"Les riches font sécession !" Pourquoi Bernard Arnault a "trahi" Macron
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Questions et réponses
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- 1:02OuverteRéponse partielle
Bernard Arnault menace de quitter la France à cause de la surtaxe sur les entreprises. Qu'en penses-tu ?
- 2:30OuverteRéponse directe
Tu as rappelé le profil de Bernard Arnault. Quand il brandit la menace de délocaliser, est-ce un chantage à l'emploi ?
- 6:05OuverteRéponse directe
La taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises a été réduite à un an au lieu de deux. Est-ce que ça risque de favoriser l'évitement fiscal ?
- 7:53OuverteRéponse directe
Bernard Arnault a menacé de délocaliser ses usines. Sophie Binet a dénoncé un chantage à l'emploi. Qu'en penses-tu ?
- 10:09OuverteRéponse directe
Point budget 2025 : la commission mixte paritaire a adopté des mesures. Les infirmiers disent qu'il ne faut rien en attendre. Qu'en penses-tu ?
- 14:12OuverteRéponse directe
Le budget 2025 est-il trop austéritaire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:11PrésentateurFait
« Le Sénat a osé adopter une surtaxe pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 3 milliards d'euros. »
- 1:20PrésentateurChiffre
« Une contribution exceptionnelle et temporaire qui devrait peut-être rapporter 8 milliards d'euros à l'État. »
- 1:47PrésentateurFait
« On va taxer le Made in France. »
- 2:46PrésentateurFait
« Etat qui nous fait parler que de dettes, de déficits, d'efforts à faire. »
- 4:00InvitéFait
« Les lois de travail qui ont été votées en France à plusieurs reprises. »
- 4:15InvitéChiffre
« On était sur des écarts de 40 à 60 dans les années 60. Aujourd'hui, on est pratiquement à 200, 300 et aux États-Unis, parfois 400 d'écarts. »
- 10:36PrésentateurChiffre
« Depuis 2019, la fortune des milliardaires français a augmenté au total de plus de 24 milliards d'euros, ce qui fait 13 millions d'euros par jour. »
- 10:46PrésentateurChiffre
« En 2023, les 10% les plus riches ont gagné 280 euros en moyenne grâce à la politique socio-fiscale du gouvernement. »
- 10:53PrésentateurChiffre
« Les Français, eux, en moyenne, perdent 50 euros et les 10% les plus pauvres, 290 euros. »
- 16:04InvitéFait
« Madame de Montchalin a dit que c'était le budget le plus austéritaire depuis 25 ans avec le plus d'économies sur les dépenses publiques depuis 25 ans. »
Temps de parole
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Salut Lisa.
Alors avec toi aujourd'hui au programme, Bernard Arnault croule sous les impôts et menace de quitter la France. Puis la bataille du budget pour 2025 est toujours en cours. C'est parti. Pour le budget 2025, le Sénat a osé adopter une surtaxe pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 3 milliards d'euros. Une contribution exceptionnelle et temporaire qui devrait peut-être rapporter 8 milliards d'euros à l'État. Il n'en fallait pas plus pour faire râler l'un des hommes les plus riches du monde, le patron français de LVMH, Bernard Arnault.
Quand on vient en France et qu'on voit qu'on s'apprête à augmenter les impôts de 40% sur les entreprises qui fabriquent en France, c'est quand même à peine croyable. Donc on va taxer le Made in France. Pour refroidir les énergies, on fait difficilement mieux. Pour pousser à la délocalisation, c'est idéal. Alors je ne sais pas si c'est vraiment l'objectif du gouvernement, mais en tout cas il va l'atteindre. C'est ce que je dis, s'il arrive au bout de ses plans. Ça c'est inévitable. Alors qu'il y a d'autres solutions. On leur a proposé d'autres solutions. Évidemment, la bureaucratie, voilà. Pour ça, il faudrait faire comme aux Etats-Unis, nommer quelqu'un pour slasher un peu la bureaucratie.
Mais dès qu'on essaye de faire ça, on est poursuivi. C'est impossible. Thomas, il y a pas mal de choses à dire, même si c'est un court extrait. Tout d'abord, c'est 40% d'impôts dont il parle. C'est cette fameuse taxe temporaire exceptionnelle prévue dans le prochain budget. Je le disais, une taxe qui concerne des entreprises réalisant plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires et qui devrait peut-être rapporter 8 milliards d'euros à l'Etat. Etat qui nous fait parler que de dettes, de déficits, d'efforts à faire.
Mais on est d'accord que ces 8 milliards-là dont on parle sont bien loin, mais bien loin de toutes les baisses d'impôts ou autres cadeaux fiscaux qu'il y a eu pour les entreprises depuis 2017.
T'as raison de mettre le peut-être. C'est très important de mettre le peut-être parce que ce n'est pas sûr que ça rapporte 8 milliards. Parce qu'aujourd'hui, les multinationales comme celle de M. Arnault sont tellement éclatées que par des mécanismes de prix comptables, elles peuvent appauvrir certaines filiales et en enrichir d'autres où il n'y a pas de fiscalité. Donc il y a eu déjà des erreurs de prévision sur d'anciennes mesures sur les hauts profits qui n'ont pas rapporté ce qu'ils avaient prévu de rapporter. On a parlé de centaines de millions, alors ça devait rapporter des milliards. Donc il est possible là qu'on ait effectivement autre chose que ces milliards-là.
Mais tout à fait, les baisses d'impôts pour les entreprises, on l'a déjà dit, c'est 40 milliards. 40 milliards sous Macron. Avant Macron, on a eu quand même le CICE. Et puis on a aussi, quand vous dire, toutes les règles du jeu qui ont été mises en faveur des entreprises. En premier lieu, on leur a créé un marché, le marché unique, où elles peuvent transférer leurs capitaux facilement. La mondialisation, la financiarisation qui a été déréglementée en partie à partir des années 80, les lois de travail qui ont été votées en France à plusieurs reprises. Donc tout ça, ça a été aussi un cadre qui a permis au très grand capitaine d'industrie de s'enrichir rapidement.
Et aujourd'hui, vous regardez en fait le salaire moyen d'une entreprise par rapport au salaire de son directeur dans les grandes multinationales. On était sur des écarts de 40 à 60 dans les années 60. Aujourd'hui, on est pratiquement à 200, 300 et aux États-Unis, parfois 400 d'écarts. Ce qui veut dire que les salaires des dirigeants se sont envolés quand les salaires de base ont très faiblement progressé.
Il y a Patrick Martin, le président du syndicat des patrons, le MEDEF, qui est allé dans le sens de Bernard Arnault en disant que la colère monte parmi les adhérents face aux choix économiques du gouvernement. On dirait là que le gouvernement a appliqué un programme très dur envers les entreprises quand on entend tout ça.
Oui, et surtout que le patron du MEDEF a aussi dit qu'il comprenait que les entrepreneurs partent, que c'était bien. Donc, vous voyez, on voit très bien que finalement, ces grands chefs d'entreprise, ils n'ont pas vraiment de patrie, en fait. Alors, ils aiment bien faire des morales sur tout le monde, sur ce qu'on devrait faire en termes d'impôts, sur ce qu'on devrait faire en termes de politique, sur les retraites, ce qu'on devrait faire aussi en termes d'immigration. Ils donnent leur avis sur tout. Mais en même temps, ils n'ont pas vraiment de patrie puisque leurs seuls intérêts, en fait, c'est leur intérêt personnel, le profit.
Et on le voit bien avec Trump, c'est-à-dire qu'ils sont capables d'applaudir à Davos, quand je parle des grands patrons, d'applaudir un Trump ou un Xavier Millet, alors qu'ils s'en prennent terriblement aux minorités, aux femmes, aux minorités sexuelles, etc. Et là, ça ne les dérange pas. Donc, ces gens-là, en fait, ils n'ont pas le seul intérêt. Et aujourd'hui, ce qui est bien, c'est qu'avec Trump, avec Millet, avec d'autres, on a, en fait, le capitalisme sans phare. Il n'est plus maquillé en disant « Oui, vous savez, nous, on est inclusifs, on fait de l'ARS. » On fait « C'est fini ».
Maintenant, on voit que le capitalisme, et on l'a toujours su, mais là, ils y vont très clairement et de manière très brutale, c'est le profit, c'est l'accumulation, comme disait Marx, l'accumulation infinie. Parce que là, on parle de gens qui ont des milliards. Eh bien, ça ne suffit pas. Accumuler, accumuler.
Et dans la commission mixte paritaire qui a négocié le budget la semaine dernière, on en reparlera après, la fameuse taxe exceptionnelle pour faire contribuer les grandes entreprises a, en plus, été rabotée à un an au lieu de deux. Est-ce qu'on ne risque pas là des mécanismes d'évitement, de reporter ses bénéfices ou ses revenus d'une année sur l'autre pour éviter cette taxe exceptionnelle sur un an ?
Alors là, on voit déjà bien l'effet de la prise de parole de Bernard Arnault. Il a fait une prise de parole, d'ailleurs même pas publique dans son entreprise, et puis elle a été reprise ensuite et discutée dans les médias. Le parti macroniste, le parti de la droite, etc., ne veulent pas s'en prendre ou critiquer ce qu'a dit M. Arnault. Et donc là, on en vient, en tenant compte de ce qu'il a dit, à dire, bon, on va faire ça qu'un an et pas deux. Voilà. Et c'est exceptionnel. Et s'il vous plaît, donnez-nous une partie de la contribution de la richesse globale produite, s'il vous plaît. C'est un peu ça l'idée.
Alors qu'en réalité, le vrai débat, ce serait qu'aujourd'hui, tous les grands pays remontent leur niveau de fiscalité. Là, la fiscalité sur les entreprises n'a fait que baisser. La fiscalité sur les plus riches n'a fait que baisser. Il faudrait réaugmenter. Ça s'appelle faire société. Sinon, on fait sécession. Et là, les riches, clairement, ils le disent. Ils ont fait sécession. Et aujourd'hui, le rôle d'un politique, c'est de réétablir un rapport de force avec M. Arnaud, qui a déjà 80% de ses activités à l'extérieur ou avec des grands capitaines du CAC 40 qui ont des... On l'a déjà dit plusieurs fois ici, plus de 1 500 filiales dans les paradis fiscaux.
Donc c'est important à un moment d'établir un rapport de force. Mais ça n'a pas été le cas de Macron. Macron, il a fait tout. Il a déroulé le tapis rouge au grand capitaine d'industrie de l'étranger. Mais aussi, il a tout fait en sorte pour que, ici, les gens soient au mieux. Et maintenant, on voit qu'on a du mal à revenir là-dessus.
Surtout, ce qui a fait parler, c'est quand Bernard Arnaud a un peu menacé, en fait, de délocaliser ses usines, de dire, regardez, on taxe le Made in France, ce n'est pas normal, etc. Alors, tu as bien rappelé le profil du personnage entre les paradis fiscaux, les enquêtes sur le fait qu'il surveille les journalistes, etc., etc. On ne va pas refaire le personnage. Mais quand il dit qu'on va délocaliser, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a dénoncé une sorte de chantage à l'emploi. Qu'est-ce que tu en penses, toi, sur le fait qu'ils brandissent la possibilité de partir ?
C'est un chantage qui est fait depuis à peu près 30 ans. Et d'ailleurs, ça n'a pas empêché la délocalisation. Il y a eu un chantage constant en disant baisser les impôts, baisser les charges, faites en sorte que le marché du travail soit plus attractif, baisser les cotisations sur les basses salaires pour qu'on soit aussi compétitifs que nos voisins. C'est un chantage qui a été fait et qui n'a pas empêché les délocalisations. Il y a même des entreprises qui touchent des aides qui ont touché de l'argent pendant la crise de 2008 et pendant la crise du Covid qui ont délocalisé.
Oui, parce que c'est des aides non conditionnées. On rappelle 200 milliards d'aides par an pour les entreprises et c'est les plus grandes qui aspirent tout.
Exactement. Donc moi, je pense qu'il faut plutôt voir ça comme une forme de clarification. Nous avons en fait un entrepreneur français qui certes peut-être fait rayonner la France à l'international mais qui utilise aussi la marque française Paris, etc. Ou le côté luxe français, etc. pour rayonner. Et cet entrepreneur-là qui, encore une fois, a plus de 70, peut-être 80% de ses activités qui sont déjà délocalisées à l'étranger, ne veut même pas se soumettre à une taxe exceptionnelle dans son propre pays. Pendant très longtemps, il y avait des niveaux de fiscalité un peu différents dans tous les pays et c'était le jeu. C'est tout.
Les réglementations, le droit du travail sont différents dans chaque pays et c'est le jeu. C'est comme ça que ça se passe. Et là, on a quelqu'un qui non et vous dit que Trump, c'est génial, que ce qui se passe en Amérique, c'est génial. Je ne sais pas pour qui. Pour lui, peut-être. Pour les gens de la tech, peut-être. Pour les gens de la crypto, peut-être. Mais pour beaucoup d'autres gens, ce n'est pas si génial que ça, ce qui se passe aux Etats-Unis. Mais lui, c'est génial et qu'il faut aller voir là-bas ce qui se passe. C'est Tom Musk. Donc voilà, on a vraiment très clairement sous nos yeux de la manière la plus simple
aussi vers les travaux de l'Observatoire des multinationales et de Attax qui ont montré que parfois, ça nous coûtait, que nos milliardaires, nos champions français nous coûtaient des fois plus cher qu'ils nous rapportaient avec tous ces mécanismes d'aide ou de délocalisation. Je le disais et tu le disais aussi, pendant la crise Covid, la guerre en Ukraine, etc., ça n'a pas été la crise pour tout le monde. Les infimes plus riches français se sont fortement enrichis ces dernières années. Donc là, on est fiers d'habiter en France. Depuis 2019, la fortune des milliardaires français a augmenté au total de plus de 24 milliards d'euros, ce qui fait 13 millions d'euros par jour.
C'est l'Oxfam qui montre ça. Et en 2023, les 10% les plus riches ont gagné 280 euros en moyenne grâce à la politique socio-fiscale du gouvernement. Quand les Français, eux, en moyenne, perdent 50 euros et les 10% les plus pauvres, 290 euros. Et c'est l'INSEE qui montre ça. Et autre chiffre, les 0,001% des plus riches en France paient moins d'impôts en proportion que le commun des portels. Le taux d'imposition effectif à l'impôt personnel n'est plus que de 2% pour cette catégorie. On en a déjà parlé. C'est l'Institut des politiques publiques qui révélait cette issue. Et en plus, avec des données de 2016, il n'y avait pas encore eu la politique d'Emmanuel Macron.
Est-ce que la France, en fait, même si les riches adorent la critiquer, ce n'est pas un peu leur meilleur paradis fiscal ?
Alors oui, complètement, comme d'autres pays. Quand on regarde, en fait, toutes les études le montrent. Des travaux comme Piketty, mais aussi rejoints par d'autres, plus récemment de Bercy, montrent en fait que ces 30 dernières années, une minorité, qu'on peut appeler les 1%, par exemple, s'est enrichie beaucoup plus rapidement que le reste de la population. Ce qui veut dire que les règles de l'économie ont été mises au service d'une minorité, contre le reste de la population. Tout le monde le ressent aujourd'hui. C'est-à-dire que la plupart des gens, ils savent que l'économie ne fonctionne pas pour eux. Et la réalité, c'est qu'on sent que malgré ça, pour le grand patronat, ça n'a pas suffi.
Il faut aller encore plus loin. Ils ont eu un Macron qui leur a baissé les impôts comme ça n'a jamais été baissé. Ils ont même eu un François Hollande qui leur a fait des lois de travail comme Sarkozy n'avait pas. Et ils se disent maintenant mais à quoi ça sert finalement de soutenir un Sarkozy, un Macron ? Il est trop mou. Soutenons un Trump, un Millet, un mec qui va prendre la tronçonneuse. Donc on va être dans la brutalité. On n'a plus besoin de soutenir un mec qui va soi-disant négocier mais qui va tout passer en 49-3. On va soutenir un mec qui va passer la tronçonneuse. Donc on voit qu'il va aller de plus en plus loin.
Et pourtant, leur fortune, des travaux montés avec les 500 plus grandes familles, leur fortune a été multipliée par 4 en 10 ans, par 4. Et on parle de milliards. On ne parle pas de millions, on parle de milliards. Et ça ne suffit pas. Il faut tout le temps accumuler, accumuler, accumuler plus. Donc je pense qu'il faut avoir un discours aujourd'hui de vérité là-dessus. On pourra leur donner tant qu'ils pourront accumuler. Ils diront même si demain il y a la moindre protection sociale sur n'importe quoi, il faudra la casser. Et on le voit bien aujourd'hui. Ils veulent s'attaquer aux retraites, à plein de choses, etc. Donc il faut vraiment être franc là-dessus.
Est-ce que maintenant ces grands entrepreneurs ont un intérêt, on va dire national ou patriotique, etc. Une grande majorité d'entre eux, de grands chefs d'entreprise, une grande majorité d'entre eux, non. Non, pas du tout. Ils n'ont intérêt que leur profit individuel et le fait de le maximiser. Ils le maximiseront avec Trump, avec Milley, avec n'importe qui. Et puis quand on regarde même dans l'histoire, allons plus loin. Racontons toute l'histoire. Il y en a beaucoup qui ont travaillé pendant la collaboration avec Pétain, avec les nazis, etc. Et c'est pour ça qu'après, en sortant de ça, ils étaient un peu calmés. Et il y avait le Parti communiste qui était assez puissant.
Donc à ce moment-là, ils étaient plus soucieux. Alors, ils n'étaient pas soucieux, mais ils se laissaient plus, on va dire, ils étaient plus à l'écoute de possibles revendications.
Stratégiquement.
Voilà. C'est ce qu'on a appelé le capitalisme de la séduction. Ça ne veut pas dire que tout était parfait, mais il y a eu des conquis sociaux pour reprendre, pas des acquis, des conquis sociaux pour reprendre ce que disait M. Croizal, un des inventeurs de la séduction sociale. Donc, il y avait une possibilité d'établir un rapport de force. Mais ça s'est fait par un rapport de force. Les mecs n'ont pas décidé de lâcher. Il y a eu un rapport de force. 68, c'est un rapport de force. Aujourd'hui, tout a été fait pour qu'il n'y ait plus de rapports de force. Et donc, on voit bien qu'ils sont prêts à gratter, mais n'importe quel centime qui s'ajouterait à leurs milliards qu'ils possèdent déjà.
Point budget 2025. On le sait, ça peut paraître flou et barbant, mais on rappelle que c'est un peu le nerf de la guerre. La semaine dernière a eu lieu la commission mixte paritaire qui réunit sept sénateurs et sept députés pour s'entendre sur un texte commun. Les infirmiers disent qu'il ne faut rien en attendre car le budget est dans tous les cas trop austéritaire et veulent de nouveau censurer le gouvernement quand le parti socialiste lui a ajouté les négociations en étant, je cite, une gauche de compromis.
Il se félicite par exemple des 500 millions d'euros supplémentaires pour les trains régionaux, l'annulation de la suppression des 4000 postes d'enseignants et demande une hausse du SMIC par exemple. Ils ont fait supprimer l'article qui réduisait les droits de l'AME, l'aide médicale d'État soutenue par la droite et l'extrême droite. Par contre, son budget a baissé de 200 millions d'euros. Est-ce que nous aurions voulu plus ? Bien sûr, mais ceux qui font le pari d'avoir moins ou d'avoir tout prennent toujours le risque d'avoir moins a déclaré Boris Vallaud, député PS et chef de file des socialistes à l'Assemblée nationale.
Thomas, comment tu analyses les discussions sur le budget et où en est le budget ? Est-ce qu'il y a des améliorations ou pas ? Comment tu le vois ?
La première chose qu'il faut dire, c'est que j'arrive à comprendre un certain nombre de personnes qui soient soucieuses de ce qu'on appellerait l'attentisme. C'est-à-dire qu'ils ont l'impression que les choses n'avancent pas politiquement et effectivement, je pense qu'il y a certains entrepreneurs et pas les plus gros parce que les plus gros sont concernés par d'autres choses qui se disent comment je vais pouvoir faire mes investissements si on m'augmente les taxes comme ça du jour au lendemain parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer.
Donc, il y a une forme d'attentisme, d'incertitude qui peut peser sur certaines décisions d'entrepreneurs et même décisions on va dire d'entreprises publiques. Mais, il ne faut pas exagérer le trait comme ça l'est fait aujourd'hui dans les médias principaux. En fait, il y a beaucoup de gens qui vous disent mais comment font les hôpitaux ? Comment vont faire les associations ? Comment vont faire les collectivités locales ? Oui, mais si vous leur retirez des moyens, comment elles vont faire aussi ? Non, mais c'est vrai parce que là, le but c'est de leur retirer quand même des moyens. Donc, si on retire des moyens... C'est une réalité historique toi et dangereuse ?
Oui, Madame de Montchalin a dit que c'était le budget le plus austéritaire depuis 25 ans avec le plus d'économies sur les dépenses publiques depuis 25 ans. Donc, vous dites comment fait l'éducation ? D'accord, mais comment va faire quand on va avoir un budget alors encore moins ? Parce que là, les gens ils ont l'impression que ah oui, c'est un budget où tout va être parfait. Mais non, il va y avoir des coupes drastiques. Donc, parfois, vous voyez, il faut avoir comment vous dire un peu de sang-froid et se dire que c'est un budget qui est austéritaire très clairement. C'est un budget qui est austéritaire. Et est-ce que c'est pas mieux de le renégocier, de prendre un peu plus de temps ?
Je veux dire, l'Espagne a un problème, a le même type de problème d'instabilité politique. L'Allemagne, en récession, a le même type de problème. Ça traverse beaucoup de pays. Mais il y a beaucoup de gens qui veulent dire oui, oui, ça va être très grave, ça va être très grave. C'est ce qu'on dit depuis le début. La censure allait être grave et ça n'a pas été si grave que ça, en réalité.
Dans la CMP, la CMP n'a pas adopté l'amendement visant à supprimer les avantages des anciens présidents et chefs de gouvernement. Alors, c'est entre guillemets que 2,8 millions d'euros. En fait, à l'échelle d'un budget d'un État, c'est pas grand-chose. Mais est-ce que c'est assez symbolique de ne pas supprimer les avantages des anciens chefs d'État quand on demande aux plus pauvres de participer à ce fameux effort national pour redresser les comptes publics ?
Je pense que, comme tu l'as dit, on est dans l'ordre de la symbolique. Mais après, les symboles font du bien dans une société où on demande à des gens de faire des efforts. C'est-à-dire qu'il y a un sentiment aujourd'hui que l'État se gave. Mais quand les gens parlent de l'État, en réalité, ils pensent aux politiques. Ils savent très bien qu'une instite ne se gave pas. Et ils savent très bien qu'une infirmière ne se gave pas et qu'une aide-soignante ne se gave pas. Dans leur vie de tous les jours, ils ne voient pas des gens qui se gavent. Mais ils ont l'impression qu'en haut, on se gave. Alors, il y a une partie de l'État central, on va dire, de toute la machine qui est autour des ministres.
Ils ont l'impression que ça se gave. Et puis, il y a aussi les politiques. Et donc, moi, je trouve ça bien à un moment d'aller faire un peu de nettoyage là-dedans. Alors, on va dire que c'est du populisme, mais non, je pense que c'est bien aujourd'hui de prendre exemple sur des pays comme la Suède où les gens vont manger dans des cantines qui ressemblent à des cantines de bureaux et qui n'ont pas des restaurants qui ressemblent à des cinq étoiles, comme c'est le cas des restaurants de l'Assemblée ou du Sénat. Non, mais c'est vrai. Ou qui ne sont pas dans des dorures, qui sont des bâtiments. La plupart des gens, y compris dans des entreprises privées qui crachent des milliards parfois.
Ils sont dans des bureaux à la défense qui ne ressemblent plus à rien. Ils ont des cafettes qui ne ressemblent plus à rien. Et eux, ils comprennent. On leur explique tout le temps oui, attention, attention, la situation est difficile pour x, y raison. Mais ils voient très bien les chiffres de leur boîte et ils savent très bien que ce n'est pas sur eux que l'argent ruisselle. Et pourquoi au sommet de l'État, il y a des gens qui doivent vivre dans des dorures, se payer deux chaises et un prototype à 34 000 euros comme l'Archer, avoir des retraites de dingue, des gardes du corps tout le temps.
Alors, ce n'est pas du populisme, c'est qu'à un moment, il faut réduire tous les trains de vie de l'État et puis il faut avoir... Enfin, il faut montrer l'exemple. Or, aujourd'hui, moi, je ne vois pas dans les dernières politiques que nous avons eu, nous avons eu des gens qui montent l'exemple. Castaner, il travaille chez Schein. Fillon, il travaille chez Gazprom. Breton, il va travailler chez Bank of America. Macron, il était haut fonctionnaire, il a fait une école pour devenir fonctionnaire, il va chez Rothschild. On a des gens, en fait, tout permis et qui profitent aussi bien des opportunités publiques et privées.
Alors, s'ils le faisaient tout en disant, écoutez les amis, mais ils le font et en plus, ils demandent au reste de la population de se serrer la ceinture. Donc, non, non, non, non, non, non. Je pense qu'à un moment, il faut être aussi exemplaire, surtout quand on impose des cures d'austérité. Moi, j'arrêterai les jets privés, les choses comme ça. Je les obligerai à voyager en seconde. Enfin, qu'ils comprennent un petit peu la vie des Français parce que là, beaucoup d'entre eux, je pense, vivent sur notre planète, sont complètement déconnectés. Et si on faisait entrer dans leur monde un certain nombre aujourd'hui de citoyens lambda, ils hallucineraient.
Au Sénat, à l'Assemblée, dans les ministères, on a l'impression d'être dans des cinq étoiles, sincèrement.
Pour y aller souvent, c'est vrai que la dichotomie avec le monde réel, parce que ça ne fait pas monde réel, c'est vrai que c'est un peu frappant. Justement, quand tu parles de symboles ou de déconnexions, ça me fait penser à ce moment où on avait demandé à Thomas Lefebvre, donc un député macroniste, on le disait, à quelques mètres de l'Assemblée nationale, il y a une manifestation de soignants qui pleure parce que tous les jours, ils voient des gens mourir aux urgences parce qu'ils n'ont pas le temps de les soigner. Et ce jour-là, il m'a répondu « Oui, je pense que le problème, ce n'est pas forcément un manque de moyens, c'est le 35 heures qui a fait du mal à l'hôpital public.
» Est-ce que ça montre une certaine déconnexion ?
Moi, je n'ai jamais vu, pour avoir suivi les manifestations de soignants, mais depuis très longtemps avant le Covid, pour y avoir été, même pour avoir signé les tribunes avec d'autres personnes qui étaient concernées en sciences sociales sur ces questions-là, je n'ai jamais vu dans une manifestation quelqu'un avec une pancarte disant « On veut retourner aux 39 heures, c'est le problème. » Ils demandent toujours du personnel et du moyen. Parce qu'ils les font. Et voilà. Et puis, voilà, les gens qui travaillent à l'hôpital, il y a les heures effectives et les heures réelles. Moi, j'en connais très peu qui font les 35 heures. Peu importe. Peu importe.
Mais le vrai problème, c'est un problème de moyens. Et partout, c'est pareil. Dans l'éducation, c'est pareil. Moi, je vois l'école de mon fils, ils sont en grève. Il y a marqué « École en grève ». Alors, ils donnent cours tout le temps, mais ils sont fâchés parce qu'ils voient très bien que des directives vont passer. On va, par exemple, réobliger les directeurs à donner des cours. Enfin, des choses qui montrent que ces gens-là ne sont pas dans le réel. Et moi, je pense qu'une grosse partie d'entre eux, et je n'aime pas faire ça, mais quand on regarde leur lieu de naissance, où ils ont été dans l'école, qu'ils ont fréquenté, etc., ne connaissent pas ce que c'est la vie d'un Français moyen.
Et en plus, je pense que la politique les écarte de plus en plus de ça. Donc, ils vivent un peu dans un monde à part, qui est le monde de l'Assemblée, des postures, etc., très, très loin des problématiques des gens normaux.
La façon dont les socialistes arrivent à récupérer des millions partis par là pour des budgets, alors, il peut y avoir deux conséquences. Soit le fait que, dans ce cas-là, parce qu'il n'y a pas d'augmentation de recettes, qu'on le dise, il n'y a pas d'augmentation significative de recettes. Donc, le fait que les socialistes arrivent à négocier quelques dépenses par-ci, par-là, soit ils vont aller chercher des dépenses ailleurs, donc des économies ailleurs, donc ça va faire des vases communicants, soit ça va un petit peu aggraver le déficit. Ça, c'est les deux scénarios.
Est-ce que, dans les deux cas, c'est bien de négocier ces petites économies, ces annulations d'économies par-ci, par-là, ou est-ce que le budget est trop grave pour se dire, bon, OK, tu as eu 500 millions pour les trains, mais le budget est quand même historiquement dangereux ?
Moi, je ne comprends pas leur stratégie. Alors, je ne suis pas politique, moi. J'imagine qu'il y a une volonté de se sortir des griffes de Mélenchon. J'imagine ça.
Oui, c'est plus ton regard en tant qu'économie sur le budget. Oui, oui, oui.
J'imagine aussi qu'ils répondent peut-être à une volonté d'une partie de leur électorat. Mais, en fait, de ce que j'observe, chaque fois qu'ils vont négocier quelque chose, ils vont peut-être avoir à droite et à gauche ce qui n'est pas plus mal. Mais ils subissent quand même une forme d'humiliation sur humiliation. C'est-à-dire que le premier discours de Bayrou a attaqué fortement les retraites et la dette. Et, a priori, eux défendent au moins un gel de la réforme des retraites. Enfin, au moins quelque chose. Le programme du NFP ? Voilà. Au départ, parce que maintenant, ils ont évolué. Au départ, oui, la retraite a 60 ans. Maintenant, je crois qu'ils ont déjà changé d'avis.
C'est 62, le programme du NFP.
C'est 62 ? D'accord. OK. Donc, la retraite a 62 ? Alors, peut-être. Mais, bon. En tous les cas, oui, ils défendent ça. Donc, il y a ça. Mais, déjà, Bayrou les a humiliés. Puis, là, la sortie de Bayrou sur la question de l'immigration, etc.
La submersion migratoire.
Tout à fait. Et, d'ailleurs, je conseille un très bon livre d'Hervé Lebrac qui est sorti qui remet toutes les pendules à l'heure là-dessus. Un grand démographe français. Donc, voilà. Et, chaque fois, finalement, ils se font un petit peu... On voit très bien que ce gouvernement est de droite. Donc, je ne vois pas ce qu'ils y gagnent réellement. Donc, moi, je pense que c'est plus de la stratégie politique que du réel. Mais, après, malgré toutes leurs avancées, la logique de ce budget, elle est là. Elle est austéritaire. Elle est austéritaire parce qu'il y a eu un dérapage du déficit. On en a discuté. Et parce que, pour certains, il faudrait réduire les déficits. Mais, je rappelle une chose.
Vous savez, c'est quoi le déficit des États-Unis ? Parce que là, tout le monde fait des grands yeux à Trump, surtout les gens de droite. Le déficit des États-Unis, c'est 8%. Il est prévu à 8%. Trump l'a prévu à 8%. Les taux d'intérêt des États-Unis, on l'a dit la semaine dernière, ils flirtaient avec les 4-6, 4-7, beaucoup plus élevés que nous. Tout le monde s'en fout. Je veux dire, il n'y a pas un mec qui va commencer à dire oui, les patrons adorent ça. Vous voyez ? Ici, on nous dit qu'il faut réduire les déficits rapidement et tout. S'il faut réduire les déficits, il faut faire payer les patrons. Ils ne veulent pas. Donc, à la fin, ils veulent que ça se fasse que sur la dépense publique.
D'accord ? Donc, sur les services publics et sur les retraités, sur l'assurance maladie. La réalité, c'est qu'en fait, on n'aurait même pas besoin de faire tout ça. Au contraire, il y a des besoins dans les services publics, il y a des besoins dans l'intention écologique. Il faudrait pousser l'investissement. Quelque part, faire comme Trump, mais dans les bons secteurs. Voilà, dans les bons secteurs.
Et que sur ce thème-là. Et que sur ce thème-là, bien sûr.
C'est-à-dire se foutre des déficits. S'il y a une chose à retenir de Trump, c'est qu'il se fout des déficits complètement. Et là, il n'a pas tout à fait tort. Et si on faisait ça, probablement qu'on aurait plus d'activités. Mais comme on est enfermé au marché financier, pourquoi les gens, ils vous disent oui, il ne faut pas voter la motion de censure ? Parce que depuis le début, ils nous disent quoi ? Les taux d'intérêt vont nous attaquer. Ça va mal se passer. La dette va être catastrophique. On va finir comme la Grèce. Mais regardez ce qui s'est passé depuis la motion de censure. Les taux, l'écart entre la France et l'Allemagne, il est le même.
Ça veut dire que personne ne s'est dit oulala, aucun investissement. Il est le même. Donc on a eu des exemples successifs. On s'est trompé sur le déficit. On a fait une motion de censure. On a fait la dissolution. On a créé de l'instabilité politique. Tout. Et finalement, rien ne se passe. Donc on voit bien que cette histoire aussi du déficit de dette est utilisée parce qu'il faut s'en prendre au service public. Et le PS ne devrait pas être dupe là-dessus. Il ne devrait plus être dupe.
Merci à vous, chez vous, d'avoir suivi cet épisode de l'Instant Porcher. J'attrape une dernière fois votre attention avant de se quitter. La situation politique est inédite, historique, de direct par jour, du terrain, du reportage, mais aussi de l'enquête. Le Média, c'est 30 travailleuses et travailleurs qui produisent de l'information au quotidien. Vous le savez, Le Média ne vit que par votre soutien. C'est le prix d'une information libre et indépendante. Pour soutenir votre média de manière pérenne, vous pouvez vous abonner à partir de 5 euros par mois ou même devenir sociétaire de notre coopérative. Rejoignez-nous dès maintenant sur soutenez.lemédiatv.fr.
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