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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 24 mai 2023 22 min

Réchauffement climatique, usage de l'eau, réduction du nombre de bovins en France... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Marine Tondelier

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Marine Tondelier, sur le réchauffement climatique tout d'abord, est-ce que le gouvernement a raison de nous préparer au scénario du pire, c'est-à-dire celui d'un réchauffement de 4 degrés d'ici à la fin du siècle ?

0:13
Marine Tondelier

C'est vrai qu'on vit un moment qui est un peu vertigineux pour les personnes qui portent l'écologie depuis longtemps, c'est-à-dire de voir que là où on a été qualifié de complotiste, moqué, conspué, le gouvernement arrive aujourd'hui aux mêmes conclusions que nous, c'est-à-dire que quelque part il est déjà un peu trop tard, donc c'est quelque part une reconnaissance de ce qu'on disait depuis des années, mais on n'est absolument pas rassuré parce qu'avoir le bon constat ne suffit pas, il faut les solutions qui vont avec et là-dessus l'histoire, les actes précédents ne sont pas de nature à nous rassurer, y compris ne serait-ce que la semaine dernière quand Emmanuel Macron demande à l'Europe une pause sur l'environnement, voilà on voit bien qu'on est dans un en même temps avec ce gouvernement et qu'en matière d'écologie il ne peut pas y avoir deux en même temps.

0:53
Présentateur

Mais vous dites aux Français les années qui viennent, la décennie qui vient va être difficile, ça va faire mal ?

0:59
Marine Tondelier

Ça va être terrible qu'on le veuille ou non et je vais vous dire ce ne sera pas de la faute des écologistes parce qu'on a l'impression qu'on est parfois le bouc émissaire de tous les maux de ce pays mais vous pouvez enlever tous les écologistes de France et même du monde, les problèmes auxquels l'agriculture va devoir faire face sur l'eau et les citoyens, les problèmes auxquels on va devoir faire face sur comment on vit dans une France à 4 degrés, avec ou sans écologistes ce sera le cas.

Et donc je vois bien qu'il y a une proportion y compris parce que certains autres membres du gouvernement dont le ministre de l'Intérieur nous présente comme les boucs émissaires très clairs de tous ces problèmes. Mais l'histoire des boucs émissaires c'est qu'en général quand même ils sont innocents. Mais il y a un truc voilà sur éco-terrorisme, on voit bien qu'on devrait être responsable de tout.

1:34
Présentateur

Les écologistes n'ont aucune responsabilité pour vous dans le fait que l'écologie n'est pas le premier dossier en haut de la pile ?

1:39
Marine Tondelier

Je ne vous dis pas qu'on a tout fait bien, je n'ai jamais dit ça par ailleurs, mais je peux vous dire qu'on a longtemps prêché dans le désert, qu'on a connu beaucoup de moments de solitude et même été attaqués et diffamés sur ce qu'on disait qui aujourd'hui est reconnu par toutes et tous.

1:52
Présentateur

Mais vous avez aussi régulièrement dézingué votre propre candidat à l'élection présidentielle ?

1:56
Marine Tondelier

Mais ce n'est pas une question politicienne, je vous parle de fond, je ne vous parle pas de stratégie politique et de quelle incarnation, je vous parle de fond. Et donc il faut que les Françaises et les Français se rendent compte que leur est grave et que par exemple, il y a un emballement qui va s'accélérer, je vous donne l'exemple des puits de carbone. On dit en fait, on émet tous du carbone, on sait, mais il y a des puits de carbone, notamment par exemple les forêts. Les puits de carbone forestiers en France, ils absorbaient 60 millions de tonnes de CO2 en 2010. Aujourd'hui, on n'est plus qu'à 30, ça a été divisé par deux en très peu de temps.

Et ce n'est pas parce qu'il y a moins de forêts, c'est que la croissance des arbres, les maladies qu'ils peuvent attraper, sont déjà en train de s'accélérer, ces problèmes, du fait déjà du changement climatique. Et qu'on voit bien que la machine peut s'emballer et que même en faisant tous les efforts qu'on veut, ce phénomène assez inéluctable est déjà en marche. Les glaciers au Groenland fondent 100 fois plus vite que prévu.

2:45
Invité

Je ne sais pas si vous vous représentez à quel point ça s'emballe. Ça s'accélère et en fait, même en France, on n'est pas prêt, on n'a pas les infrastructures pour, on n'a pas les bâtiments.

2:52
Marine Tondelier

Je pense que déjà, il faut être prêt dans sa tête. Il faut se rendre compte de ce que ça veut dire. Et que des fois, on dit que l'écologie, ça va nous causer des contraintes. Mais les pires contraintes seront celles qu'on va subir, quoi qu'on fasse. Ce n'est pas une question de ce qu'on va nous interdire, ceci ou cela. C'est qu'à un moment, ça s'emballe tellement qu'il faut vraiment dire aux gens que les enfants qui naissent cette année en 2023, on ne sait pas aujourd'hui leur garantir que la planète sera encore habitable pour l'année de leurs 30 ans. Ça ne veut pas dire que tout le monde est mort dans 30 ans.

Mais ça veut dire que la question de l'habitabilité de la planète, c'est-à-dire des conditions de vie normales, se posera.

3:24
Invité

Sur la planification écologique, sur le plan d'Elisabeth Borne, elle appelle les entreprises à agir. Elle appelle aussi les particuliers à agir, les collectivités territoriales. Sur la question de l'eau, on l'a évoqué, tout le monde. Qu'est-ce que vous diriez, vous, à quelqu'un aujourd'hui qui a envie de se faire construire une piscine ?

3:42
Marine Tondelier

C'est toujours intéressant parce qu'on va pointer des comportements individuels. Je fais un zoom arrière par rapport à l'eau. On parle de l'eau tout de suite, si vous voulez bien. L'ADEME permet de calculer son empreinte carbone. Vous pouvez y aller, c'est hyper intéressant à faire. Je vous préviens, c'est un peu déprimant. Pourquoi c'est déprimant ? Parce que même si, comme moi, vous ne mangez plus de viande depuis des années, que vous avez décidé de ne plus prendre l'avion, avant même de répondre aux questions, quand vous commencez le test, le fait même d'être français, vous commencez à 2 tonnes de carbone. Parce que les services collectifs, les hôpitaux, les écoles, etc.

de ce pays, produisent déjà 2 tonnes de carbone par habitant, avant même que vous disiez ce que vous mangez, comment vous vous déplacez, où vous habitez, etc. Parce qu'on est français. Et donc, c'est 2 tonnes. Pourquoi c'est important ce chiffre ? C'est le chiffre qu'aucun humain ne doit dépasser sur cette planète si on veut qu'on ait besoin que d'une seule planète, qu'une planète nous suffise. Vous dites quoi ? Les efforts particuliers ne servent à rien, en fait ?

Je vous dis qu'évidemment, c'est important, mais qu'il faut arrêter de mettre la pression sur les gens, en disant qu'est-ce que tu as mangé ce midi, et tu es allé où travailler, et c'était quoi le moteur de ta voiture, surtout quand les gens n'ont pas les moyens de s'en acheter une autre. Il y a vraiment un gros effort structurel à faire dans ce pays, et ça, il y a une responsabilité de l'État.

4:50
Présentateur

Sans culpabiliser, donc ? Pour en revenir à la question de Salia, la piscine s'est devenue les jets privés d'il y a quelques mois.

4:56
Marine Tondelier

Il faut que les gens aient conscience de ça. Mais ce n'est pas à cause de la piscine du mec qui va avoir chaud cet été et qui va dire « je fais une piscine pour mes enfants ». On ne peut pas aborder le sujet comme ça. Par ailleurs, la transition ne sera possible et acceptable que si elle est juste. Je rappelle quand même que 1% des plus riches émettent autant en CO2 que 50% des plus pauvres de cette planète. Et donc, à un moment, évidemment qu'il faut se poser cette question. Et c'est intéressant parce que Jean Pizani-Ferry, qui est un des principaux conseils économiques de ce président...

5:22
Présentateur

Économiste, rédacteur du programme économique d'Emmanuel Macron en 2017.

5:25
Marine Tondelier

Voilà, il peut dire qu'il n'est pas d'extrême-gauche ni de gauche tout court, d'ailleurs. Et ce n'est pas grave, c'est parce qu'on lui demande, en l'occurrence. Mais il a fait une interview cette semaine qui dit des choses qu'on aurait pu être moqués pour dire il y a encore un an.

5:36
Présentateur

Un ISF climatique pour taxer les 10% des plus riches ?

5:40
Marine Tondelier

L'ISF qui le propose, j'ai l'impression, n'est pas climatique. Parce qu'un ISF climatique, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est que vous taxez plus les avoirs qui sont...

5:45
Présentateur

Vous avez l'ISF sur le patrimoine financier des plus riches, mais qui servirait à financer la transition écologique.

5:50
Marine Tondelier

C'est ça, parce qu'il y a trois étapes. Il y a ce gouvernement qui a supprimé l'ISF, qui déjà n'est pas normal sur le plan social tout court. Lui, il dit, en fait, il va falloir taxer les plus gros patrimoines et ce en quoi il a raison, mais c'était très subversif de le dire. Je rappelle quand même les propos que j'ai pu avoir sur les milliardaires il y a encore trois mois, c'est très subversif.

6:05
Invité

Mais le gouvernement dit toujours non. Comment ? Le gouvernement dit toujours non.

6:09
Marine Tondelier

Oui, bon, c'est quand même un conseiller de Macron qui le dit. Donc, on sent que la bataille culturelle progresse. La bataille culturelle progresse, en tout cas, sur le sujet. Et des choses que disaient les Verts et Oxfam il y a trois mois, c'était subversif. Jean Pisani-Ferry, qui est loin d'être un gauchiste, le dit aujourd'hui. Tout en disant en plus très clairement qu'on ne pourra pas faire cette transition sans justice et qu'il faudra que, évidemment, les plus riches contribuent beaucoup plus que les plus précaires. L'étape d'après, c'est qu'en fait, ils proposent quasiment l'ISF. C'est intéressant.

Dix ans après qu'on a été conspués parce qu'il ne fallait pas le supprimer et que nous, on disait que non et qu'ils disaient si on a raison, on est le cercle de la raison et on est très fort en économie. On vous dit que c'était vraiment... Vous ne comprenez rien, mais en fait, c'est ça qu'il fallait faire. Donc là, les plus grands économistes vraiment de droite disent que c'est ça qu'il faut faire. Et l'étape d'après, c'est d'en faire un ISF climatique, c'est-à-dire de taxer évidemment plus les placements qui contribuent à accélérer le changement climatique parce que les gens qui ont de l'argent, ils n'ont pas le même impact sur le climat selon là où ils le placent.

Sans parler des jets privés et des super yachts, mais tout ça est quand même assez lié.

7:03
Présentateur

Un placement dans une entreprise qui est en cours de conversion, ce n'est pas tout noir ou tout blanc. Non, ce n'est pas tout noir ou tout blanc. Vous taxez ou vous taxez pas ?

7:12
Marine Tondelier

Après, il y a des experts. Évidemment, c'est très compliqué.

7:15
Présentateur

Un groupe qui s'engage à sortir du pétrole dans 5 ans ou dans 10 ans. Mais tout comme sur l'ISF, il y a des débats sans chance

7:19
Marine Tondelier

sur les œuvres d'art, est-ce qu'on les taxe ou pas ? L'exemple de Total est assez parlant.

7:24
Invité

Qui fait aussi de la transition écologique. Vous dites quoi Total ?

7:29
Marine Tondelier

On est sur un moment de l'histoire où il faut arrêter de se mentir sur l'écologie et que le greenwashing ne peut plus exister. Moi, je le vois, vous voyez, quand Macron va à Dunkerque en disant, j'ai une super nouvelle pour la planète, je vais faire... L'État prend sa part, on va faire une super gigafactory de batteries électriques. Ok, c'est mieux que de faire des véhicules diéthènes.

7:48
Présentateur

Ça ne vous va pas, ça ?

7:49
Marine Tondelier

Ça ne me va pas pour plein de raisons. Je vous dis que c'est mieux que rien. Mais premièrement, il y a, à 5 km de là, le site de Val-d'une, le dernier site en France qui produit des roues et des essieux de train made in France, qu'on est en train de laisser crever. On est en train de perdre les savoir-faire, y compris des industries de transition énergétique. Donc, quand on va devoir construire les trains, on dit grand plan pour les trains, mais en fait, on sera incapable de les produire en France. Mais donc, il dit, ça, on ne défend pas. Nous, on crée toujours les trucs d'avenir, entreprise taïwanaise, etc. Je vous pose la question, Marine Tendulier. Pardon, je vous pose la question.

Il y a des friches dans toute la région. On met ça sur des terres agricoles. Je vous pose la question sur la voiture électrique,

8:21
Présentateur

Marine Tendulier, parce que vous avez dit, il y a quelques jours, la voiture électrique, c'est l'industrie du passé.

8:25
Marine Tondelier

Oui, parce que la voiture est l'industrie du passé. Et que c'est mieux si elle est électrique que diesel. Mais on ne pose jamais la question du poids des véhicules. Et un véhicule électrique lourd, déjà pour la pollution de l'air, il y a une grosse partie des émissions qui ne sont pas liées au moteur, mais à l'abrasion des pneus sur la route, etc. Donc sur la qualité de l'air, ça ne change rien. Que le poids du véhicule fait que, même s'il ne roule pas, il a une empreinte carbone, ce véhicule, à la construction, au recyclage, en fin de billets, etc. Et du coup, on va travailler comment le matin ? Et surtout, on imprègne de rapports à la bagnole dans ce pays, qui est en partie subi.

Parce que les transports en commun, ça ne va pas. Et que quand on parle d'un ticket climat qui peut engroger, ça ne va pas. Et qu'on imprègne de fiabilité des trains, d'investissement ferroviaire.

9:07
Présentateur

Le 830 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel.

9:11
Invité

Toujours avec la secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts, Marine Tondelier, juste avant le fil info, on parlait de la voiture électrique. Une promesse a été faite d'en reparler après. Mais oui, on continue. On est trop dépendant de la voiture, c'est votre constat. Mais même la voiture électrique, ce n'est pas bien.

9:23
Marine Tondelier

On a un problème, par exemple, du nombre de routes en France et du fait qu'on veut encore en construire, mais on demande un moratoire sur les grands projets routiers. Pourquoi ? Parce qu'il y a 1,1 million de kilomètres de routes en France et que c'est le plus haut nombre de kilomètres d'Europe en valeur absolue et rapporté au nombre d'habitants.

9:37
Invité

On va demander un moratoire parce qu'on... On utilise des terres agricoles pour les construire.

9:42
Marine Tondelier

Chaque Français a, par personne, 120 mètres carrés de routes en France, c'est-à-dire plus en moyenne que sa surface habitable dans son logement. Il y a un truc complètement déraisonnable. Et aujourd'hui, on voit bien qu'on est en train de combattre des projets. Par exemple, le projet de contournement routier de Rouen, qui a plus de 50 ans. Au bout de 50 ans, s'il n'a convaincu personne, c'est peut-être qu'il y a une raison, y compris le maire de Val-de-Reuil, qui est le numéro 3 de LVMH, qui vient sur la ZAD dire que ça n'a plus de sens aujourd'hui. Et on a un problème de où on met l'argent public.

Par exemple, sur le renouvelable, il y a 51 fois plus d'argent qui est mis dans la recherche-développement sur le nucléaire que sur l'éolien. Pour continuer à dire, l'éolien, ce n'est pas assez développé par rapport au nucléaire, c'est sûr que si même dans la recherche-développement, pour améliorer les technologies, c'est aussi disproportionné, on ne va pas y arriver.

10:28
Présentateur

Sur les sols, justement, Marine Tandelier, il y a une loi qui inquiète beaucoup les élus en ce moment, c'est la loi zéro artificialisation net des sols. C'est-à-dire, l'objectif, c'est en 2050, dans une commune, on ne pourra pas construire davantage, faire davantage d'emprise sur le sol si on n'en a pas supprimé ailleurs. Et jusqu'en 2050, on doit diviser par deux. Les maires disent aujourd'hui, on est d'accord sur le principe, évidemment qu'il faut laisser l'eau ruisseler le plus possible, mais on a dans le même temps 2,5 millions de personnes qui attendent par exemple un HLM. Aujourd'hui en France, comment est-ce qu'on sort de cette équation ?

11:00
Marine Tondelier

Alors, ce n'est pas qu'une question d'eau dans les sols, c'est aussi une question de quand il y a 200 exploitations agricoles qui disparaissent par semaine en France, par semaine. Et donc, quand on veut dire qu'on va nourrir la France localement, c'est sûr que quand vous voyez ces équivalents terrains de foot qui disparaissent chaque jour en France, vous dites qu'il y a un moment, ça doit devenir compliqué. Et donc, je pense qu'il faut regarder très concrètement. Et moi, j'ai saisi qu'il y avait une vraie attente des maires ruraux notamment, qui ont très peu de marge de manœuvre et dont les villages sont en train de mourir. Et donc, ils disent, nous, on a besoin de réinstaller, etc.

Ça, j'entends. Et je pense que, de toute façon, on ne fera jamais les choses par la contrainte et en imposant la même chose exactement des grandes villes comme Paris ou Lyon aux petits villages de 50%.

11:37
Présentateur

Donc, on fait des exceptions, par exemple, à la campagne ?

11:39
Marine Tondelier

Mais il ne faut pas le consommer. Parce qu'en fait, quand on rentre dans les régimes de dérogation et d'exception, à la fin, on voit bien, on commence par ça, on arrive à ça. Et puis à la fin, l'objectif zéro artificialisation de son aide qui est si important pour notre avenir n'a plus de sens. Mais vous voyez le symbole qui peut y avoir ? Par exemple, il y a des maires qui me disent, je ne peux pas faire de piste cyclable à cause du truc zéro artificialisation de son aide. Donc, il faut regarder vraiment dans le détail.

11:57
Présentateur

Mais vous voyez le symbole qu'il y a derrière, des gens qui n'ont pas les moyens d'aller se payer ou de louer un appartement en ville, qui sont en banlieue, parfois en très lointaine banlieue, et à qui, on va dire, votre rêve d'un petit pavillon avec jardin, c'est niais.

12:07
Marine Tondelier

Et qui vont devoir prendre leur voiture après parce qu'évidemment, vous avez vu des transports en commun. Mais qu'est-ce qu'on dit à ces gens-là ? Non, mais on a un modèle de société où, y compris avec les supermarchés et les hypermarchés, tout s'est construit en périphérie. Et ce modèle-là, il est terminé, y compris parce que l'essence devient trop chère, etc. Donc, il faut redensifier quand même les villes. Il faut densifier d'avant-faire les villes, donc construire en hauteur. On voit bien qu'on ne manque pas de friches, de logements vides. Moi, j'habite dans les Hauts-de-France, il n'y a que ça.

Je ne comprends pas pourquoi on va mettre cette gigafactory sur des terres agricoles cultivables, alors qu'il y a des friches partout dans la région. C'est quoi le symbole ? Mais vous dites dans les grandes villes

12:41
Invité

où, quand même, il y a une densité importante,

12:43
Marine Tondelier

comme Paris, par exemple. Il faut densifier ce qui est déjà ultra surdense. Il y a peut-être des équilibres à trouver. Il y a des endroits qui sont sous-peuplés, où il y a beaucoup de logements vides. Et peut-être qu'on dit, oui, mais ces logements ne sont pas en bon état, les gens n'en veulent pas. Eh bien, travaillons à leur réhabilitation, à leur isolation. C'est ce qu'on n'arrête pas aussi de dire depuis des années. Donc, oui, il faut aller dans le sens du bon sens.

13:02
Présentateur

Ce n'est pas très compliqué. Sur l'agriculture et sur le dernier rapport de la Cour des comptes, Salia Braclia ?

13:06
Invité

Oui, la Cour des comptes appelle à réduire de manière importante le cheptel de vaches françaises pour moins polluer. Les vaches sont responsables de 12% des émissions de gaz à effet de serre. Vous partagez cet appel de la Cour des comptes ?

13:17
Marine Tondelier

Je pense que tout le monde a bien compris, même ceux qui aiment la viande et qui, on ne va pas les condamner de bien aimer la viande, mais chacun voit bien que la quantité de viande qu'on mange par habitant en France n'est pas durable pour la planète, mais en plus n'est pas bonne pour la santé. On dit parfois, si on mange moins de viande, on ne veut pas être en bonne santé. Aujourd'hui, les experts sanitaires nous disent qu'un Français moyen mange trop de viande pour sa santé, ce n'est pas ça l'argument. Et on voit bien qu'il y a une empreinte carbone de la viande. Vous voyez, quand on parle du maïs, par exemple, et de la sécheresse, le maïs, c'est très compliqué.

Les gens disent qu'ils veulent nous empêcher de manger, mais plus de 80% du maïs qui est cultivé en France, c'est pour nourrir le bétail. Donc, il faut se dire que quand on mange la viande, c'est l'empreinte carbone, mais c'est aussi le nombre d'eau qu'il a fallu pour nourrir cet animal, plus les questions de souffrance animale auxquelles, moi, je tiens, je ne demande pas à tout le monde d'y tenir, mais c'est aussi quand même un sujet quand on prétend être un pays civilisé.

14:03
Présentateur

Il y a un pays qui a tenté de réduire même drastiquement la part de ses élevages, un pays pas très loin de chez nous, ce sont les Pays-Bas. Ça a donné lieu à des manifestations monstres d'agriculteurs et ça a donné lieu dans la foulée aussi à une poussée populiste importante aux Pays-Bas, sur l'air du, vous voyez, nos élites oublient les campagnes. Comment éviter ça en France ?

14:23
Marine Tondelier

Déjà, moi, je ne pense pas que les écologistes soient les ennemis de l'agriculture. Moi, je dis souvent... Ce n'est pas ma question. Ce n'est pas ma question. Non, mais je vois bien que c'est le contre-modèle. C'est-à-dire qu'on dit qu'il faut faire très attention et y compris des membres de gouvernement me disent ça. Me disent, agriculture, très attention parce que si on fait des trucs, ça va causer le RN. Mais en fait, il faut porter un peu son courage en politique. Et le devoir des politiques, ce n'est pas juste d'être populiste, c'est de savoir dire quand on va dans le mur. Et je ne pense pas que ce soit ne pas aimer l'agriculture que de leur dire la vérité.

Du fait qu'avec ou sans écologie, qu'ils monteront d'eau, avec ou sans écologiste, ils auront un problème à plus 4 degrés à produire les mêmes choses au même endroit et que sur l'élevage intensif, ce n'est pas vrai en plus que ça les fait vivre bien. Regardez le revenu moyen des agriculteurs.

15:01
Présentateur

Ce n'est pas que l'élevage intensif aujourd'hui. Oui, mais... L'élevage laitier, il n'y a pas que ça.

15:04
Marine Tondelier

Oui, mais ce n'est pas ça qui est en cause. Nous, par exemple, notre mesure politique qui est partagée par toutes les assos climat, c'est d'interdire les nouvelles ouvertures de grands élevages industriels. Évidemment qu'il faut le faire pour des tas de raisons qui ne sont pas qu'environnementales d'ailleurs, qui sont aussi questions c'est climaticide, ça ne fait pas bien vivre les producteurs et ça cause des débats, y compris des dégâts sur la santé des gens à la fin, la qualité de ce qu'on mange. Donc oui, c'est un sujet auquel on tient et je pense qu'on n'est pas les seuls en tant qu'écologistes à y tenir.

15:41
Présentateur

Le 830 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvert.

15:45
Invité

Avec Marine Faudelier, la secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts. Plus de 413 milliards d'euros sur 7 ans pour les armées, c'est le projet du gouvernement dans sa loi de programmation militaire. examiné cette semaine à l'Assemblée. Est-ce que la France a raison de dépenser autant pour se protéger ?

16:00
Marine Tondelier

C'est sûr que ça interroge, je pense, beaucoup de personnes, dont moi, les écologistes qui ont vraiment une tradition et dans notre ADN c'est très ancré, le pacifisme. Et donc oui, ça interroge d'augmenter autant ce budget parce qu'on se dit toujours que dans ce gouvernement qui est quand même austéritaire de base, s'ils augmentent là, c'est qu'ils vont baisser ailleurs et on a toujours peur de là où ils vont aller baisser. Mais le contexte, c'est la première chose.

La deuxième chose, c'est qu'évidemment que la sécurité, c'est un sujet important pour beaucoup de Français et en fait pour tout le monde, y compris pour les écologistes, mais que la sécurité, à la fin, ce n'est pas que le budget de la défense. C'est la sécurité de l'air qu'on respire, de l'eau qu'on boit, des sols sur lesquels on habite et dont on se nourrit et que je vois des fois des gens qui sont ultra sécuritaires dans leur vision. Si vraiment ils tenaient à la sécurité des gens, ils ne seraient pas concentrés sur leurs sujets fétiches mais sur une sécurité globale qui inclut en fait beaucoup l'environnement. Mais vous dites par exemple C'est un vrai sujet.

C'est un vrai sujet mais on voit bien qu'on est très anti-nucléaire en sujet d'armement mais on a toujours dit Mais y compris pour la dissuasion nucléaire. Non mais on ne peut pas sortir unilatéralement du nucléaire. On voit bien que ça ne marche pas comme ça la vie. Et donc par contre être engagé vers une sortie multilatérale du nucléaire en s'engageant chacun vers une désescalade nucléaire ce que prévoient les traités dont la France est signataire Vous pensez aller convaincre

17:17
Présentateur

demain matin Vladimir Poutine de sortir du nucléaire ? Non pas demain matin et je ne pense pas

17:20
Marine Tondelier

qu'on ne soit ni angéliste ni stupide mais pour le coup on est très engagé sur ce sujet et on a raison de l'être parce que je peux vous dire que chacun a eu peur et a encore peur au moment du conflit ukrainien de savoir entre les mains de qui cette arme nucléaire est aujourd'hui.

On voit bien que c'est un sujet quand même de sécurité mondiale et donc oui on a raison de l'être depuis le début de continuer à l'être et je suis extrêmement fière que les écologistes notamment Cyriel Chatelain et Julien Bayou les chefs de file sur cette loi aient réussi hier soir à faire inscrire dans la loi de programmation militaire des choses pas complètement révolutionnaires mais de faire inscrire dans la loi qu'on allait respecter le traité de ce sujet dont on est signataire.

Vous voyez on se réjouit maintenant de mettre dans la loi qu'on va respecter le traité dont on est signataire mais sachez que sur ces sujets-là c'est en fait un pas énorme et un signal qu'on envoie aussi au monde à chaque fois parce que c'est évidemment la France ne peut pas être seule à le faire mais il faut montrer l'exemple quand on prétend être la France.

18:11
Présentateur

Est-ce que la France devrait livrer des avions de combat à l'Ukraine ?

18:14
Marine Tondelier

Oui ça va peut-être vous surprendre comme position pour une écologiste Très très clairement on est des pacifistes mais quand la guerre a lieu parce que parfois on a beau être pacifiste elle a lieu on n'est pas hypocrite et on choisit toujours très clairement notre camp dans lequel l'Ukraine ça ne nous a pas pris très longtemps il y a un agresseur et un pays qui est agressé et évidemment qu'il faut se battre là-bas pas juste pour l'Ukraine et pour les Ukrainiens même si évidemment c'est déjà un argument massif mais pour la liberté et pour notre continent parce que c'est quand même

18:43
Présentateur

un bras paradoxal de dire on dépense trop pour les armées et de dire en cas de guerre il faut pouvoir

18:47
Marine Tondelier

Je n'ai pas dit qu'on dépense trop pour les armées je vous ai juste dit quand on augmente je m'interroge à budget constant où ils vont aller prendre l'argent et je vois que c'est toujours plutôt vers les plus faibles les plus précaires et les services publics donc oui ça m'interroge mais on n'a jamais dit qu'il fallait plus d'armes plus d'avions par contre on veut aussi beaucoup de transparence notamment sur le on parle par exemple de la production d'armes oui il faut une transparence totale envers les parlementaires c'est pas le cas aujourd'hui sur le contrôle à qui nous exportons des armes dans le monde donc quand c'est à l'Ukraine je trouve ça entièrement normal et je le défendrai tant qu'il voudra le défendre par contre il y a oui parfois d'autres exportations d'armes qui peuvent interroger et sur lesquelles la France n'est pas tout à fait transparente d'ailleurs

19:27
Invité

Marine Tondelier on en sait un peu plus sur la future loi sur la fin de vie elle ne concernera pas les mineurs ni les patients atteints de maladies psychiques il y aura une clause de conscience aussi pour les médecins le pronostic vital des personnes devra être engagé à moyen terme aussi est-ce que vous êtes rassurée ?

19:42
Marine Tondelier

Je suis rassurée sur des sujets aussi difficiles le format de démocratie participative et convention citoyenne fonctionne et efficace et même nécessaire donc je pense qu'il faut continuer à travailler avec ces outils-là la deuxième chose c'est que je pense que toutes les personnes qui ont déjà été confrontées au sujet intimement pour des proches etc ou qui pensent pour eux on voit bien qu'il y a une grande hypocrisie dans ce pays que le suicide assisté que l'euthanasie est interdite mais en fait que ça existe que ça existe que ça met dans des positions très difficiles les malades leurs proches et les soignants et donc il faut arrêter cette hypocrisie et s'inspirer des pays où ça fonctionne alors moi je veux bien toujours qu'on me dise il peut y avoir des débordements comment on contrôle etc ça se passe très bien en Suisse en Belgique il y a des contrôles a posteriori en Suisse notamment à chaque euthanasie il y a la police criminelle se déplace il y a un médecin légiste qui vient vérifier en fait ça se passe très bien dans les pays on doit arrêter par contre de se dire qu'aujourd'hui il y a une inégalité face au sujet c'est-à-dire qu'il y a ceux en gros qui peuvent aller en Belgique ou en Suisse avoir accès à ça et d'autres non et cette inégalité va jusqu'aux soins palliatifs en fait il y a un sujet autour de la gestion de la fin de vie 40% des soins palliatifs

20:54
Invité

cette loi vous la voterez

20:54
Marine Tondelier

j'attends de voir ce qu'il y a dedans très concrètement quand même mais vous voyez 40% des soins palliatifs en France sont en Ile-de-France c'est-à-dire qu'aujourd'hui si vous êtes en Ile-de-France vous avez accès à une fin de vie mieux prise en charge on va dire plus que si vous habitez dans d'autres régions de France c'est pas normal en fait et c'est vraiment des sujets qui sont insuffisamment pris en charge et très peu présents dans le débat public et donc je suis contente qu'on passe un peu de temps dans les mois qui viennent à en parler

21:17
Présentateur

vous auriez souhaité que les mineurs soient dans le dispositif

21:21
Marine Tondelier

je trouve que ça pose question

21:22
Présentateur

c'est un sujet qui a divisé la convention citoyenne

21:24
Marine Tondelier

ça divise énormément je comprends très bien pourquoi mais je me dis si on estime que pour des personnes adultes ou âgées ou malades mais majeures c'est intolérable de faire subir ces souffrances alors pourquoi ce serait tolérable pour des enfants

21:36
Présentateur

c'est la question du discernement de l'âge qu'on fixe

21:40
Marine Tondelier

évidemment mais les souffrances sont les mêmes et ce sont des enfants et si on estime que c'est des souffrances intolérables pour des majeurs alors elles le sont aussi pour des mineurs

21:47
Présentateur

et je ne dis pas

21:48
Marine Tondelier

que le sujet est simple pour des enfants il est évidemment éminemment plus compliqué mais on ne peut pas par l'acheter finalement et par en disant ça va faire trop de débats d'un coup le laisser sur le côté

21:59
Présentateur

ça c'est une demande que vous porterez lors de l'examen du texte à l'Assemblée la possibilité d'ouvrir le sujet sur le sujet

22:04
Marine Tondelier

mais je pense que ça va faire partie des débats et légitimement qui étaient des mineurs et auquel cette loi si elle ne s'attaque pas aussi au sujet pour les mineurs ne changera rien et on se retrouvera dans 10, 15, 20 ans à revivre sur vos chaînes les mêmes drames qui vont déchirer le pays avec chacun qui a son avis et qui se demande comment on en est arrivé là

22:22
Présentateur

Merci Marine Tondelier secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts invitée ce matin de France Info bonne journée à vous

22:26
Marine Tondelier

Merci à vous