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interviewyoutube.com· 11 mai 2026 8 min

SIA 2026 : François Xavier Bellamy, député européen LR — entretien Gil Rivière-Wekstein

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Nous sommes au Salon de l'agriculture. Alors on va faire quelque chose d'un peu différent avec vous, parce que vous avez quand même une casquette de philosophe. On va faire un petit café philosophique sur l'agriculture. En fait, si je résume bien la situation, je pense que depuis 25 ans, on pourrait dire, le dogme dominant est devenu un dogme de l'écologie politique. C'est comme si les écologistes avaient gagné une forme de guerre, de guerre culturelle. Et aujourd'hui, on le voit dans beaucoup de domaines, on en paye le prix avec la décroissance, ce qui est une des ADN de l'écologie politique. Et la décroissance en agriculture, on la voit très clairement.

Alors au-delà des mesures qu'on peut prendre, la loi du plomb, etc., comment est-ce qu'on peut regagner la guerre culturelle pour ne plus la laisser dans les mains de l'écologie politique ?

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François-Xavier Bellamy

Vous avez raison. Le fait est que je pense qu'il faut mener le combat à ce niveau-là aujourd'hui. Bien sûr, il y a un travail politique à faire pour réussir à sortir de toutes les impasses des mesures qui sont en train de se faire. Des mesures totalement absurdes qui ont été imposées à nos agriculteurs depuis des années et dont on voit aujourd'hui les effets parfaitement délétères. Mais ce n'est pas seulement une bataille politique, c'est une bataille culturelle et c'est une bataille intellectuelle.

Et ça m'a beaucoup frappé dans la discussion sur la loi du plomb parce que pendant longtemps, j'avais pensé que fondamentalement, tout était une affaire de majorité et que quand on aurait une majorité politique qui permettrait d'agir dans la bonne direction, on retrouverait le bon cap. Et avec la loi du plomb, je me suis rendu compte qu'aujourd'hui, le vrai sujet, il est aussi dans l'échange avec la société parce qu'on a une majorité politique qui permet d'agir dans la bonne direction. Parce qu'on avait beaucoup de gens qui, en toute bonne foi, ont été très perturbés par la désinformation organisée autour de cette loi.

Moi, je dirais qu'il y a trois sujets importants pour la bataille culturelle. Le premier sujet, c'est la bataille des mots. Vous avez parlé d'écologie politique. Moi, je pense qu'il faut maintenant parler, comme vous l'avez dit, de la réalité de ce mouvement qui n'est pas un mouvement écologiste, qui est un mouvement de décroissance. Et c'est complètement différent. La vérité, c'est que cet agenda qui nous a été imposé pendant des années, en faisant baisser la production dans nos pays, a contribué à une catastrophe économique. C'est les emplois qui sont détruits. Une catastrophe sociale pour les consommateurs, que nous sommes tous. Mais aussi une catastrophe écologique.

Parce qu'en détruisant le modèle qui est celui qui respecte aujourd'hui les standards environnementaux les plus exigeants du monde, cet agenda imposé par les Verts en Europe et en France, par la gauche, cet agenda a fait en réalité que nous avons offert des parts de marché dans notre pays, à des modèles de production qui sont destructeurs pour l'environnement. Donc, c'est une sorte de triple faute économique, sociale et environnementale. Et donc, l'écologie, elle est du côté de ceux qui défendent les agriculteurs français. L'écologie, elle est du côté de ceux qui défendent la production chez nous, en France.

Parce que c'est là que se trouve aujourd'hui le modèle pour faire rayonner une agriculture qui est aujourd'hui environnementale, d'un point de vue environnemental, la mieux-disant du monde. Le deuxième enjeu fondamental, il est bien sûr dans la question de la défense, de la science. Et ça, c'est vraiment un enjeu qu'on doit pouvoir porter pied-à-pied, y compris dans le débat médiatique. Quand je vois qu'autour de la loi Duplon, par exemple, vous avez des médias, y compris les médias de service public, qui ont porté un militantisme qui appartenait en réalité à l'extrême-gauche, et qui se fait contre la science.

J'ai reçu, moi, parce que j'avais défendu la loi Duplon, des centaines de messages qui me disaient que mon but était de donner des cancers à des enfants. Quand on en arrive là, c'est quand même qu'on est revenu à une forme d'obscurantisme extrêmement dommageable pour la qualité du débat public. Quand on parle de l'acétamiprive, qui était au cœur de la loi Duplon, on parle de substances dont ni l'EFSA, l'agence sanitaire européenne, ni l'ANSES, l'agence sanitaire française, toujours beaucoup plus rigoureuse, n'ont jamais demandé le retrait.

Et donc aucune étude scientifique n'a jamais prouvé qu'elle constituait l'occasion d'une corrélation avec le cancer, en tous les cas dans les doses auxquelles elle est envoyée par les agriculteurs aujourd'hui. Donc c'est... C'est vraiment d'une manière totalement obscurantiste d'aborder ces sujets. Tout le monde veut lutter contre les fake news, tout le monde veut lutter contre la désinformation. Mais la réalité de la désinformation, elle se joue dans le fait que des animateurs très médiatiques payés par le service public aujourd'hui mènent le combat pour faire reculer ce que la science nous enseigne. C'est le deuxième grand enjeu.

Et le troisième enjeu majeur, il est lié bien sûr, c'est la question de l'éducation. On a un grand enjeu d'éducation aujourd'hui. Et je le dis comme professeur. Je suis introduit comme philosophe, c'est un peu d'honneur pour moi, mais je suis professeur de philosophie. J'ai enseigné pendant 11 ans, et je pense que tous les combats politiques que nous menons aujourd'hui se sont préparés d'abord sur le terrain éducatif et sur le terrain de l'école. Et réapprendre dès l'école la rationalité scientifique, les bases de la compréhension, par exemple des ordres de grandeur.

Vous voyez, quand on parle de l'acétamipride en réalité, on voit bien qu'on est devant un pays où la compréhension des ordres de grandeur s'est largement perdue. Voilà. Aujourd'hui, est-ce que l'acétamipride est un poison ? Ben oui, bien sûr, si vous buvez de l'acétamipride tous les matins, vous allez forcément mourir. Mais la question des ordres de grandeur, de la manière dont c'est utilisé, permet de comprendre qu'en fait, ça compte, le simple fait qu'à un certain point, raisonner en termes de degrés permet de changer de nature, ce qui devrait être une évidence absolue pour n'importe quel colléguien, aujourd'hui ne l'est plus par l'effondrement de notre école.

Et donc on veut reconstruire la raison commune. Est-ce que vous êtes réellable à la reconstruction d'une vie démocratique apaisée, raisonnable, rationnelle, qui permette de construire les stratégies indispensables pour préparer notre avenir et demain de soutenir tous ceux qui produisent en France plutôt que de leur rendre la vie impossible ?

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Présentateur

Alors j'aurais une deuxième question. À partir du principe de Poucaution, j'ai comme une impression, mon sentiment, que la France a été dirigée par ce que Hans Jonas appelle l'heuristique de la peur. C'est-à-dire que toutes les décisions politiques se font en fonction d'une peur éventuée de ce qui pourrait éventuellement arriver dans le futur. Et que finalement, en faisant ça, on a perdu ce que j'appellerais plutôt l'heuristique de l'audace. Comment faire pour retrouver l'heuristique de l'audace ?

6:11
François-Xavier Bellamy

Il faut commencer par comprendre une chose assez fondamentale, que le principe de précaution joue contre lui-même, parce que la plus grande désimprudence aujourd'hui, c'est l'excès de prudence. La plus grande désimprudence, c'est celle qui consiste à arrêter d'innover, arrêter de créer, arrêter de produire, arrêter d'inventer, arrêter de se projeter dans l'avenir, parce que si on en reste à cette espèce de crispation que nous connaissons aujourd'hui, alors notre avenir s'éclatera ailleurs, dans d'autres capitales du monde, dans d'autres grandes puissances mondiales. Le paradoxe, c'est que le maximum de la prudence, c'est le maximum de l'imprudence aujourd'hui.

Et je pense que c'est vraiment cette logique-là qu'il faut redécouvrir. Vous avez raison de le dire, le principe de précaution a été un principe d'inhibition pendant longtemps, inhibition de l'innovation, de la création, de la production, de la liberté. Et c'est la raison pour laquelle, avec Bruno Retailleux, la proposition qu'on a faite cette semaine au sein de l'agriculture, parmi les propositions qu'on fait pour l'avenir de l'agriculture, la première d'entre elles, c'est une révision constitutionnelle pour supprimer le principe de précaution. Ce qui devrait valoir aujourd'hui dans notre vie collective, c'est ce principe qu'évoqua Antion Asselineau, le principe de responsabilité.

Si vous avez fait du tort, si vous avez commis une faute, si vous avez commis des crimes, vous devez en être rendu responsable. Et le principe de précaution, c'est celui qui se place avant l'action. Ça n'a pas de sens. Il faut retrouver le sens de la liberté, liberté veut dire responsabilité, mais liberté, c'est d'abord précisément le fait que chaque acteur, là où il est, dans son champ, dans sa ferme, dans son ministère, dans son parlement, dans sa mairie, chaque acteur prend ses décisions en sachant qu'il devra en répondre, mais en sachant aussi que, souvent, la chose qui rend le plus irresponsable, c'est d'abord de ne pas agir au moment où il le faudrait.

7:47
Présentateur

Très bien, merci pour ces belles paroles.