Les français sont-ils des fainéants ? Le grand mensonge
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L'idée de base, c'est toujours dire ça. Les Français sont des fainéants, les Français ne travaillent pas assez, il faut qu'ils travaillent plus. On attaque quoi ? On attaque souvent la question de la durée du travail dans sa longueur et donc du fait qu'il faut qu'ils travaillent jusqu'à 67 ans, qu'ils acceptent des conditions de travail plus difficiles. Il y avait un économiste Keynes qui disait dans les années 80, on travaillera trois heures par jour. Ça n'a pas été le cas parce que les gains de la productivité n'ont pas été partagés à l'ensemble de la population.
On ne peut pas d'un côté nous parler constamment d'innovations qui vont arriver dans nos vies, type IA, etc., et faire en sorte que ces innovations qui devraient augmenter la productivité, dont on n'est pas sûr, ne permettent pas de baisser le temps de travail. Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porcher. Au Média, on a un message très important à vous dire, on a besoin de 10 000 donateurs mensuels avant le 30 juillet. Notre survie en dépend, alors soyons fous, faites partie des 3 000 donateurs mensuels des premières 48 heures. À partir de 5 euros par mois et défiscalisables, permettez aux premiers médias télé indés de France d'exister.
Rendez-vous sur capturedica.lemédiatv.fr. Notre survie ne dépend que de vous. Bonjour Thomas. Salut Lisa. Alors avec toi aujourd'hui au programme, faut-il mettre fin aux jours fériés ? Et on ira quand même checker la visite éco-coloniale de Macron au Kenya. C'est parti. Les Français ne travaillent pas assez, pas assez longtemps, ont trop de vacances, trop de fériés. Et en mai, on entend la même rengaine, les travailleurs et travailleuses ont trop de privilèges. Vous vous souvenez, François Bayrou avait proposé la suppression de deux jours fériés pour relancer l'économie. Là, ce mois-ci, Gabriel Attal était dans son combat pour autoriser à travailler le 1er mai.
Thomas, l'INSEE estime qu'un jour férié en semaine correspond à environ 1,5 milliard d'euros de production en moins. C'était l'argument des macronistes pour faire des économies. On est d'accord qu'on ne peut pas prendre que cette donnée-là en compte ? Ah non, non, on ne peut pas prendre que cette donnée-là. Alors le chiffre est vrai. Mais là, je pense qu'on ouvre une porte qui peut être très dangereuse. Parce qu'après, si on vous dit que ça rapporte 1,5, donc dans ce cas-là, on va aller supprimer les 10 jours de fériés qu'il y a dans une année, 9-10 jours. Et puis après, on va se dire pourquoi on ne supprimerait pas la moitié des week-ends et ainsi de suite.
Et oui, c'est vrai que si on supprime les 104 jours de week-end qu'on a dans une année, on va retrouver 6 points de croissance en plus. Mais à mon avis, sur le long terme, ça risque d'être un peu compliqué. Parce que des gens vont peut-être mourir au travail. Voilà. Mais non, non. Donc il faut faire attention. Quand on regarde l'impact économique, grosso modo, des jours fériés, c'est vraiment... On est sur le fil du rasoir. C'est une légère perte. C'est moins 0,06 points. Voilà. Grosso modo, de perte de PIB. Après, ça dépend des secteurs. Mais quand on regarde l'ensemble, ça reste très peu. Et quand on regarde des années, il y aurait plus de ponts.
Comme c'est le cas, par exemple, cette année. En mai, on a, grosso modo, avec les ponts, les jours fériés, on va avoir deux jours fériés de plus que le mai de l'année dernière. Bon. Quand on regarde des années où on va être un peu plus avantagé, comme ça, en termes de jours fériés qui ne tombent pas un dimanche, mais qui tombent en semaine, avec des années où il n'y a pas ça, on se rend compte que ce n'est pas ça l'impact majeur qu'il peut y avoir sur la croissance économique. Surtout qu'il y a des perdants et des gagnants quand il y a des jours fériés comme ça. Oui. Il y a des perdants et des gagnants. Il y a des secteurs.
Alors, bien sûr, les secteurs de la construction du BTP, des secteurs qui ont besoin de, on va dire, de plusieurs jours pour arriver à une production finale, peuvent être impactés. Mais les jours fériés ont cet avantage qu'ils sont prévisibles à long terme. Le calendrier, il est là. On sait comment s'organiser. Donc, on peut prévoir le fait qu'il y ait un jour férié en milieu de semaine. Mais après, il y a des secteurs gagnants. Le tourisme, les secteurs du loisir sont des secteurs qui sont également gagnants. C'est pour ça qu'au final, quand on regarde d'un point de vue global macroéconomique, on est sur une perte vraiment très faible.
Je l'ai dit, moins 0,06 point de PIB par jour férié, ce qui n'est pas grand-chose. Et parfois, on a des jours comme cette année en mai, où on va avoir des jours fériés en plus. Mais quand on regarde l'ensemble de l'année, on travaillera plus que l'année dernière parce qu'il y a plein d'autres jours fériés qui sont répartis dans l'année différemment. Aller chercher un milliard par-ci, par-là, ce n'est pas comme ça qu'on redresse l'économie d'un pays, de toute façon ? Non, de toute façon, ce n'est pas en travaillant plus qu'on va redresser forcément un pays.
Alors pour moi, c'est une volonté quelque part de casser cette idée qu'il doit y avoir des réglementations sur les temps de travail, sur les heures supplémentaires, sur les salaires mieux payés le week-end et les jours fériés. Et c'est pour ça que c'est quand même quelque chose qui revient dans le débat depuis très longtemps. Le MEDEF, par exemple, avait proposé en 2014, à l'époque, son plan pour faire un million d'emplois et il proposait de supprimer deux jours fériés. Voilà ce qu'avait dit Bérou. Et il estimait des gains complètement fous en termes d'emplois, 100 000 emplois, un point de croissance, ce qui était complètement farfelu, comme souvent les prévisions d'emplois du MEDEF.
Oui, non, ce n'est pas une question d'économie, c'est une idéologie de s'attaquer aux jours fériés. C'est une stratégie aussi pour ne pas parler d'autre chose. La stratégie globale, c'est de dire que les Français ne travaillent pas assez. C'est ça. L'idée de base, c'est toujours de dire ça. Les Français sont des fainéants, les Français ne travaillent pas assez, il faut qu'ils travaillent plus. Et donc là, quand on dit qu'il faut qu'ils travaillent plus, on attaque quoi ? On attaque souvent la question de la durée du travail dans sa longueur et donc du fait qu'il faut qu'ils travaillent jusqu'à 67 ans, du fait aussi qu'il faille qu'ils acceptent des conditions de travail plus difficiles.
Or, ce que l'on constate, c'est plutôt l'inverse, c'est que chaque fois qu'un pays s'enrichit, son temps de travail diminue. Les pays qui travaillent le plus, c'est les pays d'Asie, le Bangladesh, le Cambodge, certains pays d'Amérique latine, le Mexique. En Europe, c'est la Roumanie, c'est la Grèce à qui on a imposé d'augmenter son temps de travail. C'est d'ailleurs un des seuls pays de l'OCDE qui a augmenté son temps de travail ces dernières années. Les autres, on va vers une réduction du temps de travail. Et c'est le sens de l'histoire parce qu'on est beaucoup plus productif. Donc la vraie question, c'est la productivité.
Et quels sont les leviers pour que des gens soient plus productifs au travail ? On sait très bien que la pression au travail, etc., amène au burn-out. Donc c'est plutôt, est-ce que les gens s'épanouissent dans leur travail ? Est-ce que les conditions de travail sont bonnes ? Est-ce que la qualité du travail est bonne ? On entend toujours cette petite musique, comme tu le disais, les Français travaillent moins que les autres. Et il faut savoir que c'est faux. France Info l'a montré, les libéraux adorent s'appuyer sur les chiffres de l'OCDE. Sauf que l'indicateur utilisé prend en compte toute la population, même les enfants.
Et finalement, quand on regarde vraiment l'indicateur du nombre d'heures travaillées par personne en emploi, donc temps partiel ou temps plein, les Français en emploi travaillent en moyenne 1494 heures chaque année. C'est moins que la moyenne européenne estimée à 1570 heures. Mais par contre, c'est plus que l'Allemagne ou les Pays-Bas, par exemple. On adore se comparer avec l'Allemagne. Donc on peut voir qu'en fait, que ce soit pour redresser un pays ou faire des économies. Bon, nous, on n'est pas très économiste, on est plus recettes. Mais on voit que ce n'est pas le nombre d'heures travaillées qui est important. En fait, c'est juste pour...
Comme ça, on a un débat en plateau pendant une semaine sur est-ce qu'on travaille trop ou pas. Et on ne parle pas de profit. On ne parle pas de comment est géré l'économie. On ne parle pas de comment se redistribuer les profits. Exactement. Là, tu as eu raison déjà de rappeler cette fake news disant que les Français travailleraient moins que les autres. En réalité, c'est plus compliqué que ça. Et on se rend compte qu'au final, sur certains points, ils travaillent plus que d'autres. Quand on prend l'ensemble des types de travail, travailleurs indépendants, travailleurs salariés, parfois on repasse dans des classements au-dessus de nos voisins.
Donc la vraie question n'est pas, encore une fois, le temps de travail. La question, c'est est-ce que les gens s'épanouissent dans leur travail ? Est-ce que la qualité de travail est bonne ? Parce que quelqu'un qui s'épanouit dans son travail et dont la qualité de travail est bonne, il n'a aucune raison de ne pas travailler, en réalité. Et là, ça se passe bien. Est-ce que l'objectif de long terme est un objectif sympathique ou un objectif juste de donner, sur le court terme, des profits supplémentaires aux actionnaires ? Parce qu'on nous a déjà dit qu'il fallait travailler plus. Sarkozy l'a dit. Il a dit de travailler plus pour gagner plus.
Aujourd'hui, on se rend compte que les gens travaillaient plus pour gagner pareil ou même moins. Parce qu'il y a eu l'inflation, il y a eu tout un tas de choses qui ont augmenté très fortement, comme l'immobilier. Et le vrai problème des gens, aujourd'hui, c'est qu'avec leur salaire, ils ont du mal à terminer, même des salaires parfois qui sont au-dessus du SMIC. Dans la moyenne, ils ont du mal à terminer leur fin de mois. Donc voilà, c'est la vraie question aujourd'hui, c'est comment on redonne du pouvoir d'achat aux gens, comment on repartage mieux l'ensemble de la richesse créée, et aussi comment on redonne un sens au travail. Et donc ça passe par la qualité du travail.
Ce qu'avait dit dans son livre notre ami Nicolas Framont, les Français ne détestent pas l'indice qu'ils détestent, c'est plutôt leur travail. Il me semble-t-il, c'est quelque chose comme ça, le capitalisme. Et il n'a pas tout à fait tort là-dessus. La question du temps de travail, c'est central, surtout à un an de 2027. Ça va évidemment faire partie des débats. On se rappelle de Sandrine Rousseau qui avait mis en avant le droit à la paresse, qui s'était fait un petit peu clairement harceler là-dessus. On voit des programmes à gauche qui mettent en avant les 32 heures, voire les 28 heures. On voit que du côté des Ours-Philippes, c'est plus, bon, il va falloir charbonner.
Comment tu te positionnes sur ces questions-là ? Est-ce qu'aujourd'hui, c'est réalisable de travailler 30 heures par semaine ou pas ? Est-ce que économiquement, que ce soit macro ou micro, c'est possible, par exemple pour les PME, etc. Comment tu vois un peu cette question-là du temps de travail ? Ce qui est intéressant, c'est que, comme on l'a dit, nous avons quand même normalement une baisse du temps de travail historique dans le temps.
On ne peut pas, d'un côté, nous parler constamment d'innovations qui vont arriver dans nos vies, type IA, etc., et faire en sorte que ces innovations qui devraient augmenter la productivité, dont on n'est pas sûr, ne permettent pas, derrière, de soulager l'être humain et de baisser le temps de travail. Il y avait un économiste Keynes qui disait dans les années 80, on travaillera trois heures par jour. Alors, ça n'a pas été le cas parce que toutes les innovations, en fait, les gains de la productivité n'ont pas été partagés à l'ensemble de la population.
Et moi, j'ai peur qu'avec l'IA, ce soit pareil, c'est-à-dire qu'on demande à quelqu'un, au lieu de faire deux dossiers, il en fasse trois, quatre avec l'IA et qu'on ne réduise pas le temps de travail. Donc, il y a cette vraie question qu'il faut mettre au cœur du sujet, c'est comment on repartage les gains de productivité. Après, sur le temps de travail, le but, ce n'est pas de faire travailler plus longtemps des gens qui ont un travail, c'est qu'on soit plus nombreux à travailler. On a des millions de chômeurs. Exactement. On a des millions de chômeurs. On a aussi beaucoup de gens qui sont...
Oui, on a plus de 5 millions de chômeurs avec des gens qui sont en travail précaire et qui aimeraient travailler plus. Donc, la vraie question, c'est comment on repartage mieux ce travail-là. Et moi, je suis persuadé que dans beaucoup de domaines, il y a un temps de travail qui est imposé. Et sur le temps de travail, il y a un certain nombre d'heures où les gens sont moins productifs parce qu'ils n'ont plus envie de travailler, etc. Et que si on réduisait ce temps de travail, il y aurait un investissement beaucoup plus conséquent parce qu'il serait que derrière, voilà, ils peuvent faire autre chose. Donc, la réduction du temps de travail, elle doit...
Alors, il y a plusieurs façons de la faire, mais il ne faudrait pas demander aux gens de faire en moins de temps ce qu'ils font habituellement. C'est un peu souvent la voie que prenait Gabriel Attal. Mais il faut à un moment se dire, voilà, que nous sommes sur une traîne historique et que temps de travail et production n'ont rien à voir, en réalité. Il y a des gens qui veulent faire travailler, des gens de plus de 65 ans. Mais s'ils sont fatigués, qu'assez, quelle productivité ils auront moindre ? À quoi ça sert ? Si ce n'est pour vouloir les punir, ça ne sert à rien.
Donc, la vraie question, c'est voilà, la productivité et dans quelles conditions tu vas bien travailler et être mieux à ton travail. C'est ça, c'est ça la clé de départ. Et si la réduction du temps de travail, qui est un effet historique, le permet, pourquoi pas ? Est-ce que c'est important que la gauche remette au cœur ce genre de débat pour 2027 ? Parce qu'en ce moment, l'agenda médiatico-politique est quand même baladé par les libéraux et ou l'extrême droite, si ce n'est des fois, ils ont des thèmes communs.
Par exemple, la France insoumise, quand François Bayrou a voulu supprimer deux jours fériés, et bien six mois après, pas que la France insoumise, d'ailleurs, il y a aussi tout l'après, la primaire à gauche, je pense à Clémentine Autain, qui disent « Nous, on veut rajouter deux jours fériés aux jours fériés déjà présents. Est-ce que c'est une bonne stratégie politique, ça, de tirer la fenêtre d'Overton plus à gauche ? » Oui, bien sûr, la gauche ne veut pas être que sur la défensive. Elle doit être aussi force de proposition. Et elle doit être capable de proposer des choses et même de manifester pour proposer des choses.
Et c'est vrai que là, quand on a eu les cinquièmes semaines de congé, au début, c'est toujours la même chose. Les gens disent « C'est impossible, etc. » Et là, ces derniers temps, on se rend compte qu'on a souvent manifesté pour être contre une réforme et pas en force de proposition. Donc il ne faut pas hésiter à aller sur des questions de réduction du temps de travail qui ont été documentées par des gens extrêmement sérieux et dont on peut réutiliser, et même des expériences parfois qui ont été faites par des PME, dont on peut réutiliser en fait les résultats pour mener des combats, bien sûr.
Emmanuel Macron était au Kenya la semaine dernière pour le sommet Africa Forward, visite encore remarquée pour le président français, qui n'a pas pu s'empêcher de remake Tintin à Nairobi. Je vous renvoie vers le super récap de ma collègue Marion Lopez. Macron tente de recycler la France-Afrique au Kenya. Entre colonialisme et concurrence avec la Chine et l'Inde, la France veut défendre ses intérêts économiques sur le continent africain. Sauf que Thomas, la donne a changé depuis 20 ans. Oui, la donne a changé.
En fait, à partir des années 2000, on a vu apparaître des pays émergents comme la Chine qui sont venus concurrencer, on va dire, les pays qui avaient un avantage historique sur les pays africains, c'est-à-dire les anciennes colonies en réalité. La France était très présente dans l'Afrique francophone, le Sénégal, le Gabon, le Congo, et avait ses compagnies, notamment ses compagnies pétrolières comme Total, qui avaient des partages de production très intéressants et des parts de production extrêmement intéressantes.
Et c'était le cas dans d'autres pays avec des anciennes colonies, l'Italie, en Libye, des pays anglophones, dans des pays anglophones africains, et des pays émergents comme la Chine. Et même les États-Unis qui se sont dit, tiens, on va aller voir ce qui s'y passe, sont arrivés, ce qui a ouvert finalement la concurrence dans des appels d'offres pour les investissements étrangers, et ce qui a placé beaucoup plus qu'avant les pays africains dans des positions de force, parce qu'elles peuvent faire jouer la concurrence. Les pays dits développés ont toujours maintenu le continent africain dans une sorte de semi-dépendance.
On veut que vous vous développiez, mais pas trop quand même, avec nos règles que nous, on a faits au niveau de l'OMC. Est-ce que la concurrence entre les pays Chine, Inde, France, Russie peut amener les pays africains à s'indépendantiser, même si les règles du jeu sont faites contre eux ? Voilà, les règles du jeu, tu as raison de le rappeler, les règles du jeu sont faites contre eux, parce qu'ils ont des problèmes pour avoir accès à des financements, ce qui n'est pas le cas des pays riches, puisque le système bancaire fonctionne déjà selon les règles qu'eux ont fixées.
Donc nous, on peut lever très facilement de l'argent pour des projets parfois un peu bizarres, et eux, pour des projets parfois qui peuvent être concrets, ça va être plus compliqué. Et puis, ils vendent des matières premières, majoritairement, sur des marchés qui sont extrêmement volatiles, qui dépendent aussi beaucoup de la finance, de produits financiers qui sont faits, et donc qui leur rend très difficile la possibilité de planifier des recettes publiques. Associés à ça, ils ont aussi, pour beaucoup, une dépendance très forte vis-à-vis de l'industrie, notamment extractive, comment on fasse un puits de pétrole, etc.
Seules les grandes compagnies savent le faire, et eux ne savent pas le faire. Oui, tu sais qu'apparaît le savoir. Voilà, mais la mise en concurrence peut les placer en position de force pour mieux négocier des contrats à leur avantage, en disant, voilà, la Chine m'offre ça, vous m'offrez ça, donc je fais jouer la concurrence. Après, il faut avoir cette volonté de la faire jouer, parce que chaque pays, il ne faut pas être complètement naïf, chaque pays défend ses intérêts. La France, quand elle va négocier, les compagnies défendent les intérêts qui les avantagent, et les compagnies chinoises également.
Donc, il faut que les pays africains, moi, si j'étais conseiller d'un pays qui faisait face à des investisseurs, je leur dirais d'être beaucoup plus agressif dans la négociation. La concurrence, en fait, elle peut aussi niveler vers le bas les réglementations. On le voit bien parfois chez nous. Quand tout le monde est d'accord pour baisser des réglementations, même parfois des concurrents, quand il s'agit en Europe de faire baisser, je ne sais pas moi, l'objectif de zéro moteur thermique, là, vous avez Volkswagen, Renault, des concurrents qui sont d'accord pour faire péter cette réglementation.
Donc, il faut que ce soit l'État qui tienne le rapport de force en disant, je fais jouer la concurrence, à condition d'avoir un avantage pour moi. Même si ces pays ont une volonté impérialiste, je parle de la Chine, de la France, etc., le fait qu'il y ait une concurrence, ça casse du coup un petit peu une sorte de monopole en termes d'indépendance ? Tout le monde a une volonté. Dans le business international, et surtout dans le commerce international, tout le monde a une volonté d'imposer sa loi. C'est la loi du plus fort, souvent. Donc, on essaie d'avoir la meilleure part du partage, d'une rente minière, le moins d'impôts possible. Et ça, nous vivons également chez nous.
La seule différence, c'est que nous, nous n'avons pas qu'une volonté d'impérialisme, nous avons un héritage. Nous avons colonisé ces pays pendant très longtemps. Et quand nous sommes sortis de la colonisation, nous avons gardé un certain nombre de choses, comme le franc CFA, mais également des entreprises, comme s'il y avait eu un changement de commandement, mais qui ont quand même des avantages, comme on n'en voit pas dans d'autres pays.
Et c'est ça qui fait qu'aujourd'hui, cet historique fait que la France est dans une position plus difficile aujourd'hui vis-à-vis de l'Afrique que certains nouveaux arrivants, comme la Chine, qui peut-être ont les mêmes conditions de travail ou les mêmes volontés que la France. Emmanuel Macron, en plus, n'a pas pu s'empêcher de jouer aux colons, à couper la parole, à demander à la salle de stairs. C'est une scène qui a quand même marqué, mais parce que c'est aussi très révélateur, en fait, de comment se place encore la France par rapport aux pays africains. Oui, je ne pense pas qu'on aurait vu un président chinois faire ça. C'est ça, en fait.
L'idée, c'est que quand vous avez une histoire coloniale avec un pays, il faut quand même... Enfin, il faut savoir se tenir. Là, imaginez-vous cette scène dans un pays européen. Imaginons, on est dans un pays européen, vous avez un sommet, et vous avez, je ne sais pas moi, le président d'un pays africain, même le président d'un pays asiatique, même le président d'un pays d'Amérique latine. On va prendre le sud global, qui commencerait à intervenir à dire aux gens, taisez-vous. Est-ce qu'un cadre...
Imaginez-vous un mec qui a fait, je ne sais pas moi, l'ENA, qui est conseiller du ministre de l'économie allemand, il accepterait qu'un mec lui dise ça, qu'un président du Bangladesh ou du Vietnam ou d'Africain lui dise, taisez-vous. Il n'accepterait pas. Surtout, on ne fait pas ça dans un pays hôte où on est invité en plus. Si c'était Macron qui recevait à Paris, il peut dire, écoutez, là, il est dans le pays hôte et il se permet de prendre le micro et d'intervenir. Mais ça met toute la politique néocoloniale encore en place. Voilà. Quelle image vous donner aux gens, si ce n'est leur rappeler qu'il y a eu un passé colonial ? Et ce n'est pas la première fois.
Il y a eu cette fois-là aussi où il était devant des étudiants, parlant de l'électrification, et vous avez le président du pays en question qui est parti, et Macron a dit le tutoiement, a dit il est parti rallumer la clim, je ne sais pas quoi, ou réparer la clim. Donc là, pareil, c'est des choses qui... Imaginez-vous, on recevrait des gens à Paris et quelqu'un tutoierait Macron en disant tu vas ramener la clim, on trouverait ça scandaleux. Donc ça, ça ancre dans la tête des gens qu'il y a un passé colonial, et je pense que ça n'aide pas à avoir une relation équilibrée entre la France et les pays africains.
C'est un passé colonial, une posture très raciste, et puis le fait qu'il y a encore du colonialisme aujourd'hui de la part de la France vis-à-vis de plus... énormément de pays africains. Exactement. Parce qu'il n'y a pas que le passé, oui. C'est quoi les leviers aujourd'hui du développement pour les pays africains, sachant qu'ils ne sont pas du tout tous égaux ? On parle de plus d'une cinquantaine de pays avec des problématiques différentes. Oui.
Effectivement, ils ne sont pas tous égaux, des problématiques sont différentes, certains sont sur le pétrole, donc sur d'autres matières premières, certains ont des niveaux de développement plus avancés que d'autres, mais après, il y a quand même des caractéristiques qu'on retrouve dans l'ensemble des pays du Sud global vis-à-vis des pays du Nord. C'est qu'ils sont dans un monde où les pays du Nord se sont développés avant eux, détiennent finalement les règles économiques, qu'est-ce qu'on doit faire pour se développer, alors que souvent, ils ne se sont pas développés de la même façon.
La France, quand elle s'est développée, elle a utilisé beaucoup de protectionnisme, elle s'est appuyée quand même sur les matières premières de colonies, et elle a refusé d'ouvrir son industrie à des industries étrangères et des États-Unis également. Or là, on impose ça aux pays pauvres, ce qu'ils les met, alors qu'ils sont moins développés sur beaucoup de secteurs, ce qui met le peu d'industries qu'ils arrivent à créer en concurrence avec des gens qui sont là depuis très longtemps et donc, ils perdent à ce jeu de la concurrence.
Donc, dans ce cadre-là, où il y a un échange inégal, où il y a des accès au financement difficiles, le tout premier levier, c'est de faire en sorte, encore une fois, de tenir une forme d'agressivité dans la négociation de contrats de partage de production, que ce soit pétrolière et minière. Parce que qui dit plus d'agressivité, dit un meilleur partage, donc plus de recettes publiques pour le pays, qui peut être un premier levier de financement. Une fois que vous avez ces recettes publiques, il faut absolument obliger les compagnies qui investissent en Afrique de jouer le jeu du transfert de compétences, comme l'ont fait les Chinois.
Pour ce que disait Mao Tse-tung, ne nous donnez pas du poisson, apprenez-nous à pêcher du poisson. Et là, il faut absolument que les pays africains arrivent à transformer leur matière première sur place, avoir une industrie qui serait une industrie industrie... Une industrie nationale, ouais. Voilà. Une industrie nationale qui serait une industrie industrialisante. Vous commencez à transformer, puis vous distribuez, et ainsi de suite. Pas une économie qui tienne sur une extraction faite par une compagnie étrangère qui va transformer dans son pays, qui vous revend directement la chose. Ce n'est pas possible, là. C'est-à-dire que vous perdez sur tous les tableaux.
Donc ça, c'est très important. Et une fois qu'on a ça, je pense que la question des financements sera beaucoup plus facile à obtenir. Donc le premier levier, c'est de faire jouer la concurrence comme ils peuvent le faire aujourd'hui. On a une stratégie beaucoup plus agressive dans le partage de production. Ne jamais hésiter. Ça, c'est le tout premier levier. Mais la plupart des économistes africains ou des hauts fonctionnaires africains que j'ai pu rencontrer, ils savent ça. En fait, ils le savent. Ils savent sur beaucoup de choses qu'il y a un jeu de dupe. Ils savent quand ils vont écrire un rapport au FMI pour avoir une annulation de dette ou pour avoir des financements.
Ils savent que ce qui marque dedans, ce n'est pas la solution. Mais ils font ça pour avoir ça. Donc tout le monde sait en réalité qu'il y a un cadre aujourd'hui, un cadre économique, des règles économiques qui empêchent ou qui rendent plus difficile le développement de l'Afrique et de beaucoup d'ailleurs de pays en développement. Donc ce n'est pas qu'une question de volonté, c'est aussi un cadre qui est imposé et qui rend les choses beaucoup plus difficiles. Et je le rappelle, le Média a absolument besoin de vous. Nous devons réunir 10 000 donateurs mensuels avant le 30 juillet pour assurer la survie du Média à un an de 2027.
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