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interviewfranceinfo· 12 janvier 2026 26 min

La députée Écologiste et social Clémentine Autain est l'invitée de "Tout est politique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et bonsoir Clémentine Autain. Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes députée écologiste et sociale de Seine-Saint-Denis. Je vous présente le mouvement L'après. Et vous êtes aussi candidate déclarée à l'élection présidentielle de 2027, ou en tout cas à la primaire de la gauche, si elle a lieu. On va y revenir. D'abord, l'Iran. L'Iran, alors que la répression s'intensifie, on le voyait à l'instant dans le rappel des titres. Les réseaux sociaux sont inondés de messages de soutien au peuple iranien. Et parmi les images qui circulent, vous les avez peut-être vues, il y a notamment ces photos de femmes iraniennes des années 60-70.

On a du mal à y croire et à l'imaginer, Victoria Roussel. Ces images qui véhiculent un sentiment de liberté totale pour les femmes avant l'instauration de la République islamique. Mais qu'en est-il vraiment ? Vous nous aidez à décrypter ce soir ces images, Victoria Roussel, de la cellule Vraoufot de France Info.

0:52
Invité

Effectivement, il y a beaucoup d'images qui circulent sur les réseaux sociaux. On voit des femmes iraniennes exercer des métiers. militaires ou d'hôtesse de l'air, aller à l'université et même faire la une des magazines de mode de l'époque sans voile et les jambes en partie dénudées. Alors les commentaires qui accompagnent ces photos, ils parlent d'une vie quasi occidentale où les femmes étaient totalement libres sous le règne des chats d'Iran. Mais nous, on s'est demandé ce qu'il en était vraiment. Et parmi les images qu'on a trouvées à Lina, donc celle que vous allez voir, elle date des années 70.

On voit effectivement dans les rues de Téhéran des femmes habillées à la mode occidentale, entre guillemets, bras nus et en jupe. Et c'est vrai que sous le règne de Mohamed Reza Palavi, la situation, elle évolue pour les femmes, notamment dans les années 60 avec la Révolution Blanche. Elles obtiennent par exemple le droit de vote en 1963. Elles peuvent accéder aux études supérieures et elles entrent dans la fonction publique comme juge ou ministre, par exemple. Autre nouveauté en 1967, c'est la loi sur la protection de la famille qui relève l'âge minimum des jeunes filles pour le mariage de 13 à 18 ans et qui accorde plus de moyens aux femmes qui souhaitent divorcer.

1:53
Présentateur

Mais ces images de femmes libres et émancipées, elles ne sont pas forcément complètement représentatives du statut de la femme d'avant la Révolution islamique ?

2:03
Invité

Effectivement, déjà rien que dans les grandes villes. Le code vestimentaire, il n'était pas partout le même. Je discutais avec une spécialiste du féminisme iranien qui s'appelle Irene Ansari, qui a grandi en Iran et qui me disait qu'à Téhéran même, dans certains quartiers du sud de la ville, on voyait très rarement des jeunes femmes en jupe. Et quand c'était le cas, quand elles en portaient, elles pouvaient être malmenées.

Et elle m'a aussi confirmé que dans les zones rurales, qui étaient très conservatrices et souvent défavorisées, où la religion et le patriarcat sont très forts, malgré les nouvelles lois, beaucoup de familles continuaient de marier leurs filles en bas âge et à leur interdire l'école ou le travail. Donc quand on prend un petit peu de recul sur ces images, on comprend que dans les années 60-70, le droit des femmes n'était pas si généralisé que ça en Iran. Et puis il faut avoir conscience aussi qu'en ce moment, ces photos sont aussi utilisées par ceux qui souhaitent le retour des chats d'Iran.

Donc ces images, elles sont vraies, mais elles donnent une image partielle et un peu idéalisée de l'Iran pendant la monarchie.

2:52
Présentateur

Merci de nous avoir aidé à prendre un peu de recul avec ces images, Victoria Roxel, de la cellule Vrai ou Faux de France Info. Rendez-vous hebdomadaire avec toute l'équipe, c'est le samedi à 20h. Absolument. Merci beaucoup. Victoria Clémentine Autain, sur l'Iran, est-ce qu'on laisse le régime écraser aujourd'hui le mouvement de révolte dans le sang comme ça a l'air d'être le cas ? Ou est-ce qu'on intervient ? Est-ce que les États-Unis, qui semblent étudier cette option, est-ce que vous dites, pour une fois finalement, le nouvel interventionnisme de Donald Trump, il pourrait avoir du bon ? Vous m'avez vu venir. Mais c'est vrai qu'on peut se poser la question.

3:27
Clémentine Autain

Je ne suis pas d'accord avec l'idée que Donald Trump pourrait venir libérer le peuple iranien. Il n'est pas un ami de la liberté, il en est un ennemi. Il agit comme puissance prédatrice, il a aussi des intérêts. Donc pour moi, l'intervention nécessaire, elle doit se situer dans le cadre des règles internationales et non pas sous l'égide des États-Unis qui se vivent comme les nouveaux gendarmes du monde. La solidarité avec le peuple iranien, elle est indispensable aujourd'hui. Ce qui se passe est insupportable. Les chiffres, je pense, que je vois diffusés ici sur vos antennes, sont sans doute en dessous de la réalité. Les ONG disent 648 personnes décédées, mortes, assassinées par le régime.

Et un bilan sans doute beaucoup plus lourd. On le saura malheureusement dans les jours qui viennent. Oui, j'espère qu'on le saura et sans doute tardivement, parce que les télécommunications sont rompues. Donc on a un régime qui, par ailleurs, ne veut pas que la réalité se sache, que les voix dissidentes puissent s'exprimer et que le monde, du coup, puisse voir ce qui se passe et savoir. Donc pour moi, il y a une responsabilité de l'Union européenne, de l'Europe, de la France, de prendre des initiatives. Et la première pourrait être déjà d'aider, en fait, au rétablissement des télécommunications. Ça, c'est indispensable.

Et nous pouvons le faire et ne pas être simplement à répondre, à, comment dire, à quelque part être sans arrêt, passif, devant les actions, les actes posés, les déclarations de Trump. Mais on laisse les manifestants face à un régime qui leur tire dessus à barre réelle ? Non, certainement pas. Certainement pas. Et c'est pour ça que je vous dis que nous devons agir. Mais pour agir, il faut le faire dans le cadre du droit international. Or, Donald Trump, il l'a dit encore dans le New York Times ce week-end, il n'en a rien à faire des règles de droit. Ce n'est pas son problème.

Or, on ne défend pas la démocratie, on ne défend pas la liberté quand on bafoue les règles du droit, de la démocratie et de la liberté. Donc si on veut soutenir, et je le souhaite, et nous le devons, tous ces contestataires, ces révoltés en Iran, et ce n'est pas nouveau. Vous savez qu'on le sait qu'en Iran, il y a eu des mobilisations immenses 5e mouvements, en disant. Immenses contre le régime, et à chaque fois, la répression est inouïe parce que les Mollahs, cette République islamique, elle veut garder le pouvoir, elle veut imposer sa domination sur les corps, sur les vies des Iraniennes en particulier, et de l'ensemble des Iraniens.

5:58
Invité

Pour terminer sur Donald Trump, dont on comprend évidemment que vous ne souhaitez pas une intervention américaine, militaire, est-ce que pour autant, sa manière de menacer, d'utiliser la force, au-delà, on vous a bien compris, de tout droit international, est-ce que ça, tout de même, aujourd'hui, ne fait pas que ce mouvement de révolte, cette fois-ci, pourrait aboutir en Iran ? Ne fait pas que, finalement, le régime iranien répond peut-être différemment ? Est-ce que cette menace d'un Donald Trump, aussi insupportable politiquement que cela puisse vous paraître, peut-être plus efficace ?

6:36
Clémentine Autain

Qu'il y ait des sanctions, qu'il y ait des menaces à l'échelle internationale contre le régime des Mollahs, c'est l'évidence qu'il faut en prendre. Est-ce que c'est immédiatement sur le terrain militaire ? Je pense qu'avant, l'ONU, l'Union européenne, a tout un arsenal possible de menaces et de sanctions. Pour l'instant, ça n'a pas trop marché. Et par ailleurs, pour l'instant, ça n'a pas trop bien marché, je suis d'accord, mais est-ce qu'on l'a fait ? Quelle initiative a pris l'Union européenne ? Est-ce que l'ONU est saisie aujourd'hui et prend des initiatives légitimes ? Le multilatéralisme, vous savez, a été affaibli, c'est une réalité, je le regrette.

Est-ce qu'on veut la loi du plus fort et la prénation, qui est le modèle de Trump, ou est-ce qu'on veut le droit international, la coopération, la mise en copain ? Ce sont deux visions du monde qui sont opposées. Moi, je suis du côté du droit et de la liberté véritable. Et donc, si on veut soutenir le régime iranien, il faut le faire avec les règles du droit international. Quand, par exemple, on a pris la sanction vis-à-vis de Benyamin Netanyahou pour dire que c'est un criminel de guerre, c'est une sanction qui a des effets. Je ne dis pas que ça a été immédiat, et je ne dis pas, certainement pas, que nous avons suffisamment agi pour empêcher le génocide à Gaza.

7:53
Invité

Mais quelque chose a été fait.

7:54
Clémentine Autain

Mais l'ONU peut, aujourd'hui, prendre des décisions de cette nature et qualifier le régime des Mollas. Donc, il faut agir, il faut soutenir ces révoltes. Et j'espère, en effet, que cette fois-ci, nous allons réussir en finir en Iran avec le régime des Mollas.

8:09
Présentateur

Le Venezuela sans Nicolas Maduro, est-ce que c'est une bonne nouvelle pour les Vénézuéliens ? La question, c'est comment on peut, là aussi, faire vivre la démocratie ?

8:19
Clémentine Autain

Oui, mais ma question, la question que je vous pose, c'est une bonne nouvelle ? Oui, mais sauf que votre question, elle s'inscrit dans un cadre qui est le cap de la capture au mépris du droit international par Trump de Nicolas Maduro. Donc, dans ce cadre-là, ça ne peut pas fonctionner. Ça ne peut pas fonctionner. Vous pouvez dire, c'est une bonne nouvelle pour les Vénézuéliens, mais je regrette la manière dont ça est fait. J'attends de voir. Non, j'attends de voir. Il n'y a pas Maduro, il va y avoir quoi derrière ? Est-ce que, dans ce cadre de cette capture, vous pouvez garantir la souveraineté du peuple vénézuélien ? Vous le pensez sérieusement ?

Non, moi, je ne pense pas, je vous pose la question. Vous ne croyez pas qu'il y a des intentions prédatrices de la part de Trump et une volonté de Trump de diriger le Vénézuéliens ? Mais les deux peuples poédiques...

8:56
Invité

Et vous pensez que c'est mieux que Maduro ? Non, mais il peut y avoir à la fois une volonté prédatrice néocolonialiste de Donald Trump et un soulagement, par exemple, pour les opposants à Nicolas Maduro, d'avoir une modification du leadership de leur peuple.

9:11
Clémentine Autain

Lesquels ? Et parmi les opposants au régime de Nicolas Maduro, vous avez une partie qui veut la liberté et la démocratie véritables et vous avez une partie qui, en réalité, est alignée sur la proposition politique de Donald Trump. Voilà. Donc, ceux qui se réjouissent aujourd'hui, ce sont d'abord ceux-là.

9:28
Invité

Il y a aussi une partie du peuple vénézuélien. Est-ce que, par exemple, il y a eu cette polémique ? Est-ce que vous, Nicolas Maduro, vous le qualifiez de dictateur ?

9:37
Clémentine Autain

Oui, bien sûr. Ce n'est pas parce qu'on conteste l'impérialisme américain et notamment sous l'égide de Donald Trump, que l'on doit bégayer, chercher ses mots pour qualifier le régime de Maduro.

9:49
Invité

Mathilde Panot de la France insoumise n'a pas voulu répondre à cette question. Est-ce que c'est une faute politique de sa part ?

9:56
Clémentine Autain

Je ne suis pas d'accord avec cette forme de campisme. Vous savez, c'est-à-dire le campisme, c'est quand on est opposé à l'impérialisme et en l'occurrence à l'impérialisme des États-Unis. Et que du coup, puisque les États-Unis de Donald Trump sont nos ennemis, alors on estime que leurs ennemis sont nos amis. Et que si on qualifie le régime de Maduro pour ce qu'il est, c'est-à-dire un régime autoritaire, alors on ferait défaut au combat contre Donald Trump. Je ne crois pas. Moi, je pense qu'il faut être aligné sur les principes. Et encore une fois, mon principe, c'est le droit international, c'est la démocratie.

Et je vous assure que si on commence ici, et je l'entends là dans vos questions sur le plateau, à se dire que, bon, après tout, si c'est efficace, on s'est débarrassé de Maduro, on peut agir avec la loi du plus fort, eh bien nous allons vers un monde où ce sera le jeu des puissances et où à la fin, vous allez voir la catastrophe pour les pays du Sud, vous allez voir la catastrophe pour l'Europe. Ce n'est pas de ce monde dont je rêve, ce n'est pas celui que je propose. Et je pense que si nous ne tenons pas tête à ces façons de faire, c'est à la fin la guerre des identités à l'échelle mondiale et l'impérialisme avec aussi sa logique de guerre qui avance.

Et donc, moi, je crois qu'il y a urgence à ce que l'Union européenne, l'Europe, l'Union européenne, je ne sais pas si elle peut le faire, Van der Leyen s'est assise sur le canapé de Donald Trump au moment des droits de douane complètement sidérée, et elle n'est pas sortie de cette sidération. Je pense que dans cette bascule du monde, l'Europe doit être à l'offensive pour proposer un autre hors du monde. Et cet hors du monde, il doit être fondé sur la justice, le droit, les règles et sur la coopération et la mise en commun des ressources et des richesses. Vous voyez, c'est une toute autre logique que la prédation et que la loi du plus fort.

Et si on se sort de ça, c'est-à-dire que si on n'est pas aligné sur ces principes, et donc ce qui nous permet de qualifier le régime de Maduro, ce qui nous permet d'être très clair aussi sur le régime des Mollahs, et à chaque fois, de savoir que ce qui nous porte, c'est la démocratie, c'est la liberté véritable, c'est la justice, c'est le partage des richesses et des ressources.

12:01
Présentateur

Clémentine Autain, on passe à l'actualité politique française. Marine Le Pen sera demain de retour devant la justice dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN. C'est le procès en appel. En première instance, elle avait été condamnée à 5 ans d'inéligibilité avec exécution immédiate. Ça sera tout l'enjeu de savoir si cette peine est confirmée. La Cour d'appel de Paris a entre ses mains le destin d'une des principales responsables politiques de notre pays. Est-ce que ce n'est pas trop ? Est-ce que ce n'est pas trop lourd comme responsabilité pour trois magistrats ?

12:33
Clémentine Autain

La responsabilité de la justice, c'est de lutter contre la corruption. Donc elle fait son travail, elle doit pouvoir continuer à faire son travail, lutter contre la corruption en politique.

12:42
Présentateur

Là aussi, vous entendez ces voix qui sont assez nombreuses depuis la condamnation en première instance de Marine Le Pen dire ce n'est pas à la justice, ce n'est pas au juge de dire qui doit pouvoir être candidat ou pas.

12:54
Clémentine Autain

La justice, elle juge des faits de corruption. C'est son travail. Donc il y a des lois que nous avons d'ailleurs adoptées qui sont claires. Il faut sortir de cette corruption. Il faut que des condamnations puissent avoir lieu quand des faits sont reprochés, étayés. Moi, je ne suis pas magistrate, je n'ai pas d'avis personnel sur le dossier, mais je respecte le travail de la justice en la matière en particulier.

13:21
Invité

En revanche, vous pouvez avoir un avis sur l'exécution provisoire, c'est-à-dire l'application immédiate d'une sanction avant que la personne condamnée soit allée au bout de la démarche judiciaire. C'est ce qui fait débat dans la classe politique et pas uniquement dans les soutiens de Marine Le Pen. Il y a eu plusieurs voix qui se sont interrogées justement.

Est-ce que vous pensez que dans le cas de Marine Le Pen qui pourrait donc être empêchée d'être elle-même présidente, enfin d'être candidate à la présidence de la République, est-ce que cette exécution provisoire, elle ne pose pas question ou en tout cas elle fragilise justement la justice avec cette possibilité derrière des soutiens de Marine Le Pen de dire, vous voyez, c'est une décision politique et pas une décision de justice.

14:05
Clémentine Autain

Écoutez, moi une décision de justice, si elle est fondée, qu'on soit président de la République ou candidat à la présidence de la République, pour moi ce n'est pas un élément qui doit intervenir. On juge en fonction des faits et du code pénal, c'est-à-dire ces faits sont étayés et comment ils sont punis. C'est le droit qui doit agir. Et si on ne respecte pas ça, je ne sais pas comment on peut faire une République toutes et tous ensemble. C'est un enjeu de fondement même du fait républicain parce que ça voudrait dire que la justice pour les politiques elle est différente de la justice pour tout un chacun. Eh bien ça, ce n'est pas possible.

Oui, parce que l'exécution provisoire s'applique, il faut le préciser, dans beaucoup d'autres procès et cas. Et d'ailleurs ce sont les mêmes souvent, vous aurez remarqué que ce sont souvent ceux qui demandent d'un durcissement incroyable, des peines, des doubles peines, des incarcérations immédiates, ce sont les mêmes qui aujourd'hui vous disent « Ah mais pour Marine Le Pen, attention, ce serait incroyable qu'il y ait l'exécution provisoire. » Donc je pense qu'il y a un deux poids deux mesures que moi en tout cas je n'accepte pas. Je pense qu'il faut être extrêmement prudent dans le rapport avec la justice et cohérent.

Et donc pour moi, elle doit être, encore une fois, jugée sur les faits et avec, je dirais, l'armada du code pénal dont nous disposons.

15:26
Présentateur

Si Marine Le Pen est empêchée, c'est Jordan Bardella qui sera le candidat du Rassemblement national. Il est encore plus populaire qu'elle. Est-ce que vous, qui êtes une opposante au Rassemblement national, est-ce qu'il vous inquiète davantage finalement que Marine Le Pen ?

15:43
Clémentine Autain

Non, ce qui m'inquiète, c'est la vague internationale, réactionnaire, autoritaire. Voilà, ça c'est un motif très fort d'inquiétude. C'est aussi le climat médiatico-politique dans lequel nous nous trouvons qui, je trouve, n'est pas à la hauteur de la gravité du moment. Et c'est aussi l'état de la gauche, je vous le dis franchement. C'est-à-dire que je ne peux pas juste être inquiète de l'arrivée possible au pouvoir de l'extrême droite. Mon inquiétude, elle est, est-ce que la gauche et les écologistes seront en état d'être au rendez-vous, sérieusement, à la hauteur de la responsabilité ?

16:23
Présentateur

On va parler de la gauche dans un instant, mais d'abord je voudrais vous entendre sur cet extrait de la conférence de presse de Jordan Bardella cet après-midi, qui était interrogé sur sa compétence et son manque d'expérience. C'est un des reproches qui lui est fait souvent. Écoutez sa réponse.

16:37
Auditeur

Je pense que les Français jugeront très sévèrement, ce qui relève, me concernant bien souvent, d'un mépris de classe et d'un mépris social. De la part de gens qui considèrent que parce qu'on n'a pas fait les grandes écoles, on ne devrait pas pouvoir exercer des responsabilités ou être à la tête d'un gouvernement. Il y a beaucoup de Français dans notre pays qui n'ont pas fait l'ENA et qui ont réussi.

17:00
Présentateur

Il est victime d'un mépris de classe, Jordan Bardella, d'une certaine manière ?

17:04
Clémentine Autain

C'est la manière qu'il a de se victimiser. Après, je ne trouve pas que la critique fondée sur « il avale niveau » soit la meilleure critique à l'égard d'un des leaders de l'extrême droite. Je pense qu'il faut attaquer politiquement le projet du Rassemblement national qui conduirait à la guerre des identités. Vous savez, le débat en 2027, il a été assez simple. Soit on continue dans cette maudite politique de l'offre, c'est-à-dire la fameuse politique qui sert les ultra-riches et les grands groupes économiques, un flot plein de budgets publics, au mépris des services publics, au mépris de la protection sociale, de la sécurisation de nos vies. Ça, c'est la continuité.

On continue d'aller dans le mur. On sait que jamais ça ne ruisselle, ça ne fonctionne pas. Et au contraire, ça conduit même dans le rouge budgétaire. Ou alors l'extrême droite, avec son projet, qui est celui du repli, celui de la guerre des identités, celui aussi qui, au fond, vous raconte qu'il est du côté du peuple, mais qui, dans ses actes concrets, c'est-à-dire dans ses votes, dans ses propositions, est toujours pour garder les privilèges, maintenir les privilèges en place.

Ou alors, ça vous fait un, deux, la troisième voie, qui est celle de l'émancipation, il faut qu'on l'entende, elle vise à structurer les politiques publiques pour satisfaire nos besoins fondamentaux, pour sécuriser nos vies.

18:31
Invité

J'allais vous dire, Clémentine Autain, je trouve que c'est intéressant que vous trouviez que l'attaque qui est faite contre Jordan Bardella sur son incompétence, sa jeunesse, ne soit pas forcément la meilleure des attaques, et que d'ailleurs sa réponse, ce soit celle potentiellement d'un mépris social, parce que la difficulté que vous allez avoir, là, dans la campagne à venir, est-ce que ce n'est pas aussi ce rapport de force qui s'est inversé ? C'est-à-dire que, pour beaucoup d'électeurs des classes populaires, leur rassemblement national, ils ont le sentiment qu'il est plus proche de leur vie, de ce qu'ils traversent, que la gauche. Est-ce que ce n'est pas là tout votre enjeu ?

Et donc, en effet, cette réponse qu'il fait, lui, en mépris social, elle est compliquée à prendre pour vous. Il y a eu un inversement ?

19:16
Clémentine Autain

Alors, il y a un inversement qui est partiel, parce qu'il y a quand même, à gauche, des responsables politiques, des propositions politiques qui sont extrêmement populaires.

19:27
Invité

Oui, mais dans la perception.

19:28
Clémentine Autain

Donc, je ne partage pas l'idée que toutes les catégories populaires ont basculé avec armes et bagages du côté de l'extrême droite. Maintenant, je ne me vois pas la face. Je vois bien qu'effectivement, notamment dans le monde ouvrier, il y a une sympathie grandissante à l'égard de l'extrême droite. Donc, c'est un défi pour nous. Bien sûr que c'est un défi. Et la proximité, ce n'est pas simplement d'avoir l'air sympathique ou je pense que c'est aussi lié à notre histoire. Quand en France, la gauche, ou en tout cas, au nom de la gauche, on a gouverné en n'améliorant pas les conditions de vie des classes populaires, évidemment qu'ensuite, ça crée du désamour.

Donc, c'est aussi ce bilan que nous avons attiré de l'expérience, notamment...

20:12
Invité

Si Clémentine Autain, votre division, potentiellement, vous en parliez juste avant le Rassemblement national, que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella, ils sont donnés à 35%. Si en plus, on rajoute leurs alliés, ils vont vraiment très très haut. Vous, on a l'impression que vous n'êtes nulle part. Vous n'avez ni candidat qui pourrait être un candidat qui vous unifie, ni même une méthode commune pour le désigner. Nous y travaillons, vous le savez. Vous y travaillez, et vous y travaillez depuis des semaines.

20:39
Clémentine Autain

Et je ne suis pas la seule. Une primaire des gauches et des écologistes. À Bagneux, en juillet dernier, vous avez Lucie Casté, qui a proposé à toutes les forces du nouveau Front populaire de venir construire cette primaire.

20:51
Invité

Je sais, mais sans Jean-Luc Mélenchon

20:52
Clémentine Autain

et sans Raphaël Glucksmann. Donc, c'est un peu compliqué. Oui, mais vous savez très bien que s'il y a et Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, alors nous donnons les clés du pays potentiellement à l'extrême droite. Donc, je ne vais pas me résigner devant cette situation, mais me battre, me battre pour qu'on ait une solution émancipatrice dans ce moment de bascule et de gravité pour mon pays et pour le monde. Donc, je...

21:15
Présentateur

Vous croyez toujours à la primaire ?

21:16
Clémentine Autain

Bien sûr, absolument. Je suis déterminée à ce qu'elle existe et je ne suis pas la seule. Et je ne suis d'autant plus pas la seule que toutes les enquêtes d'opinion montrent qu'environ 80% des électeurs du nouveau Front populaire veulent l'union des gauches et des écologistes en 2017.

21:33
Invité

C'est toujours la même chose, c'est un serpent de mer. À chaque fois, il y a cette volonté d'union et la difficulté d'organiser les primaires.

21:39
Clémentine Autain

À chaque fois, non. Les configurations ne sont pas les mêmes à chaque étape, à chaque élection. Là, je crois qu'aujourd'hui, les conditions sont rassemblées pour... Sur le fond politique, comme on l'a vu avec le nouveau Front populaire, mais avant aussi avec la NUPES, on a réussi, les deux fois, à faire un programme ensemble. On a réussi à présenter des candidatures aux législatives ensemble. Voilà. Eh bien, ça serait quand même assez fort de café qu'on ne soit pas capable de le faire parce que c'est la présidentielle et qui a l'enjeu, en effet, de trouver une ou un candidat. Et de ce point de vue-là, la primaire est la méthode qui peut nous permettre de se mettre d'accord.

22:15
Présentateur

Une question sur les municipales. Clémentine Notin, à 60 jours du premier tour, elle s'annonce très ouverte, notamment à Paris, ville que vous connaissez bien. Aujourd'hui, vous êtes en Seine-Saint-Denis, mais vous avez longtemps été adjointe à la jeunesse. Sur un mandat. Ah, à la mer de Paris. Un mandat. Voilà, un mandat. Oui, c'est pas mal quand même. Emmanuel Grégoire et Rachida Dattis sont au coude à coude. Vous allez participer à cette campagne,

22:36
Clémentine Autain

soutenir Emmanuel Grégoire ? Je serai mercredi au meeting d'Emmanuel Grégoire pour soutenir cette liste, dans laquelle d'ailleurs mes camarades de l'après sont présents, parce que je crois au rassemblement à gauche et je ne veux pas que la ville de Paris, mais comme Marseille, comme tant de villes en France, eh bien, il y ait une bascule du côté de la droite dure. Vous allez en parler

22:59
Présentateur

à Sochelle Chiquirou qui a dit qu'elle ne voulait pas de maire socialiste ?

23:04
Clémentine Autain

Écoutez, c'est... Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'est affligeant. Je veux dire, on est face à la possibilité que Paris bascule du côté de Rachida Dattis. Je pense qu'il faut garder raison et savoir quels sont les ennemis véritables dans cette séquence politique, d'abord. Et deuxièmement, partout, je le dis aussi pour les socialistes, je pense que le rassemblement de toutes les gauches et de tous les écologistes, si ce n'est pas possible au premier, que ce soit vrai au second, c'est une des clés de la victoire.

23:29
Invité

Mais est-ce qu'on entend les mots très durs de Sochelle Chiquirou qui n'est pas n'importe qui au sein de la France insoumise ? Ça ne m'a pas échappé. Oui, mais les téléspectateurs n'ont pas forcément toujours toutes les clés de compréhension. Donc, on ne parle pas juste d'une candidate comme ça, lambda à Paris. Quand on entend la violence et la virulence de ces mots, est-ce que c'est encore possible de s'allier avec la France insoumise ? On parle de Paris, mais il y a des stratégies dans plein d'autres villes pour les municipales, dans la banlieue lyonnaise, qui sont des villes comme Vont-en-Velin, qui ne sont pas détenues par la France insoumise. La France insoumise veut y aller.

Donc, vous dites, ce ne sont pas nos adversaires, ce n'est pas leur stratégie. Ils se comportent par rapport à une partie de la gauche comme si vous étiez leurs adversaires.

24:07
Clémentine Autain

Oui, mais c'est un problème. Je pense qu'à gauche, il ne faut pas se considérer comme des adversaires. Et en particulier, j'insiste, dans le moment assez tragique de bouleversement qui est le nôtre. Quand on a cette vague internationale, ultra-autoritaire, ultra-libertarienne, comme on dit, et réactionnaire, notre responsabilité, c'est de nous unir à gauche et de le faire dans un état d'esprit de responsabilité et de construction, pas de tout détruire, de tout atomiser. Qu'est-ce que c'est à la fin ? Être le plus grand du cimetière, être devant le reste alors que ce sera un carnage ? Eh bien, moi, je ne veux pas de ce carnage.

Et c'est pourquoi j'appelle les gauches et les écologistes à se rassembler, à faire preuve d'esprit de responsabilité dans ce moment grave que nous traversons.

24:56
Présentateur

Clémentine Autain, vous voterez mercredi la motion de censure de LFI contre le Mercosur ?

24:59
Clémentine Autain

Je voterai la motion de censure. Nous allons avoir une discussion de groupe demain. Je l'ai toujours voté. Je pense que ce gouvernement n'est pas légitime parce qu'il a été battu aux élections législatives, sèchement, parce que les idées mises en œuvre, et je parlais tout à l'heure de la politique de l'offre, eh bien, cette politique, elle est rejetée par la majorité des Français. Je la voterai aussi parce que j'estime qu'Emmanuel Macron et le camp présidentiel nous ont humiliés, affaiblis dans la séquence internationale. Vraiment.

Donc je suis très en colère de l'attitude de la France comme de l'Union européenne dans ce moment face à Trump, face aux impérialismes, et donc c'est un motif pour moi de sanctions. Et sur le Mercosur, si je me félicite qu'in fine, la France s'est votée contre, la bataille n'a pas été menée. Elle n'a pas été menée. Et donc là aussi, sur la scène européenne, on s'est affaibli. Et c'est une raison pour faire tomber le gouvernement ? Ça fait beaucoup de raisons d'être en colère contre ce gouvernement, oui. Et le budget, on en a parlé tout à l'heure, est un motif supplémentaire. C'est un budget qui ne tire pas les leçons des échecs passés. Merci beaucoup Clémentine Nottin

26:04
Présentateur

d'avoir été notre invitée ce soir. Merci famille. A très vite. Bonne soirée sur France Info, la météo et les informés tout de suite.