferai rien sur l'aspect des prestations sociales de la dépense publique. Je ne ferai rien sur les collectivités locales qui sont déjà au minimum, parce qu'il ne faut pas fâcher non plus les maires. Et là, il va sur les dépenses de fonctionnement de l'État.
Les dépenses de fonctionnement de l'État, c'est à peu près 42% de la dépense publique, donc un peu moins de 50%. C'est l'achat de consommation intermédiaire, le paiement de salaire des fonctionnaires, les coûts de l'électricité, de l'énergie, etc. Et il dit qu'il va faire des économies là-dessus et sur les ministères. Je pense qu'il cherche des économies un peu partout. Ce qu'il faut savoir, c'est que cette partie de la dépense publique, elle est à peu près stable depuis 30 ans. Elle représente 18% du PIB. C'est stable depuis 30 ans. On voit bien que les services publics ne sont pas en pleine forme. Et donc des économies supplémentaires, ça ne risque pas d'être très positif.
Et après, la deuxième des choses, c'est que si on fait des économies, par exemple sur Bercy, on nous a parlé de grands plans. C'est Gabriel Attal, d'ailleurs, quand il n'était pas encore Premier ministre, qui était juste ministre du budget. Il nous avait dit oui, on va faire un grand plan de lutte contre l'évasion fiscale. Si vous retirez des postes à Bercy, comme ça a été le cas ces dernières années, il ne faut pas après se plaindre s'il y a de l'évasion de la fraude fiscale. Quand vous retirez des postes à l'écologie, il ne faut pas se plaindre si après il y a des problèmes. Donc les ministères qui ont subi le plus de coupes, ça a été l'écologie et Bercy.
Et après, il y a toujours des conséquences. Donc c'est pas une coupe sur la dépense publique. Des économies ne sont jamais sans conséquences. Au bout du compte, vous avez toujours un problème. Et on l'a bien vu avec le Covid. Et moi, je pensais qu'on avait, à l'époque du Covid, tiré des leçons sur le fait qu'il ne fallait pas investir qu'en période d'urgence, mais avoir un petit peu une vision de long terme. Visiblement, ce n'est pas le cas. Et conséquences qui provoquent des problèmes qui peuvent au final coûter beaucoup plus cher que ces fameux 5 milliards d'économies. C'est exactement ça, la mauvaise économie.
C'est que là, mais comme ils sont tellement obsédés, alors ils veulent rassurer les agents de notation, ça c'est sûr. Ils veulent avoir ces très beaux chiffres. Ils sont tellement obsédés par ça qu'ils font des économies. Et ils vont chercher à droite et à gauche des petites économies qui auraient pu être évitées. Le vrai problème, en fait, ce n'est pas de baisser la dépense publique. Vous savez, le déficit public, il est libellé en pourcentage de PIB. Vous voyez, si le PIB augmente fortement, vous réduisez le déficit public. Donc il faut se concentrer plutôt sur une politique pro-croissance, comme font les États-Unis, plutôt qu'une politique d'austérité budgétaire, comme fait l'Europe.
Et on a eu un premier décrochage. Il faut voir qu'on était assez parallèle dans les évolutions entre les États-Unis et l'Europe avant la crise 2008. On a eu un premier gros décrochage. Et là, on a un deuxième décrochage avec cette crise post-Covid. Ce qui fait que l'Europe, en termes de PIB par habitant, est beaucoup plus pauvre que les États-Unis, ce qui n'était pas le cas il y a encore 15 ans. – Quand Bruno Le Maire dit que ça ne touchera pas à la sécurité sociale, on pense quand même à des annonces qui sont arrivées avant cette annonce des 10 milliards, qui ne rentrent pas en compte.
Mais on pense quand même, par exemple, au doublement de la franchise médicale sur les boîtes de médicaments, donc 1 euro par boîte au lieu de 50 centimes auparavant à partir du 1er mars. Quand il dit qu'il n'y aura pas de hausse de taxes, on pense à l'augmentation de 10% de la taxe sur l'électricité, qui avait été réduite au moment du bouclier tarifaire. Des économies, de l'austérité, ce n'est pas nouveau. Thomas, c'est très subtil. À chaque fois, on prend un petit peu partout. – Exactement. Alors parfois, ça ne passe pas comme l'histoire des APL.
Et puis parfois, on tente, on se dit que les gens sont trop fatigués, qu'ils vont dire oui, OK, pour payer une franchise médicale un peu plus chère. Mais on est vraiment dans des petits centimes qui vont, à la fin, rajouter peut-être quelques centaines de millions d'euros, mais qui n'ont, quand on regarde la globalité du déficit, de la dette, qui n'ont aucun impact, mais qui envoient un signal de maîtrise des dépenses aux agences de nos stations, à la Commission européenne.
Mais en réalité, bon, le vrai problème aujourd'hui, et c'est pour ça qu'il faut vraiment regarder du côté des États-Unis, le vrai problème aujourd'hui, c'est un problème industriel et un problème d'activité économique, de croissance, c'est ça. Ce ne sont pas des petites économies qui se réduisent naturellement quand il y a de la croissance du PIB. Et là, nous, nous acceptons, mais nous l'avons accepté depuis longtemps. Avec la hausse des taux, on a accepté de tuer l'activité pour tuer l'inflation. Puis maintenant, avec la réduction budgétaire, on accepte encore de tuer l'activité pour réduire les déficits. Ce n'est pas sûr que ce soit efficace.
On va peut-être finir avec le même déficit, sauf qu'on aura en plus tué l'activité. Comme là, on a finalement eu une inflation qui a été certes sous contrôle, mais qui serait peut-être passée même sans une politique de hausse des taux aussi importante. Finalement, on reste avec une certaine augmentation des prix et une activité qui est morte, alors qu'on aurait pu avoir une activité, un pouvoir d'achat qui aurait été préservé, avec une inflation qui aurait été réduite si on avait fait autrement.
J'ai l'impression aussi que Bruno Le Maire joue sur un peu les peurs collectives, dans le sens où on dirait qu'il y a des comparaisons ou des ponts avec le fait de gérer le budget d'un État et gérer son budget perso dans son porte-monnaie. Parce que quand il dit « quand on gagne moins, il faut moins dépenser », ça, c'est ce qu'on fait tous. Nous, quand on gagne moins, on dépense moins. Mais est-ce qu'on gère le budget d'un État comme on gère le budget d'un porte-monnaie ? Et mon autre question, c'est est-ce que s'attaquer aux dépenses, ce n'est pas aussi une manière de faire pour ne pas s'attaquer aux recettes ? Tu as raison sur les deux.
En fait, ce qu'on apprend dans les premières années d'économie, c'est qu'en période de récession, si on fait une politique qu'on appelle pro-cyclique, c'est-à-dire qu'on baisse ses dépenses publiques, on accroît la récession. En période de récession, c'est-à-dire l'activité qu'on devrait avoir s'il n'y avait pas eu de crise. Si on fait une politique contra-cyclique, c'est-à-dire qu'on baisse les déficits pour soutenir l'activité, on relance plus rapidement cette activité. C'est ce que font les États-Unis, un pays libéral. Parce qu'ils sont pragmatiques. Ils sont pragmatiques, ils le font. C'est ce que devrait faire l'Europe.
C'est un moment que Macron, plus ou moins, du bout des lèvres, a appelé de ses voeux avec Canfin sur les critères de Maastricht pour sortir quand même tous les investissements liés au réchauffement climatique. C'est ce que l'Allemagne ne veut pas. Alors l'Allemagne accepte de le faire. Elle a des conditions un peu plus propices pour le faire. C'est-à-dire qu'elle a une population qui est beaucoup plus vieille, donc qui a besoin de moins de croissance pour absorber les nouvelles personnes arrivant sur le marché de l'emploi. Mais elle est quand même en récession. Ce n'est pas un exemple à suivre. Elle est en récession. Et pourtant, nous, nous suivons cet exemple. Donc, moi, je ne sais pas.
C'était assez prévisible venant de ce gouvernement. Je pense qu'ils ont déjà fait toutes les économies possibles et inimaginables. Mais ils vont encore trouver quelques euros à droite et à gauche qui vont faire des millions à la fin. Mais ils ont fait toutes les économies sur toute la partie, on va dire, normalement prestations sociales. Il reste maintenant les dépenses de fonctionnement. L'autre partie de la dépense publique, les dépenses de fonctionnement liées au service public et à l'État. Et puis après, quand ils auront fait ça, je ne sais pas ce qu'ils pourront trouver de plus.
Mais comme ils ne veulent pas augmenter les recettes, en tous les cas, les recettes des plus riches, c'est hors de question, y compris sous Hollande. Donc, bon, ils sont dans une forme d'impasse. Des plus riches et surtout des grandes entreprises. On parlait justement de la semaine dernière des profits de Total. Et c'est ça qui avait choqué. C'est que d'une semaine à l'autre, on dit 20 milliards de bénéfices chez Total. Hop, la semaine d'après, 10 milliards d'économies pour des dépenses de services publics, de services de fonctionnement. En fait, une grosse partie des pays riches, je pense, a accepté naturellement que les très grandes compagnies ne vont pas payer d'impôts.
Elles vont faire des bénéfices à l'étranger. Donc, on ne s'attaque pas vraiment à l'évasion fiscale. Alors que les schémas sont de plus en plus documentés. Les schémas sont documentés de plus en plus. Les grandes banques, les grandes banques, on sait très bien les grandes banques qui pratiquent l'évasion fiscale. On le sait. Et on a eu beaucoup d'affaires venant de journalistes. Et c'est ça qui est grave. Plutôt que de venant des services de l'État, qui ont montré en fait, voilà, combien des compagnies arrivaient à pratiquer de l'optimisation fiscale. On ne veut pas s'attaquer à ça. Donc, on part du principe. C'est pour ça que c'est très dangereux.
Parce qu'on part du principe qu'on ne s'attaque pas à ça. Donc, si on augmente les impôts, on va augmenter les impôts sur qui ? Sur la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure, qui payent déjà des impôts assez conséquents. À un moment, il faudrait s'attaquer à ceux qui font des bénévoles. Et donc, c'est toujours le top 1, top 0,1 ou les très grandes entreprises. Mais là, bon, c'est silence radio. Alors même que vous avez, comme on l'a dit, le 4,40, 40 entreprises ont plus de 1 200 filiales dans des paradis fiscaux. Il faudrait vraiment se demander ce qu'elles y font. S'il y a une demande potentielle, très bien. Mais s'il n'y a rien, qu'est-ce qu'elles font là-bas ?
Si ce n'est de l'optimisation fiscale. Et donc, le fait de siphonner des recettes qui devraient revenir à des pays. Bruno Le Maire n'exclut pas un budget rectificatif à l'été, donc à l'Assemblée nationale. Et le ministre avance la responsabilité.
Tout cela, obéir à un principe de responsabilité. Agir au bon moment, avec fermeté, mais sans brutalité, pour garder la maîtrise de nos finances publiques, de nos déficits et de notre dette.
Thomas, est-ce que c'est responsable d'avoir pris cette décision-là ? C'est les mots qui vont être utilisés. Responsabilité, à la dette que nous allons laisser à nos enfants. Enfin, tout ce discours qu'on entend à peu près depuis 20 ans, qui a été démonté toujours par de nombreux économistes et par même les faits. Puisqu'on nous avait dit, avant la crise du Covid, attention, si on augmente notre dette, ça va être très très grave. Elle a explosé pendant le Covid et on se rend compte que tout va toujours bien. On nous a dit, attention, il faut réduire les déficits.
Finalement, au bout d'un moment, il y a même des économistes qui sont plutôt des libéraux qui ont dit, bon, on pourrait relâcher un peu sur le déficit. Et on l'a bien vu, au moment de la crise de gilets jaunes, il y a 10 milliards qui ont été relâchés, alors que deux mois avant, ce n'était pas possible. Deux mois avant le Covid, trois mois avant le Covid, il n'y avait pas d'argent magique. Après, il y en a eu. Donc les faits ont démontré qu'il y avait une forme de plasticité du système parce qu'il y a énormément d'épargne dans le monde et que cette épargne doit aller un moment quelque part.
Et si elle ne va pas dans des pays qui ont une belle signature comme le nôtre, où est-ce qu'elle va aller ? Donc nous avons un avantage là-dessus pour pouvoir faire de la politique comme de la politique américaine, c'est-à-dire de la politique de creusement des déficits et de subvention, d'investissement massif pour soutenir l'activité. Investir rapporte. Investir rapporte, bien sûr. Investir, ce n'est pas de mettre de l'argent dans un trou noir. Investir rapporte.
Mais nous ne menons pas cette politique parce que l'Allemagne a pris le leadership sur l'idéologie et que nos élites françaises, depuis très longtemps, cherchent à être des bons élèves de l'Allemagne plutôt que d'imposer une vision différente. Et Emmanuel Macron, qui est un président jeune, avait la capacité de le faire. Mais dans son logiciel de base, il pense qu'il faut faire des économies. Ce week-end a été marqué par une grève des contrôleurs SNCF. Un possible mouvement des aiguilleurs est à prévoir le week-end prochain. Qui dit grève SNCF, dit retour des débats télé sur qui prend en otage qui.
Grève de la SNCF, le jour du départ en vacances, c'est un grand classique. Il y en a marre. Cette fois-ci, c'est des contrôleurs qui mènent la fronde. Il faut dire les choses. Ce sont des privilégiés au regard de beaucoup de professions. Et je pense notamment aux agriculteurs. Finalement, le problématique, les personnes qui sont impactées, c'est tout d'abord les consommateurs, les Français, ensuite l'actionnaire de la SNCF, c'est-à-dire vous, moi, toutes les personnes qui nous regardent parce que c'est une société française. Travailler, c'est un devoir.
Et notamment quand on doit permettre à des Français qui travaillent toute l'année, qui pour quelques jours ont probablement envie de pouvoir retrouver leur famille, leurs proches, de pouvoir le faire. Voilà. Moi, j'appelle à la plus grande responsabilité, encore une fois, pour les Français.
Les grévistes revendiquent, eux, un plan massif d'embauche, une augmentation des salaires ou primes et de meilleures conditions de travail. Thomas, on entend sur ces plateaux que les grèves SNCF, c'est tous les ans, qu'ils embêtent un peu tout le monde. Et c'est vrai que, par contre, elles reviennent souvent. C'est quoi le malaise à la SNCF ? Est-ce que tu peux nous l'expliquer ? Pourquoi souvent ces grèves qui reviennent ? Pour moi, les cheminots, c'est l'équivalent des mineurs sous Margaret Thatcher. C'est-à-dire qu'il y a une volonté vraiment de les écraser. Si on écrase les cheminots français, on aura tout gagné. Là, je pense que le patronat va se sentir tout puissant.
Personne n'avait réussi à écraser les mineurs. Margaret Thatcher l'a fait. Là, le patronat, c'est lui, c'est bon. Tout est possible. Et là, c'est pareil en France avec le cheminot. Alors, ça fait des années qu'on donne leur salaire, qu'on jette leur salaire comme ça en pâture et qu'on en discute avec des salaires qui prennent souvent toutes les primes, qui sont souvent le maximum que l'on puisse avoir en fin de carrière.
Et donc, il y a une volonté vraiment d'en finir avec ça, y compris dans l'entreprise de la SNCF qui recrute des gens de plus en plus sans statut, qui s'ouvre à la concurrence, qui libéralise, qui est plus orienté sur maintenant l'export et ses filiales parce que c'est un pays qui a énormément de filiales à l'étranger. Donc, il y a un malaise depuis un certain temps des cheminots et ils ont compris aujourd'hui, comme une grosse partie de la société, c'est qu'il fallait établir des rapports de force à forte intensité avec le pouvoir parce que la discussion par manifestation ou la volonté de discuter aujourd'hui, ça ne mène à rien. On l'a bien vu au moment de la réforme des retraites.
Il faut établir un rapport de force comme l'ont fait les agriculteurs, comme l'ont fait les gilets jaunes et c'est ce qu'ils tentent de faire aujourd'hui en faisant grève pendant les vacances scolaires. Sinon, ils ne seraient pas du tout écoutés, on n'en parlerait même pas. Qu'est-ce que tu réponds ? Oui, on n'entend qu'en plus, ce sont les plus privilégiés parce qu'ils ont un statut qui est terminé maintenant mais ils avaient un statut très protecteur. et aussi de la part de la majorité, ces discours-là ou encore qu'ils bloquent les pauvres gens qui veulent partir en vacances sous ces préjugés-là. Qu'est-ce que toi, tu leur répondrais ? En fait, moi, je pense qu'ils sont obligés...
Enfin, dans la stratégie, il n'y a pas d'autre stratégie possible. S'ils font grève le lundi de 14h à 15h, tout le monde s'en fout. En priorité, le patron de la SNCF et le gouvernement. C'est à partir du moment où ils établissent ce rapport de force que là, on parle d'eux, que des discussions sont possibles. Sur les salaires, vous savez, 60% des cheminots gagnent moins de 2200 euros quand on retire les primes. Donc, c'est certes un salaire qui va être légèrement, en moyenne, au-dessus du salaire moyen français mais on n'est pas sur des chiffres complètement fous qu'on a entendu circuler.
Et puis après, il ne faut pas oublier que la direction a quand même une responsabilité parce qu'elle a refusé de rencontrer... Bon, c'est parti un peu sur Facebook, sur Telegram et WhatsApp, cette grève, mais elle concernait quand même 70% des contrôleurs. À partir du moment où vous avez 70% des contrôleurs qui ont des revendications, vous êtes la direction où vous les recevez et la direction a refusé de les recevoir privilégiant un contact avec les syndicats.
Je pense qu'on peut avoir pour des gens qui ont prôné la flexibilité à tout bout de champ, quand vous avez 70% des gens qui ont des revendications, vous les recevez, vous discutez avec eux, vous ne faites pas comme s'ils n'existaient pas. C'est ce qu'a fait la direction et c'est ce qu'a demandé la direction à un certain nombre de directeurs d'entités des SNCF de ne plus communiquer avec ce groupe, ce qui était, je pense, une erreur. Il y a aussi une stratégie de mettre en concurrence les gens qui travaillent pas à la SNCF et les cheminots qui seraient des privilégiés. Regardez, eux, ils font grève alors que vous travaillez.
Est-ce que ça, c'est une stratégie qui est facilement déconstruite, en fait, quand on pense au fait qu'il y a toujours cette volonté de niveler par le bas, en fait. On s'attaque aux cheminots alors que le service est déjà dérégulé, qu'il y a eu des gros moments forts, des grosses réformes sur la SNCF qui ont totalement dépatouillé ce service public. Quand tu dis service public, c'était un service public. C'est de moins en moins un service public maintenant. C'est une entreprise publique mais qui fonctionne comme une entreprise privée. Ce n'est plus un service public. Elle va chercher des marchés à l'étranger. celui qui prend le train n'est plus un usager, c'est plutôt un client.
Donc, on est de plus en plus dans une entreprise qui a pour but de faire du bénéfice et de créer sa propre concurrence comme on l'a vu avec EDF, ce qui a été un échec total. En fait, il y a cette volonté-là de niveler toujours les droits vers le bas. C'est l'ubérisation de l'économie et puis après, de dire, mais regardez, un chauffeur Uber, il gagne moins qu'un cheminot et puis regardez, un prof, on n'a pas augmenté son salaire depuis 25 ans mais il devrait faire grève aussi.
Et c'est ce type de comparaison qui fait qu'à la fin, vous avez ce que l'on voit aujourd'hui, partout, une concurrence finalement entre les pauvres alors même qu'en haut, ils sont plutôt soudés quand il s'agit de faire passer des réformes qui les avantagent. Ça me fait penser à un reportage qu'on avait fait où Emmanuel Macron avait dit regardez, les agriculteurs, ils ne comptent pas leurs heures, ils ne comptent pas leur retraite, etc. Donc arrêtez de manifester pour la fin de la retraite. Les agriculteurs nous avaient dit nous, on souhaite notre situation à personne, donc continuez à vous battre pour la réforme des retraites.
Dans les sphères politiques et médiatiques, on s'attaque du coup au droit de grève directement qui est constitutionnel. Le groupe centriste du Sénat a déposé une proposition de loi pour limiter le droit de grève donc avec des périodes d'interdiction ou la limiter par exemple à 60 jours max par an. Et Gabriel Attal qui dit les Français sont très attachés au droit de grève mais ils savent aussi que travailler est un devoir. Qu'est-ce que tu penses de cette remise en cause du droit de grève avec comme excuse la continuité des services publics, l'intérêt général, la valeur travail ? Alors la première chose qu'il faut dire c'est que quand on fait la grève on n'est pas payé.
Ça vraiment il faut le rappeler parce que les gens ont l'impression qu'on n'est pas payé. La deuxième des choses c'est qu'on a très bien compris ce que veut une partie du gouvernement et le patronat c'est qu'on puisse faire grève sans que ça dérange personne. Et dans ce cas-là rien ne se passera. il y a une étude de la DARES qui vient de sortir qui montre en fait que dans les entreprises où il y a le plus de grèves où les syndicats sont plus importants les salaires sont plus élevés. Cette proposition de réforme de grève qui interdirait en fait la SNCF de faire grève pendant les vacances et les week-ends c'est une loi qui est passée en Italie.
Un contrôleur italien il gagne quasiment deux fois moins qu'un contrôleur français. Vous voyez ? Donc c'est ça la réalité c'est que ah bah oui il faut interdire et limiter et encadrer le droit de grève comme ça quand on fait grève c'est un peu cause toujours tu m'intéresses on l'a bien vu avec la réforme des retraites et on fait ce qu'on veut. Mais c'est pas comme ça que ça marche. La grève c'est pour établir un rapport de force. Et aujourd'hui moins vous communiquez avec les syndicats moins vous entendez les grèves pacifistes plus vous allez aller au contact pour avoir des résultats.
C'est ce qu'ont fait les agriculteurs c'est ce qu'ont fait les gilets jaunes c'est ce que veulent faire les gens de la SNCF et c'est un jeu dangereux qui a été initié par le pouvoir en place qui a refusé de discuter quand il y avait des revendications qui se faisaient simplement. Donc le vrai responsable de cette situation de ce rapport de force qui s'intensifie c'est le gouvernement et le patron de la SNCF. Un ministre sur deux et millionnaire en 17 sur 34 c'est l'enquête de l'Humanité sortie la semaine dernière 9 d'entre eux entreraient même dans la sphère des 1% les plus fortunés de France avec plus de 2,2 millions d'euros de patrimoine.
Alors cette info a tout de suite enflammé les débats il y a eu les indignés qui parlent de déconnexion d'appauvrissement des français de tout ce qu'on vient de parler d'ailleurs de ces politiques qui nous demandent sans cesse de serrer la ceinture et il y a ceux qui ont fustigé l'humanité qui parlent de jalousie de réussite personnelle dans le privé avant de se lancer dans la grande mission de l'intérêt général et du service public. Thomas, avoir la moitié des ministres millionnaires est-ce que c'est un problème politique ?
C'est un gros problème politique et je l'étendrai même au-delà du gouvernement quand on regarde l'Assemblée les gens qui font de la politique ont souvent un patrimoine élevé. Alors il y a toujours un exemple d'une personne qui va baisser la moyenne que vous trouvez d'en marche à la France Insoumise en passant par le PC il y a toujours l'exemple de l'ouvrier ou de l'agriculteur qu'on a trouvé qui va baisser toutes les moyennes générales et qu'on va dire mais regardez là vous voyez très bien nous avons notre pauvre notre quota de pauvre qui est respecté.
Mais de manière générale il y a un vrai problème au niveau politique et vous savez plus vous avez des gens d'un niveau social élevé plus pour moi vous êtes sensible à ce qu'on peut appeler en économie la capture du régulateur c'est-à-dire des intérêts parce qu'ils ont fait les mêmes écoles parce qu'ils ont finalement enfin ils ont fait le même parcours et ils viennent du même milieu donc c'est plus facile et ces questions reviennent souvent c'est revenu souvent avec les affaires avec le cabinet de conseil où il y avait un des dirigeants qui avait soi-disant qui était adhérent qui avait soutenu Macron en 2017 et ça revient tout le temps et quand vous regardez parfois des gens qui vont débattre de partis différents et que vous vous rendez compte qu'ils ont tous fait les mêmes écoles Sciences Po parfois les mêmes prépas qui viennent souvent de Paris ils ont une origine de province mais qui a très vite été effacée parce qu'ils sont venus en prépa à Paris etc vous vous dites oui il y a un problème la politique n'arrive pas à faire monter des gens des classes populaires elle n'arrive pas quel que soit le parti elle n'arrive pas à les faire monter je pense qu'il y a une volonté de ne pas les faire monter parce que je ne sais pas peut-être qu'ils connaissent trop de choses du terrain peut-être qu'ils sont moins facilement contrôlables donc on n'en fait jamais monter un par-ci par-là et on lui dit de bien s'adapter et le reste c'est de l'entre-soi et les gens se ressemblent comme d'eux ils ont fait les mêmes études ils ont fait les mêmes écoles ils viennent des mêmes endroits ils savent se parler quand ça les arrange puis ils se détestent quand ça ne les arrange pas c'est comme ça donc ça ça pose un vrai problème un vrai problème démocratique puisque la société française n'est pas composée à 50% de millionnaires je veux dire elle n'est pas et la société française n'est pas composée à 80% de gens qui ont fait bac plus 5 c'est pas du tout comme ça quand vous avez plus de bac plus 2 vous faites partie des 25% des français les plus diplômés donc il faudrait à un moment que le monde politique dans son ensemble représente plus les français oui tout à fait merci à vous chez vous d'avoir suivi cet épisode de l'instant porché cela fait déjà plus de 3 mois qu'on tient le pari qui a pu sembler fou faire tourner une télé d'info indépendante et engagée en plateau et sur le terrain merci pour votre force le média ne tient que par vous n'hésitez pas à rejoindre l'aventure de manière pérenne en vous abonnant à partir de 5 euros par mois pour soutenir la première coopérative médiatique de France sur le petit écran vous pouvez aussi vous abonner à notre newsletter quotidienne pour ne rien manquer des informations version le média nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas chaque semaine merci pour tous vos pouces en l'air et commentaires qu'on lit sous les vidéos YouTube spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux je vous dis à la semaine prochaine
Bruno Le Maire